Buick et bas coutures -6- De mal en pis

 

Les vacances de Noël terminées, nous allons au cours du premier trimestre, connaître difficulté sur difficulté avec notre belle américaine qui continue à refuser de démarrer régulièrement. Mon père la ramène plusieurs fois chez le garagiste, mais celui-ci, s’il arrive à la remettre en meilleure condition pour quelques jours, répète toujours que la seule bonne solution consiste à remplacer le moteur de Chevrolet à bout de souffle qui a été greffé par le jeune soldat américain.

La plus-part du temps, nous trouvons de bonnes âmes pour nous pousser et nous permettre de repartir. Mais à différentes reprises mes parents se sont retrouvés seuls sans avoir pu démarrer et ils ont du faire de la marche à pied pour trouver de l’aide. A d’autres occasions, malgré l’aide de passants ou d’amis, la Buick ne veut rien entendre et il faut appeler des dépanneurs qui, après avoir réussi à remettre le moteur en route concluent tous systématiquement par le même diagnostic affligeant que le premier garagiste.

En plus, chaque fois que l’auto est en réparation, nous sommes obligés de prendre le bus, ce qui déplait fortement à ma mère qui continue à parfaire sa garde robe et qui ne sort plus que chapeautée et juchée sur ses talons aiguilles, tenue peu pratique pour la marche à pied ou les transports en commun, et carrément inappropriée pour pousser une voiture.

Cette situation crée une véritable tension entre mes parents qui se disputent de plus en plus souvent le soir pendant le repas. Mon père répète à l’envie qu’il faut changer le moteur alors que ma mère s’obstine à prétendre que les garagistes n’y connaissent rien en voitures américaines. Ce n’est pourtant pas ce qui manque dans les rues de Casablanca, même si notre décapotable de la fin des années quarante se fait plutôt remarquer. Elle est tout de même moins discrète que les voitures américaines plus récentes, sans parler du bruit que produit son vieux démarreur qui fait se retourner les gens.

Une première solution est tentée par mon père qui comprend que ma mère ne cédera pas car, de toutes les façons, ils n’ont pas le premier sous pour faire remplacer le moteur. Les toilettes de ma mère et les frais de dépannage répétitifs de la Buick ramènent en permanence nos finances à leur plus bas niveau. Il achète un chargeur de batterie qu’il peut loger sous le capot et en garant la voiture juste sous la fenêtre de notre appartement, il le relie à la prise électrique de la salle à manger. Ainsi, la nuit, la batterie se recharge et elle est plus vaillante pour les départs du lendemain. Heureusement que le capot peut se refermer sur le fil quand le chargeur est en place et que les rues de Casablanca sont tranquilles la nuit, car c’est déjà une corvée d’installer le chargeur le soir et de le ranger le matin, mais si en plus il y avait des idiots pour arracher le fil électrique ou carrément voler le chargeur ce système ne pourrait pas fonctionner.

Et il ne fonctionne pas si mal le système en question, même s’il faut encore pousser une fois ou deux par semaine, le démarreur peut être sollicité beaucoup plus longtemps et cela suffit en général pour réveiller le moteur anémique tout au long de la journée. Ma mère félicite sincèrement mon père pour sa bonne idée, mais celui-ci persiste à essayer de lui faire comprendre qu’ils ont acheté une vieille voiture qui ne fonctionnera jamais bien. Pourtant, elle continue de trouver la Buick superbe, « c’est vrai qu’elle ne démarre pas au quart de tour, mais son allure et son confort valent bien un petit désagrément de temps en temps » assure-t-elle. Surtout qu’avec le printemps qui arrive, nous avons pu rouler quelques fois capote baissée et c’est vraiment très agréable.

La situation semble bloquée, quand après une panne qui les a obligés à rentrer du restaurant en taxi un samedi soir, mon père tente une nouvelle fois de faire entendre raison à ma mère le dimanche matin.

– Ce n’est plus possible, on a encore payé un taxi les yeux de la tête hier soir, et maintenant il faut qu’on redescende en ville pour essayer de faire démarrer ce vieux clou ! Tu ne penses pas qu’il est grand temps d’arrêter les frais ? Ma mère qui est en train de finir d’ajuster son chapeau devant la glace de l’entrée répond gaiement.

