Pas d’épines chez Cactus In Love

De la soupe qu’on nous sert sur médias bien en vue, je dirais qu’elle est souvent trop chaude, tiède, froide, glacée, surtout insipide, bref j’ai jamais trop envie d’y goûter. Pourtant aux détours des chemins de cette Toile qui mène partout et nulle part, il arrive qu’on mette un pied en forme de coeur dans un endroit inconnu, mais oh combien délicieux. Je trimbale quand même un sacré passé d’écoutes musicales, et que quelque chose arrive encore à m’étonner, ça m’étonne. Il y a bien longtemps, à l’instar de ceux qui allaient sur les chemins de Katmandou, en bon fainéant et l’esprit moins aventureux, j’allais sur les chemins du folk renaissance assis dans mon salon. Nos amis les Anglais, les Bretons et d’autres, teintaient ces musiques ancestrales d’un courant résolument moderne, parfois même enivré de psychédélique. J’ai toujours eu quelques références dans ce style, en particulier un groupe de virtuoses instrumentistes, Pentangle.

Quand j’ai découvert Cactus In Love via le titre « Le Monstre », je tout de suite pensé à un morceau de Pentangle, sans doute « Light Flight ». La basse de Thompson, la batterie de Cox, la guitare de Jansh ou celle de Renbourn, résonnent encore dans mes oreilles. La voix n’est pas celle de Jacqui McShee mais celle de Cécile Cognet, par ailleurs guitariste, textes et musiques, mais c’est tout aussi beau. Stéphane Beaucourt  contrebasse; Théophile Demarco batterie, percussions; Denis Bruneel violoncelle, sont les autres atouts maîtres de la formation.

Il est des voyages sur une mer de notes qui ne donnent pas envie de rejoindre le port. Assurément ce navire taillé dans un cactus donne envie d’aller au-delà de l’horizon.

Le chant d’une sirène? Ca y ressemble fortement!!!

Site

http://www.cactusinlove.fr/

Sur Deezer

http://www.deezer.com/search/cactus%20in%20love

Luc Arbogast – L’authentique troubadour des rues

Il est partout, nul besoin de le chercher. S’il est là, vous l’entendrez, sa voix traverse l’air.  Vos oreilles seront comme celles d’un chien qui entend les pas de son maître qui rentre à la maison. Il y a de la magie là-dedans, un sort qui envoûte divinement. Vous penserez d’abord qu’il s’agit d’une femme, selon la chanson interprétée, mais vous découvrirez en vous approchant qu’il s’agit d’un homme, un vrai, avec toutes ses caractéristiques physiques. Sa voix, qui peut aller chercher le contre-ténor, est l’une de ses spécialités. Ne cherchez pas le micro, il n’en a pas, tout est naturel. Ses chansons sont celles de notre folk ou parfois celui des autres. Des balades médiévales chantées dans la langue d’origine, accompagnées par un instrumentent à cordes et quelquefois un musicien additionnel. Cette musique est la mère de toutes celles que l’on peut entendre aujourd’hui. Rencontre avec un personnage qui n’a d’égal que lui-même.

Des troubadours aujourd’hui, il n’y en a que nom. Luc Arbogast en est pourtant un,  véritable réincarnation de ceux de jadis. Il l’est autant dans son répertoire que dans sa manière d’être. Son talent lui sert à chanter sa liberté. Elle se trouve dans les lieux qu’il a choisi, une place publique, un festival, même une cathédrale semble juste assez grande pour accueillir la puissance de sa voix. Il n’est pas une star dont le nom clignote aux enseignes des salles de concert. Il est comme le gitan de la chanson de Mouloudji que l’on veut engager, il se taille d’un haussement d’épaules. Il a un public qui lui convient, celui des passants qui s’arrêtent pour l’écouter, qui rient à son humour toujours présent, qui chantent avec lui. Ses disques, ils existent, vendus sur place et achetés d’un coup de coeur, le charme ayant encore opéré.
Ne le cherchez pas, il peut-être à Strasbourg ou ailleurs.  Il s’invite là ou cela lui plaît, malgré le froid, le vent, le soleil. Vos oreilles vous serviront de boussole, éventuellement un vraie boussole fera l’affaire, tant il  dégage de magnétisme.

