En passant

Exploration musicale en terre inconnue (11)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1960 – Jimmy Fontana / Romantica. L’Italie se gargarisait pas mal avec les chansons issues du Festival de San Remo. La chanson qui remportant le grand prix se voyait ensuite retenue pour représenter le pays au Grand Prix Eurovision. Il pouvait arriver à ces chansons d’être connues aussi en France, assez rarement il est vrai. Mais celle qui gagna le prix en 1960 « Romantica » chantée par Tony Dallara, devint presque un phénomène en France, reprise par de nombreux interprètes, dont la version de Dalida se tailla la part du lion. A côté de cela, la version originale publiée chez nous fut passablement occultée par les reprises. Quelques petits labels profitaient de cette vague pour publier le titre d’une manière ou d’une autre. Ce fut le cas pour l’obscur label Hollywood / Holiday qui avait un droit sur une reprise italienne faite par un certain Jimmy Fontana. Il deviendra par la suite un chanteur et animateur très connu, mais là, il est encore un prétendant. A part ça, sa reprise est assez originale, d’une chanson un peu larmoyante, il en fait un truc jazzy et rythmé, un peu comme aurait pu le faire un Frank Sinatra. Ce disque passa bien inaperçu.

1966 – Paul Butterfield Blues Band / Shake Your Moneymaker. Paul Butterfield fut un peu un équivalent américain de John Mayall, il compta dans son groupe de nombreux musiciens de talent comme Mike Bloomfield. Plusieurs albums bien torchés témoignent de son art. En France, un trés rare EP fut publié par Vogue, un petit régal.

1964 – Gloriy Lynne – I Wish You Love. Si vous ne connaissez pas ce disque, sachez que derrière ce titre se cache une adaptation anglaise de « Que Reste-t-il De Nos Amours. de Charles Trenet. Publié par London sous licence américaine, ce fut un bide complet en France, il est vrai qu’en 1964 Trenet était nettement moins coté en bourse que la vague yéyé.

1952 – Jo Stafford / You Belong To Me. Je crois que c’est la plus ancienne vieillerie que je vous présente ici. Jo Stafford est une star américaine des années d’après guerre, qui subit même quelques foudres en pleine du Maccarthysme. Peu connue en France, il existe d’elle un 45 tours simple datant de 1952, autant dire à une époque où très peu de gens possédaient un électrophone capable de lire les vinyles. Elle interprète une chanson très connue aux USA, qui sera un hit une dizaine d’années plus tard pour le groupe The Duprees, disque aussi rare que celui-ci. Vous aurez une belle idée sur quoi ancêtres pouvaient pincer les fesses de madame en 1952, je me demande si je ne dois pas quelque chose à cette chanson.

1961 – Bobby Rydell / Cherie. Bobby Rydell est assez peu connu en France, mais il fut une idole pour les teenagers US. De nombreuses publications de lui existent en France, relativement peu courantes. On pensait sans doute qu’il avait le potentiel pour percer chez nous, d’où le nombre. Le titre proposé ici avait le potentiel d’un hit, tellement il est dans le ton de l’époque.

The Silkie – The Times They Are Changing. Après avoir connu un certain succès avec « You’ve Got To Hide Your Love Away », reprise des Beatles, dans laquelle les Fab Four collaborèrent musicalement aussi  à la production, la suite fut plus hésitante. Le titre fut aussi bien accueilli en France et publié sur un EP. Le suivant passa complètement à côté et est plutôt rare. Il contient une bonne version du fameux titre de Bob Dylan.

1965 – Kathy Kirby – I Belong. Un EP de la chanteuse anglaise Kathy Kirby, un mini clone de Marilyn Monroe dotée d’une assez belle voix et assez populaire dans son pays, était paru en France en 1964. Il n’y en aurait sans doute jamais eu un second, si la chanteuse n’avait pas participé au Grand Prix Eurovision 1965 et se classa à la deuxième place derrière le « Poupée De Cire Poupée De Son » de France Gall. Je m’étonne encore aujourd’hui du classement à cette deuxième place, car la chanson est assez peu aguicheuse, dix fois moins que celle de France Gall. Même les Anglais boudèrent, car elle ne monta pas plus haut que la 36ème place dans les charts britanniques. Petite pièce de collection dont la rareté ne fait pas monter excessivement les prix.

1972 – Daniel Boone / Skydiver. Le compositeur du titre précédent, sous son vrai nom Peter Lee Stirling, c’est lui. A part sa collaboration pour Kathy Kirby, il avait fait beaucoup plus intéressant avec « I Think Of You » pour les Merseybeats. Au début des années 1970, il s’établit comme chanteur avec un nom d’artiste en hommage à Davy Crockett  et décroche un tube international avec « Beatiful Sunday », record de ventes au Japon pour un artiste étranger avec plus de 2 millions de copies. Comme souvent, ce genre de succès est difficile à renouveler, même en France où il se vendit beaucoup plus modestement, voici une de ces suites restée dans l’anonymat.

1967 – Scott McKenzie / Look In Your Eyes. Avant de devenir une sorte de roi des hippies avec « San Francisco », Scott McKenzie avait déjà enregistré chez Capitol en 1965. Le succès venu, EMI alla repêcher deux titres Capitol pour les publier en France. Bien que cela ne soit pas si mal, les fans préférèrent visiter un tas de fois San Francisco.

