Bas nylons, potins de pellicules et puritanisme

Ciné France fut une de ces nombreuses revues qui s’intéressa au cinéma durant les années 1930. Revue plutôt généraliste, mais qui ne dédaignait pas prendre en compte un cinéma plus intellectuel. Comme dans beaucoup de revues axées sur le cinéma, on y retrouve les petites histoires qui concernent les stars et aussi quelques potins dont tous les lecteurs sont friands, pour autant qu’une vedette en soit l’acteur. Je vous ai sélectionne quelques articles qui offrent une idée de son contenu. J’ai spécialement extrait un article qui concerne un film assez intéressant, mais un peu oublié aujourd’hui, « Le Puritain » de Jeff Musso, sorti en 1938. Ce film est adapté du même roman dont John Ford tira le scénario du « Mouchard » en 1935 avec Victor McLaglen. L’auteur du roman, l’Irlandais Liam O’Flaherty, lui-même cousin de John Ford, est venu sur le plateau du tournage et collabora en direct avec Musso.

L’histoire se déroule dans une ville qui n’est pas nommée et les protagonistes ont tous de noms irlandais, mais nous n’avons pas de peine à imaginer que cette ville c’est Paris, tellement la gouaille des dialogues font qu’il est difficile de se figurer qu’elle se déroule à Rome ou a Berlin.

Plot extrait de wikipédia: en apparence au nom du fanatisme catholique, un journaliste (Jean-Louis Barrault) assassine une femme aux mœurs légères et tente de faire accuser l’amant de celle-ci ; en vérité, il s’agit d’un crime passionnel motivé par un sentiment de dépit. Pierre Fresnay joue le rôle de l’inspecteur de police qui patiemment mène l’enquête. Le meurtrier se fait subtiliser un document compromettant par un fonctionnaire de police après avoir erré dans les rues chaudes de la ville, il avoue son crime avant de sombrer dans un état de démence.

Pour un film qui est un peu rentré dans l’ombre, on ne peut pas donner la faute à la distribution, car elle est assez admirable. Outre Pierre Fresnay déjà auréolé d’une certaine gloire, c’est surtout un des premiers rôles marquants pour Jean-Louis Barrault, parfait dans ce rôle d’hypocrite. Comme bien des acteurs essentiellement tournés vers le théâtre, il trouve un rôle à sa mesure dans ce film. On retrouve également la belle Viviane Romance et son mari d’alors, Georges Flamant, dont on se souvient comme le proxénète dans « La Chienne » de Jean Renoir. Il a bien évidemment un rôle de gars du milieu, sa spécialité, dont un critique avait dit qu’il n’avait pas trop besoin de se forcer pour jouer ce genre de rôle. A noter une apparition de la grande Fréhel et aussi celle de jean Tissier, un savoureux acteur aux rôles excentriques.

Le film obtint le pris Louis-Delluc à sa sortie. Par son histoire pas trop morale, elle choqua les Américains et le film fut interdit dans certains états. Sûrement que les flingues n’étaient pas de marque américaine, il n’en faut pas plus pour choquer certains esprits puritains, comme celui du film.

Une interview de Jean-Louis Barrault à propos de ce film.

http://www.ina.fr/video/I05005881

Extraits de Ciné France

 

Sources Gallica, BNP, DP

Bas nylons et petites satires

La Charrette « Charrie » est une revue satirique qui parut au début des années 1920. Contrairement aux autres avec plus de textes et branchées politique, à travers des dessins elle se moque surtout de la bourgeoise bien pensante et nantie qui n’hésite pas à économiser quelques centimes sur tout et sur rien, tout en ne manquant pas d’analyser les couples qui la compose, en pénétrant très pudiquement dans les vies privées. Quelques noms assez connus y participèrent occasionnellement, plus spécialement des caricaturiste et des dessinateurs humoristiques. Bien que la revue aligne un humour qui peut paraître désuet, elle nous fait penser que ce qui était risible il y a presque cent ans, par transposition ne l’est pas moins maintenant.

Source Gallica, BNF, DP

Bas nylons à travers quelques rêvasseries

Abondance de biens ne nuit pas affirme le proverbe. Il a sans doute un peu raison, mais il a surtout tort dans certains cas. Pour se payer aujourd’hui la vue d’un bas nylon et d’une jarretelle, c’est très simple. Je suppose que je n’ai pas à vous donner de mode d’emploi, car si vous lisez ces lignes, c’est que vous avez une connexion Internet.

Si je remonte 60 ans dans le passé, les choses étaient un peu différentes. On avait sans doute quelques chances d’apercevoir cela « en direct », soit parce que son épouse ou sa petite amie portait des bas, chose qui était absolument courante, accidentellement suite à une jupe un peu trop relevée, un croisement de jambes révélateur, ou une dame qui essayait d’ajuster son bas plus ou moins discrètement. Le spectacle aperçu pour de vrai était naturellement bien apprécié. Pour combler ce manque, il n’existait pas vraiment de palliatif, mais ce n’était pas le désert non plus. Quelques revues coquines existaient, mais pas de manière très visible, il fallait s’organiser pour en trouver. Cela devient plus facile à partir des années 70.

Avant cela, tout était bon à prendre, la moindre suggestion, la plus petite image qui faisait travailler l’imagination était un régal, Dans ce genre, on pouvait y mettre les publicités dans les journaux. Bien que peu ou pas illustrées par des exemples très représentatifs, on peut imaginer que certains regards s’y attardaient.

Remontons le temps, il n’y a pas Internet et vous lisez les journaux, ceux parus il y a longtemps à travers quelques uns de ces spots immobiles, principalement dans les années 50, que j’ai découverts…

Commençons par un texte datant de 1957, sans illustrations mais qui parle du bas. Vous y remarquerez que l’on fait déjà allusion au bas « qui tient tout seul » sans porte-jarretelles. Ce bas existait déjà dans les années 50, mais il faudra attendre encore quelques années pour qu’il devienne vraiment un accessoire beaucoup courant.

 

Bas nylon et retour sur une célèbre fleur noire

L’une des histoires criminelles les plus célèbres est celle du meurtre d’Elizabeth Short, plus connue sous le surnom de Dahlia Noir. Nous allons la revisiter quelque peu, mais sous un autre éclairage.

A la vérité cette histoire fit surtout pas mal de bruit dans la région de Los Angeles et les Etats-Unis, là où elle se déroula en 1947. Il y eut assez peu de retours en Europe dans la presse de l’époque, d’autant plus que depuis les années 30, les USA nous avaient un peu habitués à trouver des cadavres à tous les coins de rues de Chicago ou autres grandes villes. Elle finit quand même par tomber dans un certain oubli. Elle rejaillit un peu dans l’actualité à travers le livre de James Ellroy au nom et à la couleur de la fleur, publié en 1987. Par extrapolation, Ellroy nous fait revivre assez fidèlement la trame du drame à travers des policiers imaginaires. Mais il tente aussi de retrouver dans son récit les traces d’une mère qui est morte dans des circonstances assez identiques en 1958, sans que l’on découvre le coupable. Le livre est surtout fascinant par la manière dont l’auteur décrit la vie américaine d’après guerre. Ce n’est vraiment qu’avec le film de Brian De Palma, sorti en 2006, que ce fait divers connaît une renommée mondiale et que la victime devient presque un phénomène de société.

