Buick et bas coutures -14- Accident

Pendant les vacances de Noël, un groupe de professeurs français vient au collège dans le cadre d’un échange France-Maroc. Mes parents ont sympathisé avec quelques-uns d’entre eux et les ont invités à venir prendre le café à la maison un dimanche après-midi. Ils sont quatre, un homme et trois femmes, et passent un moment à discuter avec mes parents autour d’un café et de petits fours.

Ma mère ne s’est pas spécialement habillée, de toutes façons elle fait toujours endimanchée, et se contente d’une robe dans les tons marrons et d’escarpins assortis.

Dans le milieu de l’après-midi, alors que nos invités envisagent de s’en aller, ma mère leur propose d’aller faire un tour dans Casablanca pour connaître un peu mieux la ville que par les visites organisées par le collège. Ils commencent par décliner ne voulant pas déranger, comme en plus ils sont quatre cela ne sera pas pratique de tenir à six dans une voiture.

Ma mère insiste en leur expliquant que cela ne les dérange pas du tout, au contraire et que pour la voiture, sa grosse Buick est tout à fait confortable pour six personnes. Devant ces arguments, ils acceptent et les voilà partis. Ne sachant pas trop quoi faire, je vais les voir s’en aller à la fenêtre.

Ma mère fait monter les trois femmes à l’arrière, s’installe au milieu de la banquette avant entre les deux hommes. Bien sûr elle relève sa robe pour s’asseoir sur son jupon rose qu’elle dévoile largement à son voisin.

Mon père commence à tirer sur le démarreur qui tourne normalement trois ou quatre fois, on sent que la voiture va bien démarrer, quand le démarreur s’interrompt en plein milieu d’un essai comme si quelque chose l’avait brutalement bloqué.

Mon père essaye encore, mais quand il tire sur le bouton cela ne fait plus rien. Je vois ma mère parler à ses invités puis se baisser pour attraper la manivelle et la donner à mon père qui descend.

Rien d’inhabituel jusque-là, ma mère plaisante avec son voisin, mais mon père semble avoir des problèmes avec la manivelle. Il la sort et la rentre plusieurs fois de la calandre, mais il n’arrive pas à la tourner, comme si elle était bloquée, elle aussi. Finalement il vient dire quelque chose aux passagers et va ouvrir le capot.

Ma mère continue de sourire quelques instants quand, tout d’un coup, elle se glisse brusquement sur la banquette pour descendre du coté conducteur et file vers l’immeuble. Quelques secondes après, j’entends la porte de l’appartement s’ouvrir et je la vois qui s’enferme dans la salle de bains. Elle y reste un bon moment, puis elle ressort en peignoir de bain pour aller dans sa chambre.

En la voyant réapparaître, je comprends ce qui lui a pris. Comme la voiture est en panne sans doute pour un moment, elle a du estimer qu’elle n’était pas assez bien habillée pour un dimanche et en a profité pour venir se changer. Elle porte maintenant un tailleur noir, ses bas noirs et des escarpins vernis, le tout complété par un petit chapeau à voilette.

Elle fait effectivement beaucoup plus habillée quand elle revient sur le trottoir. Mon père et le collègue regardent dans le moteur pendant que les trois femmes sont restée sagement assises à l’arrière. Ma mère va aux renseignements, puis remonte au milieu de la banquette. Elle n’a pas mis de jupon sous la jupe noire et dévoile très haut ses jarretelles blanches !

Finalement, mon père ne trouve pas ce qui coince dans le démarreur et la manivelle, et tout le monde descend pour pousser avec ma mère au volant. La voiture démarre vite et tout ce petit monde reprend sa place pour aller visiter Casablanca.

Un peu plus tard dans l’après-midi, je vais me laver les mains et je vois la culotte rose de ma mère sur le panier à linge. Intrigué, je la prends et je constate avec effroi qu’elle est mouillée !

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Buick et bas coutures -15- La punition

Le premier trimestre de l’année 1959 est maintenant bien installé et nous nous dirigeons gentiment vers les vacances de Paques. Ma mère montre de plus en plus ses dessous, ce qui provoque quelques réactions de la part de mon père. Il tente de lui faire comprendre qu’il est gêné, mais pas forcément dans les situations les plus outrancières et en tous cas, jamais en public.

Il avait réagi assez sêchement pour la première fois le lendemain même de l’achat des bas noirs à coutures quand ma mère les étrenna pour aller déjeuner à Fontvielle et qu’il tenta, à l’aller comme au retour, de lui faire admettre que ces bas n’étaient pas assez longs. Il se fit rabrouer sans ménagement.

Une deuxième fois, à l’automne dernier, alors que nous partons au CAF, nous sommes déjà dans la voiture, mon père et moi, et pendant qu’il tire sur le démarreur, ma mère discute sur le trottoir avec des voisins. Elle porte une robe blanche avec, dessous, une culotte de dentelle noire, parfaitement visible sous la robe. On voit aussi très bien ses longues jarretelles noires qui retiennent les bas noirs qu’elle a mis pour ce dimanche, ce n’est qu’après les vacances de Noël qu’elle les portera tous les jours. Quand elle s’installe dans la Buick, mon père arrête de tirer sur le démarreur et lui dit.

– Tu ne vas pas sortir habillée comme ça, on voit tous tes dessous à travers ta robe ! Elle est complètement transparente.

– Ah non, je ne vais pas aller me changer maintenant, et puis j’ai une culotte noire qui n’est pas du tout transparente, elle !

– Justement ta culotte ! On ne voit qu’elle ta culotte ! En dentelle noire de très mauvais goût si tu vois ce que je veux dire et on voit aussi tes jarretelles. En plus avec tes bas trop petits tu es complètement ridicule. Qu’est-ce qui t’est encore passé par la tête d’acheter des dessous pareils ?

– Elle est très bien ma culotte, c’est la mode des culottes en dentelle en ce moment ! Mes jarretelles lui sont assorties, je ne vois pas en quoi c’est de mauvais goût, quand aux bas je t’ai déjà dit que je les mettrai et je les mets !

– Alors on reste ici. Je ne vais pas au CAF avec une femme qui se trimballe avec une culotte de dentelle noire sous une robe transparente. Il y a quand même des limites, tu ne trouves pas que j’en supporte déjà beaucoup ? Sur ces mots, il retire la clef de contact du tableau de bord réussissant à faire céder ma mère qui descend, non sans soupirer.

– Bon, tu as gagné, je vais me changer. Et elle descend de la Buick.

Mon père reprend ses essais de démarrage et le moteur commence à partir quand ma mère revient. Elle passe ostensiblement devant la voiture avec la même robe, mais dessous, elle a mis un jupon noir qui cache sa culotte et ses jarretelles. On voit distinctement la dentelle du jupon à travers le bas de sa robe, mais on ne voit plus les jarretelles et la culotte de dentelle noire qui dérangeait tant mon père. Elle fait un tour sur elle-même bien lentement devant le capot pour se faire admirer puis vient s’asseoir.

– Tu préfères comme ça, mon chéri, nous pouvons aller au CAF maintenant ? Je suis suffisamment bien habillée pour toi ?

– Oui, répond sèchement mon père recommence à tirer sur le démarreur pour qui finir de mettre le moteur en marche.

Cette fois, il a en partie gagné. En partie seulement, car pendant la journée la robe blanche et le jupon noir ont eu une fâcheuse tendance à se retrousser et à dévoiler la culotte de dentelle noire que tout le monde a quand même bien pu admirer.

La dernière fois que mon père se permettra de faire une remarque à ma mère sur son comportement sera l’occasion d’une véritable punition pour lui et d’une journée cauchemardesque pour moi.

Cela se passe un dimanche du mois de mars 1959. Nous sommes invités chez des amis qui jouent habituellement aux cartes avec mon père et que ma mère et moi ne connaissons quasiment pas, ils ne font pas partie du cercle d’amis proches et ne vont que rarement au CAF. Les joueurs se retrouvent habituellement entre eux une fois par semaine et cette journée de dimanche organisée chez l’un d’entre eux est l’occasion de mieux faire connaissance avec les épouses et les enfants des uns et des autres.

Tout commence dès le départ. Ma mère vient de se faire une robe noire dans un tissu indéfinissable, peut-être de la doublure de robe ou du tissu léger à rideaux (mais des rideaux noirs ?) C’est un tissu très fin et très lisse, qui ressemble un peu à de la soie, sans en être. Elle doit être particulièrement fière de cette robe qu’elle considère comme très chic, et qu’elle portera longtemps, le plus souvent à l’occasion de sorties habillées.

C’est une robe étroite à manches longues, et elle est beaucoup trop courte pour l’époque. Cette longueur anormale n’est pas volontaire, mais provient d’un premier ourlet raté. J’ai en effet assisté la veille à une séance épique avec Amélie qui aidait ma mère à faire l’ourlet dans ce tissu trop souple difficile à travailler. Un premier essai s’était terminé par une déchirure du bas de la robe dans la machine à coudre et elles avaient été obligées de la couper et de recommencer un autre ourlet. Le résultat donna cette robe qui s’arrête franchement au-dessus des genoux, et laisse voir le début de la bande renforcée du haut de ses bas.

