Bas nylon et propagande guerrière

Pendant la guerre 14-18, pour la France l’ennemi principal était l’Allemand. Il était de bon ton dans le giron national de se moquer de l’ennemi. La France ne s’en priva pas et s’en trouva fort aise. Tout était bon pour monter en épingle le moindre travers de l’ennemi. Et pour cela, il fallait transmettre au bon peuple toutes ces belles pensées, en les exagérant selon le besoin. On appelle cela de la propagande et cela n’a de loin pas disparu. A chaque déclaration de guerre, chacun va y trouver de quoi alimenter son envie d’y aller ou pas, mais l’immense majorité ira sous la contrainte des lois et des obligations. C’est là que la propagande à son rôle à jouer, fléchir les opinions de ceux qui ne sentent pas concernés. Le racisme est souvent employé à toutes fins utiles, il est évident qu’une personne de langue différente, d’une autre couleur de peau, d’une autre culture, sont des éléments très faciles pour tourner l’autre en dérision ou lui trouver les pires tares. Et pourtant, aucune culture, race, n’a que des aspects négatifs, si la différence est une tare, alors nous sommes tous les tarés de quelqu’un. 

Explorons quelques une de ces fameuses propagandes aux premiers mois de la guerre en 1914… 

Les couvertures très explicites sur ce que l’on pensait

 

Le moindre petit exploit peut être monté en mayonnaise. On a abattu un avion allemand. Certes la guerre n’est pas encore gagnée, mais on est sur le bon chemin. L’aviateur victorieux fut le célèbre Jules Védrines, avec ses avions qu’il baptisaient La Vache, une des stars de l’aviation de l’avant guerre. Quand un exploit est accompli par un héros c’est encore plus fort. Il mourut en 1919, justement dans un accident d’avion

Voici une histoire qui est peut-être inventée de toutes pièces. Elle peut aussi être vraie.

Quoi qu’il en soit, elle fait une bonne propagande contre la lutte des classes.

Une solution pour la prochaine guerre : une armée de taureaux kamikazes. A l’entraînement : un casque à boulons à la place de la muleta !

Vendredi en nylon et petites satires

Le Journal Amusant ou le Petit Journal Amusant, fut une publication satirique et légèrement coquine qui parut pendants plus de 80 ans et s’arrêta en 1933. Plutôt q’un journal qui brocarde la politique, il se fait un observateur des faits de société tels qu’ils pouvaient paraître au moment de leur publication avec une pointe de dérision. Les relations du couple y sont souvent caricaturés avec leurs petits travers. Les illustrations sous forme de dessins ne manquent pas d’un certain piquant, surtout à partir des années 20, sans aller plus loin que ce que permettait la censure et les moeurs de temps moins permissifs qu’aujourd’hui.

Il n’en reste pas moins que c’est une revue assez plaisante avec son ton souvent impertinent. Voici quelques sélections datant de 1926.

Ca s’an l’an neuf !!!

!!!BONNE ANNEE!!!

