Nos disques mythiques (22)

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Les Dakotas, de gauche à droite sur la photo: Robin MacDonald (1943- †2015), rhythm guitar; Mike Maxfield (1944 -), lead guitar; Tony Mansfield (1943 -), drums; Ray Jones (1939 -†2000), bass. 

Les Shadows ont largement dominé le style instrumental anglais au début des années 60. Leur suprématie ne fut que mise en doute par les Tornados et leur fameux « Telstar », et par deux anciens membres des Shadows justement, Jet Harris et Tony Meehan, qui cartonnèrent avec « Diamonds ». Les groupes instrumentaux furent cependant nombreux. On peut se souvenir de Nero et les Gliadators et les Krewkats, dont deux moutures servirent plus tard d’accompagnateurs pour Dick Rivers, ainsi que pour les premiers, de Bobbie Clarke, un très grand batteur qui atterrit par d’autres chemins dans les Playboys de Vince Taylor et récupéré ensuite pour Joey et les Showmen de Johnny Hallyday. Pour ceux qui marquèrent encore un peu l’histoire du genre, les Hunters et les Cougars qui popularisèrent cette fameuse adaptation du Lac Des Cygnes de Tchaïkowsky, devenu « Saturday Night At Duckpond ». Voilà pour l’essentiel, mais venons en détail sur un groupe qui fut instrumental par la bande, les Dakotas. 

En 1963, 64, George Martin est un producteur heureux. Entre autres, il s’occupe des Beatles, de Gerry et les Pacemakers, ainsi que de Billy J Kramer et les Dakotas. Ces trois formations s’arrachent littéralement la première place du hit parade anglais, un tas de fois pour les premiers, trois fois pour les seconds, 2 fois pour les troisièmes, sans compter les numéro deux. Il peut orchestrer savamment la sortie des disques, attendre que le succès de l’un se tarisse pour en proposer un autre, cela marche presque à tous les coups. De plus, il accapare des compositions originales rejetées par les Beatles pour les refiler aux autres, même certaines dont ils sont les compositeurs. 

De ces trois formations, Billy J Kramer et les Dakotas furent les moins populaires, tout en gardant à l’esprit que leur succès fut grandiose, mais ils durent se contenter d’un succès plus modeste ailleurs qu’en Angleterre. Ce sont aussi eux qui composent un ensemble fait de deux moitiés. Bien que toujours crédités ensemble, il y a d’un côté le chanteur et de l’autre le groupe d’accompagnement. Cela a sans doute décidé George Martin de tenter en parallèle une carrière pour les accompagnateurs, comme ce fut le cas pour Cliff Richard et les Shadows.

Cela va amener les Dakotas à faire une première tentative en solo avec un disque instrumental composé par le guitariste soliste Mike Maxfield, « The Cruel Sea », couplé à « The Millionnaire ». A l’écoute on est surpris par l’originalité du son, cela sonne assez différemment de ce que l’on entend dans le genre au même moment. Le secret, qui n’en est pas un, c’est de jouer simultanément la mélodie au piano et à la guitare. On retrouvera ce son dans certains titres de Billy J Kramer, Le succès est modeste, mais quand même là, le titre se classe à la 18ème place du hit parade. Edité aux USA, on en change un peu le titre et il devient de « The Cruel Surf » pour être en phase avec la mode musicale. Mais le titre pourra acquérir toute sa notoriété grâce à la reprise des Ventures, qui le mettent sur la face B de leur gros succès « Walk Don’t Run’ 64 ». Il obtient ainsi un audience inattendue, qui va le hisser à la hauteur d’un classique presque incontournable de la guitare. En France, le titre fut repris par Michel Cogoni et Frank Farley (Canada), « Oublie Qu’elle Est Si Belle ». Il fut aussi au programme, en instrumental, du dernier EP des Champions avec Claude Ciari. Pour l’original, il est couplé avec deux succès de Billy J Kramer sur un EP Odeon. 

