Nos disques mythiques (22)

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Les Dakotas, de gauche à droite sur la photo: Robin MacDonald (1943- †2015), rhythm guitar; Mike Maxfield (1944 -), lead guitar; Tony Mansfield (1943 -), drums; Ray Jones (1939 -†2000), bass. 

Les Shadows ont largement dominé le style instrumental anglais au début des années 60. Leur suprématie ne fut que mise en doute par les Tornados et leur fameux « Telstar », et par deux anciens membres des Shadows justement, Jet Harris et Tony Meehan, qui cartonnèrent avec « Diamonds ». Les groupes instrumentaux furent cependant nombreux. On peut se souvenir de Nero et les Gliadators et les Krewkats, dont deux moutures servirent plus tard d’accompagnateurs pour Dick Rivers, ainsi que pour les premiers, de Bobbie Clarke, un très grand batteur qui atterrit par d’autres chemins dans les Playboys de Vince Taylor et récupéré ensuite pour Joey et les Showmen de Johnny Hallyday. Pour ceux qui marquèrent encore un peu l’histoire du genre, les Hunters et les Cougars qui popularisèrent cette fameuse adaptation du Lac Des Cygnes de Tchaïkowsky, devenu « Saturday Night At Duckpond ». Voilà pour l’essentiel, mais venons en détail sur un groupe qui fut instrumental par la bande, les Dakotas. 

En 1963, 64, George Martin est un producteur heureux. Entre autres, il s’occupe des Beatles, de Gerry et les Pacemakers, ainsi que de Billy J Kramer et les Dakotas. Ces trois formations s’arrachent littéralement la première place du hit parade anglais, un tas de fois pour les premiers, trois fois pour les seconds, 2 fois pour les troisièmes, sans compter les numéro deux. Il peut orchestrer savamment la sortie des disques, attendre que le succès de l’un se tarisse pour en proposer un autre, cela marche presque à tous les coups. De plus, il accapare des compositions originales rejetées par les Beatles pour les refiler aux autres, même certaines dont ils sont les compositeurs. 

De ces trois formations, Billy J Kramer et les Dakotas furent les moins populaires, tout en gardant à l’esprit que leur succès fut grandiose, mais ils durent se contenter d’un succès plus modeste ailleurs qu’en Angleterre. Ce sont aussi eux qui composent un ensemble fait de deux moitiés. Bien que toujours crédités ensemble, il y a d’un côté le chanteur et de l’autre le groupe d’accompagnement. Cela a sans doute décidé George Martin de tenter en parallèle une carrière pour les accompagnateurs, comme ce fut le cas pour Cliff Richard et les Shadows.

Cela va amener les Dakotas à faire une première tentative en solo avec un disque instrumental composé par le guitariste soliste Mike Maxfield, « The Cruel Sea », couplé à « The Millionnaire ». A l’écoute on est surpris par l’originalité du son, cela sonne assez différemment de ce que l’on entend dans le genre au même moment. Le secret, qui n’en est pas un, c’est de jouer simultanément la mélodie au piano et à la guitare. On retrouvera ce son dans certains titres de Billy J Kramer, Le succès est modeste, mais quand même là, le titre se classe à la 18ème place du hit parade. Edité aux USA, on en change un peu le titre et il devient de « The Cruel Surf » pour être en phase avec la mode musicale. Mais le titre pourra acquérir toute sa notoriété grâce à la reprise des Ventures, qui le mettent sur la face B de leur gros succès « Walk Don’t Run’ 64 ». Il obtient ainsi un audience inattendue, qui va le hisser à la hauteur d’un classique presque incontournable de la guitare. En France, le titre fut repris par Michel Cogoni et Frank Farley (Canada), « Oublie Qu’elle Est Si Belle ». Il fut aussi au programme, en instrumental, du dernier EP des Champions avec Claude Ciari. Pour l’original, il est couplé avec deux succès de Billy J Kramer sur un EP Odeon. 

Pour la suite, George Martin leur refile une composition originale « Magic Carpet » avec une autre production du groupe « Humdinger ». Cette fois-ci, il n’y aura qu’un moindre retentissement, le disque ne se classant pas. Parlophe sort alors un 4 titres « Meet The Dakotas », réunissant les deux disques sous la fameuse référence catalogue numéro 8888. Il est présenté avec cette pochette assez marrante, les membres classés par ordre de grandeur et tendant la main. Ce montage est fixé dans l’oeil de milliers de fans des sixties qui peuvent le reconnaître de loin. 

