Des chansons qui se vendent par millions (2)

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Dans la liste que je vous présente, je m’en tiens à une liste qui va jusqu’à la fin des années 60, tout en ne tenant compte que des chansons que l’on peut classer rock and roll, variétés, ou pop dans l’ordre décroissant de leurs ventes. J’indique l’année de leur enregistrement.

Scott McKenzie – 7 millions (1967)

Roy Orbison – 7 millions (1964)

Georgie Fame – 7 millions  (1967)

Ricky Valence – 7 millions (1960)

The Archies – 6 millions (1969)

The Beatles – 6 millions (1964)

The Champs – 6 millions (1958)

Jerry Lee Lewis – 6 millions (1957)

Elvis Presley – 6 millions (1956)

Millie- 6 millions (1964)

1910 Fruitgum Company – 5 millions (1967)

The Beatles – 5 millions (1963)

The Bee Gees – 5 millions (1967)

Engelbert Humperdinck – 5 millions (1967)

Avant le hit

Quelques artistes décrochent la timbale et se font connaître mondialement pour un succès et quelques uns poursuivent un carrière qui s’étale sur des décennies. Parfois premier disque, premier succès, mais ce n’est de loin pas toujours le cas, Il faut dans certains cas passer par quelques galères avant d’y arriver et même changer de nom ou remanier une formule qui ne marche pas. Nous allons pister quelques personnages qui sont définitivement entrés dans l’histoire pour un tube célèbre ou une affiche qui marque leur nom en grosses lettres pour un bout d’éternité.

Scott McKenzie restera pour avoir crée ce que l’on considère un peu comme l’hymne des hippes, « San Francisco ». Ce n’était pas son coup d’essai. Pour un autre label, il enregistra quelques titres. En voici un datant de 1965.

Status Quo, des incontournables depuis 50 ans. Mais avant de trouver ce nom à formule magique, il enregistrèrent trois 45 tous sous le nom de Spectres, sans aucun succès. Voici un extrait de ces tentatives infructueuses.

Les Stooges et plus particulièrement Iggy Pop tout le monde connaît, il a même des fans chez des jeunes dont les parents n^étaient pas encore nés quand il se manifesta musicalement pour la premières fois. C’était en 1964 au sein d’un groupe nommé les Iguanas dont il était le batteur. Voici ce premier essai, une version de « Mona » de Bo Diddley. Maintenant vous savez pourquoi on surnomme Iggy Pop « l’iguane. »

Procol Harum est une valeur sûre depuis « A Whiter Shade Of Pale », mais l’histoire du groupe commence quatre ans avant avec une série de 45 tours dont le premier fut un très minime modeste succès sans lendemain, une version de « Poison Ivy » des Coasters. La formation restera pratiquement inchangée entre les débuts et le succès.

Voici une des moutures de Depp Purple, avec Rod Evans et Ian Paice de la formation originelle. Un disque très 1967, un an avant le grand envol.

Du point de vue succès, Slade est un acte majeur des années 70, mais leur histoire comme en réalité en 1965 sous le nom de In-Betweens avec notamment une reprise du fameux « Take A Heart » des Sorrows. Disque très rare et recherché par pas mal de collectionneurs.

Rod Stewart est ce que l’on peut appeler un star. Mais le parcours fut assez long pour le devenir. Un petit 45 tours de départ enregistré en 1964. A part cela, c’est un très bon disque même si c’est une reprise.

Même problème pour Joe Cocker, bien qu’il devinne vedette plus rapidement que le précédent. Pour tenter de percer, la reprise d’un titre des Beatles « I’ll Cry Instead », vocalement plutôt bon. Ironie du sort, si ce disque ne marcha pas, c’est avec une autre chanson des Beatles « With A Little Help From My Friends » qu’il entra dans le vedettariat.

Barry Ryan sera éternellement remémoré pour son tube « Eloise » et aussi un ou deux autres. Ses débuts furent assez modestes, il formait un duo avec son frère jumeau Paul. La formule ne marchant pas, Barry se concentra sur le chant et Paul sur la composition. Ainsi vint le succès. Voici une de ces premières tentatives qui ne connut pas vraiment de retentissement, même si cela fut filmé pour la télévision.

