Five fucking greats garage records

Les Anglophones quand ils veulent souligner leur enthousiasme pour quelque chose emploient souvent l’expression « fucking » qui n’est pas spécialement révérencieuse, mais qui exprime bien les sentiments et les souligne avec force. Le garage punk américain est pour moi l’un des grands mouvements musicaux né des sixties. L’expression est venue plus tard, mais elle résume bien l’intention musicale de ceux qui l’ont menée. Trouver un local pour répéter se résumait souvent à l’emploi du garage familial, on y était au moins à l’abri les jours de pluie. Le lieu a eu une incidence particulière sur le son, le confinement des lieux leur donne une sonorité particulière. Voilà pour la première partie du terme. Le seconde est liée à la musique punk, pas tellement que cela ressemble au Sex Pistols ou autres Damned, mais dans l’état d’esprit comparable à un style plutôt basique. Il s’agissait le plus souvent de groupes amateurs avec un bagage musical limité, on faisait de la musique pour le plaisir. Ils étaient des milliers à travers les USA qui rêvaient de devenir un nom écrit en grosses lettres. Pour la plupart, il ne se passa rien. Pour les plus chanceux, ils purent enregistrer un ou deux 45 tours pour des petits labels locaux, souvent en le payant de leur poche. Ce simple geste permit à ces disques de passer à la postérité et de garder intact ces petites merveilles. A partir des années 70 dans leur seconde moitié, certains chasseurs parcoururent les States afin de mettre la main sur ces pépites afin de les compiler et de leur donner une diffusion plus visible et parfois fabriquer des légendes de toutes pièces. La plus importante de ces compilations, « Pebbles » est devenue elle-même une légende en publiant avec sa consoeur,  « High In Mid Sixties » plus de 800 titres, essentiellement d’obédience américaine.  Elles furent imités par d’autres, des dizaines, si bien que l’on en arrive à des milliers de ces obscurités redécouvertes qui fleurent bon le style garage. Je dois bien en posséder 200 dans ma collection, achetés sur une dizaine d’années. On est souvent extasié devant les trouvailles que l’on y fait. Ces groupes qui ne parvinrent jamais à se hisser au niveau du vedettariat, surent pour un morceau ou l’autre composer un titre original sans aucune contrainte artistique, c’est frais et pur. Quelques dizaines puisés dans tout ce fatras sont maintenant des classiques regardés avec autant de respect que le « Help » des Beatles ou le « My Generation » des Who. Dans une première livraison, voici 5 de ces « fucking greats » perles probablement nées dans un garage et mise en forme dans un obscur studio d’un coin perdu sur la route du paradis.

Ray Manzarek a fermé sa porte

En 1967, on n’y échappait pas, les radios branchées nous offraient « Light My Fire », le tube d’un groupe tout à fait nouveau les Doors. Dans une version raccourcie d’une bonne moitié, la chanson faisait les belles soirées d’un jukebox qui nous menait à la fin de la nuit. Jamais, peut-être un groupe n’a autant démérité de s’appeler groupe. D’un côté il y avait Jim Morrrison, un beau dieu entièrement fabriqué par le showbiz, au verbe poétique qui voyait un tas de trucs là où la plupart des gens ne voyaient rien du tout. De l’autre côté, il y avait les musiciens, ceux qui jouaient d’un instrument s’entend. Ray Manzarek était un peu l’homme orchestre de la bande, claviers, contre ses deux amicaux adversaires, John Densmore, batterie et Robbie Krieger, guitare. Pourtant de ces oppositions naquit une belle alchimie que le groupe entretient avec des chansons juste assez faciles pour en faire des tubes, beaucoup plus compliquées pour s’attacher la fidélité de ceux qui cherchaient autre chose, qui voulaient ouvrir d’autres portes. L’aventure, une des plus revisitées par les musiciens en mal de répertoire, dura intensivement et musicalement  jusqu’à la mort de Morrison en 1971. Ils explorèrent un peu tous les styles avec un bonheur certain, chaque fan a son propre répertoire, ses propres préférences. Il y a autant de « j’aime » que de fans. Qui ne se souvient de « The End » dans « Apocalypse Now »?

This is the end my friend, RIP Mr Manzarek (1939-2013)