Le Golf Drouot en disques

Liverpool a eu sa Cavern, la France a eu son Golf Drouot. Il fallait bien un temple pour organiser la venue, assez tardivement, du rock and roll en France. On sait que de très grand noms sont sortis de ce lieu après l’avoir hanté. Pour n’en citer qu’un, Johnny Hallyday. Son histoire est à peu près connue de tous les fans des années 60, spécialement ceux qui l’ont fréquenté. 

Pas mal de monde a profité de sa renommée pour aguicher un public de jeunes dans l’intention de lui vendre quelque chose, la marketing n’est pas une invention nouvelle. Devenu l’endroit à la mode, tout ce qui pouvait se rattacher à son nom pouvait faire rêver. Des garçons en cuir noir qui draguaient des filles qui portaient des bas Golf Drouot (ça a existé), il y en a eu sans doute des centaines. 

Monsieur Barclay en homme d’affaires avisé ne pouvait pas passer à côté de cela. Il est à la tête du plus grand label indépendant que la France aie compté et qui porte son nom. Mais à côté, il y a une multitude de sous labels qui gravitent autour de la maison mère, Riviera, Bel Air, pour les principaux. Il est aussi le représentant exclusif pour les licences de grandes maisons anglophones comme Atlantic, Chess. C’est presque naturellement qu’il décide d’exploiter le nom du Golf pour en faire une nouvelle étiquette et enregistrer des artistes qui ont gagné leur réputation en se produisant sur la scène devenue célèbre, le tremplin comme cela s’appelait. Son idée était sans doute de découvrir une vedette aussi grosse que le Johnny national. L’histoire ne dura que deux petites années et une douzaine de publications, entre 1963 et 65. D’autres maisons feront aussi référence à l’endroit, mais Barclay détient la seule qui arbore le nom comme marque propre.  C’est justement de cette discographie que nous allons parcourir.

Golf Drouot 71 001 – Les Jumelles – Rendez-vous jeudi.

23  072415-12

Deux frangines, jumelles comme le nom l’indique, inaugurent le label. Elles étaient parait-il, vendeuses de pompes dans un magasin avant de partir sur le chemin du vedettariat, du moins tenter le coup. Ce n’est pas à proprement parler un succès ni même très attachant musicalement, bien que vocalement plutôt bon. Le plus drôle est encore la conception de la pochette avec son effet miroir. Elles enregistreront encore deux disques pour un autre label, Barclay ne semblant trop enclin à leur offrir une seconde chance.

Golf Drouot – 71 002 – Les Aiglons – Stalactite

23  072415-11

Incontestablement la meilleure réussite du label, celui qui est encore le plus dans les mémoires. Cinq garçons mineurs venus de Lausanne en Suisse tentent leur chance crânement. Ils sont même plutôt doués. Ils fonctionnent en groupe instrumental, les Shadows sont encore très présents. Ils bénéficient de la présence de Ken Lean, un compatriote aux dons d’arrangeur évidents. Le titre principal « Stalactite » est une pure merveille de son et quelque chose de bien original pour l’époque, différent de l’habituelle inspiration à la Shadows que tout le monde veut alors imiter. Le réussite sera magnifique, le titre est un succès dans plusieurs pays et il entre même dans les charts américains. Le groupe est rebaptisé Eagles pour sa publication par le label Smash. C’est le seul titre du label dont la vente peut se mesurer en centaines de milliers d’exemplaires en tenant compte des nombreuses rééditions successives, 4 à ma connaissance.

Golf Drouot – 71 003 – Ron et Mel – Kansas City

23  072415-10

Deux frangins anglais assez globetrotters font une escale en France, le temps d’enregistrer un disque pour ce label et un autre pour Decca. Ils ont laissé quelques souvenirs. Mel Williams est encore aujourd’hui très connu et apprécié dans les pays anglophones. 

Golf Drouot – 71 004- Les Aiglons – Panorama

23  072415-9

C’est de nouveau les Aiglons. Il faut  savoir que le label ne publie pas un disque toutes les semaines, ce qui explique que celui-ci est proche du premier selon le numéro de catalogue. Toutefois après le succès du précédent, Barclay est pressé de remettre une compresse.  Le groupe l’avouera bien volontiers, ils auraient voulu le préparer avec plus de soin. Entraînés dans une tournée à travers plusieurs pays, il est plutôt enregistré sur le tas. A l’époque, les temps de studios d’enregistrement sont quasiment minutés. Quand on est encore sous la magie de « Stalactite », il est moins aisé de retrouver un équivalent  parmi les quatre titres proposés. Mais ce n’est pas pour autant un désastre, le style « aiglon » est bien présent. Ce sera encore une bonne vente  et probablement la deuxième en terme de quantité et de licence internationales parmi toutes les publications. 

