Un rockabilly tout en bas

S’il y a un style musical où l’on a de fortes chances d’apercevoir une paire de vrais bas, c’est bien le rockabilly alias rock and roll. J’en ai déjà parlé ailleurs, je ne vais pas trop y revenir dans les détails. Juste pour mémoire se rappeler que les puristes de cette musique adoptent en général les attitudes de la décennie qui vit l’avènement de cette musique, les années 50. Bagnoles, disques, looks, vêtements sont l’apanage visuel de ces nostalgiques. Il y a les vrais ceux qui étaient adolescents dans les années d’or et ceux qui se sont convertis, parfois une histoire de famille qui va du grand-père au petit-fils. Les filles ne sont pas en reste, si les jeans sont autorisés, les plus élégantes adoptent les crinolines et mettent très souvent bas et porte-jarretelles. Quand elles dansent, les robes se soulèvent et nous offrent le charmant spectacle de ces lisières de bas visibles un instant. J’ai toujours été un fan de cette musique, c’est même par cela que j’ai commencé, alors il m’en reste bien des souvenirs. Tout en fouillant dans les blogs, les sites, toujours à la recherche de l’ultime découverte en matière de rock and roll, j’ai en quelque sorte découvert les dessous de certaines affaires. Souvent par hasard, là ou je passais j’ai été charmé par le mélange de bas et de rock. Au fil du temps, j’en ai récoltés quelques uns pour en faire un résumé qui devrait plaire aux amateurs. Let’s Go!

Et puis il y a les vidéos, j’en ai sélectionné quelques unes. A vous de les décrypter, toutes celles que j’ai sélectionnées laissent apparaître une lisière de bas ici ou là, c’est le plaisir de la découverte. Parfois c’est bien visible, parfois un peu moins. Il y a aussi ce que l’on pourrait qualifier de vétérans du rock and roll, ce ne sont pas les derniers à bien danser et madame à porter des bas. Et puis vous serez obligés d’écouter la musique tout en faisant vos fouilles. C’est une manière de vous obliger d’écouter de la musique rétro si vous voulez voir des bas. J’espère que cela ne sera un supplice. Je suis sûr que la machine qui vous projetterait dans les années 50 vous rendrait la musique très supportable en sachant que sous toutes les robes se cachaient des bas et des jarretelles. Eh oui en ce temps là, les bas étaient véritables. Les certitudes d’une autre époque.

Une petite mise en scène lors d’un concert

Si les bas dégagent une sensualité qui n’est plus à prouver, un chanteur peut en faire de même. Le rock and roll dans ses débuts dégagea une odeur de souffre qui choqua les moeurs de l’époque. Elvis Presley était interdit de prise de vue en dessous de la ceinture. La relation entre l’idée de sexe et le jeu d’un chanteur sur scène est bien réelle, mais pas plus, sinon moins, qu’une image quelconque un peu érotique. J’ai retrouvé un document italien de 1962 que je n’avais jamais vu et qui parle du fameux Vince Taylor au jeu de scène pour le moins sensuel. Beau gosse, cuir noir, sensualité, je pense que les dames ne devaient pas rester insensibles à son charme un peu diabolique. Dans un autre registre, David Bowie n’a jamais caché qu’il lui avait servi d’inspiration pour Ziggy Stardust. Un chanteur de rock and roll qui a peu de concurrents dans le genre érotique. Il chante ici le fameux « Whatd’ I Say » accompagné de ses Play-Boys, dont le fameux Bobbie Clarke, un très grand batteur.

Chuck Berry, l’éternel !

S’il y a bien un mec dont j’ai écouté pratiquement toute la discographie, mais plus rarement lui-même, c’est bien Chuck Berry. Impossible d’y échapper, ses titres sont partout, il n’y a pratiquement pas un artiste dans la lignée rock and roll qui n’a pas un jour mis un de ses titres à son répertoire.