Pour les amateurs de la chose instrumentale, c’est une pièce maîtresse qu’ils se doivent de posséder sous une forme ou un autre, les pièces originales, surtout le 4 titres, étant assez difficiles à dénicher. Mais les rééditions sont nombreuses, voire innombrables, tout autant que les reprises. Le groupe tourne encore, mais il ne reste aucun membre de la formation originale.

Quoi qu’il en soit, je navigue sur cette mer depuis plus de 50 ans et je n’ai pas le mal de mer…

Nos disques mythiques (21)


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Un ascenseur pour le 13ème étage

En matière de musique psychédélique, le collectionneur mondial, s’il fait référence à la discographie française, la première publication qui lui viendra à l’esprit sera le EP de Thirteenth Floor Elevators, paru en 1967. Sur le marché des pièces de collection éditées en France, il est considéré dans le top 5 des pièces les plus rares et les plus cotées. On peut aussi le regarder comme un des premiers vrais disques de musique psychédélique édités en France.  Il est vrai que le contenu de ce disque est un must et une des premières vagues déferlantes pour cette musique, Amérique y compris. Mais voyons un peu son histoire.

Nous sommes en 1966, dans l’état du Texas, certainement l’un des plus prépondérants par le nombre de grosses pointures musicales qui en sont originaires. Le pivot principal du groupe est le chanteur, guitariste, compositeur, Roky Erickson, entouré de Tommy Hall, Stacy Sutherland, Benny Thurman, John Ike Walton. Le groupe ne fait pas dans la dentelle adoptant des idées musicales plutôt progressistes, la forte consommation de produits plus ou moins recommandés par les ligues de santé, n’étant pas étrangère à leur inspiration. En d’autres termes, ils se défoncent passablement. Malgré tout, ils arrivent à sortir un premier disque pour le compte du label Contact, qui contient le titre de référence « You’re Gonna Miss Me ». Il obtient un succès assez conséquent à Austin et dans le reste de l’état. La jeunesse américaine est certainement avide de nouvelles tendances musicales, les Beatles sont déjà un peu ringards, la musique du groupe peut répondre assez favorablement à cette attente et lui réserve un accueil favorable. Le succès attire l’attention du label texan, International Artists, qui reprend à son compte le groupe et le disque.

Le titre frôle le top 5o des charts américains du Billboard, assurant une audience nationale au groupe. Le boss du label, Lelan Rogers frère du fameux Kenny, décide de produire un album qui verra le jour en octobre 1966 intitulé « The Psychedelic Sounds Of », et sera l’un des premiers, sinon le premier, à comporter le terme psychedelic dans son titre. Sa pochette deviendra, autant que son contenu, une référence mythique dans le genre et à plus d’un titre un absolu de cette musique.

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La fameuse pochette de l’album américain

La parution d’un quatre titres en France est plutôt du domaine de la bizarrerie. Les labels français ont souvent l’habitude d’éplucher les charts américains à la recherche de publications qu’ils peuvent éventuellement diffuser nationalement sous licence. C’est un coup qui peut parfois payer. Des artistes peu connus, publiés par des labels qui sont indépendants, arrivent parfois à trouver un débouché et obtenir quelques succès dans un autre pays de celui de leur origine. De manière générale, on peut penser que dans ces cas là, le label d’origine n’est pas trop gourmand sur les droits de licence, cela peut aider à conclure l’affaire, et en cas de succès toucher des royalties sans trop s’occuper de la promotion, laissée au soin du preneur de licence. 

C’est le label Riviera, sous marque de Barclay, qui s’y collera. Ce ne sera pas vraiment un coup de poker payant, car la publication passera complètement inaperçue et ne se vendra qu’à quelques dizaines d’exemplaires, ceux que les collectionneurs recherchent avidement aujourd’hui. Ce sera la seule et unique collaboration avec ce label. La pochette ne manque pas de charme pour les fans du guitares Gibson, mais elle n’est pas très en rapport avec le contenu, de plus aucun renseignement sur le groupe, aucune présentation, ne figure au verso. Il est vrai que l’on peut imaginer le manche de la guitare comme une cage d’ascenseur vue en perspective. A l’heure où les dessins psychédéliques commencent à envahir le quotidien, le décalage avec l’illustration n’est que trop évident, à la limite une photo du groupe aurait mieux fait l’affaire. J’ai d’ailleurs failli louper ce disque dans un des rares magasins, celui d’une petite ville, où il attendait patiemment un acheteur à la fin des années 60. C’est plus le nom du groupe assez farfelu, une vieille superstition américaine qui ne mentionne pas le treizième étage d’un immeuble, qui attira mon attention. J’ai pris la peine d’écouter cette musique et je n’ai jamais cessé de le faire depuis…