Golf Drouot – 71 005- Moustique – Je Suis Comme Ca

23  072415-8

Il est encore aujourd’hui une authentique légende du rock and roll rattachée au Golf Drouot. Il n’a jamais renié sa foi envers cette musique. C’est presque naturellement qu’il figure sur ce label, nous pourrions dire pour son plus grand malheur. Il avait un potentiel certain que Barclay ne sut pas ou ne voulut pas exploiter. Ce premier disque assez bien achevé fut un de ceux qui se vendit honorablement et un des trois artistes du label qui est honoré de plus d’une publication. C’est un rock and roll plus version années 60 que années 50, ce qui n’enlève rien à son charme. Ce qu’on peut lui reprocher, un manque total de compositions originales, mais dans ce domaine Moustique est très loin d’un cas isolé.

Golf Drouot – 71 006- Christophe – Reviens Sophie

23  072415-7

Oui c’est bien le Christophe qui enregistra « Aline », le seul qui deviendra une star après avoir passé par les disques Golf Drouot. Toutefois, ce n’est pas ce disque qui lancera sa carrière, il est assez confidentiel dans sa discographie. Chistophe n’a jamais caché sa passion pour le blues et cela est très audible sur ce disque, trois originaux et une reprise. Sa carrière est longue, avec des hauts et des bas, incontestablement  ce disque fait partie des hauts.

Golf Drouot – 71 007- Les Doodles – Reviens Sophie

23  072415-6

Excellent groupe qui servit d’accompagnateurs et de compositeurs pour le disque de Christophe exploite ici le style instrumental. On trouve dans leurs rangs Michel  Delancray, qui deviendra un compositeur à succès pour un tas d’artistes, Pascal Danel,  Eric Charden, Dalida, Dick Rivers. C’est encore un de ces disques libellé Golf Drouot pas facile à dénicher.

Golf Drouot – 71 008 – Marijan – La Course Folle

23  072415-5

Revenons indirectement aux Aiglons. Interprété par Marijan, futur Michel Orso et son tube « Angélique », « La Course Folle » n’est autre qu’une version vocale de « Stalactite ». Si cet arrangement n’a pas la saveur de l’original, c’est quand même assez plaisant. Nous retrouvons également les Doodles qui servent d’accompagnateurs, ainsi que deux titres de leur disque instrumental transformés en version vocale. C’est certainement l’un des plus difficiles à dénicher en copie originale, c’est d’ailleurs la seule issue possible, car il n’existe pas de réédition. 

Golf Drouot – 71 009 – Les Aiglons – Tennessee


23  072415-4

Revoici les vedettes du label dans un disque assez plaisant surtout pour « Troïka » qui marche assez bien sur les traces de « Stalactite ». Le succès ne sera pas vraiment au rendez-vous pour ce disque. Petite consolation le titre « Sunday Stranger », une reprise, servira d’indicatif pour une émission de radio « Bal 10-10 ». 

Golf Drouot – 71 010 – Les Vicomtes – Oui C’est De Toi 

23  072415-17

23  072415-16

Ce disque est une spécialité. Initialement publié sur Barclay, il est repris pour le label Golf Drouot ou l’inverse. Il y a des bizarreries dont on ignore la raison. Ce groupe, un septet, a une approche plus jazz que yéyé, mais qui préfigure la tendance qui venir un peu plus tard avec le r’n’b. Ils furent les vainqueurs de la Guitare d’Or à l’Olympia en 1963. Ironiquement ce n’est pas l’instrument le plus présent dans leurs titres. 

