Bas nylons et châtiments

 

C’est la fameuse histoire du cortège des cocus qui ne peut être organisé car il n’y aurait personne pour les regarder passer.

Il n’y a pas si longtemps l’adultère était encore un délit, il n’est dépénalisé que depuis 1975. Toutefois le délit existe toujours, mais il sert de base pour attribuer les torts à l’un ou à l’autre  quand cela peut poser des problèmes juridiques, notamment la garde des enfants s’il y en a. Selon les pays, la juridiction est plus ou moins large dans l’appréciation d’un adultère. De plus en plus de pays accordent un divorce sur simple consentement mutuel. L’Italie a longtemps tergiversé sur les cas de divorce suite à un adultère, ceci pour des questions religieuses, le catholicisme a encore de la peine à se faire à l’idée du divorce. Il peut arriver qu’un prête refuse un mariage si l’un des conjoint est divorcé. De même, un divorcé est en principe excommunié. Toutefois, ce principe a toujours été très élastique au fil de siècles, il n’y a qu’à regarder l’histoire des rois de France à travers l’adultère et les répudiations.

L’adultère est vieux comme le monde, du moins depuis que le mariage existe. Au temps des cavernes, je en sais pas ce qu’il en était vraiment des relations entre l’homme et la femme, mais on peut supposer que les écarts de conduite existaient déjà. Cette notion de fidélité est très vaste dans le domaine du vivant. Chez certaines espèces, l’accouplement ne sert qu’à la reproduction, chez d’autres on note une certaine longévité dans les couples, qui peuvent rester ensemble plusieurs années. Chez les oiseaux, le couple est pratiquement une nécessité, l’un doit chasser, l’autre couver. Chez l’homme, pendant des siècles et surtout chez les gens de moyenne ou petite condition, la famille a été le fondement principal pour perpétuer l’espèce avec des notions assez variables quant à la fidélité à travers ce couple. Pour la noblesse, on fait surtout des enfants pour asseoir sa position, pour que les biens restent dans la famille. Ce qui ne veut pas dire que l’on n’y trouve pas de couples fidèles, mais les cas d’infidélité sont certainement bien plus nombreux.

Dans les civilisations qui occupèrent la vielle Europe et les alentours, pendant très longtemps et notamment pour des questions religieuses, l’adultère a été réprimandé avec plus ou moins de rigueur. La religion avait son influence, mais les décisions des seigneurs ou rois sur le sujet pouvait s’écarter complètement des préceptes de l’église. En règle générale, les nobles s’affranchissent volontiers du péché d’adultère, c’est juste bon pour le peuple. On considère même que c’est un honneur si sa femme finit dans le lit du roi. On se souviendra du marquis de Montespan, dont sa marquise de femme était une des favorites de Louis XIV, qui fut un des rares à ne pas goûter à ce privilège. Il alla même jusqu’à copuler avec des prostituées en espérant qu’elles lui refilent quelques souvenirs encombrants afin qu’elle les transmette au roi soleil.

Un numéro de Détective de 1937, fait le point sur l’évolution des châtiments engendrés par l’adultère au cours des siècles, c’est même assez intéressant. Lors de sa parution, l’adultère était encore un délit, mais certains durent se dire qu’il l’avaient échappé belle…

 

Chant et son

Il m’arrive aussi d’écouter de la chanson française, mais je suis aussi dans ce domaine un peu décalé. Ce n’est pas forcément ce que tout le monde écoute toujours. Illustrations sonores…

Une dame avec qui j’ai de très bons souvenirs, pas seulement en l’écoutant mais autrement. La chanson française tendance folk, toute sa discographie est un régal.

Celle-là je l’ai toujours dans un coin de ma mémoire…

Une très belle voix et une très belle femme…

Une certaine Juliette et une chanson que même si on ne connaît pas l’auteur-compositeur, on le devine…

Une grande dame qui n’est pas tout à fait reconnue comme il le faudrait…

Une de ces chansons avec lesquelles il faut rêver…

Deux de Bourvil incontournables dont l’un est une musique de film, un grand monsieur…

Une des plus belles chanson sur la b…

Les Suisses ne sont pas mal non plus…

Mouloudji, une chanson peu connue

Un mec que j’adore depuis longtemps

Luc Arbogast dont je fus un des premiers à admirer le talent dans mon blog, si, si, vous pouvez chercher l’article existe encore, dommage qu’il a un peu abandonné sa liberté pour s’enfiler dans les couloirs du showbiz.