Dès que ma mère s’installe dans la voiture, je peux constater l’étendue des dégâts avant de me glisser derrière son siège. Les manches longues et étroites qui tirent vers le haut et le tissu souple et glissant font remonter la robe à mi-cuisses malgré les efforts de ma mère pour la tirer vers ses genoux. Heureusement son jupon blanc, n’est pas remonté et cache les jarretelles, qu’on devine seulement à travers la dentelle du jupon.

Nous sommes en panne de démarreur depuis ce jour des vacances de Noël où il s’est cassé avec les professeurs français dans la voiture, et notre situation financière n’a pas encore permis de le faire remplacer. Le garagiste s’est contenté de débloquer la manivelle. Le remplacement du démarreur était programmé pour fin février, mais ma mère commit la folie de dépenser nos quelques économies pour s’acheter deux nouvelles paires d’escarpins et resta totalement indifférente aux reproches de mon père. Finalement la réparation ne sera effectuée que fin avril.

Bref, en ce dimanche de mars, nous n’avons pas de démarreur et mon père qui a tout de suite pris la manivelle ne voit pas encore le spectacle de la courte robe noire, retroussée à mi-cuisses, occupé par les longues minutes de manivelle pour lancer le moteur particulièrement récalcitrant ce matin. Je pense même un moment qu’il va falloir aller chercher Amélie pour nous pousser et me réjouis que ma mère n’ait pas demandé qu’on baisse la capote, comme ça on ne peut pas la voir depuis les fenêtres de l’immeuble.

Pendant cette longue mise en route, ma mère s’agite sur son siège ce qui a pour effet de faire remonter sa robe jusqu’en haut des cuisses sans qu’elle essaye de la ramener vers ses genoux, plus occuper à caresser ses jambes avec son jupon
Nous partons, quand brutalement mon père dit.

– Tu n’as pas mis de jupe ?

– Bien sur que si, c’est une nouvelle robe que j’ai terminée hier.

– Eh bien, ça ne se voit pas, tu es assise en jupon ! Ma mère soupire, mais fait preuve de bonne volonté en se soulevant de son siège et en ramenant au maximum sa robe sur ses jambes. Hélas, le résultat de cet effort louable est de courte durée, car en quelques minutes, les trépidations de la route ont tôt fait de faire remonter la robe en haut des cuisses. Mon père s’énerve.

– Ce n’est pas possible, tu le fais exprès ! Tu ne vas quand même pas passer ta journée en jupon, fais un peu attention.

– Tu préfères que j’enlève mon jupon ? Répond ma mère sur un ton agacé. Cette fois je sens que mon père se met en colère.

– Non, mais évite de le montrer comme ça sans arrêt, tiens-toi correctement s’il te plait, je n’ai pas envie que tu me fasses honte devant mes amis. Tu es toujours en train de montrer tes dessous à tout le monde !

Ma mère tire de nouveau comme elle peut sur sa robe puis tourne la tête vers sa fenêtre et ne répond pas. Heureusement nous arrivons devant la villa des amis de mon père et la dispute en reste là.

L’accueil et les semi-présentations, car ils se connaissent quand même tous un peu, sont suivis de l’apéritif au salon. C’est à ce moment que mon père obtient une première réplique à son coup de colère pendant le trajet. Ma mère s’assoit dans un fauteuil, évidemment sa robe remonte à mi-cuisses, mais au lieu d’essayer de limiter le spectacle en gardant les jambes jointes, elle entreprend de cacher son jupon en le faisant glisser sous sa robe tout en regardant mon père d’un air narquois. On découvre ainsi les quatre jarretelles qui retiennent ses courts bas noirs quand le jupon a à peu près disparu sous la robe.

Pendant l’apéritif, comme pour en rajouter une couche, elle croise et décroise ses jambes sans arrêt pour faire remonter la robe encore davantage, et plutôt que de la tirer vers le bas, elle continue à rentrer le jupon dessous au fur et à mesure, montrant de plus en plus long de jarretelles. Comme toujours en public, mon père fait celui qui ne remarque rien.

Enfin nous passons à table, mais hélas cela ne fait que commencer. Après le repas nous revenons au salon pour le café. Sans doute échauffée par le vin et peut-être énervée par quelques remarques désagréables que mon père, décidément très en colère, lui a faites à table, ma mère se dirige vers un pouf et s’assoit en recommençant son manège qui consiste à rentrer son jupon sous la robe retroussée. Cette fois, le résultat dépasse certainement ses espérances sans qu’elle ne s’en rende compte, car, outre ses cuisses au-dessus des bas et ses jarretelles, on voit maintenant toute sa culotte de nylon blanc, bordée de dentelles qui se mélangent avec celle du jupon replié sous le haut de la robe.

De toute évidence, elle se venge ! Après le café il est décidé d’aller faire une partie de pétanque au parc d’Anfa, cela changera des cartes et il faut profiter de cette belle journée qui annonce le printemps.

On prend les voitures, mon père démarre sans problème avec la manivelle et quand il monte dans la Buick, il voit que ma mère a complètement relevé sa robe jusqu’à la taille pour s’asseoir en jupon. Elle le provoque même en jouant avec la dentelle du jupon, et il se met de nouveau en colère. Ils se disputent pendant tout le trajet sur le même thème.

Mon père : « tu ne sais pas te tenir, tu me fais honte ! »

Ma mère :  « si ça ne te plait pas, tu n’as qu’à regarder ailleurs ! »

Le ton monte et à l’arrivée ma mère prend brutalement la mouche.

– Très bien, tu vas être satisfait ! Et elle enlève carrément son jupon qu’elle jette furieusement sur la banquette à côté de mon père avant de descendre sans lui laisser le temps de placer un mot.

Les hommes entament une partie de pétanque pendant que les femmes vont marcher un peu dans le parc avec les enfants. Au bout d’un moment nous rejoignons l’allée où jouent les boulistes et les femmes vont s’asseoir sur un banc pour regarder la partie de pétanque. Depuis que nous sommes arrivés j’appréhende cet instant. J’avais remarqué les bancs et je me doutais bien qu’à un moment ou un autre ma mère allait s’y asseoir et j’imaginais le pire maintenant qu’elle n’avait plus de jupon.

Mon sombre pressentiment se confirme, elle prend délicatement sa robe par derrière et la relève au-dessus de sa culotte avant de s’asseoir. Je suis totalement horrifié. Pour la première fois à l’extérieur de la Buick, elle découvre ainsi l’intégralité de sa culotte, devant, derrière, sur les côtés. Elle n’a plus de jupe !

Elle reste ainsi jusqu’à la fin de la partie en discutant tranquillement avec ses amies pendant que les hommes qui jouent aux boules ont davantage tendance à regarder vers le banc qu’à s’intéresser à leur jeu, sauf mon père qui prend le parti d’ignorer totalement le spectacle que sa femme est en train de donner. Moi, je suis complètement paralysé car les enfants des autres familles se tapent du coude et rigolent en se faisant des petits signes de tête vers ma mère, assise en culotte et en porte-jarretelles, les jambes haut-croisées.

Heureusement l’après midi s’avance et tout le monde se salue avant de se séparer pour rentrer chez soi. En arrivant à la voiture, ma mère retrousse encore sa robe jusqu’à la taille en s’asseyant et tend la manivelle à mon père qui lui tient la portière. D’une voix enjouée et rieuse elle lui dit.

– Ramène-nous mon cœur, je vais t’aider. Et elle se glisse au milieu de la banquette, la robe à la taille, pour mettre le contact et donner quelques coups d’accélérateur afin d’éviter à mon père d’avoir à venir le faire.

-Tu veux que je mette le starter ou elle est encore assez chaude ? Demande t’elle toujours aussi souriante et aimable en pompant sur l’accélérateur tendue sur la banquette.

Mon père la remercie gentiment mais il doit quand même tourner longtemps la manivelle pour que le moteur démarre pendant que ma mère s’agite de plus en plus fort pour l’aider à démarrer. Il s’assoit à sa place l’air désabusé. Toujours assise au milieu de la banquette avec sa robe retroussée jusqu’au au nombril, ma mère se penche contre mon père et en l’embrassant sur la joue elle lui dit.

– Je suis bien contre toi mon chéri, promène nous sur la corniche.

C’est à ce moment que je comprends qu’il ne recommencera jamais plus à lui faire des remarques sur ses tenues, car il lui prend la main, l’embrasse à son tour et démarre doucement. Sur la corniche, ma mère dit.