Simon and Garfunkel sont universellement connus depuis 1965, mais c’est en 1957 qu’ils se manifestent pour la première fois sous le nom de Tom et Jerry et sous la forme d’un disque « Hey Scoolgirl ». Ce fut un succès très mineur dont seuls le mordus se rappellent.

Scott Walker est aujourd’hui un crooner très respecté, le seul dans un style qui ne doit rien à ses prédécesseurs. Musiques intimes et parfois tourmentées sont le lot. Il se fit connaître en 1965 avec les Walker Brothers, les nouveaux romantiques comme on les appelait, un véritable aspirateur à minettes dans lequel sa belle voix faisait merveille, entourée de magnifiques arrangements. Il entama véritablement sa carrière de crooner en 1967 et en mettant en lumière quelques chansons de Jacques Brel qui rencontrèrent quelques succès partagés avec des chansons plus axées sur le style crooner à la Tony Bennett. A la fin des années 50, alors à peine adolescent, il fit plusieurs tentatives infructueuses, où l’on retrouve l’influence de Ricky Nelson avec un mélange de rock and roll. Il connaîtra un avant goût du succès en 1962 avec les Routers et leur fameux « Let’s Go » dont il était le bassiste. Mais le voici sous sous son vrai nom Scott Engel et une chanson en rock and roll fin années 50

Pour changer on va faire un petit tour en France avec un chanteur qui fut adulé plus tard, mais qui galéra passablement avant de parvenir au sommet. Il s’agit d’Alain Bashung qui s’écrivait Baschung à ses débuts. A cette période, il avait plus de chance comme compositeur puisqu’il composa un hit pour Noël Deschamps « Oh La Hey ». Il ne fut pas complètement ignoré comme interprète, mais personne ne fredonnait ses chansons dans la rue. Voici une chanson de son époque galères et c’est plutôt bien fait.

Des chansons (im)mortelles

Les death songs, ainsi que les anglophones les appellent, sont des chansons qui parlent de la mort. Nous avons aussi cela en français, « Le Moribond » de Brel ou « L’Homme A La Moto » de Piaf en sont deux exemples. On trouve dans cette catégorie des chansons qui parlent plus spécialement la perte d’un être cher. Ce thème revient quelquefois dans les chansons de teenagers années 50 ou 60. Certaines sont même encore dans toutes les oreilles. Nous allons spécialement en revisiter quelques unes dans une optique années 50 ou 60 et en donnant la préférences aux versions originales, certaines furent aussi des succès en France, via le chemin des adaptations. Un bref descriptif présente chaque chanson.

C’est une des plus anciennes du genre que je connaisse, datant de 1955 elle est le fait d’un combo noir dans le style doo wop. Elle est sinistre à souhait, on a même rajouté des pleurs vers la fin. Même si vous la découvrez maintenant, elle est relativement connue et a été reprise ici et là. C’est l’original et sans doute la meilleure version.

Voici la version originale du succès d’Edith Piaf  « L’Homme A La Moto », enregistré en 1955 pat les Cheers. C’est la chanson type du motard qui élève sa machine à la hauteur d’une déesse.

Une qui revient souvent dans les oldies, le sommeil éternel de Jody Reynolds

Un grand succès au tournant des années 50/60 encore dans beaucoup de mémoires. (Adapté en France par Richard Anthony). Repris notamment en France par Vince Taylor.

Nous parlions dans un post précédent des Tornados, de « Telstar », et du fameux producteur Joe Meek. Eh bien voici une de ses productions précédentes, la première qui cartonna en 1961 en se classant à la première place du hit parade anglais. C’est du beau travail qui suscite encore pas mal d’admirateurs aujourd’hui. L’interprète, John Leyton, est aussi acteur. On peut le voir dans « La Grande Evasion » avec Steve Macqueen. (Adapté en France par les Chats Sauvages)

Un des succès de Pat Boone dans ce style. Version française Johnny Hallyday

Le surf a aussi ses moments morbides, le célèbre duo Jan & Dean copie carbone des Beach Boys.

Une des plus célèbres de la série, encore un de ces trucs mis en note par un producteur de géniem George Morton. Mais oui c’est la fameuse version originale du « Chef De La Bande »  qui fit les beaux jours de Franck Alamo. En passant vous verrez dans le clip où Amy Winehouse s’inspirait pour ses coiffures, elle ne s’en cachait d’ailleurs pas.

