Chuck Berry, l’éternel !

S’il y a bien un mec dont j’ai écouté pratiquement toute la discographie, mais plus rarement lui-même, c’est bien Chuck Berry. Impossible d’y échapper, ses titres sont partout, il n’y a pratiquement pas un artiste dans la lignée rock and roll qui n’a pas un jour mis un de ses titres à son répertoire.

Alors pour faire autrement que les autres et lui rendre quand même hommage, je suis allé à la pêche aux souvenirs et retrouver ces versions qui avaient fait tilt dans mon esprit à l’époque et si possible dans l’ordre historique de leur apparition sur disques… en commençant par une chanson qu’il interprète mais qu’il n’a pas composée et une qu’il a composée mais qu’il n’a jamais enregistrée lui-même. 

Et la même en plus fameux…

 

Piaf chez les autres

J’avais abordé hier le 50ème anniversaire de la mort d’Edith Piaf, juste ce qu’il fallait en dire. Si elle reste la chanteuse française la plus connue à l’étranger, son répertoire n’a pas échappé aux artistes étrangers. Je vais faire comme d’habitude mon travail d’encyclopédiste et vous proposer un survol de ses chansons d’une manière un peu plus inédite que toutes les revues de ses chansons que l’on pourra faire ces jours-ci. En avant la musique…

Rendons grâce à ceux qui ont de manière involontaire capté l’attention de Piaf pour la faire chanter autre chose que ses chansons originales, écrites par elle-même ou par ses compositeurs attitrés, qui souvent partageaient aussi son lit, mais ça c’est une autre histoire…

C’est une de ses chansons parmi celles qui ont la préférence de ceux qui ne sont pas vraiment ses contemporains. En 1955, un titre américain composé par le célèbre tandem Jerry Leiber et Mike Stoller, qui écriront aussi le « Jailhouse Rock » pour Presley, est enregistrée par les Cheers. Cette chanson atteindra les oreilles de Piaf, qui voudra en faire une version française. Cela deviendra une de ses meilleures ventes et celle qui approchera le plus le rock and roll. Je veux bien sûr parler de « L’Homme A La Moto ».

Même histoire, Piaf entend lors d’une tournée une valse venue d’Argentine enregistré par un certain Angel Cabral. Cele deviendra « La Foule », une de ses chansons les plus représentatives.

Un autre succès américain, créé en 1951 par un chanteur alors très populaire, Frankie Laine. La chanson « Jezebel » est un standard repris des centaine de fois. C’est Charles Aznavour, alors dans l’entourage de Piaf, qui fut chargé de mettre des paroles françaises dessus. Il l’enregistrera lui-même plus tard.

Il y a encore d’autres exemples, mais je n’ai retenu que ceux-là. Maintenant inversons les rôles, ceux qui ont repris un titre de Piaf, parfois avec un grand succès. En 1959, Piaf est no1 au Cashbox, enfin presque. Sa chanson « Les Trois Cloches », composée par le Suisse Jean Villard Gilles, enregistrée par un trio vocal, the Browns, fait un tabac au pays du coca. Bien qu’elle fut adaptée en anglais bien avant, c’est cette version qui connut la gloire. Aux USA, c’est par excellence la chanson de Piaf que tout le monde connaît. Six ans plus tard, la version enregistré par Brian Poole et les Tremoloes, cette fois-ci en Angleterre fut également un hit.

On peut être un groupe anglais lancé sur les traces des Beatles et interpréter Piaf. C’est le cas des Four Pennies qui eurent un no1 en 1964 avec « Juliet ». Piaf en version beat, mais ça existe, une sorte d’hymne à l’amour…

La suivante est une des plus canons enregistré par un artiste américain. Vous connaissez tous Cher et ses extravagances. En bien c’est la même presque 50 ans avant. Alors mariée à Sonny avec lequel elle forme le duo Sonny and Cher. Bien qu’ils enregistrent ensemble de nombreux succès, cela n’empêche pas l’un et l’autre de faire des disque en solo, aussi avec succès. Sonny produit Cher et met sa main à la pâte musicalement, pas seulement sur les fesses de sa femme. Son avantage, il a travaillé avec le fameux Phil Spector et il faut bien l’avouer, il aime bien un peu l’imiter. Il fait enregistrer le fameux « Milord » et l’on sent bien cette influence. Piaf avec un soupçon de Phil Spector, c’est canon je vous dis.