Bas nylons et un peu d’humanité

L`Humanité est un des journaux qui a le plus empêché le patronat de tourner en rond. Il est fondé en 1904 par Jean Jaurès, assassiné en 1914 et sans doute un des plus intègres politiciens que la France ait connu, si ce mot veut dire quelque chose en politique. D’obédience socialiste au départ, il adopta une ligne communiste après la première guerre mondiale. En comparant l’actualité pour un événement identique, on constate bien évidemment que la chose est traitée différemment s’il s’agit d’un journal de gauche ou de droite. Il faut bien admettre que l’information est traitée de manière plus détaillée dans un journal de gauche, surtout si un quelconque patron ou bourgeois peut être mis en cause. A l’inverse, un journal de droite sera plus succinct dans son information pour les mêmes raisons. On peut inverser la vapeur pour un fait dont la cause et l’effet relèverait de l’implication de personnes situées à gauche. C’est une guerre à coup de papier et d’imprimerie. Personnellement, j’ai toujours pensé que les politiciens sont tous plus ou moins tordus qu’ils soient de gauche ou de droite. Je crois que voter juste et pour ses intérêts relève plus d’un étude psychologique du candidat que de ses promesses électorales. C’est surtout là qu’il faut être vigilant et ne pas se laisser endormir par des belles paroles.  Pour le reste vous faites comme vous voulez…

J’ai choisi pour illustrer le propos, quelques extraits du L’Humanité du 23 mai 1908, donc sous la période Jean Jaurès. Un drame, une explosion, s’est produite à l’usine Say en plein Paris. Ce nom vous dira sans soute quelque chose, puisqu’il s’agitde la marque de sucre qui peut accompagner votre petit noir, plus connu après fusion sous le label Beghin-Say. Les journaux d’alors parlent de cette histoire, mais en se contentant souvent d’en tracer les grandes lignes, c’est la faute à pas de chance, circulez il n’y a plus rien à voir! En lisant l’article de L’Humanité, on apprend que ce n’est pas la première explosion et qu’il y a sans doute un problème récurrent dans la sécurité de l’usine et sans doute un immobilisme de la part du propriétaire. Plus loin, le journal stigmatise aussi l’attitude de la direction qui a ordonné de reprendre le travail peu après que le drame soit survenu. Ces faits ne sont pas mentionnés dans les autres journaux. Mais vu qu’il n’y a q’une victime et quelques blessés, pas de quoi en faire un fromage. L’article illustre bien par ailleurs ce que le journal pense de la condition ouvrière en 1908.

Quelques autres nouvelles diffusées par le journal

Pour ceux qui ne connaissent pas la céruse, c’est un composant que l’on employait notamment pour la fabrication de la peinture. Employé depuis des siècles, sa toxicité a été surtout mise en évidence à partir de 19ème siècle, car elle contient du plomb.  La présence de plomb dans l’organisme peut engendrer des maladies graves comme le saturnisme, nom dérivé de blanc de Saturne, autre appellation de la céruse. Il a fallu un long combat pour en limiter son utilisation et trouver des produit de substitution. C’est un peu l’amiante de l’époque.

Pour le reste, le journal se veut un journal comme les autres, avec la promotion de spectacles, de publicité. Il y a même les cours de la bourse, mais là c’est moins  à gauche.