Alors pour faire autrement que les autres et lui rendre quand même hommage, je suis allé à la pêche aux souvenirs et retrouver ces versions qui avaient fait tilt dans mon esprit à l’époque et si possible dans l’ordre historique de leur apparition sur disques… en commençant par une chanson qu’il interprète mais qu’il n’a pas composée et une qu’il a composée mais qu’il n’a jamais enregistrée lui-même. 

Et la même en plus fameux…

 

Des dessous pour un siècle (15)

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Les années 50, c’est aussi la prise de conscience des mouvements sociaux, les premières forces de contestation prennent forme. Ils verront émerger un personnage qui deviendra une star, l’Abbé Pierre. Pourtant issu d’une famille bourgeoise, même s’il se consacre à la religion, il n’en garde pas moins un oeil critique sur la société et plus spécialement le pouvoir politique. Le terrible hiver de 1954 laisse sur le carreau de nombreux sans abris qui demandent de l’aide. Il fonde ce qui deviendra Emmaüs sur un simple principe, ce qui ne sert plus à un peut servir aux autres. Sur un plan plus abstrait, un genre de philosophie nouveau voit le jour, celle qui veut se démarquer de la société qui devient matérialiste par la force du progrès. Le roman « Sur La Route » de Jack Kerouac va devenir une bible du genre, qui aura ses apôtres dans les mouvements de contestations de la décennie suivante. Par dessus tout, c’est l’avèment des mythes. Qu’ils soient de cinéma, de rock and roll, la route est grande ouverte.

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Les Etats-Unis entrent pourtant dans une des pires époques de leur histoire avec un personnage qui peut incarner à merveille tout ce que ce pays peut avoir de détestable, le sénateur McCarthy. A ses yeux, tout ce qui n’est pas purement américain et gavé de bouffe industrielle est taxé de communisme. Hollywood est particulièrement visé, il est vrai que beaucoup de cinéastes sont plus ou moins des libres penseurs qui veulent pratiquer leur art comme ils l’entendent.

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C’est justement du côté de New York que le monde s’enflamme pour une culotte, celle de Marilyn Monroe. Première playmate du tout nouveau Playboy, elle est en train de devenir la femme qui hantera les rêves des hommes. On est en plein tournage de « Sept Ans De Réflexion », un film de Billy Wilder plutôt léger dans lequel la blonde allume un homme marié, Tom Evell. La fameuse scène où un courant d’air coquin soulève la robe de la star existe en deux versions, celle où l’on voit la culotte et celle où on ne la voit pas. Pour provoquer l’événement une campagne de presse a convié le public à assister au tournage de la scène. C’est donc devant des milliers de spectateurs que la fameuse robe se soulève laissant apparaître la culotte de Marilyn. On se régale, mais plus que les cinéphiles qui devront se contenter d’un courant d’air plus modeste qui soulève la robe en dessous de la culotte. On peut aussi imaginer une scène encore plus forte où l’on aurait entrevu des jarretelles et des bas. Mais la censure oblige à la prudence, on reste dans le domaine du raisonnable et tant pis pour les générations futures.

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En même temps lors de cette fameuse année 1955, celle de tous les tournants, on crée aussi des immortels ailleurs. Pour le cinéma, James Dean qui se tue avec sa bagnole deux semaines après le tournage de la fameuse scène. Rarement un acteur de deviendra une aussi grande légende en ayant tourné aussi peu de films, trois où il est crédité au générique. Pour le rock and roll, le fameux Billy Haley et ses Comets obtiennent avant Elvis Presley, le premier monstre succès du genre avec « Rock Around The Clock ».

Pour les amoureux du bas nylon, les sept ou huit années à venir peuvent aisément se glisser dans la conversation comme le souvenir des plus belles. Imaginez simplement que tout est bas, la moindre jambe en nylon implique que la dame qui en porte les a accrochés à ces jarretelles qui se cachent en principe à notre regard sous sa jupe ou sa robe. Avec un peu de chance, vous pourrez peut-être les apercevoir quand sa robe se soulèvera lorsqu’elle danse le rock and roll. En tournant au coin de la rue, vous la surprendrez éventuellement en train d’ajuster discrètement sa jarretelle dans l’encoignure d’une porte. Votre talent de séducteur a fait son effet, la dame cède à vos avances. Déjà votre main se fait aventureuse et se glisse subrepticement à la recherche de ce Graal absolu que vous savez présent. Avouez que c’est mieux que des collants non?

