Bas nylon et insolite

Quand l’insolite rôde autour de nous

Sans que nous nous en rendions toujours compte notre vie frôle parfois l’insolite, pas seulement la nôtre mais aussi celle des autres. Quand vous avancez en âge vous avez en principe de plus en plus de souvenirs, c’est normal. Les personnes qui ont une bonne mémoire peuvent acquérir une bagage culturel assez considérable, pour autant qu’elles veuillent bien s’intéresser à autre chose que la banalité de la vie quotidienne.  Au fil du temps qui passe, les souvenirs s’accumulent, rangés dans un coin de notre cerveau. Ils sont là, certains n’en ressortiront pourtant jamais à moins que…

Vous avez peut être fait ce rêve une fois dans votre vie.

Vous rêvez d’une personne que vous n’avez pas vue depuis une éternité. Même pendant des dizaines d’années, vous n’avez jamais une seule fois pensé à elle. Vous l’aviez oubliée et pourtant elle revient dans votre esprit tout d’un coup, dans un rêve en plus. Pourquoi ?

Sans être une expérience transcendantale, c’est quand même un peu bizarre. Après tant d’années, on ne sait pas pourquoi, votre cerveau vous a choisi cette personne précisément. Il serait intéressant d’avoir une réponse sur ce qui mène à pareil cheminement dans les recoins de notre mémoire.

Avant de décéder une quinzaine de jours après, mon père a été victime d’une attaque cérébrale. Le jour suivant, je suis rentré à la maison après un voyage. Je ne me doutais de rien, ceci d’autant plus que je avais eu mon père au téléphone deux jours avant, je m’attendais à retrouver tranquillement mes parents tranquillement à la maison. L’appartement était désert. Bizarrement, sans que rien ne le laisse supposer, j’ai immédiatement ressenti que quelque chose s’était passé, une sorte de malaise m’a saisi, c’était même assez violent. Vu qu’un chien est capable de retrouver la piste d’une personne bien des heures après, il faut bien croire que nous « semons » des particules de quelque chose quand on passe à quelque part. Mais sommes-nous aussi capables de laisser d’autres choses qui imprègnent l’ambiance d’un lieu et qu’un familier est capable de ressentir. Il semblerait que oui par rapport à ce que j’ai ressenti.

Le truc le plus bizarre qui m’est arrivé s’est passé à Bruxelles au Falstaff, un bistrot célèbre là-bas. J’étais de sortie avec une copine et nous avons décidé de manger quelque chose dans ce magnifique endroit très décoration ancienne. Il y a une salle centrale et autour des sortes de petites niches plus ou moins discrètes. Nous étions dans l’une d’entre elles et nous avons commandé à manger. Comme j’aime bien observer, j’ai scruté les gens autour de moi. A ma droite, il y avait trois jeunes habillés en rockers style années 50, deux garçons et une fille. En face de moi, un peu sur la gauche, un monsieur âgé lisait un journal qui me paraissait ancien puisqu’il parlait de la guerre d’Algérie dans ses titres. J’ai pensé à un amateur de vieux journaux. A part nous, personne ne parlait, même pas la serveuse habillée d’un longue robe noire, je ne me souviens pas qu’elle aie prononcé un seul mot. Il me semblait aussi que les rumeurs du bistrot n’arrivaient pas jusqu`à nous. A vrai dire je ressentais une impression étrange, mais bon j’étais sincèrement plus intéressé par ma copine, alors je n’ai pas fait trop attention. En sortant, je lui ai quand même posé la question à savoir si elle n’avait pas éprouvé la même sensation. A sa réponse négative, je n’ai pas cherché plus loin.

Une bonne vingtaine d’années plus tard, sur la Toile, je suis tombé sur un site qui s’occupait de choses un peu insolites. Je crois qu’il n’existe plus, du moins je ne le retrouve pas. En gros ce site affirmait que certains endroits particuliers seraient un passage vers « ailleurs », on peut comprendre une autre dimension. Et justement, le Falstaff était mentionné comme étant un de ces endroits possibles, avec un indice de probabilité assez fort. Alors vous pensez que je me suis souvenu de mon histoire et si vous vous rapportez à ma description ci-dessus, on avait un peu l’impression d’être dans les années 50. Truc aussi un peu bizarre mentionné. il fallait une présence féminine pour que le « charme » opère.

Alors aurais-je voyagé dans le temps ? Je n’en sais foutre rien, mais…

Il ne faut pas croire que nous ne sommes pas liés par des cordons invisibles qui peuvent influencer notre vie. Il vous est sans doute arrivé de parler avec une personne que vous ne connaissez ni d’Eve, ni d’Adam et en discutant un peu avec elle, vous découvrez que vous avez une connaissance commune.

Le plus parfait inconnu pour vous peut avoir la possibilité d’influencer votre vie de manière significative, même si vous ne savez pas dans quelle direction chercher et quoi lui demander. C’est un peu ce que l’on classe par coup de chance ou de poisse. C’est le truc banal au moment où vous arrivez à un carrefour et que vous vous posez la question, je tourne à gauche ou a droite ? Sans entrer dans les détails, je puis vous affirmer que ma vie à complètement changé, je dirais de manière très positive, à cause d’un papier jeté à la poubelle et qu’une personne a ramassé dans cette poubelle.

Le liens que nous unissent existent bien sans que l’on s’en aperçoive. Nous allons prendre un exemple concret grâce à une étude menée par un de ces curieux de l’insolite.

