Du nylon rien que ça et un peu plus

Les groupe anglais des sixties, voire américains, avaient l’habitude de puiser dans le répertoire des autres artistes. A défaut de songwriters comme Lennon/McCartney ou Jagger/Richard, ils faisaient des hits avec les plus ou moins obscurités des autres. Même les Beatles à leurs débuts ne se sont pas privés de cela, mais ils abandonnèrent cette pratique assez vite, étant capables de composer des tubes qui sont encore dans toutes les mémoires.

Voici quelques une de ces créateurs qui gagnèrent plus en réputation qu’en espèces sonnantes et trébuchantes, bien que certains font l’objet d’une reconnaissance tardive. C’était bien la moindre des choses.

Les Regents – Barbara Ann, un tube pour les Beach Boys

Les Drifters -Sweets For My Sweet – Un tube pour les Searchers

Jerry Butler – Make It Easy On Yourself, un tube pour les Walker Brothers

Dee Dee Warwick  – You’re No Good, tube pour les Swinging Blue Jeans et accessoirement Linda Ronstadt

Richard Berry Louie Louie, un tube pour les Kingsmen

Doris Troy – Just One Look, tube pour les Hollies.

Bessie Banks – Go Now, un tube pour les Moody Blues

Nos disques mythiques (20)

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Le succès du fameux « Gloria » de Them a constitué pour les ventes en France une assez belle réussite. Il y a même eu un petit vent de panique chez Decca-France. En effet, la maison française a misé sur une première publication offrant le succès anglais « Baby Please Don’t Go », en fait la version française du EP sorti en Angleterre avec une pochette différente. Sur le simple publié en Angleterre figurait justement en face B le fameux « Gloria ». Le titre est complètement ignoré dans la publication française. Mais par un coup de baguette magique, c’est ce fameux titre qui devient un hit dans pratiquement partout ailleurs, y compris la France. Pour rattraper le coup, Decca ressort 4 titres où il figure cette fois en bonne place. Cette seconde publication est même sans en avoir l’air un sorte de « greatest hits », car elle reprend « Baby Please Don’t Go » avec « Here Comes The Night », le plus gros succès anglais en terme de classement (2 ème en 1965). Il fallait bien évidemment envisager une suite pour la discographie française. Il y avait deux choix possibles, coller à la suite de la discographie anglaise, mais les publications sont plus modestes question succès, ou alors proposer une sélection différente. C’est cette deuxième solution qui est adoptée et ce sera un coup d’éclat doublé d’un de ces mélange de pinceaux chers aux discographies françaises.

Originalement le choix était celui-ci…

Un titre récupéré dans le premier album « Mystic Eyes », et puiser dans les sessions du second album « Them Again » en retenant « Bring Em On In », « Call My Name », « I Can Only Give You Everything », choix excellent.

C’est normalement ce qui aurait dû se passer, mais dans un premier temps les premiers tirages comportent une erreur de titres. Si les premiers titres de chaque face sont corrects (« Bring ‘Em On In  – Mystic Eyes »), les seconds titres jouent « Something You Got – I Put A Spell On You » à la place des titres annoncés. L’erreur sera rectifiée par la suite, mais il existe pas mal de copies avec les mauvais titres en circulation et cela n’est apparent qu’à l’écoute. Encore une autre spécialité, plus sympathique celle-là, « Bring ‘Em On In » et « Call My Name » sont les versions de l’album « Them Again » plus intéressantes que celles sorties sur les 45 tours anglais. Notamment « Bring ‘Em On In » est plus élaboré, le vocal de Morrison plus hargneux, il bénéficie aussi du soutien la guitare de Jimmy Page avec un solo. L’influence du jazz est encore présente. Par la suite, les rééditions mélangeront assez joyeusement versions des albums et des 45 tours sans toutefois préciser lesquelles.

Mais voyons le reste du contenu en détail:

Mystic Eyes – C’est à mon avis un des deux ou trois titres phares de la discographie des Them originaux et je dois l’avouer, un de mes disques préférés toutes tendances confondues. Vocalement, c’est toute la splendeur d’un chanteur (et aussi compositeur) d’exception. Bien sûr les Them, c’est essentiellement Van Morrison, mais dans sa courte carrière, l’ensemble du groupe a laissé quelques souvenirs délectables, celui-ci en est un. A noter encore une particularité, le titre est vraiment plus intéressant dans sa version mono, il sonne mieux. La version stéréo, que l’on trouvera ensuite, hélas, dans la plupart des rééditions est plus fade. Il n’y a pas ce concentré sonore qui figure en monophonie.