Un journal d’époque relatant les faits

Rappel des faits :

Le 15 janvier 1947, une mère qui promène son enfant découvre le cadavre d’une femme horriblement mutilé au bord d’une route. La cadavre est littéralement coupé en deux dans le sens de la largeur à hauteur du nombril, les seins portent des traces de brûlures, et le visage massacré est presque méconnaissable. Son identité est assez rapidement établie, il s’agit d’Elizabeth Short. Née en 1924 à Boston, elle est venue tenter sa chance à Hollywood, rêvant de faire cinéma, mais ne semble pas avoir pu obtenir le moindre petit rôle. Selon les canons de l’époque, c’est une assez belle femme, qui s’habille et se teint les cheveux en noir, origine de son surnom de Dahlia Noir. Sa personnalité est décrite de manières assez diverses. Selon certaines sources, ceux qui ne l’aiment pas dira-t-on, c’est une femme plutôt légère, toujours à la recherche d’argent en tapant ses connaissances et semble enfoncée dans un monde où les châteaux en Espagne se construisent aussi vite que les villes américaines. Pour les autres, elle est plutôt gentille, aimable, bonne camarade, avec toutefois une certaine tendance à la rêverie. Le point commun reste une très forte attirance pour tout ce qui porte un uniforme, marins, aviateurs, elle semble avoir eu pas mal d’aventures passagères.

Une photo assez soft du cadavre, d’autres sont horribles

Durant des mois d’enquêtes et après avoir soulevé tous les tapis des appartements du coin à la recherche d’indices, malgré plus d’une cinquantaine d’aveux spontanés de pseudo meurtriers en mal de renommée, le véritable meurtrier n’est pas découvert et l’affaire est mise en sommeil.

Un possible coupable.

Il paraît plus que probable et même certain que toute la vérité n’a pas été dite au moment de l’affaire et certaines choses tues. Des célébrités ont été interrogées sur l’affaire. Beaucoup de rumeurs ont alimenté une certaine presse en mal de sensations, certains salons, mais pas forcément par des ragots simplement inventés.

Une des plus intéressantes pistes fut levée par un policier de Los Angeles, Steve Hodel. A la fin des années 90, il en vient à s’intéresser à cette affaire tout à fait par hasard. Il était encore jeune enfant lors des faits et même s’il a été flic à Los Angeles, il connaissait assez peu cette histoire.

A la mort de son père en 1999, il trie ses affaires et tombe dans un album sur la photo d’une femme qu’il ne connaît pas. Un peu plus tard, il découvre un exemplaire du Los Angeles Time datant de 1947 qui relate l’affaire du Dahlia Noir. Il compare la photo trouvée dans l’album avec celle de la victime. Pour lui, il n’y a aucun doute, c’est la même personne. Sans penser plus loin, il veut savoir pourquoi la photo de Short figure dans cet album.

Steve Hodel, né en 1941, a eu une situation familiale assez compliquée. Sa mère est la première femme du célèbre cinéaste John Houston et la seconde femme de son père George, né en 1907. Houston est un ami de longue date de son père. Ce père est autant fascinant qu’étrange. Il est très cultivé, parle plusieurs langues, le français fut même la langue employée à la maison quand il était jeune. Fils unique, ses parents lui assurent une excellente éducation. Enfant, c’est un musicien prodigue, il  joue du piano avec une telle maestria que le célèbre compositeur Rachmaninoff viendra lui rendre une visite à la maison. Il exerce plusieurs métiers, journaliste, éditeur, il fut aussi étudiant en chirurgie, mais c’est finalement comme docteur en physique et en médecine qu’il est connu à Hollywood. Disons-le, c’est une huile qui fréquente la meilleure société du coin. Très séduisant et cavaleur, il ne compte plus ses conquêtes. Chez lui il reçoit du beau monde, il est très lié avec le célèbre artiste Mann Ray, un des contributeurs au mouvement Dada et au surréalisme. Mais il semble aussi qu’Hodel père est un amateur, avec quelques autres de son entourage, des préceptes du Marquis de Sade. D’un côté plus professionnel, il aurait pratiqué des avortements, un crime aux USA à cette époque, et était aussi spécialisé dans le soin des maladies vénériennes, qui se guérissaient plus difficilement qu’aujourd’hui et qui demandaient surtout de la discrétion quand on est une personne en vue.

En 1949, le scandale éclate. Sa fille Tamara, née de son premier mariage et encore mineure, accuse son père de l’avoir violée et de l’avoir mise enceinte au cours d’une partie fine à laquelle prenaient part des personnalités connues. Le procès eut lieu, mais grâce à l’habilité d’un avocat, sa fille fut accusée de mentir effrontément et d’avoir tout inventé, il est acquitté. Il quitte les USA en 1950 pour aller aux Philippines, y deviendra homme d’affaires, et ne retournera définitivement à Los Angeles que vers la fin de sa vie.

L’endroit où fut trouvé la cadavre, tel qu’il paraît aujourd’hui

Steve Hodel, de tout ça ne se rappelle que de peu de choses. Il l’avoue lui-même, il a toujours plutôt été fasciné pas son père, ne voyant que le côté pile. Quand son père part, il n’a que 9 ans. Sa mère qui est séparée de son père depuis 1944, est devenue alcoolique. Tantôt elle a la garde des enfants, Steve et son frère cadet, tantôt c’est le père qui s’en occupe. Ce n’est pas une entente tacite entre les parents, mais plusieurs fois la mère est accusée d’avoir abandonné les enfants, donc c’est le père qui s’en occupe. Il en a d’ailleurs les moyens, tandis que la mère est pratiquement sans ressources. Le père une fois parti c’est une vie d’errance pour la mère et les enfants. Les déménagements, on arrive pas à payer les termes, sont quasi continuels. Steve finit tant bien que mal son adolescence et décide d’entrer dans la police de Los Angeles en 1963, après avoir été dans les troupes sanitaires à l’armée, notamment aux Philippines où il rencontre son père. Les retrouvailles sont cordiales, mais sans plus.

A la police, il devient un brillant officier enquêteur où il est responsable de l’arrestation de plusieurs grands criminels. En 1986, il quitte la police et s’établit comme détective privé.

Ce n’est qu’après la mort de son père en 1999, comme nous l’avons vu au début, qu’il est intrigué par le meurtre du Dahlia Noir. Il veut savoir pourquoi au moins deux photos d’elle se trouvent dans l’album photo privé de son père. Il remonte plus de 50 ans en arrière et réétudie toute l’histoire du crime, fouillant les archives, interrogeant les témoins encore en vie, sa propre famille. Il mène un vrai travail d’enquêteur, c’est aussi son ancien métier, et il amasse une multitude d’indices.

