Bas nylon et un bagne bien poivré

Un bagne qui ne manque pas de poivre 

Le présent article n’a pas le but de vous parler du bagne du Cayenne sous tous ses aspects, mais d’en présenter un résumé en guise d’introduction à une affaire criminelle qui remua et passionna la France à la fin des années 20.

Dans l’imagerie populaire, Cayenne c’est le bagne. La réalité est un peu différente, car on désigne sous le nom de Cayenne un ensemble de lieux qui avaient bien la même vocation, punir, mais qui se situent dans la réalité à des endroits différents, parfois distants de dizaines de kilomètres.

La Guyane est une des nombreuses colonies que possédait la France en des temps reculés, mais qui reste encore aujourd’hui un département français. Cayenne était le nom le plus couramment usité pour le désigner dans son ensemble, en entendant ce mot tout le monde l’imaginait à peu près géographiquement sur la carte. Dans la réalité, la guyane se situe en dessus de la pointe nord du Brésil, avec à sa gauche, le Suriname, ancienne Guyane Hollandaise. Elle est baignée à l’est par l’océan Atlantique. Sa position est juste un peu en dessus de l’équateur.

La première implantation française remonte au début de XVI siècle sous Louis XII. Ce n’est que plus d’un siècle plus tard que Cayenne est fondée. Elle ne prendra vraiment vocation de bagne qu’après la révolution, pour les prisonniers politiques, et sera vraiment officialisé par Napoléon III après 1850. A partir de là, ce sera le bagne tel que nous le connaissons. Il sera progressivement fermé et abandonné entre 1938 et 1952.

Avec des fortunes diverses, les colonisateurs s’accaparèrent de territoires qui devenaient selon la chance paradis ou enfer. Pour la France, ce fut plutôt l’enfer, d’une part pour ceux qui y séjournèrent en tant que bagnards et de l’autre par le peu de facilité pour en faire un endroit habitable. Les temps modernes ont passablement changé la donne, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Sous ces latitudes la nature règne en maîtresse, tout est luxuriant mais rempli de pièges comme les animaux, insectes, passablement dangereux pour l’homme. Les maladies du type fièvres y sont courantes, la lèpre y est présente. C’est juste si quand on construit une route dans la forêt vierge, les arbres ne repoussent pas immédiatement derrière. Ceux qui ont lu le livre de Raymond Maufrais, disparu pendant une exploration dans la forêt du Guyane, ainsi que celui de Paul Thomas qui se lança sur ses traces savent à quoi s’en tenir. C’est un paradis déguisé en enfer.

Devant ces difficultés, les candidats à l’émigration n’étaient pas tellement nombreux, et une des idées en y installant une bagne fut de le peupler, en forçant les détenus condamnés à la double peine d’y séjourner définitivement. La double peine s’appliquait à ceux qui avaient fini leur peine et devaient rester sur place en temps égal à celui de leur condamnation. Ceux condamnés à 8 ans ou plus étaient définitivement bannis de la métropole, sans espoir de retour. On prévoyait certes de leur fournir des lopins de terre pour y installer des cultures diverses, de se marier, de faire venir sa famille, mais cela ne fonctionna jamais réellement. Environ 2000 femmes furent condamnées au bagne, elles étaient bien sûr dans un camp séparé. Rester au bagne, c’était y crever plus ou moins rapidement.

Même avec l’arrivée des bagnards, des centaines par année, la population locale a de la peine à croître, tant le taux de mortalité y est effrayant. Il faut bien penser que l’administration pénitentiaire n’a pas pour but de faire de la philosophie, un mort là-bas c’est juste une ligne dans un registre, on ne recherche pas la cause. Ainsi il s’établira une loi en dehors de celle du bagne,  qui profitera à certains au détriment des autres. Le fait d’avoir de l’argent permettra aux plus combinards d’avoir des postes peinards ou de profiter de nombreux avantages que la bagne n’offre en principe pas.

Les différentes prisons du bagne, aussi dit la guillotine sèche, se trouvaient principalement en trois lieux, auxquels étaient subordonnés de nombreux petits camps aux missions différentes :

Cayenne proprement dit se situe vers le milieu de la côte atlantique.

Saint-Laurent-du-Maroni, est beaucoup plus au nord, c’est là que débarquaient les bagnards partis de l’île de Ré.

Les îles du Salut, Royale, Diable, Saint-Josepf, à une dizaine de kilomètres de la côte au nord-est de Kourou.

Les îles du Salut. C’est plutôt des îlots. De gauche à droite Royale, Saint-Josepf, Diable.

Aller au Bagne

Pour finir au bagne, il fallait ne pas être condamné à mort. Il suffisait d’une condamnation pour meurtre, vol à main armée, et autres délits de droit commun. Ces prisonniers étaient soumis à la peine du doublage.

Les récidivistes condamnés à des peines plus légères pouvaient aussi y être envoyés. Selon les époques, il suffisait de quatre sentences à trois mois de prison ou plus pour devenir ce qui s’appelait un relégué, c’était l’exil à vie. C’est cette catégorie qui fit le plus militer pour l’abolition du bagne.

On pouvait aussi y aller pour des raisons politiques, complot, trahison, espionnage, Le plus célèbre fut le capitaine Dreyfus.

Arriver et vivre au bagne

L’arrivée à Saint-Laurent-du-Maroni, après trois à quatre semaines de navigation, était une étape transitoire. C’est le tri pour l’acheminement vers d’autres lieux. Seuls quelque chanceux pouvaient espérer y rester, le plus souvent pour des travaux administratifs, en général des hommes considérés comme peu dangereux et ne cherchant pas à s’évader. Ils avaient une certaine liberté de mouvement. C’était les plus chanceux.

Ceux dont on soupçonnait qu’ils tenteraient de s’évader, les récidivistes en la matière, étaient envoyés aux îles du Salut. Les îles étaient protégées naturellement par un courant très violant qui empêchait toute tentative de nager et de plus les requins n’y étaient pas rares.

Quand aux autres, ils étaient acheminés dans les divers camps, mais sont soumis au travail obligatoire, ce qui est souvent synonyme de mort lente selon les endroits où ils atterrissent.

Quelques vestiges du bagne

Cette photo est probablement une mise en scène pour touristes en mal de frissons. Les exécutions avaient lieu devant les détenus rassemblés afin d’impressionner.

Le bagne comme tout endroit qui vit avec un regard posé sur lui, a ses célébrités. On se rappelle de Papillon, Seznec, Dreyfus. Ces personnages écrivirent une page de son histoire, Papillon et son très controversé livre, Seznez qui n’aurait jamais dû y aller, Dreyfus qui fut broyé par la machine militaire. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, le bagne ne fut pas réservé aux seuls personnages de modeste extraction avec un passé plus ou moins reluisant. A travers un cas un peu moins célèbre que les autres, nous allons voir que les bons bourgeois firent parfois le même voyage, Charles Barataud fut l’un d’entre eux. L’affaire Dreyfus divisa la France en deux, les pour et les contre, on peut aussi y lire, les pro et antisémites. Celle de Barataud mobilisa les petites gens contre les bourgeois, à la limite du clash social.

