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Voyage début de siècle (70)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Entrée de la « ville Interdite », lieu de résidence impérial jusqu’en 1925. Son entrée était interdite au peuple.

Un mariage en grande pompe made in China et on faillit même installer le téléphone…

La fiancée était la nièce de l’impératrice-mère. Les frais des noces s’élevèrent à 71/2 millions de taëls, soit 39 millions de francs. Les provinces, les fabriques, les gouverneurs furent à cette occasion étrillés de la belle façon.
La description de la pompe et du cérémonial déployés à l’occasion du mariage impérial me conduirait trop loin. Je ne parlerai que de la toilette de la mariée et de la corbeille. Le chapeau avant tout: il était en velours rouge, avec des bords de zibeline, et garni d’un bouton composé de trois grandes perles fines dont chacune était entourée de dix-sept petites perles. Au milieu du chapeau, une grosse perle enchassée d’or au-dessus de laquelle s’élevait un faisan en or orné de seize perles. La queue du faisan, cinq plumes étalées, était incrustée de trois-cent-vingt-cinq perles fines. Le costume de la mariée se composait d’un col en zibeline doublé de soie jaune et agrémenté de rubans de velours parsemés de diamants, d’une robe en soie bleu foncé bordée d’or, brodée de dragons et de ces inscriptions: Wan-fou (bonheur éternel), Wan-sheu (vie éternelle), le tout en or. Le collier et les bracelets étincelaient de perles, de turquoises, de corail et de diamants; le mouchoir vert richement brodé qui se porte à la ceinture, était garni de rubans jaunes et de houppettes semées de pierreries.
Vinrent ensuite les présents faits à la fiancée, conformément au règlement du ministère de la maison impériale: quatre chevaux complètement sellés et harnachés; dix cuirasses et autant de casques; cent pièces de satin et deux cents pièces d’étoffes de coton. Puis les cadeaux de noce: deux cents onces d’or et dix mille taëls d’argent, un service à thé en or se composant d’une théière et d’une tasse avec couvercle, deux aiguières en argent, mille pièces d’étoffe de soie la plus riche, vingt chevaux de selle mongols avec leur harnachement, quarante chevaux de bât sans harnais, et vingt selles.
Les cérémonies préliminaires du mariage consistèrent dans la publication de l’union qui devait avoir lieu le 26 février 1889. Les hauts dignitaires, princes de la maison impériale, furent chargés de l’annoncer, l’un à «l’autel du Ciel», l’autre à «l’autel de la Terre», un autre dans le sanctuaire des ancêtres impériaux «de la ville impénétrable», le quatrième à «Feng-hsien-tien», petit temple de la cité de pourpre, où sont conservées les tables commémoratives des empereurs morts.


Le jour des noces, on brûla publiquement le rouleau de satin où était inscrit l’acte de mariage. Puis vinrent les sacrifices de victuailles et d’encens accompagnés des chants rituels des prêtres et du Kotau de rigueur — génuflexion des princes qui doivent se prosterner neuf fois, le front contre terre. — Ce furent là les principales cérémonies nuptiales.
Le jour suivant eut lieu le couronnement officiel du jeune empereur célébré avec le même cérémonial que la bénédiction du mariage. Enfin le nouveaux souverain vint rendre hommage à l’impératrice douairière, devant laquelle il s’agenouilla et toucha neuf fois la terre de son front.
Le jugement porté sur le caractère et les opinions de Kwang-Su pendant les premières années de son règne, pour autant que l’on entendit parler de l’inaccessible empereur de Chine, ne concorde pas avec sa conduite pendant les événements de 1900. On le disait énergique, accessible à tous les progrès; il aurait même été sur le point de faire établir un téléphone dans son palais, projet dont les mages et les astrologues eurent de la peine à le dissuader. On disait aussi qu’il parlait couramment l’anglais, qu’il lisait même les journaux dans cette langue pour s’instruire sur l’état et les événements de son pays. En 1894, l’empereur reçut les ambassades en audience dans un palais situé à l’intérieur de la ville impériale jaune. Depuis que l’ambassadeur anglais avait, en 1793, refusé de s’astreindre au «Kotau» les envoyés de quelques nations étrangères ne furent plus reçus qu’une fois; c’était à l’occasion d’un couronnement, en 1873. L’audience eut lieu dans une halle, en dehors de l’enceinte impériale.

De 1894 à 1900, l’empereur reçut régulièrement les ministres des puissances le premier jour de l’an chinois. Dès cette époque aussi les nouveaux ambassadeurs présentèrent leurs lettres de créance à leur arrivée et ceux qui changeaient de poste, leur ordre de rappel. Des témoins oculaires dépeignent ces audiences comme suit:
«Au milieu d’une large estrade à laquelle accèdent trois séries de marches, l’empereur est assis sur un trône sculpté recouvert de brocart jaune. Le fils du Ciel porte une longue robe de soie bleu-indigo, garnie sur la poitrine, le dos et les manches de dragons brodés d’or; une grande chaîne est suspendue à son cou; comme coiffure, en été un chapeau blanc avec un gland rouge, en hiver un béret noir. Le visage est joli et intelligent, mais pâle et d’apparence maladive. Un air de tristesse altère la régularité des traits.
Les ambassadeurs en uniformes de gala s’approchent en faisant trois révérences; la première à l’entrée du portail central, la deuxième quinze pas plus loin, la troisième à environ douze pas de l’estrade où l’empereur trône entouré des fonctionnaires du palais.
Le souverain répond par un léger signe de tête. Puis le doyen du corps diplomatique adresse au fils du Ciel une allocution en anglais. Après quoi, le prince qui préside au Tsungli-Yamen (ministère des affaires étrangères) monte sur l’estrade et traduit à genoux les discours. L’empereur prend la parole en chinois; le ministre, descendu de l’estrade, répète en anglais. De cette façon, l’auguste fils du Ciel ne s’est pas entretenu directement avec les étrangers.
Telle est l’unique occasion où Kwang-Su entre en contact avec le monde extérieur, car il se tient éloigné de toute affaire terrestre, enfermé comme un prisonnier dans la «Cité de pourpre» ou la «Ville dont l’entrée est défendue». Il ne connaît de Péking que son palais, quelques temples et deux châteaux de plaisance. L’empereur n’ayant pas d’enfant, ses sujets le croient repoussé des dieux.

Portrait de Kwang-Su aussi appelé Guangxu, il mourut en 1908 à 37 ans, sans descendance directe.

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Sources : Wikipédia, B.N.F, DP