Le rue, son langage, berceau des tant de révolutions, compte une étoile qui brille même le jour, Luc Arbogast.

Heureusement, si ses disques sont assez confidentiels, les vidéos sont plutôt nombreuses, de quoi se faire un plaisir. J’en ai fait un choix personnel et limité. Rien ne vous empêche d’en découvrir d’autres.

La très connue « Le Roi A Fait Battre Tambour », il part en contre-ténor vers la fin

Toute le splendeur de sa voix. Un chant en latin d’origine espagnole

Une chanson personnelle sur l’enfance  avec participation spontanée du public « Ou Sont Les Enfants »

Cathédrale d’Orléans – Il fait chanter toute l’assistance

Popularisé par Angelo Branduardi « Les Confessions D’un Malandrin » sur un poème russe, adapté par Etienne Roda-Gill

Quelques infos et dates de concerts quand elles existent.

The Pentangle – Basket Of Light

Ce qu’il y a de bien avec les Anglais, c’est qu’ils sont conservateurs, mais jamais en retard pour aller de l’avant. Leurs racines celtiques, toujours présentes dans les chants à la sortie des pubs après plusieurs rappels dans les tournées de stout, pointent vers la tradition. Enregistrer un album de folk en 1969, voilà quelque chose de banal, de bien british. Stop! Pas de ça ici! Voici Pentangle, un groupe qui se veut folk, mais qui le revisite à sa manière. Il y en a quelques uns comme ça, Fairport Convention, Steeleye Span. Leur but est de garder le répertoire traditionnel à l’oreille de chacun, tout en lui ajoutant quelques trucs du cru, mais en bousculant un peu les schémas connus. Pentangle est sans doute d’une courte longueur, le meilleur. Formé en 1967, il compte dans ses rangs un immense guitariste, Bert Jansh, essentiellement acoustique, pas de Fender avec des tas de micros et des couleurs pétantes. A ses côtés, son alter-égo, John Renbourn. Déjà, rien qu’avec ces deux là, il y a de quoi écouter toutes les notes de l’univers en extase. Mais il y a encore, Jacqui Mc Shee, la merveilleuse, la pure, là je fais allusion à sa voix. On ne sait pas si à l’instar de John Baez, elle arrive à faire péter le verre, mais elle doit certainement le faire fondre. Un des grandes voix du folk et même ailleurs. Il y a encore Danny Thompson, l’homme qui riff sur sa contrebasse et Terry Cox, le batteur, eh oui il y a aussi des batteurs dans le folk, c’est pas réservé à la pop. Ils ont un passé chargé, Alexis Korner, Duffy Nucleus et tant d’autres. Mais venons en aux faits comme dirait le commissaire Maigrelet. Signés par l’excellent label Transatlantic, ils sortent ce bel opus « Basket Of Light » en guise de troisième album et de consécration définitive. Le titre principal est un succès récupéré comme thème par une série TV. Mais le reste est là aussi, des titres que l’on connaît déjà pour certains, « Once I Had A Sweetheart », « House Carpenter », « The Cuckoo », « Sally Go Round The Roses », la perle des Jaynets. De l’extase de « Haunting Song » au jazzy « Train Song », en passant par le grégorien « Like Walk Dirge », il y a de quoi remonter les chaussettes à pas mal de folkeux. Nul doute que cet album ouvrit la voie à pas mal de passions pour le folk, du moins en tant qu’auditeur. J’en fus une victime, et je dois dire que je n’ai pas encore trouvé de rappeur qui me trouve une antidote.