La ville de Limoges est pour toujours associée à la fabrication de la porcelaine. C’est justement dans une famille de la bourgeoisie locale qui fait des affaires dans cette industrie que naît le protagoniste des faits, Charles Barataud. Il naît en 1895 et l’on peut dire que les fées se sont bien penchées sur son berceau. Sa voie est toute tracée, il finira dans la gestion de l’entreprise familiale, tout en ayant fait les études recommandées aux fils de bonne famille. Il est officier de réserve et fréquente bien évidemment la haute société locale. Cette vie en apparence facile a aussi ses revers, la recherche de plaisirs nouveaux, sans trop d’interdits, l’amène a avoir une personnalité ambiguë.

Il consomme de la cocaïne, de l’héroïne, il est adapte du sexe libre, c’est un partouzard comme on dirait aujourd’hui. Il est aussi homosexuel, du moins il est bisexuel. Entre gens du même milieu on aurait tendance à croire que tout est permis, quelques billets de banques suffisent à faire taire le service des réclamations.

En 1927, le destin le rattrape, il est soupçonné du meurtre d’un chauffeur de taxi, affaire qui ne sera jamais complètement éclaircie. La justice désirant l’entendre sur ces faits, il avoue immédiatement. Il demande une seule faveur, celle de voir une dernière fois son père avant de se soumettre aux formalités. On ne saurait refuser cela à un haut personnage local, et on l’emmène au domicile familial. On lui accorde quelques minutes et la police sous la forme de deux inspecteurs, attend sagement dans le hall d’entrée, lorsqu’un coup de feu retentit. On se précipite et on découvre que Barataud vient de tuer son amant, Bertrand Peynet. « Nous avions décidé de mourir ensemble, je l’ai tué, je devais me suicider, mais je n’en ai pas eu le temps, ni le courage », déclare Barataud.

Par la suite, il niera toute implication dans la mort du chauffeur, sans être tout à fait convaincant. Pour la justice, pas trop besoin de chercher trop loin, le meurtre de son amant est suffisant pour l’amener en cour d’assises.

Le procès qui débute à fin mai 1929, se pose vite en lutte des classes. On peut soupçonner la justice de faire preuve de tact lors de son déroulement, plus que si l’accusé avait été le dernier des derniers. Et puis la famille est, comme on dit, honorablement connue et tout ce beau monde, famille, juge, avocats, se connait bien. Pas question de faire d’esclandre, mais on ne peut quand même pas passer l’éponge. A travers son procès, c’est celui de la bourgeoisie toute entière, décadente et meurtrière, qui se fait et l’acte d’accusation est chargé. La fureur populaire faillit prendre d’assaut la prison de Limoges.

Dans le Petit Journal on parle du début de son procès. Il décrit assez bien ce que le personnage est devenu, un personnage qui est loin de sa superbe passée.

Dans l’Humanité, le ton est complètement différent, la principale accusée est la bourgeoisie.

Le procès n’éclaira pas grand chose, certains pensèrent que le meurtre de Peynet servit à cacher des choses beaucoup plus inavouables. Certains penseront que l’on ne chercha absolument pas d’approfondir le cas, qui sait même si parmi l’accusation, certains avaient un intérêt plus que certain à en rester là. On réussit quand même à lui trouver des circonstances atténuantes, on peut se demander lesquelles, probablement une pirouette pour ne pas les condamner à mort. Il n’échappa pas pour autant au bagne, auquel il fut envoyé à perpétuité.

Ce qu’il advint de lui, on le sait assez bien. Il atterrit à l’île Royale, celle où les détenus à surveiller de près sont incarcérés. Son instruction lui permet d’être commis aux écritures chez le commandant-adjoint. Il suscite bien évidemment le curiosité, on le sollicite, on sait qu’il a de l’argent ou on le suppose, mais il est aussi la cible de ceux qui ont des comptes à régler avec une certaine bourgeoisie. Il n’est pas vraiment préparé à subir ce genre de sort, mais il n’a pas d’autres moyens de l’éviter. Assez bizarrement, gracié en 1948, il préféra rester à Cayenne, mais il a ses raisons. Cela lui permet d’assouvir plus tranquillement son homosexualité, là-bas on est moins regardant et puis sa famille l’a bien sûr renié. Il mourut en 1961 sans avoir révélé d’autres secrets.

Avec le recul, il faut bien constater que le bagne n’est pas la page la plus glorieuse de l’histoire de France. Ceux qui finirent au bagne sont le plus souvent les victimes de pas de chance. Je ne suis pas un partisan du tout est excusable, mais il y certainement des déportés qui firent ce grand voyage sans autre raison que celle d’une justice implacable pour les plus démunis. Le journaliste Albert Londres, qui fut un pionnier de la suppression du bagne, mit en lumière que c’était bien pire que ce qu’imaginait le simple citoyen honnête.

Source Gallica, BNF, DP

Bas nylon et Noël en catastrophe

Nous avons vu dans un précédent post la catastrophe ferroviaire de la vallée de la Mauricienne qui est à ce jour la plus meurtrière du chemin de fer en France. Il y a en une autre qui fit un nombre considérable de victimes 16 ans plus tard. Pour cause de secret militaire, la première fut plus ou moins passée sous silence. Par contre le seconde fut amplement documentée, car il s’agissait d’un accident civil. Mais comme nous le verrons, on ne peut pas affirmer avec certitude que la première servit à éviter la seconde, au moins au niveau du matériel encore trop vétuste. Elle frappa d’autant plus les esprits qu’elle se produisit deux jours avant Noël.

C’est bien connu la période de Noël est l’occasion pour les familles de se retrouver pour fêter ensemble. Il suffit d’imaginer dans une ville comme Paris qui si un habitant sur dix décide de partir en banlieue dans sa famille, ou inversement un habitant reçoit sa famille à Paris, cela fait pas mal de monde en déplacement. En 1933, chaque famille est encore loin de posséder sa propre voiture, de plus si on possède une voiture, les routes en décembre sont plutôt glissantes par suite d’enneigement et les moyens à disposition pour le déblaiement sans doute assez archaïques par rapport à aujourd’hui.

Le train constitue alors le moyen de déplacement idéal et presque incontournable. Pas trop difficile d’imaginer que dans les gares c’est un peu la pagaille, les trains sont pris d’assaut et on a atteint la limite de saturation du circuit du fait de nombreux trains supplémentaires prévus.

La compagnie concernée est ici la Compagnie des chemins de fer de l’est, ce n’est pas encore la SNCF qui sera mise en forme à partir de 1938. Sa gare de trafic est bien entendu la gare de l’Est. Ce 23 décembre le temps est exécrable, il gèle et il y a du brouillard. La logistique chargée de préparer les rames pour les amener à quai à l’air insuffisante et débordée. il y a des retards jusqu’à deux heures.

A 19 h 22, l’express no 55 Paris-Nancy au départ initialement prévu à 17 h 49 quitte la gare. Il est suivi neuf minutes plus tard par le rapide 25bis Paris-Strasbourg. Les deux trains empruntent le même parcours. Pour l’instant, c’est un tronçon à 4 voies avec signalisation lumineuse automatique qui prend fin à après la gare de Vaires à l’est de Paris.

