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Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.
Suite de la rencontre avec la Chine et sa culture et une belle légende.
Mon premier soin à mon arrivée fut d’aller chercher mes lettres à la poste, besogne plus difficile qu’on ne le pense. Tout d’abord, impossible de me faire comprendre de mon boy, qui conduit ma jinrikisha partout sauf où je voudrais. Ensuite, à Shanghaï, chaque nation a sa poste à elle. Très appréciée des collectionneurs de timbres-poste, cette organisation est fastidieuse pour une personne qui, selon que ses lettres sont adressées à Miss, Mademoiselle ou Fraulein, poste restante, doit courir les chercher à la poste anglaise, américaine, française ou allemande; il y a de plus des postes japonaises, russes et chinoises. Cette dernière passe pour peu sûre, ce qui ne m’empêcha pas de coller de préférenceses jolis dragons sur mes lettres, qui toutes arrivèrent à destination.
Ces voyages à l’aventure me procurèrent le plaisir de découvrir des quartiers moins exclusivement européens. Les belles maisons chinoises situées en dehors de ville sur la route de Nanking me ravirent. Les boutiques aussi bien que les habitations sont décorées de très belles sculptures sur bois et sur pierre. Les magasins offrent les choses les plus attrayantes: vieux brocarts, merveilleuses broderies sur soie, étoffes de soie modernes, bref, tout ce que l’on peut rêver de beau.
Puisque la soie joue un grand rôle à Shanghaï, qu’on me permette de raconter l’histoire vraiment fantastique du ver à soie.
A l’origine, la précieuse larve était une jolie fille qui vivait en Chine 2450 ans avant J.-C. Son père, qu’elle aimait par-dessus tout, fut, en voyage, assailli par des malfaiteurs et disparut. Le cheval revint seul.
La jeune fille inconsolable ne mangeait ni ne buvait plus. Sa mère fit le vœu de donner son enfant pour épouse à celui qui ramènerait l’absent. En entendant ces paroles, le cheval brisa son licou, partit au galop et revint au bout de quelques jours avec son maître. Mais depuis son retour, il hennissait sans cesse. Le père s’étant informé de la cause de cette inquiétude, sa femme lui avoua la promesse faite.
— Il n’est pas nécessaire de tenir parole à un animal, lui dit-il. Du reste aurait-on jamais vu donner une jeune fille en mariage à un cheval?
La bête reçut chaque jour double ration d’avoine.
Les hennissements continuèrent de plus belle. Furieux, le maître saisit son arc et ses flèches et tua le fidèle animal. Puis il l’écorcha et mit sa peau sécher dans la cour. Au même instant la jeune fille vint à passer: Oh! miracle, la dépouille du cheval sauta sur elle, l’enveloppa tout entière et l’emporta dans les airs.
Quelques jours après, la peau était de nouveau dans la cour, suspendue à un arbre; la jeune fille, métamorphosée en belle larve blanche, mangeait des feuilles de mûrier tout en filant ses cocons dont le peuple se mit à tisser les plus beaux vêtements.
On peut se figurerle chagrin des parents. Mais voici qu’un jour un chariot de nuages traîné par le cheval tué, descendit du ciel. Il portait la déesse des vers à soie entourée d’un essaim de suivantes brillamment vêtues. L’une d’elles prit la parole : — Ne vous tourmentez plus, mes bien-aimés parents, la déesse m’a promue au rang de ses servantes et donné l’immortalité.
Sur ces paroles, l’éclatant véhicule s’éleva dans les airs.
Si invraisemblable que soit ce conte, il y a, dans l’empire du Milieu, des esprits assez simples, non seulement pour y croire, mais encore pour offrir, certains jours de l’année, des sacrifices à la déesse. Ils espèrent qu’elle leur procurera en échange une abondante récolte de feuilles de mûriers et une excellente saison de vers à soie.
J’avais fait sur l’Amerika Marou la connaissance d’une dame anglaise de Honolôulou, belle-sœur du consul français à Shanghaï. Elle m’avait invitée à aller la voir.
La concession française, située au sud du Bund, forme un petit Etat, avec sa constitution, ses droits et ses lois, son église, son hôtel et même ses coureurs de jinrikisha. Aussi chaque fois que je me rendais dans la ville française, devais-je m’informer si mon boy avait le droit d’entrer en France. Les Français se tiennent à l’écart des autres nations, tandis que les Anglais, les Américains et les Allemands vivent côte à côte, sans distinction de nationalité.
Mme H. me reçut le plus gracieusement du monde et son beau-frère, M. Rotard, m’offrit aimablement ses services en me disant: «Vous savez, je suis votre consul.» Les Suisses n’en possèdent pas en effet; ce sont les consuls français et allemand qui les assistent en cas de besoin. Pour le moment, M. Rotard me
prouva sa bienveillance en me faisant servir un splendidë tiffin.
Le consulat français est un beau bâtiment très bien situé sur le fleuve Wousoung. Dans l’intérieur, une enfilade de salles de réception, toutes plus élégantes les unes que les autres. Le consul et son aimable épouse paraissent vivre sur un très grand pied.
Après le tiffin, nous nous rendîmes en voiture, Mme H., sa fillette et moi, à Si-ka-wei, la célèbre mission jésuite. C’est un trajet d’une heure à travers une contrée plate et peu intéressante. Les environs de Shanghaï offrent en général peu d’attraits. Pourtant je jouis beaucoup de cette excursion. Les poneys allaient comme la flèche; les aigrettes bariolées et les nattes des mahfous flottaient au vent. Les domestiques portaient les couleurs françaises, rouge, blanc, bleu.
Aux portes de la ville commencent les cimetières. On ne peut rien se figurer de plus désert, de plus désolé que ces demeures des morts; c’est à ne pas croire que les habitants du Céleste Empire pratiquent au plus haut degré le culte des ancêtres. Les énormes cercueils en bois, le plus souvent peints en rouge, sont déposés entre de petites buttes de terre. Dans certaines contrées isolées, on les suspend aux arbres, paraît-il. J’ai aussi aperçu au milieu d’une rizière, une espèce de sarcophage en pierres, grossièrement construit, délabré, qui sert d’abri à un cercueil. La dernière demeure a parfois la forme d’une tour.
Déjà au XVIIe siècle, de nombreux Chinois convertis au christianisme s’étaient retirés à Si-ka-wei. C’est peut-être pour cette raison que les Jésuites érigèrent leurs constructions grandioses à cet endroit. Ils y exercent encore aujourd’hui une action bienfaisante.
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Sources : Wikipédia, B.N.F, DP