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LA PETITE ENCYCLOPEDIE SUR L’ART

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En passant

Bas nylons et un amas de ruines

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Les gens heureux n’ont pas d’histoire, citation très connue que l’on pourrait transposer à un pays. De ce point de vue, la France ne fait sans doute pas partie de cette sorte d’élite. Au cours de son histoire elle a connu bien des mouvements d’humeur. Jusqu’à la révolution de 1789, nombre de malheurs pouvaient être imputés à la monarchie, puisqu’elle dirigeait la pays. Après cette révolution, les choses changent un peu, on voit apparaître la Première République (1792-1804), la réapparition des hommes forts qui mènent le pays ; Premier Empire Napoléon 1er (1804-1814 ; la Restauration, Louis XVlll (1814-1824), Charles X (124-1830); Monarchie De Juillet, Louis-Philippe 1er (1830-1848); Deuxième République, Louis Napoléon Bonaparte (1848-1852); Second Empire, Napoléon III (1852-1870); Troisième République, Alphonse Thiers (1871-1873). Au cours et après ( IV et V  Républiques) le système ne changera point, un président dirigera la République, excepté faite de l’occupation allemande. Pendant ce laps de temps, le peuple, cet éternel insatisfait, ne manque pas de faire savoir ce qu’il pense en l’exprimant à sa manière. La Commune de 1871 reste l’insurrection la plus connue. Je ne vais pas vous conter par le détail touts les faits et gestes de cette passe d’armes, mais l’envisager sous un autre aspect. En effet, historiquement on peut considérer que La Commune est la première révolte amplement documenté par l’image. On peut mettre un visage sur les principaux protagonistes, mais surtout avoir un aperçu des dégâts qu’elle causa au patrimoine, car ce fut une guerre destructrice spécialement à Paris. Sur les images, c’est assez impressionnant et l’on remarque qu’il ne s’agit pas de quelques rues dépavées ou de façades un peu abîmées. L’emploi en force de l’artillerie n’y est pas sans conséquences.

Sources Gallica, BNP, DP

De New York à San Francisfolk

Il y a des artistes qui servent de canalisateurs pour un style ou un autre. Quand ils arrivent à se maintenir à un certain niveau de popularité, nul doute qu’ils ouvrent la porte à ceux qui ont assez de curiosité pour en savoir plus. Si j’aime le folk américain, c’est sans doute grâce un peu au Kingston Trio ou aux Brothers Four. Si ces derniers sont à mon avis plus authentiques, les premiers ne déméritent pas bien que certains puristes les classent dans un style de variété « folklorisante ». Personnellement j’aime bien, l’étendue de leur répertoire permet de remonter aux chansons qui ont fait l’histoire du folklore américain, sans doute l’un des plus intéressants du fait de la rencontre de multiples cultures. La conquête de l’Ouest reste une des principales sources d’inspiration. il n’y a pratiquement pas un personnage, bon ou mauvais, qui marqua cette histoire, qui n’a pas une chanson qui raconte sa légende. De même, les vastes plaines, les lieux particuliers, les amours heureuses ou malheureuses, sont autant de sujets pour en faire une chanson.
Le Kingston Trio fut populaire dès son célèbre « Tom Dooley » enregistré en 1959, un arrangement sur une chanson d’origine africaine. Pour bon nombre des leurs titres directement puisés dans la tradition ou compositions venant d’autres grandes références comme Woody Guthrie ou Pete Seeger, leurs versions restent incontestablement populaires. Par exemple, le fameux « Greenback Dollar » (« Sacré Dollar » par les Missiles) composé et enregistré par Hoyt Axton, a gagné les oreilles du public grâce à la version du Kingston Trio.
J’ai fait une sélection d’un douzaine de titres dans leur discographie, des titres que vous avez peut-être entendus par d’autres, mais que me paraissent intéressants et qui viennent tous de la tradition du folk, même si certaines peuvent avoir un petit air d’être venues d’ailleurs.