C’est justement cette signalisation qui semble avoir posé problème. Alors il n’est pas inutile de rappeler quelques principes du fonctionnement de cette signalisation et ce qu’elle était à l’époque. Aujourd’hui dans la plupart des pays, la signalisation est automatique et lumineuse et de manière générale on retrouve les mêmes schémas. Les exemples ci-après correspondent en gros à la situation qui prévalait au moment de l’accident. Depuis la situation a passablement évolué, on rencontre par exemple des feux qui clignotent, des feux en étoile qui sont valables pour certains types de trains et pas d’autres. Aux couleurs de base s’ajoutent le blanc et le violet.

Résumé de prescriptions en 1933.

Rouge c’est un arrêt obligatoire.

Jaune, veut dire attention, indique principalement que le signal suivant est rouge, donc il faut commencer à ralentir. Combiné avec d’autres feux ou doublé, il peut dire qu’il faut adopter une certaine vitesse prescrite pour prendre un embranchement par exemple. En dehors des gares, un signal qui doit agir comme signal d’arrêt absolu est toujours précédé d’un signal avancé, entre 1000 et 1300 mètres qui lui indique l’état du signal suivant, la mécanicien doit pouvoir freiner à temps le cas échéant.

Vert, la voie est libre, sauf bien sûr les éventuelles restrictions ou limitations de vitesse.

Chaque voie est divisée symboliquement en cantons ou blocks dont un signal à sa fin est la frontière à franchir, feu vert ou orange, ou à ne pas franchir, feu rouge. Selon les voies et l’importance du trafic ce canton est plus ou moins long, mais la distance est calculée afin que chaque convoi qui doit s’arrêter dans le canton suivant puisse le faire aisément. Avec la signalisation automatique, il est théoriquement impossible d’accéder au canton suivant si le signal avancé de ce canton est jaune, et le suivant rouge. En cas de surcharge ou d’imprévu, l’impossibilité de circuler peut remonter jusqu’à la gare précédente, dans ce cas le train ne quittera pas cette gare. Sur une ligne peu fréquentée avec de grandes distances entre les gares, les cantons peuvent se mesurer en dizaines de kilomètres. Il n’y pas de raison de ne pas faire partir un train si le train précédent est déjà arrivé à la gare suivante ou si le canton est libre sur une ligne où il y a un train toutes les heures ou plus.  Ce n’est pas trop le cas en France et en Europe, le circulation est dense et les gares assez rapprochées. Dans les cas de voie unique, ce sont en général les gares qui servent de fin ou limite de canton. Voyons un cas avec une gare A et B et un train Y et Z et W

Si le  train Y n’a pas atteint la gare B suivante :

Le signal de la gare A reste rouge pour le train Z, si le train Y n’a pas franchi le signal d’entrée de la gare B.

Le feu de la gare A sera vert, si le train Y a franchi le signal d’entrée de la gare B ou est dans la gare B, le signal d’entrée de la gare B sera rouge, le signal avancé de la gare B sera jaune.

Si le train est parti de la gare B, tous les feux peuvent être mis au vert pour le train Z, sauf celui de sortie de la gare B si le train Y n’est pas encore dans la gare C ou franchi son signal d’entrée.

N’oublions pas que si un train W arrivant en sens inverse, de la gare B vers la gare A, le feu sera rouge pour le train Z, tant que le train W ne se sera pas arrêté ou franchi la gare A.

Sémaphores allemands, la forme est un peu différente mais la fonction la même. Ici le signal est ouvert pour la voie du milieu et fermé pour la voie de droite. De manière générale, le signal est posé coté extérieur de la voie, à droite s’il y a plusieurs voies qui sont parallèles. Toutefois chaque compagnie peut avoir des règlements qui lui sont propres. De manière simplifiée le mécanicien doit pouvoir identifier du premier coup d’oeil quel signal le concerne.

Types de sémaphores anciens des chemins de fer français

Nous avons vu plus haut qu’à partir de la gare Vaires, les signaux automatiques lumineux étaient remplacés par les fameux sémaphores à palette. Ce système de signalisation archaïque était en phase d’être remplacé, mais ce n’était pas encore le cas partout. En gros, la palette levée signifiait vert et la palette baissée rouge, parfois avec une double palette, l’une levée et l’autre baissée était l’équivalent d’un avertissement. Il y avait bien un système de couleurs, mais éclairé par une lampe à huile avec un code couleur différent et surtout peu visible la nuit. Ces signaux étaient annoncés au mécanicien par un panneau en tôle en dehors des gares. En pratique, il y avait aussi sous les locomotives des patins, dits crocodiles, qui devaient transmettre au mécanicien, par le courant électrique actionnant un sirène, qu’un signal était rouge. On employait aussi des pétards pour ce genre d’informations qui devaient éclater sous la locomotive lors de son passage. Comme on peut le comprendre et par rapport à la technologie moderne, tous ces systèmes étaient rudimentaires, mais cela pouvait passer comme moderne en des temps plus reculés. Malgré toute la modernité des systèmes de sécurité d’aujourd’hui, les accidents de train n’ont pas complètement disparus. Le système des sémaphores n’est pas encore abandonné partout, certains lignes en sont encore équipées. Combinés à une signalisation lumineuse performante le jour, ils offrent l’avantage à un mécanicien de voir de loin l’information du signal si la voie n’est pas exactement alignée avec le signal. 

Pas mal de trains à cette époque étaient encore tirés par des locomotives à vapeur. Ces dernières étaient conduites par deux personnes, un chauffeur et un mécanicien. Le chauffeur était surtout occupé à remplir la chaudière, tandis que le mécanicien s’occupait de la conduite et c’est lui qui mettait le nez à la fenêtre et observait ce qui se passait devant la locomotive et en bord de voie. Vous pouvez imaginer la difficulté de conduire une locomotive, pas seulement au niveau technique mais pratique. A l’intérieur il fait plutôt une chaleur à crever et au dehors la température est en dessous de zéro comme ce fut le cas ce jour-là. Mettez votre tête par la fenêtre de votre voiture quand vous roulez à 100 par ce genre de froid et, c’est le cas de la dire, vous en prendrez plein la gueule ! Lui est obligé, il doit observer la signalisation tout en surveillant sa machine, température de la chaudière, pression d’eau etc…

Donc il fait nuit, il y a du brouillard et le train file, nous sommes après la gare de Vaires. Un omnibus est en train de se manoeuvrer dans l’évitement de Pomponne sur une voie secondaire, trois kilomètres avant la gare de Lagny. Le signal du canton est fermé et le train no 55 arrêté. Jusque-là tout va bien. La voie est libérée et le 55 se remet en marche. Arrive le train no 25, celui parti un peu plus tard de Paris. Lui est en plaine vitesse, entre 90 et 110 km/h, il n’a pas vu vu les signaux ou ceux-ci n’étaient pas fermés. Il percute le train en mouvement d’accélération et c’est le drame.