Pour la suite, George Martin leur refile une composition originale « Magic Carpet » avec une autre production du groupe « Humdinger ». Cette fois-ci, il n’y aura qu’un moindre retentissement, le disque ne se classant pas. Parlophe sort alors un 4 titres « Meet The Dakotas », réunissant les deux disques sous la fameuse référence catalogue numéro 8888. Il est présenté avec cette pochette assez marrante, les membres classés par ordre de grandeur et tendant la main. Ce montage est fixé dans l’oeil de milliers de fans des sixties qui peuvent le reconnaître de loin. 

Pour les amateurs de la chose instrumentale, c’est une pièce maîtresse qu’ils se doivent de posséder sous une forme ou un autre, les pièces originales, surtout le 4 titres, étant assez difficiles à dénicher. Mais les rééditions sont nombreuses, voire innombrables, tout autant que les reprises. Le groupe tourne encore, mais il ne reste aucun membre de la formation originale.

Quoi qu’il en soit, je navigue sur cette mer depuis plus de 50 ans et je n’ai pas le mal de mer…

Nos disques mythiques (21)


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Un ascenseur pour le 13ème étage

En matière de musique psychédélique, le collectionneur mondial, s’il fait référence à la discographie française, la première publication qui lui viendra à l’esprit sera le EP de Thirteenth Floor Elevators, paru en 1967. Sur le marché des pièces de collection éditées en France, il est considéré dans le top 5 des pièces les plus rares et les plus cotées. On peut aussi le regarder comme un des premiers vrais disques de musique psychédélique édités en France.  Il est vrai que le contenu de ce disque est un must et une des premières vagues déferlantes pour cette musique, Amérique y compris. Mais voyons un peu son histoire.

Nous sommes en 1966, dans l’état du Texas, certainement l’un des plus prépondérants par le nombre de grosses pointures musicales qui en sont originaires. Le pivot principal du groupe est le chanteur, guitariste, compositeur, Roky Erickson, entouré de Tommy Hall, Stacy Sutherland, Benny Thurman, John Ike Walton. Le groupe ne fait pas dans la dentelle adoptant des idées musicales plutôt progressistes, la forte consommation de produits plus ou moins recommandés par les ligues de santé, n’étant pas étrangère à leur inspiration. En d’autres termes, ils se défoncent passablement. Malgré tout, ils arrivent à sortir un premier disque pour le compte du label Contact, qui contient le titre de référence « You’re Gonna Miss Me ». Il obtient un succès assez conséquent à Austin et dans le reste de l’état. La jeunesse américaine est certainement avide de nouvelles tendances musicales, les Beatles sont déjà un peu ringards, la musique du groupe peut répondre assez favorablement à cette attente et lui réserve un accueil favorable. Le succès attire l’attention du label texan, International Artists, qui reprend à son compte le groupe et le disque.

Le titre frôle le top 5o des charts américains du Billboard, assurant une audience nationale au groupe. Le boss du label, Lelan Rogers frère du fameux Kenny, décide de produire un album qui verra le jour en octobre 1966 intitulé « The Psychedelic Sounds Of », et sera l’un des premiers, sinon le premier, à comporter le terme psychedelic dans son titre. Sa pochette deviendra, autant que son contenu, une référence mythique dans le genre et à plus d’un titre un absolu de cette musique.

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La fameuse pochette de l’album américain

La parution d’un quatre titres en France est plutôt du domaine de la bizarrerie. Les labels français ont souvent l’habitude d’éplucher les charts américains à la recherche de publications qu’ils peuvent éventuellement diffuser nationalement sous licence. C’est un coup qui peut parfois payer. Des artistes peu connus, publiés par des labels qui sont indépendants, arrivent parfois à trouver un débouché et obtenir quelques succès dans un autre pays de celui de leur origine. De manière générale, on peut penser que dans ces cas là, le label d’origine n’est pas trop gourmand sur les droits de licence, cela peut aider à conclure l’affaire, et en cas de succès toucher des royalties sans trop s’occuper de la promotion, laissée au soin du preneur de licence. 

