En passant

Bas nylons et des plumages

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Les oiseaux, cette liaison entre le ciel et la terre. Pendant longtemps on a ignoré que sous d’autres latitudes on trouvait des oiseaux qui n’avaient rien à voir avec nos corbeaux, nos moineaux, ou nos hiboux. Certes, des voyageurs pouvaient décrire ceux qu’ils avaient vus lors de leurs séjours sous d’autres latitudes, mais on devait se contenter de leurs paroles. Bien entendu, ceux du pourtour de la Méditerranée nous étaient relativement familiers, il n’était pas rare qu’un voyageur en ramène avec lui comme objet décoratif et parfois bruyant. Mais vers la fin du 15ème siècle, quand on décida de traverser la grande gouille, on en découvrit d’autres et encore d’autres. Bref, on ne savait plus où donner de l’aile.
Parmi la noblesse française, il n’y eut pas que des guerriers, des cireurs de pompes royales, des amateurs de belles fesses. Il y eut, fort heureusement, quelques bourgeois érudits qui s’intéressaient au monde qui les entourait, pas seulement celui que l’on côtoyait dans les salons. L’un des plus remarquables d’entre eux, fut le comte Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, né en 1707 et mort en 1788, natif de Montbart. Buffon deviendra en quelque sorte son nom d’artiste. En tant que fils de famille noble, il eut la possibilité de faire de solides études, sa famille le destine à prendre la succession de son père, seigneur de Montbart et conseiller du roi. Mais lui n’en a rien à secouer, il est attiré par les sciences et ne jure que par elles. Il étudie principalement les mathématique et la botanique. Les mathématiques le dirigent vers l’astronomie et il devient un disciple de Newton. Au cours de sa vie, il s’illustra dans de nombreux domaines, aussi divers que n’ayant aucun rapport entre eux. Cela va de la traduction d’ouvrages botaniques anglais, en passant par l’optique, ou encore des recherches sur le travail du bois. En 1739, ses connaissances en botanique lui ouvrent l’intendance des Jardins du roi, lui assurant une visibilité à la cour. Il en profite pour planter des arbres venus de tous les coins du monde et faire des recherches. Bien entendu, il fréquente Louis XV et XVI et bénéficia de leur soutien. La marquise de Pompadour lui aurait dit un jour :« Vous êtes un joli garçon Monsieur de Buffon, on ne vous voit jamais ! ». Lui même créa un nom qui devait entrer dans l’histoire, le babouin. En ayant quelques démêlées financières avec une famille de Lyon, les Baboin, il affubla ce nom à celui d’un singe que l’on distingue encore ainsi aujourd’hui par ce nom. Où va se nicher la science ! Mais son ouvre principale et magistrale, qui l’occupa 40 ans de sa vie, fut L’Histoire naturelle en 36 volumes et huit post-mortem. Pour la réaliser, il s’entoura de collaborateurs, notamment de dessinateurs pour les illustrations, mais il en fut la cheville ouvrière. On dit de lui qu’il mit le monde dans ses livres, mais à part l’Italie et l’Angleterre, il ne quitta jamais la France.
Edités par l’imprimerie royale, ces ouvrages d’une réelle beauté au niveau de l’impression font encore référence aujourd’hui. Elle est une des principales encyclopédies éditées au Siècle des Lumières. J’en ai tiré quelques illustrations qui concernent les oiseaux , dessinés par Martinet, François-Nicolas. Cliquez les images pour les agrandir et voir le nom de oiseux, tous exotiques pour l’époque.
Et dire que cet homme aurait pu devenir général dans l’infanterie royale. On l’a échappé belle !

L’intelligence des corbeaux