Musicalement c’est géant! Des ambiances très particulières absolument nouvelles à l’époque, qui nous feraient dire: mais où ont-ils été chercher tout ça? Une partie de la réponse se trouve certainement dans la consommation effrénée d’hallucinogènes, la légende veut qu’ils soient complètement sous emprise lors des enregistrements, mais aussi dans la qualité des musiciens. Une des particularités de leur son son est l’emploi d’un pot comme caisse de résonance pour produire des sons, une sorte de synthétiseur vintage. Les guitares plongées dans l’acide, la réverbération, l’écho, et la voix éraillée de Roky Ercickson, font de cette musique une expérience à nul autre pareille. Encore faut-il pouvoir y entrer. Personnellement, je ne consomme jamais de produits paradisiaques, et ma foi, j’arrive très bien voyager dans cette musique. C’est peut-être un réflexe purement intellectuel, mais je considère ce groupe comme un des plus grands de tous les temps.

Je ne sais pas au moment de la publication en France, quels étaient les titres accessibles pour la licence, mais le choix est quasiment parfait. Bizarrement, le titre le plus connu au moment de sa sortie est relégué en seconde plage de la première face. Nous allons les prendre dans l’ordre de parution sur le disque…

Le disque s’ouvre sur « Reverberation » plutôt un titre calme, mais c’est relatif pour l’ambiance.

Le titre qui les révéla

Le plus secoué du disque et le groupe dans tout son éclat sonore

Pour le même titre, la version publiée sur l’édition française est différente de celle du 45 tours américain. C’est celle-ci qui fut éditée en France.

La suite de l’histoire est faite de haut et de bas. Un deuxième album, très différent verra le jour en 1967. Rattrapés par la justice pour consommation de drogue, le groupe ne survécut pas longtemps. Il finit d’exister en 1968. Atteint de troubles mentaux Erickson séjourna longtemps dans un asile psychiatrique. Son statut de légende lui permit toutefois d’enregistrer au fil des années de très intéressants disques dont un superbe en 1980 pour la major CBS. Aujourd’hui, il est toujours dans la course, tournant presque incessamment, apparemment apaisé, ressassant les classiques qui ont bâti sa légende. Et c’est une sacrée légende!

Nos disques mythiques (20)

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Le succès du fameux « Gloria » de Them a constitué pour les ventes en France une assez belle réussite. Il y a même eu un petit vent de panique chez Decca-France. En effet, la maison française a misé sur une première publication offrant le succès anglais « Baby Please Don’t Go », en fait la version française du EP sorti en Angleterre avec une pochette différente. Sur le simple publié en Angleterre figurait justement en face B le fameux « Gloria ». Le titre est complètement ignoré dans la publication française. Mais par un coup de baguette magique, c’est ce fameux titre qui devient un hit dans pratiquement partout ailleurs, y compris la France. Pour rattraper le coup, Decca ressort 4 titres où il figure cette fois en bonne place. Cette seconde publication est même sans en avoir l’air un sorte de « greatest hits », car elle reprend « Baby Please Don’t Go » avec « Here Comes The Night », le plus gros succès anglais en terme de classement (2 ème en 1965). Il fallait bien évidemment envisager une suite pour la discographie française. Il y avait deux choix possibles, coller à la suite de la discographie anglaise, mais les publications sont plus modestes question succès, ou alors proposer une sélection différente. C’est cette deuxième solution qui est adoptée et ce sera un coup d’éclat doublé d’un de ces mélange de pinceaux chers aux discographies françaises.

Originalement le choix était celui-ci…

Un titre récupéré dans le premier album « Mystic Eyes », et puiser dans les sessions du second album « Them Again » en retenant « Bring Em On In », « Call My Name », « I Can Only Give You Everything », choix excellent.