C’est le label Riviera, sous marque de Barclay, qui s’y collera. Ce ne sera pas vraiment un coup de poker payant, car la publication passera complètement inaperçue et ne se vendra qu’à quelques dizaines d’exemplaires, ceux que les collectionneurs recherchent avidement aujourd’hui. Ce sera la seule et unique collaboration avec ce label. La pochette ne manque pas de charme pour les fans du guitares Gibson, mais elle n’est pas très en rapport avec le contenu, de plus aucun renseignement sur le groupe, aucune présentation, ne figure au verso. Il est vrai que l’on peut imaginer le manche de la guitare comme une cage d’ascenseur vue en perspective. A l’heure où les dessins psychédéliques commencent à envahir le quotidien, le décalage avec l’illustration n’est que trop évident, à la limite une photo du groupe aurait mieux fait l’affaire. J’ai d’ailleurs failli louper ce disque dans un des rares magasins, celui d’une petite ville, où il attendait patiemment un acheteur à la fin des années 60. C’est plus le nom du groupe assez farfelu, une vieille superstition américaine qui ne mentionne pas le treizième étage d’un immeuble, qui attira mon attention. J’ai pris la peine d’écouter cette musique et je n’ai jamais cessé de le faire depuis…

Musicalement c’est géant! Des ambiances très particulières absolument nouvelles à l’époque, qui nous feraient dire: mais où ont-ils été chercher tout ça? Une partie de la réponse se trouve certainement dans la consommation effrénée d’hallucinogènes, la légende veut qu’ils soient complètement sous emprise lors des enregistrements, mais aussi dans la qualité des musiciens. Une des particularités de leur son son est l’emploi d’un pot comme caisse de résonance pour produire des sons, une sorte de synthétiseur vintage. Les guitares plongées dans l’acide, la réverbération, l’écho, et la voix éraillée de Roky Ercickson, font de cette musique une expérience à nul autre pareille. Encore faut-il pouvoir y entrer. Personnellement, je ne consomme jamais de produits paradisiaques, et ma foi, j’arrive très bien voyager dans cette musique. C’est peut-être un réflexe purement intellectuel, mais je considère ce groupe comme un des plus grands de tous les temps.

Je ne sais pas au moment de la publication en France, quels étaient les titres accessibles pour la licence, mais le choix est quasiment parfait. Bizarrement, le titre le plus connu au moment de sa sortie est relégué en seconde plage de la première face. Nous allons les prendre dans l’ordre de parution sur le disque…

Le disque s’ouvre sur « Reverberation » plutôt un titre calme, mais c’est relatif pour l’ambiance.

Le titre qui les révéla

Le plus secoué du disque et le groupe dans tout son éclat sonore

Pour le même titre, la version publiée sur l’édition française est différente de celle du 45 tours américain. C’est celle-ci qui fut éditée en France.

La suite de l’histoire est faite de haut et de bas. Un deuxième album, très différent verra le jour en 1967. Rattrapés par la justice pour consommation de drogue, le groupe ne survécut pas longtemps. Il finit d’exister en 1968. Atteint de troubles mentaux Erickson séjourna longtemps dans un asile psychiatrique. Son statut de légende lui permit toutefois d’enregistrer au fil des années de très intéressants disques dont un superbe en 1980 pour la major CBS. Aujourd’hui, il est toujours dans la course, tournant presque incessamment, apparemment apaisé, ressassant les classiques qui ont bâti sa légende. Et c’est une sacrée légende!

Ils la connaissent mieux que moi (2)

Repartons dans le monde des chansons connues, attribuées à un artiste qui l’a mise en lumière et parfois pour mieux rejeter le créateur ou la créatrice dans l’obscurité. Le jeux est quelquefois cruel, mais dans d’autres cas il permet de découvrir un presque inconnu sur lequel peuvent rejaillir quelques étincelles… 

Robert Mosley, un nom qui ne vous sans doute pas grand chose. Un chanteur dans la veine r’n’b comme il y en a tant dans les sixties américaines. Les Anglais toujours à l’affût du truc qui pourra faire un hit chez eux, épluchent les discographies au pays de l’oncle Sam. Les Searchers, grands amateurs de ce sport découvrent une face B d’un disque que Mosley a enregistré en 1963, « Good Bye My Love ». Ils l’enregistrent et obtiennent un succès grandiose avec leur version, autant au plan local qu’international. Il faut bien reconnaître que la reprise peut surclasser l’original. En France, Richard Anthony en profite pour l’adapter en français « Au Revoir Mon Amour » avec aussi un certain succès. Ironie du sort, la face A de l’original « Crazy Bout My Baby » sera aussi un succès, quoique bien plus modeste, pour les Swinging Blue Jeans.

