En passant

Inventaire musical à la Prévert (66)

Don Van Vliet alias Captain Beefheart (1941 – 2010) est un personnage complètement à part dans la musique vers la fin des sixties. Grand ami de Frank Zappa, sa démarche peut s’apparenter à la sienne. Ils collaboreront à plusieurs reprises, l’un s’invitant chez l’autre. Ce sont deux personnages qui furent des révolutionnaires et des créateurs de nouvelles choses. On peut à la limite comparer au mouvement du surréalisme, musicalement s’entend. En cherchant bien dans les obscurités, on peut trouver quelques références antérieures, il y a toujours un prédécesseur et l’on peut remonter ainsi à l’aube de la création. En 1967, apprécier un album comme le « Freak Out » de Frank Zappa demandait une certaines ouverture d’esprit et même un certain passé musical fait d’écoutes et d’expérience. La musique, c’est un peu comme la drogue quand on s’y plonge totalement, il faut toujours des sensations de plus en plus fortes. Certains ne dépasseront pas le stade du joint musical d’autres iront jusqu’à l’héroïne, mais là l’avantage est que physiquement c’est sans dommages, sinon que cela peut ouvrir l’esprit. Même s’ils sont presque contemporains les premiers albums de Zappa et Beefheart se distinguent par quelques détails, nous allons pour cela nous concentrer sur celui de Beefheart.
Pour une première découverte de ce genre de musique, celui de Beefheart est un peu plus accessible. On y trouve des traces de blues, de r’n’b, de country, mais pour le reste on ne peut que parler de création spontanée, c’est très créatif et nouveau, et cela influencera beaucoup de monde par la suite. Le premier choc à l’écoute est la voix de Beefheart, elle peut couvrir cinq octaves, mais il l’emploie plutôt pour en faire des vocaux débridés, en passe avec sa musique. On peut la comparer de loin avec celle de Van Morrison, mais le guitariste Edgar Broughton possède une voix très semblable, il reprend d’ailleurs Beefheart avec son Edgar Broughton Band. Quand je parle d’accessibilité de la musique de cet album, il y a malgré une ou deux choses asset mélodieuses, mais c’est justement un des pièges que Beefheart aime bien tendre, c’est pour mieux vous emmener ailleurs…
Personnellement j’adore cet album depuis le jour où je l’ai découvert, cela doit bien faire 50 ans. Et puis je vais vous donner un truc. Quand les visiteurs, surtout ceux de votre femme s’attardent trop, mettez l’album avec un bon volume. C’est radical, ils vont soudain se rappeler qu’ils ont oublié d’éteindre la lumière en partant pour venir chez vous.

CAPTAIN BEEFHEART AND HIS MAGIC BAND
Safe As Milk

Sure ‘Nuff ‘N Yes I Do

Zig Zag Wanderer

Call On Me

Dropout Boogie

I’m Glad

Electricity

Yellow Brick Road

Abba Zaba

Plastic Factory

Where There’s Woman

Grown So Ugly

Autumn’s Child

Live au Bataclan 1972
Clic Clac

Durant les sixties, la discographie française se distingua par le nombre impressionnant de publications qui furent faites sous la forme de EP, c’est à dire quatre titres, deux par face. Le principe de base était un peu mercantile, on vendait deux fois plus de marchandise sur la réputation d’un titre principal ou d’un succès, le 45 tours simple avec deux titres était réservé à la promotion et aux jukeboxes. L’avantage principal de ces EP’s demeurait dans le fait que ces éditions étaient présentées dans une pochette avec le plus souvent une photo de l’artiste et un emballage cartonné et plastifié plus résistant à l’épreuve du temps. L’Angleterre et les USA eurent beaucoup moins recours à ce genre de publications. Le plus souvent, la règle était le 45 tours simple emballé dans une simple pochette à trous permettant de voir l’étiquette du disque. Aujourd’hui ces fameuses disques EP’s français, surtout ceux concernant des artistes étrangers, sont recherchés par les collectionneurs du monde entier car ils sont uniques dans leur genre et peuvent parfois atteindre des sommes folles s’ils sont très rares. Au fil des semaines, je vous en présenterai quelques uns parmi ceux qui attirent justement les collectionneurs. Ils seront présentés avec la pochette, éventuellement avec un scan de ma collection personnelle si je ne trouve rien de satisfaisant, les titres qu’ils contiennent, et le plus haut prix atteint par une enchère sur Ebay.

Parfois un disque c’est comme un tableau que vous achetez à un peintre inconnu, vous ne savez jamais la valeur qu’il peut prendre par la suite. C’est assez le cas pour ce EP des Art Woods (parfois Artwoods) publié en France en 1965 dans une indifférence quasi générale. Il faut éplucher la liste des membres pour comprendre ce qui peut bien attirer les collectionneurs. En premier, on pourrait d’abord dire parce ce que c’est excellent. ensuite dans les membres figurent de futures grosse pointures, dont un certain Jon Lord, eh oui celui de Deep Purple. Keef Hartley est un batteur de premier rang, il a travaillé avec beaucoup de monde et aussi dans son propre groupe Keef Hartley Band. Art Wood, celui qui donne le nom au groupe, est le frère de Ronnie Wood des Rolling Stones. Pour ceci et pour cela, c’est un joli collector.

The Artwoods – Decca 457076, publié en 1965, meilleure enchère sur Ebay 656 euros.

Oh My Love

Big City

If I Ever Get My Hands On You

Sweet Mary

Envies de découvrir autre chose ?

La musique n’a pas de frontières. S’il y a bien un point où je suis très éclectique, c’est assurément la musique. Entre un disque de hard rock et un opéra, pour moi c’est de la musique. C’est la différence qu’il y a entre un plat de haricots et un entrecôte bordelaise, les deux pris dans leur contexte propre peuvent s’avérer délicieux. Je fouille, j’écoute, je trouve, et puis quelquefois je tombe sous le charme. C’est pour moi une quête permanente.
Je vous invite à partager ces découvertes au hasard. Des artistes qui ne font pas forcément la une des médias, mais qui ne sont pas dépourvus d’un certain magnétisme ou plus simplement nous présentent une belle vision musicale.

Si vous me suivez régulièrement vous savez que je suis un ardent défenseur des femmes, pas seulement quand elles portent des bas nylons, mais surtout dans les domaines artistiques, mais oui elles peuvent faire aussi bien que les hommes. Je vous propose un truc que l’on peut admirer au Japon mais qui serait pratiquement impossible en France. Dans les universités japonaises, ils recrutent des musiciennes qui sont toutes des virtuoses en devenir, avec la perfection propre à leur culture. Au fil des ans, elles se produisent dans un big band qui a pour nom générique Big Friendly Jazz Orchestra Takasogo, entièrement féminin. C’est époustouflant d’interprétation et c’est du jazz tous horizons, bien entendu occidental. On croit rêver !

The Jazz Police, de Gordon Goodwin, du jazz très série télé.

Boogie Shop Shuffle, de Charles Mingus, la demoiselle à la batterie est époustouflante.

Lover Come Back To me, standard des années 1920 créé par Evelyn Herber, « jazzifié » notamment par Billie Holiday. La chanteuse est une invitée, mais ça swingue !