En passant

Bas nylons et une chanson triste

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Les Yardbirds furent sur bien des points un groupe très innovateur. L’histoire se rappelle avant tout des trois fameux guitaristes qui officièrent dans la première époque, Eric Clapton, Jeff Beck, Jimmy Page. Après le départ de Clapton et l’apparition de Beck, l’orientation du groupe changea passablement. Du blues plus ou moins traditionnel qui alimenta les premiers sillons, Beck se posa en précurseur d’une avancée musicale qui fait encore la réputation du groupe. L’année 1965 est un tournant majeur dans l’histoire de la musique, la révolution est autant sociétale que musicale. Tout en revendiquant un nouveau mode de vie, on explore à fond de nouveaux sons, de nouvelles manières de concevoir la musique. En toile de fond, la musique psychédélique pose ses premiers jalons, de futurs grands noms comme les Doors sont à l’affût. Les Yardbirds sont déjà présents et à côté de succès  bien calibrés aux sonorités bien nouvelles, ils vont enregistrer pour la première fois dans l’histoire de la pop, un titre inspiré du chant grégorien. Le titre en sera « Still I’m Sad » et à ce jour il reste toujours une référence incontournable dans leur discographie. Jusque-là, le groupe n’a pas vraiment de compositeur attitré parmi les membres, le principal composteur est extérieur, Graham Gouldman qui sera le pourvoyeur des trois premiers gros hits. Mais malgré tout, on s’essaye à la composition, le résultat aboutira au premier album studio qui sera exclusivement composé d’originaux signés par les membres. Toutefois, le bassiste Paul Samwell-Smith, aussi directeur musical, et le batteur Jim Mc Carty font bande à part pour la composition de « Still I’m Sad ». L’idée est venue comme ça, il leur a paru intéressant d’explorer cette voie. Certains essais furent testés dans les toilettes d’un lieu public pour profiter de la résonance des lieux. Une fois le titre mis au point et enregistré, on hésita pour savoir s’il figurait en face principale du prochain 45 tours, l’autre titre étant le resplendissant « Evil Hearted You », la troisième composition de Gouldman pour le groupe. Finalement, le disque fut lancé sur le principe de la double face A. Le disque connut un succès considérable, mais au fil du temps « Still I’m Sad » est celui qui est le plus resté dans les mémoires, d’autant plus qu’il fut repris de nombreuses fois.

L’original

La version française par… les Compagnons de la Chanson !

Le version jazzy de Manfred Mann, instrumental 1966.

Les mêmes dans une version en live, 1966.

Un trio de jazz sur le fameux label Blue Note. the Three Sounds, 1967.

La reprise de Rainbow, hard rock,1975.

La reprise par les stars du disco Boney M, qui fit beaucoup pour immortaliser la chanson en face B de Ma Baker, 1977.

Une version en finlandais, Markku Aro, 1977.

Version de Minimal Compact, groupe new vawe, 1986.

Une autre version française, « Le Chagrin », Ramon Pipin, 1992.

Gregorian, 1999.

Version hard rock, Axel Rudi Pell, très belle voix, qui rappelle un peu celle du chanteur des Scorpions.

Rainbow en live, 2017.

Les Yardbirds, formation actuelle en live, 2016.

En passant

Bas nylons et clowneries

Quand j’allais au cirque étant enfant, il y avait une chose qui m’intéressait particulièrement, les clowns. Même si je vais rarement au cirque maintenant, je n’ai pas tellement changé d’avis, le clown me fascine toujours, me traiter de clown est presque un honneur. Le personnage a remplacé peu à peu les bouffons de jadis, plus attitrés à une cour. L’origine propre du nom est incertaine et lointaine, mais le nom français semble être adopté depuis la nomination anglaise au 19ème siècle. C’est n’est vraiment qu’à partir des cirques itinérants qu’il devient plus facile à approcher. Son extravagance vestimentaire et son maquillage grotesque en sont les premiers signes visibles, du moins dans la tradition. Certains clowns plus modernes sont habillées presque normalement, moins repérables à première vue, mais tout aussi drôles. En général, ils sont aussi dotés d’une autre spécialité, jongleur, acrobate, musicien, mime. Pour moi, le grand clown est celui qui est seul sur scène et ne parle pas ou peu et arrive à faire rire, mais ils peuvent aussi être plusieurs et arriver au même résultat, c’est juste un peu plus facile, ils peuvent faire des gags à tout de rôle. Devenir célèbre en étant clown n’est pas donné à n’importe qui. Dans les pays francophones, les Suisses Grock et Dimitri, les Français Achille Zavatta ou la famille Fratellini, sont des noms qui reviennent souvent et qui sont pratiquement connus dans le monde entier.