1966 – Barry McGuire – Don’t You Ever Wonder Where It’s At. J’ai eu un contact assez marrant sur la Toile avec ce chanteur. Je l’ai averti qu’on avait publié un article sur lui dans un journal français et que je pouvais lui envoyer une copie s’il le désirait. Il m’a répondu d’une manière assez amusante en se demandant qui pouvait encore se souvenir de lui en France. Mais bon il était partant et il m’a filé son adresse. C’était une manière de le remercier, car j’ai adoré pas mal de ses disques et pas seulement son fameux hymne du protest song « Eve Of Destruction ». Par exemple celui-ci publié sur son second rare et dernier EP français. Ce n’est pas loin de Bob Dylan.

1969 – Savoy Brown / Tollin’ Bells. Quand les albums prirent le pas sur les 45 tours, le compagnies continuèrent d’éditer les 45 tours principalement pour la promotion et les jukeboxes. Quand ces publications concernent des artistes qui enregistrent de belles choses, ils deviennent de petites perles, parfois plus cotées que les albums. C’est le cas pour Savoy Brown qui fut une pièce maîtresse du blues anglais à la John Mayall, comme cette très belle reprise de ce titre de Lowell Fulsom qui dure près de 7 minutes. Une durée de EP pour le prix d’un single.

1966 – Joe Dassin / Katy Cruel. De mon seul point de vue, Joe Dassin était un chanteur de variétés plutôt casse pompes. Mais on trouve dans sa discographie, surtout au début, quelques titres qui méritent le détour. Comme ce traditionnel figurant sur ce single passé très inaperçu. En plus, il possède plutôt bien l’anglais, chose assez normale pour un Américain de naissance.

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En passant

Exploration musicale en terre inconnue (10)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1967 – Tim Hardin / How Can We hang On To A Dream. Il y a quelques chanteurs qui traînent avec eux une sorte de malédiction poisseuse. Tim Hardin est un peu de ceux-là. On connaît au moins deux chansons célèbres dont il est le compositeur et qui sont de grandes chansons. L’une « If Were A Carpenter » (Si J’étais Un Charpentier) et How Can We Hang On To A Dream (Je M’Accorche A Mon Rêve), toutes deux reprises en France par Johnny Hallyday. Elles furent surtout remarqués dans la discographie des autres plus que dans la sienne. Le personnage était assez instable, très accroc à certaines substances, il ne fit rien de plus pour promouvoir son oeuvre. Qui se souvient encore de ce bel EP publié en France par Polydor, a part ceux qui le possèdent ? Il contient ses deux pièces les plus connues.

1976 – Don Harrison Band / Sixteen Tons. Chaque époque et chaque style de musique ont un point en commun, ils transforment dans une style plus modernes quelques vieilleries. C’est le cas pour Don Harrison Band qui reprend le hit de Tennessee Ernie Ford de 1955 dans une version à la Creedence Clearwater Revival. Ce n’est pas tout à fait une coïncidence car le groupe contient deux membres de l’équipe à John Fogerty. Plutôt destiné à danser le jerk en discothèque, mais pas trop destiné à durer.

1969 – Krimson Kake / Feelin Better. Unique 45 tours français de cet obscur groupe anglais dont vous  n’êtes sans doute pas l’un des détenteurs d’un des 100 exemplaires vendus.

1963 – The Uptowns / Here She Comes Again. Le label Vogue, entre autres, fit de nombreux efforts pour publier en France les artistes américains, très souvent sans réussite commerciale. Comme les USA publiaient surtout des 45 tours simples, sortir un EP était difficile, surtout si l’artiste était débutant. Alors, on regroupait deux simples se partageant chacun une face du disque. C’est ainsi que furent publiés les Uptowns, vocalement intéressant.

1966 – The Sparrow / Tomorrow Ship. Si vous vous demandez derrière quel groupe célèbre pourrait se cacher celui-ci, je vais vous éviter un brainstorming. Il s’agit d’une première mouture du fameux Steppenwolf, deux ans avant qu’ils cassent la baraque. Evidemment c’est plus difficile de trouver celui-là que le 45 tours de « Born To Be Wild » et le prix sensiblement différent.

1971 – Sunday Funnies / It’s Just A Dream. Ce groupe a un certaine réputation pour une obscurité du garage punk. Plus tard dans un style plus pop, ils continuent d’enregistrer des trucs plus mainstream. En voici un exemple sur cet unique 45 tours publié en France. Ce n’est pas déplaisant.

1970 – Black Merda / Prophet. Sous un nom un peu irrévérencieux, se cache un groupe que le pourrait considérer comme de la pop music noire bien sentie. Signés par le label Chess pour un unique album qui vaut son pesant de cacahuètes sur marché des collectors. Existe en 45 tours et en album pour la France.

1965 W Gimmick / Let’s Go Racing. Musicalement le « Hot Rod » est un style dérivé du surf, mais qui concerne surtout les bagnoles, trafiquées de préférence. Le bruit des moteurs remplace le bruit des vagues. Démonstration publié par Polydor sur Un Ep de 1965, tout sauf courant.

