En passant

Inventaire musical à la Prévert (71)

Le scène de Detroit est assez réputée pour avoir enfanté quelques troublions de la musique version hard. Ce n’est pas les fans de MC5 ou des Stooges qui pourront dire le contraire. Le style de Frijid Pink s’inscrit assez dans cette voie, d’autant plus qu’ils viennent du même état. Les membres firent leur écoles parmi les formations de garage punk du coin. En 1970, ils explosent avec un premier album contenant une reprise de « House Of The Rising Sun » qui se tourne résolument vers la pop music, sans doute une des rares qui peut concurrencer le hit des Animals. Ils connaissent un succès pratiquement planétaire. Leur album est une assez belle transition entre l’ancien et le nouveau, pour le nouveau on peut déjà percevoir quelques idées du hard rock a venir. A part la célèbre reprise, le reste contient des compositions originales du groupe, et ma foi certaines sont plutôt remuantes.
Le groupe survécut tant bien que mal au fil des ans, ils existent encore aujourd’hui sans aucun membre original dans la formation. Tom Beaudry le chanteur, dont la voix magnifie bien l’envoûtement que peut susciter leur formidable reprise du standard, est décédé au début 2021. Mais ce n’est que la porte entrouverte pour découvrir la suite.

House Of The Rising Sun

God Gave Me You

Crying Shame

I’m On My Way

Drivin’ Blues

Tell Me Why

End Of The Line

 I Want To Be Your Lover

Boozin’ Blues

Le hit, clip tv

Durant les sixties, la discographie française se distingua par le nombre impressionnant de publications qui furent faites sous la forme de EP, c’est à dire quatre titres, deux par face. Le principe de base était un peu mercantile, on vendait deux fois plus de marchandise sur la réputation d’un titre principal ou d’un succès, le 45 tours simple avec deux titres était réservé à la promotion et aux jukeboxes. L’avantage principal de ces EP’s demeurait dans le fait que ces éditions étaient présentées dans une pochette avec le plus souvent une photo de l’artiste et un emballage cartonné et plastifié plus résistant à l’épreuve du temps. L’Angleterre et les USA eurent beaucoup moins recours à ce genre de publications. Le plus souvent, la règle était le 45 tours simple emballé dans une simple pochette à trous permettant de voir l’étiquette du disque. Aujourd’hui ces fameuses disques EP’s français, surtout ceux concernant des artistes étrangers, sont recherchés par les collectionneurs du monde entier car ils sont uniques dans leur genre et peuvent parfois atteindre des sommes folles s’ils sont très rares. Au fil des semaines, je vous en présenterai quelques uns parmi ceux qui attirent justement les collectionneurs. Ils seront présentés avec la pochette, éventuellement avec un scan de ma collection personnelle si je ne trouve rien de satisfaisant, les titres qu’ils contiennent, et le plus haut prix atteint par une enchère sur Ebay.

James Brown, un des rois du R&B, dut attendre presque une dizaine d’années avant de devenir une star internationale, son premier enregistrement date de 1956. La France ignora le phénomène, car c’en est un, pendant des années. La première vraie publication française date de fin 1962 et encore il fallut qu’elle se fasse de manière détournée. Le célèbre Chubby Checker proclamé roi du twist enregistra un titre de James Brown publié plus d’une année auparavant « Good Good Lovin' », ce qui le mit bien en évidence dans sa discographie à côté de ses succès twists. Sur des paroles d’Eddy Mitchell il devint « De T’aimer, De T’aimer » et fut enregistré par Les Vautours, ainsi que Gary l’Ange Noir et ses Démons ». Il existe aussi deux versions anglaises antérieures du titre publiés en France, l’une par Doug Fowlkes and The Airdales et aussi par Nancy Holloway, alors à ses débuts. Elles font référence à le version de Chubby Checker et non au titre original. Puisque ce titre était un peu devenu un twist par la force des choses, la label sur lequel enregistrait James Bond aux USA, King, publia un album contenant le titre avec la mention *Good Good Twist ». Le label Vogue qui détenait (brièvement) les droits de licence publia un EP avec la mention twist en gros, essayant ainsi de profiter de la vague avec un chanteur qui n’était pas vraiment une icône du genre.
Si vous farfouilliez les bacs de collectors à la recherche des publications en EP’s françaises de James Brown, vous savez très bien que cet EP est le moins visible de tous. Mais s’il n’atteint pas des sommets dans les enchères, c’est que le contenu est aisément trouvable autrement à moindre coût,

James Brown – Vogue EPL.8020, publié en 1962, meilleure enchère sur Ebay 78 euros.