A part le domaine de la scène, il en est une autre où le clown resplendit de toute son aura, la photographie. Alors pour illustrer ces propos, voici une série de photos où le clown est roi, suivi de petits films et de quelques chansons, car la chanson s’est maintes fois emparée de ce personnage.

La fameux Grock, sur scène alors âgé de plus de 70 ans.

Un extraordinaire clown américain, que j’avais vu au cirque et qui m’avait impressionné, George Carl.

Gianni Esposito et Dimitri.

Edith Piaf

Claide François sur une adaptation de Gary Lewis & Playboys.

Frank Alamo sur une adaptation de Manfred Mann.

Laurent en 1967, titre original.

Sources Gallica, BNP, DP

Un tic celte

Depuis près de 50 ans je suis un fan de musique celtique et bretonne. Je l’ai pas mal explorée et même en Bretagne j’ai remarqué que je connaissais mieux le folk breton que certains d’entre eux. C’est une musique que l’on peut aimer de manière traditionnelle ou plus moderne. Quand on l’écoute, on s’aperçoit que les Bretons étaient des marins, ils rapportèrent des épices et aussi des notes de musique qu’ils mélangèrent avec leur folklore. Et puis on ne peut que les féliciter, ils savent bien préserver leur culture, c’est encore très vivant et leur langue, même si j’en pipe quasiment pas un mot, a une belle sonorité qui se marie avec le bruit des vagues se fracassant au pied des falaises qui surplombent toutes leurs chansons.

Commencer par Alan Stivell est presque évident, il est un des détonateurs de l’avènement de la musique celtique moderne, ici une chanson originaire  des îles Hébrides. Sur l’album en public à l’Olympia en 1972

Tri Yann, sans doute les plus populaires après Stivell, je les ai découverts il y a bien longtemps sur un album où figurait cette chanson gaélique.

Un merveilleux instrumental à la harpe celtique par An Triskell, avec ça on a la tête dans les nuages et c’est tant mieux.

Un des grands chanteurs bretons actuels, Denez Prigent, il est céleste !

Le groupe Dir Ha Tan dans les années 70.

Assez surprenant, une harpiste russe qui chante en breton « la chanson du cidre » et cela sonne très breton ne vous en déplaise.

Le groupe Ar Korrigan, un album  des années 70, c’est une vision assez moderne, presque pop.

Plus breton tu meurs, les soeurs Goadec qui furent de véritables stars en Bretagne et c’est sans artifices.

En présentant les soeurs Goadec, on ne peut pas manquer de mentionner Glenmor, un des plus bouillants défenseurs de l’identité bretonne. Les paroles de Brel du Moribond « Adieu l’Emile je t’aimais bien », lui sont dédiées. Bien que la plupart de ses enregistrements soient en français et certains assez éloignés de la tradition musicale bretonne, en voici un « Kan Bale », plus ancré folk breton. C’est un chant révolutionnaire breton pour l’indépendance. Je n’aime pas trop ce qui sonne un peu militaire, mais là ça passe mieux.

A propos de Glenmor, voici une de ses vieilles chanson dans un interprétation récente qui ne manque pas de charme, la chanteuse non plus.