1961 – Jörgen Ingmann / Apache. Avec « Apache » les Shadows volèrent un succès à son créateur, Bert Weedom. Mais la revanche ne se fit pas attendre, le guitariste de jazz danois Bert Weedom, enregistra sa version, et c’est la sienne qui fut no 1 aux USA et au Canada. Cette version n’est sans doute pas aussi prenante que celle des Shadows, mais les Américains ont parfois de drôles de goûts. Il n’en resta pas là, car avec sa femme, il remporta le Grand Prix Eurovision en 1963 avec « Dansevise » la seule chanson en danois à avoir remporté le titre.

1969 – Uele Kalabubu / Patatalo. La musique africaine n’a pénétré que par vagues en Europe, principalement avec l’appui des ethnies émigrées en Europe. Musicalement, c’est assez différent de ce que l’on fait chez nous, c’est souvent des rythmes basiques et répétitifs, de la musique pour danser et se bouger principalement. Aujourd’hui, on considère volontiers Hergé comme un raciste dans Tintin au Congo quand il fait parler les indigènes en « petit nègre ». Mais les Africains ne nous aident pas toujours, car eux-mêmes se parodient parfois dans leur musique. Voici un exemple dans lequel on aussi peut imaginer qu’ils se foutent gentiment de nous. Rions avec eux, car toute la musique moderne n’existerait probablement pas sans l’apport de l’Afrique. Vous vous voyez danser le menuet en discothèque ?

1963 – The Chantays / Wayward Nile. Voici une illustration d’un disque très connu, mais qui dans dans son édition française est d’une rareté qui frise l’obscène. C’est bien la preuve que l’on se foutait royalement en 1963 de la surf music en France. Bien sûr, il sortit ici parce que le titre principal « Pipeline » était un tube en Amérique et qu’il figure aussi sur ce disque en titre principal. Mais je vous ai choisi pour l’illustration un autre titre tout aussi plaisant.

1972 – Mogol / Hitchin’. Les groupes pop venus de la Turquie et qui ont un semblant de discographie en France sont extrêmement rares. C’est le cas de Mogol (Mogollar en turc), dont ce 45 tours et l’album (pressé par le label budget price Concert Hall), publiés en France sont assez recherchés. La musique est teintée d’orient et ce n’est pas déplaisant.

1967 – Moby Grape / Omaha. Une référence psychédélique US dont un seul et unique 45 tours, aussi rare que l’honnêteté chez les politiciens, fut publié en France. C’est très « flower power ».

 

Exploration musicale en terre inconnue (9)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1959 – Slim Gaillard /Chicken Rhythm. Slim Gaillard est un chanteur et instrumentiste de jazz dont le discographie en France est minimale. Il exerçait aussi son talent avec des imitations vocales, usant parfois d’un langage complètement imaginaire. Dans ce titre plutôt fantaisiste, il imite un animal que nous connaissons bien.

1959 – The Four Comets – Leroy. Même si en 1959, le rock and roll en France était encore assez confidentiel, cela n’empêcha pas que certains disques de rock and roll d’autres pays européens, encore balbutiants sur la scène rock,  furent éditées en France. Comme Rock Ragge et les Four Comets, une groupe suédois à tendance rock, publié par Vogue sous licence Barben records. Une plutôt bonne reprise d’un titre de Jack Scott « Leroy ».

1970 – Iron Butterfly / New Day. Iron Buetterfly s’est taillé un franc succès avec « In-A-Gadda-Da-Vida », mais le reste de la discographie est plus discret, encore plus spécialement les 45 tours. Comme celui-ci de 1970 qui ne court pas les rues, extrait de l’album « Metamorphosis », qui contient quand même un très plaisant titre : « New Day ».

1968 – The Iveys / Maybe Tomorrow. Quand ils fondèrent leur label Apple, les Beatles signèrent d’autres artistes. Les premiers furent les Iveys,, pas forcément très distants musicalement de leurs patrons, qui rencontrèrent plus un succès de curiosité qu’un franc succès. Leur premier single « Maybe Tomorrow » était pour le moins très plaisant. Edité dans de nombreux pays, c’est une pièce recherchée aujourd’hui pour sa connexion avec les Beatles. Leur très rare album édité à l’époque seulement en Allemagne, Japon, Italie, atteint des sommes considérables pour une copie originale. Plus tard, le groupe se mua en Badfinger et rata un sacré tube. La reprise de leur titre « Without You » fut un hit international pour Harry Nilsson.

1964 – The Bachelors / The Stars Will Remember. Si Decca a pu se mordre les doigts de ne pas signer les Beatles, ils eurent quand même un joli lot de consolation avant que les Rolling Stones se posent en rivaux. Il s’agit des Bachelors, un trio irlandais vocalement parfait, qui aimait bien reprendre des vieilles chansons. Même si c’est très kitsch, ils pulvérisèrent des records de ventes en Angleterre, damnant même un peu le pion aux Beatles sur le plan national. Ils avaient un avantage, celui de plaire aux adultes, charmés de réentendre des airs du temps où ils contaient fleurette devant une tasse de thé. Ils connurent un net déclin à partir de 1966. Trois EP’s furent publiés en France, pas si courants que cela et surtout peu vendus, mais peu recherchés. La chanson que je vous propose est extraite du premier paru ici, un clip en playback tiré d’un film. J’ai même lu à quelque part que cette chanson avait été celle qui fut le plus écouté dans les jukeboxes anglais en 1965. Peut-être que la famille royale passait son temps dans les pubs ?