Call My Name – Aussi un titre avec une ambiance assez spéciale, un peu insolite, mais combien délicieux. C’est une composition du fameux producteur Tommy Scott.

I Can Only Give You Everything – Je l’ai toujours dit et je le maintiens, sans jamais avoir été un succès, ce titre aux riffs ravageurs est un monument de la musique du 20ème siècle. A voir le nombre de reprises qu’il a enfantées, qui pourrait douter de ses capacités à plaire. C’est aussi une composition de Tommy Scott avec Phil Coulter, plus connu pour avoir composé « Un Petit Pantin » pour Sandie Shaw, mais c’est une toute autre histoire.

Ces quatre titres montrent à l’évidence que cette édition française est un must dans la discographie originale du groupe pour autant que l’on possède la version « correcte ». Il montre aussi que ce groupe est un peu plus qu’une météorite qui a passé dans un ciel orageux. La voix de Morrison lui aurait sans doute valu un séjour dans un asile de fous, s’il s’était mis à chanter cent ans auparavant. Heureusement, il est apparu au moment ou l’on cherchait des talents qui sortaient des sentiers battus. Il avait tout pour cela, avec assez de force pour se hisser parmi les grandes voix, celles qui confinent vers l’éternité avec ou sans Them.

N’ayant pas trouvé la version album sur YouTube, je vous propose ici celle du 45 tours ou le saxophone domine. Toutefois, je vous mets un lien sur Deezer ou vous trouverez la version album, si vous possédez un compte vous pourrez faire la différence ou du moins en écouter un extrait.

http://www.deezer.com/album/11848322?utm_source=deezer&utm_content=album-11848322&utm_term=8337609_1459540469&utm_medium=web

Nos disques mythiques (18)

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Eh bien voilà un groupe, qui s’il n’est pas arrivé impressionner les ventes en 1967, peut se targuer d’offrir quelque 50 ans plus tard, une belle pièce de collection. N’importe quelle exemplaire du disque ci-dessus en très bon état se vend aujourd’hui au moins 500 euros, une copie a même dépassé 1000 euros. Elle figure parmi les 10 pièces que je préfère dans ma collection et c’est le genre de truc qu’il sera difficile de me faire vendre, la valeur étant avant tout sentimentale. Voilà pour planter le décor.

Evidemment le prix que peut atteindre cette pièce est fonction de sa rareté et surtout de l’intérêt musical qu’elle peut susciter auprès des fans d’une époque musicale ciblée. Le disque se situe très exactement dans la mouvance des mods, style autant musical que dans le vestimentaire plutôt bien habillé. Les Who, les Small Faces, les Kinks en étaient les plus célèbres représentants à partir de 1965. 

Sous le nom de The Action, le groupe existe depuis 1965. Ils sont signés par le label Parlophone la même année et ont comme producteur un certain George qui à ses moments perdus est aussi celui des Beatles. On ne peut pas dire que cela les aidera beaucoup, sans les desservir totalement puisque un certain effort publicitaire, notamment des passages à la télévision, est consenti. La puissance de leur style s’affirme surtout avec le 4ème et 5 ème 45 tours publiés en 1967. Ce sont ces 2 disques qui sont couplés pour en faire l’édition française objet de cet article. Même si la France à l’air d’y croire, on ne peut pas dire que le succès y sera retentissant, je me souviens pas d’avoir lu quelque chose de significatif sur la publication de ce disque, ni même de l’avoir aperçu dans les magasins. Comme la signature de la photographie est celle de Bob Lampard, il est acquis qu’ils sont venus faire de la promotion sur le sol parisien et a peut-être contribué à cette publication. 

Mais revenons au style lui-même. La mouvance des Mods en Angleterre est intéressante musicalement, elle présente une évolution vers des choses plus sophistiquées dans la recherche de sons nouveaux et des effets sonores, c’est un peu le pendant musical du psychédélique américain, mais en plus calme. C’est aussi presque un style de vie qui reflète assez bien la tendance de l’époque, qui pourrait se résumer par la vie est belle. Avec le recul et pour l’avoir vécu, je peux affirmer que l’insouciance était de mise, on est très loin du monde fataliste d’aujourd’hui.