C’est sans doute la plus étrange destinée pour une chanson de Piaf. Le célèbre « Padam Padam » fut adapté par un chanteur américain, Vince Riccio. Disons qu’il s’est inspiré de ce titre, librement. C’est plutôt un rock. Je ne sais pas si Piaf a eu l’occasion de l’entendre, possible car cela date de 1961. Plus sûr, avec la version des Chaussettes Noires « Madame Madame », cette fois avec des paroles françaises.

Le genre de truc que je n’aime pas, même s’il s’agit d’une chanson de Piaf. Je sais que certains vont adorer, mais je cherche en vain, quelque chose de Piaf dans ce truc.

Le bon truc pour relancer une carrière ou la maintenir, enregistrer un disque de Noël ou un album de chansons de Piaf. Certains l’on fait, avec plus ou moins de bonheur. Patricia Kass, du moins son producteur, a senti le vent venir, dame c’est le cinquantenaire de sa mort. A mon avis les chansons de Piaf en son digital, c’est un peu comme un enregistrement de John Lee Hooker avec un orchestre symphonique. Donc, je zappe. Par contre dans la série, il y a celui de Catherine Ribeiro publié en 1977, l’hommage d’une grande dame à une autre grande dame. Là, il n’y avait pas de carrière à relancer, c’était juste un cri du coeur.

Il existe assez peu de chansons inconnues et inédites de Piaf. Il y en a une que j’ai découverte dans l’intégrale « L’accordéoniste », qui compte plus de 400 chansons. J’ai pris une semaine de vacances , là j’exagère un peu, et je suis parti en exploration. Une chanson y figurait à l’état de maquette, enregistrée peu de temps avant sa mort dans son appartement. Etonnante chanson, sûrement un truc qui aurait eu du succès si. Le son un peu brut, rattrapé avec la magie des studios, en fait une chanson présentable et audible. Pour terminer, écoutons celle qui en fin de compte est inimitable…

Du noir en rock blanchi

Incontestablement les origines du rock and roll sont noires. Musique des ghettos pendant longtemps, elle fut peu à peu captée par l’oreille des blancs. Il fallait pour la faire admettre définitivement jouer les petit jeu des versions blanchies. Les noirs avaient deux tendances dans l’accompagnement, soit très simple comme la plupart des authentiques bluesmen, un vocal et un accompagnement à la guitare souvent accoustique. Là on retrouve Robert Johnson. L’autre tendance est aux grands orchestres avec cuivres et tout le barda. C’est plus la spécialité de quelques jazzmen comme Duke Ellington. Blues, jazz, rhythmn and blues, le quel fut le plus prépondérant dans l’apparition du rock and roll, disons que c’est un mélange des trois. Les blancs sont à l’évidence plus simples dans la conception du rock and roll, guitares, basse, batterie, quelquefois un piano ou un saxophone. Il est rare que l’on entende autre chose dans les disques de Buddy Holly, Eddie Cochran, Gene Vincent, Carl Perkins, Jerry Lee lewis, Bill Haley, les premiers Elvis Presley. A l’évidence quand on écoute de vieux enregistrements avant le rock, il y a un son noir et un son blanc, bien mis en évidence par les vocaux. Le premier à faire un tube en rock and roll fut historiquement Bill Haley et « Rock Around The Clock ». Bien que cette chanson soit une création exclusivement blanche, Haley ne se priva pas d’inclure dans ses premiers enregistrements « Shake Rattle And Roll », celle-là bien noire, mais un tantinet blanchie. A peine après, arrive le personnage qui sera le principal détonateur  de cette canalisation, Elvis Presley. En 1954, dans les studios Sun à Memphis, il admire quelques artistes noirs et il met en route des versions traitées à sa manière. A quelque part c’est assez simpliste, combien de rockers ont remarqué que les enregistrements Sun sont effectués en trio vocal, guitare, basse, cherchez la batterie. Ses quelques disques publiés par Sun eurent un grand retentissement local certain, assez pour arriver aux oreilles de la RCA et le reste n’est qu’histoire. Mais pour en comprendre toute la saveur, revisitons quelques unes de ces pièces dans le deux versions, la noire et la blanche. Très souvent on croit qu’elles ne sont que dues aux rockers blancs, eh bien ce n’est pas vrai…