Par le groupe Ar Skloferien sur un album de 1974, un album que j’aimais bien

Bas nylons et une certaine génération

 

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Toute chanson, principalement si elle a du succès, se rattache immanquablement à l’époque où elle a été créée. Personnellement, comme j’écoute depuis longtemps de la musique, les chansons me servent de repère pour une localisation dans le temps. Beaucoup de chansons sont liées avec un souvenir ou un événement personnel, ce que je faisais quand j’écoutais tel ou tel titre, ou encore dans quel endroit je me trouvais. Cela devient une sorte de fil rouge de la mémoire. Mais une chanson peut être plus que cela et devenir une sorte d’hymne ou un emblème musical pour une génération. Il suffit parfois de quelques paroles qui frappent l’esprit pour que cela le devienne. Par exemple, la chanson « San Francisco » évoque immédiatement le mouvement des hippies, cette ville étant supposée être la capitale du mouvement. Quelques années plus tard, le « No Future » des Sey Pistols en devint aussi un dans un domaine complètement différent. En 1965, les Who enregistrent aussi un titre qui se veut une représentation de la pensée de l’époque avec en plus un thème qui représente bien le sujet : « My Generation ».

On peut mettre une traduction française, vous verrez que les paroles qui ne sont pas ailleurs pas très compliquées, sont bien représentatives d’une jeunesse qui s’en fout un peu et veut se la couler douce en priorité. Les plus anciens se reconnaîtront dans quelques phrases.

Les gens essaient de nous rabaisser ( parlant d’ma génération)
Juste parce que nous roulons notre bosse ( parlant d’ma génération)
Les choses qu’ils font semblent effroyablement déprimantes ( parlant d’ma génération)
J’espère mourir avant d’être vieux ( parlant d’ma génération)

Avant toute chose

C’est ma génération

C’est ma génération, bébé

Pourquoi ne disparaissez vous pas tous? ( parlant d’ma génération)
Et n’essayez surtout pas de piger ce qu’on dit tous ( parlant d’ma génération)
Là je ne cherche pas à faire une grosse impression ( parlant d’ma génération)
Je parle seulement de ma génération ( parlant d’ma génération)

C’est ma génération
C’est ma génération, bébe

C’est ma génération
C’est ma génération, bébé.

Non seulement les Who percutent par les paroles, mais au niveau musical on ne peut pas dire qu’ils font dans la dentelle. Enregistrer un truc de ce genre en 1965 était précurseur. La chanson a peu ou pas de mélodie et l’accompagnement ne suit pas une certaine logique musicale. C’est aussi un titre qui met très en avant la guitare basse, chose assez rare jusque-là dans les chansons à tendance rock. Quand on l’écoute pour la première fois, on est plutôt surpris par ce style plutôt brouillon et décousu musicalement. Pour le moins les Who sont de grands musiciens, trois instrumentistes dont une des batteurs les plus fêlés de l’histoire du rock, et un chanteur d’exception. J’imagine sans trop me tromper, que beaucoup de producteurs qui auraient eu en mains la démo de ce titre n’auraient pas misé un rond sur sa potentialité de succès. Et pourtant il devient un succès considérable dans les pays européens accédant ou frisant le sommet des charts, accueilli un peu plus fraîchement aux USA, du moins dans un premier temps. Dans la fameuse sélection du magazine Rolling Stone des 500 meilleures chansons de tous les temps, elle figure à la 11ème place. Chanson très à part sous bien des angles, elle a marqué son temps et son passage dans l’éternité ne fait aucun doute.

Les deux EP’s français de 1965, le premier chez Brunswick assez rare, le deuxième chez Decca, plus courant. Excepté le titre principal, le contenu est différent.

Version originale studio, 1965.

Un version alternative 1965 prévue pour figurer sur un EP, mais qui ne sortit que 30 ans plus tard.

Superbe version live, Allemagne 1966. Je n’ai jamais vu un clip où ils jouaient en playback.

Version des Count Five, USA 1966.

Version jazzy intrumentale assez succulente, Manfred Mann, 1966.

Les Who sur l’album « Live At Leeds », 1972.