Source Gallica, BNP, DP

Bas nylons en pleine tempête

J’adore les vieilles photographies, le style et le genre m’importe peu. C’est un moyen de voyager dans le temps sans machine infernale inventée par un savant fou. Avec un bout de pellicule, on fixe pour l’éternité un moment du passé emprunté aux dédales du temps. Le moment fixé, s’il offre une vue étendue, ne sera sans doute plus jamais identique l’instant d’après, comme il n’est plus identique au moment qui précède, le nuages dans le ciel sont un bon exemple. Parfois il faut un laps de temps plus long, une maison au milieu des champs ne va pas forcément entre différente le lendemain ou la semaine d’après, mais au bout d’un an ou deux et ainsi de suite.

La photographie de presse a toujours été un précieux allié pour fixer dans la mémoire collective certains faits ou grands événements. Il m’arrive dans les brocantes de trouver des piles et des piles de photographies dont l’immense majorité est sans intérêt, photos de famille (seul avantage réel la généalogie), représentation de lieux mille fois photographiés, le plus souvent elles n’ont aucun intérêt artistique. Prenons par exemple la Tour Eiffel, sur les millions qu’il en existe, j’en ai peut être vu une dizaine qui avaient un sens artistique certain ou original, bien sûr je ne les ai pas toutes vues, mais…

La photo de presse s’en démarque et va à l’essentiel dans un événement, de plus la plupart sont en général soigneusement conservées et arrivent jusqu’à nous. Ayant un intérêt certain pour l’histoire locale de ma région, je remarque que les photos les plus nombreuses sont bel et bien les photographies de presse, souvent prises par un correspondant et pas toujours diffusées, mais conservées à l’abri.

Nous avons vu des un post précédent des photos qui liées avec le monde du chemin de fer. Voici dans le même esprit des photographies qui concernent des faits météorologiques passés.

Boulogne-sur Seine, accident dû à la tempête (1925)

Paris dans le 2ème arrondissement (1925)

Etat de New York USA, dégâts aux instalaltions électriques (1912)

Près de Melun, de violents orages de grêle et des vents puissants font des dégâts. C’est un moindre mal car le même jour une catastrophe ferroviaire fait plus de cent morts (1908)

Une tempête de neige à Québec (1867)

Le prince de Galles a mal choisi son jour pour traverser les Andes en train. Tempête de neige comprise dans le prix du billet (1925)

Tempête sur la côte anglaise vers Douvres (1931)

Même chose, mais à Deauville (1912)

Italie, Amalfi en dessous de Naples, des inondations dont s’écrouler les maisons (1924)

Angéeterre, Winchelsea, maisons envahies par la mer (1932)

Paris, les tribunes de state Bergeyre ont mal supporté le vent (1920)

Les camions ne savent pas nager, c’est bien connu, alors ils doivent prendre le bateau et si celui-ci traverse une tempêtre, alors…

Source Gallica, BNF, DP

Bas nylons et mise en train

J’adore les vieilles photographies, le style et le genre m’importe peu. C’est un moyen de voyager dans le temps sans machine infernale inventée par un savant fou. Avec un bout de pellicule, on fixe pour l’éternité un moment du passé emprunté aux dédales du temps. Le moment fixé, s’il offre une vue étendue, ne sera sans doute plus jamais identique l’instant d’après, comme il n’est plus identique au moment qui précède, le nuages dans le ciel sont un bon exemple. Parfois il faut un laps de temps plus long, une maison au milieu des champs ne va pas forcément entre différente le lendemain ou la semaine d’après, mais au bout d’un an ou deux et ainsi de suite.

Je me suis plus axé sur des photographies où il est question de trains.

On peut aussi découvrir des choses que l’on ignorait ou que l’on avait jamais vues. Saviez-vous qu’il existait des wagons pour transporter des prisonniers et des trains pénitentiaires? (1922)

La ravitaillement d’un train destiné à l’armée (1912)

Paris, gare Vaugirard, un wagon citerne pour le… lait (1931)

Sémaphores à acétylène pour vision de nuit. Chemins de fer allemands (1924)

Paris, Gare d’Austerlitz, train de pélerins pour Lourdes (1912)

Agrandissement (cliquable) d’une partie de la photo ci-dessus. Regardez chaque visage, chaque personne, et imaginez ce qu’ils sont devenus !

Gare de Montpellier, train présidentiel 1921, (Alexandre Millerand).