Les Searchers, encore eux, avaient aussi puisé dans le répertoire d’un groupe noir, les Orlons, assez populaires aux USA. C’est encore une fois une face B qui attire leur attention. Ils l’enregistrent et ne feront pas moins bien que la première place du hit parade anglais, la troisième de leur carrière, un succès n’ayant été « que » no 2.

Il n’y a pas que l’Amérique pour alimenter le répertoire américain en reprises, l’Italie peut aussi aider. Un exemple, les Tremeloes ancien groupe d’accompagnement de Brian Poole, s’est lancé dans une fructueuse carrière qui aligne succès sur succès depuis 1967. Ils adaptent en anglais « Suddenly You Love Me » à la base titre d’un chanteur italien populaire « Riccardo Del Turco  » Uno Tranquillo ». Le titre est surtout une scie musicale efficace qui fera une belle carrière internationale dans sa version anglicisée. Ce n’est pas l’adaptation française de Joe Dassin « Siffler Sur La Colline », qui lui donnera moins de retentissement.

Le groupe Mardi Gras d’origine américaine, a connu un beau succès en Europe et notamment en France grâce à « Girl I’ve  Got News For You », ceci en 1971. C’est l’exemple type d’une chanson potentiellement accrocheuse mais qui ne parvient pas à trouver le bon filon. Les Birdwatchers, un groupe garage-punk,  ont dû méditer cela, car c’est bien eux qui avaient créé ce titre quelque cinq ans plus tôt du côté de la Floride. Le prix de consolation aura sans doute été quelques rentrées de dollars pour les deux membres compositeurs et le fait de se dire que tous les auditeurs de radios de France et de Navarre, qui savaient tourner le bouton pour allumer la radio en 1971 connaissent cette chanson qui bénéficia par la suite de nombreuses reprises. 

Les chanteurs français et le marché discographique français de la première moitié des années 60 avaient pour habitude d’éplucher les productions anglophones pour dénicher le truc qui pourrait marcher en France, moyennant quelques paroles en Français collées sur la mélodie originale. Le plus souvent c’était un hit francisé, mais il arrivait aussi que l’on repêche un truc bien moins connu. Un bel exemple à succès reste « Johnny Lui Dit Adieu » qui cartonna bien pour l’idole nationale no 1. Son créateur, Jerry Jackson, encore un Noir américain, contribua involontairement à ce succès sans que son nom rappelle quelque chose à tous les fans de Johnny.

Si vous croyez qu’Edith Piaf a créé tous ses succès, vous vous fourrez le doigt dans l’oeil. Ce n’est absolument pas le cas de celui-ci. Ecoutez, vous la connaissez!

L’un des plus incontournables succès instrumentaux des sixties reste « Apache » par les Shadows. Mais historiquement ce n’est pas l’enregistrement original. Le compositeur, Jerry Lordan, la proposa d’abord à Bert Weedom, un guitariste de session que l’enregistra quelques mois avant. Sa maison de disques Top Rank tarda à la publier, ce qui permit aux Shadows de l’enregistrer pour leur compte avec le succès que l’on sait. Le version de Weedom, moins trépidante mais enfin publiée, ne permit pas à l’interprète de concurrencer l’autre. Ce qui fait que cet instrumental est à jamais lié au nom des Shadows. 

Dans les années 20, la musique américaine comporte essentiellement deux tendances très marquées, la musique noire et la musique blanche. Les Noirs, évidemment financièrement moins à l’aise, ont l’habitude de jouer de la musique avec des instruments fait maison ou de qualité moindre. On emploie aussi la planche à laver, la cruche, les cuillères, des seaux. Tout ceci est entré dans la musique sous le nom de jug bands ou juke bands. Un certain Gus Cannon des Jug Stompers, compose à plus de 40 ans une chanson intitulée « Walk Right In », très typique de ce style. Elle est publiée sur un 78 tours RCA en 1929. Plus de trente ans après, un trio de folk blanc, les Rooftop Singers, découvre cette chanson et l’enregistre pour en faire un immense succès international. En France, il sera repris par Claude François « Marche Tout Droit », chanson que tout le monde connaît.