Le groupe glam rock anglais Sweet en 1974.

Une version assez punk, Patti Smith, 1976.

Version psychobilly, the Krewmen,1988.

Iron Maiden, 1996.

Oasis, en live, années 2000…

Version française par les Canadiens Chapeaumelon, 2004.

Un groupe japonais, version basée sur celle de Manfred Mann, 2010.

 

Bas nylons et de célèbres misérables

 

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Le fameux roman de Victor Hugo « Les Misérables » a été adapté des dizaines de fois à l’écran. C’est assez inégal dans les résultats, mais reste un excellent exercice pour un réalisateur qui devra en tirer toute la saveur. Le roman de Hugo est une oeuvre magistrale, longue, philosophique, elle analyse tous le recoins de la grandeur et de la bassesse humaine. Dans un imaginaire qui lui appartient, l’auteur place son histoire en corrélation avec des faits historiques, la vie pénible des forçats condamnés pour peu de choses, une justice aveugle, Waterloo (début du roman), les barricades de Paris en 1832, (fin du roman vers 1838).
Le cinéma s’empare très tôt du sujet, c’est déjà le cas en 1907. Le temps du muet ne lui donne pas vraiment de succès remarquable, la plupart des films tournés sont retombés dans l’oubli populaire. Les Américains tentèrent aussi de l’adapter, mais c’est malgré tout un roman franco-français, difficile d’en transcrire la philosophie dans une culture par trop différente. Comme le roman est avant tout composé de mots et de phrases plus que d’images, le cinéma parlant va permettre de l’approcher sous un autre angle. La première adaptation remarquable, et peut-être n’a-t-elle jamais été surpassée, est celle de Raymond Bernard en 1934. C’est aussi le premier à réunir une pléiade d’acteurs qui sont pour certains déjà des vedettes. Jean Valjean est Harry Baur, l’un des plus grands acteurs de cette époque. Javert apparaît sous les traits de Charles Vanel, il n’est pas le plus féroce des Javert. Jean Servais, acteur de premier plan en devenir, est Marius. Charles Dullin, célèbre dans les milieux du théâtre est Thénardier, avec Marguerite Moreno dans le rôle de sa femme. Florelle est Fantine et Orane Demazis, toute auréolée par la fameuse trilogie de Pagnol, Eponine. A noter aussi un comédien presque débutant qui avait travaillé avec Max Linder, Roland Armontel. Il deviendra par la suite un de ces très bon seconds rôles du cinéma français. Il y a encore Emile Genevois en Gavroche et Robert Vidalin, Enjolras.
Le mise en scène majeure suivante est celle de Jean-Paul Le Chanois en 1958, c’est celle-ci que je vais mettre en évidence un peu plus loin, mais voyons encore deux adaptations suivantes.
Robert Hossein tenta en 1982 avec une certaine réussite de se mesurer à l’oeuvre de Hugo, en la respectant assez fidèlement. Il en existe une version cinéma et une version télévision un peu plus longue. On y remarque quelques acteurs connus, mais le rôle principal est emmené par Lino Ventura. Il nous présente un Jean Valjean très crédible, un rôle à sa mesure pour cet acteur inné. Clin d’oeil à la version de 1958, Fernand Ledoux qui y interprétait Monseigneur Myriel, cède le rôle à Louis Seigner, mais devient Monsieur Gillenormand, l’oncle de Marius.
Josée Dayan tenta en 2000 de donner sa vision du roman pour la télévision. Gérard Depardieu s’y colla pour Jean Valjean. C’est une des longues adaptation pour l’écran. De toutes celles que j’ai vues, c’est celle que j’ai le moins aimée, sans toutefois la détester. Je dirais presque que par certains côtés, je ne retrouve pas toujours l’essence du roman original. Au niveau des acteurs, à l’exception de John Malkovich, je trouve qu’il ne décollent pas vraiment sur l’écran.
Mais revenons à la réalisation de Jean-Paul Le Chanois, sortie en 1958.