Un extrait de l’album en live

Ecouter l’album gratuitement sur MudicMe

Cisco Houston – Le folk des espaces et de la liberté

cisco houston

Cisco Houston (1918-1961) est un des grands interprètes du folk américain. Moins connu que son ami Woody Guthrie, une des plus grandes influences de ce style de musique, il n’a rien d’un chanteur de seconde zone. Son talent, ses interprétations, son héritage parle pour lui. C’est le type même du cowboy avec son troupeau de vaches ou du vagabond qui sillonne les routes. Il suffit d’un banjo ou d’une guitare et tout finira par des chansons, souvent appelée «  »Blue Grass », par les musiciens. Elles parlent surtout de liberté, de routes poussiéreuses, d’endroits charmants ou sinistres, de la vie avare ou généreuse en bons moments. Cris ou chuchotements, ils sont jetés vers les vastes plaines du sud ou résonnent en écho contre les parois des montagnes du nord.
C’est durant son enfance qu’il apprend à jouer de la guitare et à chanter perpétuant les habitudes familiales. Il souffre d’une maladie oculaire qui le rendra presque aveugle à la fin de sa vie. Il parcourt plus tard l’ouest américain, enrichissant son répertoire de nombreuses chansons entendues ici et là. Il a l’occasion de jouer avec les légendaires Leadbelly et Brownie Mc Ghee. Juste avant la guerre, il rencontre le fameux Woody Guthrie et deviendra un proche ami. Ensemble il font la promotion du syndicalisme auprès des travailleurs sur les chantiers et ailleurs. Patriote malgré tout, il s’engage dans les marines et survit à trois torpillages. Toujours en tandem avec Guthrie, ils se produisent et chantent occasionnellement. Vers la fin de la guerre, il reprend vraiment ses activités de chanteur et rejoint les Almanc Singers dans lesquels on retrouve Pete Seeger et bein sûr Guthrie. Il commence réellement à enregistrer sur le nouveau label de son ami Moses Asch, Folkways, vers la fin de la décennie. A partir de là, il accède au rang de vedette, nombreux concerts, radio, tournées. Encore relativement jeune, il meurt d’un cancer de l’estomac en 1961.
La contribution de Houston à l’avènement du folk américain est très importante, pas tellement par le nombre d’enregistrement légués, sa discographie est relativement modeste, mais par la qualité et l’authenticité. Son répertoire est essentiellement traditionnel, les grands thèmes de la vie sont abordés, comme ils peuvent l’être quand on vit là-bas, pays sans rois et châteaux conquis par les aventuriers obscurs, plus que par les grandes batailles.
Cisco Houston et Woody Guthrie sont aussi, à part un répertoire musical parfois commun et pour une part, les pères de la chanson contestataire. Ils furent surtout bien plus engagés politiquement dans le terrain que derrière un micro, comme un peu trop de leurs successeurs le feront par la suite. Ils sont maintenant des légendes et écouter leurs chansons, nous donne envie d’aller découvrir une Amérique bien différente, celle des « Pastures Of Plenty » (les pâturages d’abondance), l’une de ses chansons.

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Yole – Chants Et Musiques De Vendée

yoleLa passion du folk est assez liée à la tradition de l’endroit où l’on vit, ceci est très fréquent chez les artistes et dans une moindre mesure chez ceux qui les écoutent. Il y a des dizaines de milliers de chansons qui ont parcouru les campagnes de France et de Navare. Un grand nombre dort dans les archives des provinces, d’autres sont restées dans la mémoire des troubadours modernes qui les interprètent encore ou les exhument pour le plaisir de les faire découvrir à un plus vaste public. La plupart de ces chansons ressassent les éternelles histoire de la pucelle qui rencontre l’amour, du seigneur altier qui va à la chasse, du verre que l’on boit et qui rend gai, de la pluie, du vent, des saisons. Il y en a même qui bouffent du curé. On redécouvre aussi, les vieux instruments un peu oubliés, la vielle, le dulcimer, les instruments à vent, les instruments encore populaires, comme le violon ou l’accordéon, employés dans un autre usage que celui de la salle de bal.
Le groupe Yole, aussi excellent tant vocalement qu’instrumentalement, respecte une certaine tradition. Pas trop de modernisme dans ses interprétations. Leur musique se veut une révision du folk de la Vendée, région ou l’on sent encore la présence de l’inspiration celtique, mélangée à celle d’un apport plus sudiste, plus latine. Les thèmes en sont courants, les filles, le vin, le mariage. Que du bonheur et du plaisir en les écoutant tout en retournant vers un temps ou les troubadours étaient les porteurs de la bonne et belle chanson. Merci pour cette initiative et ce goût de terroir. A la joie de vous écouter au long des nuits calmes et sereines.