Good Good Lovin’

Think

This Old Heart

I’ll Never Let You Go

CLIP Live 1964

Un chanter de twist ?

Envies de découvrir autre chose ?

La musique n’a pas de frontières. S’il y a bien un point où je suis très éclectique, c’est assurément la musique. Entre un disque de hard rock et un opéra, pour moi c’est de la musique. C’est la différence qu’il y a entre un plat de haricots et un entrecôte bordelaise, les deux pris dans leur contexte propre peuvent s’avérer délicieux. Je fouille, j’écoute, je trouve, et puis quelquefois je tombe sous le charme. C’est pour moi une quête permanente.
Je vous invite à partager ces découvertes au hasard. Des artistes qui ne font pas forcément la une des médias, mais qui ne sont pas dépourvus d’un certain magnétisme ou plus simplement nous présentent une belle vision musicale.

La musique arabe est pour nous les Européens d’un abord pas toujours facile. Les rythmes sont assez différents, souvent plus saccadés, les paroles nous échappent à moins de connaître la langue, mais elle est d’une grande richesse pour autant que l’on veuille bien s’y plonger un peu. Malgré tout, elle a pénétré en Europe par petites vagues dans une sorte de variété arabisante, plus ou moins importée par les communautés immigrées. On se souvient de Bob Azzam et son célèbre « Mustapha » aux saveurs arabes, qui fit les beaux jours des radios en 1960. Dalida ne boudait pas à inclure quelques rythmes arabes dans certaines de ses chansons, à côté de titres chantés en arabe.
Dans l’Antiquité, les Arabes furent parmi les premiers à considérer que la musique était quelque chose de culturel. Je dirais par expérience que c’est dans les pays arabes qu’on peut le mieux l’apprécier, c’est une question d’ambiance. Je me souviens de m’être arrêté à Marrakech sur la place Jamaa Alfna, un lieu grouillant de vie avec les charmeurs de serpents, les marchands d’eau, les vendeurs de tout et de rien. J’étais assis devant un bistrot en train de siroter un café « nous nous », un truc qui ne figure pas à la carte, mais qui prouve que vous faites un peu partie du pays, car l’expression veut dire moitié lait, moitié café. Des effluves de musique arabe arrivaient à mes oreilles, eh bien si j’avais entendu un truc pop, je crois que j’aurais trouvé cela déplacé. La musique que j’entendais se mêlait parfaitement au décor. Chez eux la musique est intimement liée à la danse, et la danse c’est plutôt un moyen d’expression réservé aux femmes. Elles le font d’ailleurs très bien, car ces danses sont très sensuelles, l’expression corporelle peut faire monter la pression chez certains auditeurs mâles. Souvent ces pauvres en sont réduits à glisser quelques billets entre les seins de la danseuse ou de la chanteuse, geste qui ne dérange personne et communément admis, même si la danseuse est votre femme, ou une de vos femmes car ils sont polygames. S’il fallait ne citer qu’un nom, ce serait celui de Oum Kalthoum (1898 – 1975). Dans la musique arabe, cette Egyptienne est presque une divinité. Il lui arrivait de donner des concerts qui duraient plus de cinq heures. Lors de son enterrement au Caire, il y avait des centaines de milliers de personnes. C’est un phénomène unique dans la musique arabe, les autres artistes n’arrivent pas à un tel éclat. Contrairement à la chanson occidentale, elle n’est pas politisée, excepté quelques rares chants patriotiques. On y chante principalement la vie, l’amour, les peines, l’espoir, c’est ce que l’on trouve dans le répertoire de la chanteuse, mais cela suffit à faire frémir le public. La musique arabe n’a pas échappé à la modernisation, le raï en est l’expression la plus connue, mais on conserve malgré tout des racines plus traditionnelles comme certains instruments de musique typiquement locaux, à l’inverse on a pu voir apparaître des guitares électriques ou des synthétiseurs
Pour ce premier post sur la musique arabe, je vais n’en tenir à Oum Kalthoum. Nous y reviendrons certainement plus tard avec d’autres artistes.

Ecoutez ce que dit Marie Laforêt à propos de Oum Kalthoum. En 1967, elle a assisté à un concert d’elle à l’Olympia.

We Daret El Ayam – Chanson très connue de son répertoire

Extrait d’un concert