Ce qu’il découvre petit à petit, ne tardera pas à l’édifier. Il constate que selon toutes les probabilités, son père est l’assassin du Dahlia Noir et peut-être même un tueur en série. Il conclut que s’il ne fut jamais arrêté c’est qu’il a bénéficié de protections bien placées, de gens qui n’avaient pas trop intérêt à ce qu’il parle. Un vrai pot de goudron qui montre assez bien toute la corruption qu’il pouvait y avoir dans de police de Los Angeles des années 40, et qui d’ailleurs était réputée pour cela.

Raconter ceci en détail serait trop fastidieux, mais Steve Hodel le fait très bien dans son livre qui est un vrai polar et sans doute une des plus sûres sources en ce qui concerne cette affaire.

Quoiqu’il en soit de la vérité sur l’assassinat du Dahlia Noir, il est une certitude, rarement un crime n’a été commis de manière aussi horrible, la victime est morte dans d’atroces souffrances, à petit feu d’enfer est une expression qui convient très bien.

Dans toutes les théories sur les endroits hantés, si ils existent vraiment, on s’accorde en général pour admettre que les lieux où se sont déroulés des faits sordides, sanglants, ou malheureux, sont plus concernés par les manifestations dites surnaturelles.  Je m’y intéresse depuis longtemps et à vrai dire je n’ai jamais vu de fantômes mais j’ai quand même un ou deux solides témoignages de personnes confrontées à des manifestations du genre. Je vous en cite un dans lequel je suis indirectement concerné.

Je dormais chez des amis dans un appartement situé dans une maison assez ancienne, dans un grande ville bien connue. J’avais participé à une exposition dans laquelle mon ami et sa copine étaient exposants. Le soir, nous avons démonté le stand et rapporté le matériel dans son magasin. Nous étions plutôt fatigués, mais nous avons mangé et bu quelques verres, sans trop exagérer, ensuite dodo. Quand ce n’est pas mon lit, j’ai toujours un peu de la peine à bien dormir. Au cours de la nuit, il était vers les 2 heures, dans un demi sommeil, il m’a semblé que l’on se déplaçait dans la chambre, le parquet grinçait et je me suis réveillé pour constater qu’il n’y avait personne. J’ai pensé avoir rêvé.

La matin au petit déjeuner quand ils me demandèrent si j’avais bien dormi, me rappelant de cette histoire et en voulant plaisanter, j’ai dit à mes hôtes qu’il y avait un fantôme dans leur appartement. Je ne croyais pas si bien dire, car il m’affirmèrent qu’il y avait bien quelque chose comme cela. A diverses reprises et jamais ensemble, ils avaient vu la silhouette d’une femme en pantalon rouge qui passait subrepticement dans le corridor de l’appartement. Chacun pensait avoir eu des visions avant que l’un en parle et que l’autre dise avoir vu la même chose. Intrigué, j’ai demandé à mon ami de se renseigner dans le quartier s’il ne s’était pas passé quelque chose de spécial dans cette maison. Quelques temps plus tard, s’étant renseigné, il m’a dit  qu’une trentaine d’années avant, il y avait eu un violent incendie dans cette maison. Je n’ai pas pu avoir de renseignements supplémentaires. Mais le fait est qu’il s’était passé quelque chose d’inhabituel dans cette maison. 

Qu’il existe un fantôme du Dahlia Noir, cela est possible en considération de ce que j’ai dit ci-dessus. Même s’il s’agit d’une légende, elle est bien entretenue. Steve Hodel a retrouvé le seul document filmé qu’il existe probablement d’Elizabeth Short. C’est un document filmé par hasard dans les rue de Hollywood, le 15 août 1945 quand les Américains fêtent la fin de la guerre avec le Japon.

C’est vers la 40 ème seconde. Si ce n’est pas elle, c’est très ressemblant, c’est presque sûr !

Le lieu où les personnes disent avoir vu le fantôme d’Elisabeth Short est l’hôtel Biltmore, luxueux endroit à Los Angeles, dernier lieu connu où à séjourné la victime selon certaines sources de l’enquête, pas celle de Steve Hodel qui se pose en faux sur cette affirmation. Mais qu’importe, la légende étant ce qu’elle est, le fantôme ne se manifeste qu’au Biltmore, du moins c’est là que son apparition semble avoir été vue par des témoins qui croient la reconnaître. Cet hôtel est par ailleurs assez réputé par les chasseurs de fantômes, car il semble y en avoir plusieurs, celui de Dahlia est le plus célèbre.  

L’hôtel Biltmore dans les années 40

Les premières traces de ses apparitions remontent aux années 60. Il n’y a pas vraiment un endroit précis où elle apparaît, toutefois les ascenseurs semblent être son lieu de prédilection. Une constante dans les témoignages, son visage est bouleversé et semble cherche de l’aide. Voici un de ces témoignages :

Un homme voulut prendre l’ascenseur et pénétra dans la cage en désirant monter à l’étage 8, mais il constata que le 6 était déjà sélectionné. Il s’aperçut qu’il n’était pas seul, une femme avec des cheveux très noirs et un semblant de sourire s’y trouvait déjà. D’après le témoin, elle était extraordinairement belle, très classe et vêtue de noir. Arrivé au sixième, pensant qu’elle voulait partir, il se mit de côté pour la laisser sortir, mais elle ne bougea pas. Il lui signifia que c’était son étage, alors la femme eut l’air de se réveiller et sortit. Le témoin eut la sensation d’un courant froid qui se déplaçait avec elle. Une fois dehors la femme se retourna et fixa l’homme avec des yeux désespérés semblant lui demander de l’aide. Pensant qu’elle avait un problème, la porte s’étant refermée, il actionna le bouton d’ouverture, mais la femme avait disparu.

C’est bien sûr à prendre avec des précautions, mais un fait semble intéressant. Dans les manifestations parapsychologiques, la sensation de froid est très souvent présente.

Etrange destin que celui du Dahlia Noir, elle qui voulut devenir célèbre ne réussit pas à le faire de son vivant. Depuis sa mort, le monde entier ou presque a entendu prononcer son surnom. Elle exerce toujours une fascination qu’elle a payé fort cher. On se demande comment des êtres humains peuvent en arriver à de pareilles exactions. Il y a en chacun de nous une part d’ombre, il faut juste éviter de la réveiller, je crois que sans déplacer les montagnes on doit pouvoir y arriver. 

 

Bas nylon et un bagne bien poivré

Un bagne qui ne manque pas de poivre 

Le présent article n’a pas le but de vous parler du bagne du Cayenne sous tous ses aspects, mais d’en présenter un résumé en guise d’introduction à une affaire criminelle qui remua et passionna la France à la fin des années 20.

Dans l’imagerie populaire, Cayenne c’est le bagne. La réalité est un peu différente, car on désigne sous le nom de Cayenne un ensemble de lieux qui avaient bien la même vocation, punir, mais qui se situent dans la réalité à des endroits différents, parfois distants de dizaines de kilomètres.