C’est normalement ce qui aurait dû se passer, mais dans un premier temps les premiers tirages comportent une erreur de titres. Si les premiers titres de chaque face sont corrects (« Bring ‘Em On In  – Mystic Eyes »), les seconds titres jouent « Something You Got – I Put A Spell On You » à la place des titres annoncés. L’erreur sera rectifiée par la suite, mais il existe pas mal de copies avec les mauvais titres en circulation et cela n’est apparent qu’à l’écoute. Encore une autre spécialité, plus sympathique celle-là, « Bring ‘Em On In » et « Call My Name » sont les versions de l’album « Them Again » plus intéressantes que celles sorties sur les 45 tours anglais. Notamment « Bring ‘Em On In » est plus élaboré, le vocal de Morrison plus hargneux, il bénéficie aussi du soutien la guitare de Jimmy Page avec un solo. L’influence du jazz est encore présente. Par la suite, les rééditions mélangeront assez joyeusement versions des albums et des 45 tours sans toutefois préciser lesquelles.

Mais voyons le reste du contenu en détail:

Mystic Eyes – C’est à mon avis un des deux ou trois titres phares de la discographie des Them originaux et je dois l’avouer, un de mes disques préférés toutes tendances confondues. Vocalement, c’est toute la splendeur d’un chanteur (et aussi compositeur) d’exception. Bien sûr les Them, c’est essentiellement Van Morrison, mais dans sa courte carrière, l’ensemble du groupe a laissé quelques souvenirs délectables, celui-ci en est un. A noter encore une particularité, le titre est vraiment plus intéressant dans sa version mono, il sonne mieux. La version stéréo, que l’on trouvera ensuite, hélas, dans la plupart des rééditions est plus fade. Il n’y a pas ce concentré sonore qui figure en monophonie.

Call My Name – Aussi un titre avec une ambiance assez spéciale, un peu insolite, mais combien délicieux. C’est une composition du fameux producteur Tommy Scott.

I Can Only Give You Everything – Je l’ai toujours dit et je le maintiens, sans jamais avoir été un succès, ce titre aux riffs ravageurs est un monument de la musique du 20ème siècle. A voir le nombre de reprises qu’il a enfantées, qui pourrait douter de ses capacités à plaire. C’est aussi une composition de Tommy Scott avec Phil Coulter, plus connu pour avoir composé « Un Petit Pantin » pour Sandie Shaw, mais c’est une toute autre histoire.

Ces quatre titres montrent à l’évidence que cette édition française est un must dans la discographie originale du groupe pour autant que l’on possède la version « correcte ». Il montre aussi que ce groupe est un peu plus qu’une météorite qui a passé dans un ciel orageux. La voix de Morrison lui aurait sans doute valu un séjour dans un asile de fous, s’il s’était mis à chanter cent ans auparavant. Heureusement, il est apparu au moment ou l’on cherchait des talents qui sortaient des sentiers battus. Il avait tout pour cela, avec assez de force pour se hisser parmi les grandes voix, celles qui confinent vers l’éternité avec ou sans Them.

N’ayant pas trouvé la version album sur YouTube, je vous propose ici celle du 45 tours ou le saxophone domine. Toutefois, je vous mets un lien sur Deezer ou vous trouverez la version album, si vous possédez un compte vous pourrez faire la différence ou du moins en écouter un extrait.

http://www.deezer.com/album/11848322?utm_source=deezer&utm_content=album-11848322&utm_term=8337609_1459540469&utm_medium=web

Du sexy sur les pochettes de disques des 50’s au 70’s

Ma longue carrière de collectionneur et chasseur de vinyle m’a permis de visualiser et d’admirer des dizaines de milliers de pochettes de disques. Je les ai toujours considérées comme des ouvres d’art à part entière. Leur magnificence s’étale particulièrement bien sur les pochettes d’albums, un carré d’un peu plus d’une grosse trentaine de centimètres de côté. L’idée d’en faire un étalage artistique remonte surtout aux années 60, spécialement à partir  de 65-67 quand le lancement d’un artiste se faisait sur la réputation de quelques titres s’étalant sur les deux faces d’un 33 tours, dont on extrayait éventuellement un 45 tours. Avant c’était le contraire, l’album était plutôt une compilation des précédents avec éventuellement un ou deux titres inédits. Dans les années 50, on faisait assez peu de cas de la présentation d’une pochette de disques. C’est très visible en France ou le EP 4 titres domine largement. La mise en scène est souvent répétitive ainsi que les photos souvent pâles ou grossièrement découpées, une laideur sans nom. C’est un peu plus sympathique dans les pays anglo-saxons, un marché nettement plus vaste, où l’on prend un peu plus soin de la présentation et surtout où les albums sont plus nombreux.