Quand la pendule a pointé de son aiguille précise mais pratiquement inerte, la cinquante-neuvième minute de la vingt-troisième heure du trente-et-un décembre, vous avez pensé qu’il ne restait à l’année qu’une pauvre et ultime minute à vivre, condamnée par la guillotine du temps à être exécutée sur l’autel du temps qui passe. Mais un esprit fort et érudit remarqua qu’il y a juste une heure, elle a déjà subi cet atroce supplice dans le fuseau horaire précédent et qu’elle s’apprêtait à mourir une nouvelle fois. Donc, ne nous méprenons pas, le temps et toute année bien constituée ne sauraient mourir, ils ne font que passer sous votre nez, et même si vous l’avez fort développé, vous ne sentirez rien.  Le temps, pas plus que l’argent n’a d’odeur, c’est un fait qui éclaire d’un jour nouveau qui ne figure pas sur le calendrier des indications de bon aloi, nul ne peut sentir venir la fortune, pas plus qu’un nez ne peut respirer l’air du temps. Les fonds de la pensée philosophique qui abreuve ses racines dans l’océan de la connaissance superficielle, ont remarqué que l’on peut gagner du temps mais pas le dépenser, tandis que l’on peut perdre du temps sans jamais le retrouver.   
L’an passe, l’an trépasse, l’an repasse comme dirait une blanchisseuse dont la conscience professionnelle ne fait pas un pli, qui veut des vœux doit attendre qu’il soit minuit au cadran qui donne l’heure exacte.
D’ailleurs, vous avez des pouvoirs dont vous ne soupçonnez pas l’existence, celui de faire avancer le temps à votre gré. Prenez une simple montre qui indique vingt-trois-heures-cinquante-minutes. Concentrez-vous bien, jetez votre fluide sur la montre. Pensez que vous voulez absolument qu’il soit minuit. Je vous garantis que dans un laps de temps qui vous prendra dix minutes dans le pire des cas, il sera minuit. Etonnant n’est-ce pas ?

 

Le fait de consacrer le début de l’année est une histoire vieille comme la mesure du temps et pas toujours très exacte, car la mécanique céleste ne donne pas de chiffres absolument ronds. Il s’agit pour le calcul d’établir la corrélation entre le parcours de la Terre autour du Soleil en un peu plus de 366 jours et sa rotation sur elle-même, étant donné que cette rotation ne se fait pas exactement en 24 heures, mais 23 heures, 56 minutes et 4 secondes. Le but des calendriers fut de faire jouer les chiffres dictés par la mécanique céleste en une représentation arbitraire accessible à tous et servant de référence. Il a bien fallu un peu « tricher » avec la réalité.

Imaginons ce qui serait si on avait respecté les lois de la nature, que serait le rythme de notre quotidien?

En nos temps modernes, où une montre fait deux fois le tour du cadran en une journée et qui nous donne exactement une journée de 24 heures, ce qui n’est pas la réalité, eh bien il aurait fallu une montre avec un cadran plutôt bizarre qui compte les heures à 59 minutes et 50 secondes environ. Même ce chiffre est incorrect, car compté sur 23 heures et 56 minutes, il manque encore 4 secondes pour un compte rond. Pas facile hein?

Dans la réalité, l’homme fut-il préhistorique, avait remarqué le phénomène des saisons, que le Soleil se levait sur différents points de l’horizon selon les jours, que cette durée n’était pas égale, mais qu’il finissait par revenir à son point de départ. Les plus érudits remarquèrent que cela se reproduisait environ tous les 366 levers de soleil, faute de calculs plus précis et en sachant calculer.

Différentes civilisations constatèrent le fait, mais ce furent les Egyptiens qui les premiers établirent un calendrier d’après ce cycle. Ils remarquèrent que le crues du Nil, alors un élément essentiel à l’irrigation des plaines fertiles, se produisait peu de temps après l’apparition de Sirius dans le ciel égyptien. L’idée du calendrier était lancée.

Les Romains perfectionnèrent le calendrier et à cette époque on vit l’apparition des saisons sous forme de noms. Pour les Romains, selon une certaine logique, l’année commence au printemps, c’est en effet un sorte de renaissance. Ils établirent l’idée de l’année divisée en mois comportant entre 28 et 31 jours, mais répartis différemment, il y avait plusieurs mois à 29 jours. On parle de calendrier julien.

Le calendrier subit une réforme, qui le fit s’approcher avec une plus grande rigueur vers l’exactitude de la durée d’une année solaire, et qui s’approche plus exactement de notre calendrier actuel. Il fut en vigueur depuis 46 avant J.-C.

Il est sûr que les gens de l’époque attachaient peu d’importance à la durée de l’année, sauf bien évidemment quelques notables ou érudits qui s’en servaient comme point de repère pour un écrit, un événement exceptionnel,  ou la date butoir de l’entrée en force d’une loi.