1967 – Scott Walker / Mathilde. La discographie française de Scott Walker est aussi mince qu’un feuille de papier. Quand il quitte les Walker Brothers, il se lance dans une carrière de crooner et ne cache pas son admiration pour Jacques Brel, dont il reprend 9 chansons. Sur son unique et rare EP français, figure sa reprise en anglais  de « Mathilde » qui montre que les Anglais savent faire de l’excellent travail en studio. La magnifique voix de Scott Walker s’est définitivement tue le 22 mars de cette année.

1968 – Dave Widmark / Days of Pearly Spencer. Dans les sixties une pratique très courante des maisons de disques consistait à offrir un panaché des succès de la marque. C’était le cas pour « La Bourse Aux Disques » chez EMI ou « Made In England » et « Dansez Avec » chez Philips. On essayait de présenter le plus possible d’artistes et de titres originaux, propres à la marque. Il arrivait parfois que l’on veuille aussi faire figurer un grand succès du moment, mais appartenant à un artiste enregistrant pour une marque concurrente. Alors on profitait de faire enregistrer une reprise, le plus souvent par un de ces artistes maison dont on ne savait pas trop quoi faire. Alors voici un reprise quasi carbone du « Days Of Pearly Spencer » de David McWilliams par Dave Widmark, remarquez la ressemblance des noms. On la publia quand même sur un 45 tours, aussi rare qu’en cheveu sur la tête à Yul Brynner.

1971 – Noir / Ju Ju Man. Groupe noir anglais qui apparut et disparut très vite. Leur unique album publié par Dawn en Angleterre fut également pressé en France par Vogue. Un 45 trs fut extrait avec cet intéressant « Ju Ju Man ». L’album fait partie des collectors recherchés.

1968 – The Nashville Teens / All Along The Watchtower. Après deux ans de silence total, Decca France s’aperçoit que les Nashville Teens existent toujours et décide de publier leur nouveau single, avec cette reprise de Bob Dylan. C’est aussi l’époque ou Jimi Hendrix l’enregistre pour son plus célèbre album « Electric Ladyland ». La différence entre ces deux versions est énorme. Celle de Jimi Hendrix est pleine de guitare psychédélique et autres effets. Les Nashville Teens nous offrent plutôt une ambiance que l’on pourrait qualifier de pesante et sinistre, mais peut-être supérieure vocalement. Les deux versions ont leur charme, le disque des Nashville Teens offre sans doute un atout supplémentaire pour les collectionneurs, localiser une copie de ce disque est plutôt difficile.

1982 – The Troggs / Black Bottom. En 1982, au niveau du succès les Troggs ne sont plus que l’ombre d’eux mêmes. Pourtant leur nouveau single est très prometteur, il a tout pour faire un tube. Il intéressera seulement quelques nostalgiques et c’est dommage. Ce n’est pas le 45 tours le plus facile à dénicher dans leur discographie.

1964 – Les Tornados / Hot Pot. Le succès déclinant assez rapidement, les publications françaises concernant les Tornados, suivent la même courbe au niveau de la rareté. Cette dernier EP datant de 1964 est sans doute le plus rare. Tout en pensant que nous sommes en 1964, et quand on écoute le titre principal « Hot Pot », il faut quand même admettre que ce disque se démarque très fortement de ce qui se faisait ailleurs, c’est original. Peut-être trop.

1972 – The Smoke / Sugar Man. En 1972,  les Smoke existent toujours, vivant sur la réputation de leur hit « My Friend Jack ». Ils ont recentré leur carrière sur l’Allemagne et sont publiés par le label Basf. On ne peut pas dire qu’ils ne suivent pas la mode. En effet, le titre « Sugar Man » colle assez bien à ce que l’on appelait alors le glam rock qui vit le succès de chanteurs comme Gary Glitter et même Slade ou David Bowie. Ce disque fut aussi publié très confidentiellement en France. L’histoire nous rappelle que des membres du groupe furent derrière la machine disco Boney M. Mais ça, c’est un peu plus tard et une autre histoire.

1966 – Connie Smith / Le Jour Et La Nuit. Un nombre considérable d’artistes étrangers ont enregistré en français, même pour certains alors qu’ils complètement inconnus en France. C’est la cas de Connie Smith une chanteuse de country très populaire en Amérique, dont RCA publia quatre titres dans notre langue en 1966, teinté d’accent ricain. Je suis à peu près sûr que beaucoup d’entre-vous, apprennent aujourd’hui l’existence de ce disque.

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Exploration musicale en terre inconnue (8)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1969 – Albert Ayler / New Generation. Je ne sais pas si la publication de ce disque en 1969 était remplie d’espoirs de ventes, j’en doute. Albert Ayler était un saxophoniste de jazz plutôt progressif. Ici il officie dans un style plus accessible, un peu funky. C’est quand même assez décalé pour l’époque, mais c’est justement ce genre de truc destiné à être reconnu comme génial et précurseur quelques années plus tard. La preuve c’est que ce 45 tours peut se vendra aujourd’hui à plus de 150 euros. C’est de la reconnaissance post-mortem, car il décéda en 1970 dans des circonstances peu claires.