Elvis Presley d’abord…

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Aussi repris par Buddy Holly, un de ses tous premiers enregistrements. Mal enregistré mais excellent!

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Moins trépidante, la version de Bill Haley

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Et d’autres…

The Train Kept A Rollin’

Repris par Johnny Burnette dans l’album « Rock And Roll Trio » l’un des albums de rock les plus créatifs jamais enregistrés.

Whole Lotta Shakin’ Goin’ On

Eh oui, elle est plus connue par lui, à tel point que l’on croit souvent qu’elle est de lui…

Pour terminer, nous allons prendre le cas de Little Richard. Grand compositeur et interprète, un « méchant », a eu son répertoire littéralement pillé par les blancs. Son malheur à l’époque était d’être noir. Dans certains états où le racisme était encore assez présent, écouter du rock and roll était juste toléré pour autant que l’interprète soit blanc. Alors certains artistes, producteurs, ne se privaient pas de puiser chez lui, les premiers sans doute par admiration, les seconds plus opportunisme financier. On voulait bien des Noirs et de leur musique, leur verser quelques royalties en guise d’aumône et ce n’était pas toujours le cas, ainsi l »honneur » était sauf. Pour ne pas alourdir je n’ai pas mis les originaux, vous les connaissez sans doute, mais uniquement les reprises. On y fait assez souvent de belles trouvailles d’interprétation. Je commencerai par Pat Boone qui fit un succès personnel de « Tutti Frutti », ce n’est pas la meilleure reprise, mais celle qui s’est très bien vendue à l’époque.

Roy Orbison – Histoires d’O

Le rock à Roy

Roy Orbison (surnommé The Big O) est né en 1936 au Texas. Il allait devenir l’un des chanteurs de ballades les plus marquants de toute l’histoire de la musique moderne. Pour la voix, pour le talent, il se place parmi les plus grands et certains n’hésiteront pas à dire qu’il est le plus grand chanteur du monde. Bien qu’elle ne veuille rien dire, cette affirmation n’est pourtant pas loin de la vérité. A l’instar de grands crooners, à la musique parfois sirupeuse, son répertoire est plus spécialement destiné et bien accueilli par la jeunesse des années 50 et surtout 60. C’est Frank Sinatra sans le côté le côté snobinard. Il a toutes les cordes à ses arcs. Il est compositeur, interprète, guitariste, une voix en or et capable de chanter dans n’importe quel style. Il passe dans la chanson douce, se promène dans l’opérette et finit en éclat de rock and roll. C’est d’ailleurs par cette musique qu’il commença. Pas n’importe lequel, celui de cuvée supérieure. Tous les titres qu’il enregistra en rock à partir du milieu des années 50, sont devenus des classiques, ses classiques. Pour en ajouter encore dans la surenchère, c’est dans les absolument légendaires studios Sun qu’il les enregistra. Mais oui, vous savez, là où le fameux jeune Presley fit ses premières armes discographiques, entouré de quelques personnages qui allaient devenir des grosses pointures, Jerry Lee Lewis, Johnny Cash, Carl Perkins, Billy Lee Riley et Orbison himself. Durant cette période, les titres qu’il marque de son talent sont, parmi les plus populaires, « Ooby Dooby », « You’re My Baby », « Rockhouse », « Go Go Go (Down The Line) », « Domino », « Mean Little Mama », « I Like Love », tous des classiques repris par d’autres rockers.
Le bonhomme poursuit son chemin gentiment, lentement. En fin de compte rien ne le presse de devenir une immense star. Il n’a d’ailleurs pas le physique pour en devenir une. L’air plutôt austère derrière ses grandes lunettes, il ne se déhanche pas à la manière de Presley, son jeu de scène est sobre. C’est sa voix qui charme, mais elle le fait démesurément. En 1957, il se marie et sa femme devient une source d’inspiration constante. Il lui écrit une première chanson « Claudette », qui sera d’abord confiée aux Everly Brothers qui en cette année 1958 triomphent avec « All I Have To Do Is Dream » dont elle fait office de face B. Un premier versement de royalties sera pour sa poche. Tant qu’il reste chez Sun, il ne décolle pas vraiment.