 Ailleurs que chez les Romains, chacun y va de son idée, le calendrier est parfois basé sur les phases de la Lune, de faits religieux ou culturels. Il fallut des siècles pour que la mesure actuelle du temps prenne une forme définitive et universelle, comme celle que nous connaissons aujourd’hui après une réforme qui eut lieu en octobre 1582.

Le mois de janvier fut baptisé du nom de Janus, dieu romain à deux têtes, l’une regardant devant et l’autre derrière, symbole de l’année passée et de celle qui vient  

C’est l’introduction de calendrier grégorien, du nom du pape Grégoire XIII qui l’instaura. En gros on rattrapa le décalage dû au calendrier julien et de fait on passa du 4 octobre 1582 au 15 octobre 1582, date d’entrée en fonction du calendrier grégorien. A partir de là, le début de l’année fut le 1er janvier à l’exclusion de toute autre date, mais certaines cultures ont encore aujourd’hui un début d’année différent, comme les Chinois par exemple. L’affinement de ce calendrier découle de l’observation plus précise de la place du soleil dans le ciel, en dehors de toutes considérations astronomiques qui sont la règle maintenant. N’oublions pas que la Terre est encore supposée être le centre de l’univers, à ce moment-là Galilée est âgé de 18 ans et n’a pas encore remis la Terre à sa juste place.

Le principal problème fut de résoudre la durée exacte d’une révolution autour du Soleil. On le savait à peu près au moment de l’établissement du calendrier grégorien, et de manière très précise aujourd’hui, une année dure en réalité 365,3422 jours ce qui est loin d’être un chiffre facilement manipulable quand on veut le faire coïncider avec des levers et des couches de soleil. C’est ce qui nous a valu l’introduction  des années bissextiles, celles qui comptent le mois de février à 29 jours tous les quatre ans, les années en 00, 04, 08, 12, 16. Cerise sur le gâteau, en adoptant ce système, on aurait une légère tendance à prendre de l’avance. Alors pour contrebalancer cet effet, les années qui marquent un nouveau siècle comme 2000 ne sont bissextiles que tous les 400 ans. Donc 2100, 2200, 2300, seront des années à 365 jours et 2400 sera à 366 jours, ainsi que 2800, 3200, 3600, 4000. 

Mais d’ici là, nous serons tous des robots programmés et on fêtera l’an neuf quand on voudra bien qu’on le fasse. La course de notre bonne vieille planète autour de sa source de vie pourra s’accélérer ou ralentir selon le bon vouloir d’éléments perturbateurs qui se cachent éventuellement à nos yeux, à notre savoir, dans un coin quelconque de l’univers.

De toutes les certitudes de l’homme, l’illusion est la plus courante.

 

 

 

 

Bas nylons et etc…

 

Des origines jusqu’à nous

Il est toujours étonnant quand on observe le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, en faisant la comparaison comparaison avec celui de jadis, de penser qu’ils étaient un peu fous. Des choses qui semblaient normales hier ne le sont plus du tout aujourd’hui. Tout ne disparaît pas pour autant, il reste des coutumes ou des expressions qui ont leur source dans un passé lointain.

Prenons l’expression, conter fleurette, je pense que vous savez à peu près tous sa signification. C’est un terme ancien que l’on peut comparer à notre draguer moderne. Mais il n’est pas né comme ça tout seul…

Henri IV (1553-1610), roi de France dit aussi le vert galant, avait une sacrée réputation de dragueur, enfin c’est plus qu’une réputation. Décrit comme un roi sans fausse modestie, gai luron, bon vivant, il se mélangeait assez volontiers avec les gens de condition modeste et semblait capable d’amitié sincère. Toujours à la recherche d’une nouvelle conquête ou aventure féminine, il est le roi et c’est un honneur déguisé en ordre, on ne dédaigne pourtant pas se laisser conter fleurette. Ah nous y voilà, c’est justement une de ces conquêtes qui devint sa maîtresse et qui s’appelait Fleurette, qui est à l’origine de cette expression.

