En passant

Inventaire musical à la Prévert (42)

Le premier album des Doors est incontestablement une pièce maîtresse de la musique des sixties, et celle des Doors en général, du 20ème siècle. Un poète, Jim Morrison, un peu maudit, et des musiciens qui s’intègrent parfaitement dans la couleur des paroles, c’est l’image en relief des Doors. La magnifique réussite du single (no 1 USA) extrait de l’album « Light My Fire » fut un bon tremplin pour lancer leur carrière. Déjà à ce stade, Morrison et les Doors ont pu un peu grincer des dents, car la publication en single du succès ampute la chanson de 4 minutes pour des raisons d’occupation d’antenne radio. Il était pour l’époque absolument inconcevable de diffuser un titre aussi long. Jim Morrison était aussi peu à l’aise dans le showbiz qu’un chat dans un cage avec un tigre. Malgré tout, la musique ne s’en ressentit point, pendant presque cinq ans ils publièrent des albums tous enchanteurs pour une chose ou pour une autre, et même plusieurs. Contrairement à la créativité de certains groupes, la leur ne s’épuisa pas au bout d’un ou deux albums. Même que l’on peut considérer le dernier « L.A. Woman » comme un sommet. Les générations suivantes semblent avoir un certaine admiration pour la musique des Doors, pour autant qu’ils soient un peu curieux. On retrouve assez facilement un album ou l’autre dans leur discothèque. C’est du baba cool qui passe bien.
Bien entendu cet album appartient à l’ère psychédélique, c’est sans doute une des premières grande ventes du genre. L’album contient deux reprises, la plus évidente reste « Bank Door Man » d’Howlin’ Wolf, mais on est bien étonné de trouver la reprise d’une chanson allemande des années 30 « Alabama Song » composée par Bertold Brecht. C’est assurément Morrison qui l’a imposée, pour des raison que l’on peut entrevoir, deux esprits qui se rejoignent. Brecht ne l’a pas vu, mais c’est depuis la reprise des Doors que sa chanson est devenue iconique. Mais plus que des paroles, écoutons, récoutons, découvrons-le. Ces mecs sont extra!

Break On Through
Soul Kitchen
The Crystal Ship
Twentieth Century Fox
Alabama Song
Light My Fire
Back Door Man
I Looked At You
End Of The Night
Take It As It Comes
The End,, iconique chanson dans le film « Apocalypse Now »,
Light My Fire, version expurgée en live
The Crystal Shio – Sur le playback quelques images filmée de Morrison

Durant les sixties, la discographie française de distingua par le nombre impressionnant de publications qui furent faites sous la forme de EP, c’est à dire quatre titres, deux par face. Le principe de base était un peu mercantile, on vendait deux fois plus de marchandise sur la réputation d’un titre principal ou d’un succès, le 45 tours simple avec deux titres était réservé à la promotion et aux jukeboxes. L’avantage principal de ces EP’s demeurait dans le fait que ces éditions étaient présentées dans une pochette avec le plus souvent une photo de l’artiste et un emballage cartonné et plastifié plus résistant à l’épreuve du temps. L’Angleterre et les USA eurent beaucoup moins recours à ce genre de publications. Le plus souvent, la règle était le 45 tours simple emballé dans une simple pochette à trous permettant de voir l’étiquette du disque. Aujourd’hui ces fameuses disques EP’s français, surtout ceux concernant des artistes étrangers, sont recherchés par les collectionneurs du monde entier car ils sont uniques dans leur genre et peuvent parfois atteindre des sommes folles s’ils sont très rares. Au fil des semaines, je vous en présenterai quelques uns parmi ceux qui attirent justement les collectionneurs. Ils seront présentés avec la pochette, éventuellement avec un scan de ma collection personnelle si je ne trouve rien de satisfaisant, les titres qu’ils contiennent, et le plus haut prix atteint par une enchère sur Ebay.

Les Doors arrivèrent juste à temps pour profiter d’une publication française sous forme de EP. Il y en a deux, mais l’un beaucoup plus rare que l’autre. Je pense que c’est un peu l’empressement de publier quelque chose d’eux en France qui fait sa rareté. C’est bien entendu Vogue qui distribuait les Doors en France sous licence Elektra. Je ne sais pas comment Vogue a eu connaissance des publications américaines. La première publication et de beaucoup la plus rare comprend quatre extraits du LP, mais pas leur fameux premier hit. On peut imaginer que Vogue ne soupçonnait pas qu’il allait en devenir un et un gros en plus. Une fois le fait connu, on n’allait pas faire l’impasse sur un no 1 aux USA. Donc, Vogue publia un autre EP avec le titre en vedette. Les ventes furent certainement meilleures, reléguant dans l’ombre la première publication. L’avantage et une des raisons que les collectionneurs veulent aussi le second, c’est la seule édition sixties qui contient le tube en intégrale, les 7 minutes de durée remplissant une face du disque. Il ne contient en fait que trois titres au lieu de quatre. En même temps, Vogue publia aussi un single a l’intention des jukeboxes, mais il contient la version expurgée.