Twinkle  passa assez rapidement dans le monde du succès avec sa composition personnelle « Terry ». A l’apogée de sa carrière elle était encore adolescente, mais fut quand même la petite amie de Brain Jones des Rolling Stones et Peter Noone, le Herman des Herman’s Hermits. Dans son titre fétiche c’est Jimmy Page, alors musicien de studio, qui tenait la guitare. Elle est décédée d’un cancer en 2015. Version française Claude François.

Jimmy Cross est un chanteur américain peu connu, mais il apparaît avec sa chanson « I Want My Baby Back » dans une fameuse compilation avec comme but de présenter les pires chansons jamais enregistrées. Le disque était fourni avec un sac vomitif, c’est dire. En fait ce n’est pas si mal foutu que ça, c’est voulu comme une parodie des chansons funèbres, et puis c’est assez rigolo. Et puis chose qui fera sans doute plaisir à notre régulier commentateur Cooldan, l’histoire commence sur le chemin du retour après un concert des Beatles. Les groupe anglais Downliners Sect en fit une version. Il en existe même une adaptation française par l’ancien Pirate jean-Pierre Orfino.

A propos des Downliners Sect, je n’en parle pas souvent mais c’est un de mes groupes préférés, les voici justement dans une chanson du cru

Trucs « secondaires » qu’il m’arrive d’écouter

Dans les titres un peu secondaires de certains artistes, il m’arrivait souvent de les écouter presque autant que les autres titres. Parfois des faces B étaient plus intéressantes que les titres en vue. J’en ai repêché quelques uns.

Les Moody Blues  en 1966, sur le troisième EP français.

Ce qui est toujours marrant avec les Beatles, c’est que des trucs rangés au fond d’un album, auraient bien pu devenir des No 1. Un très vieux truc que j’aime toujours.

De même pour les Rolling Stones, c’est aussi ma préférée toutes époques confondues

Les Kinks, elle figurait sur le EP français de 1966 avec « Dandy » en titre principal. Toute la beauté des compositions de Ray Davies. Cette chanson est dédiée à la soeur de Ray, partie vivre aux antipodes.

Le groupe Mardi Gras, face B de leur hit en 1970. Un slow géant!

C’est tout aussi beau que la face principale que était « Venus »

Du lourd, les Yardbirds avec Clapton à la guitare, live en 1964. Ils avaient un sacré son

Une des faces B les plus connues de Tom Jones, une grande voix

Small Faces, celle-là je l’adooooore!

Un truc français pour changer, le tout premier disque de Christophe en 1964, un blues excellent

Il y a quelques musiques de film que j’aime bien. En voici deux très différentes. Tout d’abord celle du « Monocle Rit Jaune », un thème de jazz composé par Michel Magne, comme quoi le jazz est à mon avis le style qui convient le mieux aux films policiers ou d’espionnage.. Le suivant, c’est le musique du générique des « Misérables », version 1958 avec Jean Gabin, la meilleure à mes yeux. La composition de Georges Van Parys est une belle introduction au film, c’est très intense.

 

L’évangile en nylon de Jean ou le retour à l’école.

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Jean est un de ces visiteurs qui passait par-là. En lisant son commentaire, j’ai tout de suite pensé qu’il avait quelque chose à dire, et même qu’il était de ma génération. Il y a des mots qui ne trompent pas, un adolescent d’aujourd’hui ne va pas regarder un film de Tarzan comme nous le faisions dans les années 60. J’avais parlé dans un article de la relation entre l’âge et le bas nylon. Cela n’apparaît que pour les anciens, mais eux savent que la manière de contempler un bas nylon a  bien changé au cours des ans.

J’en profite pour publier son commentaire, l’abandon progressif du bas pour le collant, vous verrez qu’il abonde dans mon sens.

Oui, ce que vous dites est rigoureusement exact; en tant qu’adolescent parisien passionné (le mot est encore trop faible), j’ai fait maheureusement les mêmes à l’époque; c’est un premier tournant, un premier recul de civilisation qui sera suivi d’une second trente ans plus tard, avec la généralisation du pantalon. L’obscurantisme féministe avant l’obscurantisme islamiste.