Les sixties

Après un bref passage chez RCA, le temps d’un disque, c’est avec un label de Nashville, Monument, qu’il va vraiment attirer plus que l’attention sur lui. Il va aussi entamer un partenariat avec Joe Melson, et plus tard Bill Dees, pour la composition des chansons. Son premier hit est « Only The Lonely » en 1960. Il est second aux USA, premier en Angleterre et de très belles places dans tous les pays anglophones. Ce qu’il y aura de remarquable dans les dix années suivantes, c’est que pratiquement tous les disques de lui auront une place de choix dans les classements internationaux. Un titre peut se planter ici et être un monstre succès là. Vu sous cet angle, le pays où il sera le plus chéri sera l’Australie avec neuf no 1 entre 61 et 69. Ce premier disque établira son image de marque, un chanteur de ballades, bien que ne dédaignant pas de temps en temps revenir vers le rock and roll. Les succès s’enchaînent: « Blue Angel » (1960); « Running Scared » (1961); « Crying » (1961); « Dream Baby » (1962); « Working For The Man » (1962); « Leah » (1962); « In Dreams » (1963); « Falling » (1962); « Blue Bayou » (1963); « Mean Woman Blues » (1963); « Pretty Paper » (1963); « It’s Over » (1964); « Oh Pretty Woman » (1964), incontestablement son plus grand succès no 1 dans le monde entier; « Goodnight » (1965); « Ride Away » (1965); « Breakin’ Up Is Breakin’ My Heart » (1965); « Lana » (1966); « There Won’t Be Many Coming Home » (1966); « Communication Breakdown » (1966); « Cry Softly Lonely One » (1966); « Penny Arcade » (1969).


Durant toutes les sixties, ses plus grandes heures de gloire, il est unanimement plébiscité. Les Beatles, avec qui il tourne en Angletterre en 1963, ne sont pas les derniers. Eux qui ont prennent l’habitude de donner des concerts d’une dizaine de chansons, constatent qu’il arrive à Roy Orbison d’assumer 14 rappels à la fin du concert. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est vers lui que les filles se précipitent, il faut parfois la protection de la police s’il veut encore avoir des habits sur lui. Il est aussi le seul Américain qui se classe régulièrement dans le hit-parade anglais, Presley n’en fait pas autant. On remarque à son écoute que les chansons sont plutôt tristes comme s’il prévoyait les drames qui allaient venir. Sa fascination pour tout ce qui roule, spécialement les motos, sera la cause de la mort tragique de sa femme en 1966. En 1968, alors qu’il tourne en Angleterre, il apprend que sa maison dans le Tennessee a brulé et que deux de ses fils sont morts dans l’incendie, le troisième étant sauf. A cette époque, sa carrière marque un pas, mais il a atteint un tel degré de popularité que cela ne le gêne pas spécialement. Son changement de maison de disques, il passe chez MGM, se fait sur la base de 1 million de dollars. Cela lui permettra de tourner dans le seul film de sa carrière « The Fastest Guitar Alive », une comédie sans grand retentissement. En 1969, il se marie avec une fan Allemande et deux enfants naîtront de cette union. Il passe plus mal dans les seventies, tout en enregistrant de nombreux disques aux ventes modérées. Mais son influence reste marquante, un tas d’artistes de tous horizons, se disputent ses chansons et en font parfois un nouveau succès.