La Guyane est une des nombreuses colonies que possédait la France en des temps reculés, mais qui reste encore aujourd’hui un département français. Cayenne était le nom le plus couramment usité pour le désigner dans son ensemble, en entendant ce mot tout le monde l’imaginait à peu près géographiquement sur la carte. Dans la réalité, la guyane se situe en dessus de la pointe nord du Brésil, avec à sa gauche, le Suriname, ancienne Guyane Hollandaise. Elle est baignée à l’est par l’océan Atlantique. Sa position est juste un peu en dessus de l’équateur.

La première implantation française remonte au début de XVI siècle sous Louis XII. Ce n’est que plus d’un siècle plus tard que Cayenne est fondée. Elle ne prendra vraiment vocation de bagne qu’après la révolution, pour les prisonniers politiques, et sera vraiment officialisé par Napoléon III après 1850. A partir de là, ce sera le bagne tel que nous le connaissons. Il sera progressivement fermé et abandonné entre 1938 et 1952.

Avec des fortunes diverses, les colonisateurs s’accaparèrent de territoires qui devenaient selon la chance paradis ou enfer. Pour la France, ce fut plutôt l’enfer, d’une part pour ceux qui y séjournèrent en tant que bagnards et de l’autre par le peu de facilité pour en faire un endroit habitable. Les temps modernes ont passablement changé la donne, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Sous ces latitudes la nature règne en maîtresse, tout est luxuriant mais rempli de pièges comme les animaux, insectes, passablement dangereux pour l’homme. Les maladies du type fièvres y sont courantes, la lèpre y est présente. C’est juste si quand on construit une route dans la forêt vierge, les arbres ne repoussent pas immédiatement derrière. Ceux qui ont lu le livre de Raymond Maufrais, disparu pendant une exploration dans la forêt du Guyane, ainsi que celui de Paul Thomas qui se lança sur ses traces savent à quoi s’en tenir. C’est un paradis déguisé en enfer.

Devant ces difficultés, les candidats à l’émigration n’étaient pas tellement nombreux, et une des idées en y installant une bagne fut de le peupler, en forçant les détenus condamnés à la double peine d’y séjourner définitivement. La double peine s’appliquait à ceux qui avaient fini leur peine et devaient rester sur place en temps égal à celui de leur condamnation. Ceux condamnés à 8 ans ou plus étaient définitivement bannis de la métropole, sans espoir de retour. On prévoyait certes de leur fournir des lopins de terre pour y installer des cultures diverses, de se marier, de faire venir sa famille, mais cela ne fonctionna jamais réellement. Environ 2000 femmes furent condamnées au bagne, elles étaient bien sûr dans un camp séparé. Rester au bagne, c’était y crever plus ou moins rapidement.

Même avec l’arrivée des bagnards, des centaines par année, la population locale a de la peine à croître, tant le taux de mortalité y est effrayant. Il faut bien penser que l’administration pénitentiaire n’a pas pour but de faire de la philosophie, un mort là-bas c’est juste une ligne dans un registre, on ne recherche pas la cause. Ainsi il s’établira une loi en dehors de celle du bagne,  qui profitera à certains au détriment des autres. Le fait d’avoir de l’argent permettra aux plus combinards d’avoir des postes peinards ou de profiter de nombreux avantages que la bagne n’offre en principe pas.

Les différentes prisons du bagne, aussi dit la guillotine sèche, se trouvaient principalement en trois lieux, auxquels étaient subordonnés de nombreux petits camps aux missions différentes :

Cayenne proprement dit se situe vers le milieu de la côte atlantique.

Saint-Laurent-du-Maroni, est beaucoup plus au nord, c’est là que débarquaient les bagnards partis de l’île de Ré.

Les îles du Salut, Royale, Diable, Saint-Josepf, à une dizaine de kilomètres de la côte au nord-est de Kourou.

Les îles du Salut. C’est plutôt des îlots. De gauche à droite Royale, Saint-Josepf, Diable.

Aller au Bagne

Pour finir au bagne, il fallait ne pas être condamné à mort. Il suffisait d’une condamnation pour meurtre, vol à main armée, et autres délits de droit commun. Ces prisonniers étaient soumis à la peine du doublage.

Les récidivistes condamnés à des peines plus légères pouvaient aussi y être envoyés. Selon les époques, il suffisait de quatre sentences à trois mois de prison ou plus pour devenir ce qui s’appelait un relégué, c’était l’exil à vie. C’est cette catégorie qui fit le plus militer pour l’abolition du bagne.

On pouvait aussi y aller pour des raisons politiques, complot, trahison, espionnage, Le plus célèbre fut le capitaine Dreyfus.

Arriver et vivre au bagne

L’arrivée à Saint-Laurent-du-Maroni, après trois à quatre semaines de navigation, était une étape transitoire. C’est le tri pour l’acheminement vers d’autres lieux. Seuls quelque chanceux pouvaient espérer y rester, le plus souvent pour des travaux administratifs, en général des hommes considérés comme peu dangereux et ne cherchant pas à s’évader. Ils avaient une certaine liberté de mouvement. C’était les plus chanceux.

Ceux dont on soupçonnait qu’ils tenteraient de s’évader, les récidivistes en la matière, étaient envoyés aux îles du Salut. Les îles étaient protégées naturellement par un courant très violant qui empêchait toute tentative de nager et de plus les requins n’y étaient pas rares.

Quand aux autres, ils étaient acheminés dans les divers camps, mais sont soumis au travail obligatoire, ce qui est souvent synonyme de mort lente selon les endroits où ils atterrissent.

Quelques vestiges du bagne

Cette photo est probablement une mise en scène pour touristes en mal de frissons. Les exécutions avaient lieu devant les détenus rassemblés afin d’impressionner.

Le bagne comme tout endroit qui vit avec un regard posé sur lui, a ses célébrités. On se rappelle de Papillon, Seznec, Dreyfus. Ces personnages écrivirent une page de son histoire, Papillon et son très controversé livre, Seznez qui n’aurait jamais dû y aller, Dreyfus qui fut broyé par la machine militaire. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, le bagne ne fut pas réservé aux seuls personnages de modeste extraction avec un passé plus ou moins reluisant. A travers un cas un peu moins célèbre que les autres, nous allons voir que les bons bourgeois firent parfois le même voyage, Charles Barataud fut l’un d’entre eux. L’affaire Dreyfus divisa la France en deux, les pour et les contre, on peut aussi y lire, les pro et antisémites. Celle de Barataud mobilisa les petites gens contre les bourgeois, à la limite du clash social.

La ville de Limoges est pour toujours associée à la fabrication de la porcelaine. C’est justement dans une famille de la bourgeoisie locale qui fait des affaires dans cette industrie que naît le protagoniste des faits, Charles Barataud. Il naît en 1895 et l’on peut dire que les fées se sont bien penchées sur son berceau. Sa voie est toute tracée, il finira dans la gestion de l’entreprise familiale, tout en ayant fait les études recommandées aux fils de bonne famille. Il est officier de réserve et fréquente bien évidemment la haute société locale. Cette vie en apparence facile a aussi ses revers, la recherche de plaisirs nouveaux, sans trop d’interdits, l’amène a avoir une personnalité ambiguë.