Le choc est terrible. La locomotive du 25 pulvérise le fourgon de queue et les quatre voitures qui le précèdent, et est soulevée par la ferraille qui constitue l’armature de ces wagons avec des cages en bois. Les occupants sont écrasés parmi les débris. Dans une catastrophe il arrive quelquefois un coup du destin qui permet de ne pas aggraver le malheur. Un incident technique mais opportun, suite au choc, ferma involontairement le signal à un train qui arrivait en sens inverse.  Il réussit à s’arrêter juste avant le lieu de choc.

Les secours arrivèrent dans un laps de temps que l’on peut considérer comme correct pour les premiers arrivés sur place, l’accident fit un tel fracas qu’il s’entendit loin à la ronde. La plus gros problème fut que l’endroit était plongé dans la nuit noire, il fallut d’abord pourvoir à un éclairage de secours et de fortune. Dans l’immédiat, on alluma des feux avec les débris de bois qui jonchaient le sol. Si on ne pouvait plus rien faire pour les personnes écrasées dans la queue du train, il y avait de nombreux blessés, certains très gravement, dans le reste des convois. Un tel choc n’est pas subi de manière innocente par les passagers. Certains sont projetés dans tous les sens et se heurtent aux parois, au sièges des wagons, ou projetés à terre. Des objets, des valises, sont autant de projectiles qui peuvent blesser de manière sérieuse.

Un témoin raconte : « de la queue du train montaient des hurlements comme je ne pensais pas qu’il put en sortir de gosiers humains ».

On s’organise tant bien que mal dans le froid, la températures est -5 degrés. L’état de choc additionné de froid glacial fait aussi des victimes ou aggrave l’état des blessés. Des secouristes, certains improvisés, font ce qu’ils peuvent. On mobilise toutes les ambulances possibles, des trains ramènent des blessés sur Paris dont certains meurent pendant le voyage. La salle des bagages de la gare de l’Est sert d’entrepôt aux cercueils. L’endroit devint un point de ralliement pour les curieux, mais surtout pour les familles qui pouvaient penser qu’un des leurs figurait parmi les victimes. Un important service d’ordre faisait le tri aux entrées.

Au petit jour, on put se faire une idée plus précise de l’immense étendue des dégâts. On estima tout d’abord le nombre de morts à un centaine faute de renseignements plus précis. Mais au fil des heures, le bilan s’alourdit pour s’arrêter au chiffre officiel de 214 morts et plus de 300 blessés.

Dès le lendemain la presse se fit l’écho du drame, d’abord de manière succincte, puis de manière plus précise et on en vint ensuite à rechercher les causes du drame, d’autant plus que des politiciens connus étaient parmi les victimes ou les blessés. Cela peut aider à y voir plus clair et plus rapidement.

Dans le Figaro du 24 décembre, on mentionne l’accident de manière résumée, on ne connait que les gros détails. Selon les journaux, on annone tel ou tel nombre de victimes. Mais tous s’accordent à admettre qu’il y a au moins une centaine de morts.

Le lendemain, jour de Noêl, le Figaro fait un récit plus détaillé du drame sur plusieurs pages. On commence à se poser quelques questions sur les causes. Même un an après, lors du procès, on avait toujours des doutes. J’ai choisi les plus significatifs.

 

 

 

Dans L’Humanité le ton est bien évidemment différent. On met le doigt là ou ça fait mal, il n’est pas inutile de se poser les questions autrement. Que tout aie bien fonctionné ou pas, il y a un une certitude, il y a plus de 200 morts. Une partie des articles porte la plume de Louis Aragon, qui ne fut pas qu’écrivain ou poète, mais aussi journaliste.

Il apparut très vite que la signalisation était la clé de l’accident, avait-elle ou n’avait-elle pas fonctionné correctement, toute la question était résumé dans ces quelques mots. Les conditions atmosphériques, mauvaises mais pas extrêmes, furent longtemps discutées. Il fallut quant même envisager que la commande de fermeture mécanique des signaux avait pu être bloquée par le gel. De même, les crocodiles recouverts d’au moins 3 centimètres de glace avait pu empêcher le courant déclenchant l’avertissement de ne pas passer correctement ou pas du tout. Un fait certain qui met la compagnie ferroviaire en cause est que la technique dite du « pétrolage » qui évitait la formation de glace sur le crocodile avait été abandonnée à titre d’essai.

Une année plus tard, lors du procès, la compagnie essaya de se blanchir en affirmant que tout était en ordre et avait fonctionné correctement, que le mécanicien de la locomotive du 25, toujours vivant, était le seul responsable. De nombreux témoins à décharge affirmèrent au contraire que la probabilité d’un mauvais fonctionnement était envisageable. Un ingénieur de la compagnie dut reconnaître que ce jour-là les crocodiles éraient recouverts de glace, ce qui empêchait le passage du courant. De plus, la boîte témoin de l’envoi du signal d’avertissement n’avait rien enregistré.

Le procureur fut assez impartial dans son réquisitoire, il fit part de sa conviction intime que les signaux étaient fermés, il proposa une condamnation avec les plus larges circonstance atténuantes tout en affirmant que s’il y avait un doute, si minime soit-il pour les jurés, celui-ci devait profiter à l’accusé.  Le jugement alla dans le sens du procureur, admettant qu’il y avait effectivement un doute sur le fonctionnement de la signalisation. Le mécanicien fut acquitté. Personne ne fut réellement mis en cause du côté de la compagnie, du mois de manière officielle.

Comme toujours, on fit des belles promesses sur la sécurité et on promit de l’améliorer. Cependant ce n’est que trente ans plus tard, que les fameux wagons en bois si fragiles en cas de choc, furent enfin définitivement mis à la casse.

Souces Gallica, BNF, DP

Bas nylon et insolite

Quand l’insolite rôde autour de nous

Sans que nous nous en rendions toujours compte notre vie frôle parfois l’insolite, pas seulement la nôtre mais aussi celle des autres. Quand vous avancez en âge vous avez en principe de plus en plus de souvenirs, c’est normal. Les personnes qui ont une bonne mémoire peuvent acquérir une bagage culturel assez considérable, pour autant qu’elles veuillent bien s’intéresser à autre chose que la banalité de la vie quotidienne.  Au fil du temps qui passe, les souvenirs s’accumulent, rangés dans un coin de notre cerveau. Ils sont là, certains n’en ressortiront pourtant jamais à moins que…

Vous avez peut être fait ce rêve une fois dans votre vie.

Vous rêvez d’une personne que vous n’avez pas vue depuis une éternité. Même pendant des dizaines d’années, vous n’avez jamais une seule fois pensé à elle. Vous l’aviez oubliée et pourtant elle revient dans votre esprit tout d’un coup, dans un rêve en plus. Pourquoi ?

Sans être une expérience transcendantale, c’est quand même un peu bizarre. Après tant d’années, on ne sait pas pourquoi, votre cerveau vous a choisi cette personne précisément. Il serait intéressant d’avoir une réponse sur ce qui mène à pareil cheminement dans les recoins de notre mémoire.