Golf Drouot – 71 011 – Moustique – Joy Joy Joy23  072415-3

Seconde et dernière apparition de Moustique. Construit sur le même principe que le précédent avec quatre adaptations, Little Richard, Eddie Cochran, Ronnie Hawkins, Ritchie Valens. En qualité c’est égal au précédent, mais au niveau ventes c’est nettement en retrait, il n’atteint que 5 à 10% des ventes du premier, ce qui le rend bien plus difficile à trouver en original. Il faut bien prendre en considération que la jeunesse d’alors s’intéresse plus aux Beatles et aux Rolling Stones qui émergent. Coller des paroles françaises sur des rocks américains fait déjà un peu ringard. Malgré tout, Moustique ne cessera jamais de chanter du rock et d’enregistrer encore quelques titres dont un CD autoproduit. Jamais vraiment entré complètement dans l’ombre, il lui arrive encore de se produire dans des salles bien remplies. C’est une des piliers du temple du rock français.

Golf Drouot – 71 012 – Les Aiglons – Rosko

23  072415-2
Le disque certainement le plus bâclé des Aiglons. Pas tellement pour son contenu assez écoutable, mais par le manque d’enthousiasme de la production. Ce n’est pas visible à première vue ou écoute, mais il y a quelques changements. Ken Lean a  été viré de chez Barclay et la formation n’est plus celle dont on avait presque l’habitude. La photo de la pochette ne tient aucun compte de ce changement. De plus, 2 titres sont inversés. Ajoutons que la promotion a été quasi inexistante. C’est leur chant du cygne, le groupe se sépare et un seul restera musicien professionnel.

Golf Drouot – 71 013 – Les Night Rockers – I Can Tell

Golf Drouot – 71 014 – Les Night Rockers – Dance To The Rock

23  072415-123  072415-15

Ce sont les deux disques du label qui ont résolument une optique anglophone. Pour cela, il a fallu qu’un groupe belge assez dans la lignée des Rolling Stones, vienne se produire au Golf. Musicalement et scéniquement assez remuants, c’est peut-être ceux qui on le plus risqué de démolir le club lors d’un concert, pour le moins les spectateurs sont subjugués. Dans la foulée ils enregistrent deux disque pour le label, entre originaux et reprises. Assurément de l’excellent matériel qui peut rivaliser avec les anglais de l’époque, surtout avec un chanteur qui chante très bien dans cette langue. On peut regretter que le premier ait été assaisonné d’un faux public avec une introduction d’Henri Leproux. Certainement les plus recherchés par les collectionneurs étrangers.

A ma connaissance, la liste des publications s’arrête ici, Barclay n’a pas continué d’exploiter ce filon, qui je crois n’était pas bourré de pépites, vu sous l’aspect financier. Sur une quinzaine de publications, une a été un réel succès, les Aiglons et « Stalactite ». Moustique pour son premier disque arrive sans doute second ex-acquéo avec les Aiglons pour leur deuxième. Les autres n’ont sans doute pas dépassé les quelques copies vendues auprès de ceux qui fréquentaient le Golf, et encore je me demande quel était leur argent de poche, ou ce qu’il leur restait après avoir acheté les disques des idoles plus en vue. La difficulté à trouver certaines publications est là pour en témoigner. 

Le catalogue a quand même été exploité par la suite. Dans les années 70, une compilation en album comprenant les Aiglons, Moustique, les Night Rockers, « Les Folles Années Du Golf Drouot », 33 tours Barclay. Au début des années 80, un 33 tours 25 cm Barclay, avec les Aiglons, 2 premiers disques et Moustique, premier disque. Les quatre titres de Christophe peuvent se trouver sur le « Disque D’Or » paru en 1976 chez Barclay. A l’heure actuelle et en CD, on peut trouver les Aiglons et Moustique en intégrale du label Golf Drouot. Les titres de Christophe peuvent se trouver sur le CD « Les Trésors Cachés » de 1997. 

B.B. King hommage et encore

Mon premier album d’un bluesman fut justement un album de B.B. King « Live At The Regal », je m’en rappelle comme si c’était hier. A vrai dire le personnage ne m’a jamais trop intéressé, bien qu’extrêmement populaire. Pour moi c’est un peu une manière de dire qu’on aime le blues sans trop vouloir aller fouiller dans ses entrailles, comme si on résumait le jazz aux « oignons » de Sidney Bechet.