– On va s’arrêter boire quelque chose de frais, ça nous fera du bien

Elle choisit un bar, avec une grande terrasse en véranda qui donne sur la mer. On se gare devant et elle se dirige d’autorité vers une table bien centrale, prend une chaise sur le côté et s’assoit en relevant très soigneusement sa robe jusqu’à la taille sous les regards ahuris des consommateurs, nombreux en cette fin de dimanche après midi. Ce doit être la première fois qu’ils voient une femme élégante, accompagnée de son mari et de son petit garçon, montrer ainsi ostensiblement sa culotte.

Abattus, mon père et moi nous asseyons à notre tour en essayant d’éviter les regards moqueurs. Nous restons ainsi une bonne demi-heure, durant laquelle c’est essentiellement ma mère qui fait la conversation, papotant autant sur le beau temps de cette fin d’hiver que sur les gens charmants avec qui nous venons de passer cette excellente journée. Je ne dis rien, l’estomac noué, mon père lui donne poliment la réplique en tentant de paraître décontracté et aimable. Il fixe la mer et évite les regards.

Enfin, ma mère décide qu’il est temps de rentrer et nous quittons le bar. La nuit est en train de tomber. Sur le trottoir, elle tient mon père par le bras en attendant qu’il lui ouvre sa portière puis elle s’assoit lentement en prenant bien soin de relever sa robe au-dessus de sa taille, et en laissant son pied droit sur le trottoir se baisse pour prendre la manivelle et la passer à mon père. Il commence à la tourner quand elle le rappelle mon père qui vient sur la droite et la voit jambes écartées à moitié dans la voiture.

– Prend ton temps, il y a beaucoup de monde qui passe et j’ai beaucoup de succès avec cette nouvelle robe ! Pendant que mon père retourne à l’avant, je la vois repousser le starter, la Buick ne pourra pas démarrer.

Mon père accélère son mouvement mais après encore un long moment le moteur ne démarre toujours pas. Il revient vers sa place, ma mère tire alors le starter à nouveau, il s’assoit, vérifie tout, ma mère toujours une jambe sur le trottoir lui conseille d’aller pomper l’essence.

Mon père obéit, il soulève le capot du côté droit, de là il ne peut pas rater la vue sur ma mère toujours assise à moitié dans la Buick et à moitié dehors. Puis il va essayer avec la manivelle en laissant le capot levé. Ainsi plusieurs fois, il doit aller tourner la manivelle et revenir pour bricoler sous le capot droit. Il n’y a aucune chance pour que la voiture démarre car ma mère a de nouveau repoussé le starter. Au bout d’un bon quart d’heure, alors qu’il est de nouveau la tête dans le moteur, ma mère interpelle un groupe de personnes qui arrivent sur le trottoir. Toujours assise en culotte et en jarretelles, elle leur dit.

– Nous sommes en panne, mon mari ne peut pas nous faire partir, vous voulez bien nous pousser ? Ils répondent que bien sûr ils vont nous aider, alors ma mère ajoute.

– Je vais me mettre au volant, avec ces talons et cette robe étroite, je ne serai pas d’un grand secours pour vous aider à pousser. Je suis déjà assez gênée de me retrouver en culotte dès que je m’assois, je ne vais pas en plus me donner en spectacle en poussant avec ma robe retroussée à la taille, n’est-ce pas mon chéri ? Mon père reste muet, elle en rajoute.

– Je sais que tu aimes beaucoup cette robe, mais reconnaît qu’elle n’est pas très pratique, on voit tous mes dessous ! Les gens qui se sont arrêtés pour nous aider n’en manquent pas une miette, et une des jeunes femmes dit en riant de bon cœur qu’elle voyait effectivement la culotte blanche de bien loin sur le trottoir.

-Ah, tu vois ! La prochaine fois tu me laisseras porter un jupon avec, je serais quand même plus à l’aise. Mon père ferme le capot en hochant la tête et ma mère se décide enfin à rentrer sa jambe droite. Elle se glisse derrière le volant pendant que mon père ferme sa portière.

La Buick démarre assez vite, ma mère attend en faisant ronfler le moteur, elle ne bouge pas quand mon père revient et il fait le tour pour s’asseoir du côté passager. Ma mère lui demande.

– La nuit est fraîche, tu veux bien que je mette mon jupon mon chéri ? Le jupon étant posé au milieu de la banquette elle peut tout aussi bien l’attraper que lui, mais il doit le lui donner. Elle l’enfile tranquillement en se contorsionnant derrière le volant, puis sans retirer sa robe vers ses genoux, elle se penche vers mon père, l’embrasse et lui dit.

– Je suis vraiment très contente que tu aimes ma tenue, mon amour ! Je te promets que je remettrai cette robe le plus souvent possible pour te faire plaisir !


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Buick et bas coutures -16- Pique-nique

L’année 1959 est bien entamée. Désormais, mon père accepte tout de ma mère qui se complait dans ses extravagances. Aujourd’hui nous participons à l’un des nombreux pique-niques organisés le dimanche midi au CAF. Chacun se balade sous le soleil en grappillant quelques lichettes de méchoui ou, pour les plus affamés, des gros sandwichs aux merguez. Dans l’après-midi, après avoir finalement bien bu et bien mangé, les uns se livrent à quelques sports pour faciliter la digestion, pétanque, bellotte, tandis que d’autres se reposent sur des couvertures à l’ombre des arbres.

Les enfants traînent entre les groupes cherchant à s’occuper. J’en fais partie avec quelques copains, quand nous nous trouvons soudain face à un groupe de femmes qui discutent sous des bouleaux. Ma mère est là, et je découvre un tableau qui me glace jusqu’aux os. Elle a mis une robe grenat mi-large et, pour ne pas l’abîmer, l’a relevée au-dessus de ses fesses et s’est assise en jupon.

Rien d’anormal jusque là, j’ai maintenant pris l’habitude de la voir relever sa robe jusqu’à la taille quand elle s’assoit, mais la position assise par-terre a fait glisser son jupon rose vers le haut de ses jambes et on découvre complètement le reste de ses dessous assortis au rose du jupon. Les interminables jarretelles de dentelle qui tentent vaille que vaille de retenir les bas attirés vers les genoux par les jambes repliées sous le menton et surtout, nous profitons d’une vision panoramique sur sa large culotte de nylon qui fait de nombreux plis entre le haut des cuisses.

Je fais celui qui ne voit rien, malheureusement les autres garçons, de toute évidence, trouvent le spectacle intéressant et s’assoient à cinq mètres dans le bon axe pour, soi-disant, discuter un peu. Impossible de m’échapper sans montrer ma gêne et, bien obligé, je m’assoie avec eux comme si de rien n’était. On parle de choses et d’autres, de rien en réalité car ils sont surtout intéressés par les changements de position de ma mère, qui à chaque fois, permettent d’apprécier les mouvements du nylon de sa culotte trop grande.

A un moment elle s’accoude sur le côté et allonge une jambe en gardant l’autre repliée vers le haut. Le résultat est immédiat, nous voyons toute la culotte rose depuis les fesses, la bande plus étroite encombrée de dentelles entre les cuisses qui s’épanouit largement sur le ventre pour se mélanger plus haut avec la dentelle du porte-jarretelles. Je parviens à patienter quelques minutes espérant un changement de position qui ne vient malheureusement pas. Alors sans rien dire, je me lève et je fais celui qui doit aller aux toilettes, mais je sais que je ne reviendrai pas les rejoindre.

Hélas, j‘entends la voix de ma mère qui m’appelle.

-Mon chéri, tu veux bien aller me chercher un verre de jus d’orange au buffet ? Sans rien dire, je vais chercher son verre et le lui rapporte. Elle me remercie et s’adressant cette fois à mes amis elle ajoute.

-Ne restez pas comme ça en plein soleil, venez à l’ombre avec nous, vous allez attraper une insolation.

Les copains ne se le font pas dire deux fois et se rapprochent des femmes qui reprennent leurs papotages. Je m’assois avec eux à deux mètres de ma mère qui en plus du spectacle de ses dessous, nous fait profiter des effluves du parfum dont elle s’est inondée.

Au bout d’un bon moment, je ne peux plus supporter de voir sa culotte qui continue de bouger avec ses mouvements et je me lève pour aller me réfugier à l’intérieur des salons du CAF où je fais celui qui s’intéresse aux joueurs de belote.

La fin de l’après midi me parait effroyablement longue, pourtant je tiens en faisant des vœux pour que la voiture démarre bien et que mes copains n’assistent pas en plus à une panne.

Bientôt, le moment de partir arrive. En continuant de plaisanter avec leurs amis mes parents rejoignent la Buick qui est restée décapotée par ce beau temps. Après être monté, je m’aperçois que trois ou quatre gamins sont juste dans l’axe de la portière de ma mère et je les vois sourire quand elle retrousse sa robe en s’asseyant.

Au lieu de s’installer normalement, elle entreprend de se remaquiller dans le rétroviseur extérieur en laissant une jambe dehors. Je suis un peu surpris car d’habitude elle ne se livre à ce genre d’exercice que lorsqu’une séance de démarrage de la voiture commence à durer. Les copains continuent de ne pas en perdre une miette.