Un curiosité, un train télégraphique en gare de Lakawana, près de New York (1912)

La gare de Domodossola sur la ligne Brigue – Milan. Cette station aujourd’hui sert encore de gare frontière ferroviaire, c’est à dire que la Suisse exploite avec son matériel, ses locomotives, et sa signalisation, la partie nord de la ligne en direction de la Suisse. La tension d’alimentation étant différente entre les deux pays, cela nécessite un changement de locomotives, bien que la plupart des locomotives actuelles soient polyvalentes. Cette photo date de 1913, 7 ans après l’inauguration du tunnel du Simplon (une voie) qui fut jusqu’en 1982 le plus long tunnel ferroviaire du monde (1923 mètres). Un second tube fut percé de 1913 à 1921, avec un embranchement au milieu pour se diriger éventuellement sur l’autre tube. C’est ce tunnel qu’empruntait le fameux Orient-Express.

La gare de Deauville en 1924, pas spécialement le terminus d’une ligne pour les clochards

Paris, gare Saint-Lazare (1925)

Italie 1926, train transportant la dépouille de Marguerite de Savoie. Elle fut reine d’Italie, mais bizarrement est plus remémorée dans l’histoire pour avoir été la première femme à escalader le Mont Rose en 1893, second plus haut sommet des Alpes. Et puis s’il vous arrive de manger des pizzas, sachez que c’est elle qui a donné son nom à la marguerite, la pizza aux couleurs du drapeau italien.

Allemagne 1914 – Cuisine militaire sur un wagon avec une vague odeur de choucroute.

Après la guerre la paix, quoique… En gare de Dusseldorf le premier train conduite par des cheminots français (1923).

Source Gallica, BNF, DP

Bas nylons et un air de Chlorophylle

Je vous avais parlé de Chlorophylle dans un précédent post, un héros créé par Macherot dont il dessinera dix aventures avant de passer la main à d’autres dessinateurs et scénaristes. Nous allons explorer cette saga à travers ceux que Macherot a dessinés entre 1954 et 1963.

Avertissement : il est assez difficile de s’y retrouver retrouver dans la chronologie des albums publiés, car certaines histoires ne furent publiées en album que beaucoup plus tard, cela est spécialement valable pour la série dite des Croquillards, nous verrons plus loin la signification de cette appellation. Contrairement à d’autres dessinateurs, Macherot a quelques peu été lésé dans la publication des ses albums lors de sa collaboration avec le journal Tintin. Il a certes été payé pour son travail, mais l’impasse sur la publication de certains titres, ou alors dans des albums brochés de moindre valeur, a sans doute constitué un manque à gagner pour lui. C’est un peu pour cela qu’il émigra chez Spirou au milieu des années 60. Il est aussi évident que ses histoires ne suscitaient pas le même enthousiasme auprès des jeunes lecteurs que d’autres héros plus en vue. Néanmoins de par son style original, la qualité de ses dessins quand il dessine des scènes bucoliques et des animaux, le monde qu’il a créé qui peut s’apparenter aux Fables de la Fontaine, font de lui un maître de la BD version école belge. Assez bizarrement, il est encore plus adulé par ses « concurrents » que par le public en général. Je ne m’en cache pas, je l’ai dit et je le dirai encore, je le place en tête de mes préférés.

Raymond Macherot est né à Verviers, le 30 mars 1924 et mort dans la même ville en 2008. A part son oeuvre, on sait peu de choses sur lui, il a souvent été très discret, pour ne pas dire secret. Il a toujours préféré la campagne à la ville, même quand il exerçait son métier dans les studios de Bruxelles, il préférait faire des kilomètre pour retrouver sa chère campagne. D’après ceux qui l’ont connu ce n’était pas un ours pour autant, parlant volontiers de son métier, se prêtant aux interviews, sans toutefois rechercher à tout prix ce genre de rencontres, car d’une modestie légendaire. On peut deviner une assez belle histoire d’amour avec sa femme, à sa mort il ne lui survécut pas longtemps. C’est aussi un des rares cas où la femme d’un dessinateur de BD travaillait avec son mari, c’était elle qui assurait le coloriages de ses dessins.