En effet, vous faites bien de souligner cette différence entre nous, les plus anciens, et les jeunots de moins de soixante ans; car pour nous, le bas est inséparable de nos premiers émois sexuels, quand bien même les vraies relations sexuelles n’ont pu se réaliser pour certains que beaucoup plus tard, la lisière du bas était la frontière qui nous séparait de la condition de l’homme, du vrai, au moins est-ce ainsi que nous l’imaginions… Et chez tout un chacun, ce sont ces premiers émois, par leur violence et leur mystère, qui marquent à jamais, qui nous amènent sans cesse à évoquer en nous mêmes – et exceptionnellement avec d’autres – le paradis perdu. Robes, talons, parfums, bijoux.. Au sommet de cette pyramide d’accessoires qui contibuaient à construire notre admiration angoissée de la féminité trônait le bas, indépassable merveille ! Que peuvent réllement comprendre à cela ceux qui n’ont pas eu la chance de vivre leur puberté à cette époque, qui n’ont pas acquis le réflexe d’épier, d’espérer à tout instant un croisement de jambes, une montée d’escalier, ou l’ouverture d’une portière de voiture, de celles surtout qui s’ouvraient vers l’avant (la bonne vieille Deuche, je parle des anciennes versions…). Mais où étaient donc les principaux lieux de notre veille incessante ? La maison restait bien sûr un lieu tabou, et quelque peu démystifié, mais à part la rue, c’est bien l’école, le collège ou le lycée où nous passions le plus clair de notre vie..

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Ah l’école, voilà bien le lieu que nous avons tous fréquenté par obligation. Il y avait les copines de classe, il y avait surtout l’institutrice, pour ceux qui ont eu la chance d’en avoir une. Chance? Quelle soit du style acariâtre ou douce dame, c’était très souvent l’occasion d’avoir une vraie femme, à part la mère, de longues heures sous notre oeil observateur. Personnellement, j’en ai eu deux, pour une période de 2 fois 2 ans. Je ne suis jamais tombé secrètement amoureux de l’une ou l’autre, mais j’imagine qu’il n’en a pas été de même pour tous, comme le chante Eddy Mitchell dans sa chanson, peut-être une histoire vécue. Si je ne suis pas tombé amoureux, il y a de bonnes raisons à cela. Les deux n’étaient pas tellement du style canon, l’une proche de la retraite et l’autre d’un âge bien avancé pour moi alors, la quarantaine pour être précis. Pourtant, il y avait un détail qui m’intéressait plus que le reste, les jambes. Bien évidemment, ces dames portaient des bas, la jupe ou la robe était de rigueur, alors imaginez tout le profit que j’ai pu en tirer, le spectacle était continuel. Si je m’analyse mentalement ce n’est pas ces deux dames qui me branchèrent sur la chose. Mais je peux dire qu’elles assurèrent une belle continuité et même en quelque sorte le couvercle de la marmite dans lequel cuisait ces délicieux bas, n’en fut que plus souvent soulevé.

Sur une idée de Jean, je vais lancer une rubrique consacrée à nos maîtresses d’école. Il l’alimentera à sa manière, mais pour ne pas être en reste, je vais ouvrir le feu avec mes souvenirs personnels. J’espère que cela incitera d’autres à m’envoyer leurs propres souvenirs de ces dames qui maniaient instruction et bas nylons.

