En passant

Bas nylons et histoires de vents

QUELQUES VENTS QUI SOUFFLERENT DANS L’HISTOIRE

Dans l’histoire de France, il y a beaucoup d’anecdotes qui mettent en scène un bruit incongru, le pet. Cet ami un peu sournois entre souvent sans frapper, et quand il prévient, ce n’est pas toujours pour vous être agréable, car il ne sait pas toujours faire preuve de discrétion. Suivant les époques il fut plus ou moins en odeur de sainteté, c’est le cas de le dire. Mais il est certain qu’il fut toujours présent à travers les âges, de grandes figures historiques en furent les victimes ou les témoins. Certains peuvent même se targuer d’être entrés dans l’histoire, mais pour cela il fallait sortir pour y entrer et trouver une oreille complaisante, surtout pas celle qui fait semblant de ne pas l’avoir entendu.

Déjà dans l’antiquité, on se préoccupa de lui.

Homère en fait mention dans l’Illiade en parlant du fils de Zeus :
«Lorsqu’il tomba des bras de son frère Apollon, il lâcha un petit présage, insolent serviteur de son ventre, messager impudent!… »

Nicargue un poète grec au deuxième siècle :
«Oui! le Pet c’est la mort si captif il demeure, C’est aussi le salut s’il s’échappe sur l’heure!
Ainsi, tuer, sauver, voilà quels sont ses droits!
Son pouvoir va de pair avec celui des rois!»

«L’empereur Claude avait fait publier un édit par lequel il permettait de lâcher des vents à sa table parce qu’il avait appris que l’un de ses convives avait été fort incommodé de s’être retenu devant lui… »
N’imaginez pas qu’il y a peu de choses à dire sur le pet. En 1776, un livre traite du pet vu sous différents aspects (jeu de mots), il fait plus de 200 pages.

Vers 1860, un poète, Monsieur Bombardon s’y mit aussi.

Le maréchal de Roquelaure

Le maréchal de Roquelaure (1560 – 1625) avait, parait-il, toujours un peu de vent qui soufflait dans l’intestin, il avait quelque peine à l’empêcher de contrarier ses désirs de liberté. Un jour en présence de Marie de Médicis, il sentit venir l’incident. Il lui demanda de l’excuser un moment et s’éloigna d’elle précipitamment. Pas assez loin pour que le coquin ne s’exprime bruyamment. La reine l’entendit lui cria : « L’ho sentito, signor mareschal. » Bien évidemment, pour une personne qui ne parle pas l’italien, la ressemblance des mots entre les deux langues pout conduire à une mauvaise interprétation du sens, comme ici « sentito » qui veut dire entendre et non sentir. Tombé dans le piège, le maréchal lui répondit : « Votre Majesté a donc bon nez ».

Louis XVI

Louis XVI se promenait avec un vieux maréchal un peu sourd dans les jardins de Versailles. Dans la discussion le roi affirma au maréchal qu’il courait de bruits de guerre. La maréchal n’entendit rien mais laissa échapper un petit pet.
La marquis de Bièvre qui était présent commenta : « En tout cas, ce ne sont pas des bruits sans fondement. »

Sacha Guitry

Sacha Guitry lors d’un grand dîner fut trahi par un pet qu’il croyait pouvoir maîtriser au niveau sonore. Comble de malheur ce fut pendant un des rares moments de silence de l’assemblée. Evidemment toute la tablée se tourna dans sa direction. Nullement désemparé, il se tourna vers sa voisine, une dame d’un certain âge et lui glissa à l’oreille mais assez fort pour être entendu : « Ne vous inquiétez pas, madame : je dirai que c’est moi. »

Georges Clémenceau, célèbre pour ses idées politiques mais tout autant pour ses formules et citations, disait de Georges Mandel son directeur de cabinet . « Quand je pète, c’est lui qui pue. »

Le poète Paul Valéry lâcha un modeste pet. Pour tromper l’entourage, il tenta de détourner la chose en faisant grincer sa chaise. Son voisin lui dit à l’oreille . « Cette fois-ci M Valéry, la rime était très difficile. »

Ca va encore péter !