Deux titres se détachent particulièrement du contenu « Shadows And Reflections » et « Something Has Hit Me », deux perles authentiques d’un groupe arrivé à son sommet, mais pas celui du succès.

Nos disques mythiques (13)

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Si vous écoutez un titre ou l’autre de ce disque, vous allez certainement penser que vous connaissez cette voix, surtout si vous avez au moins 50 ans. Votre oreille est bonne, cette voix vous allez la retrouver 4 ans plus tard dans l’un des plus fameux titres au succès immortel des années 60, des millions de vues sur YouTube, des milliers de commentaires. Cette voix, c’est celle du monsieur tout à gauche sur la photo. Mais nous n’en sommes pas encore là.  Un groupe originaire du sud de l’Angleterre, tente sa chance et décroche un contart chez Parlophone, la même maison que les Beatles. Pour l’instant, rien de révolutionnaire, ils sont dans la veine r’n’b comme tant de groupes à l’époque. A cette époque, il arrive souvent qu’un nouveau groupe apparu sur le marché suscite la moindre des curiosités. Leur premier disque, deux reprises « Poison Ivy » (Coasters), « I Feel Good All Over » (Drifters), publié en 1963, se classe dans le fond des charts anglais. Le second, deux autres reprises, « Little Bitty Pretty One » (Thurston Harris – excellent), « A Certain Girl » (Ernie K Doe) ne réussit pas à se classer. Parlophone décide de regrouper ces deux 45 tours sous la forme d’un 45 EP, le mini album de l’époque. A l’évidence, un spécialiste de l’époque constatera que les versions enregistrées par les Paramounts sont assez banales, mais néanmoins plaisantes. Le « Poison Ivy » sera mis au répertoire des Rolling Stones l’année de manière plus innovatrice et « A Certain Girl », à peu près en même temps par les Yardbirds sur leur premier single. En bonus, un superbe solo de Clapton, le premier publié sur disque, pour un résultat supérieur. Pour les disques suivants, le groupe tente de percer sans jamais y parvenir, alignant reprises et quelques originaux. Odéon côté français y croit, ils lancent aussi un EP avec 4 titres différents en 1965, compilation de titres postérieurs, magnifié par une superbe pochette avec photo en couleur, qui restera aussi dans l’ombre. 

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Le groupe a pourtant un potentiel certain, mais plutôt mal exploité, il explosera par la suite. Cette suite justement, il faut en parler, c’est historique. Au début de 1967, le groupe à peine remanié décide de révolutionner la conception de sa musique et enregistre un titre qui va devenir fameux, immense, « A Whiter Shade Of Pale » sous le nom de Procol Harum. Eh oui, il s’agit des Paramounts, modestes vendeurs de disques qui vont vendre des millions de copies de leur fameux titre et devenir un groupe de référence pendant dix ans, d’une énorme créativité, abordant plusieurs style avec bonheur et aussi engendrer un guitar hero, Robin Trower.

Pour le collectionneur passionné, les deux premiers (et très rares) disques sont le must pour ceux qui se lancent à la recherche des racines de Procol Harum. J’ai un peu fait le contraire, j’ai suivi presque la chronologie, c’est à dire que j’ai possédé le premier avant que l’on parle de Procol Harum et complété avec le second plus tard. Quand j’ai entendu la fameuse chanson, j’avais tiré un parallèle de la voix avec celle du chanteur des Paramounts, en fait le clavier Gary Brooker, chose que me fut confirmée par la suite. Oui, si Procol Parum remplissait les pages des magazines spécialisés, le nom des Paramounts n’était jamais spécifié. Et pourtant...

