En passant

Exploration en terre musicale inconnue (43)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1968 – Mama Cass / California Earthquake. L’une des deux Mamas des Mamas & Papas, dans un de ses enregistrements solos. Ca n’a pas tout a fait le charme de « California Dreamin` », normal il s’agit ici d’en tremblement de terre. Pas trop courant, un petit collector pour les amateurs de cette chanteuse qui a fait des merveilles avec sa voix en d’autres lieux.

1955 – Mary-Lou Williams & Don Byas / Mary’s Waltz. Deux musiciens de jazz très connus figurent sur cet EP sorti en 1955 chez Vogue, une pianiste et un. saxophoniste. Très difficile à trouver, emballé à l’origine dans une pochette très fragile, ce qui n’arrange rien. De la bonne musique pour un film de la série noire.

1969 – 4M ‎– Pozdrav Svijetu. En 1969, le Concours Eurovision réussit un exploit, celui d’avoir quatre chansons ex aequo. Le règlement assez redoutable obligeait les concurrents à chanter dans une des langues nationales, ce qui avantageait les pays latins ou anglophones. Ce fut le cas pour ces artistes Yougoslaves chantant en serbo-croate, qui trouvèrent une petite astuce, glisser le mot bonjour dans plusieurs langues. Ils terminèrent quand même dans les fonds du classement. Je ne sais pas quel téméraire décida de publier ce disque en France, mais il le fut. Je ne pense pas qu’il soit courant et qu’il s’arrache chez les collectionneurs, mais il y a quand même un amateur qui a acheté une copie pour 24 euros.

1968 – The Fuzzy-Bunnies /‎ The Sun Ain’t Gonna Shine Anymore. Reprise de cette chanson des Four Seasons que les Walker Brothers rendirent célèbre deux ans avant. Une version un peu pop, produite par la célèbre Ellie Greenwich. Un petit collector pas très courant, plutôt recherché en éditions française qui bénéficie d’une pochette avec photo du groupe.

1970 – Funkadelic / I Wanna Know If It’s Good For You. Groupe précurseur du funk dont le vieux matériel est assez recherché en édition originale, par ailleurs pas toujours courant. Musicalement c’est plein de belles ambiances et sonne bien noir dans les vocaux.

1968 – Sonny Boy Willaimson / Help Me. Vers 1968, Barclay décida de publier en single une bonne partie des titres phares du répertoire Chess, pour le plus grand plaisir des amateurs de jukeboxes condamnés à se farcir du Sheila à longueur de journée. La plupart de ces publications sont devenues de jolis petits collectors comme celui-ci de l’incontournable Sonny Boy Willaimson II.

1959 – Linda Hayes / Hubba Hubba. Chanteuse de r’n’b à la brève carrière durant les fifties, elle est la soeur du chanteur des Platters, Tonyy Williams. Unique publication française, très rare et assez cotée.

1958 – Dean Jones / Silhouettes. Sur cet unique et rare EP français, on retrouve un chanteur, plus connu comme acteur sans être une star. Il reprend un succès créé par le groupe noir The Rays un peu avant. Cet air très connu redevient un succès pour Herman’s Hermits et Claude François quelques années plus tard. Cette publication ‘est pas vraiment un top collector.

196? – Les Kilts / Bastos Oyé. On ne connaît pas vraiment la date de sortie de cette obscurité. Un truc presque impensable aujourd’hui, un disque de publicité pour des cigarettes. Je connais ces cigarettes, j’en ai fumé, tout en ignorant qu’il y avait eu un disque dédié à cette marque. Ce qui fait l’attrait de cette publication, ce n’est pas la nostalgie de la clope, mais les rythmes africains qui l’accompagnent, car ce fut enregistré au Cameroun. Une rareté pour amateurs du genre, payent volontiers 30 ou 40 euros pour une copie. La fumée mène à tousse, pardon à tout.

1967 – Pink Floyd / Arnold Layne. Le fameux disque de Pink Floyd que le monde entier nous envie. Cet EP est le premier truc du groupe publié en France. Il marcha assez bien Angleterre, mais il fut accueilli avec une indifférence polie en France. Malgré une rareté évidente, ce n’est pas dans le genre le plus rare, mais la demande est forte. Une copie parfaite peut friser les 1000 euros.

1964 – Chantal Goya / C’est Bien Bernard. Par rapport à sa seconde carrière d’idole dans la musique pour enfants, celle où elle était une minette du yéyé, il n’y a pas photo. Quelques EP’s entre 1964 et 1967 et un peu de cinéma, lui vaudra un succès modéré, nullement comparable a celui qu’elle connaîtra plus tard. Quand on y regarde d’un peu près, cette première période n’est pas sans un certain charme. D’efficaces compositions de son futur mari Jean-Jacques Debout, pas de reprises, des orchestrations bien senties du fameux Mickey Baker, font qu’elle n’a rien à envier à d’autres vedettes de l’époque, sinon le succès. Les collectionneurs ne s’y trompent pas, ses premiers disques, pas vraiment courants, sont recherchés et atteignent parfois de jolies petites sommes qui peuvent dépasser la centaine d’euros. Je dois avouer qu’il m’arrive encore d’en écouter certains.

1962 – El Toro ET Les Cyclones / Vingtième Etage. Bien évidemment si ce disque est recherché c’est avant tout pour la présence de Jacques Dutronc à la guitare solo. Le disque n’est pas une rareté absolue, mais il n’est quand même pas très visible et une copie vaut quand même un poignée d’euros. C’est typique de l’époque, on adapte quatres titres anglo-saxons sur lequel on ajoute des paroles françaises. Cet EP vaut surtout par une reprise assez dynamique de « Twenty Flight Rock » d’Eddie Cochran.

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