En passant

Bas nylons et vacheries

L’humour est, je crois, quelque chose qui a toujours existé. Je n’imagine pas trop à quoi pouvait ressembler une blague au temps des cavernes, mais il existe de nombreuses témoignages qui rapportent les traits d’humour de personnages historiques. Pour ceux qui ne sont pas contemporains et dont on ne possède aucun document filmé ou parlant, ils aident à situer le personnage. On sait que Louis XIV, tout roi qu’il fut, n’était pas avare d’un bon mot à l’occasion. Même qu’il pouvait facilement ne pas tenir rigueur à quelqu’un qui l’aurait un peu malmené verbalement, pour autant que les arguments fussent enrobés d’humour. Une des règles de l’humour est que l’on rit souvent au détriment de quelqu’un. Nombre de personnages connus eurent l’occasion de le faire, même en présence de l’intéressé. Force est de constater qu’ils le firent parfois avec un sommet de vacherie envers le lésé. Moucher son ennemi devant cent personnes avec un clou bien planté dans son égo, est un moyen sûr de mettre les rieurs de son côté.
Etudions les réparties de quelques personnages célèbres dans un domaine ou dans un autre.

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Thomas Beecham (1879-1961), chef d’orchestre.
A une violoncelliste : « Madame, vous avez entre les jambes un instrument qui peut donner du plaisir à de milliers de gens, et tout ce que vous savez faire est de le gratter ! »

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Sarah Bernhardt (1844-1923), actrice.
A une jeune actrice qui lui demandait des conseils sur le trac . « Tu verras, petite, ça te viendra quand tu auras du talent ! »

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Tristan Bernard (1866-1947), écrivain.
A un écrivain qui se vantait d’avoir fait le plus gros tirage de l’année : « Non, mon cher; je me suis laissé dire que vous aviez été battu par l’Indicateur des chemins de fer. »
Alors qu’il était invité à une grande table pour le dîner, mais ayant appris qu’il y trouverait des gens qu’il ne voulait pas trop rencontrer, il ne se pointa pas à l’heure dite. On lui téléphona pour lui rappeler le rendez-vous. Il répondit qu’il ne viendrait pas et quand on lui demanda la raison : « Je n’ai pas faim ! »
Pour une artiste du genre vulgaire, pour qui l’on cherchait un nom de scène, il suggéra : « Maud Cambronne. »
Apprenant la mort d’un noceur impénitent par un faire-part indiquant que les funérailles auraient lieu le surlendemain : « C’est bien la première fois qu’il passera deux soirées de suite chez lui. »

Alphonse Allais (1855-1905), écrivain.
Aux funérailles d’un coureur cycliste, alors que le convoi franchissait une forte pente : « C’est bien la première qu’il arrive en tête au haut d’une côte… » Et son voisin de renchérir « Et après avoir crevé ! »

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Marcel Achard (1899-1974), écrivain.
Assistant à une pièce de Claudel, il se tourne vers sa voisine qui applaudit souvent : « C’est pour vous réchauffer ? »

Illustration.

Charles de Gaulle (1890-1970), homme d’état.
Alors qu’il défilait, il entendit un « Mort aux Cons ! » qu’il commenta par : « Vaste programme ! »
En 1945, recevant le ministre du ravitaillement d’alors : « Vous, j’en suis sûr, vous venez encore m’emmerder avec vos patates ! »
A la Libération à Marseille , il reçoit des membres de FFI. Il y a des colonels, des commandants, qui arborent de gros galons. Il tombe sur un qui n’est que sergent-chef, il lui demande : « Tiens ! votre femme ne sais pas coudre. »

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Sacha Guitry (1885-1957), écrivain, cinéaste.
Alors qu’il participait à un grand dîner, il lâcha malencontreusement un pet assez bruyant. Se tournant vers une petite vieille assise à ses côtés, il lui dit assez fort pour être entendu de tous : « Ne vous inquiétez pas, je dirai que c’est moi… »
Après son divorce avec Yvonne Printemps il déclara : « Son sommeil était de beaucoup ce qu’elle avait de plus profond. »
En apprenant que l’écrivain Georges Lecomte venait d’être élu à l’Académie française, il commenta . « Ses livres sont désormais d’un ennui immortel ».
Dans le métro, une jeune demoiselle vint s’asseoir en face de lui, remonta sa robe et croisa ses jambes d’une manière provocante. Au bout d’un moment il lui demande : « Pardon mademoiselle, cela vous gêne-t-il si je garde mon pantalon ? »