On peut toutefois sans se tromper esquisser quelques faits de sa carrière. Il est un dessinateur né, depuis son plus jeune âge il a toujours plus ou moins tenu un crayon à la main. Quand le vent d’Europe tourne à la guerre, il fait partie des personnes qui fuient devant l’avancée des Allemands. En compagnie de Maurice Maréchal, une autre future vedette de la BD (Prudence Petipas), ils arrivent à Ostende et se séparent. Machreot finira par rejoindre Toulon où il séjourne quelques mois. Il retourne en Belgique et finit ses études. En 1944, toujours fasciné par les voyages, il s’engage dans la marine sur un bateau qui ne quittera jamais le port. A partit de 1945, il s’exerce comme journaliste et commence à se faire un petit nom en dessinant dans une revue satirique. Au tournant des années 50, il rencontre le dessinateur Jacques Martin (Alix, Guy Lefranc) qui travaille déjà pour Tintin. Il soumet quelques dessins d’une BD qui lui sont refusés, mais il est néanmoins engagé aux studios du Lombard comme collaborateur. Pendant quelques mois, il apprend le métier de dessinateur à travers les nécessités d’un journal. Le responsable, Raymond Leblanc, aime bien sa manière de dessiner les animaux et lui suggère de créer une aventure avec des animaux comme héros. C’est ainsi qu’est né Chlorophylle.

Nous allons parcourir dans l’ordre chronologique les aventures de son lérot et comme je l’indique plus haut, il ne s’agit pas du tout de l’ordre dans lequel elles parurent en album, mais dans le journal Tintin, c’est à dire chronologiquement. Par contre, les trois premières histoires sont publiées un peu après la fin de la parution dans le journal et sont les trois seules qui furent publiées à l’origine en format cartonné. Les années annoncées sont celles de la publication en album ou quand les albums furent édités bien plus tard, l’année du début de la publication dans Tintin édition belge.

Chlorophylle contre les rats noirs – Collection du Lombard 1954.

Je reprends la présentation de cet album que j’ai faite dans un post précédent. Macherot a sans doute dessiné la nature mieux que quiconque, c’est de la BD écologique avant l’heure. Les personnages évoluent dans leur milieu naturel et restent à leur taille réelle, c’est le contraire de Walt Disney. Dans ces histoires, il aime bien recréer le combat des faibles contre le puissants, donnant toujours la chance aux faibles de gagner. Dans cette première histoire, on peut imaginer que le dessinateur s’est inspiré de Hitler et ses brigades de SS. Chassés des lieux qu’ils occupent, une horde de rats noirs menés par leur chef Anthracite, déferlent sur la campagne et soumettent à la loi du plus fort les paisibles animaux qui habitent les lieux. Rarement un méchant, Anthracite, n’a été autant méchant dans une BD. Si certains mauvais gardent encore une once de scrupules, lui n’en a aucun, un vrai dictateur. Il trouve sur la route un lérot un peu mégalo, mais plein de courage et d’intelligence. Avec l’aide de quelques amis, un corbeau, un lapin, une loutre, à force de ruses, ils parviendront à mettre ces centaines de rats et leur chef hors d’état de nuire. Les décors naturels et les animaux dessinés par Macherot sont d’une beauté réelle, les botanistes reconnaîtront sans doute la plupart des arbres et des plantes qu’il a dessinées. C’est un régal.

Chlorophylle et les conspirateurs – Collection du Lombard 1956.

C’est une suite au précédent, bien que l’on puisse lire l’un sans connaître l’autre. Au début de l’histoire, le redoutable Anthracite est prisonnier, la horde des rats noirs disséminée et la paix semble revenue. Un ancien lieutenant d’Anthracite a lui aussi des idées de grandeur. Pour cela, il a besoin de savoir le lieu où Anthracite a caché une arme secrète. Avec trois complices, deux rats noirs et une cigogne, il fait évader Anthracite pour lui faire avouer son secret. Mais ce dernier plus malin que lui parvient à le neutraliser et prendre sa place au sein de son équipe. A partir de ce moment, il n’a plus qu’une idée, se venger de Chlorophylle. Mais réussira-t-il?