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Pourtant la mode vestimentaire reste plutôt calme dans l’ensemble. On peut quand même noter quelques faits que l’on peut considérer comme essentiels pour son histoire.

Rappelons d’abord que depuis le milieu des années 50, le bas sans couture remplace peu à peu son vieil ancêtre à couture, résultat d’une prouesse technique qui permet de se passer de cette fameuse couture. Il ne concurrencera jamais celui avec couture au niveau de l’élégance.

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Le marketing prend de plus en plus d’importance. Il ne suffit plus d’être exposé au fond d’une obscure boutique, il faut aller chercher le client via la presse et la publicité télévisée. Si les Américains sont passés maîtres dans cet art, la France est encore hésitante. Pour les hommes, on peut noter le slip Eminence qui déferle via la publicité. La tristesse du sous-vêtement masculin commence à se démarquer de ses ancêtres, on ose les couleurs et même quelques motifs un peu plus suggestifs.

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Pour satisfaire la curiosité du mâle en matière de sous-vêtements féminins, une certaine presse résolument coquine circulera souvent sous le manteau. Mais la plus célèbre, Paris-Hollywood, fondée en 1947, initialement dédiée aux stars de Hollywood, devient Les Folies De Paris-Hollywood et glissera résolument vers un érotisme de bon aloi. La revue devient interdite aux moins de 18 ans, c’est dire que son contenu s’est sensiblement dévergondé vis à vis des moeurs de l’époque. Play-boy n’existera pas en version française avant longtemps, Lui sera bien avant premier du genre, mais rien n’empêche de se procurer la version américaine, il n’est pas nécessaire de savoir l’anglais pour baver sur les clichés suggestifs, mais en fin de compte assez prudes, la révolution sexuelles n’a pas encore eu lieu. La pin-up traditionnelle vit ses beaux jours, elle est pratiquement entrée dans le folklore coquin, même que le soleil ne se couchera jamais dans son ciel. 

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Il y a malgré tout une vraie révolution qui se fait jour et marquera  tous les sous-vêtements féminins d’une manière indélébile et bien au-delà, le Lycra ou élasthanne. Le nylon qui a régné en maître pendant 20 ans présente malgré tout quelques inconvénients, il n’est pas extensible, d’un certaine fragilité, et ne supporte pas le contact avec certains produits chimiques. C’est encore la firme Dupont qui le met au point de manière définitive et dépose la marque Lycra. Ses avantages sont multiples, il est très extensible, cinq ou six fois sa longueur sans rompre, et reprend immédiatement sa forme première. Il n’est jamais employé seul, mais mélangé à d’autres fibres. Son emploi sera quasiment universel en matière de vêtements après avoir été essentiellement axé sur les sous-vêtements, le bas, les gaines, les slips, et plus tard les collants.

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Une autre petite révolution, Pierre Cardin démocratise la haute couture en prêt-à-porter.

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Quelques faits et dates à noter.

1956

La pilule contraceptive est mise au point, une date importante qui n’énervera que les ligues de vertu, mais on applaudit partout ailleurs.

Le mariage devient glamour et télévisé, Grave Kelly devient princesse de Monaco

1957

Le film d’Elia Kazan, Baby Doll, est un grand pas vers l’image de plus en plus suggestive. Il provoque un scandale.

Le premier être vivant dans l’espace est une chienne, Laïka, elle ne reviendra pas vivante. On peut imaginer le buzz que cela ferait aujourd’hui.

Mort de Christian Dior à 52 ans.

1958

Avec Damart on aura plus jamais froid, la célèbre marque lance sa ligne de sous-vêtements où le pratique efface le sexy.

Une invention qui tourne en rond, le hula hoop

1959

Les Américains peuvent tremblent, le communisme s’installe à Cuba via Fidel Castro, enfin ce n’est sans doute pas comme ça qu’ils avaient vu la chose, puisqu’ils lui apportent son soutien.