Pendant ce temps, mon père finit sa discussion et rentre dans la voiture. Il procède au rituel du démarrage, starter, pompage régulier sur l’accélérateur pour appeler l’essence et il tire sur le bouton du démarreur.
Premier coup, deuxième coup, troisième coup, quatrième essai très long, pendant ce temps ma mère continue de se pomponner, totalement indifférente à l’opération de démarrage en cours. Pour l’avoir déjà vu, j’imagine les mouvements de la grande culotte rose agitée par les vibrations du lourd démarreur. Les gamins, toujours en face, semblent de plus en plus réjouis alors que je voudrais disparaître sous mon siège. Après une pose pour pomper plus fort sur l’accélérateur, mon père recommence à tirer sur le démarreur et finalement, la batterie rend l’âme obligeant mon père à prendre la manivelle.

Pendant qu’il essaie de démarrer à la manivelle, je vois mes copains qui se rapprochent pour proposer de nous pousser. Comme les coups de manivelle secouent encore plus la voiture, je n’ose imaginer les plissements du nylon de la culotte rose qu’ils ont maintenant en vue rapprochée. Heureusement, après encore quelques essais de plus en plus prometteurs le moteur consent enfin à tourner et ma mère à rentrer sa jambe.

Sur le chemin du retour, je m’aperçois que son jupon est remonté jusqu’à la taille. Elle a du le retrousser pendant son maquillage à la plus grande joie de mes copains qui étaient au spectacle pendant que je suppliais dans ma tête ce satané moteur de démarrer.


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Buick et bas coutures -17- Achat en Belgique

L’été 1959 arrive et nous voilà de retour en France pour deux mois et demi. Au cours de cet été, mes parents sont invités à passer quelques jours chez les parents de Georgette dans le sud de la Belgique. Ils doivent y retrouver l’ensemble de la famille Delfoix pour une dizaine de jours. Comme je ne suis pas du voyage, je n’en connais que l’épisode du retour à Auch.

Tout commence par un télégramme qui arrive chez mes grands-parents dans l’après-midi du jour prévu pour le retour de mes parents. Ma grand-mère nous en lit le texte pour le moins concis.

– Voyage sans problème, sommes à Montélimar, arrivons demain. Personne ne commente le télégramme et la fin de la journée se déroule comme tous les jours.

Le lendemain, dans l’après-midi alors que nous attendons l’arrivée de mes parents, c’est le télégraphiste qui revient avec un nouveau message tout aussi lapidaire.

– Passons la nuit à Narbonne, à demain.

Mon grand-père sort une carte Michelin, regarde le trajet entre Montélimar et Narbonne et nous annonce qu’ils n’ont parcouru que deux cent cinquante kilomètres dans la journée et en conclut que la voiture a du « faire des siennes ». Il ajoute qu’entre Narbonne et Auch il leur reste un peu plus que deux cent kilomètres et qu’ils devraient arriver pour le déjeuner si tout se passe bien.

Mais la journée du lendemain avance sans que nous ne voyions la moindre Buick se profiler au bout de l’avenue. L’inquiétude commence à gagner la famille et ce n’est que vers sept heures du soir, alors que mes grands-parents discutent devant la maison avec les voisins d’à coté que la grosse auto apparaît enfin au bout de la rue. De toute évidence la belle américaine n’est pas au mieux de sa forme car elle avance lentement en cahotant et une légère vapeur blanche s’échappe des fentes du capot. Mon père finit enfin par l’échouer le long du trottoir où elle cale sans lui laisser le temps de couper le contact, de la vapeur continue à sortir du capot.

Les deux cent derniers kilomètres n’ont pas du être une sinécure, et le maquillage outrancier de ma mère dénonce les nombreux incidents qui ont du émailler le voyage. Souriante, elle ouvre sa portière et, en descendant, nous fait découvrir un énorme jupon noir composé d’innombrables couches superposées de taffetas, de nylon et de dentelles. Une fois debout, sa large robe rouge est maintenue pratiquement à l’horizontale par l’immense jupon.

– Ouf, je ne suis pas fâchée d’arriver ! Annonce ma mère en faisant bouffer ostensiblement son nouveau jupon. Mon grand-père demande à mon père qui a ouvert le capot pour faire refroidir le moteur ce qui leur est arrivé.

– C’est la voiture, nous avons passé le voyage de garage en garage, elle chauffait et l’essence se désamorçait sans arrêt. Nous avons du nous faire dépanner une bonne dizaine de fois entre Montélimar et ici. Je crois que si nous n’avions pas eu les bagages nous aurions fini à pied. Nous étions à l’entrée d’Auch à cinq heures de l’après-midi mais la voiture a calé trois fois et à chaque fois il nous a fallut laisser le moteur refroidir pendant une demi-heure avant qu’il ne veuille bien redémarrer.

– C’est normal avec cette chaleur. Vers Toulouse il faisait plus de trente degrés ! Se contente d’affirmer ma mère qui continue à arranger son jupon noir. Finalement c’est ma grand-mère qui consent à remarquer l’objet.

– Tu t’es acheté ça en Belgique? Demande-t-elle à ma mère. Ravie qu’on l’interroge enfin sur cet échafaudage de dentelles, elle répond.

– C’est la mère de Georgette qui est une excellente couturière qui me l’a fait sur mesure. Il est magnifique, n’est-ce pas ? La voisine constate qu’en effet il est impressionnant mais s’inquiète de l’aspect pratique de la chose.

– Vous devez avoir eu chaud dans la voiture, et pour s’asseoir ce ne doit pas être évident. Il doit vous remonter sous le menton !

– Pas du tout, il est très léger et comme le jupon intérieur est en tulle amidonné, il ne colle pas du tout aux jambes, je suis vraiment très à l’aise dedans.

Et pour démontrer la justesse de ses propos ma mère s’assoit sur le banc du trottoir. Effectivement le grand jupon se déploie en corolle autour des jambes sans reposer dessus. On voit toutes ses jambes et ses jarretelles roses qui se confondent, en haut, avec une culotte de la même couleur.

– En effet, il laisse vos jambes largement aérées ! Sourit la voisine visiblement amusée par le spectacle.

Ma mère se relève toute fière de son effet et annonce qu’elle est un peu fatiguée et qu’elle va aller se rafraîchir avant le dîner. Elle rentre dans le jardin dans une envolée de dentelles pendant que mon père décharge la voiture après avoir recapoté et fermé le capot sur le moteur qui fume encore doucement.

Ahuri, je me demande si elle porte ce jupon depuis trois jours, en prévision des arrivées successivement programmées à la maison et je me dis que les mécaniciens qui sont venus les dépanner ont du bien rigoler en la voyant dans cet accoutrement.

A suivre

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Bucik et bas coutures -18- Histoires de bonnes

C’est également pendant cet été 59 que mes parents décident que nous ne ramènerions plus de bonnes au Maroc. Nous prendrons une domestique marocaine sur place. Au cours de ces deux dernières années, nous avons eu deux bonnes très différentes de caractère, notamment dans leur comportement vis à vis de ma mère et de sa voiture.

La première, Lise, a vécu l’acquisition de la Buick décapotable avec nous, la seconde, Amélie, a découvert la famille et la voiture à la fin de l’été 58. Les réactions de ces deux jeunes femmes, n’ont pas du tout été les mêmes.

Lise, avait été enthousiaste lors de l’achat de la Buick et si comme moi, elle avait rapidement déchanté, elle avait toujours accepté avec philosophie les inconvénients liés au fonctionnement aléatoire du vieux moteur de la belle américaine. J’ai le sentiment qu’elle aimait bien se montrer dans la Buick, surtout quand il arrivait qu’elle soit seule avec mon père et moi.

Elle venait me chercher chaque jour à la sortie de l’école primaire à onze heures et demi et à cinq heures et demi. Le mardi matin et le vendredi après-midi, ma mère ne travaillait pas et les horaires de mon père lui permettaient de passer nous prendre. L’école n’était qu’à dix minutes à pied de l’appartement, mais cela nous évitait cette marche.

Comme mon père terminait ses cours une demi-heure avant la fin de nos classes, la Buick était généralement garée devant la sortie de l’école et Lise était déjà assise à la place du passager quand nous sortions. C’était une jeune femme naturellement coquette, mais j’avais remarqué que ces jours-là elle faisait toujours un effort particulier de toilette et de maquillage. Je pense qu’elle était contente d’être vue dans cette belle voiture.

Quand il nous arrivait d’avoir du mal pour repartir et que mon père devait utiliser la manivelle ou bricoler sous le capot, Lise procédait toujours de la même façon. Elle pivotait sur son siège en repliant sa jambe gauche sur la banquette et, tournant ainsi le dos au trottoir, elle bavardait avec moi en me faisant raconter ce que j’avais appris en classe. Comme cela, elle ne restait pas sans rien faire sous les regards des autres parents en attendant que mon père réussisse à mettre la voiture en marche.