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Winston Churchill (1874-1965), politicien.
A propos de de Gaulle : « Nous l’appelons Jeanne d’Arc et nous cherchons quelque évêque pour le faire brûler. »
On lui demandait pendant la guerre froide, si la guerre allait bientôt éclater. « Non répondit-il, quand Shinwell était ministre du Charbon, l’Angleterre n’avait plus de charbon, alors on l’a nommé ministre de la Guerre ! »
Alors qu’il était dans une auberge avec Lloyd Goerge, ce dernier lui demanda où étaient les toilettes. Il lui dit « Là-bas au fond; vous verrez écrit Gentlemen; vous entrerez quand même… »

Je ne suis pas une célébrité et je rencontre plus souvent des inconnus que des vedettes, mais il m’arrive de ne pas manquer de répartie. J’ai quelquefois de remis une personne à sa place pour une question ou une autre, en réponse à une attaque personnelle ou une situation particulière. En voici une ou deux que je vous certifie authentiques.
Je m’apprêtais a quitter une grande surface par l’escalier roulant descendant, tout en m’apprêtant à allumer une cigarette, car je fume. C’était l’époque où on pouvait fumer presque partout. Arrive un bonhomme sur l’escalier roulant montant qui m’harangue :
– Fume, fume, tu tousserais moins !
Je le regarde dans les yeux et lui dit :
– Je préfère le tabac à la connerie !
Toujours à propos de tabac, et celle-là elle est toute récente. J’étais à l’entrée d’un magasin en train de fumer. Arrive un autre bonhomme, à peu près mon âge et qui marchait avec une canne. Il fait une grimace et dit un peu hargneux « Ah le tabac ça pue et c’est mauvais pour la santé. » Réponse : « Je sors de chez le médecin et pour l’instant il ne m’a pas prescrit de marcher avec une canne ! »
Je voulais aller aux toilettes dans une brocante où il n’y avait qu’une cabine unisexe. J’ouvre la porte et j’aperçois une dame les fesses en l’air qui était en train de faire ce qu’elle avait à faire, elle avait oublié de tourner le loquet.
– Oh excusez-moi ! Vous désirez que je referme la porte ?
Je passais dans une rue et par malchance deux employés qui transportaient un téléviseur, un de ces vieux téléviseurs à lampes, le laissent tomber. Cela à fait une sorte de petite explosion. Une dame qui passait par là juste à côté, désagréablement surprise par le bruit, commence d’engueuler les deux bonhommes. Je prends son parti et lui dit : « Vous avez raison madame, ils devraient mettre un avertissement, attention chute de téléviseurs ! »

4 réflexions sur “Bas nylons et vacheries

  1. Bonjour M. Boss,
    «on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde» disait Pierre Desproges
    citation a contresens, sans nul doute pour moi.
    bonne fin de semaine
    cooldan

  2. Bonjour Messieurs,

    Comme disait Michel Audiard: « Les cons, ça ose tout ! C’est même à ça qu’on les reconnaît ! ».
    C’est le genre de situation qu’affectionnait Raymond Devos avec son sens de la dérision. D’ailleurs, il reste inégalé à ce jour. Popeck avait aussi ce goût pour le jeu de mots. Aucun de ces prétendus jeunes humoristes d’aujourd’hui ne s’est engouffré dans cette brèche qui suppose une analyse linguistique fine. C’est toujours un plaisir de l’écouter.
    Je trouve que ces derniers veulent faire une satire de la société comme le faisait le regretté Coluche mais celui-ci avait inauguré un certain genre de critique qui n’appartenait qu’à lui-même.
    Quant à Pierre Desproges ( qui était dans la bande du Petit Rapporteur ?), on se souvient tous des « Vœux présidentiels pour 1978 » en duo avec Thierry Le Luron.
    Belle époque où l’humour se permettait une certaine liberté de ton. Mais c’était avant. Hélas !
    Bon WE de Pentecôte. Peter Pan.

  3. Hello Peter,
    Difficile de faire des choix dans l’humour, mais pour moi Raymond Devos correspond assez bien à ce que j’attends de l’humour. C’est d’ailleurs celui que j’essaye le plus de pratiquer, trouver le jeu de mots drôle pour une situation donnée. Mais cela me vient plutôt spontanément, c’est quelque chose qui s’attrape au vol. Mes « crimes » ne sont pas prémédités !
    Bon week-end

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