De toutes les versions qui existent, c’est celle qui contient le plus d’acteurs de renom. Après la guerre, Jean Gabin a changé de registre, il ne peut plus guère jouer les jeunes séducteurs, et se reconvertit en homme d’âge mûr. Sa carrière est entre hauts et bas, il n’a plus la chance de tourner avec des réalisateurs qui le firent apparaître dans une suite de films qui sont pratiquement tous reconnus aujourd’hui comme des chef-d’oeuvres. Même si sa carrière marque le pas, il n’en reste pas moins une star et son talent est toujours présent. Avant d’apparaître dans Les Miserables, au moins deux films amorcent un retour au premier plan, « Ne Touchez Pas Au Grisbi » en 1954 et « La Traversée De Paris », 1956. Sa interprétation de Jean Valjean va le propulser au sommet de ses succès personnels, il sera le film de toute carrière qui attirera le plus de spectateurs. Le choix d’accepter ce rôle n’est pas facile, le personnage est un des plus célèbres de la littérature française, il confine au sacré. Il y sera pratiquement parfait et beaucoup de gens mettront la binette de Gabin sur celle de Jean Valjean, si d’aventure ils repensent au personnage. L’habilité de réalisateur sera de confier les rôles principaux à des acteurs de premier plan, capables de se hisser à la hauteur de l’acteur principal, presque à lui voler la vedette.

L’autre omniprésent personnage du roman est bien évidemment Javert. Bernard Blier, acteur formé a bonne école, arrive à imposer un Javert détestable, qui n’a que la loi comme pensum. Cinglant, acharné, rancunier, mais qui ne résistera pas à la morale de pacotille qui lui sert d’armure. Elle s’effritera face à une justice qui n’est pas écrite, mais qui est incarnée par un juste qui s’est égaré un temps sur les chemins de traverse. Il ne pourra pas surmonter ce qui pour lui est un déshonneur, ne pas appliquer la loi telle qu’il la conçoit. Bourvil, acteur toujours capable de changer de registre avec aisance, est un parfait Thénardier. Fripouille avide d’argent, lâche, faux-cul, il tient tellement bien son personnage qu’il nous le fait détester, on a presque envie de cracher contre l’écran. Sylvia Monfort reste à mon avis la plus inoubliable Eponine du cinéma. Elle alla jusqu’à adapter sa gestuelle et ses regards sur la description qu’en fit Hugo dans son texte. Bien que sa carrière fut surtout théâtrale, elle perce assez facilement l’écran dans les quelques films où elle apparaît. Une bien belle et très grande actrice, un physique à part, dont on peut aussi être charmé par la voix. Pour le Marius qui n’a rien à voir avec Pagnol, Giani Esposito trouve là le rôle qui lui donnera sa petite part d’éternité, c’est un acteur aux geste mesuré, un poète devenu acteur ou l’inverse. En parlant de Marius on ne peut pas passer sous silence celle qui est la personne centrale du roman après Valjean, Cosette, celle par qui tout arrive, qui fera de Jean Valjean un père par procuration et celle pour qui il deviendra un protecteur au détriment de son propre bonheur. Beatrice Altariba qui l’incarne, est une des actrices du film  dont on se rappelle le moins le nom. Paradoxalement, elle est une des seules personnes figurant au générique encore en vie actuellement, avec celui qui incarne le moins complexé des personnages du roman, Gavroche, sous les traits de Jimmy Urbain. Danièle Delorme, très populaire actrice à la longue carrière, joue avec un certain bonheur la pauvre Fantine, mère de Cosette. Le bouillant révolutionnaire Enjolras, est une belle suite dans la carrière de Serge Reggiani, commencée vingt ans auparavant avec quelques apparitions dans des films célèbres. Dans le reste de la distribution, il y a encore quelques acteurs dans des rôles plutôt secondaires, mais qui jettent leur ombre sur les pages du roman. Fernand Ledoux, qui fut cocufié par Gabin vingt ans plus tôt dans « La Bête Humaine » est Monseigneur Myriel, l’évêque qui avait choisi de vivre comme les pauvres et qui sera à l’origine de la métamorphose de Jean Valjean. Lucien Baroux, le truculent acteur et homme de théâtre est Gillenormand, l’oncle de Marius. Fâché avec le père de Marius incarné par jean Murat, héros Bonapartiste sans le sou, il recueille son fils. Même s’il est un vieux bourgeois riche, à la répartie facile et trousseur de jupons invétéré, il est un des rares personnages sympathiques du roman. Fâché avec Marius qui l’a quitté pour aller à la rencontre de ses idées révolutionnaires, il sera le premier à être dans tous ses états, quand Jean Valjean le ramènera grièvement blessé des barricades après sa longue traversée des égouts. Il ne pense pas un seconde à lui faire payer sa conduite, trop heureux de retrouver un fils d’emprunt qu’il aime comme le sien. Dans l’épisodes des barricades, on remarque aussi Marc Eyraud, qui deviendra l’incontournable inspecteur Ménardeau, adjoint de Cabrol dans « Les Cinq Dernières Minutes ».