Brigitte Bardot épouse un certain Jacques Charrier, mais pas pour la vie.

A suivre

 

Mort de légendes

Les légendes ne meurent pas même si elles disparaissent physiquement. Récemment trois d’entre elles sont parties vers un monde meilleur. Des chanteurs qui eurent un instant de gloire, il en disparaît presque tous les jours. Et puis il y a ceux qui ont marqué d’une manière plus significative leur époque. Parmi les immortels,  il y en des plus immortels que d’autres. Un bref hommage à trois personnages qui sont déjà dans les livres d’histoire. Ils rappelleront quelques souvenirs à plus d’un teenager des sixties.

Reg Presley (1941-2013), chanteur des Troggs

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Beaucoup de groupes se lancèrent à la conquête de la gloire. En 1965, l’objectif était très simple, battre les Beatles ou les Rolling Stones sur leur propre terrain. La recette à trouver pour le faire un peu moins évidente. Les Troggs originaires de Andover en Angleterre eurent une idée pas si mauvaise que cela. Comme on était en pleine mouvement de libération sexuelle, ils eurent l’idée d’inclure un peu de cela dans leurs disques. Les paroles furent plutôt élémentaires, mais un brin provocatrices si on veut bien considérer cela sous l’angle du sexe. Le premier disque qui les révéla en 1966 fut « Wild Thing » chanson qu’ils empruntèrent à un groupe plus obscur les Loved Ones. Leur version plus brute, plus hargneuse devint un hit considérable à travers le monde. Les paroles assez sages malgré tout expriment plus l’amour violent que la belle chanson romantique avec clair de lune et souper aux chandelles. Au niveau musical, les Troggs furent assez innovateurs, maniant une rythmique  basique et appuyée, on les considère volontiers comme des précurseurs du punk. La version de Jimi Hendrix en 1967 au festival de Monterey, acheva de propulser la chanson au firmament. Le troisième succès des Troggs « I Can’t Control Myself » est dans la même veine, paroles un peu plus explicites. N’ayant sans doute plus besoin de chercher à se démarquer, la suite de leur discographie est nettement plus sage. Ils connaîtront encore de nombreux hits, bien que leurs succès aillent en s’amenuisant. Au cours des années 70, ils reviennent dans le style du début pour un titre, « Strange Movies », au vocal appuyé de plaintes lascives, qui désigne clairement la vision d’un film pornographique. En arrière plan, circule une cassette non officielle dans laquelle  le groupe y va d’un ramassis de gauloiseries lors une conversation. Cela leur suffira pour continuer à tourner pendant les presque 40 années suivantes dans les circuits nostalgiques.

Reg Presley, la voix des Troggs, passionné d’ufologie et de paranormal, s’est tue définitivement le 4 février 2013.

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George  » Shadow » Morton (1940-2013), producteur américain

Il est un de ces quelques producteurs qui manièrent les artistes comme des marionnettes, mais sans qui ces marionnettes n’auraient probablement  jamais eu la moindre notoriété. Ils ne se contentèrent pas d’enregistrer des artistes, mais posèrent un style qui leur appartient moralement puisqu’ils en sont les créateurs. De plus, tout le monde  connaît leur travail. Le sommet de l’oeuvre de Morton se concentre entre 1964 et 1966. Sous sa houlette, il propulse les Shangri-Las, groupe vocal féminin blanc, au sommet avec deux titres qui font désormais partie de l’histoire « Remember » et « Leader Of The Pack ». Morton aime bien glisser des bruits dans ses enregistrements, des oiseux pour le premier, un bruit de moto pour le second. Cela ne serait sans doute pas suffisant si les chansons étaient quelconques, mais il exploite sur  fond musical classe, tous le tourments que peuvent ressentir une adolescente de cette époque y figurent. Ce sera son âge d’or bien qu’on le retrouve plus tard avec des noms prestigieux comme Vanilla Fudge ou New York Dolls. Sombrant dans l’alcoolisme, il disparaît de la circulation, mais ses oeuvres du début sont constamment revisitées par des artistes prestigieux.