Quelle aubaine! Encore une expression que vous avez entendue une fois ou l’autre. Elle tire son nom d’une loi féodale, dite droit d’aubaine, peu à peu abandonnée au cours des siècles et fut définitivement délaissée au 19ème siècle. Pour en comprendre l’aboutissement, il faut se représenter la carte de France et son évolution au cours des guerres gagnées ou perdues, c’est assez mouvant. Même si l’on trouve une certaine unité dans ce qui est appelé royaume de ceci ou de cela, en regardant attentivement on remarque pour la France une certaine similitude avec ce qui constitue aujourd’hui, les départements, les préfectures, les sous-préfectures etc…

Un roi pouvait gouverner un pays entier et soumettre les principes généraux régissant les territoires en sa possession, mais à l’intérieur il y avait des seigneurs qui étaient plus ou moins autonomes dans la gestion d’une partie de ce territoire en étant possesseurs de terres, de régions, de lieux d’étendues diverses. Ils étaient en quelque sorte les maîtres de leurs sujets et avaient en principe le droit de justice, de décision, pour autant que cela n’interfère pas sur les principes supérieurs, ceux du roi par exemple.

Une carte de France du 16ème siècle,on reconnaît quand même sa silhouette.

En 1750, imaginons un marchand de dentelles de Bruges qui va en Bourgogne vendre sa marchandise. Les affaires marchent bien et il a sa besace remplie de louis d’or. Coup de malchance, il décède subitement en pleine activité.

Comment cela se passerait-il aujourd’hui ? On avertirait sans doute la famille s’il en a une, qui déciderait des suites à donner à l’affaire. On envisagerait de rapatrier le corps ou de l’inhumer sur place. L’argent gagné est sans doute sur son compte bancaire et entrerait éventuellement dans l’héritage ou les droits de succession. Il y aura certainement quelques frais à payer sur place, mais cela sera couvert par une assurance s’il en a une.

Mais revenons en 1750, la situation est complètement différente. Avertir la famille, peu probable du moins dans un délai raisonnable, plusieurs jours sans doute pour autant qu’on en connaisse l’existence. Nous entrons directement dans ce que tentait de régler le droit d’aubaine. Tout ce que la victime portait sur elle ou faisait partie des biens qu’ils avaient amenés avec lui, revenait en droit au seigneur qui avait la jouissance des terres sur lesquelles il était décédé. Charge à lui d’assurer des obsèques selon sa bonne conscience, mais la fosse commune pouvait très bien faire l’affaire. Ce droit pouvait même aller plus loin, le prétendant pouvait aussi demander l’usufruit de biens situés ailleurs et lui appartenant en propre. Là imaginons que c’était plutôt difficile, surtout si le défunt venait de très loin.

Comme on le voit, quand il n’existait pas une structure de société très organisée, il fallait presque improviser au cas par cas. Cette loi n’a sans doute jamais été écrite, en vérité il s’agit d’un droit sans doute sanctionné  par un décret royal qui a pris force de loi par la suite. Chaque puissant connaissant son existence pouvait se réclamer d’elle.

Voyager dans les siècles passés était bien plus qu’une aventure, qu’un déplacement d’un lieu à un autre comme c’est l’habitude aujourd’hui.

De Gaulle, je t’aime moi non plus…

On dit souvent de lui qu’il fut le derniers des géants, en politique s’entend. Il est indéniable qu’il a laissé une grande empreinte dans l’histoire de la France. Je ne vais pas faire son éloge car je déteste cordialement tous les politicards, pour moi ce sont tous des tordus, des opportunistes et des profiteurs à tous crins. Mais je dois quand même reconnaître que j’ai une certaine admiration pour le personnage, du moins certains de ses côtés. Je crois sincèrement qu’il portait la France dans son coeur, il l’a toujours fait passer avant ses intérêts personnels, même si quelquefois son prestige extérieur était plus important que celui du bien-être du peuple français. Il est même extrêmement rare qu’un militaire soit à la tête d’une démocratie et en respecte le principe. J’adore son sens de la formule, ses mimiques, son humour, très souvent pince-sans-rire. Le regarder faire une conférence de presse est un pur délice, ses discours sans lire de notes est une preuve qu’il pense ce qu’il dit. Mon admiration s’arrête sans doute ici.

