Le Père Noël est rock

Un des moyens bien connus des stars pour assurer un revenu annuel régulier est le disque de Noël. Presque tous s’y sont collés avec des réussites diverses, idiotes ou carrément géniales. L’une des plus grosses ventes de l’histoire du disque est le « White Christmas », interprété par Bing Crosby. Il s’en est vendu des millions à une époque où vendre 1 million de disques était déjà un véritable exploit. Mais avec le phénomène des ventes qui s’accumulent aux fil des ans, l’exploit devient atteignable avec  une chanson qui a un petit côté magique. Crosby l’a enregistrée en 1942 et pendant longtemps, elle n’a pas vraiment eue de rivale. C’était juste une chanson qui figurait sur un 78 tours, dont ceux qui en possédaient deux ou trois avaient de fortes chances d’en avoir une copie. L’apparition du microsillon a permis de faire un pas de plus, enregistrer un album, en général 12 titres, avec des chansons toutes dédiées à l’ambiance de cette fête particulière. Tantôt gaies, tantôt tristes, le choix ne manque pas. Il y a les traditionnels et les créations originales qui viennent s’ajouter au fil des années. Certaines  respecteront tout à fait l’esprit musical de la chose, tandis que d’autres auront simplement le mot fatidique dans le titre de la chanson. La France n’est pas en reste, Tino Rossi vendra des tonnes de son « Petit Papa Noël », tandis que d’autres se glisseront dans la brèche en enregistrant quelques chansons dédiées. On peut se rappeler du 4 titres des Chaussettes Noires, en forme de gag, avec « Le Twist Du Père Noël » ou encore dans le même format, Petula Clark, Dalida, Richard Anthony, disques qui sont considérés comme plutôt rares par les collectionneurs, signe qu’ils ne sont pas très bien vendus à l’époque. Des tentatives plus occasionnelles comme « La Fille Du Père Noël » de Jacques Dutronc, le « Noël Interdit » de Jooohhny. On pourrait en nommer des tas et des tas, c’est presque infini.

Nous allons en aborder quelques unes, mais d’une manière plus sélective, de véritables références en la matière ou des tentatives un peu plus originales.

La première d’entre elles est incontestablement le « Christmas Album » de Elvis Presley, cadeau pour les fans à Noël 1957. On assiste à quelque chose de nouveau, il y a un petit air de modernité dans quelques titres, ce n’est plus le chant de Noël pur et dur, un rien de rock and roll a passé par là. Les autres titres sont plus dans la tradition. Le côté  le plus remarquable de la chose est sa voix, un Elvis en pleine possession de ses moyens. Avec ce disque, il a sûrement conquis un autre public que celui des jeunes. J’imagine très bien la ménagère faisant son repassage en l’écoutant et brûlant son linge par distraction, sous l’emprise du charme. Il y a le Presley rock and roll, celui que l’on peut préférer, mais l’étendue de son talent vocal est immense, presque sans limites. Ce disque est un must, l’un de ses plus grands albums en tant qu’interprète dans un style soft.

Quelques années plus tard un génie musical, Phil Spector, décide lui aussi de consacrer un album dans la tradition, « A Christmas Gift From Phil Spector ». Il connaît depuis quelques temps des succès exceptionnels comme producteur avec  des artistes comme les Ronnettes, les Crystals. Il a dans son écurie un sacré potentiel de belles voix, la plupart noires.  Ses productions sont reconnaissables entre mille, il y a un son Phil Spector. Il en profitera pour mélanger la tradition avec son art. Sorti en 1963, le disque sera une rupture avec tout ce que l’on avait entendu dans le genre , un Noël définitivement moderne. Les chansons sont dans la tradition, mais certaines toutes nouvelles comme la fameuse « I Saw Mommy Kissin Santa Claus » par les Crystals. Oui voir sa mère embrasser le Père Noël, n’a rien à voir avec les vieilles habitudes. C’est sans doute le disque de Noël le plus culte de tous les temps, mais il n’a pas acquis ce status par hasard. Même si Spector passera son prochain Noël en prison et certainement encore d’autres, convaincu de meurtre, il n’en reste pas moins un personnage de légende.

En 1965, ça marche pour les Beach Boys. Portés par la planche de surf musicale, le groupe cherchera assez vite d’autres voix. D’où l’idée de faire aussi un disque de Noël. Le groupe a indéniablement de grandes harmonies vocales, ils entreront dans l’histoire aussi pour ça, il suffit de les exploiter. Deux ou trois chansons bien connues et le reste en compositions originales, tantôt dans le style qu’on leur connaît, d’autres plus intimistes. Le tout peut en faire un « Christmas Album » qui s’apparente à la réussite des deux précédents, bien qu’un peu plus dédaigné par les amateurs du genre. Ce qui ne veut pas dire inintéressant, différent certainement, mais c’est bien là son charme.

Pour chaque album, j’ai extrait trois titres, dans l’ordre des années d’enregistrement. Vous pourrez constater la différence des styles, c’est toujours Noël mais pas de la même manière.

Elvis Presley – 1957

Phil Spector – 1963

Beach Boys – 1965

Pour le fun quelques initiatives ici et là dans divers styles