Et pour le fun

Des cadeaux à la manière des Beatles

Le succès des Beatles repose pour une grande part sur la facilité du duo Lennon et McCartney pour trouver les petits trucs qui font qu’une chanson accède à un semblant d’éternité, certaines plus que d’autres. Si cette musique avait de quoi faire hurler les parents, ils peuvent ravaler leur venin, on les enseigne maintenant dans les écoles, entre « A la Claire Fontaine » ou un texte de Desnos.  Je ne connais pas une de leurs chansons originales qui n’aie pas fait l’objet de quelques interprétations par d’autres artistes. Il y en avait assez pour remplir tous leurs albums et leurs 45 tours, et même plus. Certains artistes concurrents bénéficièrent même d’un truc de gratifiant, une chanson en provenance des Beatles rien que pour eux. C’était pratiquement la possibilité de faire un tube sans trop se casser la tête. Passons en revue les artistes qui profitèrent de cette manne inattendue pendant la période 1963-1965, époque où ils dominaient tous les rêves des adolescents.

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Une photo de famille en quelque sorte. Quelques artistes managés par Brian Epstein. De gauche à droite:  (Beatles): John Lennon – Ringo Star – George Harrison – Paul McCartney / (Gerry And The Pacemakers):  Gerry Marsden – Freddie Marsden – Les Chadwick – Les Maguire / Billy J Kramer And The Dakotas): Robin McDonald – Mike Maxfield – Billy J Kramer – Ray Jones – Tony Mansfield -/ Brian Epstein.

Billy J Kramer et son groupe les Dakotas furent ceux qui en profitèrent le plus,  ils étaient produits par George Martin, managés par Brian Epstein, qui s’occupaient aussi des donateurs. Leur premier tube « Do You Want To Know A Secret » est aussi une chanson des Beatles, mais elle figurait sur leur premier album et ne leur était pas spécialement destinée. Par contre la face B « I’ll Be On My Way » est bien un inédit des Beatles, qu’ils chanteront de temps en temps en concert. Pour la suite, Martin et Epstein arrangèrent bien les choses, ils fournirent des exclusivités qui permirent à Kramer d’obtenir de grands succès pendant deux ans. Voici toutes les chansons qui concernent cette période, celles qui furent strictement interprétées par le groupe en premier et publiées sur disques . On reconnait quand même la « patte » des Beatles sur certains.

Paul McCartney avait une petite amie de nom de Jane Asher. Cela tombait bien car son frère chantait dans un duo nommé Peter And Gordon. Il leur offrit, « A World Without Love » qui devint un très grand succès, managés par Brian Epstein. La suite fut un peu moins brillante malgré deux autres composition de la même provenance.

Ray et Dave Davies des Kinks avaient une frangine qui s’appelait Megan et qui jouait de la guitare basse au sein des Applejacks. Après un bon succès « Tell Me When », pour le disque suivant, Decca essaye de mettre le paquet et leur fait enregistrer « Like Dreamers Do », signé John et Paul. Ce n’est pas exactement un cadeau des Beatles. On sait presque tous que les Beatles ont auditionné pour Decca, mais ils sont recalés. Lors de cette audition les Bealtes ont interprété une de leurs premières compositions, justement le titre en question. Il est repêché et devient par ce coup de pouce un cadeau détourné. Malgré le charme assez évident de cette chanson, il n’obtiendra qu’un modeste succès.

Tommy Quickly fait partie de ces chanteurs qui se lancèrent à la poursuite des Beatles, sans jamais les rattraper. Sa chance fut d’être managé par Brian Epstein. Pour son premier disque, il réussit à lui fournir une chanson des Beatles « Tip Of My Tongue » qu’il enregistra pour la label Piccadilly en 1963. Cela ne suffit pas à lui apporter la notoriété. Son seul petit succès se manifesta l’année suivante avec « Wild Side Of Life » qui n’a rien à voir avec les Beatles. Cette mise en lumière attira l’attention de Vogue en France qui publia le titre en y incluant la fameuse chanson de Lennon et McCartney. Edité en 4 titres avec pochette illustrée, il est très recherché par les collectionneurs de Beatlemania. C’est en gros la seule raison pour laquelle on se rappelle de lui aujourd’hui.

Toujours sous la houlette de Brian Epstein, les Fourmost se virent aussi attribuer une chanson des Beatles pour leurs débuts « Hello Little Girl ». Cette chanson ne fut jamais exploitée réellement par les Beatles, elle fait aussi partie de l’audition chez Decca. Il fut d’abord proposée à Gerry & Pacemakers, qui l’enregistrèrent, mais qui ne fut pas publiée. Finalement, ce fut les Fourmost qui en profitèrent en en firent un bon succès, qui fut suivi d’un autre de même provenance « I’m In Love ».