Un vendredi soir, j’étais déjà sorti de l’école et en attendant mon père qui n’arrivait pas, Lise bavardait avec une autre jeune femme qui, à un moment, lui dit.

– J’ai comme l’impression qu’on vous a oubliés aujourd’hui, voulez-vous que je vous dépose ? Lise répondit tout naturellement.

– Vous êtes très aimable, merci, mais la Buick doit juste être tombée en panne, on va attendre, elle finira bien par arriver. La jeune femme enchaîna.

– C’est vrai que je vous ai déjà vu plusieurs fois avoir du mal pour démarrer quand vous repartez d’ici, elle est belle mais capricieuse votre voiture.

– C’est le moins que l’on puisse dire, on sait quand on monte dedans mais on ne sait jamais quand on part. Heureusement qu’il y a la manivelle, sinon j’aurais des mollets de coureur cycliste à force de la pousser ! S’amusa Lise, et elle ajouta.

– Tenez, la voilà qui arrive, cela n’aura pas duré bien longtemps. Et elle salua la jeune femme en me faisant passer vers le siège arrière avant de s’asseoir à l’avant.

De fait, Lise n’était pas vraiment gênée par les aléas de démarrage, elle n’hésitait pas non plus à profiter de la Buick pour descendre en ville avec mon père ou en revenir quand l’occasion s’en présentait. Je ne l’ai vue s’énerver qu’une seule fois durant les six mois qu’elle resta avec nous après l’acquisition de la Buick.

Un jour qu’elle devait m’emmener en ville pour faire quelques courses, elle avait profité du fait que mon père descendait aussi acheter du matériel de pêche pour ne pas prendre le bus à l’aller, pour le retour, nous prendrions le bus car mon père en avait pour moins longtemps que nous. Après avoir fait nos achats, nous retournions tranquillement pour prendre le bus quand, en arrivant dans la rue où nous nous étions garés, je vois que notre voiture est toujours là. Le capot est basculé vers la rue et mon père penché dans le moteur depuis le trottoir. Lise me dit.

– Chic, la Buick n’a pas voulu démarrer, nous ne serons pas obligés de rentrer en bus ! Et nous rejoignons la voiture.

– On a de la chance, que vous ne soyez pas déjà reparti ! Dit-elle à mon père en me faisant monter.

– Vous rentrerez peut-être plus vite en bus, elle ne veut rien savoir. Répond mon père affairé à farfouiller dans le moteur.

– Oh, ça ne fait rien, je préfère être bien assise au soleil à regarder les gens passer sur le trottoir, qu’entassée dans un bus ! Dit Lise en s’installant confortablement le bras à la portière.

Mon père bricole encore un moment sous le capot puis il remonte pour tirer sur le démarreur sans succès pendant plusieurs minutes, jusqu’à vider la batterie. Comme d’habitude, il sort avec la manivelle. Au bout d’un moment, Lise pivote sur son siège pour se tourner vers moi et s’occupe à déballer les chaussettes et les slips qu’elle m’a achetés. Pendant ce temps, mon père regarde à nouveau dans le moteur et après quelques instants, il vient vers nous et dit.

– Lise, il faudrait que vous m’aidiez en pompant sur l’accélérateur, l’essence n’arrive pas assez au carburateur. Et il retourne vers la manivelle.

En soupirant, Lise se glisse derrière le volant et se met à donner des coups d’accélérateur. Bientôt je l’entends parler à voix basse.

– Démarre s’il te plait, soit gentille ! Démarre, je t’en prie, j’ai l’air d’une gourde à m’agiter comme ça devant tout le monde.

Enfin le moteur démarre et mon père revient à sa place. Hélas, peu habituée à cette manœuvre, Lise lâche sans doute trop tôt l’accélérateur et le moteur cale.

– Nous n’avons plus qu’à recommencer dit-il en redescendant. Georgette se remet au volant et recommence à pomper en s’adressant de nouveau à la voiture.

– Ce n’est pas possible ! Démarre, mais démarre donc ! On est ridicules, tout le monde nous regarde. Enfin le moteur repart et cette fois-ci, Georgette fait bien attention de garder son pied gauche sur l’accélérateur pour faire ronfler le moteur tout en se tortillant pour revenir de son coté pendant que mon père s’assoit. La voiture ne cale pas et nous repartons. Mon père lui dit.

– Si vous ne m’aviez pas rejoint, il aurait fallut que je demande de l’aide pour qu’on me pousse.

– Tout est bien qui finit bien, vous n’avez pas eu besoin de demander de l’aide et je ne suis pas obligée de revenir en bus. Répond Lise, souriante.

– En bus vous seriez déjà rentrés, on a mis près d’une heure pour arriver à démarrer ! Ajoute mon père.

– Cela m’est bien égal, je préfère quand même être assise dans une Buick, même si à un moment j’ai pensé qu’elle ne voudrait jamais démarrer. J’en ai même un peu mal à la jambe droite d’avoir pompé comme ça si longtemps. Enfin, c’est tout de même plus agréable de rouler en décapotable ! Conclut Lise.

Cet incident ne l’empêcha pas de continuer à profiter de la voiture chaque fois que l’occasion s’en présenta.

Le Maroc avait décidément plût à Lise, qui y resta à la fin de l’année scolaire pour chercher du travail. Nous avons su très vite qu’elle avait trouvé une place de vendeuse dans un magasin de Rabat et peut-être que plus tard, elle trouva aussi un mari avec une décapotable.

Pour Amélie ce fut tout autre chose. Elle prit la Buick en grippe dès les premiers jours et évita de monter dedans chaque fois qu’elle le put. En plus elle s’entendait beaucoup moins bien avec ma mère que Lise. Pourtant, elle était gentille, et quand mes parents sortaient sans nous, elle avait pris l’habitude de venir avec moi leur dire au-revoir par la fenêtre où elle restait le temps que la voiture démarre.

Je me souviens d’un dimanche où ma mère était particulièrement bien habillée avec une robe noire, rebrodée de motifs rouges et un chapeau, noir également, avec une plume rouge assortie à sa robe. La Buick ne voulait rien savoir et cela faisait déjà un bon moment que mon père tournait la manivelle. A un moment Amélie lâcha un sincère « la pauvre ! » Surpris, je lui demandais pourquoi elle disait cela ?

– C’est pour ta maman qui est si élégante dans sa belle voiture. Je continuais, toujours surpris.

– Pourquoi tu dis qu’elle est pauvre ? Amélie me rassura.

– Je ne dis pas qu’elle est pauvre, comme si elle n’avait pas d’argent. Je dis « la pauvre » parce qu’elle s’est habillée de façon très élégante pour sortir et sa belle voiture ne veux pas démarrer devant l’immeuble. Je poursuivais.

– Ah bon ! C’est à cause de ça ?

– Bien sur. Tu crois qu’elle est contente de rester à attendre en se faisant secouer sur son siège ? Tu sais ce n’est pas parce-qu’elle sourit qu’elle est contente. Et puis elle à relevé sa robe et les gens peuvent tout voir depuis les fenêtres. On voit sa culotte jusqu’à la taille ! C’est à cause de tout cela que je dis « la pauvre ».

Je me dis qu’elle était bien gentille de plaindre ma mère, mais toujours est-il que son année avec nous fut émaillée de petites anecdotes et accrochages.

Une fois, cela se passe un jeudi après-midi. Ma mère a décidé que nous avions besoin de chaussures neuves mon père et moi. Nous sommes prêts à partir, Amélie finit la vaisselle dans la cuisine, quand ma mère lui demande ce qu’elle compte faire de son après-midi. Amélie répond qu’elle va aussi aller en ville. Avenante, ma mère lui propose de l’emmener avec nous. Amélie visiblement peu séduite par la proposition décline l’offre en expliquant qu’elle a encore des choses à terminer et qu’elle prendra le bus plus tard.

Nous voilà partis, jusqu’à la voiture seulement car celle-ci ne veut pas démarrer. Mon père s’échine sur la manivelle quand Amélie qui n’a pas du regarder par la fenêtre, apparaît sur le trottoir. Elle est prise au piège, ma mère l’appelle et lui dit de monter pour profiter du confort de la voiture. Confortable, sans doute, mais pour l’instant nous restons devant l’immeuble.

Quand le bus arrive, je vois Amélie le regarder s’arrêter un peu plus loin avec envie, mais il est trop tard et sans doute n’ose-t-elle rien dire. Finalement, mon père nous annonce qu’il faut pousser. Bien énervée, ma mère se glisse au volant les jambes à l’air et nous voilà trois à pousser. La voiture réussit à démarrer et nous pouvons enfin descendre en ville.

Pour Amélie ce n’est malheureusement pas finit car toujours prévenante ma mère lui fixe rendez-vous à 17 heures pour « profiter » de la voiture. Je passe sur les courses où, ma mère, toujours énervée fait un étalage plus qu’habituel de ses dessous dans les magasins de chaussures à ma grande gêne.