Stanley Milgram est un de ces personnages. Il s’est aussi intéressé au réseau social qui lient les gens à leur insu. Pour cela, il mit au point une expérience. Il voulait qu’une personne cible reçoive une lettre qui lui était destinée.C’est facile, vous direz, il vous suffit de la mettre à la poste. Mais lui a fait bien autrement. Disons que cette personne s’appelle John Smith et exerce la profession de courtier en bourse à Boston. Il a envoyé 198 lettres à des personnes choisies au hasard dans l’état du Nebraska. La lettre disait que si vous ne connaissez pas la personne en question, vous envoyez cette lettre à une personne de votre choix. Eh bien la lettre a fini par arriver à son destinataire selon la manière demandée. Combien de fois pensez-vous qu’il lui a fallu être renvoyée pour arriver à la bonne place dans un pays qui compte des dizaines de millions de personnes ?

Eh bien seulement six, c’est très peu et cela veut dire que nous ne sommes pas tout à fait complètement étrangers. On pourrait extrapoler et dire que si un meurtre est commis par un inconnu, parmi les connaissances de 200 personnes prises au hasard, il y a une piste qui doit conduire à l’assassin.

La même expérience fut faite en Angleterre dans les années 2000. Cette fois-ci elle fut limitée à 100 personnes, le pays comptant moins d’habitants. Ce fut au bout de 4 fois que le destinataire fut atteint. Cela peut s’expliquer en pensant qu’Internet et les réseaux sociaux ont à quelque part rapproché les gens, le monde a rétréci.

Je peux prendre mon blog comme autre exemple, j’approche de 2 millions de visiteurs. Evidemment il y a ceux qui viennent et reviennent, j’en profite pour les remercier. Mais je suppose que si j’arrêtais les personnes dans la rue, j’aurais assez vite fait d’en trouver une qui est déjà venue, qui me connaît sans me connaitre. De plus dans mes abonnés, il y a quelqu’un, qui par un mail assez parlant, j’arrive à situer comme habitant le village à côté du mien. Un personnage assez connu par ailleurs, d’une profession libérale. Il ne se doute pas que le blog est alimenté par un bonhomme du village voisin et que nous devons avoir pas mal de connaissances communes. Bon, il est amateur de bas nylons et de musique, ceci ne constitue pas un fait bizarre, mais bien une preuve de bon goût.

La première fois que je suis allé à Paris, j’étais avec un copain qui s’appelait François. J’y suis retourné des tas de fois, mais par hasard, lors d’un de ces voyages, qui était sur le quai de gare prenant le train pour Paris ? Mon copain François qui allait avec une autre personne à la même place pour une semaine. Durant cette semaine, sans nous concerter, nous nous sommes croisés quatre fois par hasard dans des lieux qui en principe n’étaient pas des endroits touristiques. Par hasard ? Admettons.

Toujours à Paris, c’était en 1989. centenaire de la Tour Eiffel. Par curiosité, un dimanche matin, je suis allé voir ce qu’ils avaient fait pour cet événement. Au pied de la tour, là où les escaliers ramènent au sol ceux qui n’on pas pris l’ascenseur, qui je vois ? Les pompiers de mon bled qui étaient allés visiter le SAMU le samedi et qui flânaient le dimanche en visitant l’endroit. Encore un hasard sans doute.

Dans un de ces nombreux magasins parisiens spécialisés en disques, je flânais dans les rayons à la recherche de compilations garage punk que je n’avais pas. Un bonhomme semblait aussi s’intéresser à la même musique que moi et nous n’avons engagé la conversation. Eh bien il s’est avéré qu’il était chargé de la mise en page des articles dans un journal auquel je collaborais, donc il me connaissait sans me connaître. Toujours un hasard.

Comme vous le voyez le monde est vaste, mais pas tant que cela. Alors quand vous traitez votre voisin de parfait imbécile, regardez si par hasard il n’est pas juste derrière.

Vendredi en nylon (12)

Chansons que j’écoute et pochettes que je regarde depuis au moins 45 ans.

A partir de 1969, on peut dire que j’achète rarement, ce qui ne veut pas dire jamais, un disque qui a un succès commercial. Je vole de découvertes en découvertes et je n’ai jamais arrêté. Evidememnt la musique est plus sélective, je commence à fréquenter avec mes oreilles  des musiciens d’une autre carrure. 

Je suis assez partagé sur Black Sabbath et l’ensemble de sa carrière, mais cela avait rudement bien commencé et ça s’écoute encore.

J’ai toujours été un amateur de folk, mais un des groupes qui m’a définitivement attiré vers cette musique, c’est bien Pentangle, réunion de grands musiciens et une jolie voix. Je n’ai jamais cessé de les écouter.

Ah oui bien sûr il y avait aussi Led Zeppelin, une plutôt bonne réunion de quelques petits doués avec quand même la voix de Robert Plant qui domine le tout. Une de mes préférées…

Ten Years After a toujours, du moins pour les 4 premiers albums, été un de mes groupes préférés. Je trouve que c’est une belle alchimie de musiciens très pointus, d’ailleurs ils fonctionnent assez comme un orchestre de jazz, l’individualité n’est pas bannie. Et puis Alvin Lee était un sacré guitariste, si vous voyez les nuages passer dans le ciel à toute vitesse, c’est sûrement lui qui joue de la guitare là-haut!

Un truc indémodable. Un souvenir indirect aussi, j’ai fait une belle noce à Paris avec le cousin du chanteur Alan Wilson. 

Voilà l’histoire belge du jour vous vous souvenez de Wallace Collection ? Un joli mélange de soft pop et de classique. Je ne me suis jamais lassé de cette « Serenade ». Et je puis vous promettre que c’est efficace. Plus de 20 ans après sa sortie, j’ai dansé là-dessus avec un dame que je draguais. A la fin du disque elle a merveilleusement trouvé une suite :  « il faut que tu me montres où est ton lit! »

Une chanson que j’écoute depuis très très longtemps en de multiples versions. Mais une des mieux torchées c’est quand même celle-ci.