Avec Dusty Springfield, Cilla Black fut la chanteuse anglaise la plus populaire dans son pays au cours des sixties. Aussi managée par Epstein, il lui fit refiler « Love Of The Loved », une autre chute des sessions Decca. Elle obtint un modeste succès, mais fut la rampe de lancement pour sa grande et longue carrière. Elle obtint un plus grand succès l’année suivante avec un autre titre portant la prestigieuse signature « It’s For You ».

PJ Proby fut une sorte de star dont on cultiva le sens de l’excès que ce titre peut comporter. Il trouva en Angleterre le succès qu’il chercha en vain dans son Amérique natale. Il bénéficia lui-aussi d’un apport Beatles avec  « That Means A Lot ». Cela n’ajouta, ni n’enleva rien à son semblant de gloire.

Le dernier de cette liste est vraiment une obscurité dont on ne parle presque pas et dont on sait pas grand chose. Le groupe The Strangers with Mike Shannon (rien à voir avec le second chanteur des Chats Sauvages), enregistra « One And One Is Two », après semble-t-il, le refus de Billy J Kramer et des Fourmost. Enfin la voici…

L’histoire n’est pas finie. Par la suite il y eut d’autres artistes qui eurent la chance d’avoir une spécialité offerte par Lennon, McCartney ou les deux. Notons que la signature du duo fait toujours cause commune. Certaines chansons sont plus le fait de l’un ou de l’autre, mais attribuées aux deux. Mais c’est quand même entre 1963 et 1965, que chanter un titre inconnu des Beatles a le plus de prestige.

Quelle belle histoire et que de souvenirs qui vont se raconter dans les maisons de retraite, très bientôt.

Nos disques mythiques (10)

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Ce disque a une importance capitale dans ma vie. Si j’en suis là aujourd’hui avec mes connaissances musicales, c’est un peu grâce à lui. En 1965, j’avais déjà flashé sur un ou deux groupes dans la même lignée. Il y avait les Yardbirds et les Pretty Things et dans une certaine mesure les Rolling Stones, bien que cette année là ils nous proposaient déjà des choses plus personnelles. Ma passion pour les Yardbirds m’avait fait découvrir leur fameux premier album « Five Live Yardbirds ». Pour les Pretty Things, je m’en tenais pour des raisons surtout financières aux 45 tours. Un jour dans un magasin en parcourant le bac des soldes, je suis tombé sur un 33 tours qui m’a intrigué. La pochette étalait une photo avec cinq gaillards qui avaient l’air de sortir d’un conte de Dickens racontant l’histoire d’une bande qui sévissait dans les bas fonds d’un sordide quartier.  Mes connaissances musicales étaient encore assez élémentaires, mais en parcourant les titres des chansons, j’ai remarqué que sur les crédits des compositeurs des chansons figuraient Chuck Berry, Willie Dixon, Bo Diddley. De plus, une des chansons « To Much Monkey Business » ne m’était pas inconnue, elle figurait en ouverture du disque des Yardbirds et je l’adorais. La somme demandée étant assez modeste, je pris le risque d’acheter la chose. Arrivée à la maison, j’ai avalé le contenu sans subir d’indigestion, charmé par la découverte. Depuis,  je fais partie d’une secte, celle des Downliners Sect et l’album fait toujours partie de ma collection.

Dans l’immédiate suite qui vit le couronnement des Beatles, pas mal d’artistes s’engouffrèrent dans la porte ouverte pour faire du Beatles. Dans l’ombre de cet engouement, d’autres misaient misaient sur un style plus brut, importé de l’Amérique noire des bluesmen et plus spécialement de Chicago via les studios Chess. Les Rolling Stones en sont l’exemple le plus connu. Historiquement, et plus spécialement en 1964, il y a très peu d’albums publiés en Angleterre et interprétés par des musiciens anglais qui peuvent se recommander uniquement de cette influence là. Les Stones, les Yarbirds et justement les Downliners Sect. Dans le cas des Downliners Sect, on ne peut pas dire que cette oeuvre pionnière leur rapporta un francs succès. L’album se vendit plutôt modestement, de quoi en faire une pièce de collection assez difficile à trouver par la suite. Et pourtant c’est une pièce maîtresse dans le style, qui entrera quand même dans la légende plus tard avec toute la reconnaissance avec laquelle on peut vénérer cette galette.