Avant de décéder une quinzaine de jours après, mon père a été victime d’une attaque cérébrale. Le jour suivant, je suis rentré à la maison après un voyage. Je ne me doutais de rien, ceci d’autant plus que je avais eu mon père au téléphone deux jours avant, je m’attendais à retrouver tranquillement mes parents tranquillement à la maison. L’appartement était désert. Bizarrement, sans que rien ne le laisse supposer, j’ai immédiatement ressenti que quelque chose s’était passé, une sorte de malaise m’a saisi, c’était même assez violent. Vu qu’un chien est capable de retrouver la piste d’une personne bien des heures après, il faut bien croire que nous « semons » des particules de quelque chose quand on passe à quelque part. Mais sommes-nous aussi capables de laisser d’autres choses qui imprègnent l’ambiance d’un lieu et qu’un familier est capable de ressentir. Il semblerait que oui par rapport à ce que j’ai ressenti.

Le truc le plus bizarre qui m’est arrivé s’est passé à Bruxelles au Falstaff, un bistrot célèbre là-bas. J’étais de sortie avec une copine et nous avons décidé de manger quelque chose dans ce magnifique endroit très décoration ancienne. Il y a une salle centrale et autour des sortes de petites niches plus ou moins discrètes. Nous étions dans l’une d’entre elles et nous avons commandé à manger. Comme j’aime bien observer, j’ai scruté les gens autour de moi. A ma droite, il y avait trois jeunes habillés en rockers style années 50, deux garçons et une fille. En face de moi, un peu sur la gauche, un monsieur âgé lisait un journal qui me paraissait ancien puisqu’il parlait de la guerre d’Algérie dans ses titres. J’ai pensé à un amateur de vieux journaux. A part nous, personne ne parlait, même pas la serveuse habillée d’un longue robe noire, je ne me souviens pas qu’elle aie prononcé un seul mot. Il me semblait aussi que les rumeurs du bistrot n’arrivaient pas jusqu`à nous. A vrai dire je ressentais une impression étrange, mais bon j’étais sincèrement plus intéressé par ma copine, alors je n’ai pas fait trop attention. En sortant, je lui ai quand même posé la question à savoir si elle n’avait pas éprouvé la même sensation. A sa réponse négative, je n’ai pas cherché plus loin.

Une bonne vingtaine d’années plus tard, sur la Toile, je suis tombé sur un site qui s’occupait de choses un peu insolites. Je crois qu’il n’existe plus, du moins je ne le retrouve pas. En gros ce site affirmait que certains endroits particuliers seraient un passage vers « ailleurs », on peut comprendre une autre dimension. Et justement, le Falstaff était mentionné comme étant un de ces endroits possibles, avec un indice de probabilité assez fort. Alors vous pensez que je me suis souvenu de mon histoire et si vous vous rapportez à ma description ci-dessus, on avait un peu l’impression d’être dans les années 50. Truc aussi un peu bizarre mentionné. il fallait une présence féminine pour que le « charme » opère.

Alors aurais-je voyagé dans le temps ? Je n’en sais foutre rien, mais…

Il ne faut pas croire que nous ne sommes pas liés par des cordons invisibles qui peuvent influencer notre vie. Il vous est sans doute arrivé de parler avec une personne que vous ne connaissez ni d’Eve, ni d’Adam et en discutant un peu avec elle, vous découvrez que vous avez une connaissance commune.

Le plus parfait inconnu pour vous peut avoir la possibilité d’influencer votre vie de manière significative, même si vous ne savez pas dans quelle direction chercher et quoi lui demander. C’est un peu ce que l’on classe par coup de chance ou de poisse. C’est le truc banal au moment où vous arrivez à un carrefour et que vous vous posez la question, je tourne à gauche ou a droite ? Sans entrer dans les détails, je puis vous affirmer que ma vie à complètement changé, je dirais de manière très positive, à cause d’un papier jeté à la poubelle et qu’une personne a ramassé dans cette poubelle.

Le liens que nous unissent existent bien sans que l’on s’en aperçoive. Nous allons prendre un exemple concret grâce à une étude menée par un de ces curieux de l’insolite.

Stanley Milgram est un de ces personnages. Il s’est aussi intéressé au réseau social qui lient les gens à leur insu. Pour cela, il mit au point une expérience. Il voulait qu’une personne cible reçoive une lettre qui lui était destinée.C’est facile, vous direz, il vous suffit de la mettre à la poste. Mais lui a fait bien autrement. Disons que cette personne s’appelle John Smith et exerce la profession de courtier en bourse à Boston. Il a envoyé 198 lettres à des personnes choisies au hasard dans l’état du Nebraska. La lettre disait que si vous ne connaissez pas la personne en question, vous envoyez cette lettre à une personne de votre choix. Eh bien la lettre a fini par arriver à son destinataire selon la manière demandée. Combien de fois pensez-vous qu’il lui a fallu être renvoyée pour arriver à la bonne place dans un pays qui compte des dizaines de millions de personnes ?

Eh bien seulement six, c’est très peu et cela veut dire que nous ne sommes pas tout à fait complètement étrangers. On pourrait extrapoler et dire que si un meurtre est commis par un inconnu, parmi les connaissances de 200 personnes prises au hasard, il y a une piste qui doit conduire à l’assassin.

La même expérience fut faite en Angleterre dans les années 2000. Cette fois-ci elle fut limitée à 100 personnes, le pays comptant moins d’habitants. Ce fut au bout de 4 fois que le destinataire fut atteint. Cela peut s’expliquer en pensant qu’Internet et les réseaux sociaux ont à quelque part rapproché les gens, le monde a rétréci.

Je peux prendre mon blog comme autre exemple, j’approche de 2 millions de visiteurs. Evidemment il y a ceux qui viennent et reviennent, j’en profite pour les remercier. Mais je suppose que si j’arrêtais les personnes dans la rue, j’aurais assez vite fait d’en trouver une qui est déjà venue, qui me connaît sans me connaitre. De plus dans mes abonnés, il y a quelqu’un, qui par un mail assez parlant, j’arrive à situer comme habitant le village à côté du mien. Un personnage assez connu par ailleurs, d’une profession libérale. Il ne se doute pas que le blog est alimenté par un bonhomme du village voisin et que nous devons avoir pas mal de connaissances communes. Bon, il est amateur de bas nylons et de musique, ceci ne constitue pas un fait bizarre, mais bien une preuve de bon goût.

La première fois que je suis allé à Paris, j’étais avec un copain qui s’appelait François. J’y suis retourné des tas de fois, mais par hasard, lors d’un de ces voyages, qui était sur le quai de gare prenant le train pour Paris ? Mon copain François qui allait avec une autre personne à la même place pour une semaine. Durant cette semaine, sans nous concerter, nous nous sommes croisés quatre fois par hasard dans des lieux qui en principe n’étaient pas des endroits touristiques. Par hasard ? Admettons.

Toujours à Paris, c’était en 1989. centenaire de la Tour Eiffel. Par curiosité, un dimanche matin, je suis allé voir ce qu’ils avaient fait pour cet événement. Au pied de la tour, là où les escaliers ramènent au sol ceux qui n’on pas pris l’ascenseur, qui je vois ? Les pompiers de mon bled qui étaient allés visiter le SAMU le samedi et qui flânaient le dimanche en visitant l’endroit. Encore un hasard sans doute.