Il est décédé le 14 février 2013,  victime du cancer

Tony Sheridan, (1940-2013), chanteur

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Il est un personnage clef dans l’histoire musicale du 20ème, bien que l’on peut supposer que sa contribution est involontaire. Né en Angleterre, il tourne dans le monde du rock en accompagnant des rockers comme Vince Taylor. Il s’expatrie en Allemagne où il se fait accompagner par un groupe alors pas très connu qui s’appelle les Beatles. On sait aussi qu’ils servirent de groupe d’accompagnement pour le disque qu’enregistra Sheridan en Allemagne, une version rock de « My Bonnie ». Selon la légende, qui n’a aucune raison d’être enjolivée, c’est ce disque qui attira l’attention de Brian Epstein, l’homme qui fabriqua les Beatles. Alors les événements de la vie ne tenant parfois qu’à un film, on peut supposer que l’histoire de la musique moderne en fut changée, s’il n’avait pas existé. Le reste de sa carrière, bien qu’il fut un excellent artiste, restera à jamais liée avec le nom des Beatles. Bien d’autres s’en contenteraient.

Tony Sheridan est décédé à Hambourg, le 16 février 2013

Les Rolling Stones et le Boss

En marge d’un excellent livre publié pour le cinquantenaire (déjà) des Rolling Stones, sur lequel je reviendrai, je vais vous raconter par le menu mes relations avec ce groupe qui est bien l’un des plus importants de l’histoire musicale du XX siècle.
A vrai dire, je ne me souviens pas de la première fois où je les ai entendus, c’est si loin, mais je crois que c’était « Carol ». Le phénomène a d’abord pris en Angletterre, ici on subit toujours un décalage. Decca France publia d’abord timidement un premier 45 tours qui passa assez inaperçu. La seule revue qui prit conscience du phénomène fut « Disco Revue » qui les suivit dès le début. Après ce fut l’embrasement général et vous connaissez plus ou moins tous la suite…
En parallèle avec les Beatles, on pouvait suivre les deux carrières, ces deux groupes qui étaient incontestablement ceux qui faisaient l’actualité. Ils gagnaient quand même rarement l’unité auprès des fans, il y avait les pour et les contre, chaque appartenance à un clan faisait détester cordialement les fans de l’autre. Dans la réalité, les deux groupes sont plutôt copains et mêmes intimes. Personnellement, je me suis plus vite lassé des Beatles qui me semblaient moins innovateurs que les Stones, excepté peut-être pour les géniales et efficaces compositions de Lennon et McCartney. Avec le recul je trouve le son des Beatles trop propre, trop net. Si on compare les titres qu’ils ont en commun dans leurs version respectives, les Stones sont supérieurs avec cette petite touche en plus. Il est vrai que les Stones sont d’une école qui puise ses racines plus dans le blues que dans le rock and roll, au contraire des Beatles. C’est je crois ce qui fait la grande différence, je n’irai pas dire que les uns sont meilleurs musiciens que les autres, l’approche est différente. Si les disques des Beatles entre 1963 et 1966 peuvent avoir un air de déjà vu par rapport au précédent, les Stones renouvellent constamment le son, il n’y a pas vraiment un titre qui ressemble au précédent. Les paroles sont aussi un peu plus provocantes, on dit des mots doux d’un côté et de l’autre le langage est plus cru. L’allure est aussi différente, les Beatles ressemblent à des mecs fréquentables, les rivaux ont ce petit air voyou qui plaisait tant aux filles d’alors, tandis que les garçons essayaient de les imiter.
Je me suis sans doute plus identifié aux Rolling Stones pour une ou deux raisons capitales pour le moi de cette époque. Je faisais sans soute plus ch… les adultes en écoutant leur musique plus brouillonne et j’étais plus excité par leur allure provocante.
Avec le recul, j’écoute les Beatles pour certaines raisons et les Stones pour d’autres. Quand j’ai envie d’écouter une belle mélodie les premiers sont à l’honneur. Mais si j’ai envie de me plonger dans la mélasse d’un son brut et ravageur, un rien infernal, les seconds débarquent. Je les ai suivis régulièrement, même des années après ils réussirent encore, sinon à m’étonner, du moins à me plaire. Ils faut bien admettre qu’ils ont une longévité exceptionnelle, un cas unique dans l’histoire, ceci sans jamais avoir levé le pied, ni fait de longues pauses. Un très bel exemple de quelques mecs liés par une passion qui est plus forte que les vents et les marées.

