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Voyage début de siècle (74)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Fin de la visite chez l’impératrice et funérailles en grande pompe …

L’empereur qui jusqu’ici avait suivi la société, fut mis joyeusement à la porte, et le thé fut servi. De belles œuvres d’art, des porcelaines, des potiches cloisonnées, des bronzes et des objets en jade ornent la chambre à coucher ainsi que les autres appartements de l’impératrice.
Quand les étrangères eurent tout vu et tout admiré, elles furent conduites dans la halle de banquet où, en les attendant, les messieurs de la société s’entretenaient avec le Ministre d’Etat.
Des nids de salanganes, de la soupe aux nageoires de requins, des fruits et des sucreries terminèrent cette réception, unique dans les annales de l’histoire de la Chine. On se demande involontairement ce qui a pu provoquer ce miracle.
Sont-ce les mois de terreur de l’année 1900 qui obligèrent les souverains de l’Empire du Milieu à s’enfuir de leur capitale? L’exil leur a-t-il fait entrevoir la chute du mur qui défend d’une manière si jalouse l’entrée de la Chine? Ou bien — les esprits pessimistes seraient tentés de le croire — est-ce une ruse des Célestes pour endormir les défiances des puissances alliées et sévir ensuite avec d’autant plus de sûreté contre les intrus? Qui pourrait le dire?

*****

Dans son enceinte de murs, Péking apparaissait à mes yeux.
Soudain le train s’arrête en pleine campagne. D’un formidable nuage de poussière qui tourbillonne dans l’air, sort peu à peu un cortège somptueux. En tête, un personnage vêtu de blanc suivi de prêtres, de porteurs de lampions, de sonneurs de gongs, de musiciens; puis des bannières qui flottent au vent, de grands écriteaux rouges couverts de lettres d’or, une litière fermée et quelques cavaliers; enfin un corbillard traîné par quatre chevaux et escorté par une foule dont on ne voit pas la fin. Tout cela défile sous nos yeux et disparaît; notre train nous dépose dans un désert de sable, à ce qu’il me semble.
A la vue du pompeux convoi mortuaire, je me souvins qu’en Chine, lorsque deux décès se suivent de près dans une même famille, c’est un signe certain de ruine. Le culte des morts joue un rôle si important, si caractéristique dans l’Empire du Milieu, que je ne puis me dispenser de résumer ici ce que l’on raconte au sujet des ensevelissements.
Lorsqu’un Chinois a passé de vie à trépas, la famille fait immédiatement chercher le prêtre des morts dont la mission consiste à enjoindre à l’une des trois âmes qui, selon la croyance chinoise, habitent le corps humain, de quitter le cadavre et de s’envoler vers l’Elysée. L’accueil réservé au défunt dans l’autre monde dépendant de la richesse de sa mise, on le revêt de ses plus beaux vêtements, et on lui fournit pour son séjour outre-tombe d’autres habits, de la monnaie en papier, des maisons, des palanquins, des chevaux, des serviteurs que l’on brûle plus tard en effigie près de la sépulture. Un vase rempli de riz est déposé dans le cercueil pour servir de nourriture à la deuxième âme restée dans le corps.
La coutume chinoise exige qu’il y ait un long intervalle entre la mort et l’ensevelissement. Chaque famille donc conserve pendant sept semaines le cadavre enfermé dans les planches de longue vie — ainsi que le Chinois appelle la bière — déposées près de l’autel des ancêtres. Le cercueil massif confectionné par le défunt lui-même, à moins que ses fils ne le lui aient donné à l’occasion de son soixantième anniversaire, est en bois laqué de rouge-brun.
Les proches du défunt l’entourent, adressent des prières aux mânes des morts et se répandent en lamentations. Tous les sept jours on fait des sacrifices aux esprits, et les plaintes redoublent.

Pékin porte d’entrée

La première semaine de deuil passée, on annonce par écrit la mort aux amis et connaissances qui s’empressent d’envoyer des victuailles au trépassé. Toutes les offrandes et les lettres qui les accompagnent sont brûlées; elles suivront le voyageur dans l’autre monde.
Le septième jour, les bonzes viennent dire des prières pour faciliter le départ de la première âme. Puis un devin spécial chargé par la famille de trouver un lieu de sépulture convenable, part muni d’une boussole et parcourt monts et vaux. Lorsqu’il a fait son choix, il faut attendre un jour propice pour creuser la fosse, après quoi le plus proche parent du mort adresse aux génies de la terre la lettre suivante:
«Nous, les fils et parents du défunt, désirons ensevelir ses restes mortels à tel endroit. Comme notre vœu le plus cher est non seulement d’obtenir votre assentiment, mais encore d’être assurés de votre intérêt et de votre sollicitude à notre égard, nous vous prions d’accepter favorablement ces fruits et ce vin, nos humbles offrandes.»
Pour faire parvenir cette supplique à son adresse, on la brûle. La tombe terminée, le devin est derechef mis à réquisition. Il a la mission très difficile de choisir le jour favorable pour la sépulture. Les jours, les semaines, les mois, les années même s’écoulent sans que ce jour se présente. Dans ce cas, le cercueil, hermétiquement soudé, est transporté solennellement dans la maison de la mort — j’en vis une à Canton — où il demeure en attendant.
L’inhumation à l’intérieur des villes n’étant pas permise, tous les cimetières se trouvent en pleine campagne. Les familles aisées n’y enterrent pas leurs morts cependant, mais se font indiquer par un devin un endroit favorable. Suivant la générosité des parents, la sépulture de «l’homme sage» se trouvera placée sous de plus ou moins heureux auspices.
On comprend d’après cela pourquoi, en Chine, on rencontre des tombeaux partout. Les obsèques des riches ont lieu avec la pompe décrite plus haut.
Au retour du cortège funèbre, on suspend dans une chambre la tablette commémorative des ancêtres du trépassé; elle doit y rester cent jours; selon la croyance des Chinois, la troisième âme vient s’y fixer. Les cent jours écoulés, la tablette est déposée sur l’autel ancestral, et l’on met de côté les vêtements de deuil que l’on a commencé à porter le troisième jour. Pourquoi pas plus tôt? Parce que le mort peut être en léthargie.
Le blanc est la couleur du grand deuil.

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Sources : Wikipédia, B.N.F, DP