Pour une fois, cela portera bonheur au compositeur puisqu’il toucha des royalties jusqu’à la fin de ses jours et il mourut à… 105 ans!

Du sexy sur les pochettes de disques des 50’s au 70’s

Ma longue carrière de collectionneur et chasseur de vinyle m’a permis de visualiser et d’admirer des dizaines de milliers de pochettes de disques. Je les ai toujours considérées comme des ouvres d’art à part entière. Leur magnificence s’étale particulièrement bien sur les pochettes d’albums, un carré d’un peu plus d’une grosse trentaine de centimètres de côté. L’idée d’en faire un étalage artistique remonte surtout aux années 60, spécialement à partir  de 65-67 quand le lancement d’un artiste se faisait sur la réputation de quelques titres s’étalant sur les deux faces d’un 33 tours, dont on extrayait éventuellement un 45 tours. Avant c’était le contraire, l’album était plutôt une compilation des précédents avec éventuellement un ou deux titres inédits. Dans les années 50, on faisait assez peu de cas de la présentation d’une pochette de disques. C’est très visible en France ou le EP 4 titres domine largement. La mise en scène est souvent répétitive ainsi que les photos souvent pâles ou grossièrement découpées, une laideur sans nom. C’est un peu plus sympathique dans les pays anglo-saxons, un marché nettement plus vaste, où l’on prend un peu plus soin de la présentation et surtout où les albums sont plus nombreux.

Après l’apparition du rock and roll et la suite qui en découle, on est conscient que le teenager recherche un contact visuel avec ses idoles. La discographie des albums de Presley en est une belle illustration, la pose est souvent tout à l’avantage du modèle. L’idée d’en faire quelque chose de sexy, si cela existe, est tout à fait involontaire. Par la suite la vapeur fut inversée et on cultivera quelquefois l’idée du sexy, parfois sans rapport aucun avec le contenu, même s’il apparaît de façon très suggérée et s’il flirte parfois avec la perversité.

Sans aller vers l’encyclopédie, voici quelques illustrations sur le sujet tirées de ces fameuses pochettes éditées il y a bien longtemps pour certaines.

 

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Dans les années 50, la très populaire péruvienne Yma Sumac étale ses charmes sans trop les montrer. C’est typique du sexy involontaire, mais on la travaille sur chaque nouvelle publication.

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Ici c’est un peu moins involontaire, mais évidemment quand on tient un sex symol qui chante, on le met plutôt en évidence sur la pochette. La première est juste ce qui sert d’illustration pour la bande sonore d’un film dans lequel BB joue, mais la seconde est destinée à taper dans l’oeil avec cette pose plutôt légère, attitude et vêtements. Ici la réédition à l’identique bien des années plus tard.

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L’album de 1968, on va un peu plus loin dans la suggestion, quatre ans et des poussières après la précédente.

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Peut-être la plus culottée (enfin plutôt déculottée) de cette fin des sixties. Des femmes à poil pour habiller le talent du plus révolutionnaire guitariste de ces années-là.

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L’intérieur de la pochette dépliante du premier album en 1969 où l’on voit les membres à poil. Elle fut censurée dans son édition française. Je ne sais pas ce peuvent penser les adolescentes d’aujourd’hui, mais qu’elles ne rient pas, ils pouvaient incarnaient l’idée du mec dont leur grand-mères rêvaient. L’album n’avait pas besoin de cette publicité, car musicalement il est fantastique. 