1964 – Pino Donaggio / Io Che Non Vivo. Encore plus que la France, l’Italie a eu des chansons qui s’exportaient bien et qui firent des ravages en étant reprises par des artistes anglo-saxons. Comme ces chansons ne font pas partie de notre culture musicale nationale, on ignore souvent qu’elles ont des origines italiennes. Je pourrais vous citer un tas d’exemples comme « Volare » de Domenico Modugno en 1958. Mais prenons-en une autre que vous connaissez certainement et que vous avez peut-être dans votre discothèque via une de ces reprises. Le créateur en est Pino Donaggio en 1964 et le titre « Io Che Non Vivo ». Elle fut un succès en Italie et le disque fut publié en France, sans que cela impressionne. Mais quand Dusty Springfield reprit cette chanson en version anglaise « You Don’t Have To Say You Love Me », elle devint un de ses plus grands succès et sera propulsée encore plus visiblement quand Elvis Presley la mit à son répertoire. Les ventes se comptent pas millions, sans doute un peu moins pour la version française de Richard Anthony « Jamais Je Ne Vivrai Sans Toi ».

1967 – The Balloon Farm – A Question Of Temperature. Une des belles perles du psychédélique. Ce qui est sûr, c’est que je l’ai jamais aperçu dans les rayons des disquaires en 1967. Heureusement je me suis rattrapé autrement. Indispensable à tous les climato-sceptiques. Repris par Lords Of The New Church dans les années 1980.

1962 – Tuff jack / Tuff Jack. Si vous demandez à un vendeur de collectors de vous procurer le EP français de Jack Marshall, il vous répondra que cela n’existe pas. A moins qu’il connaisse bien ses classiques et qu’il vous propose le EP de Tuff Jack sur Capitol sorti en 1962. C’est le même personnage mais sous un pseudo. Ce disque n’est pas inintéressant, il contient un titre à tendance surf instrumental débutant, qui s’appelle justement Tuff Jack.

1960 – Billy Crash Craddock / I Want That. On ne peut pas dire que parmi les rares publication françaises de cet artiste américain, très connu aux USA et en Australie, il y en a une qui batte ici des records de ventes. Pourtant, si vous êtes un fan de Johnny première époque, il y au moins un titre de lui qui ne vous en pas inconnu. Il l’a adapté en français sous le titre « Oui J’aime Ca ».

1962 – Ken Jones / Joyville. Assez bizarrement, il existe un pléthore de disques destinées à la dance ou à l’ambiance. Tous les catalogues des maisons de disques en sont amplement pourvus avec des ventes souvent très confidentielles. Quelquefois, ils étaient même publiés en France sous licence. C’est le cas pour Ken Jones, chef d’orchestre anglais dont au moins 3 EPs furent publiés en France. Plus tard, il s’illustrera en devenant l’arrangeur musical des Zombies.

1964 Les Relax – Natacha. Les groupes suisses qui réussirent à faire éditer un disque en France ne sont pas légions. Après la réussite des Aiglons avec « Stalactite » un groupe de Genève réussit le coup. Sur un EP Decca figure l’excellent instrumental « Natacha », typique du beat instrumental à la Tornados. Mais ils se firent un peu souffler le succès par un autre groupe suisse, les Four Shakers, dont la version est plus populaire, également publiée en France chez Philips et nettement plus facile à dénicher. Ils publièrent un second EP chanté, uniquement pressé en Suisse, en s’adjoignant les services de Jean-Jacques Egli aux vocaux. Il est un des anciens Mousquetaires de Larry Greco et le co-auteur du fameux « Mary-Lisa ».

1965 – Jay Bentley & Jet Set / Watusi 64. Plutôt un truc de danse pour le jerk ou autres trémoussements, mais ce n’est pas déplaisant, il y a nettement pire. Formation américaine,  son titre connut quand même en France un modeste succès via la reprise des Célibataires « Demain Je Me Marie ».

1966 – Screamin Jay Hawkins – I Put A Spell On You.  Screamin’ Jay Hawkins avait bien remarqué que son grand classique était devenu très populaire via la reprise de l’Alan Price Set et aussi un peu celle de Nina Simone. Alors, il remit le truc sur le métier et en fit une nouvelle version encore plus folle, assez R&B, publiée sur un EP par Decca. Toutefois ce disque est très nettement moins courant que celui de la version d’Alan Price.

1967 – The Blues Project / I Can’t Keep From Crying Sometimes. En discutant avec un collectionneur allemand, il m’a dit que le meilleur label français pour les publications étrangères intéressantes sous licence durant les sixties, c’était Vogue. Si je suis assez d’accord avec lui, pour celui-ci c’est râpé car c’est Polydor qui l’a édité. Les légendaires (et superbes!) Blues Project. Les copains d’école avaient de la peine à comprendre que je préférais écouter cela à la place de Cloclo. Je m’en fous car les belles pièces de collection, elle sont dans la mienne et pas dans la leur.

1965 – Candy & The Kisses – Keep On Searchin’. Eh bien regardons justement une de ces fameuses publications Vogue. Un EP de 1965 sous licence Scepter records d’un trio noir vocal féminin. Cela s’est si mal vendu et c’est si rare que les dernières enchères que j’ai vues pour cette pièce se situent entre 400 et 500 euros. A part ça, c’est tout à fait dans la lignée des Supremes et même encore plus nerveux.