The Doors – Vogue Int 18129, publié en 1967. Meilleure en chère sur Ebay 550 euros

The Doors – Vogue Int 18145, publié en 1967. Meilleure en chère sur Ebay 252 euros

Voici un exemple d’un disque dont on recherche la pochette plus que le disque lui-même, un peu comme le « sandwich cover » des Beatles, sans toutefois atteindre son prix un peu dingue. Cela concerne un des actes majeurs du british beat, les Hollies. Ils font partie de la poignée de groupes qui pouvaient prétendre faire une certaine ombre aux Beatles. Ils existent encore aujourd’hui avec deux membres originaux. Le groupe cassa la baraque en Angleterre alignant les hits et les no 1, 2, ou 3, connut une renommée internationale, mais bizarrement fut passablement boudé en France. Les disques furent régulièrement édités ici sous forme de EP’s. Ils sont tous relativement rares, et une centaine d’euros pour une copie n’est pas impensable. Mais celui qui nous intéresse, le plus recherché, fut publié en 1966 avec deux pochettes différentes, l’une sans photo du groupe, l’autre avec. C’est cette dernière qui est prisée par les collectionneurs en y mettant parfois un bon prix. Il contient deux gros hits anglais, qui n’eurent pratiquement pas de succès français.

The Hollies – Odeon EP MEO 125, publié en 1966. Meilleure en chère sur Ebay 177 euros avec photo, 25 euros sans photo.

Bus Stop
Don’t Run And Hide
I Can’t Let Go
Running Through the Night

Un cuvée dans le garage

Un voyage dans les obscurités garage punk sixties. Les Américains furent les rois dans ce domaine. Tout bled perdu au fin fond d’un état et qui avait au moins 500 habitants, avait son studio d’enregistrement. Très souvent, de petits groupes du coin acquirent une certaine dextérité musicale et surtout n’avaient guère d’autres distractions pour passer le temps. Le deal, c’était de se faire remarquer par un label de plus grande envergure et signer un contra. Pour cela, des directeurs artistiques sillonnaient les campagnes à la recherches de ces perles rares. Quelquefois ils en trouvaient, et beaucoup plus rarement ils parvenaient à en faire des plus ou moins grosses vedettes. Rien ne s’est vraiment perdu, car ces disques furent compilés dans des centaines de galettes vinyles dans les années 70 et 80. Moi-même, j’en possède une belle collection, certaines depuis 40 ans. Je les considère vraiment comme le testament de la part obscure des sixties. Voici une sélection dans n’importe quel ordre, le seul pont commun c’est que ce sont des groupes américains d’époque entre garage et début du psychédélique.

Croisière instrumentale sans escale

Monique et les Tridents, Allemagne 1966. Enregistré par une Française qui joue de l’orgue. Au dos d’une reprise de « Stalactite » des Aiglons, cet instrumental. Un disque très rare, qui monte à plus de 200 euros dans les enchères. Même moi je ne l’ai pas, c’est vous dire.

The Four Shakers, Suisse 1964. Du tout bon.

Les Anonymes, Belgique, 1963.

The Astronauts, USA 1963. Du surf à toutes les vagues.

Les Mustangs, France 1963, Des guitares du diable.

Les Daltons, France 1962. Ah celui-là je l’aime bien depuis longtemps, tout en lisant Lucky Luke! A propos Peter, je ne sais pas ce que tu deviens…

Les Champions, France 1963. Il eurent la drôle d’idée mais réussie, de reprendre en instrumental, un titre de Leny Escudero

Le Maître, Dick Dale, enregistré en 1996.

The Supertubes, Finlande, beaucoup plus récent, 2008, mais sonne presque comme autrefois. Reprise des Ventures.

The Regents, UK. Les groupes à la Shadows ne sont pas morts, autre exemple. Reprise en instrumental d’un titre des Renegades.

The Falcons UK 1963

Group X, un 45 tours perdu dans les nombreuses productions anglaises du style, 1963.