Il consomme de la cocaïne, de l’héroïne, il est adapte du sexe libre, c’est un partouzard comme on dirait aujourd’hui. Il est aussi homosexuel, du moins il est bisexuel. Entre gens du même milieu on aurait tendance à croire que tout est permis, quelques billets de banques suffisent à faire taire le service des réclamations.

En 1927, le destin le rattrape, il est soupçonné du meurtre d’un chauffeur de taxi, affaire qui ne sera jamais complètement éclaircie. La justice désirant l’entendre sur ces faits, il avoue immédiatement. Il demande une seule faveur, celle de voir une dernière fois son père avant de se soumettre aux formalités. On ne saurait refuser cela à un haut personnage local, et on l’emmène au domicile familial. On lui accorde quelques minutes et la police sous la forme de deux inspecteurs, attend sagement dans le hall d’entrée, lorsqu’un coup de feu retentit. On se précipite et on découvre que Barataud vient de tuer son amant, Bertrand Peynet. « Nous avions décidé de mourir ensemble, je l’ai tué, je devais me suicider, mais je n’en ai pas eu le temps, ni le courage », déclare Barataud.

Par la suite, il niera toute implication dans la mort du chauffeur, sans être tout à fait convaincant. Pour la justice, pas trop besoin de chercher trop loin, le meurtre de son amant est suffisant pour l’amener en cour d’assises.

Le procès qui débute à fin mai 1929, se pose vite en lutte des classes. On peut soupçonner la justice de faire preuve de tact lors de son déroulement, plus que si l’accusé avait été le dernier des derniers. Et puis la famille est, comme on dit, honorablement connue et tout ce beau monde, famille, juge, avocats, se connait bien. Pas question de faire d’esclandre, mais on ne peut quand même pas passer l’éponge. A travers son procès, c’est celui de la bourgeoisie toute entière, décadente et meurtrière, qui se fait et l’acte d’accusation est chargé. La fureur populaire faillit prendre d’assaut la prison de Limoges.

Dans le Petit Journal on parle du début de son procès. Il décrit assez bien ce que le personnage est devenu, un personnage qui est loin de sa superbe passée.

Dans l’Humanité, le ton est complètement différent, la principale accusée est la bourgeoisie.

Le procès n’éclaira pas grand chose, certains pensèrent que le meurtre de Peynet servit à cacher des choses beaucoup plus inavouables. Certains penseront que l’on ne chercha absolument pas d’approfondir le cas, qui sait même si parmi l’accusation, certains avaient un intérêt plus que certain à en rester là. On réussit quand même à lui trouver des circonstances atténuantes, on peut se demander lesquelles, probablement une pirouette pour ne pas les condamner à mort. Il n’échappa pas pour autant au bagne, auquel il fut envoyé à perpétuité.

Ce qu’il advint de lui, on le sait assez bien. Il atterrit à l’île Royale, celle où les détenus à surveiller de près sont incarcérés. Son instruction lui permet d’être commis aux écritures chez le commandant-adjoint. Il suscite bien évidemment le curiosité, on le sollicite, on sait qu’il a de l’argent ou on le suppose, mais il est aussi la cible de ceux qui ont des comptes à régler avec une certaine bourgeoisie. Il n’est pas vraiment préparé à subir ce genre de sort, mais il n’a pas d’autres moyens de l’éviter. Assez bizarrement, gracié en 1948, il préféra rester à Cayenne, mais il a ses raisons. Cela lui permet d’assouvir plus tranquillement son homosexualité, là-bas on est moins regardant et puis sa famille l’a bien sûr renié. Il mourut en 1961 sans avoir révélé d’autres secrets.

Avec le recul, il faut bien constater que le bagne n’est pas la page la plus glorieuse de l’histoire de France. Ceux qui finirent au bagne sont le plus souvent les victimes de pas de chance. Je ne suis pas un partisan du tout est excusable, mais il y certainement des déportés qui firent ce grand voyage sans autre raison que celle d’une justice implacable pour les plus démunis. Le journaliste Albert Londres, qui fut un pionnier de la suppression du bagne, mit en lumière que c’était bien pire que ce qu’imaginait le simple citoyen honnête.

Source Gallica, BNF, DP

Bas nylon et Noël en catastrophe

Nous avons vu dans un précédent post la catastrophe ferroviaire de la vallée de la Mauricienne qui est à ce jour la plus meurtrière du chemin de fer en France. Il y a en une autre qui fit un nombre considérable de victimes 16 ans plus tard. Pour cause de secret militaire, la première fut plus ou moins passée sous silence. Par contre le seconde fut amplement documentée, car il s’agissait d’un accident civil. Mais comme nous le verrons, on ne peut pas affirmer avec certitude que la première servit à éviter la seconde, au moins au niveau du matériel encore trop vétuste. Elle frappa d’autant plus les esprits qu’elle se produisit deux jours avant Noël.

C’est bien connu la période de Noël est l’occasion pour les familles de se retrouver pour fêter ensemble. Il suffit d’imaginer dans une ville comme Paris qui si un habitant sur dix décide de partir en banlieue dans sa famille, ou inversement un habitant reçoit sa famille à Paris, cela fait pas mal de monde en déplacement. En 1933, chaque famille est encore loin de posséder sa propre voiture, de plus si on possède une voiture, les routes en décembre sont plutôt glissantes par suite d’enneigement et les moyens à disposition pour le déblaiement sans doute assez archaïques par rapport à aujourd’hui.

Le train constitue alors le moyen de déplacement idéal et presque incontournable. Pas trop difficile d’imaginer que dans les gares c’est un peu la pagaille, les trains sont pris d’assaut et on a atteint la limite de saturation du circuit du fait de nombreux trains supplémentaires prévus.

La compagnie concernée est ici la Compagnie des chemins de fer de l’est, ce n’est pas encore la SNCF qui sera mise en forme à partir de 1938. Sa gare de trafic est bien entendu la gare de l’Est. Ce 23 décembre le temps est exécrable, il gèle et il y a du brouillard. La logistique chargée de préparer les rames pour les amener à quai à l’air insuffisante et débordée. il y a des retards jusqu’à deux heures.

A 19 h 22, l’express no 55 Paris-Nancy au départ initialement prévu à 17 h 49 quitte la gare. Il est suivi neuf minutes plus tard par le rapide 25bis Paris-Strasbourg. Les deux trains empruntent le même parcours. Pour l’instant, c’est un tronçon à 4 voies avec signalisation lumineuse automatique qui prend fin à après la gare de Vaires à l’est de Paris.

C’est justement cette signalisation qui semble avoir posé problème. Alors il n’est pas inutile de rappeler quelques principes du fonctionnement de cette signalisation et ce qu’elle était à l’époque. Aujourd’hui dans la plupart des pays, la signalisation est automatique et lumineuse et de manière générale on retrouve les mêmes schémas. Les exemples ci-après correspondent en gros à la situation qui prévalait au moment de l’accident. Depuis la situation a passablement évolué, on rencontre par exemple des feux qui clignotent, des feux en étoile qui sont valables pour certains types de trains et pas d’autres. Aux couleurs de base s’ajoutent le blanc et le violet.

Résumé de prescriptions en 1933.