Quand j’ai envie d’écouter cette fameuse chanson, « Money », dont je possède des dizaines de versions, c’est celle-là qui vient en premier. Pas tellement que j’aime l’argent, mais plutôt ce bon vieux son qui leur est si typhique. Celle des Beatles est plus nue.

La fameuse réécriture du fameux « Green Onions » popularisé par Booker T, devenu « Stoned », mais pour éviter toute allusion aux effets de drogue, on  l’écrira « Stones ».

Evidemment leur reprise de « Carol » est beaucoup plus remuante que celle de son créateur, Chuck Berry.

Ils furent les premiers à faire un gros succès d’une chanson directement venue des fameux studios Chess, « Little Red Rooster », leur second no1 dans les charts anglais. Mick Jagger est très bien dans le rôle du petit coq rouge. J’adore ce disque!

Peut être ma préférée, chanson à l’ambiance envoûtante, oui j’aime jouer avec ce feu là!

Le hit qui mit tout le monde d’accord « Satisfaction ». Un rien avec des sous-entendus d’ordre sexuel, mais les musiciens préféreront le son de fuzz guitar.

Toujours excellents dans l’art de la reprise. Ici dans « She Said Yeah », débordant d’énergie

Celui-ci, une copine à ma mère me l’avait payé. Même si elle est morte depuis plus de 40 ans, chaque fois que je l’écoute, je me souviens d’elle. Ainsi vont parfois les choses dans la vie, Avec « Get Off Of My Cloud », elle n’est pas sortie de mon nuage, son prénom était d’ailleurs Angèle.

Elle restera l’une des préférées des fans, c’est normal ce titre est monstrueusement génial, quelle classe ce « Paint It Black »!

Le dernier disque des Stones que j’ai vraiment adoré! Si vous écoutez bien, vous y trouverez un petit air « à la Beatles », c’est normal ils font les choeurs derrière.

 Et puis ce piano envoûtant…

Avec le temps les passions s’apaisent, peu à peu les pierres ont roulées vers d’autres horizons, ailleurs que le mien. J’ai quand même acheté tous leurs albums pour une écoute polie. Ecouter les Rolling Stones dans les années 60, c’était suivre une évolution. Pour continuer à la suivre, je suis allé vers d’autres écoutes, d’autres avant-gardistes. Il y eut les Stooges, MC5, le psychédélique, l’underground, le punk, le psychobilly, la new wave, c’est là que je trouvais mes délices. Mais je dois donner décharge aux Pierres Qui Roulent, on ne traverse pas un demi-siècle d’histoire musicale sans ce petit quelque chose qui vous le permet. Dont acte!

Rock and roll, entre vintage et revival

Quand le rock and roll s’apaisa à la fin des années 50 et celui où il renaîtra une bonne dizaine d’années plus tard, il ne cessa pas d’exister. Il y avait les déjà nostalgiques, quelques uns qui le trouvaient un rien ringard, ceux qui le revisitaient à leur manière. Quand Liverpool devint une ville à la mode via les Beatles et autres concurrents, il faut bien s’imaginer qu’ils tournaient autour de la vingtaine d’années et avaient surtout écouté jusque là du… rock and roll. Pour se faire la main, ils en jouaient aussi. Quand arriva l’heure de signer les contrats d’enregistrements, les plus  habiles avaient quelques compositeurs dans leurs rangs et ne devaient rien à personne pour trouver la formule qui fera un hit. Les autres puisaient dans le répertoire déjà existant et aménageaient tant bien que mal une chanson plus ou moins connue pour lui donner une teinte, un son, plus moderne. Pour une grande partie, les classiques du rock and roll en firent partie. Même ceux qui étaient capables de faire leur propre cuisine ne dédaignaient pas de temps en temps de mettre sur un de leurs disques une chanson de rock. Les Beatles (Roll Over Beethoven), les Rolling Stones (Carol) firent même de gros hits avec cette formule. Nous allons visiter quelques unes de ces reprises ou créations inspirées qui virent le jour dans les années 60, parmi celles qui me paraissent intéressantes. Nous allons voir comment certains artistes virent la chose, parfois en lui donnent un air nouveau, parfois en restant dans une certaine tradition, mais c’est toujours du rock and roll, avec parfois dix ans de décalage dans le temps.