Comme tout politicien d’envergure, il avait ses détracteurs, les événements de Mai 68 firent vaciller son trône. Ce fut une époque où les caricatures de sa personne fleurirent dans les rues de Paris. En voici quelques unes récupérées  pour la bonne cause. Elles parlent toutes seules…

Un des plus célèbres imitateurs du Général, Henri Tisot. Il avait bien capté l’esprit de son modèle dans sa manière de tourner les phrases.

Sources Gallica, BNP, DP

Bas nylon et humour tous horizons

Une petite histoire de l’humour ancien

L’humour est sans doute vieux comme le monde. De fait, la nature nous a donné le rire et le sourire dans nos attributs. Difficile de savoir à quand remonte le premier homme qui a ri et pourquoi. Cela dépend sans doute de son caractère, vous avez sans doute vécu une histoire où tout le monde rit sauf le directement concerné par un fâcheux contretemps. Imaginons un homme des cavernes qui par mégarde s’approche trop du feu et enflamme les poils de son vêtement en peau d’un animal quelconque. Cela, si c’est arrivé, a probablement fait rire l’entourage.

Au départ, les quelques neurones de notre cerveau qui assuraient la stimulation du rire se sont probablement développées pour assurer sa descendance. Plus souvent on rit, plus l’envie de rire se transforme en plaisir.

Pendant des lustres, la découverte d’une situation drôle n’a pu se faire que par l’observation directe ou quelquefois par transmission orale, quoique les premiers hommes ne devaient pas avoir un langage très structuré, plus proche du grognement que des belles phrases bien senties. L’écriture a sans doute peu à peu changé la donne, bien qu’on ne trouve pas beaucoup d’humour dans les textes d’Homère ou de courtes histoires drôles dans les hiéroglyphes égyptiens. Quand l’homme a commencé à vraiment parler avec un langage compréhensible par tous et des mots représentatifs de situations, d’état d’âme, ou d’objets matériels, il a certainement fait un grand pas vers l’humour. On arrivait à parler d’une situation cocasse observée et à la répéter à volonté. Les chroniqueurs des siècles passés, plus encore depuis l’invention de l’imprimerie, resteront les premiers narrateurs d’histoires drôles. Pour ce qui est du français, on retrouve assez fréquemment des faits qui concernent les rois de France où leur entourage dans des situations cocasses, parfois même assez salées, rapportés par les observateurs. Certaines de ces histoires, même des siècles après, ne manquent pas de drôlerie. Les surnoms ou qualifications ou de certains sont déjà des traits d’humour, Jean sans Terre ou Vert-Galant pour Henri IV, sont probablement moqueurs ou plutôt sympathiques.

Une célèbre anecdote historique prouve que les courtisans, même s’ils faisaient partie de la noblesse, savaient rire d’eux-mêmes et tenter de ridiculiser les puissants. Elle concerne le chevalier de Pardaillan, marquis de Montespan. Les férus d’histoire situent rapidement le personnage, c’est le mari officiel de Madame de Montespan. Cocufié par sa femme devenue favorite de Louis XIV, il ne s’en laissa pas compter. Les cocus par ordonnance royale, si l’on peut dire, ressentaient plutôt cela comme une fierté. Pensez donc, avoir sa femme favorite du roi, même si ce titre ne consistait pas seulement à prendre le thé avec elle ou à lui offrir des fleurs, était plutôt ressenti comme un honneur et souvent c’était la fortune ou les honneurs assurés grâce à la générosité et les pouvoirs du cocufiant. Pour lui, rien à faire, il s’en fout, il est cocu, pas content, et il le fait savoir. Il fait du tapage dans Paris et son carrosse est orné d’une superbe paire de cornes. Selon certaines sources, il aurait tenté d’entrer à Versailles par la grande porte, celle réservée au roi et à sa suite. Se faisant arrêter par un garde le priant de renter par la petite porte, il aurait répondu qu’avec les cornes qu’il avait elle était trop basse. Il aurait aussi eu une tendance à l’humour macabre. Il fréquenta le plus bas lieu de prostitution de Paris en espérant attraper une de ces maladies que l’on attrape pas en jouant aux dames, mais avec une dame. Molière dans « Amphytryon » se basa sur l’histoire du cocu marquis de Montespan. Louis XIV, parait-il, s’en amusa fort. Du moins, il eut la délicatesse de ne pas se reconnaître sous les traits de Jupiter.