L’album fut publié par Columbia et produit par Mike Collier. Le contenu propose quelques reprises et des originaux, ces derniers sont tellement parfaits qu’ils sonnent exactement comme si c’était des reprises. Voici le contenu en détail:

  1. Hurt By Love
  2. One Ugly Child
  3. Lonely And Blue
  4. Our Little Rendezvous
  5. Guitar Boogie
  6. Too Much Monkey Business
  7. Sect Appeal
  8. Baby What’s On Your Mind?
  9. Cops And Robbers
  10. Easy Rider
  11. Bloodhound
  12. Bright Lights. Big City
  13. I Wanna Put A Tiger In Your Tank
  14. Be A Sect Maniac

Pour les reprises les spécialistes noteront la présence de titres de Charlie et Inez Foxx, Chuck Berry, Jimmy Reed, Bo Diddley, Larry Bright, Muddy Waters. Les originaux sont du groupe ou attribués au producteur. Vous remarquerez au passage qu’ils s’amusent à faire des jeux de mots avec les titres et le nom du groupe « Sect Appeal » ou « Be A Sect Maniac ». Les interprétations ne manquent pas de punch, c’est même de temps en temps assez sauvage, mais toujours très classe. C’est un album indispensable pour les amateurs du genre et une belle découverte pour ceux qui considèrent que la variété, on en a vite fait le tour.

Pour la suite, le groupe continuera de s’illustrer en ne faisant rien comme les autres. L’année suivante, ils sortent un album qui contient de la musique country « Country Sect » et un 4 titres « The Sect Sing Sick Songs », faisant la part belle aux titres ayant la mort pour thème. En 1966, c’est un album « The Rock Sect’s In » où figure « Why Don’t You Smile Now » en version originale. Ce titre sera repris par le… Velvet Undergound, rien que ça! Si le groupe reste peu connu en Angleterre, ils explosent en Suède où ils obtiennent un succès pas possible avec une reprise de « Little Egypt » des Coasters dans une version pour le moins succulente. Cela leur vaudra un album typiquement suédois, certainement le plus rare de leur discographie, j’ai mis 30 ans pour en trouver une copie et je l’ai payé nettement plus cher que le premier.

En 2013, le groupe existe toujours avec Don Craine et Keith Grant, respectivement guitariste rythmique et bassiste et aussi les deux chanteurs attitrés, survivants du groupe original. Au fil des ans ils ont enregistré ici et là quelques galettes dont la plus exotique est un album (excellent) de punk sous le nom F.U.2, album publié en France en 1977, sûrement un des rares albums punk enregistré par des presque quadragénaires. Sous le nom de Haedcoats Sect, ils ont collaboré avec Billy Chiddish un déroutant et intéressant personnage, à la fois musicien, écrivain, poète et peintre.

Vous avez vos livres de chevet? J’ai des disques de chevet et assurément « The Sect » en est un!

L’album en entier

Des souvenirs de bas qui crissent et de disques qui grattent

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Des souvenirs, il m’en reste comme autant de feuilles accrochées aux branches des arbres. Sûrement quelques unes sont tombées sur l’herbe et ont été emportées par le vent. C’est marrant comme les souvenirs  peuvent prendre un malin  plaisir à revenir faire un tour dans l’esprit. Vous est-il arrivé de rêver d’une personne dont vous aviez complètement oublié l’existence pendant des dizaines d’années? Rencontrer une personne que vous avez l’impression d’avoir déjà vue à quelque part, mais dont on ne peut plus très bien situer en quelles circonstances?

Il en va ainsi pour tout ce qui peut me rappeler une vision de jambes en nylon. Existe-t-il une hiérarchie inconsciente dans le classement de ces souvenirs, qui fait qu’un petit émoi en surclasse un bien plus important? Je n’en sais rien, mais je le constate parfois. En voici quelques uns, oubliés, ressurgis, qu’importe l’intensité des frissons qu’ils me procurèrent. La seule chose dont je suis sûr, c’est que je les ai vécus. Et pour mon plus grand plaisir, je peux leur coller un souvenir musical