– De toutes façons, on va déjeuner chez tes parents, mon amour. Ce n’est pas bien gênant de passer chercher la voiture en y en allant. A cette heure-ci on trouvera du monde pour nous aider à la faire démarrer, et les bus fonctionnent très bien le dimanche pour descendre en ville. Devant cette réponse désarmante mon père hausse les épaules et grommelle.

– En fourguant ce tas de ferraille, et en faisant un emprunt, on pourrait acheter une 203 ou une Panhard d’occasion qui nous rendrait les services qu’on peut attendre d’une voiture digne de ce nom ! La réponse de ma mère qui se remet une dernière couche de rouge à lèvres est moins aimable.

– Si tu fais ça, je ne monterais pas dans ta petite voiture et nous n’aurons plus qu’à rester cloîtrés à la maison.

– Parce-que tu préfères être cloîtrée dans ta grosse voiture qui ne veut pas démarrer ?

– Oui !

– Tu ne te rends pas compte que tu es ridicule dans cette voiture quand elle est en panne ? Tu ne rappelles donc pas l’autre jour quand on avait décapoté que les gens rigolaient en passant et se moquaient de tes grands airs ?

– Je ne suis pas plus ridicule que les autres femmes quand leurs petites voitures sont en panne. Toutes les voitures tombent en panne, je ne vois pas pourquoi la notre serait différente des autres et en quoi ce serait ridicule ! En plus je ne prends pas de grands airs, comme tu dis, je méprise les jaloux, c’est tout !

– Mais elle tombe en panne tous les quatre matins ta merveille. Tu ne vas pas me dire que tu ne te trouves pas ridicule quand il faut que les voisins nous poussent tous les trois jours devant l’immeuble?

– Non, je ne me sens absolument pas ridicule, d’abord elle ne tombe pas en panne devant l’immeuble tous les trois jours, et en plus dans une belle voiture on n’est jamais ridicule, il n’y a que les envieux qui ricanent. Et prenant la malheureuse bonne à témoin.

– Lise, cela vous arrive d’être seule avec monsieur dans la Buick quand elle ne veut pas partir. Est-ce que vous vous sentez ridicule ? La pauvre Lise n’a visiblement pas envie de prendre partie et s’en tire par une pirouette.

– Ridicule, non, mais c’est vrai que des fois cela peut-être embêtant.

– Ah bon ! Et en quoi cela vous embête-t-il, ma fille ?

– Ben, c’est parce qu’il faut la pousser, madame, et qu’elle est drôlement lourde cette voiture, et des fois il faut la pousser longtemps, après je suis fatiguée.

– Et moi, vous ne croyez pas que j’ai du mal à la pousser. En plus, je voudrais vous y voir avec mes talons aiguilles.

– Moi aussi je mets des talons, pas aussi hauts que les vôtres, mais j’ai souvent poussé la Buick alors que j’avais des chaussures à talons hauts.

Mon père sent que la discussion va s’envenimer entre les deux femmes et préfère clôre le combat en souriant.

– Eh bien ! Allons-y la pousser cette belle voiture, j’espère que tu es en forme et que tes talons hauts sont solides.

Cette réplique a le mérite de détendre ma mère et l’atmosphère avec. Nous partons chez les grands-parents en laissant Lise qui dispose de son dimanche et ne sera donc pas de corvée pour pousser la lourde auto.


Les jours passent ainsi, en escarmouches et querelles plus ou moins fortes au gré des pannes, sans que le différent entre mes parents évolue le moins du monde, mon père finissant toujours par abandonner devant la mauvaise fois obstinée de ma mère.

Juste avant les vacances de Pâques, nous passons le dimanche chez les Delfoix. Au moment de repartir, tard dans la soirée, la voiture ne veut pas démarrer et comme il n’y a plus personne dans la rue, mon père est obligé de remonter chez les Delfoix pour leur demander de venir nous pousser. De toute évidence, nos amis se sont rhabillés à la hâte et nous poussons sans conviction. Ma mère qui s’est mise au volant, est sans doute un peu éméchée, au lieu d’insister comme à son habitude, elle gare très vite la voiture et annonce que nous ferions mieux d’appeler un taxi au lieu de pousser comme des idiots !