1967 – The Herd – Paradise Lost. Les débuts de Peter Frampton. Alors qu’ils étaient très populaires en Angleterre, Herd fut quasi totalement ignoré en France. C’est dommage car c’était bien dans l’air du temps et très plaisant.

1962 – Lawrence Welk – It’s Not For Me To Say. Encore une musique d’ambiance. Imaginez que vous êtes au cinéma en 1963 pendant l’entracte ou que vous attendez le début du film,  C’est tout à fait le genre de musique que vous auriez pu entendre. Sur cet EP London paru en 1962, qui doit être vraiment rare puisque je n’en retrouve aucune trace à part ma copie, figurent quatre titres du cru. Lawrence Welk est un chef d’orchestre très connu aux USA, peu connu en France, mais moins flamboyant que Henri Mancini.

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En passant

Musiques à contre-courant

Je suis toujours assez dubitatif sur la qualité musicale des artistes d’aujourd’hui. L’autre jour, j’étais dans un endroit public au bord d’un lac. Une petite équipe écoutait de la musique. Eh bien, le truc qu’ils écoutaient c’était un rythme basique qui durait deux secondes et qui se répétait à l’infini, tandis qu’un mec débitait des paroles d’une banalité crasse sur la vie d’aujourd’hui. Le punk, c’était de l’opéra à côté. Heureusement, ce n’est qu’une tendance, j’attrape avec mes oreilles des choses actuelles qui méritent un bon point. Parfois, je les trouve un journal qui les mentionne, alors je vais à la découverte. Voici quelques-unes de ces découvertes, pas forcément toutes récentes, qui laissent flotter un espoir pour les vrais amateurs de musique, du moins ceux qui veulent ne pas être musicalement idiots. Il y a aussi des artistes qui pour être bien actuels, sont hors du temps, j’en donne un exemple en fin d’article.

Nick Waterhouse, un Américain né en 1966. Pas de doute, sa mère doit avoir accouché au son d’un disque de garage punk. Peut-être « Every Night » de Human Expression, dont il me semble retrouver dans ce « Song For Winners » quelques réminiscences. De quoi faire enrager les voisins à 3h du mat !

Sandor, une artiste suisse qui vous fait bien joliment planer.

Melody Gardot, ça se laisse écouter, sans avoir envie d’appeler la police.

June Milo, une autre artiste suisse, c’est cool comme un lait de vache d’alpage 100% bio.

Carrousel, toujours la Suisse, un duo qui accroche.

Seth Lakeman, un Anglais bien dans baskets

Un Américain, Steve Gunn, du folk d’aujourd’hui.

Patrick Watson, un Canadien qui me rappelle Colin Blunstone le chanteur des Zombies.

Jim McCarty, le batteur des Yardbirds, celui-là je pouvais pas le rater, belle chanson intemporelle. Ma meilleure écoute sur Deezer en 2018.

Lighthouse, Quiet Island, il n’y a pas beaucoup d’îles tranquilles sur les lacs suisses, mais celle-ci est splendide,

Corinne de Saint Angel, artiste française.  Après l’île, un jardin, celui de Louise. Cela fait une bonne dizaine d’années que j’écoute régulièrement ce titre. C’est d’un reposant, en plus si on a la mer à contempler…

Une histoire belge pour continuer, Melanie De Biasio. Cela peut sembler répétitif, mais il y a ce truc en plus qui fait passer le tout sans sauce.

Ben L’Oncle Soul. C’est assurément un excellent chanteur, une voix très noire, une ambiance soul, un Français qui n’a rien à envier à ses collègues étrangers.

Maite Itoiz. Pour terminer, quelque chose de complètement différent. Si on n’aime pas le moderne on peut toujours remonter aux racines. Je dis un grand merci à tous ceux qui perpétuent les vieilles traditions. Depuis quelques années, je m’intéresse un peu à la musique médiévale. J’ai fait quelques belles découvertes. Maite Itoiz est une époustouflante artiste espagnole très complète. Multi-instrumentiste, elle chante de l’opéra, mais aussi des choses plus traditionnelles, des trucs très modernes, même avec des groupes style hard rock, c’est dire. Elle possède une voix de soprano que l’on peut qualifier de céleste. Elle interprète ici un chant séfarade assez populaire, dont l’origine remonte à la musique médiévale « El Rey De Francia ». En l’écoutant, on peut voir les étoiles en plein jour.

Juste pour se marrer, la voici dans un truc complètement différent., oui, oui, c’est la même !

 

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En passant

Exploration musicale en terre inconnue (6)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien par la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.

Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1971 – Pierre Cavalli / Un Soir Chez Norris. Musicien suisse, guitariste de jazz à l’origine, il commence d’enregistrer chez Braclay dans les années 1950 en interprétant des reprises de succès d’époque, dont certaines sont même publiées aux USA. En 1971, il signe la musique d’un feuilleton télévisé suisse , « Un Soir Chez Norris », pièce de musique instrumentale à tendance pop. Si le disque ne connait qu’un succès d’estime auprès des spectateurs de la télévision, il devient un must pour les collectionneurs 30 ans plus tard.