Les Beatles enregistrèrent pas mal de classiques, j’en ai choisi deux puisés dans le répertoire de Little Richard et Larry Williams . Ils furent de grands compositeurs en la personne de Lennon et McCartney, mais aussi de grands interprètes

Les Rolling Stones furent moins traditionnels comme en témoignent leurs emprunts à Buddy Holly et à Dale Hawkins

Les Swinging Blue Jeans furent, du moins au début, un groupe essentiellement rock and roll. Un peu en manque de répertoire original, ils obtinrent deux gros hits en reprenant « Hippy Hippy Shake » de Chan Romero et « Good Golly Miss Molly » de Little Richard. Leur discographie est parsemée de bonnes reprises. Un bon jeu entre guitariste rythmique et soliste insuffle un certain punch à ces titres remis au goût du jour pour plaire à une presque nouvelle génération.

Avant que le rock and roll devienne une musique parodique dans certains courants, on peut dire sans exagérer que les premiers à faire ce genre de truc furent les Tornados en 1963. Forts des millions d’exemplaires qu’ils vendirent de leur fameux « Telstar », leur producteur Joe Meek, pouvait se permettre de leur faire faire ce genre de truc. Pas inusable, mais bien un changement dans la manière de revisiter ses classiques.

Ancien bassiste des Tornados, Heinz les quitte pour enregistrer un album en hommage à Eddie Cochran d’où sortira le hit « Just Like Eddie », toujours sous la houlette de Joe Meek. Le son est résolument plus moderne. A noter la présence d’un certain guitariste Ritchie Blackmore, 18 ans au garrot, qui sera membre de Deep Purple à l’âge adulte.

Les Américains après le rock and roll aiment le surf. Bon prétexte pour revisiter les classiques en son de guitare surf. Ici les Astronauts qui surfent sur le « Linda Lou » de Ray Sharpe.

Les Beach Boys ou comment piquer une fille de seize ans à Chuck Berry

Pour leur premier disque les Kinks choisirent une reprise de « Long Tall Sally » une des plus célèbres filles du rock and roll. Avant de devenir un acte majeur dans les sixties et Ray Davies un compositeur admirable, ils réécrivent presque ce classique. Ce fut un plantage complet, mais au titre de l’originalité assurément une réussite complète.

Apparemment à Liverpool on aime toujours de temps en temps faire un titre qui sonne plutôt traditionnel et qui chauffe. Les Merseybeats, groupe spécialisé en ballades, le démontre fort bien.

Les Yardbirds sont un bon exemple des ces gaillards qui écoutaient du rock and roll étant adolescents et qui ne pouvaient pas manquer de s’y intéresser pour l’interpréter autrement qu’en copie carbone. Avec un fameux Eric Clapton à la guitare, leur reprise de Too Much Monkey Business » de Chuck Berry est bien différente, ce n’est pas du pur rock. Il y a toutefois un point qui reste dans l’interprétation et qu’ils n’ont pas effacé, ça chauffe comme un bon vieux rock and roll.

Rocker anglais malchanceux, Lee Curtis trouva en Allemagne le moyen de nous laisser quelques traces discographiques, surtout en Allemagne, assez remuantes et de nous montrer qu’il avait une voix à la Presley, son idole.