D’après ce que j’ai observé, il n’y a pas vraiment de cas où la situation, si tragique soit-elle, qui ne permette pas d’esquisser un sourire, voire un rire. Dans les récits concentrationnaires de la seconde guerre mondiale, il m’est arrivé de relever des situations qui firent rires les déportés, pourtant peu enclins à rigoler vu le tragique de leur destin. Selon les ethnies, la mort est vécue différemment. Chez nous c’est quelque chose de plutôt triste, mais à la Nouvelle Orléans, surtout si c’est un personnage populaire, on se déguise et on danse dans les rues, le ton est plutôt joyeux. L’enterrement du célèbre dessinateur Siné à Paris a été un prétexte à réjouissances, il l’a voulu ainsi. Sa tombe est un cactus déguisé en doigt d’honneur, il a même posé devant elle de son vivant. Si ce n’est pas avoir de l’humour…

L’apparition de journaux à publication régulière a permis à l’humour de se répandre de façon plus large et toucher des gens qui n’auraient pas pu profiter d’une histoire drôle qui s’est passée bien loin d’eux. Il y a l’histoire fabriquée de toutes pièces, mais souvent inspirée par un fait réel, c’est la fameuse blague qui tourne aussi autour du jeu de mots. A ses côtés, il y a la satire. C’est une manière de tourner en dérision un fait de politique ou de société. A l’inverse de la blague, elle peut faire rire, mais aussi scandaliser ou fâcher, comme quoi l’humour est parfois partisan.

Si la satire est aussi vieille que les journaux, l’humour apparaît petit à petit dans des revues spécialisées. Les premières naissent vers le milieu de 19ème siècle et commencent à se répandre de manière plus visible vers la fin de ce siècle, certaines privilégiant le dessin au texte. Le journal satirique en fait partie. Plus discrètement, des périodiques abordent l’humour avec une teinte d’érotisme, on y raconte des histoires un peu plus osées, mais on est encore très loin de l’allusion au sexe avec des mots dédiés, on est encore dans la suggestion, mais ce n’est plus tout à fait innocent. Le cinéma prendra ensuite le relais et ses premiers grands succès sont avant tout des films comiques.

L’humour évoluera avec les temps modernes, on découvre un humour absurde, encensé par des revues comme Mad aud USA et chez nous Hara-Kiri ou des films comme ceux des Monty Phyton. Ils repoussent les frontières de l’humour vers des terrains inexplorés. Je pense que c’est le style qui a le plus d’avenir, reste à trouver l’insolite et l’apprivoiser.

Voici des extraits d’une des revues, qui à la Belle Epoque dédiait ses pages à un humour teinté de grivois. Les situations illustrées sont assez sages, l’avant ou l’après un peu moins, mais là c’est votre imagination qui travaille.