Rouge c’est un arrêt obligatoire.

Jaune, veut dire attention, indique principalement que le signal suivant est rouge, donc il faut commencer à ralentir. Combiné avec d’autres feux ou doublé, il peut dire qu’il faut adopter une certaine vitesse prescrite pour prendre un embranchement par exemple. En dehors des gares, un signal qui doit agir comme signal d’arrêt absolu est toujours précédé d’un signal avancé, entre 1000 et 1300 mètres qui lui indique l’état du signal suivant, la mécanicien doit pouvoir freiner à temps le cas échéant.

Vert, la voie est libre, sauf bien sûr les éventuelles restrictions ou limitations de vitesse.

Chaque voie est divisée symboliquement en cantons ou blocks dont un signal à sa fin est la frontière à franchir, feu vert ou orange, ou à ne pas franchir, feu rouge. Selon les voies et l’importance du trafic ce canton est plus ou moins long, mais la distance est calculée afin que chaque convoi qui doit s’arrêter dans le canton suivant puisse le faire aisément. Avec la signalisation automatique, il est théoriquement impossible d’accéder au canton suivant si le signal avancé de ce canton est jaune, et le suivant rouge. En cas de surcharge ou d’imprévu, l’impossibilité de circuler peut remonter jusqu’à la gare précédente, dans ce cas le train ne quittera pas cette gare. Sur une ligne peu fréquentée avec de grandes distances entre les gares, les cantons peuvent se mesurer en dizaines de kilomètres. Il n’y pas de raison de ne pas faire partir un train si le train précédent est déjà arrivé à la gare suivante ou si le canton est libre sur une ligne où il y a un train toutes les heures ou plus.  Ce n’est pas trop le cas en France et en Europe, le circulation est dense et les gares assez rapprochées. Dans les cas de voie unique, ce sont en général les gares qui servent de fin ou limite de canton. Voyons un cas avec une gare A et B et un train Y et Z et W

Si le  train Y n’a pas atteint la gare B suivante :

Le signal de la gare A reste rouge pour le train Z, si le train Y n’a pas franchi le signal d’entrée de la gare B.

Le feu de la gare A sera vert, si le train Y a franchi le signal d’entrée de la gare B ou est dans la gare B, le signal d’entrée de la gare B sera rouge, le signal avancé de la gare B sera jaune.

Si le train est parti de la gare B, tous les feux peuvent être mis au vert pour le train Z, sauf celui de sortie de la gare B si le train Y n’est pas encore dans la gare C ou franchi son signal d’entrée.

N’oublions pas que si un train W arrivant en sens inverse, de la gare B vers la gare A, le feu sera rouge pour le train Z, tant que le train W ne se sera pas arrêté ou franchi la gare A.

Sémaphores allemands, la forme est un peu différente mais la fonction la même. Ici le signal est ouvert pour la voie du milieu et fermé pour la voie de droite. De manière générale, le signal est posé coté extérieur de la voie, à droite s’il y a plusieurs voies qui sont parallèles. Toutefois chaque compagnie peut avoir des règlements qui lui sont propres. De manière simplifiée le mécanicien doit pouvoir identifier du premier coup d’oeil quel signal le concerne.

Types de sémaphores anciens des chemins de fer français

Nous avons vu plus haut qu’à partir de la gare Vaires, les signaux automatiques lumineux étaient remplacés par les fameux sémaphores à palette. Ce système de signalisation archaïque était en phase d’être remplacé, mais ce n’était pas encore le cas partout. En gros, la palette levée signifiait vert et la palette baissée rouge, parfois avec une double palette, l’une levée et l’autre baissée était l’équivalent d’un avertissement. Il y avait bien un système de couleurs, mais éclairé par une lampe à huile avec un code couleur différent et surtout peu visible la nuit. Ces signaux étaient annoncés au mécanicien par un panneau en tôle en dehors des gares. En pratique, il y avait aussi sous les locomotives des patins, dits crocodiles, qui devaient transmettre au mécanicien, par le courant électrique actionnant un sirène, qu’un signal était rouge. On employait aussi des pétards pour ce genre d’informations qui devaient éclater sous la locomotive lors de son passage. Comme on peut le comprendre et par rapport à la technologie moderne, tous ces systèmes étaient rudimentaires, mais cela pouvait passer comme moderne en des temps plus reculés. Malgré toute la modernité des systèmes de sécurité d’aujourd’hui, les accidents de train n’ont pas complètement disparus. Le système des sémaphores n’est pas encore abandonné partout, certains lignes en sont encore équipées. Combinés à une signalisation lumineuse performante le jour, ils offrent l’avantage à un mécanicien de voir de loin l’information du signal si la voie n’est pas exactement alignée avec le signal. 

Pas mal de trains à cette époque étaient encore tirés par des locomotives à vapeur. Ces dernières étaient conduites par deux personnes, un chauffeur et un mécanicien. Le chauffeur était surtout occupé à remplir la chaudière, tandis que le mécanicien s’occupait de la conduite et c’est lui qui mettait le nez à la fenêtre et observait ce qui se passait devant la locomotive et en bord de voie. Vous pouvez imaginer la difficulté de conduire une locomotive, pas seulement au niveau technique mais pratique. A l’intérieur il fait plutôt une chaleur à crever et au dehors la température est en dessous de zéro comme ce fut le cas ce jour-là. Mettez votre tête par la fenêtre de votre voiture quand vous roulez à 100 par ce genre de froid et, c’est le cas de la dire, vous en prendrez plein la gueule ! Lui est obligé, il doit observer la signalisation tout en surveillant sa machine, température de la chaudière, pression d’eau etc…

Donc il fait nuit, il y a du brouillard et le train file, nous sommes après la gare de Vaires. Un omnibus est en train de se manoeuvrer dans l’évitement de Pomponne sur une voie secondaire, trois kilomètres avant la gare de Lagny. Le signal du canton est fermé et le train no 55 arrêté. Jusque-là tout va bien. La voie est libérée et le 55 se remet en marche. Arrive le train no 25, celui parti un peu plus tard de Paris. Lui est en plaine vitesse, entre 90 et 110 km/h, il n’a pas vu vu les signaux ou ceux-ci n’étaient pas fermés. Il percute le train en mouvement d’accélération et c’est le drame.

Le choc est terrible. La locomotive du 25 pulvérise le fourgon de queue et les quatre voitures qui le précèdent, et est soulevée par la ferraille qui constitue l’armature de ces wagons avec des cages en bois. Les occupants sont écrasés parmi les débris. Dans une catastrophe il arrive quelquefois un coup du destin qui permet de ne pas aggraver le malheur. Un incident technique mais opportun, suite au choc, ferma involontairement le signal à un train qui arrivait en sens inverse.  Il réussit à s’arrêter juste avant le lieu de choc.