La machine est lancée, sans plus entrer dans le détail voici quelques pochettes, toutes années 70, chacun y trouvera son compte

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Nos disques mythiques (19)

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DEM BONES – DEM BONES – DEM T-BONES

En 1965, les fans des Yardbirds ne pouvaient presque pas passer à côté de ce disque, car il est assez directement lié à ce nom. D’abord parce que le fameux producteur russo-suisse Giorgio Gomelsky, en est aussi le producteur. Ensuite parce que le Yardbirds étaient le groupe résidentiel du Marquee Club, fonction qu’ils durent abandonner suite à leur succès grandissant. C’est ainsi que Gomelsky réussit à les remplacer par ses nouveaux poulains, Gary Farr & T-Bones. Etre sous sa houlette n’était pas une mauvaise chose, il donna aux Rolling Stones leurs premières chances. Il amena les Yardbirds à la gloire, un peu plus tard Julie Driscoll et Brian Auger, et encore plus tard il écrira une belle page avec le fameux groupe français, Magma. Son nom est indiscutablement lié à la musique progressive des années 70.

En comparaison Gary Farr (chanteur et fils d’un ancien champion de boxe) et son groupe furent relativement malchanceux, ils n’eurent pas l’ombre d’un succès qui naquit de la poignée de 45 tours qu’ils enregistrèrent. Le seul point visuel d’époque qui existe d’eux est ce 4 titres publié en Angleterre avec une photo prise en compagnie du squelette d’une de ces sympathiques bestioles préhistoriques qui mesuraient au moins dix mètres de haut. Il faillit y en avoir un second, en France. Le label Riviera qui distribuait alors les productions de Gomelsky pour l’Hexagone, édita un quatre titres du groupe, un peu différent en contenu, mais avec une photo des Yardbirds à la place des T-Bones.

La conception de cette édition anglaise offre des titres nouveaux pour les fans, bien qu’il s’agisse de quatre reprises venues du répertoire noir. Le titre le plus étonnant est « Get The Money », d’inspiration afro-cubaine et exploitation de la face B du titre le plus connu de Mongo Santamaria, « Watermelon Man ». La durée du morceau est assez exceptionnelle, près de cinq minutes. Rappelons qu’en 60-65, trois minutes c’était déjà presque long. Une particularité propre à ce titre et à ce disque, la version publiée ici comprend un fond vocal en espagnol au fil du morceau, absent sur les rééditions subséquentes. Pour le reste, nous trouvons « Deed and Deed I Do » (Bo Diddley); « I’m Louisiana Red » (Louisina Red); « Jumpback (Rufus Thomas).

Sans être révolutionnaire, le contenu est très plaisant. Une très belle illustration de ces musiciens anglais qui puisaient à la source de la musique noire, pour en faire des versions assez personnelles. Bien que certains titres ne manquant pas de punch, le son reste soft, jamais agressif. Gary Farr continua une carrière discrète en soliste ou comme chanteur du groupe Lion, dont le guitariste Robin Le Mesurier n’est autre que l’actuel guitariste de scène de Johnny Hallyday. Il est mort d’une maladie cardiaque en 1994.

C’est une pièce vraiment rare et très recherchée par les amateurs du genre. Un copie en bon état peut dépasser les 200 euros, beaucoup plus que le prix que je l’ai payée il y a 50 ans!

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La fameuse édition française avec la photo des Yardbirds. Egalement très cotée.

C’est la version du EP anglais, celui qui l’a mise en ligne possède visiblement le disque original

Comme le quatrième titre « Jumpback » n’est pas disponible sur YouTube, je vous mets à la place un titre intéressant que figurait sur un 45 tours anglais également puisé dans le répertoire noir, « How Many More Times », bien connu dans la version de Led Zeppelin.

Nos disques mythiques (16)

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Dans les années 50 et surtout 60, il y a deux duos qui surclassent les autres, l’un est les Everly Brothers et l’autre les Righteous Brothers. Les premiers sont vraiment des frères, les autres ne le sont que de nom, bien que l’on peut supposer que c’est en pensant aux premiers que le nom des seconds a été choisi. Avec des voix aux sonorités différentes, vocalement ils sont parfaits. On peut reprocher aux Righteous Brothers de n’être pas aussi complets que les frères Everly, arrangeurs et musiciens aux talents incontestés et même frisant le génie. Mais c’est sans doute à cause de cela, de ce manque relatif, que le disque dont nous allons parler aujourd’hui verra le jour. Le trait de génie viendra du fameux Phil Spector en 1964. Depuis 1960, il aligne comme producteur des succès dont beaucoup sont encore dans toutes les mémoires, « Da Doo Ron Ron », « Then I Kissed Me » par les Crystals, « Be My Baby » par les Ronettes. De plus, il a fondé son propre label Philles, dont quasiment toutes les publications entrent dans les charts. En 1964, il est déjà une légende propulsée par son fameux « wall of sound ». Cette technique facilement reconnaissable à l’écoute aligne des arrangements sophistiqués au charme indéniable. C’est un cas rare où le producteur est plus célèbre que les artistes qu’il a produits.