1959 – Dalida / Apfel Und Birnen. C’est sans doute un des plus grands bides de Dalida dans sa discographie française et une de ses plus belles pièces de collection. En 1959, Dalida était la grosse vedette maison chez Barclay. Il estime qu’elle avait le potentiel pour conquérir d’autres marchés. L’Italie étant déjà conquise, l’Allemagne restait possible. On lui fit enregistrer en allemand une version du premier tube de Sacha Distel « Scoubidou ». Le disque fut pressé en France pour l’exportation et comme ce ne fut pas à proprement parler un succès, il est de ce fait très rare.

Jean Philippe / Tu Es Mon Soleil, Toi. Le principal titre de gloire de Jean Philippe, sorte de crooner léger, fut de participer à l’Eurovision en 1959 avec « Oui Oui Oui », arrivé 3ème, dont il se fit un peu voler le succès par la version de Sacha Distel. Par la suite est de manière beaucoup plus obscure, il enregistra une version française du standard country « You Are My Sunshine » datant de 1939. Il a assez vite disparu de la circulation.

1961 – Nico Fidenco / Su Nel Cielo. Avant de devenir un compositeur de musiques de films très connu, il chanta tantôt en anglais, tantôt en italien, des compositions maison, dont celle-ci bien connue en Italie. Ici, elle fut ignorée, mais reprise en français par Dalida et Gray « L’Ange Noir » et ses Démons sous le titer « Ciel Bleu ». Dans sa version anglaise « What A Sky », on la retrouve dans le film italien « I Delfini » avec Claudia cardinale et Gérard Blain. C’est presque dommage que la version anglaise n’ait pas été choisie à la place de la version italienne, c’est quand même un truc à la Paul Anka et potentiellement plus attirant pour un yéyé français.

1964 – Eden Kane / Boys Cry. Eden Kane fut un chanteur très populaire en Angleterre dans la première moitié des années 1960. Trois disques de lui ont été publiés en France, deux chez Decca, un chez Fontana. Sur ce dernier on trouve « Boys Cry » qui inspira Richard Anthony pour l’un de ses plus gros succès « Les Garçons Pleurent ». Comme de bien entendu, l’original suscita peu d’intérêt de la part du public français. Le co-auteur de ce titre n’est autre que Tommy Scott, qui fut un peu plus tard le producteur du second album des Them et aussi le compositeur des fameux « Call My Name » et « I Can Only Give You Everything ». Il produisit aussi les fameux, mais très obscurs Wheels.

1954 – Leadbelly / Goodnight Irene. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la France édita en 1954 deux 45 tours EP du légendaire chanteur de folk Leadbelly, il est vrai sous l’appellation « classics in jazz » pour attirer le client, même si cela n’a pas grand chose à voir avec cette musique. Sur la premier figurait « Goodnight Irene », un classique folk, que Frank Alamo tourna en « Des Filles Et Des Garçons », une grosse dizaine d’années plus tard.

1968 – Sagittarius / My World Feel Down. Une perle psychédélique par un groupe qui n’existe pas, c’est un peu l’histoire de Sagittarius et « My World Feel Down ». Sous la houlette du producteur Gary Usher, quelques musiciens de studios sont réunis pour retravailler une titre enregistré en Angleterre par le groupe Ivy League, qui ne démérite pas. Mais cette refonte par Sagittarius en fait un monument qui flirte avec le « Pet Sounds » des Beach Boys. Le très connu Glen Campbell est le chanteur soliste de ce titre devenu une référence. Publié en France, il n’accrocha pas vraiment, toutefois Richard Anthony en profita pour l’enregistrer en adaptation « Tu Mens Si bien ».

1965 – Richard Anthony / I don’t Know Whart To Do.  Puisque j’ai mentionné Richard Anthony deux fois, attardons-nous encore un peu sur lui. Il fut l »un des yéyés qui tenta de s’exporter avec une certaine assiduité. Il ne réussit pas trop mal dans le genre et réussit même à obtenir de modestes classements dans les charts anglais. Il avait un avantage, c’est qu’il parlait anglais et pouvait chanter dans cette langue sans trop avoir l’air ridicule. Pour cela, il utilisa des chansons plutôt ciblées pour ce marché, sans trop essayer des versions anglaises de ses titres français. Quelquefois, elles étaient aussi publiées en France, mais personne ne s’attardait trop sur ces titres. En voici une, un original composé par un de ses musiciens avec des paroles anglaises de Richard Anthony. Il faut bien admettre qu’elle avait un certains charme.

1961 – Adamo / Poor Fool. Il est assez drôle de constater que certaines grosses vedettes ne semblent pas avoir passé par des débuts timides, du moins on occulte volontiers ce passage. Un bel exemple reste Adamo, qui enregistra ses premiers titres à partir de 1961, mais deviendra une grosse vedette que trois ans plus tard. Assez étonnamment, sur ses premiers enregistrements il chante, en français, en italien, en anglais, dans un joyeux mélange de styles, abordant même le twist. Tout ceci fut publié par Polydor, qui ne sut pas déceler son talent, à moins que lui-même le cherchait encore. Evidemment aux puces, c’est nettement plus difficile de trouver une copie datant de cette époque, que de n’importe lequel de ses grands succès.