Nous retrouvons Amélie au retour, elle nous attend depuis un bon quart d’heure car nous sommes en retard. Nous nous installons, mais il est impossible de faire repartir la voiture et Amélie en est de nouveau quitte pour pousser dans les rues de Casablanca avant de pouvoir profiter du confort de la belle voiture pour rentrer.

Une autre fois, cela se déroule un dimanche matin de printemps. Dans le cadre des activités du CAF, un repas traditionnel marocain est offert par quelque autorité marocaine aux membres de cet estimable club. Il va de soi que du fait de la haute tenue de cet évènement, les familles françaises invitées se doivent de montrer leur importance. Nous irons donc avec Amélie bien que cette perspective ne la réjouisse pas particulièrement, mais c’est l’occasion de montrer que nous entretenons une bonne.

Pendant les préparatifs du départ, je suis dans le salon-salle à manger de l’appartement en train de finir un devoir. Par la fenêtre ouverte on entend mon père qui s’échine sur le trottoir à tourner la manivelle de la voiture qui est en panne depuis la veille au soir. En attendant des nouvelles de la mécanique, ma mère est installée dans l’un des fauteuils du salon, elle agite élégamment les mains pour faire sécher la nouvelle couche de vernis à ongles qu’elle y a mis pour passer le temps.

C’est lors d’un passage d’Amélie dans son champ de vision que se produit l’incident.

– Amélie, ma fille, vous n’allez tout de même pas sortir comme ça ? En entendant cela, je lève le nez de mon devoir et découvre la situation.

Amélie est très bien habillée, elle a même fait l’effort, rare pour elle, de se maquiller très légèrement. En revanche, on ne peut pas en dire autant de ma mère. Elle a mis sa courte robe noire des grands jours qu’elle ne peut pas tirer plus loin qu’à mi-cuisses et de toute évidence elle ne porte dessous aucun jupon qui pourrait venir à son secours. En conséquence elle a ses quatre jarretelles à l’air et on voit distinctement sa culotte blanche.

– Qu’est-ce que j’ai madame ? Demande poliment Amélie.

– D’abord, on ne va pas à la plage, vous allez mettre des talons ! Effectivement, comme à son habitude, Amélie porte des chaussures plates.

– Et ensuite vous n’allez pas aller à ce déjeuner avec cette jupe large qui vous tombe sur les chevilles ! Je me fais la remarque que ce n’est pas le cas de la robe de ma mère qui aurait plutôt tendance à lui remonter au nombril qu’à lui tomber sur les chevilles.

Amélie reste interloquée quelques instants mais évite la discussion et retourne dans la chambre. Pendant ce temps, les bruits de manivelle ayant cessé sur le trottoir, ma mère va à la fenêtre prendre des nouvelles du départ. Apres un bref échange qui se résume à une affirmation de mon père.

– Il faudra prendre le bus. Qui reçoit une réponse claire.

– Pas question, débrouille-toi ! Elle retourne dans son fauteuil.

Comme elle ne peut pas retenir sa robe à cause de ses ongles qui n’ont pas fini de sécher, celle ci remonte naturellement en haut des cuisses. Amélie revient, elle a mis des talons mais elle a gardé sa jupe longue ce qui provoque la colère de ma mère, sans doute déjà fort agacée par la mise en route laborieuse de la Buick et la perspective de devoir aller au CAF en autobus.

– Amélie enfin ! Je vous ai demandé de mettre une robe plus habillée. Mettez autre chose que cette jupe de bohémienne. Cette fois, Amélie tient tête et tente d’argumenter.

– Mais madame, c’est un repas traditionnel marocain. Il va falloir s’asseoir sur des poufs au ras du sol et avec une jupe étroite c’est difficile. Dans ces repas on a les genoux sous le menton, ce n’est vraiment pas pratique.

– Et alors ma fille, on ne vous a donc jamais appris à vous habiller dans votre campagne ? Allez tout de suite vous changer.

Amélie reste figée et regarde dans la direction de la culotte de ma mère. Sans se démonter, celle ci décroise puis recroise ostensiblement les jambes faisant encore plus remonter sa robe et découvrant toute sa culotte en regardant Amélie d’un air exaspéré.

– Vous avez vu ma robe, est-ce que vous pensez que c’est l’idéal pour s’asseoir sur un pouf ?

– Non, madame, on voit tous vos dessous. Répond la bonne toujours rebelle.

– Je sais, pourtant je l’ai mise parce que je n’irai pas à une telle journée habillée comme une souillon et tant pis si on voit ma culotte ! Alors vous en faites autant.

A cours d’argument devant cette évidente mauvaise foi, Amélie retourne dans sa chambre troquer sa confortable jupe contre un tailleur étroit qui la mettra au supplice pendant toute la journée. Une fois de plus ma mère a gagné.

A la fin de son séjour, Amélie ne resta pas au Maroc et se paya un billet d’avion pour Toulouse alors qu’elle aurait pu remonter en voiture avec nous. Sans doute que ce long voyage dans cette Buick qu’elle détestait et avec une patronne qu’elle avait de plus en plus de mal à supporter aurait été de trop. Mon père l’accompagna seul à l’aéroport et nous n’eûmes plus jamais de ses nouvelles.

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Buick et bas coutures -19- Tranche de vie

Une fois par mois j’étais de corvée de coiffeur. Encore petit, ma mère m’accompagnait et restait avec moi à feuilleter des revues pendant la séance. Bien sûr, assise sur une chaise, elle montrait toujours plus ou moins ses dessous, et quelques fois plutôt plus que moins.

Un jour de cette fin d’année 59, alors qu’elle porte une courte robe de lainage rose, nous entrons dans le salon. Le coiffeur termine un client et nous nous asseyons tous les deux. En attendant, je constate très vite que le client regarde fixement la glace dans notre direction. Je jette un coup d’œil vers ma mère absorbée dans la lecture d’un magazine et je vois que sa robe et son jupon sont remontés à mi-cuisses découvrant cinq bons centimètres de sa jarretelle sur le dessus de sa jambe. J’imagine que c’est cela que le client peut voir dans la glace.

A ce moment, deux jeunes entrent dans le salon. Sans doute deux frères, le plus jeune de mon âge accompagné de son grand frère.

A peine entrés, le plus grand louche sur ma mère et va s’installer sur une chaise située le plus en face d’elle possible, avec son petit frère à côté. Je ne sais plus où me mettre car je vois le grand qui fait des signes au plus petit en souriant et tous les deux ne lâchent plus des yeux les jambes de ma mère toujours absorbée par la lecture de sa revue. Je n’arrive même pas à faire semblant de lire une bande dessinée tellement je sens leurs regards. Enfin le coiffeur, qui a pris tout son temps, finit de coiffer son client.

Arrive mon tour de m’installer sur le fauteuil du coiffeur et là je découvre ce que le client voyait réellement. Ce n’est pas seulement les jarretelles qui sont visibles. Ma mère a les jambes croisées très haut et on a une vue parfaite sur sa culotte blanche. Comme elle balance doucement son pied en lisant, la culotte a un mouvement régulier sur son ventre, elle plisse en cadence vers la droite puis vers la gauche. J’ai chaud soudainement et je vois dans la glace que je suis tout rouge. A un moment elle décroise et recroise tranquillement ses jambes faisant remonter un peu plus sa robe, mais elle ne fait rien pour la tirer sur ses cuisses.

Le coiffeur termine enfin avec moi, je descends du fauteuil et ma mère décroise ses jambes. Au lieu de se lever tout de suite elle prend son porte-monnaie dans son sac donnant ainsi une autre vue de ses dessous aux deux jeunes. Enfin elle se lève, paye, et nous quittons le salon de coiffure. Ce n’est qu’une petite tranche de vie quotidienne, il va encore falloir repartir en Buick en espérant que ma mère ne sera pas en train de tourner la manivelle quand les jeunes sortiront du salon !

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Buick et bas coutures -20- L’abat-jour

Un jour des vacances de Pâques 1960, je vois ma mère affairée à coudre un jupon blanc sur une sorte de cône en fil de fer et je me demande bien ce qu’elle fabrique. Un peu plus tard en repassant dans la salle à manger, je constate que la chose prend forme. Elle n’a gardé que le nylon du jupon en découpant la dentelle et elle le coud sur les six branches verticales de la structure métallique, alors que le haut et le bas sont déjà fixés aux deux cercles métalliques du cône. J’identifie immédiatement l’objet comme étant un abat-jour et je souris intérieurement car je trouve assez drôle de faire un abat-jour avec un jupon.

Le lendemain après midi, elle reprend son ouvrage et y superpose un jupon neuf très large, en nylon blanc lui aussi, bordé d’une grande dentelle très travaillée. Elle est en train de le coudre sur l’anneau du haut de l’abat-jour, à environ dix centimètres sous l’élastique de la taille de telle sorte que le bas de la dentelle arrive juste sous le cercle inférieur de l’abat-jour. Intrigué, je n’ose pas lui demander ce qu’elle veut faire mais je reste à traîner dans l’appartement. Une petite heure plus tard je suis renseigné en la voyant enfiler laborieusement ce que je prenais pour un abat-jour.