L’attirance de Spector pour les artistes et les voix noires est bien connue. Alors quand il rencontre un duo blanc dont les voix pourraient passer pour un duo noir, il est intéressé et il signe les Righteous Brothers, c’est à dire Phil Medley et Bobby Hatfield.

Ils ne sont pas tout à fait des inconnus. Depuis deux ans pour le compte du label Moonglow, ils ont enregistrés quelques disques à tendance soul, dont deux de leur composition « Little Latin Lupe Lu » et « My Babe » ont obtenu de petits succès. La rencontre avec Soector va les propulser dans l’immortalité. En les signant, il a bien sûr une idée derrière la tête. Il a composé en collaboration avec le duo renommé Barry Mann et Cynthia Weil le chanson qui va nous inéresser, « You’ve Lost That Lovin’ Feelin ». Il estime qu’elle est ce qu’il faut pour ce duo, bien qu’il aie quelques doutes sur le possible succès du disque, il fait l’enregistrement. On y retrouve toute la magie de Spector dans son contenu, il sait charmer l’auditeur. Par rapport à ses autres productions plutôt dans tempos rapides, ici c’est un slow très langoureux. La légende veut que quant il fit écouter le résultat à Barry Mann par téléphone, celui-ci dit à Spector qu’il s’était trompé de vitesse en croyant qu’il tournait trop lentement. C’est en effet l’impression que peut laisser la voix de Bill Medley qui attaque le morceau.

La chanson dure près de 4 minutes, un temps presque trop long pour l’époque. Pour tromper les radios, Spector fait imprimer un temps raccourci à 3’05 sur l’étiquette du disque. On ne sait pas si les programmateurs sont dupes de cela, mais le disque est amplement diffusé sur les ondes, le succès est au rendez-vous. C’est même un no 1 dans la plupart des pays anglophones. Il devient bien vite un standard repris par d’innombrables artistes. Selon les sources de BMI, la société des droits d’auteurs, c’est même la chanson la plus diffusée par les médias au vingtième siècle!

Chez Spector, la face B est toujours quelque chose de particulier. Il a dans l’idée qu’elle ne doit jamais concurrencer la face principale. Alors il opte pour un titre quelconque, parfois un instrumental joué par des musiciens de studio. Cette fois-ci, soit il s’est trompé, soit il a un peu changé sa politique. Car sans concurrencer l’autre elle ne manque pas de charme au point que certaines stations américaines la diffusèrent malgré tout. Elle a pour titre « There’s A Woman ». C’est une composition du duo en collaboration avec Spector. Une ambiance un peu étrange qui convient parfaitement aux possibilités vocales dues faux frères. Des claquements de mains sur des accords de piano lancinant racontent l’histoire de cette femme qui fait chanter et sauter les chats quand elle se met derrière son clavier. Je dois avouer que je l’ai presque autant écoutée que l’autre tant je trouve ce titre intéressant. Ce titre parvint chez moi par l’intermédiaire de la publication française chez Barclay. La diffusion de Philles records fut jusqu’en 1964 assurée par Decca/London puis passe chez Barclay. C’est la première publication en France pour les Righteous Brothers. Toutefois on connaît « Little Latin Lupe Lu », car il figure en titre principal, via leur version, sur le 3ème disque des Kingsmen publié la même année. Pour palier aux exigences du marché français qui publie au format 45 tours 4 titres (EP) et pour capitaliser immédiatement le succès, Barclay a été repêcher 2 titres des sessions Moonglow, « Bring Your Love To Me » et « Koko Joe », donc ce ne sont pas des productions Phil Spector. Je dois dire que la pochette du disque est assez quelconque pour un monument pareil qui connut quand même un bon succès national, aussi populaire par l’honnête adaptation faite par Eddy Mitchell « J’ai Perdu Mon Amour ».