Monsieur Delfoix se propose de nous ramener à la maison dans sa 403, ce que mes parents acceptent sans se faire prier. En route la conversation tourne autour des problèmes de démarrage de notre voiture et il suggère que nous la montrions au garagiste arabe qui est à côté de chez eux, un dénommé Omar. Il y a toujours beaucoup de vieilles voitures dans son garage et il saura peut-être faire ce qu’il faut à la notre pour retrouver la forme.

Ma mère fait remarquer que nous n’avons pas une vieille voiture, qu’elle n’a « même » pas dix ans, mais mon père trouve qu’au point ou nous en sommes il n’y a qu’à la montrer à Omar. Monsieur Delfoix lui demande les clefs, comme la voiture est en panne devant chez lui il la montrera demain à Omar.

Et nous rentrons chez nous, sans auto une fois encore. Il n’y a plus qu’à espérer dans le talent du garagiste arabe à ressusciter les vieilles voitures.

Chapitre suivant

Buick et bas coutures -7- La solution

On ne vantera jamais assez les talents des petits garagistes de cette époque. Ils étaient souvent capables de faire des miracles et de ressusciter des mécaniques considérées comme perdues. Omar, le petit garagiste arabe spécialisé dans la survie de véhicules très usagés ne saura pourtant pas faire de miracle pour redonner une nouvelle jeunesse à notre belle auto.

Comme il nous l’avait proposé dimanche soir, monsieur Delfoix lui a demandé de regarder la Buick échouée devant chez lui et il transmet le résultat des investigations de Omar à mes parents, dès le mardi suivant.

Le diagnostic est désespérément le même que celui des autres mécaniciens qui ont déjà examiné la voiture malade. Le moteur est vieux et en plus, il est inadapté à la taille de la voiture. Si la faible puissance du vieux moteur de Chevrolet peut-être compensée en roulant à vitesse modérée et en évitant d’affronter des côtes trop fortes ou trop longues, en revanche, il n’y a rien à faire pour résoudre ses problèmes chroniques de démarrage. Il est trop vieux et usé pour partir au quart de tour, il chauffe, l’essence se désamorce du carburateur et j’en oublie. Bref, un diagnostic affligeant qui laisse mes parents sans espoir.

Le repas de ce mardi soir à la maison est triste comme une fin d’enterrement. Il faut désormais affronter la réalité en face, ma mère ne peut plus se cacher la tête sous son chapeau, notre superbe affaire est un désastre. La grosse américaine décapotable ne fonctionne plus, elle est garée dans un minable petit garage de quartier, et elle a épuisé les quelques sous qui nous restaient par ses dépannages répétés depuis trois mois. C’est la catastrophe !

Même Lise s’en mêle. D’abord elle la trouve bien, elle, cette Buick, ce serait dommage qu’on ne puisse pas trouver une solution. Elle se demande si un moteur d’occasion plus récent ne ferait pas l’affaire sans coûter trop cher. Peut-être un moteur de voiture française comme une 203, par exemple, elles sont réputées pour leur robustesse les 203 et il y en a beaucoup.

Ma mère saute sur l’occasion avant que mon père ne rebondisse sur la 203 pour relancer sa proposition d’acheter une petite voiture d’occasion pour rétablir nos finances et d’abandonner la Buick à un ferrailleur, comme il l’a déjà suggéré à plusieurs reprises. Elle annonce que dès jeudi, ils profiteront de leur après-midi libre pour aller voir ce Omar et lui demander de chercher un meilleur moteur pas trop cher, et pourquoi pas un moteur de 203, c’est une très bonne idée que vient d’avoir Lise !

Le jeudi soir, en voyant revenir mes parents, je devine tout de suite que la solution est trouvée. Ma mère qui faisait grise mine depuis deux jours est de nouveau radieuse. Mon père semble moins enthousiaste mais ne tire plus une tête de deux mètres de long. Je suis impatient de savoir quel genre de moteur Omar a pu trouver pour nous sortir de notre impasse.

Dans sa joie, ma mère décide que nous allons prendre l’apéritif, bien que nous soyons en semaine. Aussitôt je viens aux nouvelles, suivi de près par la bonne aussi curieuse que moi de connaître la solution et sans doute très fière d’en être à l’origine.