Dans un de ces nombreux magasins parisiens spécialisés en disques, je flânais dans les rayons à la recherche de compilations garage punk que je n’avais pas. Un bonhomme semblait aussi s’intéresser à la même musique que moi et nous n’avons engagé la conversation. Eh bien il s’est avéré qu’il était chargé de la mise en page des articles dans un journal auquel je collaborais, donc il me connaissait sans me connaître. Toujours un hasard.

Comme vous le voyez le monde est vaste, mais pas tant que cela. Alors quand vous traitez votre voisin de parfait imbécile, regardez si par hasard il n’est pas juste derrière.

Vendredi en nylon (12)

Chansons que j’écoute et pochettes que je regarde depuis au moins 45 ans.

A partir de 1969, on peut dire que j’achète rarement, ce qui ne veut pas dire jamais, un disque qui a un succès commercial. Je vole de découvertes en découvertes et je n’ai jamais arrêté. Evidememnt la musique est plus sélective, je commence à fréquenter avec mes oreilles  des musiciens d’une autre carrure. 

Je suis assez partagé sur Black Sabbath et l’ensemble de sa carrière, mais cela avait rudement bien commencé et ça s’écoute encore.

J’ai toujours été un amateur de folk, mais un des groupes qui m’a définitivement attiré vers cette musique, c’est bien Pentangle, réunion de grands musiciens et une jolie voix. Je n’ai jamais cessé de les écouter.

Ah oui bien sûr il y avait aussi Led Zeppelin, une plutôt bonne réunion de quelques petits doués avec quand même la voix de Robert Plant qui domine le tout. Une de mes préférées…

Ten Years After a toujours, du moins pour les 4 premiers albums, été un de mes groupes préférés. Je trouve que c’est une belle alchimie de musiciens très pointus, d’ailleurs ils fonctionnent assez comme un orchestre de jazz, l’individualité n’est pas bannie. Et puis Alvin Lee était un sacré guitariste, si vous voyez les nuages passer dans le ciel à toute vitesse, c’est sûrement lui qui joue de la guitare là-haut!

Un truc indémodable. Un souvenir indirect aussi, j’ai fait une belle noce à Paris avec le cousin du chanteur Alan Wilson. 

Voilà l’histoire belge du jour vous vous souvenez de Wallace Collection ? Un joli mélange de soft pop et de classique. Je ne me suis jamais lassé de cette « Serenade ». Et je puis vous promettre que c’est efficace. Plus de 20 ans après sa sortie, j’ai dansé là-dessus avec un dame que je draguais. A la fin du disque elle a merveilleusement trouvé une suite :  « il faut que tu me montres où est ton lit! »

Une chanson que j’écoute depuis très très longtemps en de multiples versions. Mais une des mieux torchées c’est quand même celle-ci.

Pour moi Pink Ployd c’est surtout la première époque, après j’aime moins. Je possède à peu près tous les albums mais je ne les écoute pas ou peu. Par contre les deux premiers alors là ça tourne. Un de mes préférés sur le deuxième album.

L’albinos de service et un monsieur que j’ai suivi un peu toujours. Sans négliger de revenir à cette fameuse version du standard popularisé par Muddy Waters.

Evidemment autour de 1970, il était difficile de se passer de Frank Zappa, même encore aujourd’hui je ne sais pas faire, comme dirait un Belge de mes connaissances.

Je me souviens très bien j’avais trouvé l’album dans une grande surface, je me demande bien ce qu’il foutait là, car c’était vraiment pas de la musique pour minettes! Je n’ai pas tout de suite compris l’allusion érotique de la pochette, mais bon le contenu ça m’a marqué au fer rouge. Si si, je peux vous monter, j’ai encore les cicatrices….

Bas nylon et un certain Jules

 

Ne serait-ce que par la chanson de Joe Dassin, tout le monde a entendu parler de la bande à Bonnot. Le personnage central, Jules Bonnot, n’est pas tout à fait un criminel comme les autres. Si certains de ses comparses hors de sa bande agissent essentiellement par esprit de lucre, lui est fortement imprégné d’anarchisme. Il s’est même marié et a eu des enfants. Il n’est pas né anarchiste, il a joué le jeu comme beaucoup de monde, tenté de gagner sa vie honnêtement. Il a un don, c’est un très habile mécanicien. Malgré tout, il est un syndicaliste très militant, il a les patrons dans le nez et le fait savoir. Il sera renvoyé de plusieurs places de travail, suite à son militantisme. Sans emploi et de plus cocufié par sa femme, il vit de petits casses et se spécialise dans l’ouverture des coffres-forts en ayant comme couverture de petits ateliers de mécanique dans lequel il répare des véhicules… qui lui servent la nuit pour aller faire des casses. Ceci se passe à Lyon en 1906 – 1907.

Ses convictions politiques ne tarissent pas, il fréquente toujours les milieux anarchistes. Ce sera dans les mouvances extrémistes de la capitale  française qu’il recrutera les membres de sa bande. On ne sait finalement qu’assez peu de choses de lui, il n’a jamais écrit ses mémoires, et pour cause. Ce que l’on sait, c’est ce qu’il voudra bien dire de lui à ses connaissances.

Voilà très brièvement tracé un portrait de Bonnot, ses débuts dans le métier dira-t-on.

En décembre 1911, Bonnot n’est encore qu’un bandit comme les autres, déjà en mal avec la police, mais pour laquelle il n’est pas encore une priorité. Il lui manque une chose, la célébrité et elle va venir le 21 du même mois.

Dans son genre, il sera un innovateur. Le premier casse en automobile médiatisé de l’histoire, c’est à lui qu’on le doit. C’est le premier western dans les rues de Paris avec une voiture volée, une Delaunay Belleville. Elle s’arrête, attaque un encaisseur rue Ordener, et repart. La police à beau arriver au triple galop, mais oui ils sont encore à cheval, mais les bandits, eux, sont déjà loin.

L’affaire eut un grand retentissement. Pour l’époque ce serait un peu comme si on braquait aujourd’hui une banque avec un drone. Je suis sûr qu’il y en a qui ont déjà cette idée derrière la tête. Pour ma part, je me conterai d’aller tirer du pognon avec ma carte, même si elle est modestement garnie.

Mais restons en 1911 et voyons le lendemain ce qu’en disait une partie de la presse à travers le « Petit Parisien », à travers les certitudes, les doutes, les bobards.