Suite et fin

Sa santé n’est pas au mieux et il doit subir une opération à coeur ouvert, sans trop de dégâts dans l’immédiat. En 1980, tout sauf oublié, il gagne un Grammy Award pour son duo avec Emmylou Harris « That Lovin’ You Feelin’ Again », couronné de bonnes ventes. C’est aussi à cette époque que l’on prend conscience que les grosses pointures sont toujours de ce monde. Les nouvelles stars se font un plaisir égoïste entre eux ou vont récupérer les artistes qu’ils écoutaient dans leur jeunesse. Ce serait n’y rien comprendre si on oubliait Roy Orbison. Ce ne fut heureusement pas le cas et de loin. C’est sous la forme de Traveling Wilburys que l’on retrouve quelques grands noms. Jeff Lynn, George Harrison, Tom Petty, Bob Dylan et bien sûr Roy Orbison. Un album suivit en 1988, qui devint plusieurs fois disque de platine. Malheureusement, tout le bénéfice que Roy Orbison aurait pu en titrer pour sa carrière personnelle tourna court. Il meurt d’une crise cardiaque dans la maison de sa mère, le 6 décembre 1988.
Sa mort fut un événement mondial. Comme toujours, sur les cendres chaudes, on en profita pour exploiter au maximum son héritage artistique. Nul doute que quelques compilations qui sortirent après son décès obtinrent des succès considérables. Même un film trouva son titre grâce à « Oh Pretty Woman », on en oublia le « oh », mais la chanson finira dans le film aussi bien que les oreilles de nombreux spectateurs. Depuis, les récompenses posthumes ne cessent de pleuvoir. On trouve toujours un truc dans lequel il mérite une médaille ou une chanson à glisser quelque part. L’homme aux ballades plutôt tristes doit bien en rire là-haut.

Du très beau monde!!!

Roy Orbison et la France

La France fut un des rares pays dans le monde à bouder quelque peu Roy Orbison. Il vint se produire, notamment en 1963. Si on connaît bien quelques unes de ses chansons, c’est plutôt via des adaptations françaises. La plus populaire fut incontestablement « L’homme En Noir » (Oh Pretty Woman) qui fut un de ses grands succès, même un des plus grands. Son « Dream Baby » fut repris par Sylvie Vartan, Richard Anthony, les Pirates, Bob Azzam. On peut se rappeler aussi de « Pendant Les Vacances » de la petite Sheila, la chanson des Everly Brothers « All I Have To Do Is Dream », remise à la mode par Roy Orbison à l’époque ou Sheila l’enregistra. Dick Rivers s’attaqua à « Blue Bayou » (Tu N’es Plus Là), plus tard Mireille Mathieu la chanta aussi. La jeune Tiny Yong, adapta « In Dreams » (En Rêve), ce qui lui valut de rencontrer le créateur. Eddy Mitchell lui s’empara de « Mean Woman Blues » (Te Voici) fidèle à la version de Orbison. Tout récemment, le même récupère « Only The Lonely » (Celui qui est seul). Voilà pour l’essentiel côté versions françaises.
Les hits de Roy Orbison furent distribués en France pour l’essentiel, à partir de 1962. Le premier disque à voir le jour, en 1957 déjà, fut le 4 titres, « Hillbilly Rock, tous de l’époque Sun. Réédité en 1965 avec une pochette différente. C’est le label London qui assura l’essentiel de la distribution. Malheureusement, habitude assez courante chez eux, les pochettes sont sans photo de l’artiste dans les premières éditions, contact essentiel du fan avec l’image de son idole. De plus, le carton de la pochette est souvent un peu mince et le cellophane pèle facilement sur certaines copies, ce qui fait qu’il est assez difficile de les trouver en bon état. En 1965, 8 titres de la période Sun sont édités pas La Voix De Son Maître en deux 45 tours, cette fois avec de belles pochettes et photos de Roy. Mais il sont très rares, beaucoup plus que ceux de chez London.
Une curiosité discographique est la chanson intitulée « Beaujolais » (1972), où Roy chante quelques mots en (mauvais) français.