En 1967, il manqua peu à Jerry Jaye pour faire d’une chanson de Fats Domino « My Girl Josephine », un tube mondial. Une belle manière de faire du neuf avec du vieux. Entre rock and country, un rocker tardif mais intéressant.

Du noir en rock blanchi

Incontestablement les origines du rock and roll sont noires. Musique des ghettos pendant longtemps, elle fut peu à peu captée par l’oreille des blancs. Il fallait pour la faire admettre définitivement jouer les petit jeu des versions blanchies. Les noirs avaient deux tendances dans l’accompagnement, soit très simple comme la plupart des authentiques bluesmen, un vocal et un accompagnement à la guitare souvent accoustique. Là on retrouve Robert Johnson. L’autre tendance est aux grands orchestres avec cuivres et tout le barda. C’est plus la spécialité de quelques jazzmen comme Duke Ellington. Blues, jazz, rhythmn and blues, le quel fut le plus prépondérant dans l’apparition du rock and roll, disons que c’est un mélange des trois. Les blancs sont à l’évidence plus simples dans la conception du rock and roll, guitares, basse, batterie, quelquefois un piano ou un saxophone. Il est rare que l’on entende autre chose dans les disques de Buddy Holly, Eddie Cochran, Gene Vincent, Carl Perkins, Jerry Lee lewis, Bill Haley, les premiers Elvis Presley. A l’évidence quand on écoute de vieux enregistrements avant le rock, il y a un son noir et un son blanc, bien mis en évidence par les vocaux. Le premier à faire un tube en rock and roll fut historiquement Bill Haley et « Rock Around The Clock ». Bien que cette chanson soit une création exclusivement blanche, Haley ne se priva pas d’inclure dans ses premiers enregistrements « Shake Rattle And Roll », celle-là bien noire, mais un tantinet blanchie. A peine après, arrive le personnage qui sera le principal détonateur  de cette canalisation, Elvis Presley. En 1954, dans les studios Sun à Memphis, il admire quelques artistes noirs et il met en route des versions traitées à sa manière. A quelque part c’est assez simpliste, combien de rockers ont remarqué que les enregistrements Sun sont effectués en trio vocal, guitare, basse, cherchez la batterie. Ses quelques disques publiés par Sun eurent un grand retentissement local certain, assez pour arriver aux oreilles de la RCA et le reste n’est qu’histoire. Mais pour en comprendre toute la saveur, revisitons quelques unes de ces pièces dans le deux versions, la noire et la blanche. Très souvent on croit qu’elles ne sont que dues aux rockers blancs, eh bien ce n’est pas vrai…

Elvis Presley d’abord…

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Aussi repris par Buddy Holly, un de ses tous premiers enregistrements. Mal enregistré mais excellent!

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Moins trépidante, la version de Bill Haley

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Et d’autres…

The Train Kept A Rollin’

Repris par Johnny Burnette dans l’album « Rock And Roll Trio » l’un des albums de rock les plus créatifs jamais enregistrés.

Whole Lotta Shakin’ Goin’ On

Eh oui, elle est plus connue par lui, à tel point que l’on croit souvent qu’elle est de lui…

Pour terminer, nous allons prendre le cas de Little Richard. Grand compositeur et interprète, un « méchant », a eu son répertoire littéralement pillé par les blancs. Son malheur à l’époque était d’être noir. Dans certains états où le racisme était encore assez présent, écouter du rock and roll était juste toléré pour autant que l’interprète soit blanc. Alors certains artistes, producteurs, ne se privaient pas de puiser chez lui, les premiers sans doute par admiration, les seconds plus opportunisme financier. On voulait bien des Noirs et de leur musique, leur verser quelques royalties en guise d’aumône et ce n’était pas toujours le cas, ainsi l »honneur » était sauf. Pour ne pas alourdir je n’ai pas mis les originaux, vous les connaissez sans doute, mais uniquement les reprises. On y fait assez souvent de belles trouvailles d’interprétation. Je commencerai par Pat Boone qui fit un succès personnel de « Tutti Frutti », ce n’est pas la meilleure reprise, mais celle qui s’est très bien vendue à l’époque.