Pour moi Pink Ployd c’est surtout la première époque, après j’aime moins. Je possède à peu près tous les albums mais je ne les écoute pas ou peu. Par contre les deux premiers alors là ça tourne. Un de mes préférés sur le deuxième album.

L’albinos de service et un monsieur que j’ai suivi un peu toujours. Sans négliger de revenir à cette fameuse version du standard popularisé par Muddy Waters.

Evidemment autour de 1970, il était difficile de se passer de Frank Zappa, même encore aujourd’hui je ne sais pas faire, comme dirait un Belge de mes connaissances.

Je me souviens très bien j’avais trouvé l’album dans une grande surface, je me demande bien ce qu’il foutait là, car c’était vraiment pas de la musique pour minettes! Je n’ai pas tout de suite compris l’allusion érotique de la pochette, mais bon le contenu ça m’a marqué au fer rouge. Si si, je peux vous monter, j’ai encore les cicatrices….

Bas nylon et un certain Jules

 

Ne serait-ce que par la chanson de Joe Dassin, tout le monde a entendu parler de la bande à Bonnot. Le personnage central, Jules Bonnot, n’est pas tout à fait un criminel comme les autres. Si certains de ses comparses hors de sa bande agissent essentiellement par esprit de lucre, lui est fortement imprégné d’anarchisme. Il s’est même marié et a eu des enfants. Il n’est pas né anarchiste, il a joué le jeu comme beaucoup de monde, tenté de gagner sa vie honnêtement. Il a un don, c’est un très habile mécanicien. Malgré tout, il est un syndicaliste très militant, il a les patrons dans le nez et le fait savoir. Il sera renvoyé de plusieurs places de travail, suite à son militantisme. Sans emploi et de plus cocufié par sa femme, il vit de petits casses et se spécialise dans l’ouverture des coffres-forts en ayant comme couverture de petits ateliers de mécanique dans lequel il répare des véhicules… qui lui servent la nuit pour aller faire des casses. Ceci se passe à Lyon en 1906 – 1907.

Ses convictions politiques ne tarissent pas, il fréquente toujours les milieux anarchistes. Ce sera dans les mouvances extrémistes de la capitale  française qu’il recrutera les membres de sa bande. On ne sait finalement qu’assez peu de choses de lui, il n’a jamais écrit ses mémoires, et pour cause. Ce que l’on sait, c’est ce qu’il voudra bien dire de lui à ses connaissances.

Voilà très brièvement tracé un portrait de Bonnot, ses débuts dans le métier dira-t-on.

En décembre 1911, Bonnot n’est encore qu’un bandit comme les autres, déjà en mal avec la police, mais pour laquelle il n’est pas encore une priorité. Il lui manque une chose, la célébrité et elle va venir le 21 du même mois.

Dans son genre, il sera un innovateur. Le premier casse en automobile médiatisé de l’histoire, c’est à lui qu’on le doit. C’est le premier western dans les rues de Paris avec une voiture volée, une Delaunay Belleville. Elle s’arrête, attaque un encaisseur rue Ordener, et repart. La police à beau arriver au triple galop, mais oui ils sont encore à cheval, mais les bandits, eux, sont déjà loin.

L’affaire eut un grand retentissement. Pour l’époque ce serait un peu comme si on braquait aujourd’hui une banque avec un drone. Je suis sûr qu’il y en a qui ont déjà cette idée derrière la tête. Pour ma part, je me conterai d’aller tirer du pognon avec ma carte, même si elle est modestement garnie.

Mais restons en 1911 et voyons le lendemain ce qu’en disait une partie de la presse à travers le « Petit Parisien », à travers les certitudes, les doutes, les bobards.

 

C’est dans une voiture de ce style que Bonnot et sa bande se déplacèrent ce fameux 21 décembre

Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui Bonnot exerce encore une certaine fascination, voire même de l’admiration. Chaque mouvance politique a ses héros, même s’il ne s’agit pas toujours de personnages très fréquentables. Bien des gens voient en Bonnot une anarchie qui dérive vers le banditisme. D’un autre côté, on mesure plus le poids de ses actes en les mettant dans la balance qui mesure le poids des inégalités sociales de la Belle Epoque. Dans les extrémités, il y a ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, et ceux qui n’ont rien en veulent un peu plus. Réduire l’anarchie à un glissement vers le banditisme est un raccourci qui ne fait pas appel à son essence réelle. Elle veut réduire la différence des classes et surtout supprimer les exploiteurs. Notre ennemi c’est notre maître, disait l’un d’entre eux. Que l’on soit riche ou pauvre, l’ennemi supposé se trouve bien évidemment à l’opposé, mais chaque bord à tort de vouloir provoquer l’autre. Malheureusement certains patrons, pas tous, ont honteusement profité, assez pour donner des arguments à l’opposition. L’anarchie, elle, a aussi alimenté ce qui pouvait la faire renier par les modérés et surtout l’opinion publique. Le phénomène existe toujours, mais peut prendre selon les époques d’autres visages. On ne parle plus d’anarchie, c’est un mot démodé, mais l’idéal d’une société meilleure existe toujours. Bonnet ne restera qu’un bandit pour le plus grand nombre. Au final on peut au moins lui reconnaître d’être mort pour ses idées, mort qu’il ne semble jamais avoir eu peur de regarder en face. 