Dans cette histoire apparaît un nouveau personnage qui va devenir le compagnon de toutes ses aventures, une souriceau de nom de Minimum. Facilement râleur, moins courageux, il sait quand il le faut faire preuve de bravoure. On retrouve également dans cette histoire Torpille la loutre, Serpolet le lapin et Goupillon le hérisson.

Pas de Salami pour Celimène / Le bosquet hanté – Collection du Lombard 1957.

Les deux aventures précédentes se déroulent à la campagne. Celle-ci se déroule en milieu urbain et Chlorophylle devenu détective, suivi de Minimum, auront à résoudre une histoire d’enlèvements. Un chien, Rase-Mottes, est accusé par son maître marchand de victuailles de lui voler ses salamis alors qu’il n’y est pour rien. Chlorophylle et Minimum acceptent de l’aider. Se mettant en embuscade dans le magasin, les compères arrivent à prendre sur le fait des souris, les soeurs Piquechester, qui viennent pour voler des salamis. Elles racontent alors que leur soeur a été enlevée par une certaine Célimène, une chatte toute blanche, qui exige une rançon en salamis pour libérer la captive. Ils partent en exploration dans la maison de la fameuse Célimène, dans l’espoir d’y retrouver la souris prisonnière. Mais l’aventure se terminera d’une manière inattendue où ils feront la connaissance d’un crapaud et d’un moustique,

La seconde histoire est parait-il l’histoire préférée d’Isabelle Franquin, la fille du dessinateur. Nos deux héros décident de prendre des vacances et retournent à la campagne. Ils découvrent un jouet tombé d’un camion, une voiture qui se remonte à clé. Elle leur servira de moyen de tansport. Surpris par un gros orage (Macherot aime bien les orages), ils se réfugient dans un terrier situé au fond d’un bosquet. L’orage passé, ils s’apprêtent a repartir quand ils voient un épouvantail qui marche vers eux. Voilà de quoi intéresser nos deux compères, qui après une fuite hors du bosquet, décident d’y retourner. Ils feront une drôle de découverte, une multitude d’animaux qui vivent d’une drôle de manière.

Après sa parution dans Tintin, « Les Croquillards » ne fit l’objet d’un album que beaucoup plus tard. A gauche la première édition chez Glénat en 1977 et en noir et blanc, suivi d’une édition en couleurs au Lombard en 1980.

Les Croquillards – Inédit en album jusque dans les années 70, paru dans Tintin en 1958.

Macherot change de cap et imagine un autre monde pour ses héros. Ils partent à l’aventure en direction du sud sur le dos d’une cigogne. A la suite d’une tempête ils tombent à la mer et se retrouvent sur une île. A leur grand effarement, ils découvrent que les animaux y vivent comme les hommes, ils roulent en voiture, habitent dans des maisons, gagnent de l’argent, paient des impôts et travaillent, un monde de rêve quoi! Cette île s’appelle Coquefredouille. Il y a même un roi, une souris, à la tête de tout ce petit peuple qui vit tranquillement. Par hasard, ils découvrent que leur vieil ennemi Anthracite est aussi dans l’île à la tête d’une compagnie maritime et c’est un personnage respecté, un bourgeois du coin. Connaissant l’oiseau, ou plutôt le rat, ils se méfient de la pureté de ses intentions et l’espionnent discrètement, d’autant plus qu’ils l’on vu introduire des carnivores dans l’île, les Croquillards. Commence alors une suite de disparitions mystérieuses, les trains qui relient deux villes de l’île à travers le désert n’arrivent jamais à destination. Chlorophylle et Minimum ont bien leur idée sur ce mystère, mais suite à une rencontre avec un beau militaire, un peu ivres, ils signent un engagement dans l’armée de Coquefredrouille. Les voici soldats marchant au pas, difficile dans ces conditions de mener une enquête sérieuse. Mais ils parviendront quand même à confondre Anthracite et deviendront les amis intimes du roi, Mitron XIII.