J’ai commencé l’école à la fin des années 50. Je me souviens assez bien de premier jour, où sous la conduite de maman, nous allions vers ce lieu encore un peu mystérieux, l’école. Je n’étais absolument pas angoissé de ce changement de vie, je crois qu’une grande curiosité m’apportait un calme olympien et j’avais même une certaine impatience de commencer. Je ne sais pas ce qu’il en était de mes camarades, confrontés aux mêmes ressentiments. Les citer tous nommément est mission impossible, j’en revois encore mentalement une douzaine, dans la réalité trois ou quatre qu’il m’arrive de croiser. Ah ils ont bien changé, vieillis, des cheveux gris ou presque blancs, même plus beaucoup de cheveux du tout. Quelques uns sont déjà partis pour le grand voyage, ainsi va la vie. Ma première maîtresse, quand j’emploierai ce terme il s’agira bien évidemment de celle d’école, fut une certaine dame que j’appellerai Arlette. Elle était la femme d’une sorte d’huile locale, un de ces messieurs qui sont impliqués un peu dans tout, personnages incontournables mais pas indispensables. C’était le vrai milieu de très petite bourgeoisie.
Physiquement elle avait les traits d’une femme qui avait du être assez jolie dans sa jeunesse, son point faible étant une dentition en bon état mais à l’aspect inégal, ce qui rendait son sourire peu enjôleur. De plus, elle était méchamment myope avec des lunettes en fonction, sans doute très design pour l’époque, mais un rien ridicules aujourd’hui. Elle arborait un chignon bien rond sur la tête, représentant la notion du cercle parfait, toujours entouré d’un ruban en velours. Son tenues étaient assez classe, branchées sur la mode des années 50 avec robe et crinoline, Brigitte Bardot était quasiment un mythe à cette époque. Bien sûr elle portait des bas, une maîtresse avec les jambes nues était quelque chose d’impensable, je l’ai toujours vue porter des bas sans couture avec le talon renforcé, dans des tons absolument classiques, couleur chair. Ce quelle portait dessous reste bien sûr un mystère, mais nous savions qu’elle portait un corset suite à une chute qui lui avait endommagée la colonne vertébrale. Alors on peut imaginer le reste, bien qu’une ou eux fois j’ai vu la lisière de ses bas suite à un vent coquin qui prenait un malin plaisir à soulever sa robe. Pendant les deux années que j’ai passées avec elle, je dois dire honnêtement que je ne préoccupais assez peu de ce qui se passait sous les jupes, j’avais certainement quelque intérêt, mais sans plus. 

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Madame Marthe fut la seconde, elle était ce que l’on appelait une vieille fille, aujourd’hui on dirait célibataire, d’une douzaine d’années plus âgée que la précédente, bien qu’elle lui ait survécu d’une dizaine d’années. Elle avait vraiment une vocation d’enseignante et je dois admettre qu’elle savait bien y faire. On en avait un peu la trouille, car elle était réputée pour sa sévérité. Sûrement plus soupe au lait que sa collègue, elle piquait des colères où pendant un instant on avait l’impression de voir un cheval hennir. Mais plus que l’autre elle savait aussi sourire. Physiquement elle était assez quelconque, cheveux gris, elle arborait aussi un chignon, mais derrière. Son habillement était plus strict, mais pas sans une certaine recherche dans la qualité, je dirais style anglais. Elle mettait toujours un foulard autour du cou dans la rue. La plupart du temps, elle portait des bas à coutures, c’est une des dernières personnes que j’ai vu faire cela régulièrement à cette époque. C’est dire que j’ai pu contempler ce genre de bas pendant des heures entières, sans jamais penser plus loin. Elle n’était pas non plus le genre de maîtresse dont on pouvait tomber amoureux. Un intérêt plus prononcé commencera l’année suivante en changeant de classe et avec mes copines de classe qui commençaient à porter des bas. Mais cela, je l’ai déjà raconté ailleurs dans mon blog.

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Il est certain que pour nous les amoureux du bas, avoir vécu cette période constitue un retour à l’âge d’or dans nos souvenirs. Habitant un petit village, j’ai certainement eu moins d’occasions que si j’avais habité une grande ville. L’avantage de cela, c’est qu’ils me sont restés marqués de manière précise et à jamais. C’est un film sur lequel, comme au cinéma, on ne se concentre que sur le héros, ici le bas. Parfois tout le reste est dans une sorte de brouillard qui ne veut plus se dissiper, mais j’imagine que c’est cela qui aide les meilleurs souvenirs à faire de beaux souvenirs.

Bettie Page, la pin-up éternelle

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Bettie Page, on l’a tous vue, on la reconnait, mais on ne sait pas vraiment qui elle est. Elle incarne plus que tout autre, l’idée de la pin-up idéale, celle dont on se sert de modèle. Elle l’est parce qu’elle vient d’un autre âge, un monde différent du nôtre, avec son mode de vie, son regard d’alors. On ne fabrique plus maintenant une bombe sexuelle avec les mêmes ingrédients, on ne se pose plus les mêmes questions pour y parvenir. Devenir une pin-up dans les années 40 ou 50 est un chemin qu’il faut paver, on a peu ou pas de références, il  faut créer du neuf, partir de presque rien. La dame d’aujourd’hui qui veut l’imiter, doit prendre en considération des choses en plus. Pour reproduire l’original, il faut faire entrer dans son jeu des accessoires qui existent toujours mais qui ont subi l’altération de l’évolution du temps. Prenons une simple paire de bas, on imagine pas un bas en fausse couture tenu par des jarretelles en plastique. Au temps de sa splendeur, elles étaient en métal, les véritables bas à coutures étaient fabriqués au kilomètre, le soutien gorge était plus porte obus que décoration utile. Une imitatrice qui n’est pas consciente de cela se paiera certainement un bide devant les spécialistes. Bien sûr, on est pas obligés de reproduire dans tous les détails, on peut s’inspirer de, mais c’est toute la différence entre un sirop fait maison et un mélange fabriqué industriellement. C’est pourquoi je pense que consciemment ou inconsciemment, elle est tant encore présente dans l’imaginaire comme le modèle parfait.