Un journal c’est une tranche de vie, même si un événement défraie la chronique, la vie continue. En parcourant les autres pages on se fait une idée plus précise de ce qui se passait à ce moment là. On me prête assez souvent une bonne mémoire, c’est sans doute un peu vrai, mais j’ai un truc qui n’est pas infaillible, mais qui aide bien. Je fais souvent une association d’idées. Par exemple, quand l’homme a marché pour la première fois sur la Lune, j’étais en vacances. Alors si on me demande où j’étais en vacances en 1969, eh bien je repense à l’histoire de la conquête lunaire. Je peux même préciser que mon tube de l’été personnel était celui-ci que j’écoutais sur la plage avec un mange-disques. Et aussi que j’avais dragué une fille qui s’appelait Irène. 

Un des gros tubes de l’été c’était celui-ci :

Mais revenons à notre journal. En lisant l’article avez-vous eu une idée du temps qu’il faisait lors du casse ? En lisant les nouvelles, on peut supposer qu’il ne faisait pas soleil. En effet, une tempête qualifiée d’ouragan sévissait sur la Bretagne. Comme Paris n’est pas si loin, quelques effets de cette tempête devaient se faire sentir sur Paris. Maintenant vous pourrez noter, même si de peu d’utilité, que le jour de l’attaque il y avait une tempête en Bretagne. Espérons que Bonnot n’avait pas oublié son parapluie…

Il n’y a pas qu’à la rue Ordener que ça pétaradait…

Une dernière cuite… 


Où l’on reparle d’anarchistes et d’un anarchiste au nom marrant…

Bientôt Noël, on va se faire une de ces bouffe!

Pour anarchistes en voie de reconversion…

Source Gallica, BNF, DP

Bas nylons et boutons

 

Les films qui ont des enfants pour héros forment une classe à part dans l’histoire du cinéma. Les enfants sont les aventuriers auxquels les autres enfants veulent s’identifier dans l’idéal. Plutôt rares sont les films où ils sont presque un mauvais exemple. La Guerre des Boutons en est une belle illustration, bien que prenant racine dans ce qu’il existait assez couramment dans nos belles campagnes de la fin des années 50. Imaginez un monde où il n’y a pas de télévision, d’ordinateurs, de téléphones connectés. Encore plus à l’époque où l’histoire est née de la plume de Louis Pergaud, le poète et écrivain franc-comtois, mort comme soldat en 1915.

Au début des années 60, Yves Robert pour les besoins de son film, la transpose dans une époque plus contemporaine à son film, bien que cela ne se remarque que par quelques détails, l’éclairage public est électrique, des habits « modernes », des allusions faciles à dater dans le temps. Mais cela ne change rien à la destinée du film, les jeux, pas interdits, mais non plus très recommandables des enfants n’ont pas foncièrement changés en 60 ans.

Il y a aussi l’idée assez forte alors, d’appartenir à une communauté centrée autour d’un village, les habitants du village voisin sont presque des étrangers, des ennemis. Sans doute les plus âgés d’entre vous qui ont grandi ailleurs qu’en ville, ont éprouvé ce genre de sentiment. De là à déclarer une guerre symbolique avec quelques gentils fait d’armes, détruire la cabane des « ennemis », ou crever quelques pneus de bicyclette, font partie de ce folklore construit de toutes pièces.

Le roman de Pergaud n’échappe pas à cette ambiance, bien que librement inspiré le film en restitue l’essentiel, le combat entre ceux de Longeverne contre ceux de Velrans. Les prises de guerre sont de véritables trophées, les boutons de culotte ou les bretelles de l’ennemi qui l’obligeront à se balader en tenant leur culottes et fuyant pour ne pas dévoiler leur intimité, comble de la honte. Les expéditions commando pour aller écrire sur les murs du village voisin qu’ils sont des peigne-culs. La quête prudente de la bande qualifiée de couilles molles par l’adversaire pour en savoir la signification.

A côté de vedettes confirmées, Jean Richard, Jacquea Dufilho, Michel Galabru, on notera l’extraordinaire performance de Martin Lartigue dans le rôle du Petit Gibus, le petit de la bande qui veut imiter les plus grands et qui assène au tout au long du film et de ses déboires la phrase culte : si j’avais su j’serais pas v’nu ! Les interprétations des enfants sont d’ailleurs bien moins stéréotypées que celles des adultes, ils sont naturels. Entre un Jean Richard qui vaut ce qu’il vaut en agriculteur et un Jacques Dufilho qui est certainement meilleur ailleurs, le choix est vite fait, on préfère la jeunesse. Les adultes ne sont en quelque sorte que les figurants des enfants, qui n’ont rien à perdre, rien à prouver.

On suit ce petite monde avec fidélité et amusement. Il nous entraîne à sa suite dans un tourbillon de bons mots et de situations cocasses. La guerre locale finit même par s’étendre au monde des adultes, sans doute jaloux de ne pas pouvoir s’amuser avec l’innocence de l’enfance à ces jeux qu’eux mêmes inspirent. C’est à ce moment là qu’ils s’aperçoivent que l’enfance les a quittés pour toujours et que l’été et l’automne de la vie se confondent avec le temps des regrets. Le film se termine sur une phrase qui résume toute la saveur du film : dire que quand on sera grands on sera aussi cons qu’eux !

Le film eut quelques difficultés à voir la nuit des salles, car il ne trouva aucun distributeur en France. Ici on peut encore souligner que le cocorico national salua bien évidemment la réussite du film qui fut un véritable succès en salles, mais que c’est grâce à Warner, boîte américaine par excellence, que le film parvint dans les salles du monde entier. La production elle-même ne doit rien à personne, c’est Yves Robert et sa célèbre compagne, Danièle Delorme, qui l’assument pour le compte d’une maison de production dont ils sont les fondateurs.