 

Source Gallica, BNF, DP

Eclats de nylon et vieux papiers (37)

Eclats de nylon et une assiette pleine de beurre

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps

L’Assiette au beurre fut un des grands journaux satiriques au début du 20ème siècle et pendant une trentaine d’années. Il est très influencé politiquement par la gauche avec une pointe d’anarchisme, poursuivant les grands traits révolutionnaires de la seconde moitié du siècle précédent. Il est bien évidemment un soutien aux masses populaires qui réclament des droits et qui, parfois, en obtiennent. La classe bourgeoise doit bien faire contre mauvaise fortune, bon coeur. La révolution industrielle qui réclame des bras, le plus souvent pour des emplois non qualifiés et surtout mal payés, doit bien tendre un carotte. Cependant tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, la vie n’est pas toujours facile pour le passant de la rue.

Le principe du journal est assez nouveau pour l’époque. Il ne contient pratiquement que des caricatures ou des dessins avec très peu de  texte. Il est souvent thématique pour un numéro particulier. On a compris que le dessin peut raconter plus de choses à un regard, que de longs textes que personne ne lit. Le dessin agit en tant que symbole et il peut entraîner de longues réflexions sur un sujet précis. Par exemple, un dessin représentant un certain personnage cloué sur une croix, pourra vous faire réagir positivement ou négativement, sur un fait ayant trait à l’histoire chrétienne.

D’une manière assez drôle quand on feuillette un numéro du journal, on remarque que ce qui pouvait faire un sujet alors, pourrait très bien faire l’objet du même sujet aujourd’hui.

Dans un numéro de février 1904, il est question de la police et de tout ce qui représente l’ordre. Eh bien on pourrait le rééditer aujourd’hui en le faisant passer pour actuel.

Quelques extraits.

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Une des plus succulentes. Il s’agit probablement d’une caricature de Jean Jaurès, l’un des symboles  de la lutte des classes, houspillé par un agent qui demande de se disperser alors qu’il est seul. Pour  les suivantes, je vous laisse imaginer le rapport entre hier et aujourd’hui.

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Sorces Gallica, BNF

Eclats de nylon et vieux papiers (22)

Eclats de nylon et sérial killers et un peu de Victor Hugo aussi… 

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

Lisez bien ces petites annonces, elles sont mortelles!

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Pourquoi mortelles? Eh bien tout simplement car elles furent publiées dans les journaux sur la demande d’un certain… Landru! Même si vous êtes jeunes, vous avez certainement entendu parler de lui. Ce fut un des premiers « serial killers » de l’ère moderne. Par ce moyen il rencontrait des dames seules ou veuves, assez nombreuses à l’époque de leur parution car nous sommes pendant la guerre 14-18, pour tirer parti de leur solitude. On connait la suite, il se débarrassait d’elles dans sa villa de Cambrai et faisait disparaître les restes dans sa fameuse cuisinière. On lui attribue au moins une dizaine de meurtres. Voilà très brièvement résumée l’histoire. Il n’avoua jamais ses crimes, mais de très fortes présomptions, pour ne pas dire certitudes, ne laissent que peu de doutes sur sa culpabilité. Il fut guillotiné le 25 févier 1922. 

Un article concernant l’exécution de Landru. 

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Remontons près de cent ans avant pour le compte rendu d’une autre exécution, une histoire que presque tout le monde connaît grâce à un film célèbre avec Fernandel, L’Auberge Rouge. Ce film, au demeurant très comique, s’inspire d’une histoire réelle. Au début du 19ème siècle, la France est encore très mal équipée en routes, ce sont des sentiers plus que des routes. Les voyageurs les empruntent pour se rendre d’un lieu à un autre à travers monts et collines. Très souvent, ils traversent des zones pratiquement désertiques et l’on trouve ici et là des auberges, des relais pour les chevaux, et aussi de quoi se nourrir. C’est bien le cas de l’Ardèche de cette époque, vers 1820. A quelques kilomètres d’un village du nom de Lanarce, perché à plus de 1300 m, se trouve une auberge au lieu-dit Peyrebeille. A l’époque des faits, c’est un endroit très isolé et un arrêt pour les voyageurs.