Cela lui fait un jupon très évasé dont elle semble particulièrement satisfaite, car après avoir mis une paire de talons aiguilles, elle virevolte toute souriante devant sa glace en faisant s’écarter le jupon du dessus de celui de dessous, cousu aux montants métalliques. Je trouve cet assemblage original et je me dis en même temps que l’avantage de l’armature métallique, est que ce jupon ne risquera pas de remonter au-dessus de sa culotte, même par vent violent.

C’est le samedi soir suivant que je découvre les inconvénients de la construction. Mes parents sont de sortie et ma mère en profite pour étrenner son nouveau jupon qu’elle a mis sous une robe noire, large et légère. Le grand anneau inférieur fait beaucoup gonfler la robe qui est presque tendue malgré sa largeur, ce qui est sans doute l’effet recherché, mais en même temps il fait remonter la robe. Je vois les revers foncés de ses bas quand elle se déplace dans l’appartement pour finir de se préparer, l’ensemble balance d’un bord sur l’autre laissant carrément apparaître ses jambes au-dessus des bas. Je me dis qu’heureusement je reste à la maison.

Comme d’habitude, au moment du départ je vais à la fenêtre pour dire au revoir. Mes parents se dirigent vers la voiture qui est garée en épi sous la fenêtre. Si les mouvements de la robe amplifiés par la structure métallique et les très hauts talons sont du plus bel effet, en revanche, ils ont pour résultat de découvrir à tour de rôle les jarretelles blanches. Mon père ouvre la portière à ma mère qui, comme à son habitude, relève sa robe en s’asseyant.

Je ne pense pas qu’elle avait imaginé ce qui allait se passer, mais un abat-jour c’est rigide et le jupon, appuyé sur le siège d’un côté, se dresse bien en l’air au-dessus de ses jambes de l’autre. Le résultat est qu’il forme un cône dont le cercle du haut s’appuie sur l’élastique du porte-jarretelles et on voit l’intégralité de sa culotte de nylon blanc bordée de dentelle. Elle n’a pas l’air de s’apercevoir du spectacle qu’elle donne car pendant que mon père tire sur le démarreur elle remonte sa robe et arrange consciencieusement la dentelle du jupon du dessus pour qu’elle s’arrête juste à la limite du grand anneau de l’abat-jour. Au moment ou la voiture démarre, elle est en train de finir de positionner sa robe à la limite de la dentelle de jupon.

Je ne revois plus ce jupon pendant quelque temps et finit par l’oublier jusqu’à ce qu’un dimanche de mai, je croise ma mère qui déambule dans l’appartement en robe verte très évasée. Aucun doute n’est possible, le haut des bas noirs très visible trahit la présence de l’abat-jour sous la robe. Mais cette fois je suis moi aussi de la partie car nous allons au restaurant sur la corniche puis nous irons faire un tour au CAF.

Nous partons et en allant à la voiture je me retrouve quelques mètres derrière ma mère et constate que, comme avec la robe noire, le balancement de l’abat-jour découvre plusieurs centimètres de jambes au-dessus de ses bas à chaque pas. Elle qui trouve ces bas si chics, elle a vraiment tout fait pour qu’on puisse les admirer. D’abord les fines sandales vertes à talons aiguilles et à lanières qui mettent en valeur les grands renforts noirs des talons des bas, les coutures qui affinent le mollet et pour finir les deux tons de noir, plus foncé puis très noir des larges hauts sur lesquels s’agrippent les longues jarretelles blanches.

On monte en voiture et pendant que mon père effectue la mise en route, elle recommence son manège de réglage de la dentelle sur le bord de l’abat-jour puis de la robe à la limite de la dentelle. On part sans difficulté particulière et on se gare sur la corniche. A sa descente, un couple sur le trottoir la regarde puis éclate de rire.

Au restaurant, les choses se compliquent. Ma mère ne peut pas s’asseoir, son jupon ne passe pas entre la chaise et la table. Tout le restaurant nous regarde, la robe verte qui flotte au-dessus des bas l’a fait tout de suite repérer et ses premiers efforts pour tenter de rentrer sous la table ont fini d’attirer l’attention des autres clients. Mon père très gêné essaie de venir à son aide mais il reste désarmé les mains sur le dossier de la chaise sans trop savoir quoi faire. Finalement elle remonte l’anneau du haut de son jupon au maximum au-dessus de sa taille, s’assoit en ayant gagné ainsi une vingtaine de centimètres et demande à mon père de l’aider à repousser sa chaise au maximum pour coller le bas de l’abat-jour contre le bord de la table.

Elle arrive à tenir ainsi pendant tout le repas avec le haut du jupon au-dessus du bord de la table. A aucun moment, ni elle, ni mon père ne font la moindre allusion à cette situation pour le moins inconfortable pour déjeuner. A la fin du repas, je sors pour prendre l’air et quelques temps plus tard je les vois arriver, bien sur à chaque pas le balancement de l’ensemble découvre les jarretelles blanches sur ses cuisses. On repart et heureusement, personne n’est sur le parking du CAF pour la voir descendre à l’arrivée.

J’évite soigneusement tout l’après-midi de rentrer à l’intérieur jusqu’au moment ou un copain y va. Quand il revient, je le vois chuchoter avec deux ou trois autres gamins et ils décident qu’ils veulent rentrer pour jouer aux cartes. Tous les autres y vont et je suis bien obligé d’en faire autant. En rentrant, le copain qui est venu nous chercher montre de la tête la direction de ma mère.

Le spectacle me fait frissonner, elle est assise sur un canapé et bien sûr l’abat-jour découvre tous ses dessous, jarretelles, culotte et haut du porte-jarretelles. Je suis obligé de m’installer à une table pour jouer aux cartes et, évidemment, les gamins ont choisi l’endroit d’où la vue sur ma mère est la meilleure. Pendant une bonne heure, nous jouons en la voyant croiser et décroiser ses jambes. Enfin l’heure du départ arrive et par chance la voiture démarre bien, car je craignais qu’elle soit en plus obligée de pousser dans cette tenue.

Malgré l’épisode du restaurant dont je pensais qu’il lui avait enlevé l’envie de porter ce jupon, ma mère le remet dès le samedi soir suivant pour aller au cinéma avec la même robe noire que la première fois. Comme je ne suis pas du voyage, je ne sais pas s’il lui a fallu s’asseoir à table dans un restaurant avant la séance.

C’est deux ou trois dimanches plus tard que l’abat-jour réapparaît sous une robe blanche à pois noirs. Mon père est parti à la pêche avec les Delfoix et elle décide d’aller faire un tour sur la corniche l’après midi. Dès le départ les choses ont mal tourné. Comme il fait beau, je l’aide à baisser la capote puis elle s’installe dans la voiture et arrange la dentelle du jupon qui vient frôler le volant, elle met le contact et pompe quelques coups sur l’accélérateur pour faire venir l’essence, enfin elle entreprend de tirer sur le bouton du démarreur.

Là elle s’aperçoit que le jupon appuie sur le volant et qu’elle ne peut pas atteindre le démarreur. Je me dis ravi qu’elle va être obligée de se changer, mais c’est mal la connaître. Sans se démonter, elle m’explique que son jupon la gêne et que je dois tirer moi-même le bouton du démarreur. Je ne sais pas ce qui me prend mais j’ose lui demander pourquoi elle ne change pas de jupon et dans ma lancée j’ajoute qu’en plus on « lui voit tout » quand elle s’assoit. La réponse est cinglante « occupe-toi de tes affaires ».

Puis elle me demande de tirer le démarreur ce que je fais, une fois, deux fois, trois fois sans succès. Elle pompe plusieurs fois et me demande de tirer bien plus longtemps pour que la voiture démarre. Je tire un moment qui me paraît trop long sans que le moteur ne tousse et j’arrête et de nouveau. Elle me dit que ce n’est pas assez long et me demande de recommencer jusqu’à ce qu’elle me dise d’arrêter. Je tire à nouveau et pendant ce temps elle pompe de plus en plus fort sur l’accélérateur quand enfin le moteur démarre.

Nous partons vers la corniche où elle se gare le long du trottoir, et nous marchons le long du grand boulevard. Je m’aperçois que la plus-part des autres promeneurs regarde davantage ma mère que la mer, ses jambes plus exactement qui doivent apparaître au-dessus de ses bas à chaque pas, et je prends mon mal en patience.