Même cas pour « Zizanion le terrible », première édition Glénat en 1977 aussi en noir et blanc, suivi du Lombard édition en couleur 1981.

Zizanion le terrible – Inédit en album jusque dans les années 70, paru dans Tintin en 1959.

Un anarchiste qui signe Zizanion sème la terreur sur l’île et fait évader Anthracite. Chlophylle et Minimum deviennent journalistes et enquêtent sur ce mystérieux personnage. Cette fois-ci, nous sommes dans l’entourage direct du roi et nous faisons connaissance du duc Bihoreau de Bellerente, prétendant au trône si Mitron vient à mourir. La police dirigée par le peu compétent Bouclette nage complètement. Pour nos deux héros, un fixe-chaussettes va leur permettre d’y voir plus clair.

Le retour de Chlorophylle – Jeune Europe, album broché 1961.

A partir de cet album, Macherot épure un peu son dessin. Pour un temps, Chlorophylle et Minimum rentrent au pays en ballon retrouver les vieux amis., Torpille, Serpolet le lapin qui entretemps s’est marié et est père de famille, Mironton et Mirontaine les muscardins. Ils font la connaissance de Caquet, un étourneau très bavard, qui va les entraîner involontairement dans une nouvelle aventure. Ayant appris à confectionner des vêtements à Coquefredouille, ainsi que travailler le fer, Chlorophylle et Minimum habillent leur copains en prévision de l’hiver, terreur des petits animaux, et installent le chauffage dans les terriers et dans les nids. Une nuit alors qu’ils fêtent l’an nouveau, Chlorophylle se fait enlever par un oiseau de proie. Minimun tombe malade et sombre dans la dépression. Quelques semaines plus tard, Mifasol, un pinson, rentre des cours de chant qu’il donne au loin et doit se réfugier dans un château lors d’une tempête de neige. A sa grande surprise, il voit des souris habillées comme des hommes. Rentré chez lui, il informe Mironton. A part Chlorophylle et Minimum, qui sait confectionner des habits pour les animaux? Le brave et courageux Mironton décide de partir voir cela d’un peu plus près.

La revanche d’Anthracite – Chlorophylle joue et gagne – Jeune Europe album broché 1964.

Les deux histoires sont réunies en un album car elles se suivent. Je les présente comme une seule histoire.

On retourne à Coquefredouille et Torpille les accompagne. Anthracite s’évade de nouveau. Cette fois-ci, il a une autre ambition, il veut devenir roi à la place du roi. Ce dernier va lui faciliter les chose, car il s’est doté d’une arme redoutable, la bombe au bithure de zytron. Heureusement elle n’existe qu’à un seul exemplaire, mais elle suffit pour anéantir toute trace de vie à l’échelle de l’île. Le rusé Anthracite imagine bien que s’il possède cette bombe, il va devenir un puissant personnage. S’en emparer est pour lui un jeu d’enfant et il dicte au roi Mitron ses exigences, sinon il fait exploser la bombe : il veut devenir chef de la police. Il profite alors de sa position pour faire une contre-enquête qui le lave de tous ses crimes passés. Une fois ce point éclairci, il s’auto-proclame roi et fait Mitron prisonnier. Il installe ensuite une véritable dictature augmente les impôts et supprime toutes les libertés. Chlorophylle, Minimum et Torpille prennent le maquis et avec quelques résistants, ils essayent d’élaborer un plan pour renverser Anthracite. La partie à jouer sera serrée, mais grâce à Torpille qui se transforme en agent secret, le dictateur aura bien du fil à retordre.

Le furet gastronome – Collection Vedette album broché 1970.