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Alan Stivell – Renaissance de la Celtie

Une fois passée la magie des sixties, il restait à créer musicalement quelque chose pour traverser la décennie suivante. Bizarrement si les mouvements contestataires marquent un pas en avant dans la pensée existentialiste, le mouvement se fera en partie en marche arrière en redécouvrant des valeurs plus traditionnelles. Musicalement de nouvelles tendances voient le jour ou s’affirment, le hard rock, le punk et le disco, la new wave. Le folklore traditionnel toujours omni-présent à travers une tendance variété et quelques chansons à succès comme « Tom Dooley », « Le Pénitencier », « Santiano », va devenir une musique de spécialistes. Des centaines d’ensembles, de chanteurs, de chanteuses s’engouffreront dans le mouvement, tantôt traditionaliste, tantôt progressiste en prenant de l’ampleur, au point que le festival folk deviendra une institution au même titre que le festival de jazz, de rock, de pop. Le folk est jusque-là essentiellement américain avec les mélanges qu’il a pu subir à travers les ethnies qui vivent plus ou moins en communauté. S’il fallait choisir quelques noms parmi les pionniers qui ont eu une influence, on peut nommer Leadbelly, Woody Guthrie, Cisco Houston, Pete Seeger. Le autres, bien qu’assez populaires sont des suiveurs, Joan Baez, Bob Dylan, qui ne deviendra que très populaire en électrifiant sa musique. Le mouvement qui va éclore en Europe est beaucoup plus local. Pour la France, le charmes des vieilles chansons, celles des troubadours, deviendra une phénomène quasiment de mode. On se s’étonne pas trop de retrouver dans les répertoires des chansons que l’on chantait à l’école. Mais ce qui va prendre le plus d’importance dans le folk, c’est celui d’obédience celtique, via la Bretagne.
Les artistes français que l’on peut ranger dans une tradition folk au tournant des seventies sont Hugues Aufray, sans oublier Marie Laforêt que l’on peut assimiler à un genre de Joan Baez française. Il y en a d’autres, moins connus et assez marginalisés. Celui qui va faire bouger les choses et créer une sorte de redécouverte du folk celtique est Alan Stivell.
Il est né en 1944. Il apprend le piano très jeune, mais grâce à son père il va redécouvrir un instrument oublié, la harpe celtique. Cette dernière est assez différente de sa copine classique, elle est plus petite et le son plus cristallin. Il en devient carrément un virtuose, il donne son premier concert en 1953 et enregistre son premier disque en 1959. Si le chemin est encore long avant la venue du succès, il développe en attendant sa passion pour ses racines, en apprenant le breton, la cornemuse, la bombarde. C’est en 1970, que paraît l’album « Reflets » qui va faire de lui le troubadour de la Bretagne moderne. Il pose une musique qui au fil des ans mélangera la tradition et le moderne et surtout la portera sur tous les continents. En 1971 son album « Renaissance De La Harpe Celtique » achèvera de le rendre populaire, tant l’instrument que la musique. Il entrainera dans sa suite de nombreux artistes qui se recommanderont de la musique celtique, Tri Yann, An Triskell, Dir Ha Tan et des tas d’autres…
Depuis il n’arrête pas et même si la concurrence anglaise est très forte dans ce style, il en est incontestablement une figure de proue et bien à l’origine de la popularité de cette musique.

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