Après l’apparition du rock and roll et la suite qui en découle, on est conscient que le teenager recherche un contact visuel avec ses idoles. La discographie des albums de Presley en est une belle illustration, la pose est souvent tout à l’avantage du modèle. L’idée d’en faire quelque chose de sexy, si cela existe, est tout à fait involontaire. Par la suite la vapeur fut inversée et on cultivera quelquefois l’idée du sexy, parfois sans rapport aucun avec le contenu, même s’il apparaît de façon très suggérée et s’il flirte parfois avec la perversité.

Sans aller vers l’encyclopédie, voici quelques illustrations sur le sujet tirées de ces fameuses pochettes éditées il y a bien longtemps pour certaines.

 

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Dans les années 50, la très populaire péruvienne Yma Sumac étale ses charmes sans trop les montrer. C’est typique du sexy involontaire, mais on la travaille sur chaque nouvelle publication.

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Ici c’est un peu moins involontaire, mais évidemment quand on tient un sex symol qui chante, on le met plutôt en évidence sur la pochette. La première est juste ce qui sert d’illustration pour la bande sonore d’un film dans lequel BB joue, mais la seconde est destinée à taper dans l’oeil avec cette pose plutôt légère, attitude et vêtements. Ici la réédition à l’identique bien des années plus tard.

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L’album de 1968, on va un peu plus loin dans la suggestion, quatre ans et des poussières après la précédente.

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Peut-être la plus culottée (enfin plutôt déculottée) de cette fin des sixties. Des femmes à poil pour habiller le talent du plus révolutionnaire guitariste de ces années-là.

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L’intérieur de la pochette dépliante du premier album en 1969 où l’on voit les membres à poil. Elle fut censurée dans son édition française. Je ne sais pas ce peuvent penser les adolescentes d’aujourd’hui, mais qu’elles ne rient pas, ils pouvaient incarnaient l’idée du mec dont leur grand-mères rêvaient. L’album n’avait pas besoin de cette publicité, car musicalement il est fantastique. 

La machine est lancée, sans plus entrer dans le détail voici quelques pochettes, toutes années 70, chacun y trouvera son compte

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Nos disques mythiques (19)

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DEM BONES – DEM BONES – DEM T-BONES

En 1965, les fans des Yardbirds ne pouvaient presque pas passer à côté de ce disque, car il est assez directement lié à ce nom. D’abord parce que le fameux producteur russo-suisse Giorgio Gomelsky, en est aussi le producteur. Ensuite parce que le Yardbirds étaient le groupe résidentiel du Marquee Club, fonction qu’ils durent abandonner suite à leur succès grandissant. C’est ainsi que Gomelsky réussit à les remplacer par ses nouveaux poulains, Gary Farr & T-Bones. Etre sous sa houlette n’était pas une mauvaise chose, il donna aux Rolling Stones leurs premières chances. Il amena les Yardbirds à la gloire, un peu plus tard Julie Driscoll et Brian Auger, et encore plus tard il écrira une belle page avec le fameux groupe français, Magma. Son nom est indiscutablement lié à la musique progressive des années 70.

En comparaison Gary Farr (chanteur et fils d’un ancien champion de boxe) et son groupe furent relativement malchanceux, ils n’eurent pas l’ombre d’un succès qui naquit de la poignée de 45 tours qu’ils enregistrèrent. Le seul point visuel d’époque qui existe d’eux est ce 4 titres publié en Angleterre avec une photo prise en compagnie du squelette d’une de ces sympathiques bestioles préhistoriques qui mesuraient au moins dix mètres de haut. Il faillit y en avoir un second, en France. Le label Riviera qui distribuait alors les productions de Gomelsky pour l’Hexagone, édita un quatre titres du groupe, un peu différent en contenu, mais avec une photo des Yardbirds à la place des T-Bones.

La conception de cette édition anglaise offre des titres nouveaux pour les fans, bien qu’il s’agisse de quatre reprises venues du répertoire noir. Le titre le plus étonnant est « Get The Money », d’inspiration afro-cubaine et exploitation de la face B du titre le plus connu de Mongo Santamaria, « Watermelon Man ». La durée du morceau est assez exceptionnelle, près de cinq minutes. Rappelons qu’en 60-65, trois minutes c’était déjà presque long. Une particularité propre à ce titre et à ce disque, la version publiée ici comprend un fond vocal en espagnol au fil du morceau, absent sur les rééditions subséquentes. Pour le reste, nous trouvons « Deed and Deed I Do » (Bo Diddley); « I’m Louisiana Red » (Louisina Red); « Jumpback (Rufus Thomas).