Pas besoin d’aller toujours les chercher dans l’histoire, nous avons tous entendu une fois ou l’autre cette manifestation sonore, qu’elle soit faite maison ou parvenue à nos oreilles par un producteur local pas très éloigné. Je vous garantis l’authenticité des histoires suivantes, la preuve c’est que j’y étais.
Dans ma jeunesse j’ai fait un pèlerinage à Rome, pas tellement par conviction religieuse, mais bien pour profiter des conditions très avantageuses du voyage sponsorisé par la paroisse locale. Alors de temps en temps, il fallait se farcir une messe. Je pense que vous connaissez le rituel de la messe catholique, on est tantôt assis, debout, à genoux, mais jamais couché, ce que je déplore vivement. Ces mouvements nécessitent quelques tensions de muscles, mais quand certains sont tendus, d’autres se relâchent. Un des participants fut victime du phénomène et un magnifique pet retentit dans l’église, amplifié par le résonnance propre à ces lieux. Ce fut alors des pouffées de rire, tandis que le curé se demandait si l’écho allait parvenir jusque dans les hautes sphères célestes. Si on avait concouru pour la messe la plus drôle de l’année, nous aurions raflé la première place avec mention du jury.

Quelques années plus tard, je me suis retrouvé militaire. L’unité dans laquelle j’étais était composée d’environ 500 hommes. Nous étions alignés dans un parfait silence, un silence multiplié par 500 c’est encore plus impressionnant. Un colonel était en train de faire un speech de circonstance dans lequel il annonça que notre unité allait être dissoute. Lors de son discours, j’ai nettement entendu quelqu’un péter, seul bruit qui rompit le silence, à part la voix du galonné. Le lendemain dans la presse locale, sans doute assez militariste, on consacrait un article à ce non-événement avec pour titre : « L’unité X sera dissoute, murmures de protestation dans la troupe ». A mon avis, cet article ne valait pas un pet !

Voici une de ces vieilles chansons qui ont une origine historique, elle n’a d’ailleurs rien à voir avec les pets. Celle-ci est d’essence bretonne et tous les Bretons la connaissent. Elle est encore largement chantée aujourd’hui dans sa langue d’origine, titrée « Le Cygne » (An Alarc’h). Elle parle de Jean II de Monfort, un duc de Bretagne au 14ème siècle, qui comme beaucoup d’autres passait son temps à guerroyer. Elle est interprétée ici en français, mais le refrain est conservé dans sa longue d’origine. La Bretagne est une des régions de France qui a très bien su conserver son patrimoine musical et l’adapter au monde moderne.

Source gallica.bnf.fr / BnF / DP / Wikipédia.

4 réflexions sur “Bas nylons et histoires de vents

  1. Bonjour Mr Boss,

    Voilà un article quelque peu original.
    Un sujet mondialement connu. « Il y a du vent dans les voiles » comme l’on dit parfois. Votre prose donne une tournure comique et poétique pour un sujet, somme toute, très basique. J’ai bien ri. Du Raymond Devos en filigrane. Non ?
    Bon WE. Peter.

    • Hello Peter,
      En effet le sujet est basique. Mais après avoir lu ici et là quelques anecdotes sur le sujet, il me semblait indiqué d’en faire un article. Il fallait le faire avec un peu d’humour, le sujet s’y prête tellement qu’on le compare avec le gaz hilarant. Il semble qu’il a eu cet effet chez vous et j’en suis bien content.
      Devos a toujours été un maître dans le maniement de la langue française, c’est drôle et tout en finesse. Il est vrai qu’il me sert parfois de modèle pour essayer de tirer tout le jus des mots et les accoquiner de manière drôle. Cela n’a pas été le cas pour cet article, mais en d’autres endroits, oui. J’ai la chance d’avoir l’humour qui vient assez facilement et instantanément. A mon avis, il y a toujours quelque chose de drôle dans toutes les situations, le tout est de trouver quoi, ce qui n’est pas toujours apparent, et je n’y arrive pas toujours. Mais faire rire quelqu’un est toujours un sorte de victoire sur la banalité et les côtés sombres de la vie.
      Bon week-end

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