Quand j’avais une douzaine d’années, j’avais un peu d’argent de poche, mes parents n’étaient pas radins, mais pas spécialement ce que l’on pourrait classer dans la catégorie fortunés. Une bonne partie de mon argent de poche partait dans l’achat de disques. En ville,  il y avait un grand magasin assez bien achalandé au niveau musique. On y trouvait les tubes du moment et surtout ce  qui m’intéressait un peu plus, les choses un peu moins visibles, que je trouvais souvent plus intéressantes. Le rayon était tenu par deux vendeuses, certainement plus âgées que moi, mais pas encore des dames. Quand je pense que maintenant, il est quasiment impossible de mettre la main sur une vendeuse dans un grand magasin, au sens figuré bien sûr, je me dis que ces deux-là avaient la belle vie. Deux vendeuses pour un petit rayon, les patrons étaient certainement plus paternalistes, on avait pas encore inventé le stress. La particularité des rayons de disques dans les années 60, c’est qu’on pouvait écouter les disques moyennant de se mettre aux oreilles deux trucs qui ressemblaient à des cornettes de téléphone sans le micro. Je ne me privais pas de ce plaisir, qui m’était en quelque sorte accordé par les vendeuses. Il y avait une bonne raison à cela. Comme ces demoiselles sur le coup de 16 heures avaient une petite soif, elles m’envoyaient à l’étage en dessous, au rayon alimentation acheter des boissons. C’était strictement interdit de consommer des boissons. pendant le travail, aussi je devais être aussi discret que possible en leur apportant la marchandise. La récompense était un beau sourire et champ libre pour écouter ce que je voulais. L’une d’elles, la plus sympathique, m’intéressait plus particulièrement. La bonne raison, elle portait toujours des jupes et bien sûr des bas. Elle semblait résister à l’invasion des collants. Sur mon tabouret de bar, les écouteurs à l’oreille, j’avais tout loisir d’observer. Selon l’étroitesse de la jupe, je voyais les bosses de ses jarretelles dans une sorte de spectacle avec des haut et des bas et des bas, si je puis dire. Je ne sais pas si elle était dupe de mes regards, mais je crois que quand elle se baissait en cherchant je ne sais trop quoi dans les petites armoires en bas du comptoir en forme de fer à cheval, j’avais souvent l’occasion de voir une ou l’autre de ses jarretelles, toujours blanches, c’était une habitude chez elle. Même que quelquefois elle s’accroupissait face à moi, j’avais alors un vision dans son entrejambe, avec à la clef une petite culotte, elle aussi blanche. Vous comprenez pourquoi aujourd’hui j’ai une sacrée collection des disques, heureusement qu’elle était pas au rayon des aspirateurs. Ah vous collectionnez les aspirateurs? Ben oui, il y en a qui collectionnent les timbres, alors! Là, je rigole un peu, mais je dois quand même préciser que une ou deux  belles pièces de ma collection, c’est elle qui me les a vendues, car j’achetais aussi. J’ai profité de ce petit jeu pendant des mois, puis un jour elle est partie, remplacée par une collègue qui n’avait jamais soif. L’autre était toujours là, mais elle ne semblait plus avoir soif. Sait-on jamais, peut-être qu’un jour la miss aux jarretelles blanches va passer par ici? Elle devrait se reconnaître, se rappeler, en éventuellement me dire si ce jeu était involontaire ou bien calculé. Il est vrai que j’étais bien jeune, mais je paraissais plus âgé, un petit ami possible? Je n’ai jamais envisagé la chose sous cet angle là, car pour moi c’était déjà une vieille…

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Elle pouvait bien ressembler un peu à cela

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Ces deux-là, c’est elle qui me les a vendus, je les ai toujours!