Sans être révolutionnaire, le contenu est très plaisant. Une très belle illustration de ces musiciens anglais qui puisaient à la source de la musique noire, pour en faire des versions assez personnelles. Bien que certains titres ne manquant pas de punch, le son reste soft, jamais agressif. Gary Farr continua une carrière discrète en soliste ou comme chanteur du groupe Lion, dont le guitariste Robin Le Mesurier n’est autre que l’actuel guitariste de scène de Johnny Hallyday. Il est mort d’une maladie cardiaque en 1994.

C’est une pièce vraiment rare et très recherchée par les amateurs du genre. Un copie en bon état peut dépasser les 200 euros, beaucoup plus que le prix que je l’ai payée il y a 50 ans!

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La fameuse édition française avec la photo des Yardbirds. Egalement très cotée.

C’est la version du EP anglais, celui qui l’a mise en ligne possède visiblement le disque original

Comme le quatrième titre « Jumpback » n’est pas disponible sur YouTube, je vous mets à la place un titre intéressant que figurait sur un 45 tours anglais également puisé dans le répertoire noir, « How Many More Times », bien connu dans la version de Led Zeppelin.

Des dessous pour un siècle (18)

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La minijupe est sans conteste la tueuse de ce bon vieux bas nylon. 1965 est l’année charnière de son avènement définitif. A part chez certaines peuplades plus ou moins civilisées, entendons par là en dehors du contexte occidental, le monde antique, ce genre de vêtement a fait partie de la garde robe féminine et éventuellement masculine. Reprenons les bons vieux films de Tarzan dans lesquels sa compagne porte quelque chose qui peut très bien ressembler à une cousine de la minijupe. Comme les histoires se passent en des terres lointaines, en dehors de la civilisation admise comme telle à l’époque, cela passe très bien, c’est presque admis pour mettre en évidence les moeurs peu orthodoxes de ces peuplades sauvages. On peut aussi observer la tolérance qui fait les beaux jours de Joséphine Baker avec sa fameuse jupe régime de bananes. Du moment qu’elle ne porte cela que sur scène et pas dans la rue, on fait preuve d’une certaine bienveillance, qui dissimule d’autant mieux les penchants coquins qui ne manquent pas de titiller la libido.

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La vrai minijupe, la version moderne, est née au début des années 60, en 1962 selon les meilleures sources. Si l’événement et la date sont un peu incertains, c’est qu’elle n’est pas tout de suite apparue dans les défilés. C’est une création de la styliste Mary Quant qui l’invente surtout… pour elle. Quelques unes de ses amies l’adoptent et en 1963, il doit bien y avoir deux douzaines de filles en minijupe dans la ville de Londres. Le contexte du pays est très important et il permettra que les choses deviennent ce qu’elles seront. L’Angleterre est un pays plutôt conservateur, fait de traditions séculaires, on porte encore un uniforme dans certaines écoles. D’un autre côté l’Anglais est plutôt bonne poire, plutôt du genre tolérant avec un petit mélange d’indifférence. L’apparition des premières minijupes dans Londres ne suscitent point d’émeutes, bien qu’elles soient portées avec l’intention première de choquer, de bousculer les traditions, c’est un premier pas qui mènera vers la victoire finale.

Le détonateur, le point commun qui servira l’avènement de la révolution vestimentaire, reste bien entendu la musique qui canalisera l’envie du changement. Dès 1963, les Beatles, les Rolling Stones une année plus tard, connaissent un succès qui va tout chambarder et faire comprendre à la jeunesse que sa liberté est avant tout son affaire. La musique apporte sa part de rêve, les concerts remplacent les messes et l’on communie en musique, un peu plus tard les pétards remplaceront les hosties, mais on est pas encore là.

 

La différence significative avec les la génération rock and roll des années 50, les jeunes ont un pouvoir d’achat, le plus souvent modeste, mais il existe. Alors on achète des disques, des fringues et des magazines. Encore plus significatif, on s’identifie aux idoles dans leur manière de s’habiller. La génération rock and roll était plutôt cantonnée dans un sorte d’uniforme, veste en cuir, jeans, bottes, et l’incontournable banane. En Angleterre, le mouvement vestimentaire qui découlera de la beatlemania sera le style mod. Ce n’est pas tellement les Beatles ou les Rolling Stones qui en sont les plus instigateurs, excepté la longueur des cheveux, mais plutôt des groupes qui apparaîtront en 1964-1965, dont les plus représentatifs seront les Who et les Kinks. Le style des mods est d’un principe simple, on s’habille élégamment, tout en reniant passablement la tradition ou en la détournant, on cherche à innover. C’est le départ d’une liberté vestimentaire qui perdure encore aujourd’hui.