Les secours arrivèrent dans un laps de temps que l’on peut considérer comme correct pour les premiers arrivés sur place, l’accident fit un tel fracas qu’il s’entendit loin à la ronde. La plus gros problème fut que l’endroit était plongé dans la nuit noire, il fallut d’abord pourvoir à un éclairage de secours et de fortune. Dans l’immédiat, on alluma des feux avec les débris de bois qui jonchaient le sol. Si on ne pouvait plus rien faire pour les personnes écrasées dans la queue du train, il y avait de nombreux blessés, certains très gravement, dans le reste des convois. Un tel choc n’est pas subi de manière innocente par les passagers. Certains sont projetés dans tous les sens et se heurtent aux parois, au sièges des wagons, ou projetés à terre. Des objets, des valises, sont autant de projectiles qui peuvent blesser de manière sérieuse.

Un témoin raconte : « de la queue du train montaient des hurlements comme je ne pensais pas qu’il put en sortir de gosiers humains ».

On s’organise tant bien que mal dans le froid, la températures est -5 degrés. L’état de choc additionné de froid glacial fait aussi des victimes ou aggrave l’état des blessés. Des secouristes, certains improvisés, font ce qu’ils peuvent. On mobilise toutes les ambulances possibles, des trains ramènent des blessés sur Paris dont certains meurent pendant le voyage. La salle des bagages de la gare de l’Est sert d’entrepôt aux cercueils. L’endroit devint un point de ralliement pour les curieux, mais surtout pour les familles qui pouvaient penser qu’un des leurs figurait parmi les victimes. Un important service d’ordre faisait le tri aux entrées.

Au petit jour, on put se faire une idée plus précise de l’immense étendue des dégâts. On estima tout d’abord le nombre de morts à un centaine faute de renseignements plus précis. Mais au fil des heures, le bilan s’alourdit pour s’arrêter au chiffre officiel de 214 morts et plus de 300 blessés.

Dès le lendemain la presse se fit l’écho du drame, d’abord de manière succincte, puis de manière plus précise et on en vint ensuite à rechercher les causes du drame, d’autant plus que des politiciens connus étaient parmi les victimes ou les blessés. Cela peut aider à y voir plus clair et plus rapidement.

Dans le Figaro du 24 décembre, on mentionne l’accident de manière résumée, on ne connait que les gros détails. Selon les journaux, on annone tel ou tel nombre de victimes. Mais tous s’accordent à admettre qu’il y a au moins une centaine de morts.

Le lendemain, jour de Noêl, le Figaro fait un récit plus détaillé du drame sur plusieurs pages. On commence à se poser quelques questions sur les causes. Même un an après, lors du procès, on avait toujours des doutes. J’ai choisi les plus significatifs.

 

 

 

Dans L’Humanité le ton est bien évidemment différent. On met le doigt là ou ça fait mal, il n’est pas inutile de se poser les questions autrement. Que tout aie bien fonctionné ou pas, il y a un une certitude, il y a plus de 200 morts. Une partie des articles porte la plume de Louis Aragon, qui ne fut pas qu’écrivain ou poète, mais aussi journaliste.

Il apparut très vite que la signalisation était la clé de l’accident, avait-elle ou n’avait-elle pas fonctionné correctement, toute la question était résumé dans ces quelques mots. Les conditions atmosphériques, mauvaises mais pas extrêmes, furent longtemps discutées. Il fallut quant même envisager que la commande de fermeture mécanique des signaux avait pu être bloquée par le gel. De même, les crocodiles recouverts d’au moins 3 centimètres de glace avait pu empêcher le courant déclenchant l’avertissement de ne pas passer correctement ou pas du tout. Un fait certain qui met la compagnie ferroviaire en cause est que la technique dite du « pétrolage » qui évitait la formation de glace sur le crocodile avait été abandonnée à titre d’essai.

Une année plus tard, lors du procès, la compagnie essaya de se blanchir en affirmant que tout était en ordre et avait fonctionné correctement, que le mécanicien de la locomotive du 25, toujours vivant, était le seul responsable. De nombreux témoins à décharge affirmèrent au contraire que la probabilité d’un mauvais fonctionnement était envisageable. Un ingénieur de la compagnie dut reconnaître que ce jour-là les crocodiles éraient recouverts de glace, ce qui empêchait le passage du courant. De plus, la boîte témoin de l’envoi du signal d’avertissement n’avait rien enregistré.

Le procureur fut assez impartial dans son réquisitoire, il fit part de sa conviction intime que les signaux étaient fermés, il proposa une condamnation avec les plus larges circonstance atténuantes tout en affirmant que s’il y avait un doute, si minime soit-il pour les jurés, celui-ci devait profiter à l’accusé.  Le jugement alla dans le sens du procureur, admettant qu’il y avait effectivement un doute sur le fonctionnement de la signalisation. Le mécanicien fut acquitté. Personne ne fut réellement mis en cause du côté de la compagnie, du mois de manière officielle.

Comme toujours, on fit des belles promesses sur la sécurité et on promit de l’améliorer. Cependant ce n’est que trente ans plus tard, que les fameux wagons en bois si fragiles en cas de choc, furent enfin définitivement mis à la casse.

Souces Gallica, BNF, DP

Bas nylon et insolite

Quand l’insolite rôde autour de nous

Sans que nous nous en rendions toujours compte notre vie frôle parfois l’insolite, pas seulement la nôtre mais aussi celle des autres. Quand vous avancez en âge vous avez en principe de plus en plus de souvenirs, c’est normal. Les personnes qui ont une bonne mémoire peuvent acquérir une bagage culturel assez considérable, pour autant qu’elles veuillent bien s’intéresser à autre chose que la banalité de la vie quotidienne.  Au fil du temps qui passe, les souvenirs s’accumulent, rangés dans un coin de notre cerveau. Ils sont là, certains n’en ressortiront pourtant jamais à moins que…

Vous avez peut être fait ce rêve une fois dans votre vie.

Vous rêvez d’une personne que vous n’avez pas vue depuis une éternité. Même pendant des dizaines d’années, vous n’avez jamais une seule fois pensé à elle. Vous l’aviez oubliée et pourtant elle revient dans votre esprit tout d’un coup, dans un rêve en plus. Pourquoi ?

Sans être une expérience transcendantale, c’est quand même un peu bizarre. Après tant d’années, on ne sait pas pourquoi, votre cerveau vous a choisi cette personne précisément. Il serait intéressant d’avoir une réponse sur ce qui mène à pareil cheminement dans les recoins de notre mémoire.

Avant de décéder une quinzaine de jours après, mon père a été victime d’une attaque cérébrale. Le jour suivant, je suis rentré à la maison après un voyage. Je ne me doutais de rien, ceci d’autant plus que je avais eu mon père au téléphone deux jours avant, je m’attendais à retrouver tranquillement mes parents tranquillement à la maison. L’appartement était désert. Bizarrement, sans que rien ne le laisse supposer, j’ai immédiatement ressenti que quelque chose s’était passé, une sorte de malaise m’a saisi, c’était même assez violent. Vu qu’un chien est capable de retrouver la piste d’une personne bien des heures après, il faut bien croire que nous « semons » des particules de quelque chose quand on passe à quelque part. Mais sommes-nous aussi capables de laisser d’autres choses qui imprègnent l’ambiance d’un lieu et qu’un familier est capable de ressentir. Il semblerait que oui par rapport à ce que j’ai ressenti.