Au moment de repartir, il faut que nous recommencions le manège du démarreur. Elle est très énervée et pompe comme une folle sur l’accélérateur. De nouveau elle me dit que je ne donne pas des coups assez longs, qu’il faut que j’attende qu’elle me dise d’arrêter. Et je tire, je tire, le moteur tousse mais ne part pas, j’entends le rythme du démarreur qui ralentit au fur et à mesure que la batterie se vide, je lui demande si je dois continue et elle me dit de ne surtout pas arrêter tout en pompant de plus en plus nerveusement. Je tire jusqu’à ce que la batterie rende l’âme sans qu’elle ne me demande d’arrêter.

Comme d’habitude elle se penche pour prendre la manivelle mais là encore le jupon l’empêche de se baisser et je dois la lui passer. Elle descend, va à l’avant de la voiture et je la vois qui a du mal alors que cela ne lui pose jamais de problème. Elle s’arrête très vite et vient vers ma portière pour me demander de l’aider. Je comprends en allant vers la manivelle. Quand elle se penche en avant pour la tourner, le cercle du bas de l’abat-jour se prend dedans et elle ne peut rien faire. Elle m’explique qu’il faut que je tire l’anneau du bas de son jupon vers l’arrière pour qu’elle puisse tourner la manivelle. Je prends délicatement le jupon et pendant qu’elle se met en position je tire l’anneau d’une dizaine de centimètres. Elle s’énerve car la manivelle se prend encore dans le jupon et me demande de tirer jusqu’à ce que l’anneau vienne toucher ses genoux.

Alors, cramoisi, je tire le jupon qui remonte vers le haut en découvrant sa culotte blanche à volants de dentelle. Je ne peux pas faire semblant de ne pas voir cette grande culotte qui, en plus, plisse de tous les côtés pendant que ma mère tourne la manivelle, je suis mort de honte car il y a beaucoup de monde qui passe et j’entends les gens rire.

Très vite un petit attroupement se crée, et un monsieur vient proposer ses services. Ma mère accepte et lui explique qu’avec son jupon elle n’arrive pas à tourner la manivelle comme il faut. Malgré tous ses efforts, le monsieur n’arrive pas non plus à faire démarrer le moteur, il doit y avoir un problème dit-il et il ouvre le capot pour regarder. Surpris, il s’étonne de trouver un si petit moteur sous ce grand capot.

– C’est quoi ce moteur ? Ce n’est pas celui de cette voiture, on vous a roulé ! Ma mère paraît tout d’un coup très gênée et répond.

– Oh, moi je n’y connais rien !

Après avoir un peu trifouillé dans le moteur, il demande à ma mère d’essayer au démarreur, elle doit lui expliquer qu’avec ce jupon elle ne peut pas atteindre le démarreur quand elle est assise dans la voiture. Une grosse dame demande comment elle a fait pour venir jusqu’ici et ajoute à la cantonade.

– C’est pas possible un accoutrement pareil ! Ma mère ne répond pas aux rires provoqués par cette réflexion et indique au monsieur serviable le bouton du démarreur. Celui-ci s’étonne que ce ne soit pas la clef de contact qui fasse aussi démarreur et ma mère lui répond que sur les voitures américaines c’est comme ça. Il tire sur le bouton et n’obtient que quelques hoquets.

– Elle est vide votre batterie, comment vous avez fait sans pouvoir atteindre le démarreur ? C’est mon fils qui le tire lui répond-t-elle. Et de nouveau la dame intervient.

– En plus il faut être deux pour démarrer. Ah ben ! C’est une aventure pour aller vous promener. Et vous avez vu ? Votre jupon, il met votre robe à l’horizontale on voit au-dessus de vos bas ma pauvre dame !

Ma mère lui lance un regard furieux mais se contente de hausser les épaules et dit au monsieur qui ne sait plus trop quoi faire que le plus simple serait de la pousser. Il acquiesce et se tournant vers le petit groupe demande qu’on l’aide pendant que ma mère va s’installer au volant en retroussant sa robe jusqu’à la taille. Trois ou quatre personnes vont à l’arrière et commencent à pousser, mais elle accroche le volant avec son jupon et a du mal à braquer, si bien qu’un autre monsieur lui dit de descendre, qu’il va le faire. Les voilà partis en poussant pendant que je reste sur le trottoir avec ma mère et les autres personnes.

On les voit s’éloigner dans la voiture quand enfin un nuage de fumée bleue indique qu’elle a démarré. Comme ils sont assez loin, ils montent tous les quatre dans la voiture, vont faire demi-tour plus loin et reviennent le long du trottoir. Le conducteur descend et dit à ma mère.

– Voilà vous pouvez y aller, elle n’est pas bien vaillante votre voiture, non seulement le moteur est trop petit, mais en plus il a l’air drôlement fatigué !

Sans répondre, ma mère fait un grand sourire, remercie et s’installe aussitôt au volant, je constate avec tout le monde qu’on voit la totalité de sa culotte, et, rouge de confusion, je fais le tour pour monter. Alors la dame moqueuse part dans un grand rire et dit.

– Votre jupon il est comme votre voiture, il reste le capot levé pour qu’on voie bien le moteur ! Vous avez une belle culotte à dentelles et on en profite bien, c’est les messieurs qui sont contents.

Enfin un espace se dégage dans la circulation pour traverser le boulevard et ma mère peut démarrer sous les éclats de rires provoqués par les réflexions de la dame. Toujours très énervée, ma mère manque de caler et dit.

– Qu’elle espèce d’idiote cette grosse bonne femme, elle est habillée comme une boniche en plus. Puis elle se concentre sur sa conduite malaisée à cause du jupon qui se prend toujours dans le volant.

En rentrant, les Delfoix et mon père sont en train de décharger les affaires de pêche, elle les embrasse et on rentre tous à la maison pour boire un verre. Ils s’installent dans les fauteuils du salon, sauf ma mère qui s’est mise sur le divan plus pratique avec le grand jupon. Jacques Delfoix lui dit.

– On a une vue plongeante avec ton jupon. Très à l’aise ma mère lui dit en riant qu’il n’a qu’à regarder autre part si ça ne lui plait pas, et la conversation continue sur d’autres sujets.

Après le départ des Delfoix, mon père va faire sa toilette et quand il revient, il trouve ma mère en train de me faire réciter une leçon toujours assise sur le canapé. Comme on finissait, je vais dans la chambre, et j’entends mon père.

– Je t’ai déjà dit qu’il est ridicule ce jupon, tu as entendu Jacques, tu ne peux même pas t’asseoir avec ce machin là, tu ne te rappelles pas le cirque l’autre soir au cinéma? La réponse fuse.

– Moi, il me plait et je m’en débrouille très bien, ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à pas regarder.

Mon père n’insiste pas et elle reprend la lecture de son magazine. Je ne saurais jamais quel a été ce cirque au cinéma mais j’imagine que dans les fauteuils plutôt étroits d’un cinéma elle a dû avoir du mal à trouver sa place !

C’est en partant en vacances pour Auch que les choses vont encore se compliquer. Le matin du départ ma mère porte une légère robe bleu clair sur le jupon abat-jour. Mon père lui dit qu’elle ne peut quand même pas voyager dans cet accoutrement, mais elle se fâche tout de suite.

– Tu vois bien que je ne peux pas faire rentrer ce jupon dans le coffre, je vais le bousiller !

– Eh bien laisse le ici, tu le retrouveras en rentrant. Essaie mon père, mais ma mère est remontée, elle annonce sur un ton plus que cassant.

– Ah non, j’ai bien l’intention de le porter cet été, tu ne m’empêcheras pas de l’emmener. Mon père cède déjà.

– Met le sur la banquette arrière, tu ne vas tout de même pas faire tout le voyage dans ce jupon.

– D’accord tant qu’on est dans la voiture, mais je le mettrai dès qu’on descendra, je n’ai aucune envie de me le faire voler. Dit-elle toujours agacée.

– Si tu crois que quelqu’un va te voler un truc aussi ridicule ! Explose mon père lui aussi en colère. Il n’en faut pas plus à ma mère pour en profiter.

– Très bien puisque tu me trouves ridicule je ne quitterai pas mon jupon et je ferai comme si tu n’étais pas avec moi ! Et elle tourne les talons pour terminer ses préparatifs.

Ainsi nous partons pour la France avec ma mère dans son abat-jour. Sur le ferry entre Tanger et Algésiras, tout le monde à vue sur sa culotte et ses jarretelles bleues ciel pendant qu’elle se prélasse sur un transat avec le jupon en corolle. Mon père n’a plus fait de remarque depuis le matin, s’efforçant au contraire d’être aimable pour amadouer ma mère qui fait ostensiblement la tête.

Pendant tout le voyage, elle cèdera quand même en partie. Le jupon est finalement avec moi sur la banquette arrière la plupart du temps, mais elle le remet chaque fois que nous nous arrêtons et que nous laissons la Buick. Elle l’enlève quand nous repartons pour le poser derrière sans se préoccuper des regards ahuris des espagnols qui voient cette femme mettre ou enlever son jupon sans la moindre gêne à côté de sa voiture.

Avec son jupon abat-jour elle fera sensation à Auch durant l’été !

 
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