Je trouve son blues trop cuivré, trop souvent mêlé à des big bands qui peuvent ajouter des couleurs et étoffer la musique, mais le blues n’a jamais été cela pour moi. Il se contentait trop souvent d’utiliser sa guitare, sa fameuse Lucille, comme on se sert d’une cuillère pour touiller son café. Lors de l’annonce de son décès à la radio, un speaker souligna qu’il ne fut sans doute pas le plus grand guitariste de blues, mais certainement le plus connu et populaire, d’une longévité exceptionnelle. Je crois que cela résume bien le personnage auquel Eric Clapton semblait vouer un culte. Je considère que ce dernier n’a rien à lui envier, il est cent fois plus éclectique. Je remercie ce brave Clapton d’avoir attiré mon attention sur des bluesmen authentiques comme Blind Joe Reynolds ou Skip James, choses qui ne figuraient pas au répertoire de B.B. King.

Quoiqu’il en soit, King fut malgré tout un grand personnage que l’on ne pourra que regretter malgré un parcours certes reluisant, mais empreint de quelques virages pris un peu trop à la corde. C’était peut être le prix à payer pour être un star. RIP Mister King

Pas d’épines chez Cactus In Love

De la soupe qu’on nous sert sur médias bien en vue, je dirais qu’elle est souvent trop chaude, tiède, froide, glacée, surtout insipide, bref j’ai jamais trop envie d’y goûter. Pourtant aux détours des chemins de cette Toile qui mène partout et nulle part, il arrive qu’on mette un pied en forme de coeur dans un endroit inconnu, mais oh combien délicieux. Je trimbale quand même un sacré passé d’écoutes musicales, et que quelque chose arrive encore à m’étonner, ça m’étonne. Il y a bien longtemps, à l’instar de ceux qui allaient sur les chemins de Katmandou, en bon fainéant et l’esprit moins aventureux, j’allais sur les chemins du folk renaissance assis dans mon salon. Nos amis les Anglais, les Bretons et d’autres, teintaient ces musiques ancestrales d’un courant résolument moderne, parfois même enivré de psychédélique. J’ai toujours eu quelques références dans ce style, en particulier un groupe de virtuoses instrumentistes, Pentangle.

Quand j’ai découvert Cactus In Love via le titre « Le Monstre », je tout de suite pensé à un morceau de Pentangle, sans doute « Light Flight ». La basse de Thompson, la batterie de Cox, la guitare de Jansh ou celle de Renbourn, résonnent encore dans mes oreilles. La voix n’est pas celle de Jacqui McShee mais celle de Cécile Cognet, par ailleurs guitariste, textes et musiques, mais c’est tout aussi beau. Stéphane Beaucourt  contrebasse; Théophile Demarco batterie, percussions; Denis Bruneel violoncelle, sont les autres atouts maîtres de la formation.

Il est des voyages sur une mer de notes qui ne donnent pas envie de rejoindre le port. Assurément ce navire taillé dans un cactus donne envie d’aller au-delà de l’horizon.

Le chant d’une sirène? Ca y ressemble fortement!!!

Site

http://www.cactusinlove.fr/

Sur Deezer

http://www.deezer.com/search/cactus%20in%20love

Vers une autre chanson française -2-

Suite de la première partie avec trois dames pas très conventionnelles

Colette Magny

On ne peut ignorer la présence de Colette Magny (1926-1997) dans la chanson française. Voix grave sur des textes engagés, elle ne dédaigne pas chanter en anglais ou en espagnol ou reprendre des airs de jazz et de blues. Malgré une chanson à succès en 1963 « Melocoton », elle sera le plus souvent la chanteuse de quelques fidèles qui la suivent avec le plus grand plaisir tout au long de sa carrière. L’ensemble de sa discographie est à redécouvrir sans hésitation, autant musicalement que pour la force des messages qu’elle fait passer.