Pour ma part, c’est le film que j’ai raté au moment de sa sortie. Je ne l’ai découvert que plus tard avec mes yeux d’adulte. C’est peut être le genre de film qu’il faut justement visionner avec ce regard, ne pas le voir durant l’enfance et le ranger dans les souvenirs qui vont avec, qui s’effacent pour faire place à d’autres guerres. C’est sans doute pour cela qu’il m’a marqué et qu’il est entré par la grande parmi mes classiques de l’écran, avec ceux qui me font toujours rire, même si je sais d’avance à quel moment je vais rire.

Distribution

Les enfants

  • André Treton : Lebrac, le chef des « Longevernes »
  • Michel Isella : L’Aztec des Gués, le chef des « Velrans »
  • Martin Lartigue : Petit Gibus, un gamin de Longeverne
  • François Lartigue : Grand Gibus, un gamin de Longeverne et grand frère de Petit Gibus
  • Marie-Catherine Michonska-Faburel : Marie Tintin, la protégée de Lebrac
  • Jean-Paul Maîtrot (alias Jean-Paul Queret) : Bacaillé, le traître de la bande à Lebrac
  • Daniel Janneau : La Crique, l’intellectuel de la bande à Lebrac
  • Patrick Loiselet : Le gamin de Longeverne qui prononce la réplique culte : « Tu fais honte aux pauvres, Lebrac. C’est pas républicain, ça. »
  • Daniel Tuffier : Le gamin de Longeverne qui cherche ses lunettes lors de la première bagarre avec les « Velrans »
  • Christophe Bourseiller : Gaston, l’enfant qui teste l’insulte « Couilles molles » sur son père
  • Jean-Denis Robert : Le gamin de Longeverne qui transporte La Crique en vélo
  • François Bazinsky : Un gamin de Longeverne
  • Gérard Aubry : Un gamin de Longeverne
  • Claude Bourseiller
  • Jacky Delory
Les adultes
  • Jacques Dufilho : Le père de l’Aztec des Gués
  • Yvette Etievant : La mère de Lebrac
  • Michel Galabru : Le père de Bacaillé
  • Michèle Méritz : La mère de l’Aztec des Gués
  • Jean Richard : Le père de Lebrac
  • Pierre Tchernia : Bédouin, le garde-champêtre
  • Pierre Trabaud : L’instituteur de Longeverne
  • Claude Confortès : Nestor, le facteur
  • Paul Crauchet : Le père Touegueule
  • Henri Labussière : Le paysan sur son tracteur
  • Yves Péneau : Le surveillant général
  • Robert Rollis : Le père de « Migue la Lune »
  • Louisette Rousseau : La mère de Bacaillé
  • François Boyer : Le curé à vélo
  • Bernard Lambert : Le bûcheron

La plupart des enfants acteurs ne firent qu’un bref passage dans le cinéma. Le plus endurant fut le Petit Gibus qui tourna un autre film avec Yves Robert Bébert et l’Omnibus (1963), où il tient un rôle de petite peste  paumé dans le train. par son grand frère, (un tout jeune Jacques Higelin). Martin Lartigue est aujourd’hui retiré dans le Sud et établi comme peintre. 

Autour du film

Le film figure dans la douzaine de films ayant eu le plus d’entrées en salles.

Le film engendra aussi une célèbre chanson « Y’a mon pantalon et qui s’est décousu », un rien grivoise.

Il fut presque censuré aux USA, à cause des très pudiques scènes du nus qui figurent dans certaines scènes.

Le film est connu au japon tant et si bien quûne marque de sous-vêtements et de chocolats portent le nom de Petit Gibus.

La film a reçu le prix Jean Vigo, un pris qui récompense les films à l’esprit indépendant.

Le roman de Pergaud a été adapté plusieurs fois à l’écran, mais la version d’Yves Robert reste sans hésitation celle de référence.

Le Petit Gibus avant et maintenant

Bas nylons, détectives, bobards

En mai 1940 le journal Détective continue de paraître. Bien que les Allemands se fassent de plus en plus pressants, ils n’ont pas encore vraiment envahi la France. La Belgique et la Hollande ont succombé à la fameuse technique de la « blitzkrieg », ce sont des pays occupés. 

La France attend le pire, n’ont-ils  pas déclaré la guerre à l’Allemagne quelques mois plus tôt ? Il est peu probable que l’armée allemande vienne visiter Paris en réservant des places dans le train. Dans l’incertitude, la vie continue et les journaux paraissent.

Dans le numéro de Détective daté de 30 mai, on continue de parler de crimes, de justice, mais sur quelques pages on fait allusion à la guerre, mais plutôt de manière humoristique.

Il y a toujours du comique et des comiques dans les résumés d’histoires de tribunaux.

Dans un climat incertain, comme ici où l’on redoute une invasion, chacun y va de son petit commentaire. Pas besoin d’être soldat pour défendre la patrie, un peu de sens d’observation, un air de soupçon et surtout se fier à ce que l’on raconte. L’ennemi est sans doute très malin et possède une bonne dose de culot, des armes secrètes, et des moyens que seuls des citoyens avisés sont capables de démasquer. Voici quelques uns de ces bobards qui donnent un sens particulier à la « drôle de guerre ».

 

Toutefois dans cette dernière histoire, il y a un petit accent de vérité, un rien anticipé. Il a bien été fabriqué durant la seconde guerre mondiale, un moto destinée a être parachutée. Sous le nom de Welbike, elle pouvait parcourir une distance de 140 avec son réservoir de 3,6 litres à la vitesse maxi de 50 km heure et était pliable. Elle fut construite à quelques milliers d’exemplaires à partir de 1942. Mais son parachutage s’effectuait à l’aide de containers spécifiques, le pilote n’était pas parachuté assis dessus comme les bobards de 1940 le laissent supposer ou le dessin ci-dessus.