Retour au pays, pour cet album Torpille est restée à Coquefredouille. Trois frères dans le style blouson noir sous forme de trois rats costauds, les Mirliflore, sèment la terreur dans le pays, ils volent les réserves de noisettes, cherchent la bagarre, tous les habitants vivent dans la crainte. Tout irait pour eux comme sur des roulettes, si Chlorophylle et Minimum ne rentraient au pays. Justement minimum a mis au point au nouvelle méthode de combat, dans le style des arts martiaux. Grâce à cela, les trois frères ramassent une bonne raclée. Pour se venger, ils tentent de faire alliance avec un furet qui est enfermé dans une cage de la ferme voisine. Ce dernier, qui ne pense qu’à manger, se trouve très bien enfermé et ne veut pas sortir. Etant nourri plus que convenablement par les fermiers, il n’a pas à courir la campagne pour se nourrir. Les frangins lui font miroiter des agapes à base de lapins, de lièvres, de faisans. Au mot faisan, le furet accepte q’on le libère. Mais à partir de ce moment, les Mirliflore vont s’engager dans une aventure qu’ils n’avaient pas prévue, au cours de laquelle un faisan aussi gentil que peu visionnaire va jouer un rôle.

Chlorophhylle à la rescousse – Collection Jeune Europe album broché 1971

Dernière aventure dessinée par Macherot. Le roi Mitron envoie un sous-marin pour pour ramener Chlorophylle et Minimum à Coquefredouille, le bavard Caquet est aussi du voyage, il s’embarque comme passager clandestin, car il veut absolument voir cette île. A leur arrivée, ils retrouvent Torpille et une ville en fête. En effet, Mitron reçoit en visite officielle, Kramik V, un singe qui règne sur un archipel voisin, les Cynocéphales. Au cours de la visite, il reçoit une tarte à la crème en pleine figure. Fâché, il repart dans son île et déclare la guerre à Coquefredouille. Comble de malheur, Anthracite s’évade de nouveau et va offrir ses services à Kramik. Le pays est mobilisé et nos héros se retrouvent soldats. La grande faiblesse de l’armée de Mitron, c’est l’aviation, elle ne possède qu’un pilote qui n’a même pas fini sa formation, le caporal Beauminet, un chat. Lors d’une attaque massive aérienne, il est contraint par un général de monter dans un avion et de se battre. Son manque d’expérience lui sera salutaire. A la suite d’une série de gaffes monumentales aux commandes, il anéantit tous les avions de Kramik et devient un héros national. Kramik est fou de rage, il veut absolument connaître les secrets de pilotage de ce chat volant et charge Anthracite de l’enlever. Mais un fois qu’il accomplira sa mission, il aura la trouille de sa vie.

Comment lire les aventures de Chlorophylle dessinées par Macherot aujourd’hui?

Les éditions originales sont peu abordables, tant au niveau de s’en procurer une, que du prix à payer. Les trois premiers albums cartonnés ne se trouvent guère qu’à moins de 200 euros et encore faut voir l’état. Les albums brochés suivants sont un peu plus atteignables entre 30 et 80 euros, mais restent assez rares.

Il y a la série dite verte 14 albums numérotés publiés entre 1978 et 1989. Elle comprend les aventures dessinés par Macherot, (albums 1 à 7), mais aussi les albums publiés par d’autres dessinateurs et scénaristes. Ce n’est pas une intégrale et de valeur inégale par rapport aux aventures du créateur. Pour moi il y en a un qui est assez intéressant le numéro 14 « La revanche d’Anthracite ». C’est celui qui respecte le plus la philosophie « macheronienne », sans pour autant l’égaler. Toutefois, toute cette série est plutôt détestable par un manque assez évident de qualité d’impression, variable selon les albums. Publiés ici et là, il en va de même de ceux qui regroupent en un volume les trois premiers albums,

Après la mort de Macherot, Le Lombard a enfin décidé de rééditer une intégrale de Chlorophylle dessinées par Macherot en y mettant la qualité. Elle est sortie en 2012 en trois volumes. Toutes les aventures y sont. En plus, on y trouve de courtes histoires assez rares avec ou sans Chlorophylle. Chaque album est bien documenté avec plein de photos, dessins, et anecdotes. Chaque volume coûte autour de 25 euros, mais c’est un prix relativement modeste comparé aux éditions originales et on peut y retrouver l’ambiance de la qualité des éditions originales.