C’est ma mère qui raconte en buvant un Porto. L’idée de remplacer le moteur n’était finalement pas si bonne qu’on le pensait. Nous allions faire des dépenses quand même importantes et risquer de nous retrouver confrontés rapidement à des difficultés analogues parce que ce sera quand même un moteur de récupération et que nous ne pourrons pas savoir quelle vie il aura eue avant de se retrouver sous notre capot. Mais en discutant avec mes parents, Omar a eu l’idée géniale.

Finalement qu’est ce qui nous embête ? Ce n’est pas que la voiture soit un peu poussive, nous ne sommes pas des gens pressés et mon père ne se prend pas pour Fangio. Ce qui nous embête, c’est quand la voiture ne veut pas démarrer et qu’il faut la pousser.

Eh bien le garagiste arabe propose d’installer une manivelle pour pallier les défaillances de la batterie quand le moteur est trop long à mettre en marche ! Comme cela, il n’y aura plus besoin de demander de l’aide pour nous pousser et nous ne nous retrouverons plus à pied. En plus c’est un travail qui coûtera beaucoup moins cher que de changer le moteur et qui sera fait d’ici la fin de la semaine prochaine. Tout est bien qui finit bien !

Mon père ouvre le coffre et en sort une superbe manivelle entièrement chromée. Ma mère s’exclame qu’elle a eu raison de demander que le garagiste la fasse chromer pour qu’elle soit bien assortie aux nombreux chromes de la Buick. Je dois avouer que le travail est plutôt réussi ! De plus en plus enthousiaste, ma mère demande à l’essayer tout de suite et mon père lui en montre le maniement qui est assez facile.

En effet, je l’ai compris plus tard, Omar n’a pas fait une installation habituelle, en prise directe sur le moteur, toujours difficile à tourner et menaçant de redoutables retours de manivelle dans les poignets. Il a adapté un système de pignons qui renvoient l’action de la manivelle sur l’axe du démarreur, ce qui permet d’éviter les retours dangereux et ne nécessite aucun effort physique particulier. Il suffit de tourner la manivelle avec régularité comme l’aurait fait le démarreur si la batterie ne s’était pas vidée.

Le contact mis, il faut faire venir l’essence en pompant sur l’accélérateur comme on le fait avant d’utiliser le démarreur et tirer à moitié le starter pour donner un peu d’accélération au moteur. Ensuite, on engage la longue manivelle dans un trou pratiqué dans la calandre chromée, on la fait glisser dans un tube invisible sous le capot pour qu’elle tienne bien en place et s’enclenche dans l’encoche appropriée. Et il n’y a plus qu’à tourner régulièrement dans le sens des aiguilles d’une montre.

Ma mère met en pratique les explications que mon père vient de lui donner et, miracle, le moteur démarre au bout d’une quinzaine de tours de manivelle. Il faut dire qu’Omar en a profité pour le régler au mieux. En plus, dès que le moteur démarre, la manivelle se dégage toute seule du pignon dans lequel elle était enclenchée, il n’y a plus qu’à la retirer de la calandre et la ranger dans le coffre avant de partir sans même s’être salit les mains. Je sais maintenant comment marche une manivelle, je me dis que ce n’est pas vraiment pratique car il faut quand même descendre de la voiture pour s’en servir, et on doit avoir l’air un peu bêtes assis dans la voiture pendant que le conducteur tourne la manivelle à l’avant.

Nous remontons à l’appartement et ma mère annonce ravie à Lise que nos problèmes sont résolus. Elle vient de mettre la voiture en marche elle-même en quelques secondes sans aucune difficulté, ce Omar est vraiment un bon mécanicien et désormais, ce sera lui qui prendra soin de la Buick.

Le lendemain, nous passons prendre ma grand-mère à son travail pour la ramener chez elle car mon grand-père est en déplacement. Quand elle arrive, ma mère dit à mon père « démarre avec la manivelle ». Il s’étonne, mais ma mère insiste et il descend quand ma grand-mère monte dans la Buick. Il prend la manivelle dans le coffre et va à l’avant.

Ma mère qui s’est glissé au milieu de la banquette avant se tourne vers ma grand-mère assise à côté d’elle et lui demande.

– Vous avez vu ?

Quoi ? Demande ma grand-mère.

– On a une manivelle.

– Et alors ?