La réalisation du film nécessita d’énormes moyens financiers et autres. La reconstitution en décors des faubourgs Saint-Antoine et du Marais ne fut pas la chose la plus aisée. Il ne fallut pas moins de 10000 costumes pour les acteurs et figurants. Un partie des intérieurs fut filmée en Allemagne, près de Berlin. Mais bon nombre de scènes furent tournées dans le Paris réel et décors naturels quand cela était possible. Initialement, le film devait durer plus de cinq heures, mais on constate que c’était trop long. Le réalisateur refusa d’abord, mais ramena la durée à trois heures, en deux époques. Il serait très intéressant de savoir ce que sont devenues les scènes manquantes. Non seulement le film fut un grand succès en France avec le record de nombres d’entrés avec près de huit millions de spectateurs pour 1958, mais en Union Soviétique, il fit trois fois mieux.

Pour ma part je reste fidèle et resterai toujours fidèle à ce film et à cette version. Il fait partie des films que j’ai vus et revus. Tout d’abord, parce que je crois que c’est une des plus belles histoires de la littérature française, ensuite parce que c’est une histoire qui fouille l’inconscient du spectateur, et même si l’on n’a pas lu le livre, cette réalisation nous en livre l’essentiel de sa beauté. La très belle musique du générique nous ouvre les portes du monde de Victor Hugo.

Victor Hugo disait dans son livre :

“Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles.”

Note :

Il est navrant de constater qu’il faille se rabattre sur un DVD publié en Espagne pour obtenir ce film, qui figure pourtant dans les 600 meilleures ventes DVD d’Amazon. On se demande qourquoi René Chateau qui l’avait publié en 2000 n’a pas jugé bon de le rééditer (raison de droits ?), alors que d’insignifiants navets se trouvent toujours au catalogue, heureusement à côté d’oeuvres qui feront la joie des cinéphiles.

Le générique avec les rôle principaux.

  • Jean Gabin : Jean Valjean/Champmathieu
  • Bernard Blier : Javert père et fils
  • Bourvil : Thénardier
  • Giani Esposito : Marius Pontmercy
  • Elfriede Florin: La Thénardier
  • Silvia Monfort : Éponine
  • Béatrice Altariba : Cosette
  • Martine Havet : Cosette enfant
  • Danièle Delorme : Fantine
  • Jimmy Urbain : Gavroche
  • Isabelle Lobbé : Azelma
  • Fernand Ledoux : Monseigneur Bienvenuë Myriel
  • Serge Reggiani : Enjolras
  • Lucien Baroux : Monsieur Gillenormand
  • Jean Murat : le colonel baron Georges Pontmercy

Quelques scènes du film

L’arrivée chez Monseigneur Myriel

Scène avec Fantine accusée par Javert

Le suicide de Javert

La fin du film

Bernard Blier raconte une anecdote sur le tournage vers 6’30

Sources Gallica, BNP, DP