Pendant ce temps la vie continue presque normalement en Algérie en cette date du 30 juin, alors colonie française pour ceux qui ignorent tout de l’histoire. La menace est moins directe, l’Allemagne c’est loin. Ils ne semblent pas soupçonner que trois semaines plus tard quand l’armistice sera signée le 22 juin, le territoire sera inclus dans les clauses de l’armistice mais dans ce qui sera considéré comme le zone libre, donc sous le contrôle de Vichy. Elle verra s’établir un gouvernement collaborationniste, atténué par une population civile plutôt de l’autre bord. La déportation des Juifs sera contrecarrée par des citoyens peu enclins à collaborer sur ce plan là, faisant passer souvent les Juifs pour des Musulmans qui n’étaient pas concernés par les lois de Vichy. La situation d’occupation sera plus courte, car des 1943 Alger deviendra la capitale de la France libre, suite au débarquement des Alliés en novembre 1942.

Parcourons quelques infos de ce 30 mai 1940 parues dans L’Echo d’Alger.

Quelques nouvelles optimistes à prendre avec précaution quand on connaît la suite

Un personnage alors très controversé, Léopold III roi de Belgique. Après la guerre, abandonnant tout rôle politique, il créa un fond pour la protection de la nature  qui existe encore aujourd’hui.

Les cinémas offrent leurs attractions. A noter la projection de l’excellent La Belle Equipe de Duvivier et on peut aussi remarquer qu’il y a une première partie, toujours les actualités et souvent un documentaire.

C’est pas encore la semaine de 35 heures… 

C’était le bon temps!

Mesdames à vos fourneaux!

Les bobards seront tôt ou tard piliers de  bars !

Mon apéritif préféré, eh oui…

Source Gallica. BNP, DP

 

Des bas nylons, une histoire piquante et des foules en délire

Les histoires de gendarmes et voleurs ont toujours fait partie du folklore de la société. La police court après les voleurs, c’est bien connu, et parfois les voleurs courent plus vite que la police. Après 1832, la police se trouva fort dépourvue, on ne marquait plus au fer rouge ceux qui avaient passé entre ses mains et condamnés à des peines lourdes, mais il fallait parfois peu de choses pour être condamné à la dite peine.

Pendant longtemps, ce fut un vide assez conséquent, mais peu à peu la police fit appel à la science pour tenter d’élucider les énigmes de tout poil. Un certain Monsieur Bertillon mit au point vers 1882, le signalement anthropométrique, je pense que vous savez ce que c’est.  Petit à petit, on inclut d’autres méthodes pour traquer le criminel. Avec l’apparition des brigades de police mobile dites Brigades du Tigre en 1907, on essaya avec un certain succès de faire jeu égal avec celui des bandits en mettant à disposition des policiers les derniers cris de la technique notamment des véhicules à moteur pour se déplacer.

Les moyens matériels étant une chose, on considéra également que la psychologie n’était pas inutile. Précéder le criminel en devinant ses intentions permettait de lutter encore plus efficacement contre le crime, Sherlock Holmes n’avait qu’à bien se tenir.

Parfois, les meilleurs spécialistes de la psychologie policière ont bien du fil à retordre, car toute un série de faits qui peuvent sembler sortir tout droit de l’imagination d’un maniaque répose uniquement sur le « on dit » et peuvent s’étendre à des foules entières, provoquant une hystérie collective et des paniques redoutables.

Voici un cas très intéressant rapporté par un médecin appartenant à la police et publié dans un rapport sur la police scientifique, rapport destiné à faire avancer la recherche en la matière et datant de 1921. On voit très bien qu’elle ne s’intéresse pas seulement à de banales histoires de voleurs et malfrats, on étudie aussi le comportement des foules.

C’est à lire et très instructif. Cette histoire s’est déroulée à Lorient en 1918 et elle s’intitule Le Piqueur Lorientais.

Comme vous le voyez, il ne s’est absolument rien passé de concret, le piqueur n’a existé dans l’imagination des gens, mais on s’était persuadé du contraire. On peut aussi se rapporter à la fameuse émission radiophonique d’Orson Welles en 1938 où il créa une panique en rendant très réaliste une adaptation de « La Guerre Des Mondes », de Wells, oui cette fameuse histoire où notre planète est envahie pas des extraterrestres.

Le Figaro, 1 novembre 1938

Un extrait de la fameuse émission

On peut encore se poser la question sur la fameuse « grippe espagnole » de 1918 qui fit des millions de morts. Sa mortalité fut tellement mise en évidence que l’on peut imaginer que certains malades atteints d’une grippe plus que banale passèrent à de vie à trépas, certains qu’ils avaient attrapé cette terrible maladie. L’autosuggestion est une chose encore bien mystérieuse, l’esprit une sorte de machine dont chacun ne connaît pas forcément le monde d’emploi.

Il n’y a qu’à se référer aux fameuses peurs comme celle du vide, de la foule ou des orages. Dans l’immense majorité des cas, ce sont des dangers complètement imaginaires. Mais notre corps est ainsi fait!

Souce Gallica, BNF, DP

Des bas nylons et des journaux

 

Vous croyez tout ce que l’on raconte dans les journaux?

Si c’est le cas, vous faites sans doute partie de ceux à qui l’on va vendre, ou risquer de vendre des action dans une mine d’or en Alaska. Pour être honnête, si je trouve une combine pour me faire de l’argent facile, tout en restant d’une parfaite honnêteté, vous pensez bien que je vais la garder pour moi. La concurrence dans ce domaine n’est jamais bonne. Il se peut quand même que l’on aie besoin de mon argent pour en faire quelque chose, quelqu’un peut avoir une idée géniale et pas le premier sou pour la mettre en valeur. Chaque cas est à examiner à la loupe et l’on doit décider de l’opportunité de faire confiance ou non à la personne qui vous tape.