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Dans les années 30, à l’heure ou l’Europe se dévergonde gentiment avec des spectacles plutôt aguichants, l’Amérique est couverte d’un voile de pudibonderie. On peut renverser un Noir avec sa bagnole, le ramasser et le mettre dans son coffre sans que personne ne trouve cela choquant ou fasse un geste pour intervenir. Si je parle de cette scène, c’est qu’elle a été vue à New York par mon père, alors résident américain. Par contre, montrer une paire de seins peut vous conduire en prison ou provoquer un scandale. Comme dans tout interdit, l’odeur de la bravade n’est pas en reste dans certains coins plus ou moins recommandables. Le fric n’y est pas étranger, passer outre un interdit lui donne encore plus de valeur au marché des changes. Un de ces interdits est justement la publication de toutes sortes de photos, films, spectacles, qui n’ont rien à voir avec Charlot qui lance des tartes à la crème. Il existe un peu de tout dans ces exhibitions de spectacles qui se déroulent habituellement entre quatre murs et dans l’intimité d’un couple. A l’échelle des moeurs du moment, cela va de la pornographie au dévergondage le plus abject, quand on sait que certains états interdisent, sans rire, la sodomie. Ce qui nous donne en langage courant, érotisme et pornographie. Cela s’achète sous le manteau ou sous le comptoir au titre de photos ou films artistiques en clignant bien de l’oeil à l’adresse du vendeur. C’est dans ce contexte mouvant que Betty Page deviendra une authentique star, en gommant le côté sulfureux des images un peu trop crues, mais en les suggérant à sa manière. On fait travailler l’imagination, ça c’est permis, bien que cela lui vaudra quelques ennuis malgré tout. Certains ont l’imagination plus fertile que les autres et si en plus on est homme de loi, aie!

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Bettie Mae Page est née en 1923 dans une famille de 6 enfants. Dans cette course à la natalité, elle arrive seconde. En tant que fille, la libération de la femme est encore loin, elle devra s’occuper du ménage et de la marmaille. Ses parents ne sont pas un couple idéal, ils divorcent quand elle a 1o ans. Elle continue de vivre avec son père qui finit en tôle, ayant la main un peu trop  lourde et pas seulement la main. Avec ses deux soeurs, elle fera un séjour à l’orphelinat. Durant son adolescence, elle s’intéresse aux icônes féminines de l’époque en se coiffant comme elles  et se met à coudre et confectionne des vêtements. Par la suite, ses costumes seront ceux qu’elle a conçus pour une bonne part. Cela aura une incidence sur son futur. Elle est loin d’être cancre dans les écoles qu’elles fréquente et termine ses études presque brillamment en 1940. Elle pense un temps devenir enseignante, mais rêve aussi à une carrière dans le cinéma. Il faut dire qu’elle est plutôt jolie. Selon les canons de l’époque, elle est mince tendance plus et possède un corps bien en formes. Elle gagne sa vie comme dactylo. En 1943, elle se marie avec un copain de classe juste avant qu’il  soit enrôlé dans l’armée. Ils divorcent en 1947. Cela aura aussi une grande incidence sur la suite de sa vie. De San Francisco en passant par Nashville et Haiti, elle finit par arriver à New York. En 195o, elle rencontre un officier policier qui lui servira de détonateur. Intéressé par la photographie, il l’engage comme modèle et constitue ce qui sera pour elle son premier portefeuille de pin up, on imagine qu’il est très sage. Un peu partout, il existe des studios qui font de la photographie artistique de manière officielle et de des photos un peu plus salées de manière officieuse, c’est la photo glamour qui tisse son vintage.