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Sur cette pochette de disque de 1964, on peut noter que les Beatles sont presque en uniforme. Toutefois, un création de l’époque dont on peut leur attribuer la paternité, la veste sans col.

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Les Who en 1965 sur la seconde édition française du hit « My Generation », on voit tout à fait l’évolution à travers le style des mods. Une veste taillée dans un drapeau anglais, une chemise d’obédience militaire et un pull avec une cible et le prénom Elvis au centre, adulation ou mépris pour le Presley du même nom. Les chaussures balancent entre mocassin et boots. C’est l’élégance made in 1965.

L’apparition de la minijupe en 1965, après sa visualisation dans un défilé de Mary Quant et son succès immédiat semble presque naturel dans la logique de l’époque. Elle est assez bien décrite par l’appellation de Swinging London, c’est ainsi qu’elle passera à la postérité. Londres va devenir la capitale de ce mouvement de mode et une rue va en devenir un symbole aussi grand que la rue est petite, Carnaby Street. Dans un premier temps, le phénomène minijupe est brièvement centré sur Londres, mais déborde très vite au-delà des frontières. En France c’est principalement Courrèges qui récupérera le phénomène dans une version plus luxueuse. Il semble même qu’on lui en attribuera, à tort, tout le mérite de « l’invention ». Les magazines de mode serviront de propulseur pour son avènement, mais encore une fois c’est la musique et ses vedettes de l’époque qui feront le plus pour sa visibilité, Sandie Shaw, Marianne Faithfull, Twiggy, alors très populaires.  La minijupe version 1965 est encore raisonnablement courte, mais elle va très vite devenir mini, mini, et le mot gagner son entrée dans l’éternité.

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Mary Quant, la fameuse créatrice de la minijupe. On peut remarquer sur cette photo qu’elle porte des collants

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L’influence de la mode anglaise se fait sentir partout. Ici, le célèbre duo américain Sony and Cher. Ils devinrent des icônes du couple moderne. Remarquez les gilets de fourrure, las pantalons rayés de Cher et la chemise très tapisserie de Sony. A noter également le revolver qu’il tient dans les mains, objet purement décoratif l’année ou s’installe une  sérieuse contestation de la guerre au Vietnam. C’est désormais un fait, la contestation s’installe de manière très présente dans la chanson.

Le fait le plus cinglant  pour les dessous sera l’adaptation de la lingerie féminine à cette nouvelle tendance, que les plus nostalgiques qualifieront de désastre. Ces bons vieux bas et jarretelles, cachés par les jupes qui descendaient aux genoux et plus bas, deviennent visiblement indésirables, il faut donc les cacher. On ne chercha pas loin, sinon de mettre en avant ce qui existe déjà, pour la danse, le jeunes filles pas encore pubères, le collant. Il envahira les tiroirs de lingerie, au fur et à mesure que leurs propriétaires raccourcissent leur jupes. Le collant sera assez vite considéré comme pratique par les femmes. Je dirais avec un air pince-sans-rire, qu’on se demande bien pourquoi il a fallu attendre la minijupe pour qu’elles le découvrent. Il y aurait là matière à une bonne étude sociologique.

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La plus populaires des chanteuses anglaises des années 60, Dusty Springfield. Si elle ne fut pas particulièrement une adepte de la minujupe, on peut la voir ici portant des bas fantaisie, une ultime pirouette des fabricants pour tenter de sauver l’essentiel.

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Entre 1965 et 67, Sandie Shaw connut son heure de gloire avec de nombreux succès. Elle fut une de celles qui s’affichaient  volontiers avec une minijupe. 


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Marianne Faithfull entre deux minijupes et scandales, eut la bonne idée de poser en guêpière. Comme je le dis dans mon article, tout ne changea pas du jour au lendemain. 

Le collant ne fut pas qu’un désastre pour les amateurs de lingerie, il en fut encore un plus grand pour les fabricants. Ils tentèrent de résister en diversifiant la production, en offrant plus de fantaisie, des bas avec des motifs, de la couleur, mais rien y fit. En quelques années le collant avala tout.