Quand j’étudiais, j’ai appris une chose dont je me doutais déjà, que la presse écrite est un moyen d’éduquer les masses, entendez par-là qu’elle sert à forger son opinion dans un sens ou dans un autre. Libre à vous de choisir cette source. Avec la Toile, c’est un peu la même chose, mais en pire. Cela va très vite, d’autant plus que le danger réside dans le fait que chacun peut lancer un fake, comme on dit maintenant. Un politicien connu échappé d’un bocal de cornichons pilote son navire en lançant des tweets, la guerre des tweets a commencé pauvre de nous…

Dans nos pays occidentaux, la presse est quelque chose de relativement libre, on y tient beaucoup. Il n’y a qu’à voir comme le fameux Canard Enchaîné a changé le paysage politique français suite à une certaine affaire. L’accusé a maintes fois pointé un doigt vengeur vers lui, mais on attend toujours les résultats. La presse est d’autant plus libre qu’elle est indépendante financièrement, voir le film d’Orson Welles « Citizen Kane » en passant, et dans ce genre le Canard est un exemple unique. Qu’il le reste, quoiqu’en pensent les pisse froid.

Nous allons voir à travers des exemples comment la presse peut être mal informée et publier des informations plus ou moins fantaisistes. Pour cela j’ai choisi un fait divers célèbre, absolument pas politique, donc en principe nullement soumis à des pressions quelconques et sa relation à travers des journaux locaux. Je vous fais un résumé succinct.

Le 13 octobre 1972, un avion Fairchild loué par une équipe de rugby uruguayenne avec quelques supporteurs doit se rendre au Chili. A la suite d’une erreur de pilotage, l’avion s’écrase dans la redoutable cordillère des Andes à 3600 mètres d’altitude. Lors du choc, l’avion s’est brisé en plusieurs parties, il perd ses ailes, sa queue et une partie de la carlingue. En guise de logis, ils n’auront qu’une partie de cette dernière pour abri. Il y avait 45 personnes à bord, 12 meurent dans le crash, les autres survivent, mais certains sont très grièvement blessés et mourront les jours suivants. 

Evidemment des recherches sont entreprises, mais la carlingue comme l’avion est de couleur blanche et comme elle est posée sur la neige, elle est peu visible et ne sera d’ailleurs pas aperçue, bien qu’un avion aie survolé la zone du crash et a été vu par les rescapés. Au bout de quelques jours les recherches s’arrêtent, on est sans espoir de retrouver des vivants. On a la certitude que l’avion s’est écrasé à haute altitude, très probablement dans un endroit inaccessible où il est impossible de survivre longtemps.

Et pourtant, quand les recherchent s’arrêtent, il y a toujours des survivants. De 33 au départ, il ne seront plus que 16 à être encore en vie au moment du sauvetage, 70 jours après l’accident. Les autres mourront au fil du temps des suites de leurs blessures, de faiblesse, dont 8 lors d’une avalanche qui le 29 octobre, ensevelit l’avion sous des mètres de neige. 

Les conditions de survie s’avèrent immédiatement très difficiles. La nuit, il fait une température glaciale, vers – 30 degrés.  Ils ont peu ou pas d’habits chauds, c’est le printemps dans l’hémisphère sud, et le voyage n’est pas prévu pour faire de la haute montagne. Le pire, c’est la nourriture, il n’y a pratiquement rien à manger, seulement quelques maigres provisions emportées par l’un ou l’autre des passagers. 

Bien vite, il leur vient à l’esprit que la seule nourriture disponible se trouve être les corps de leurs amis décédés, heureusement avec le froid ambiant ils sont bien conservés, congelés est le mot qui convient. De plus, quand ils apprennent que les recherches ont cessé, ils ont un transistor en état de marche, ils sont persuadés que la seule solution, c’est d’envoyer une équipe donner l’alerte. Pour cela, il faut des forces tant pour ceux qui feront l’expédition que ceux qui resteront sur place. Malgré la répulsion, on commence à couper des bouts de viande sur les cadavres. Tous n’y arriveront pas, mais ceux qui sont retenus pour l’expédition doivent s’y résoudre.

Faire une expédition c’est une chose, mais ils n’ont aucune idée de l’endroit où ils se trouvent. Faut-il aller vers l’ouest ou l’est ? La vallée où ils se trouvent est entourée de montagnes qui semblent infranchissables. Ils n’ont aucun équipement adéquat pour faire de l’alpinisme, même pas des habits corrects.

Après bien des hésitations et des explorations aux alentours, dont l’une où ils retrouvent la queue de l’appareil, trois des survivants décident de partir en direction de l’ouest, c’est à dire vers le Chili, malgré la présence d’une montagne abrupte qu’ils décident d’escalader. Ce sont Fernando Parrado, Roberto Canessa, Antonio Vizintin, nous sommes le 12 décembre 1972. Le troisième jour, ayant estimé la quantité de « vivres » à disposition et ayant une idée plus précise de la difficulté de l’expédition, il est décidé que Vizintin retournera à l’avion, ils continueront à deux.  

Après un voyage aux innombrables difficultés en suivant une vallée qui s’étale au pied de la montagne qu’ils ont franchie, ils sont au bord de l’épuisement. Mais ils constatent que la neige se fait plus rare, et même ils trouvent un premier signe encourageant, une boîte de conserve vide signe que quelqu’un est passé par là. Nous sommes le 19 décembre. Le jour suivant, ils aperçoivent un cavalier qui se trouve sur l’autre rive du torrent qu’ils sont en train de suivre… ils sont sauvés!

Venons-en maintenant à ce qui est dit dans les journaux à propos de cette tragédie.