Quand je suis parti faire mon voyage cet automne, je suis tombé par hasard sur une vieille connaissance. Mes parents étaient assez liés, et moi par la force des choses,  avec une famille du village à côté. C’était presque ce que l’on peut encore classer dans le genre famille nombreuse. L’ambiance était assez décontractée, un brin anarchiste. Il n’y avait que des garçons, rien que des garçons, dont le plus jeune avait quand même quatre ans de plus que moi. Ils sont encore aujourd’hui d’excellents copains, du moins ceux qui restent. J’aimais bien aller chez eux, le père m’avait à la bonne et il faisait tout pour que je meure pas de faim, ni de soif. C’était à la bonne franquette, la vaisselle n’était pas en argent, mais généreusement remplie de cochonailles et autres plats campagnards. Le fils ainé était fiancé avec une dame, ben oui à l’époque on n’envisageait pas un partenariat avec un membre du même sexe, assez jolie, mais plutôt grassouillette. Vous l’avez deviné, la dame que j’ai revue lors de mon voyage.  Un jour alors que je traînais chez eux, ils se sont ramenés dans ce qui servait de salon. Il y avait une sorte de canapé sur lequel ils s’assirent, je devrais dire s’allongèrent. Monsieur entreprit, sous mon nez, de prouver à Madame combien il l’a trouvait sympathique. Malgré une légère protestation de sa part concernant le spectacle qui pouvait choquer mes jeunes yeux, vite balayé par un « il doit bien avoir aussi une copine », ils commencèrent leur petite entrevue rapprochée. Monsieur roula quelques galoches à sa belle, tout en ayant la main qui avait tendance à s’insérer sous ses jupes, comme Cousteau explorant un récif corallien.  Si le spectacle n’alla pas au-delà, les jarretelles de la future mariée m’apparurent dans toute sa splendeur, noires avec de longs élastiques. Je me souviens très bien qu’au moment où ils sont venus, je lisais un Lucky Luke, tout en écoutant « Salut les Copains ».  J’ai oublié le titre de l’album, mais pas la chanson qui passait à la radio. encore moins le spectacle. Quand j’ai revu la dame récemment, veuve et retraitée, j’ai eu un sourire amusé: « Ah Josiane, comment vas-tu depuis le temps? ».

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A Salut les Copains, on passait ce disque quand ils sont arrivés, le conseil ne s’adressait pas à moi…

Sautons quelques années, les collants avaient envahi la vie quotidienne. Il y avait quand même un ou deux résistantes. Ce jour-là, j’ai eu un de mes derniers beaux spectacles dans le genre. J’attendais le train dans le hall de la gare de la ville voisine. J’avais dépensé un peu d’argent pour m’acheter mon traditionnel disque du samedi, cette fois-ci un album, « Ball » d’Iron Butterfly. Deux copines se sont amenées, plutôt mignonnes, tout à fait de mon âge.  Elles étaient en pantalons, mais mon oeil aperçut quelque chose de splendide. Une avait visiblement un porte-jarretelles sous ses pantalons, il n’y avait aucun doute. Quatre bosses sous un pantalon gris au bon endroit,  c’était assurément pas des piqûres de guêpes. Comble de bonheur, j’avais l’air de l’intéresser. Elle entreprit alors, avec la complicité de sa copine, de me le faire savoir avec des ruses indirectes, mais bien féminines. A l’époque, il y avait encore dans quelques gares, de ces petits appareils de cinéma où pour une petite pièce on pouvait voir un film genre Charlot ou Laurel et Hardy de trois minutes. Elles mirent une pièce dans l’appareil et les commentaires fusèrent. Je  ne sais pas quel était le film, mais je compris assez vite qu’ils s’adressaient indirectement à moi, j’étais le héros, en mieux,  qui défilait sur l’écran. Je dois avouer que j’étais encore assez timide en ces temps mémorables.  Quand j’y pense  maintenant, j’ai l’impression figurée d’avoir perdu quelques kilos, mais bref. Pour finir, la conversation s’est engagée genre: « Tu habites chez tes parents?; c’est ta soeur?; tu vas encore à l’école? ».
Un peu pressé par le temps, je devais absolument aller donner un coup de main à la préparation d’une soirée villageoise, je suis parti. Nous avons convenu de nous revoir quelques jours plus tard. Je lui ai fait promettre une chose, c’est de venir habillée exactement comme elle était ce fameux jour, sans faire allusion directement au porte-jarretelles sous le pantalon. Mais comme en disant cela, j’avais les yeux fixés sur les bosses de ses jarretelles, je pense qu’elle avait compris. Hélas, le destin en décida autrement, je ne l’ai jamais revue. Un deuil dans ma famille m’empêcha d’aller au rendez-vous. Comme je n’avais pas d’adresse précise où elle habitait, j’allais quand même pas sonner à toutes les portes, non?

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La chanson qui m’avait fait acheter le disque avant la rencontre

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Le bas fantaisie n’est pas une invention d’aujourd’hui