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Bettie Page a un avantage, elle a un sens de la pose et n’est absolument pas intimidée par l’objectif. Elle posera pendant cinq ans pour Irwing Klaw, un photographe qui vend son matériel par correspondance, et ma foi, il a une assez nombreuse clientèle. Ce sera sous sa houlette qu’elle deviendra renommée dans une spécialité un peu plus salée, les scènes de bondage et de fétichisme. Avec lui, on va encore un peu plus dans la suggestion, un sorte de carrefour qui conduit vers une sexualité plus crue, plus déviante. Tout à fait le genre, après vous faites ce que vous vous voulez.  Le visage de Bettie Page deviendra connu de pas mal d’amateurs qui feront d’elle le modèle no 1 dans la spécialité, notamment  du côté de New York, lui apportant un notoriété certaine. Klaw la fait aussi figurer dans les petits films qu’il tourne avec les mêmes recettes. Elle prend des cours d’actrice, lui faisant décrocher quelques petits rôles mineurs sur scène et à la télévision, mais c’est assez oublié aujourd’hui. Klaw n’a pas de contrat d’exclusivité avec Page, cette dernière étant son propre agent, elle fera d’autres séances avec d’autres photographes comme Jan Caldwell. Elle devra à ce dernier ce que l’on peut considérer comme son plus beau titre de gloire, faire la page centrale de Playboy en janvier 1955, elle devient ainsi une Playmate. La même année, elle est élue « Miss Pinup Girl Of The World ». On la désigne aussi comme « Reine Des Courbes », « Ange Sombre ». La grande réussite de Page, c’est d’avoir traversé toute cette période en étant constamment présente sur les photos, dans les revues,  avec son rôle restrictif de pin-up. Elle n’a jamais figuré dans des scènes sexuellement explicites, le nu restant sa carte de visite la plus osée.  C’est un cas unique dans le genre.

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En 1957, des ennuis avec la justice lui reprochant ses photos de bondage, mettra un coup de frein dans son désir de continuer sa carrière. De plus, elle est frappée par une crise de mysticisme qui la feront entrer dans une secte d’obédience chrétienne en 1958. Elle se se remarie mais connaîtra une vie sentimentale assez agitée. Nouveau divorce en 1963. Remariage avec son premier mari, divorce suivi d’un dernier mariage en 1967, qui durera cinq ans. Pendant ces années elle devient une militante chrétienne et collabore avec un prêcheur.  Le reste de sa vie reste assez obscur, on lui attribue des troubles mentaux qui la conduiront en séjour psychiatrique. Elle semble malgré tout avoir fini sa vie plus paisiblement, donnant quelques interviews, mais refusera de se laisser photographier afin que les gens gardent une image d’elle sans l’altération des ans. Elle meurt en décembre 2008, âgée de 85 ans.

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Pendant une vingtaine d’années, on semble l’avoir oubliée. La fin des années 70 seront propices à une redécouverte qui s’amplifiera au fil des ans. La manque de glamour de toutes ces années n’est pas étranger à cela. De timides compilations de ses photos voient le jour. Mais elle finissent par relancer le phénomène de belle manière. Dans les années 80, pratiquement aucun modèle féminin ne fait une quelconque référence à Bettie Page, on pourrait presque dire aucune n’est capable d’assumer ouvertement le potentiel érotique de son héritage. Les hommes n’en ont cure, à défaut de succession, on se concentre sur l’original, en rêvant. Il faudra encore patienter avant que ces dames s’y mettent. Quand elles voudront bien considérer, aidés par quelques modèles comme Dita Von Tease, que Betty Page est un excellent modèle quand on veut jouer la séduction, la jonction sera faite. L’avènement d’Internet y parviendra, on rivalise pour savoir qui sera la plus ressemblante. Et puis si on a pas exactement un physique ressemblant, on peut toujours admirer et porter des bas à couture, par exemple. C’est merveilleux!  Bettie Page  a fait de son vivant une carrière d’une petite dizaine d’années, mais maintenant elle est surtout partie vers une carrière éternelle.