Au moment de l’accident et les jours suivants… rien!

On peut trouver une explication à cela. L’accident a eu lieu un vendredi, donc c’est un peu juste pour sa relation dans un journal du lendemain, au pire c’est pour lundi ou mardi. Ailleurs et à propos d’avion, il s’est passé quelque chose de bien pire à peu près en même temps. Un avion russe Iliouchine s’est écrasé près de Moscou faisant 176 morts d’après les chiffres communiqués, c’est l’accident d’avion le plus mortel enregistré jusque là. Et à cette époque c’est toujours la guerre froide, on aime bien compter les coups chez ces cons de communistes, c’est forcément l’incompétence du gouvernement qui est la cause indirecte de l’accident, y sont pas foutus d’entretenir un avion correctement. Et puis il y a toujours cette manière qu’ils ont de noyer le poisson. Ce commentaire est imaginaire, mais bien dans l’air de l’époque. L’accident du Fairchild est plus un fait d’actualité locale et on ne sait encore rien, sauf qu’un avion a disparu.

Mais les choses vont changer quand on saura qu’il y a des survivants, plus de 2 mois plus tard.

Officiellement, le 21 décembre est le jour où on sait de manière sûre qu’il y a des survivants.

Le 23, le journal publie une première information.

On voit ici que l’information est assez décalée par rapport à la vérité. Les rescapés  ne doivent rien au pilote. Il a probablement commis une erreur de pilotage. Mais il n’a en aucun cas limité les dégâts, ni évité la montagne. Il n’a pas dirigé son avion vers un endroit précis, une plateforme neigeuse comme dit dans l’article, c’est le pur hasard qui a fait que. La question de la nourriture est fausse, il n’y avait presque rien à manger, juste quelques bricoles totalement insuffisantes pour la trentaine de personnes encore en vie juste après l’accident. La question de l’avalanche est également inexacte. Personne ne s’était écarté de l’avion, elle se produisit pendant la nuit alors que tout le monde était à l’intérieur de la carlingue. Les seize personnes ne sont en réalité que 8, mortes par étouffement. On est là dans le vague typique journalistique, il semble que, on suppose que, on croit savoir que.  

Le journal ne paraissant pas le 24 (dimanche), le 25 (Noël), on retrouve la suite le 26 décembre, cette fois-ci en première page et dernière page.

L’article colle un peu plus à la vérité, une personne n’ayant lu que le premier article et racontant l’histoire d’après celui-ci émettra des propos assez fantaisistes. Même ici le résumé est encore assez imprécis. Ils n’ont jamais réparé la radio de l’avion dont les batteries se trouvaient dans la queue et la radio dans le poste de pilotage. Ils firent bien une tentative sans résultat, en amenant la radio dans la queue après sa découverte (le 17 novembre) lors d’une expédition dans les alentours des lieux de l’accident. Par contre, ils avaient bien un transistor avec eux. La question de la nourriture reste toujours clairement inexpliquée. A croire ce qui est inscrit, il se nourrirent de champignons trouvés sous la neige, des champignons à 3600 mètres d’altitude c’est à voir, et surtout de soupes avec des lichens. Il y a bien eu un essai dans ce sens avec quelques rares plantes trouvées dans les alentours. La question de l’eau ne se posant pas trop avec la neige, c’est vers le dixième jour qu’ils commencèrent à manger de la chair humaine. Ils le feront pendant deux mois. 

Le 28 décembre…

Cette fois le journal rapporte l’histoire du cannibalisme. Quant à dire qu’il y a eu des manifestations de colère, certes certains purent être choqués, mais les rues du Chili ne se transformèrent pas en défilés de protestataires. Les rescapés passèrent assez rapidement au rang de héros. Il y a certes eu quelques réticences de la part de certains parents dont leur enfant était mort et probablement mangé par les survivants, bien qu’ils restèrent toujours assez vagues sur qui avait mangé qui. D’autres furent plus prosaïques, à quelque part heureux du dénouement alors qu’on les croyait tous morts, même si le prix qu’ils durent payer était considérable. Et surtout on savait maintenant ce qu’il s’était passé et cela peut parfois soulager plus que tout autre chose. Un philosophe à sa manière souligna que s’il y avait eu ni morts, ni blessés, au moment du crash, ils seraient probablement tous morts. Quant aux autres, ceux qui n’y étaient pas et qui ne sont en aucun cas concernés directement par cette aventure, je crois qu’ils peuvent choisir entre deux possibilités, celle d’admirer le courage et les souffrances des rescapés, le dire, ou sinon… fermer leur gueule. 

Mais encore…

Pour une fois l’église s’est comporté de manière intelligente en soutenant les faits et les rescapés. L’Argentine est un pays profondément catholique, du moins à l’époque du drame, nul doute que la décision de Rome fut aussi un moyen d’apaiser la polémique, surtout que le suicide est selon elle un péché mortel. Ne pas s’alimenter, même avec de la chair humaine, aurait pu s’apparenter à un suicide vu sous un certain angle. Ce aspect ne fut jamais envisagé par les rescapés quand ils décidèrent de passer à l’acte. La seule volonté qui les anima fut celle de survivre.

Cette histoire m’a toujours fascinée, c’est une aventure très moderne, comme il pourra s’en vivre de plus en plus rarement, on peut penser heureusement à juste titre. Mais elle reste un beau témoignage de ce que l’homme est capable de faire dans certaines circonstances tragiques. Il est plus que probable que si cela se produisait maintenant avec les progrès de la technique, l’avion serait repéré assez rapidement.

Mais nous aurons quand même vu au travers cet article, une chose pas complètement inutile, qu’il ne faut pas prendre les journaux au mot et à la lettre.