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Le collant, si détestable soit-il, apporta au moins une chose, la variété des couleurs.

Il faut encore une fois que je fasse appel à mes souvenirs pour résumer cette époque, vue sous l’angle bas nylon. Dans mon bled, la plupart des jeunes filles ont porté des bas jusqu’en 1966-67, j’en suis sûr. Plutôt que de faire la transition immédiate bas-collant, elles délaissèrent la jupe pour le pantalon ou les jeans. En 1968, j’avais encore deux copines de classe qui portaient des bas quand elles mettaient une jupe. J’ai aussi vu des dames portant de bas jusqu’en 1970-71. Ma dernière vision de jarretelles et bas, remonte à l’été 1972 lors d’un retour de vacances en Espagne. Il en va tout autrement des dames d’un certain âge ou les grand-mères, la plupart continuèrent à porter des bas contre vents et marées. Le principal handicap, c’est la disparition presque totale du bas dans les rayons des magasins. Seuls ceux d’une certaine importance continuèrent d’offrir cet article, d’où une certaine conversion par obligation pour quelques unes d’entre elles.

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Le style de bas que l’on pouvait encore se procurer en 1965-66 avant qu’il disparaisse.

Dans un prochain chapitre, nous verrons ce qu’il en a été des autres dessous et surtout le bas, qui malgré un net déclin reviendra assez vite sous nos regards. Certes, d’une manière beaucoup plus modeste, mais aussi avec une toute signification dans l’esprit des gens. C’est sûrement à partir de là, qu’il deviendra un objet de culte, lui qui n’était en fin de compte qu’un pièce vestimentaire usuelle.

A suivre.

Nos disques mythiques (18)

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Eh bien voilà un groupe, qui s’il n’est pas arrivé impressionner les ventes en 1967, peut se targuer d’offrir quelque 50 ans plus tard, une belle pièce de collection. N’importe quelle exemplaire du disque ci-dessus en très bon état se vend aujourd’hui au moins 500 euros, une copie a même dépassé 1000 euros. Elle figure parmi les 10 pièces que je préfère dans ma collection et c’est le genre de truc qu’il sera difficile de me faire vendre, la valeur étant avant tout sentimentale. Voilà pour planter le décor.

Evidemment le prix que peut atteindre cette pièce est fonction de sa rareté et surtout de l’intérêt musical qu’elle peut susciter auprès des fans d’une époque musicale ciblée. Le disque se situe très exactement dans la mouvance des mods, style autant musical que dans le vestimentaire plutôt bien habillé. Les Who, les Small Faces, les Kinks en étaient les plus célèbres représentants à partir de 1965. 

Sous le nom de The Action, le groupe existe depuis 1965. Ils sont signés par le label Parlophone la même année et ont comme producteur un certain George qui à ses moments perdus est aussi celui des Beatles. On ne peut pas dire que cela les aidera beaucoup, sans les desservir totalement puisque un certain effort publicitaire, notamment des passages à la télévision, est consenti. La puissance de leur style s’affirme surtout avec le 4ème et 5 ème 45 tours publiés en 1967. Ce sont ces 2 disques qui sont couplés pour en faire l’édition française objet de cet article. Même si la France à l’air d’y croire, on ne peut pas dire que le succès y sera retentissant, je me souviens pas d’avoir lu quelque chose de significatif sur la publication de ce disque, ni même de l’avoir aperçu dans les magasins. Comme la signature de la photographie est celle de Bob Lampard, il est acquis qu’ils sont venus faire de la promotion sur le sol parisien et a peut-être contribué à cette publication. 

Mais revenons au style lui-même. La mouvance des Mods en Angleterre est intéressante musicalement, elle présente une évolution vers des choses plus sophistiquées dans la recherche de sons nouveaux et des effets sonores, c’est un peu le pendant musical du psychédélique américain, mais en plus calme. C’est aussi presque un style de vie qui reflète assez bien la tendance de l’époque, qui pourrait se résumer par la vie est belle. Avec le recul et pour l’avoir vécu, je peux affirmer que l’insouciance était de mise, on est très loin du monde fataliste d’aujourd’hui.

Deux titres se détachent particulièrement du contenu « Shadows And Reflections » et « Something Has Hit Me », deux perles authentiques d’un groupe arrivé à son sommet, mais pas celui du succès.