Quand la batterie sera un peu faible, on n’aura plus besoin de pousser. C’est tout de même pratique pour démarrer, non ? Insiste ma mère.

– Ce n’est pas très reluisant !

– Comment ça, pas reluisant ? S’agace ma mère.

– Eh bien, être obligé de démarrer à la manivelle, ça fait plutôt vieux tacot !

Ma mère hausse les épaules et se laisse aller en allongeant sa jambe gauche vers la place du conducteur. Elle soupire.

– C’est même plutôt plaisant, vous ne trouvez pas ? Le moteur démarre ce qui clôt le débat.

Après avoir déposé ma grand-mère, ma mère dit à mon père :

– Quelle rabat-joie ta mère, elle m’a dit que ce n’est pas très reluisant de démarrer à la manivelle.

– Tu ne vas quand même pas me dire que c’est bien terrible, lui répond mon père.

– Toi aussi tu t’y mets? Puis après un temps elle ajoute

Moi j’ai trouvé agréable d’être doucement bercée sur mon siège et en même temps d’être un peu embarrassée par les regards des gens qui passaient. C’est un mélange de sensations particulier !

-Tu as de drôles de plaisirs ! Conclût mon père.

 

Chapitre suivant

Buick et bas coutures -8- L’escalade

En 1958, si l’on ouvrait la radio ou mettait une pièce dans le jukebox, on pouvait entendre cela (extraits)

Jukebox 1958

Depuis l’achat de notre nouvelle voiture, ma mère a considérablement changé dans son apparence extérieure. Outre des vêtements dignes des stars du cinéma hollywoodien, elle a largement accentué son maquillage et ne quitte plus ses chapeaux et ses chaussures à talons aiguilles. Ses ongles naturels ont maintenant suffisamment poussé pour qu’elle ne soit plus obligée d’en porter de faux, en revanche les faux-cils sont devenus des accessoires incontournables lors des sorties du soir ou du dimanche.

Au cours de ce printemps 1958 elle va ajouter une note supplémentaire à son élégance, des dessous à la hauteur. Déjà, elle porte une attention particulière à ses culottes, je pense qu’elle a compris qu’on les voit largement quand elle monte ou qu’elle descend de la Buick, son attention va en plus se focaliser sur les jupons, il est vrai très à la mode à cette époque.

Un jour, alors que nous venons de faire le plein d’essence, la voiture ne veut pas redémarrer et le pompiste dévoué s’affaire sous le capot. Ma mère entreprend alors de nettoyer ses lunettes de soleil avec son jupon. Pour cela, elle retrousse sa jupe large jusqu’à la taille afin de pouvoir utiliser le nylon du jupon au-dessus de la dentelle et s’applique à frotter consciencieusement les verres de ses lunettes. Je vois le pompiste jeter régulièrement des coups d’œils furtifs sur la scène qui se déroule dans la Buick. Il ne doit pas voir tous les jours une élégante jeune femme utiliser le haut de son jupon pour nettoyer ses lunettes !

Le chant du départ version Buick.wav

Quand la voiture accepte finalement de repartir, ma mère ne prend pas la peine de tirer sa jupe vers ses genoux et reste ainsi en jupon pendant tout le trajet, s’amusant même à jouer avec la dentelle blanche. Quand nous arrivons à l’appartement, elle descend sans tirer sa jupe auparavant, la laissant retomber toute seule sous les regards des voisins qui discutent sur le trottoir.

Quelques temps plus tard, un dimanche midi alors que nous nous préparons pour une journée au CAF, je remarque que plusieurs centimètres de dentelle blanche dépassent de sa robe noire. Au moment de partir, alors qu’elle ajuste son petit chapeau noir triangulaire orné d’une plume, j’entends mon père lui dire.

– Tu perds ton jupon ma chérie.

En regardant, je constate que la position relevée des bras de ma mère pour ajuster son chapeau devant la glace de l’entrée a fait remonter sa robe qui découvre ainsi quinze bons centimètres de la dentelle blanche du jupon. Sans avoir l’air le moins du monde étonnée, elle répond.

– Oui, je sais, il est plus long que ma robe. Mais de toutes les façons, au prix ou je l’ai payé, ce serait vraiment dommage de le cacher !

– C’est vrai qu’il est très joli ! Sourit mon père et la mise en place du chapeau étant terminée, il prend le bras de ma mère pour partir.