Catherine Ribeiro

Elle est à quelque part la fille spirituelle de la précédente. A l’époque où la première chante son « Melocoton », la seconde commence une carrière courte au cinéma sous la direction de Godard, « Les Carabiniers ». Deux ans plus tard, chez Barclay, elle connaît un premier succès en tant que chanteuse avec « La Voix Du Vent ». Il sera suivi de quelques disques moins visibles très recherchés par les collectionneurs. Les choses pourraient en rester là, si son partenaire du film de Godard, Patrice Moullet, n’était aussi un musicien original, inventeur d’instruments aussi nouveaux qu’originaux. A la fin des années 60, de leur complicité nait le groupe Alpes. Ribeiro en devient la chanteuse et parolière des musiques de Moullet. Elle se distingue très vite par son chant écorché et ses textes très souvent anarchistes, soulignés par des musiques que ne renie pas la musique progressive allemande qui connaît ses premières transes avec des groupes comme Amon Dull II. Cas presque unique dans la chanson française en dehors de quelques auto-productions, les paroles sont autant d’occasions d’expérimenter une musique pas toujours facile d’accès, mais d’une originalité certaine. Même si les médias boycottent, les albums du groupe connaissent un succès certain auprès de fans qui ont sans doute une envie de chansons moins traditionnelles. Mais Ribeiro est aussi une grande admiratrice de cette chanson des grands auteurs et interprètes. Elle se démarque peu à peu de la musique de Alpes qui a cessé d’exister en tant que groupe. La suite de sa carrière est surtout consacrée à remettre en mémoire les chansons qu’elle adore. Cela commence avec l’album « Le Blues De Piaf » en 1977. Elle y interprète avec sa fougue habituelle une sélection des titres de Piaf qui se prêtent à des arrangement plus modernes. Elle est toujours active aujourd’hui, le temps ne semble pas avoir éméché, ni sa foi, ni sa vivacité, malgré son lot de drames personnels. Elle interprète aussi bien son répertoire de Alpes que SA chanson française. Je lui voue une passion qui fêtera bientôt ses 50 ans. Autant d’années de bonheur musical.

Un des temps forts de la période Alpes

Peut-être la plus belle chanson de Léo Ferré « La Mémoire Et la Mer »

Mama Béa Tekielski

Une autre chanteuse qui fait de la chanson, mais de manière pas très conventionnelle. Je l’ai découverte vers 1977, visuellement magnifiée par une photo de pochette sur laquelle elle semble tenir un énorme pétard dans la main. Dans ses mains elle sait aussi tenir une guitare, une Fender, elle n’en joue pas toujours comme toute une chacune. Dans l’album en question « La Folle », il y a quelques délires musicaux pour le moins plaisants. Sa voix chevrotante convient à merveille à son répertoire blues-rock qui s’envole parfois vers des sons très personnels. Elle se réclame pourtant d’inspirations  bien plus traditionnelles, Brel, Ferré. En 1978, c’est ce que l’on peut considérer comme sa grande année, celle qui expose son nom aux médias avec son album « Ballade Pour Un Bébé Robot » dont est extrait un titre qui marche assez fort « Faire Eclater Cette Ville », plutôt conventionnel dans son répertoire, mais assez efficace commercialement. Les médias se désintéressent malheureusement vite d’elle, elle reste confinée dans les circuits branchés. Elle revient pour un temps en première ligne quand on lui confie la voix de Piaf pour le film de Lelouch, « Edith Et Marcel », en 1993. Sa carrière est parsemée d’une vingtaine d’albums dont un en hommage à Ferré. Son vaste répertoire de touche à tout musical devrait lui valoir enfin une reconnaissance méritée. Malheureusement la chanson française a des côtés conservateurs qui confinent parfois à l’usure. Je vois tout à fait Mama Béa dans une mouvance de renouveau qui s’exprime par la diversité de ses ambiances. Qu’a-t-elle de moins qu’un Brassens, qu’une Barbara? Rien justement!!!

Un extrait de « La Folle »

En live le titre qui a fait éclater une certaine ville.

Vers une autre chanson française -1-

La chanson française n’échappe pas au phénomène que j’appelle « on prend les mêmes et on recommence ». J’en ai un peu marre que l’on me signifie qu’elle se résume à Brassens, Brel, Ferrat, Ferré, Piaf, Greco, Barbara. Bien que je connaisse presque par coeur la discographie de tout ce beau monde, et que j’apprécie pleinement, je laisse bien volontiers de côté tous les rappels que nous infligent les médias pour nous commémorer les x ans de leur disparition ou les x ans de leur carrière. Finalement, cela joue le rôle d’étouffoir, d’arbre qui cache la forêt. Il y a pourtant d’autres horizons, des chansons qui peuvent être l’égal des plus célèbres, que l’on ne connaît pas si l’on a eu un moment la curiosité d’aller voir ailleurs.
J’ai été ce curieux, je le suis encore, que de belles découvertes j’ai faites. Que de plaisirs musicaux et poétiques, de rêveries qui me suivent au fil de ma vie. Sans doute plus que la chanson anglo-saxonne, elle me parle, c’est ma culture, ma sensibilité.

Alors si vous voulez bien me suivre, je vous propose un parcours vers ces soleils qui brillent ou ces rues qui ruissellent d’ennui dans l’âme de chanteurs qui ne sont pas forcément très connus, sans qu’ils soient complètements des inconnus pour certains. A vous d’en découvrir plus si vous le désirez.

Louise Forestier

On la connaît surtout pour son duo avec Robert Charlebois dans « Lindberg ». Bien qu’elle fasse partie de ces chanteurs du Quebec francophone un peu boudés par le public d’ici, elle n’en a pas moins un répertoire d’une qualité très intéressante. Comme cette très grande chanson « La Saisie » datant de 1978 ou ce duo avec Charlebois, qui n’est pas celui que l’on connaît, mais « La Marche Du Président », chanson aux paroles savoureuses et à l’orchestration insolitement pop.

Glenmor

Peut-on parler de chanson française quand il s’agit d’un Breton pur jus? Sans doute quand elle est d’expression française, même si parfois elle peut se référer musicalement à l’héritage de la musique celte, toujours très présente dans l’âme bretonne. Glenmor est un personnage qui a la Bretagne qui lui colle à la peau. Autant militant engagé pour l’indépendance que troubadour à la mode celte, il est célèbre dans son coin de pays natal, presque une icône. Un peu ignoré dans le reste de l’Hexagone, et c’est bien dommage, il n’en a pas moins tenté de louables efforts pour signaler sa présence. Vers la fin des années 60, il est sous contrat chez Barclay. Avec la complicité de François Rauber (Brel) pour les orchestrations, il sort un album « Cet Amour Là ». Il y a peu de références à la musique celte, cas assez rare chez lui. De puissants textes qu’il assène de sa voix tout aussi puissante, on peut penser à Brel dans la force de son interprétation,  ne le conduisent pas à une consécration nationale. Le disque reste assez confidentiel, mais le résultat est là, intriguant, plaisant. J’ai trouvé ce disque par hasard dans une brocante, dédicacé en plus. Depuis les chansons de Glenmor, qu’elles soient interprétées en français ou en breton, font partie de mes horizons musicaux.  A écouter religieusement, bien que je crois qu’il n’aurait pas aimé ce terme. Et puis je le glisse confidentiellement, le Bretagne est l’un de mes meilleures apports en visiteurs. A croire qu’ils savent encore rêver là-bas. Je vais bientôt faire un vieux rêve, fouler le sol breton. Pour sûr, j’aurai quelques mélodies de Glenmor dans mes bagages. Demat Breizh

Anne Vanderlove

Restons encore un moment en Bretagne, avec une native hollandaise, bretonne d’origine par sa mère. A mon avis, l’une des grandes dames de la chanson française qui puise toute sa force dans le charme des mélodies folk. Une carrière commencée en 1966 par un éclat avec sa fameuse « Ballade En Novembre ». Elle devient un symbole pour les étudiants lors des événements de mai 68. Victime d’un show-biz véreux qui l’exploite à outrance, elle finit par tourner le dos au vedettariat. Elle n’en continue pas moins d’enregistrer de nombreux disques, le plus souvent auto-produits, tous dédiés à une chanson française qui se veut classe mais aussi engagée. Elle a aussi participé à une des oeuvres majeures de la musique française dite progressive, « La Mort D’Orion », un régal proposé de Gérard Manset. Elle chante toujours, sans se lasser, sans nous lasser. Une immense carrière a redécouvrir d’urgence. Merci Anne que de bons moments je continue de passer en ta compagnie.

Deux chansons, l’une de la première époque « Les Enfants Tristes », merveilleuse ode à l’enfance malheureuse.  Ensuite, « Du Côté de St Jean Du Gard », plus récente, un de ses nombreux gentils sortilèges pour nous faire aimer l’imaginaire ou le vécu.

 2 ème partie

Rock and roll, entre vintage et revival

Quand le rock and roll s’apaisa à la fin des années 50 et celui où il renaîtra une bonne dizaine d’années plus tard, il ne cessa pas d’exister. Il y avait les déjà nostalgiques, quelques uns qui le trouvaient un rien ringard, ceux qui le revisitaient à leur manière. Quand Liverpool devint une ville à la mode via les Beatles et autres concurrents, il faut bien s’imaginer qu’ils tournaient autour de la vingtaine d’années et avaient surtout écouté jusque là du… rock and roll. Pour se faire la main, ils en jouaient aussi. Quand arriva l’heure de signer les contrats d’enregistrements, les plus  habiles avaient quelques compositeurs dans leurs rangs et ne devaient rien à personne pour trouver la formule qui fera un hit. Les autres puisaient dans le répertoire déjà existant et aménageaient tant bien que mal une chanson plus ou moins connue pour lui donner une teinte, un son, plus moderne. Pour une grande partie, les classiques du rock and roll en firent partie. Même ceux qui étaient capables de faire leur propre cuisine ne dédaignaient pas de temps en temps de mettre sur un de leurs disques une chanson de rock. Les Beatles (Roll Over Beethoven), les Rolling Stones (Carol) firent même de gros hits avec cette formule. Nous allons visiter quelques unes de ces reprises ou créations inspirées qui virent le jour dans les années 60, parmi celles qui me paraissent intéressantes. Nous allons voir comment certains artistes virent la chose, parfois en lui donnent un air nouveau, parfois en restant dans une certaine tradition, mais c’est toujours du rock and roll, avec parfois dix ans de décalage dans le temps.

Les Beatles enregistrèrent pas mal de classiques, j’en ai choisi deux puisés dans le répertoire de Little Richard et Larry Williams . Ils furent de grands compositeurs en la personne de Lennon et McCartney, mais aussi de grands interprètes

Les Rolling Stones furent moins traditionnels comme en témoignent leurs emprunts à Buddy Holly et à Dale Hawkins

Les Swinging Blue Jeans furent, du moins au début, un groupe essentiellement rock and roll. Un peu en manque de répertoire original, ils obtinrent deux gros hits en reprenant « Hippy Hippy Shake » de Chan Romero et « Good Golly Miss Molly » de Little Richard. Leur discographie est parsemée de bonnes reprises. Un bon jeu entre guitariste rythmique et soliste insuffle un certain punch à ces titres remis au goût du jour pour plaire à une presque nouvelle génération.

Avant que le rock and roll devienne une musique parodique dans certains courants, on peut dire sans exagérer que les premiers à faire ce genre de truc furent les Tornados en 1963. Forts des millions d’exemplaires qu’ils vendirent de leur fameux « Telstar », leur producteur Joe Meek, pouvait se permettre de leur faire faire ce genre de truc. Pas inusable, mais bien un changement dans la manière de revisiter ses classiques.

Ancien bassiste des Tornados, Heinz les quitte pour enregistrer un album en hommage à Eddie Cochran d’où sortira le hit « Just Like Eddie », toujours sous la houlette de Joe Meek. Le son est résolument plus moderne. A noter la présence d’un certain guitariste Ritchie Blackmore, 18 ans au garrot, qui sera membre de Deep Purple à l’âge adulte.

Les Américains après le rock and roll aiment le surf. Bon prétexte pour revisiter les classiques en son de guitare surf. Ici les Astronauts qui surfent sur le « Linda Lou » de Ray Sharpe.

Les Beach Boys ou comment piquer une fille de seize ans à Chuck Berry

Pour leur premier disque les Kinks choisirent une reprise de « Long Tall Sally » une des plus célèbres filles du rock and roll. Avant de devenir un acte majeur dans les sixties et Ray Davies un compositeur admirable, ils réécrivent presque ce classique. Ce fut un plantage complet, mais au titre de l’originalité assurément une réussite complète.

Apparemment à Liverpool on aime toujours de temps en temps faire un titre qui sonne plutôt traditionnel et qui chauffe. Les Merseybeats, groupe spécialisé en ballades, le démontre fort bien.

Les Yardbirds sont un bon exemple des ces gaillards qui écoutaient du rock and roll étant adolescents et qui ne pouvaient pas manquer de s’y intéresser pour l’interpréter autrement qu’en copie carbone. Avec un fameux Eric Clapton à la guitare, leur reprise de Too Much Monkey Business » de Chuck Berry est bien différente, ce n’est pas du pur rock. Il y a toutefois un point qui reste dans l’interprétation et qu’ils n’ont pas effacé, ça chauffe comme un bon vieux rock and roll.

Rocker anglais malchanceux, Lee Curtis trouva en Allemagne le moyen de nous laisser quelques traces discographiques, surtout en Allemagne, assez remuantes et de nous montrer qu’il avait une voix à la Presley, son idole.

En 1967, il manqua peu à Jerry Jaye pour faire d’une chanson de Fats Domino « My Girl Josephine », un tube mondial. Une belle manière de faire du neuf avec du vieux. Entre rock and country, un rocker tardif mais intéressant.

Du noir en rock blanchi

Incontestablement les origines du rock and roll sont noires. Musique des ghettos pendant longtemps, elle fut peu à peu captée par l’oreille des blancs. Il fallait pour la faire admettre définitivement jouer les petit jeu des versions blanchies. Les noirs avaient deux tendances dans l’accompagnement, soit très simple comme la plupart des authentiques bluesmen, un vocal et un accompagnement à la guitare souvent accoustique. Là on retrouve Robert Johnson. L’autre tendance est aux grands orchestres avec cuivres et tout le barda. C’est plus la spécialité de quelques jazzmen comme Duke Ellington. Blues, jazz, rhythmn and blues, le quel fut le plus prépondérant dans l’apparition du rock and roll, disons que c’est un mélange des trois. Les blancs sont à l’évidence plus simples dans la conception du rock and roll, guitares, basse, batterie, quelquefois un piano ou un saxophone. Il est rare que l’on entende autre chose dans les disques de Buddy Holly, Eddie Cochran, Gene Vincent, Carl Perkins, Jerry Lee lewis, Bill Haley, les premiers Elvis Presley. A l’évidence quand on écoute de vieux enregistrements avant le rock, il y a un son noir et un son blanc, bien mis en évidence par les vocaux. Le premier à faire un tube en rock and roll fut historiquement Bill Haley et « Rock Around The Clock ». Bien que cette chanson soit une création exclusivement blanche, Haley ne se priva pas d’inclure dans ses premiers enregistrements « Shake Rattle And Roll », celle-là bien noire, mais un tantinet blanchie. A peine après, arrive le personnage qui sera le principal détonateur  de cette canalisation, Elvis Presley. En 1954, dans les studios Sun à Memphis, il admire quelques artistes noirs et il met en route des versions traitées à sa manière. A quelque part c’est assez simpliste, combien de rockers ont remarqué que les enregistrements Sun sont effectués en trio vocal, guitare, basse, cherchez la batterie. Ses quelques disques publiés par Sun eurent un grand retentissement local certain, assez pour arriver aux oreilles de la RCA et le reste n’est qu’histoire. Mais pour en comprendre toute la saveur, revisitons quelques unes de ces pièces dans le deux versions, la noire et la blanche. Très souvent on croit qu’elles ne sont que dues aux rockers blancs, eh bien ce n’est pas vrai…

Elvis Presley d’abord…

XXXXX

XXXXX

Aussi repris par Buddy Holly, un de ses tous premiers enregistrements. Mal enregistré mais excellent!

XXXXX

Moins trépidante, la version de Bill Haley

XXXXX

Et d’autres…

The Train Kept A Rollin’

Repris par Johnny Burnette dans l’album « Rock And Roll Trio » l’un des albums de rock les plus créatifs jamais enregistrés.

Whole Lotta Shakin’ Goin’ On

Eh oui, elle est plus connue par lui, à tel point que l’on croit souvent qu’elle est de lui…

Pour terminer, nous allons prendre le cas de Little Richard. Grand compositeur et interprète, un « méchant », a eu son répertoire littéralement pillé par les blancs. Son malheur à l’époque était d’être noir. Dans certains états où le racisme était encore assez présent, écouter du rock and roll était juste toléré pour autant que l’interprète soit blanc. Alors certains artistes, producteurs, ne se privaient pas de puiser chez lui, les premiers sans doute par admiration, les seconds plus opportunisme financier. On voulait bien des Noirs et de leur musique, leur verser quelques royalties en guise d’aumône et ce n’était pas toujours le cas, ainsi l »honneur » était sauf. Pour ne pas alourdir je n’ai pas mis les originaux, vous les connaissez sans doute, mais uniquement les reprises. On y fait assez souvent de belles trouvailles d’interprétation. Je commencerai par Pat Boone qui fit un succès personnel de « Tutti Frutti », ce n’est pas la meilleure reprise, mais celle qui s’est très bien vendue à l’époque.