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Voyage début de siècle (61)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Dernières impressions sur le Japon.

La ville de Nagasaki s’élève en gradins; c’est en gravissant de nombreuses marches que j’arrivai au temple de O-souwa. Plus on monte, plus la vue sur l’océan de maisons et sur le port, que l’on prendrait pour un lac avec son amphithéâtre de verdure, devient belle. Des matsous séculaires ombragent la route et des camphriers encore plus vénérables semblent murmurer mystérieusement les souvenirs du passé. D’affreux Nio rouges et verts, grimaçants et féroces, font la garde devant les bosquets. Au milieu du parvis principal, un cheval de bronze, celui que Bouddha monte lorsqu’il va faire visite aux étoiles; à l’entrée un énorme torii neuf de même métal.
Une animation extraordinaire régnait dans l’enceinte sacrée. On avait accroché partout des bannières et des lanternes, des branches de matsou et de bambou. Des prêtres et des fillettes vêtues de blanc et de rouge circulaient de tous côtés. Sur un échafaudage se trouvaient trois larges caisses destinées aux dieux qui devaient se promener le lendemain dans les rues de la ville. Malheureusement le typhon interrompit la grande fête du Souva-no-Matsouri qui a lieu chaque année au commencement d’octobre et qui dure trois jours. Le peuple et les bonzes fondaient tout leur espoir sur ce lendemain.
En rentrant en ville, je passai par plusieurs rues fort animées dont la population cosmopolite, très active, fait un trafic considérable. On dit qu’il existe à Nagasaki une très grande colonie de Russes.
Les articles de commerce principaux de Nagasaki sont les écailles, qu’on paie ici bien plus cher qu’en Italie, la soie et la porcelaine. C’est à Arita, une des plus grandes manufactures, située dans les environs, que se fabriquent les belles porcelaines du Japon connues sous le nom de Imari. Le blanc pur et transparent des petites coupes et autres objets est décoré de paysages, de personnages et de fleurs. La faïence de Satsouma, à fond crème foncé, fait beaucoup d’effet avec ses oiseaux et ses fleurs — dans les tons rouge, vert et or — sur émail craquelé.
Quand je revins sur le Kosaï Marou, le soleil avait percé les nuages et je pus admirer le superbe port de Nagasaki. Les vaisseaux de toutes dimensions sont en sûreté dans cette mer intérieure. A gauche de l’entrée du port se trouve l’île de Takaboko couverte de matsous; les Hollandais l’appelaient Papenberg, mont des prêtres. C’est d’ici qu’en 1637 des milliers de Japonais convertis au christianisme doivent avoir été précipités par-dessus les récifs dans la mer, où ils moururent de la mort des martyrs. D’après les dernières recherches historiques, cet événement aurait été inventé de toutes pièces.

Notre Kosaï Marou avait levé l’ancre. Avec lenteur et circonspection, il se fraya sa route vers la haute mer, entre les îles et les détroits. Une fois encore, comme pour me rendre la séparation plus douloureuse, la lumière rose dorée s’épandit sur les belles montagnes, sur le vert foncé des forêts, sur les temples, les mausolées et les maisons. Involontairement l’adieu japonais me vint sur les lèvres: Sayonara!

Ainsi se termine la partie du livre consacré au Japon. Je pense que le pays a depuis pas mal changé, mais les impressions de la voyageuse doivent assez bien refléter ce qu’il était il y a 125 ans. Sa découverte s’est faite d’un pas tranquille par une voyageuse qui avait le temps découvrir et d’observer. Mon fils a séjourné dans le pays au début de cette année. Il a eu un peu la chose facilitée par un collègue de travail qui venait de là-bas et qui surtout parlait le japonais. Il en garde un bon souvenir, mais ce qui a retenu toute son attention, c’est le respect et l’honnêteté des Japonais envers chacun.
Le voyage continuera et nous séjournerons en Chine.
A bientôt.

Le cimetière de Nagasaki

A Suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP