En passant

Inventaire musical à la Prévert (15)

Avec ce quinzième chapitre je vais clore l’aventure allemande. J’en ai tiré l’essentiel pour vous la présenter. Je pourrais encore et encore en parler, car pour un observateur comme moi ce genre d’histoire n’a jamais vraiment de fin, il y a toujours un truc que l’on découvre. Si je suis devenu un peu spécialiste de l’Allemagne, c’est bien à travers les collectionneurs allemands que je me suis perfectionné, spécialement un que j’ai rencontré plusieurs fois. et qui fut un bon professeur pour moi. C’était d’ailleurs son métier, vous voyez cela ne s’invente pas. Bien entendu, je me suis borné à relever tout ce qui avait trait au beat allemand et plus spécialement toutes les connexions qu’il pouvait y avoir eu avec l’Angleterre et aussi un peu la France. A l’instar d’autres pays, l’Allemagne a aussi ses chanteurs de variétés et ses musiques populaires, domaine que je n’ai pas abordé et qui m’intéresse beaucoup moins. Un autre chapitre que je n’ai pas abordé, ce sera sûrement dans le futur, mais le pays s’est illustré dans la décennie suivante avec sa musique planante, Tangerine Dream, Klaus Schulze, Amon Düüll, Ashra Tempel, Popol Vuh et aussi dans le hard rock avec les Scorpions ou encore Kraftwerk dans l’électro. Ce sont bel et bien des artistes allemands et ils ont une importance mondiale. Dans le prochain chapitre nous partirons vers d’autres horizons, le domaine est infini.
Didi And His Abc Boys – Un peu comme les Lionceaux en France, un groupe s’est attelé à reprendre via des adaptations allemandes de nombreux titres issus de la discographie des Beatles, spécialement vers les débuts, Didi And His ABC Boys c’est le nom de baptême. Ils ont eu quelques fans et quelques succès modérés avec cette manière de faire, mais une grande partie de leur discographie est plutôt recherchée et assez cotée, ce qui indique que le matériel est plutôt rare. A titre d’exemple, voici quelques titres, des airs très connus mais qui prennent un petit côté exotique chanté en allemand.

Jung Wie Du (Love Me Do).

Das War Ein Harter Tag (A Hard Day’s Night)

Nich Eine Mark (Can’t Buy Me Love).

Scliess Die Augen (All My Loving)

Ja Das Hatt Ich Weissen (I Should Have Know Better).

Drafi Deutscher – Chanteur apparu dans années 60 en Allemagne, d’abord avec son groupe the Magics. Il est chanteur, compositeur, producteur, il connaît un succès assez conséquent à partir de 1964. On peut le comparer à Danyel Gérard en France dans sa période yéyé. Il enregistre aussi en anglais et occasionnellement en français, deux titres dont je n’ai pas pu mettre la main dessus. Il a aussi eu des disques publiés en Angleterre et aux USA. Par ailleurs, un de ses tubes allemands connut une certaine popularité en France via une adaptation. En 1967, une scandale pour exhibitionnisme mit un peu sa carrière en veilleuse, mais cela ne l’empêcha pas de réapparaître, notamment comme compositeur pour Boney M. Il est décédé en 2006 d’une crise cardiaque.

1964 – Summertime en anglais.

1964 – Cinderella Baby. Un original allemand.

1964 – Es Ist Besser Du Gehst. Adaptation de « You Better Move On » d’Arthur Alexander via les Rolling Stones.

1964 -Shake Hands. Un original allemand.

1965 – Heute Male Ich Dein Bild Cindy Lou. C’est une adaptation de « The Birds And The Bees » de JeWel Akens, (Tu dis Des Bêtises par Donald Lautrec).

1965 – Marmor, Stein, und Eison. Son plus grand succès un million d’exemplaires vendus en Allemagne. Fut repris par de nombreux autres artistes en langue anglaise via sa propre version et en français par Michèle Torr « Dom Dom » un titre qui marcha assez bien pour elle.

Je vous ai parlé de quelques uns des artistes français qui chantèrent en langue allemande. Mais l’inverse existe aussi, ce sont des vedettes très connues en Allemagne, officiant dans ce que les Allemands nomment « schlager », alors pourquoi ne pas essayer de percer en France. A vrai dire aucune ne réussit pleinement, même les collectionneurs allemands ne se pressent pas au portillon pour se procurer ces disques un peu exotiques. En voici un ou deux exemples.

Freddy Quinn. Une grande vedette allemande d’origine autrichienne, que l’on pourrait comparer à un chanteur de charme comme André Claveau. Vers le milieu des fifties et pendant une quinzaine d’années, il occupa régulièrement le hit parade allemand avec des chansons assez sirupeuses. Il était aussi occasionnellement un artiste de cirque et un animateur de télévision. Un atout quand il chante en français, on ne remarque pas trop son origine germanique. Mais de là à cartonner chez nous il y a un pas qu’il n’a jamais franchi.

1960 – Près de mon coeur.

1960 – Mélodie du soir.

1961 – J’ai Besoin De Ton Amour.

1961 – Que tout recommence.

Roy Black – Contrairement au précédent, il appartient à ce que l’on peut classer dans le yéyé allemand, une sorte d’Hervé Vilard du coin ils commencèrent leur carrière presque en même temps. Chanteur pour minettes par excellence, il connut quelques années fastes à partir de 1965, mais d’autres modes le relégueront un peu au second plan. Aujourd’hui c’est un habitué des circuits nostalgiques. Sa discographie française est assez abondante en versions originales, mais il s’essaya à la langue sur un single en 1968, qui lui valut une apparition à la télévision française, sans trop de résultats concrets au plan succès.

1968 – Quand une fille.

Une dernière virée dans le mondes des artistes anglophones qui enregistrèrent en allemand. La liste est très longue, j’ai surtout fait un choix parmi ce qui concernait les vedettes des sixties en faisant un choix parmi celles dont je n’ai pas encore parlé. Je suis aussi tributaire de ce qu’il existe sur Youtube, tout n’est pas mis en ligne.

John Leyton – Ein Kann Meine Nur Sein. John Leyton, l’une des stars de l’écurie de fameux producteur joe Meek, reprend ici le thème principal du fameux film « La Grande évasion ». Ce n’est pas tout à fait un hasard, car il tient un rôle dans le film, étant aussi acteur. Evidemment en écoutant ce titre on ne peut que regretter la magie de son principal succès « Johnny Remember Me ».

John  O’Hara & His Playboys. Stampfkartoffel -Tätärä (Mashed Potatoes Medley).  Groupe d’origine écossaise qui connut son moment de petite célébrité en Allemagne. Mais là-bas, la purée de pomme de terre est servie chaude.

Georgie Fame – Yeh Yeh. Eh oui, il a enregistré son grand tube en allemand. l’orchestration est différente.

Lulu – Wenn Du Da Bist. La jeune Lulu dans un original allemand.

The Springfields – Alles Gold Und Alles Silver (Silver Threads And Golden Needles). Les connaisseurs savent que la chanteuse de ce groupe n’est autre que Dusty Springfield avant sa carrière solo.

Peter Paul &Mary. Paff der Zauberdrache (Puff The Magic Dragon). Le célèbre trio folk.

Eileen – Teenage Summer. Cette chanteuse américaine qui brilla quelque peu en France interprète ici ce charmant titre original.

Twinkle – Tommy. La créatrice de « Terry » qui atterrit dans la discographie de Claude François.

Peter And Gordon – Liebe Glick Treue. Le duo anglais dont la soeur de Peter était la petite amie de Paul Mc Cartney, ce qui ne gêna en rien leur carrière.

Antoine – Comme pour les autres dont j’ai parlé dans des posts précédents, peu de gens savent qu’Antoine a eu une discographie allemande d’une certaine importance, présentant de nombreux enregistrements en allemand. Il s’y attela dès ses débuts en enregistrant une adaptation de ses fameuses élucubrations, l’accent donnant un résultat assez comique. Il continua régulièrement cet exercice jusqu’en 1972. L’Allemagne resta assez froide à sa démarche, on ne trouve pas de traces d’un titre bien classé au hit parade. Mais on peut supposer qu’il y avait quand même quelques fans, sinon les publications auraient cessé. Il eut plus de chance avec l’Italie où il fit un triomphe à San Remo. Antoine est l’exemple même d’une vedette rachetée par le showbiz, ses chansons contestataires des débuts cédèrent vite le pas à des choses bien plus conventionnelles, même affreusement commerciales. Quelques extraits de cette discographie en allemand.

 Ich, Antoine (Les Elucubrations D’ Antoine).

1966 – Der Krieg (La Guerre).

1966 – Ich sag’ was mir gefällt! (Je Dis Ce Que Je Pense).

1968 – Mademoiselle Canelle (Je L?appelle Canelle).

Hallo Bonjour Salut (Bonjour Salut).

1969 – Ai, Ai, Ai, Ist Das Ein Leben (La Match de Football).

Pop Corn – Adaptation du titre de Hot Butter sur la version vocale d’Anarchic System.

En passant

Dimanche en quelques manches confinées (5)

Un peu de tout, toutes époques confondues.

John Leyton – Johnny Remember Me.

The Vietnam Veterans – Dry Your Eyes.

String Driven Thing – Circus.

The Go-Betweens – Sprin Rain.

Tannahil Weavers – Cam Ye O’er Frae France.

Stawberry Alarm Clock – Incense & Peppermints.

Stan Ridgway – The Big Heat.

Billy Strange – House Of The Rising Sun.

The Velvet Underground – Venus In Furs.

Randy & The Rainbows – Dry Your Eyes.

The Meteors – Power Of Steel.

Black Swan – Echoes And Rainbows.

The Gun – Race With The Devil..

The Shadows – The Frightened City.

Quelques vieux trucs recyclés en version plus modernes, en fait un peu des chansons éternelles.

Pink Martini – Amado Mio.

Hetty & Jazzato Band. Love In Portofino.

Ibrahim Ferrer – Perfidia.

The Hot Sardines – Bei Mir Bist Su Schoen.

Heidi Feek – Blue Moon.

Hiromi Iwasaki – Kojo No Tsuki.

Anna Netrebko, Dmitri Hvorostovsky – Moscow Nights.

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En passant

Inventaire musical à la Prévert (14)

Suite des aventures allemandes.

Commençons par des interprètes anglais ou américains qui enregistrèrent en allemand. Quelques unes de ces interprétations eurent un classement modeste dans le hit parade allemand.

1965 – Bobby Bare – Alle Glauben, Daß Ich Glücklich Bin. Chanteur de country très populaire aux USA, son tuber le plus connu demeure « Detroit City ». C’est justement ce titre vous entendez dans sa version allemande. Elle est assz différente de l’original.

1962 – Chubby Checker – Der Twist Beginnt (Let’s Twist Again). Assez bizarrement dans les circuits nostalgiques son Let’s Twist Again » est bien plus populaire que son premier tube du genre , »The Twist » qui fut un bien plus grand succès en 1961, 15 millions de copies vendues et le seul titre à être deux fois no 1 au Billboard à une année d’intervalle. Mais c’est ainsi, voici la version en allemand.

1962 – Jack Hammer – Crazy Twist. On se rappelle surtout de Jack Hammer comme co-compositeur de « Great Balls Of Fire » pour Jerry Lee Lewis. Au tournant des sixties, il fut surtout actif en Belgique notamment, mais il cède aussi à la mode du twist. et aussi à la langue allemande.

1963 – Pat Harris – Hully Gully Shake (Hippy Hippy Shake). Cette chanteuse passa comme un météore dans le ciel de 1963. Sa version du titre de Chan Romero popularisé par les Swinging Blue Jeans en Angleterre est son seul testament discographique, couplé à cette version en allemand.

1965 _ Dionne Warwick – Geh Vorbei (Walk On By). On se souvient sans doute plus de la version en anglais de Gloria Gaynor en 1975, mais c’est bien Dionne Warwick qui a créé ce titre.

1963 – Joey Dee – Bitte Bitte Baby. Un autre célèbre twisteur sans un enregistrement original allemand.

1965 – The Caravelles – In Gedanken bin ich bei dir (True Love Never Runs Smooth). Ce duo féminin anglais eut quelques succès dans son pays et aux USA. Ayant débuté en même temps que les Beatles, elles se payèrent même le luxe de se classer aux premières places du hit parade américain avant eux en 1963. Mais c’est bien la seule fois où elles firent la pige au quatre de Liverpool.

1963 – Bobby Darin – Schatten Auf Den Wegen (Eighteen Yellow Roses). Tout le monde y passe, même Bobby Darin qui fut connu pour d’autres succès presque éternels.

1965 – Donna Hightower – Liebe Macht Blind. Création originale. Elle devra encore attendre quelques années avant de devenir une star en faisant divers essais. Elle chante pourtant depuis… 1951 !

1962 – Bobby Vinton – Rosen Sind Rot (Roses Are Red). Un de ses grands succès en version allemande.

1961 – Neil Sedaka – Crazy Daisy (Little Devil) Une grosse vedette américaine du début des sixties. Il faut accueilli plus chaudemanr en Italie

1962 – Frank Ifield – I Remember You. Le crooner australien et un de ses tubes en allemand.

1962 – Joe Dowell – Muss I Denn (Wooden Heart). L’Allemagne n’est pas particulièrement le pays où les chansons sont reprises pour en faire des succès internationaux. Il y a quand même une ou deux exceptions, dont celle-ci. Cette chanson issue tout droit d’un de ces airs traditionnels allemands qui ressemblent à s’y méprendre à de la musique militaire, fut d’abord enregistrée en 1960 par Elvis Presley comme face B. L’année suivante, Joe Dowell, un chanteur alors quasi inconnu, la reprend et elle devient un no 1 aux USA. Ce sera pratiquement son seul vrai titre de gloire. Il en profita pour l’enregistrer en allemand, en fait une version bilingue.

1964 -Johnny Tillotson – Oh Eine Tolle Frau (Worried Guy). Même si les gens de mon âge ne connaissent pas Johnny Tillotson, ils connaissent au moins une de ses chansons. Son célèbre « True True Happiness » nous fut matraquée par les radios via l’adaptation français de Marcel Amont « Bleu Blanc Blond », une chanson à flemmarder. Il s’essaya aussi à la langue allemande. A plus de 80 ans il est toujours actif et chante même du rock and roll sur scène. Si ces derniers concerts ont été annules, ce n’est pas pour raisons de santé, mais Covid 19 oblige.

Une histoire marine – En référence à ce que j’écrivais ci-dessus et aussi dans le post no 13 de cette série, les chansons allemandes de carrure internationales sont assez rares, je ne parle pas de rock ou de pop mais de variété, celles qui touchèrent particulièrement le public français le sont encore plus. Le « Monia » de Peter Holm est de cette trempe, c’est une chanson allemande. Le « Sag Warum » de Camillo, une autre avec la particularité d’être interprétée en allemand. Mais il en existe une autre qui fit les beaux jours d’une catégorie de chanteurs français, en particulier Petula Clark qui en fit un tube personnel sous le titre « Marin ». Cette chanson fut créée par une chanteuse d’origine autrichienne connue sous le nom de Lolita. Enregistré en 1959 et composée par Werner Scharfenberger, un chef d’orchestre très connu en Allemagne, elle eut un retentissement international. Repris en anglais par Petula Clark (Sailor) ce fut son premier no 1 anglais. La version de Lolita se classa 5ème dans les charts américains, probablement la seule artiste de variétés allemande qui réussit cet exploit.

La version originale de 1959.

Michel Polnareff – Peu de fans de l’artiste savent que quand il commença à connaître le succès en France, il en fut presque simultanément de même en Allemagne. Alors forcément, il enregistra dans la langue. Son premier album publié par Vogue Allemagne fut même un véritable best-seller. Contrairement à d’autres artistes français, il ne persévéra dans cette carrière parallèle, ce qui n’empêcha pas ses titres en langue française d’avoir un certain succès. Voici ce qu’il a enregistré en allemand.

Meine Puppe Sagt Non (La Poupée Qui Fait Non).

Gammlerballade (Beatnik).

Love Me, Please Love Me.

 Ich Will Dich Lieben (L’amour Avec Toi)

Sonne, Wind Und Meer (Tous Les Bateaux, Tous Les Oiseaux).

Komm, Schön Ist Die Welt (Tout, Tout Pour Ma Cherie).

Sacha Distel – Un personnage un peu inclassable dans la chanson française. Oui c’est avant tout de la variété, mais il est aussi un peu crooner, il a abordé la vague yéyé, et c’est aussi un excellent guitariste. Son album de jazz enregistré en 1957 avec des pointures comme John Lewis, Barney Wilem, Kenny Clarke, Pierre Michelot, est un collector qui peut dépasser les 500 euros dans son édition française. Avec son étiquette de playboy à la française, il est assez connu à l’étranger. J’ai eu l’occasion de discuter quelques minutes avec lui, il y a bien des années, et je dois dire honnêtement que c’est un des chanteurs français les plus sympathiques que j’ai rencontré. Très simple, souriant, s’intéressant à ce que vous faites, on est assez loin de l’image du séducteur qui se prend pour Casanova. Le fait de tenter une carrière en Allemagne l’a poussé à enregistrer une série de disques en allemand, qui connurent un succès qui n’est pas négligeable. A l’instar de ses collègues français qui firent la même démarche, sa discographie est sensiblement différente de celle que l’on connait en France avec des titres qui n’ont pas d’équivalent français. Elle est aussi plus étendue sur la durée, car Sacha Distel continua d’enregistrer en allemand jusqu’au milieu des années 1980.
Pour la sélection je me suis limité à quelques exemples entre 1964 et 1967, il y a une vingtaine de 45 tours en langue allemande. Je n’ai choisi que des création originales allemandes.

1963  – Adios Amigo.

1964 – Der Platz Neben Mir.

1964 – Deine Stimme am Telefon.

1964 – Eine Tür Fiel Zu.

1966 – Der Frauenfreund.

1967 – Irene Von Avignon.