Nos disques mythiques (15)

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Voilà un disque qui doit beaucoup à la France. Pas tellement pour les interprètes, ce sont tous des Anglais originaires de Carlisle, mais bien par un de ces petits miracles que le showbiz sait parfois engendrer. Le relativement nouveau label Island, né en Jamaïque, s’est établi à Londres en 1962. Son but premier est de lancer le reggae en Angleterre, une musique relativement peu connue au pays du thé. Ca ne marche pas trop mal, mais cela marchera bien plus fort dans les années 70. Un premier hit, « My Boy Lollipop »,  en 1964 par Millie, donne un avant goût de reggae. Mais le label mise aussi sur des artistes locaux. Premières grosses vedettes  maison en 1965, Spencer Davis Group, aligne plusieurs hits dont deux composés par un artiste jamaïcain, Jackie Edwards. Fort de ce succès on en  recrute d’autres. C’est ainsi que les fraîchement nommés VIP’s (anciennement VIPPS) font leur apparition sur Island. Ce sont pas vraiment des nouveaux, ils ont déjà fait quelques tentatives discographiques pour divers labels sans résultats notoires. Ils enregistrent leur première tentative pour  Island en 1966, « I Wanna Be Free » / « Don’t Let it Go ».

Le disque ne décolle pas tellement sur le marché anglais, mais Philips-France distributeurs du label, décident de le publier ici sous la forme habituelle, un 4 titres enveloppé dans une belle pochette. En réalité c’est un 3 titres, car la chanson complémentaire « Smokestack Lightning »  dure près de 7 minutes, pas très loin de la limite possible de la durée d’une face de 45 tours. C’est purement un titre destiné au remplissage, mais bon du remplissage comme ça, on en redemande!

L’idée de Philips est payante, car le titre principal rencontre pas mal de succès en France, il figurera même en assez bonne place dans le hit parade de « Salut les Copains ».

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Ils passeront aussi à la télévision, une pub assurant des ventes honnêtes. C’est un grand titre, même l’un de ceux que je considère parmi les meilleurs des années 60, je l’ai écouté des milliers de fois. Les plus érudits savent que c’est une reprise crée et composée par l’Américain Joe Tex, un Noir très dans la veine du r’n’b. La version des VIP’s, qui abandonne les cuivres de l’original, met en exergue le jeu des guitaristes, c’est une ambiance cool, parfois brièvement plus rageuse. Le point culminant reste la voix de chanteur, Mike Harrison. Bien que de race blanche, sa voix sonne plus noire de celle l’original. C’est un grand chanteur dans la lignée des Ray Charles et autres. Il fait aussi merveille dans le titre suivant « Don’t Let It go », un titre dans la même veine.

Comme je le disais plus haut, « Smokestack Lightning » est un titre de remplissage, mais quelle belle version que cette reprise de Howlin Wolf (dont on le crédite à tort comme compositeur), écrite par le fameux Willie Dixon. C’est la deuxième qui est entrée dans ma collection, le première celle des Yardbirds. Si je peux préférer musicalement celle des Yardbirds, plus rageuse, plus bordélique, le version plus traditionnelle des VIP’s magnifiée par la voix du chanteur fait que l’adore aussi.

Il y a bientôt 50 ans que je suis sous le charme de ce disque qui figure toujours en bonne place dans les fleurons de ma collection, ainsi que la suite qui vit passer le fameux Keith Emerson dans leurs rangs. Juste avant que ces importantes personnes de deviennent encore plus importantes en se muant en Spooky Tooth. Mais c’est une autre histoire.

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Un chose assez courante à l’époque, présenter les membres d’un formation. A lire leur goûts, on n’a pas trop de peine à s’imaginer pourquoi ce disque contient ceci plutôt que cela.

Le passage à la télé en 1966