Conclusion

Parler en détail de Roy Orbison remplirait un livre. Le personnage est attachant à plus d’un titre. Sa carrière pléthorique s’étale sur plus de 30 ans et sa discographie mérite le détour. On y découvre non seulement tout ce qu’il a créé en tant que compositeur, c’est le meilleur, mais aussi tous les chansons des autres qui ont attiré son attention. Les interpréter à sa manière, leur donne une nouvelle dimension. De plus, ils passe d’un style à un autre en un claquement de doigts. Sa voix, l’une de celles qui vient de l’intérieur, de l’âme pourrait-on dire, a séduit des millions de personnes. Ce n’est sans doute pas un hasard s’il est encore adulé avec tant de ferveur. Attention si vous l’écoutez, vous risquez de faire une « victime » de plus.

Vidéos

Pour simplifier j’ai fait une playlist sur YouTube, une sélection de ses titres les plus connus et autres.

Playlist Roy Orbison

Des dames sur la gamme (1) – Sharon Sheeley

Dans l’univers très machiste de la musique, les femmes sont à une contre cent. Pour le showbiz elles constituent tout au plus de charmants atouts pour vendre un disque. Des idées très très reçues font que la moindre chanson à succès est forcément l’oeuvre d’un mâle. Pourtant, un observateur attentif remarquera que ce n’est pas toujours le cas, de jolies chansons à succès sont le résultat de compositeurs qui n’ont point de barbe et quelquefois elles se transforment aussi en interprètes. Ces chansons vous en connaissez un grand nombre, pour autant qu’il vous arrive d’écouter de la musique. C’est vraiment dans les années 50 que le mouvement, féministe à sa manière, commence à marquer des points. Nous allons rendre hommage à ces talents via les succès qui ont fait leur gloire dans la période 50/60, la plupart de ces chansons ont traversé les années et elles sont encore aujourd’hui populaires et célébrées dans les circuits nostalgiques. Ecoutez-les et si d’aventure elles vous ont fait rêver, eh bien dites-vous que c’est à une dame que vous le devez. Merci Mesdames…

Sharon Sheeley (1940-2002) – Une grande dame de la composition. A 18 ans en 1958, elle est la plus jeune à obtenir un no 1 aux USA, grâce à sa composition « Poor Litte Fool », sa première chanson, chantée par Ricky Nelson qu’elle a repéré à la télévision. Elle lui présente la chanson en lui disant que c’est son grand père qui l’a écrite pour Elvis Presley. Fine mouche elle se doute qu’en disant la vérité, il aurait sans doute hésité avant de l’adopter. Il fit d’ailleurs un peu la grimace en apprenant sa véritable origine.

Comme elle est plutôt jolie, on lui prête des aventures avec les vedettes de l’époque, Don Everly, Elvis Presley et le futur PJ Proby. La chose la plus certaine c’est qu’elle fut la fiancée du célèbre Eddie Cochran, l’un des grands créateurs du rock and roll. Ceci aidant cela, elle lui compose quelques titres dont celui-ci « Love Again »

De cette love story émargea un des succès les plus connus « Something Else » écrit avec le frère d’Eddie, Bob, pour des détails de paroles concernant les voitures.

Elle composera aussi des titres que tous les fans de Cochran connaissent, « Cherished Memories », Think Of Me », « Lonely ».