Les gens du coin racontent des histoires à propos de cette auberge, comme quoi elle ne serait pas le lieu si accueillant auxquel les passants ayant franchi l’entrée pourraient prétendre. Le couple et le domestique qui gèrent les lieux seraient de fieffés gredins. On en parle, mais personne ne semble agir pendant des années. En octobre 1831, on trouve le cadavre d’un maquignon, un certain Enjolras. Probablement que Victor Hugo a entendu parler de cette histoire, il s’est peut-être inspiré de ce nom pour son personnage de révolutionnaire dans Les Misérables. Dans son roman, ce meurtre à lieu au moment ou Marius chassé par son père adoptif, erre dans les jardins du Luxembourg et aperçoit Cosette avec Jean Valjean.

Suite à certains témoignages qui semblent accuser l’aubergiste, la police de l’époque fait irruption dans les lieux et arrête les tenanciers, lui, sa femme, le serviteur. Alors le langues se délient, des tas de gens ont vu quelque chose, qui du sang sur les murs ou les draps, qui des morceaux humains que l’on cuisait dans les marmites, qui des cris d’agonisants. On ne ménage rien pour ajouter à l’horreur, elle devient l’auberge rouge ou sanglante. On parle d’une cinquantaine de meurtres répartis sur plus de vingt ans. L’affaire a un grand retentissement, même jusqu’au niveau national, malgré les moyens encore assez rudimentaires de ce que l’on pourrait qualifier de médias de l’époque. La France s’est dotée d’un nouveau et dernier roi, Louis Philippe, et les temps sont est assez troublés, raison de plus pour détourner l’esprit des gens avec des histoires bien saignantes. Ce n’est pas d’aujourd’hui que le procédé existe.

Un procès a lieu en 1933, il n’est pas des plus impartial selon ce que l’on peut observer avec le recul. Finalement, on ne retient que le meurtre du maquignon, mais c’est suffisant pour les condamner à mort, exécution qui aura lieu devant l’auberge le 2 octobre 1833, au milieu d’une foule estimée à 30000 personnes. Eux seuls connaissent la vérité, de gros doutes subsistent et subsistent encore. Ils furent peut-être tués indirectement par des jaloux et des clients mal servis…

Si vous voulez frissonner, cette auberge existe toujours et n’a pratiquement pas changé d’aspect. On y sert toujours à manger en toute sécurité, et un petit musée rappelle l’histoire de cette auberge sanglante ou pas.

Par contre ce qui est sûr, c’est que les protagonistes de cette histoire ont bel et bien été exécutés. Voici le rapport concernant l’exécution. 

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Il existe assez peu de documents qui relatent le déroulement du procès, sauf sans doute dans les annales judiciaires. Voici toutefois, un document tiré d’un journal de 1833, qui parle du procès sur des pages et des pages. Je n’ai gardé que la première page qui résume les faits en introduction, tels que l’on pouvait les ressentir cette année-là. C’est assez significatif de ce que les gens pensaient sur cette affaire.

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Quand on a lu Les Misérables, on se fait une idée de ce qu’était la justice au début du 19ème siècle, Jean Valjean condamné à 5 ans de bagne pour avoir cassé un carreau et volé un pain. L’acharnement de Javert, l’homme qui ne pense que par loi, qui ne voit que des fripouilles chez les démunis. L’idée était malheureusement assez répandue…

Mais ne noircissons pas le tableau, vous allez voir que tout n’était pas aussi terrible que cela en ces temps reculés. Voici le résumé de trois audiences de tribunaux datant de 1833. Je les ai choisies car elle montrent que l’on savait aussi rire dans un tribunal. Le chroniqueur, sans doute homme de lettres, fait parler les victimes dans leur langage propre en modifiant l’orthographe si nécessaire. En passant, on peut aussi constater que le français écrit sous Louis Philippe, n’est pas tellement différent de celui de maintenant, exception pour certains mots tombés en désuétude.

De quoi serrer les fesses!

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C’est pas du Pipeau!

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La mendicité s’il-vous-plait!

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