 

C’est dans une voiture de ce style que Bonnot et sa bande se déplacèrent ce fameux 21 décembre

Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui Bonnot exerce encore une certaine fascination, voire même de l’admiration. Chaque mouvance politique a ses héros, même s’il ne s’agit pas toujours de personnages très fréquentables. Bien des gens voient en Bonnot une anarchie qui dérive vers le banditisme. D’un autre côté, on mesure plus le poids de ses actes en les mettant dans la balance qui mesure le poids des inégalités sociales de la Belle Epoque. Dans les extrémités, il y a ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, et ceux qui n’ont rien en veulent un peu plus. Réduire l’anarchie à un glissement vers le banditisme est un raccourci qui ne fait pas appel à son essence réelle. Elle veut réduire la différence des classes et surtout supprimer les exploiteurs. Notre ennemi c’est notre maître, disait l’un d’entre eux. Que l’on soit riche ou pauvre, l’ennemi supposé se trouve bien évidemment à l’opposé, mais chaque bord à tort de vouloir provoquer l’autre. Malheureusement certains patrons, pas tous, ont honteusement profité, assez pour donner des arguments à l’opposition. L’anarchie, elle, a aussi alimenté ce qui pouvait la faire renier par les modérés et surtout l’opinion publique. Le phénomène existe toujours, mais peut prendre selon les époques d’autres visages. On ne parle plus d’anarchie, c’est un mot démodé, mais l’idéal d’une société meilleure existe toujours. Bonnet ne restera qu’un bandit pour le plus grand nombre. Au final on peut au moins lui reconnaître d’être mort pour ses idées, mort qu’il ne semble jamais avoir eu peur de regarder en face. 

Un journal c’est une tranche de vie, même si un événement défraie la chronique, la vie continue. En parcourant les autres pages on se fait une idée plus précise de ce qui se passait à ce moment là. On me prête assez souvent une bonne mémoire, c’est sans doute un peu vrai, mais j’ai un truc qui n’est pas infaillible, mais qui aide bien. Je fais souvent une association d’idées. Par exemple, quand l’homme a marché pour la première fois sur la Lune, j’étais en vacances. Alors si on me demande où j’étais en vacances en 1969, eh bien je repense à l’histoire de la conquête lunaire. Je peux même préciser que mon tube de l’été personnel était celui-ci que j’écoutais sur la plage avec un mange-disques. Et aussi que j’avais dragué une fille qui s’appelait Irène. 

Un des gros tubes de l’été c’était celui-ci :

Mais revenons à notre journal. En lisant l’article avez-vous eu une idée du temps qu’il faisait lors du casse ? En lisant les nouvelles, on peut supposer qu’il ne faisait pas soleil. En effet, une tempête qualifiée d’ouragan sévissait sur la Bretagne. Comme Paris n’est pas si loin, quelques effets de cette tempête devaient se faire sentir sur Paris. Maintenant vous pourrez noter, même si de peu d’utilité, que le jour de l’attaque il y avait une tempête en Bretagne. Espérons que Bonnot n’avait pas oublié son parapluie…

Il n’y a pas qu’à la rue Ordener que ça pétaradait…

Une dernière cuite… 


Où l’on reparle d’anarchistes et d’un anarchiste au nom marrant…

Bientôt Noël, on va se faire une de ces bouffe!

Pour anarchistes en voie de reconversion…

Source Gallica, BNF, DP

Bas nylons et boutons

 

Les films qui ont des enfants pour héros forment une classe à part dans l’histoire du cinéma. Les enfants sont les aventuriers auxquels les autres enfants veulent s’identifier dans l’idéal. Plutôt rares sont les films où ils sont presque un mauvais exemple. La Guerre des Boutons en est une belle illustration, bien que prenant racine dans ce qu’il existait assez couramment dans nos belles campagnes de la fin des années 50. Imaginez un monde où il n’y a pas de télévision, d’ordinateurs, de téléphones connectés. Encore plus à l’époque où l’histoire est née de la plume de Louis Pergaud, le poète et écrivain franc-comtois, mort comme soldat en 1915.

Au début des années 60, Yves Robert pour les besoins de son film, la transpose dans une époque plus contemporaine à son film, bien que cela ne se remarque que par quelques détails, l’éclairage public est électrique, des habits « modernes », des allusions faciles à dater dans le temps. Mais cela ne change rien à la destinée du film, les jeux, pas interdits, mais non plus très recommandables des enfants n’ont pas foncièrement changés en 60 ans.

Il y a aussi l’idée assez forte alors, d’appartenir à une communauté centrée autour d’un village, les habitants du village voisin sont presque des étrangers, des ennemis. Sans doute les plus âgés d’entre vous qui ont grandi ailleurs qu’en ville, ont éprouvé ce genre de sentiment. De là à déclarer une guerre symbolique avec quelques gentils fait d’armes, détruire la cabane des « ennemis », ou crever quelques pneus de bicyclette, font partie de ce folklore construit de toutes pièces.

Le roman de Pergaud n’échappe pas à cette ambiance, bien que librement inspiré le film en restitue l’essentiel, le combat entre ceux de Longeverne contre ceux de Velrans. Les prises de guerre sont de véritables trophées, les boutons de culotte ou les bretelles de l’ennemi qui l’obligeront à se balader en tenant leur culottes et fuyant pour ne pas dévoiler leur intimité, comble de la honte. Les expéditions commando pour aller écrire sur les murs du village voisin qu’ils sont des peigne-culs. La quête prudente de la bande qualifiée de couilles molles par l’adversaire pour en savoir la signification.

A côté de vedettes confirmées, Jean Richard, Jacquea Dufilho, Michel Galabru, on notera l’extraordinaire performance de Martin Lartigue dans le rôle du Petit Gibus, le petit de la bande qui veut imiter les plus grands et qui assène au tout au long du film et de ses déboires la phrase culte : si j’avais su j’serais pas v’nu ! Les interprétations des enfants sont d’ailleurs bien moins stéréotypées que celles des adultes, ils sont naturels. Entre un Jean Richard qui vaut ce qu’il vaut en agriculteur et un Jacques Dufilho qui est certainement meilleur ailleurs, le choix est vite fait, on préfère la jeunesse. Les adultes ne sont en quelque sorte que les figurants des enfants, qui n’ont rien à perdre, rien à prouver.

On suit ce petite monde avec fidélité et amusement. Il nous entraîne à sa suite dans un tourbillon de bons mots et de situations cocasses. La guerre locale finit même par s’étendre au monde des adultes, sans doute jaloux de ne pas pouvoir s’amuser avec l’innocence de l’enfance à ces jeux qu’eux mêmes inspirent. C’est à ce moment là qu’ils s’aperçoivent que l’enfance les a quittés pour toujours et que l’été et l’automne de la vie se confondent avec le temps des regrets. Le film se termine sur une phrase qui résume toute la saveur du film : dire que quand on sera grands on sera aussi cons qu’eux !

Le film eut quelques difficultés à voir la nuit des salles, car il ne trouva aucun distributeur en France. Ici on peut encore souligner que le cocorico national salua bien évidemment la réussite du film qui fut un véritable succès en salles, mais que c’est grâce à Warner, boîte américaine par excellence, que le film parvint dans les salles du monde entier. La production elle-même ne doit rien à personne, c’est Yves Robert et sa célèbre compagne, Danièle Delorme, qui l’assument pour le compte d’une maison de production dont ils sont les fondateurs.

Pour ma part, c’est le film que j’ai raté au moment de sa sortie. Je ne l’ai découvert que plus tard avec mes yeux d’adulte. C’est peut être le genre de film qu’il faut justement visionner avec ce regard, ne pas le voir durant l’enfance et le ranger dans les souvenirs qui vont avec, qui s’effacent pour faire place à d’autres guerres. C’est sans doute pour cela qu’il m’a marqué et qu’il est entré par la grande parmi mes classiques de l’écran, avec ceux qui me font toujours rire, même si je sais d’avance à quel moment je vais rire.