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Le film – The Notorious Bettie Page (2005 – Canada). Réalisé par Mary Harron avec Gretchen Mol,  Chris Bauer, Jared Harris, Lili Taylor etc… En 2005, donc de son vivant, Betty Page aura droit à un film qui retrace sa carrière. Je suis toujours très sceptique devant ce genre d’aventures. Mais pour une fois, je dois reconnaître que c’est plutôt réussi. Les images sont artistiquement très belles, le noir et blanc alterne avec quelques passages en  couleur. J’avais vraiment l’impression de voir un film tourné il y a bien longtemps. Je n’ai pas vu d’anachronismes, genre un mec qui porte une montre digitale en 1955. On a même pas oublié les bosses des jarretelles sous la jupe d’une dame qui ne dévoile pourtant pas qu’elle porte des bas tout au long du film, soin du détail fidèlement reconstitué.  De plus l’actrice principale, Gretchen Mol, est très ressemblante à son modèle. J’imagine que l’histoire est reconstituée avec une vérité proche de l’historique. Certains personnages, un peu allumés sont bien tels qu’ils étaient à l’époque. Et puis, pour tous les amateurs de scènes en bas, elles sont très présentes, c’est de l’érotisme rétro en images très fidèlement reproduites. Je n’ai pas trop de peine à croire que la réalisatrice voulait laisser un témoignage de son admiration pour le sujet de son film. Je conseille vivement.

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Le trailer du film et des extraits photos

L’un de ces petits films coquins tourné en couleur

Cinébas au Texas

Les films qui se veulent presque des documentaires, tout en étant de la fiction, sont plutôt rares  quand ils avoisinent ce que l’on pourrait considérer comme un pur chef d’oeuvre. Si « American Graffiti » est plus les souvenirs de son réalisateur George Lucas, « The Last Picture Show (La Dernière Séance) » est tiré d’un roman de Larry McMurtry au même titre, dont l’auteur est aussi scénariste du film.

Nous sommes en 1951, dans une petite ville du Texas, Anarene.  Des événements s’y déroulent comme partout ailleurs, mais il ne s’y passe absolument rien. C’est une ville moribonde, agonisante par l’exode de ses habitants, attirés par les promesses des grandes ville. C’est la montagne de Ferrat, transposée dix ans avant dans une plaine du Texas. Par rapport à « American Graffiti », l’action se déroule une décennie plus tôt. Ici point de jeunes qui se défoulent sur des airs de rock and roll.  Ce n’est pas encore la révolution des idoles.

Nous faisons connaissance d’une bande d’adolescents entrant dans la vie d’adulte, qui expérimentent les rares plaisirs que l’endroit peut leur donner. Comble de malheur, le seul cinéma de l’endroit va fermer ses portes, ce qui donne le titre au film. Parmi les autres distractions possibles, il y a le football, conduire des bagnoles, faire les 400 coups et avant tout, les filles. Nous sommes à une époque où le sexe consiste surtout à connaître la chose par le bouche à oreille ou le ouïe dire. Pour une grande part, le recherche de ce plaisir encore inconnu pour les jeunes personnages du l’histoire, tant les garçons que les filles, accapare les pensées. On tire des plans sur la comète, on jalonne le terrain, quitte à faire un flop. Le garçons draguent et les filles se laissent draguer ou non. Nous suivons tous les petits faits et gestes des habitants de la ville, qu’ils soient l’aboutissement d’une conquête du sexe opposé ou le reflet de la vie de tous les jours. C’est en cela que le film est documentaire, mais on devine bien que tous les faits pourraient être réels et même qu’ils se sont produits dans un endroit qui pourrait s’appeler n’importe où. L’action du film est plutôt lente, mais même s’il n’y a pas un mort toutes les trois minutes, on suit avec intérêt les personnages, on se glisse même dans leur peau.

La reconstitution des décors, des habits, des attitudes, est très fidèle au contexte du début des années 50. Je n’ai pas vu d’anachronismes. Et puisque que nous sommes à un âge ou le collant n’était pas encore une torture pour la libido masculine, il y a des scènes en nylon, dont un  striptease du plus bel effet dans une piscine couverte.

Sorti en 1971, réalisé par Peter Bogdanovich en noir et blanc, le générique nous dévoile des noms d’acteurs plutôt débutants, mais en passe de devenir célèbres comme Jeff Bridges, Cybill Sheperd, Timothy Bottoms et pour les déjà confirmés, Ellen Burstyn, Cloris Leachman, Ben Johnson. Très bien accueilli en Amérique lors de sa sortie, on parle tout de suite de chef d’oeuvre, il est plus boudé en Europe. Mais c’est incontestablement un grand film, le genre qui traverse les saisons sans prendre une ride.