En 1960, Eddie Cochran est en tournée en Angleterre en compagnie de Gene Vincent. Entre l’hiver anglais et un compagnon pas toujours abordable, il téléphone à Sharon de venir le rejoindre pour son vingtième anniversaire. Elle s’envole immédiatement, car elle espère devenir la femme du chanteur et c’est un signe encourageant. Elle se joint à la tournée. Brian Bennett, batteur de la tournée et futur Shadows, parle d’elle comme d’une fille admirable, tranquille et qui peut parler de musique en connaissance de cause. Le 17 avril 1960, elle est dans le taxi qui percute un lampadaire près de Londres. Eddie Cocharn est tué, Gene Vincent et elle, blessés assez sérieusement. Elle retourne aux USA, dépitée et veut définitivement quitter la musique. On la retrouve malgré tout en 1961 avec un grand succès pour Brenda Lee « Dum Dum » écrit avec Jackie De Shannon, autre célèbre dame que nous verrons plus loin. Cette dernière a eu un influence positive en lui proposant un partenariat.

Un hit pour les Fleetwoods enregistré en 1961.

Une ballade pour Brenda Lee « Heart In Hand » avec Jackie De Shannon

1963 Duane Eddy, en plein surf enregistre « Guitar Child »

PJ Proby, l’une des premières stars qui introduisit la touche de scandale en guise de support publicitaire

Ecrit pour Irma Thomas, « Break Away » ne fut pas immédiatement un succés. Il explosa bien plus tard dans la version qu’en fit Tracy Ullman dans les années 80.

Elle continuera de composer pour divers interprètes. Elle entreprit une autre partenariat avec Chris Curtis, le batteur des Searchers. Il en sortit « Night Time » pour les frères Paul et Barry Ryan, qui exploseront deux ans plus tard en 1968 avec « Eloise ».

Elle se retira peu à peu du circuit. Mariée au présentateur de télévison Jimmy O’Neil en 1961, elle divorce en 1967. Elle reste pour beaucoup de monde l’éternelle fiancée de Eddie Cochran tout en étant citée dans « La Bamba » le film en hommage à Ritchie Valens pour lequel elle a écrit « Hurry Up ». Elle meurt d’une hémorragie cérébrale en 2002. Une plaque souvenir est sur la tombe d’Eddie Cochran.

Au vingtième étage du paradis, Eddie Cochran

Il s’est passé quoi le 17 avril 1960? Certains me diront, il pleuvait. D’autres, je me suis marié ou encore je suis né. Chez les rockers, c’est une date précise dans leur mémoire. La mort de Eddie Cochran à 21 ans, dans un accident de voiture près de Londres, en compagnie de Gene Vincent qui lui survivra, plutôt mal que bien, d’une dizaine d’années.
Cela va faire 50 ans, il serait septuagénaire et sans doute bien ridé ou mort d’une autre chose. Au contraire, il est toujours là, paraissant si jeune sur les photos. C’est le seul cadeau de la mort, quand elle frappe tôt, on garde une image éternellement jeune.
Résumer sa carrière, des centaines l’ont fait avant moi, donc il n’est pas nécessaire d’en rajouter. On peut juste et avec plaisir, se rappeler des titres les plus populaires, immortels et toujours chantés aujourd’hui, « Summertime Blues », « Somethin’ Else », « Nervous Breakdown », « C’mon Everybody », « Twenty Flight Rock », toutes créations originales. Plus qu’un beau gosse, il fut aussi un grand guitariste et un créateur dans un style qui lui est propre. Le reste n’est peut-être qu’illusions, le rock and roll et sa légende, pas aussi maudit que l’on voudrait bien le croire. Il y avait juste des talents destinés à enflammer la jeunesse selon certains ou à la pervertir selon d’autres. Les vieux râleurs sont morts et leurs paroles avec. La musique, elle, a survécu. Et c’est tant mieux.
Ladies and Gentlemen, tonight, remember him, the one and only Eddie Cochran…

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