Distribution

Les enfants

  • André Treton : Lebrac, le chef des « Longevernes »
  • Michel Isella : L’Aztec des Gués, le chef des « Velrans »
  • Martin Lartigue : Petit Gibus, un gamin de Longeverne
  • François Lartigue : Grand Gibus, un gamin de Longeverne et grand frère de Petit Gibus
  • Marie-Catherine Michonska-Faburel : Marie Tintin, la protégée de Lebrac
  • Jean-Paul Maîtrot (alias Jean-Paul Queret) : Bacaillé, le traître de la bande à Lebrac
  • Daniel Janneau : La Crique, l’intellectuel de la bande à Lebrac
  • Patrick Loiselet : Le gamin de Longeverne qui prononce la réplique culte : « Tu fais honte aux pauvres, Lebrac. C’est pas républicain, ça. »
  • Daniel Tuffier : Le gamin de Longeverne qui cherche ses lunettes lors de la première bagarre avec les « Velrans »
  • Christophe Bourseiller : Gaston, l’enfant qui teste l’insulte « Couilles molles » sur son père
  • Jean-Denis Robert : Le gamin de Longeverne qui transporte La Crique en vélo
  • François Bazinsky : Un gamin de Longeverne
  • Gérard Aubry : Un gamin de Longeverne
  • Claude Bourseiller
  • Jacky Delory
Les adultes
  • Jacques Dufilho : Le père de l’Aztec des Gués
  • Yvette Etievant : La mère de Lebrac
  • Michel Galabru : Le père de Bacaillé
  • Michèle Méritz : La mère de l’Aztec des Gués
  • Jean Richard : Le père de Lebrac
  • Pierre Tchernia : Bédouin, le garde-champêtre
  • Pierre Trabaud : L’instituteur de Longeverne
  • Claude Confortès : Nestor, le facteur
  • Paul Crauchet : Le père Touegueule
  • Henri Labussière : Le paysan sur son tracteur
  • Yves Péneau : Le surveillant général
  • Robert Rollis : Le père de « Migue la Lune »
  • Louisette Rousseau : La mère de Bacaillé
  • François Boyer : Le curé à vélo
  • Bernard Lambert : Le bûcheron

La plupart des enfants acteurs ne firent qu’un bref passage dans le cinéma. Le plus endurant fut le Petit Gibus qui tourna un autre film avec Yves Robert Bébert et l’Omnibus (1963), où il tient un rôle de petite peste  paumé dans le train. par son grand frère, (un tout jeune Jacques Higelin). Martin Lartigue est aujourd’hui retiré dans le Sud et établi comme peintre. 

Autour du film

Le film figure dans la douzaine de films ayant eu le plus d’entrées en salles.

Le film engendra aussi une célèbre chanson « Y’a mon pantalon et qui s’est décousu », un rien grivoise.

Il fut presque censuré aux USA, à cause des très pudiques scènes du nus qui figurent dans certaines scènes.

Le film est connu au japon tant et si bien quûne marque de sous-vêtements et de chocolats portent le nom de Petit Gibus.

La film a reçu le prix Jean Vigo, un pris qui récompense les films à l’esprit indépendant.

Le roman de Pergaud a été adapté plusieurs fois à l’écran, mais la version d’Yves Robert reste sans hésitation celle de référence.

Le Petit Gibus avant et maintenant

Bas nylons, détectives, bobards

En mai 1940 le journal Détective continue de paraître. Bien que les Allemands se fassent de plus en plus pressants, ils n’ont pas encore vraiment envahi la France. La Belgique et la Hollande ont succombé à la fameuse technique de la « blitzkrieg », ce sont des pays occupés. 

La France attend le pire, n’ont-ils  pas déclaré la guerre à l’Allemagne quelques mois plus tôt ? Il est peu probable que l’armée allemande vienne visiter Paris en réservant des places dans le train. Dans l’incertitude, la vie continue et les journaux paraissent.

Dans le numéro de Détective daté de 30 mai, on continue de parler de crimes, de justice, mais sur quelques pages on fait allusion à la guerre, mais plutôt de manière humoristique.

Il y a toujours du comique et des comiques dans les résumés d’histoires de tribunaux.

Dans un climat incertain, comme ici où l’on redoute une invasion, chacun y va de son petit commentaire. Pas besoin d’être soldat pour défendre la patrie, un peu de sens d’observation, un air de soupçon et surtout se fier à ce que l’on raconte. L’ennemi est sans doute très malin et possède une bonne dose de culot, des armes secrètes, et des moyens que seuls des citoyens avisés sont capables de démasquer. Voici quelques uns de ces bobards qui donnent un sens particulier à la « drôle de guerre ».

 

Toutefois dans cette dernière histoire, il y a un petit accent de vérité, un rien anticipé. Il a bien été fabriqué durant la seconde guerre mondiale, un moto destinée a être parachutée. Sous le nom de Welbike, elle pouvait parcourir une distance de 140 avec son réservoir de 3,6 litres à la vitesse maxi de 50 km heure et était pliable. Elle fut construite à quelques milliers d’exemplaires à partir de 1942. Mais son parachutage s’effectuait à l’aide de containers spécifiques, le pilote n’était pas parachuté assis dessus comme les bobards de 1940 le laissent supposer ou le dessin ci-dessus.

Pendant ce temps la vie continue presque normalement en Algérie en cette date du 30 juin, alors colonie française pour ceux qui ignorent tout de l’histoire. La menace est moins directe, l’Allemagne c’est loin. Ils ne semblent pas soupçonner que trois semaines plus tard quand l’armistice sera signée le 22 juin, le territoire sera inclus dans les clauses de l’armistice mais dans ce qui sera considéré comme le zone libre, donc sous le contrôle de Vichy. Elle verra s’établir un gouvernement collaborationniste, atténué par une population civile plutôt de l’autre bord. La déportation des Juifs sera contrecarrée par des citoyens peu enclins à collaborer sur ce plan là, faisant passer souvent les Juifs pour des Musulmans qui n’étaient pas concernés par les lois de Vichy. La situation d’occupation sera plus courte, car des 1943 Alger deviendra la capitale de la France libre, suite au débarquement des Alliés en novembre 1942.

Parcourons quelques infos de ce 30 mai 1940 parues dans L’Echo d’Alger.

Quelques nouvelles optimistes à prendre avec précaution quand on connaît la suite

Un personnage alors très controversé, Léopold III roi de Belgique. Après la guerre, abandonnant tout rôle politique, il créa un fond pour la protection de la nature  qui existe encore aujourd’hui.

Les cinémas offrent leurs attractions. A noter la projection de l’excellent La Belle Equipe de Duvivier et on peut aussi remarquer qu’il y a une première partie, toujours les actualités et souvent un documentaire.

C’est pas encore la semaine de 35 heures… 

C’était le bon temps!

Mesdames à vos fourneaux!

Les bobards seront tôt ou tard piliers de  bars !

Mon apéritif préféré, eh oui…

Source Gallica. BNP, DP