Ce jour là, en montant dans la voiture, je vois pour la première fois ma mère relever sa large robe au-dessus du dossier avant de s’asseoir, dévoilant ainsi tout l’arrière de son nouveau jupon dans le mouvement. Dans la journée, je remarque encore à plusieurs reprises qu’elle laisse voir largement la dentelle du jupon lorsqu’elle est assise, mais c’est vrai qu’il est très joli.

Au cours des semaines qui suivent, elle étoffe sa garde robe en jupons de formes et de couleurs variées, les laissant volontiers dépasser de ses robes ou de ses jupes et les dévoilant largement quand elle est assise. Pendant cette période elle prend l’habitude de relever systématiquement ses jupes larges avant de s’asseoir, sans doute pour éviter de les froisser.

Une nouvelle étape est franchie une après midi alors que nous partons en ville. Ma mère papote sur le trottoir avec un couple de voisins pendant que mon père essaye sans succès de faire démarrer la Buick avec la manivelle. Au bout d’un moment la conversation étant sans doute à court de sujet, elle salue les voisins et se dirige vers sa portière. Comme elle va s’asseoir, le voisin qui s’est rapproché en même temps qu’elle, demande à mon père s’il veut qu’il l’aide à pousser la voiture qui semble ne pas vouloir démarrer. C’est ma mère qui répond.

– Merci, elle est juste un peu froide, elle va partir toute seule. Et elle s’assoit en relevant soigneusement sa robe au-dessus de sa taille. Mais cette fois-ci elle porte une robe grise étroite qui découvre la totalité de son jupon rose quand elle la retrousse. La voiture finit effectivement par démarrer et quand il regagne son siège, mon père dit.

– Tu nous fais admirer tes dessous ? Ma mère rit de bon cœur et se contente d’étaler le jupon rose sur la banquette de chaque coté de ses jambes croisées.


Elle continue à jouer avec la dentelle en chemin et, au retour, elle retrousse de nouveau sa robe étroite jusqu’à la taille avant de s’asseoir dans la Buick, en faisant un large sourire à mon père qui lui tient sa portière. Il ne répond pas et se dépêche d’aller tourner la manivelle. Ma mère laisse sa portière grande ouverte, le bras gauche allongé sur le dossier, avec sa main droite elle fait glisser son jupon pour caresser ses cuisses de bas en haut devant les nombreuses personnes qui passent sur le trottoir. En ramenant la manivelle mon père lui dit.

– Tu n’es pas gênée ?

– Pas du tout !

– Eh bien moi si, tu aurais pu refermer ta portière au moins ! Répond-il fâché.

Ainsi de jour en jour les jupons se font de plus en plus visibles et les jupes, qu’elles soient larges ou étroites se retroussent régulièrement au gré des caprices de la voiture.


Cette manie va me faire connaître une étrange émotion. Un dimanche après-midi nous allons à la fête de la gymnastique au Lycée et mes parents m’emmènent avec quatre copains. Je suis assis devant à côté de ma mère qui a relevé sa robe et étale son large jupon de nylon blanc autour d’elle. Sans y faire attention, elle a posé le côté droit du jupon sur ma jambe gauche. Pendant que mon père tire sur le démarreur je sens le nylon du jupon qui bouge en rythme avec la Buick sur ma cuisse nue, les gamins portent des shorts à cette époque. La batterie rend vite l’âme obligeant mon père à aller tourner la manivelle ce qui fait encore plus bouger la voiture que le démarreur et accentue le mouvement du jupon sur ma cuisse.

Je ressens une sensation inconnue, mélange de plaisir et de honte. Plaisir de la caresse du nylon et de la dentèle sur ma peau et gêne due aux regards des quatre copains qui se sont accoudés à la banquette inquiets du démarrage laborieux et qui en profitent pour loucher sur les dessous de ma mère.

Au retour, je remonte à côté de ma mère qui étale de nouveau son jupon et je sens encore le plaisir naître au bas de mon ventre en même tant qu’une boule d’angoisse se développe au creux de l’estomac au fur et à mesure que mes amis regardent pendant que mon père tourne la manivelle. Finalement, je ne sais pas si je suis soulagé ou déçu quand le moteur démarre !

Chapitre suivant