Le truc le plus bizarre qui m’est arrivé s’est passé à Bruxelles au Falstaff, un bistrot célèbre là-bas. J’étais de sortie avec une copine et nous avons décidé de manger quelque chose dans ce magnifique endroit très décoration ancienne. Il y a une salle centrale et autour des sortes de petites niches plus ou moins discrètes. Nous étions dans l’une d’entre elles et nous avons commandé à manger. Comme j’aime bien observer, j’ai scruté les gens autour de moi. A ma droite, il y avait trois jeunes habillés en rockers style années 50, deux garçons et une fille. En face de moi, un peu sur la gauche, un monsieur âgé lisait un journal qui me paraissait ancien puisqu’il parlait de la guerre d’Algérie dans ses titres. J’ai pensé à un amateur de vieux journaux. A part nous, personne ne parlait, même pas la serveuse habillée d’un longue robe noire, je ne me souviens pas qu’elle aie prononcé un seul mot. Il me semblait aussi que les rumeurs du bistrot n’arrivaient pas jusqu`à nous. A vrai dire je ressentais une impression étrange, mais bon j’étais sincèrement plus intéressé par ma copine, alors je n’ai pas fait trop attention. En sortant, je lui ai quand même posé la question à savoir si elle n’avait pas éprouvé la même sensation. A sa réponse négative, je n’ai pas cherché plus loin.

Une bonne vingtaine d’années plus tard, sur la Toile, je suis tombé sur un site qui s’occupait de choses un peu insolites. Je crois qu’il n’existe plus, du moins je ne le retrouve pas. En gros ce site affirmait que certains endroits particuliers seraient un passage vers « ailleurs », on peut comprendre une autre dimension. Et justement, le Falstaff était mentionné comme étant un de ces endroits possibles, avec un indice de probabilité assez fort. Alors vous pensez que je me suis souvenu de mon histoire et si vous vous rapportez à ma description ci-dessus, on avait un peu l’impression d’être dans les années 50. Truc aussi un peu bizarre mentionné. il fallait une présence féminine pour que le « charme » opère.

Alors aurais-je voyagé dans le temps ? Je n’en sais foutre rien, mais…

Il ne faut pas croire que nous ne sommes pas liés par des cordons invisibles qui peuvent influencer notre vie. Il vous est sans doute arrivé de parler avec une personne que vous ne connaissez ni d’Eve, ni d’Adam et en discutant un peu avec elle, vous découvrez que vous avez une connaissance commune.

Le plus parfait inconnu pour vous peut avoir la possibilité d’influencer votre vie de manière significative, même si vous ne savez pas dans quelle direction chercher et quoi lui demander. C’est un peu ce que l’on classe par coup de chance ou de poisse. C’est le truc banal au moment où vous arrivez à un carrefour et que vous vous posez la question, je tourne à gauche ou a droite ? Sans entrer dans les détails, je puis vous affirmer que ma vie à complètement changé, je dirais de manière très positive, à cause d’un papier jeté à la poubelle et qu’une personne a ramassé dans cette poubelle.

Le liens que nous unissent existent bien sans que l’on s’en aperçoive. Nous allons prendre un exemple concret grâce à une étude menée par un de ces curieux de l’insolite.

Stanley Milgram est un de ces personnages. Il s’est aussi intéressé au réseau social qui lient les gens à leur insu. Pour cela, il mit au point une expérience. Il voulait qu’une personne cible reçoive une lettre qui lui était destinée.C’est facile, vous direz, il vous suffit de la mettre à la poste. Mais lui a fait bien autrement. Disons que cette personne s’appelle John Smith et exerce la profession de courtier en bourse à Boston. Il a envoyé 198 lettres à des personnes choisies au hasard dans l’état du Nebraska. La lettre disait que si vous ne connaissez pas la personne en question, vous envoyez cette lettre à une personne de votre choix. Eh bien la lettre a fini par arriver à son destinataire selon la manière demandée. Combien de fois pensez-vous qu’il lui a fallu être renvoyée pour arriver à la bonne place dans un pays qui compte des dizaines de millions de personnes ?

Eh bien seulement six, c’est très peu et cela veut dire que nous ne sommes pas tout à fait complètement étrangers. On pourrait extrapoler et dire que si un meurtre est commis par un inconnu, parmi les connaissances de 200 personnes prises au hasard, il y a une piste qui doit conduire à l’assassin.

La même expérience fut faite en Angleterre dans les années 2000. Cette fois-ci elle fut limitée à 100 personnes, le pays comptant moins d’habitants. Ce fut au bout de 4 fois que le destinataire fut atteint. Cela peut s’expliquer en pensant qu’Internet et les réseaux sociaux ont à quelque part rapproché les gens, le monde a rétréci.

Je peux prendre mon blog comme autre exemple, j’approche de 2 millions de visiteurs. Evidemment il y a ceux qui viennent et reviennent, j’en profite pour les remercier. Mais je suppose que si j’arrêtais les personnes dans la rue, j’aurais assez vite fait d’en trouver une qui est déjà venue, qui me connaît sans me connaitre. De plus dans mes abonnés, il y a quelqu’un, qui par un mail assez parlant, j’arrive à situer comme habitant le village à côté du mien. Un personnage assez connu par ailleurs, d’une profession libérale. Il ne se doute pas que le blog est alimenté par un bonhomme du village voisin et que nous devons avoir pas mal de connaissances communes. Bon, il est amateur de bas nylons et de musique, ceci ne constitue pas un fait bizarre, mais bien une preuve de bon goût.

La première fois que je suis allé à Paris, j’étais avec un copain qui s’appelait François. J’y suis retourné des tas de fois, mais par hasard, lors d’un de ces voyages, qui était sur le quai de gare prenant le train pour Paris ? Mon copain François qui allait avec une autre personne à la même place pour une semaine. Durant cette semaine, sans nous concerter, nous nous sommes croisés quatre fois par hasard dans des lieux qui en principe n’étaient pas des endroits touristiques. Par hasard ? Admettons.

Toujours à Paris, c’était en 1989. centenaire de la Tour Eiffel. Par curiosité, un dimanche matin, je suis allé voir ce qu’ils avaient fait pour cet événement. Au pied de la tour, là où les escaliers ramènent au sol ceux qui n’on pas pris l’ascenseur, qui je vois ? Les pompiers de mon bled qui étaient allés visiter le SAMU le samedi et qui flânaient le dimanche en visitant l’endroit. Encore un hasard sans doute.

Dans un de ces nombreux magasins parisiens spécialisés en disques, je flânais dans les rayons à la recherche de compilations garage punk que je n’avais pas. Un bonhomme semblait aussi s’intéresser à la même musique que moi et nous n’avons engagé la conversation. Eh bien il s’est avéré qu’il était chargé de la mise en page des articles dans un journal auquel je collaborais, donc il me connaissait sans me connaître. Toujours un hasard.

Comme vous le voyez le monde est vaste, mais pas tant que cela. Alors quand vous traitez votre voisin de parfait imbécile, regardez si par hasard il n’est pas juste derrière.