1966 – The Zombies / Just Out Of Reach. Parfois les compagnies de disques aiment jouer à se faire peur. En 1965, les Zombies figurent dans le film d’Otto Preminger « Bunny Lake A Disparu », un thriller dans lequel une jeune fille a disparu, mais que personne ne semble jamais avoir vue. Le sous-titre de ce film pourrait être « Les Zombies Ont Disparu », car en réalité on ne les aperçoit qu’à travers un poste de télévision en second plan dans un bistrot. La bande sonore du film principalement interprétée par Paul Class est publiée par RCA  mais nous y trouvons aussi les trois titres que les Zombies interprètent dans le film et qui sont des compositions originales du groupe.  En France, un EP 4 titres est publié par RCA avec inclus les trois prestations des Zombies, plus un titre de la bande sonore. Les Zombies en principe enregistrent pour Decca. En 1965, Decca et RCA font partie du même groupe sur le plan français. Mais voilà que Decca reprend deux titres pour les publier en 45 tours, « Just Out Of Reach » et « Remeber You », ce qui fait quand même un peu double emploi. Même si on peut considérer que cela correspond  au 45 tours simple publié en Angleterre et que « Just Out Of Reach » est un truc génial, l’un et l’autre n’aidèrent pas le titre à décoller en France.

1962 – Jet Harris / Besame Mucho.  Aujourd’hui dans le monde des affaires, il arrive que l’on débauche un patron pour lui proposer un job plus lucratif ailleurs. Cela existe aussi dans le showbiz de diverses manières. Le cas le plus courant est qu’une maison de disques signe une grosse vedette enregistrant pour un concurrent. Barclay souffla Brel à Philips, mais quelques années plus tard, Philips souffla Mireille Mathieu à Barclay. Dans d’autres cas, on aime bien rappeler la connexion d’un artiste avec un autre comme support de lancement. Parfois c’est très ténu, x a rencontré y qui lui a conseillé d’enregistrer en le recommandant à Z. D’autres fois c’est un peu plus évident, il y a vraiment un lien que tout le monde peut connaître. En 1962, depuis deux ans, les Shadows sont le groupe no 1 en Angleterre. C’est alors que le bassiste et leader du groupe Jet Harris, décide de quitter ses copains. Il part un peu, mais il est aussi un peu viré, car l’entente n’est pas toujours au top entre lui est le reste du groupe. Il n’en reste pas moins que c’est un excellent musicien et un innovateur dans son style. Il est accueilli à bras ouvert par Decca, qui récupère ainsi un peu de l’aura des Shadows. Les choses vont assez vite, Jet Harris enregistre deux titres qui obtiennent un succès d’estime. Les choses vont aller encore plus vite quand Tony Meehan, le batteur et son ancien collègue des Shadows le rejoindra. Ce sera alors le fameux « Diamonds » composé par Jerry Lordan qui est aussi le responsable du fameux « Apache ». Le disque se permettra de détrôner les anciens partenaires à la première place du hit parade anglais. Quelques-uns de premiers essais de Jet Harris seront publiés sur un 4 titres en Angleterre qui sera aussi publié en France. Mais à l’époque bien peu de fans français, malgré le texte très explicatif au dos de la pochette, feront la liaison entre lui et son passé de Shadow. De ce fait, cette publication n’est pas toujours facile à dénicher. Dans son contenu on retrouve un version à la « Jet Harris » du fameux standard « Besame Mucho ».

1964 – The Tokens / Swing. Les Tokens sont connus internationalement pour avoir mis en forme « The Lion Sleeps Tonight » (Le Lion Est Mort Ce Soir). Leur carrière se poursuivra de manière plus centrée sur les USA, où ils demeurent assez populaires tout au long des sixties. Ils enregistrent des chansons dans divers styles et fondent aussi leur label BT Puppy sur lequel ils produisent d’autres artistes à succès, notamment les Happenings, Quelques-uns de leurs disque seront publiés en France, notamment un EP sur Vogue en 1964 avec comme titre principal « Swing ». Cette publication, bien que peu cotée, est une rareté absolue.

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En passant

c’est peu connu mais c’est plutôt bon.

La pléthore de production phonographique qui existe depuis les années 1950, regorge de choses peu connues ou inconnues, un artiste, une chanson, un label, tout peut charmer. Parfois le parcours pour arriver à vos oreilles ou encore dans vos mains est digne d’une enquête policière, sans qu’elle soit toujours résolue. Il est clair que seul un très petit pourcentage sera visible, les médias restant encore la carte d’atout qu’il faut abattre au bon moment. Les grosses compagnies discographique au temps du vinyle pouvaient prendre plus de risques, de temps en temps un tube qui se vendait bien compensait les pertes de ce qui ne se vendait pas. Un tirage de test ou de promotion à quelques centaines d’exemplaires était suffisant. Si la demande suivait ou si les radios diffusaient le truc, on assurait derrière. Les collectionneurs le savent bien, ce sont surtout parmi ces disques peu diffusés qu’il vont rechercher les pièces de grande valeur, pour autant qu’elles aient fait leurs preuves par la suite. A côté, il y a les petits labels, les pressages privés, qui peuvent parfois offrir des perles musicales. Là encore, le temps qui passe peut attirer l’attention des collectionneurs, la demande multipliée par la rareté fera monter les prix qui peuvent atteindre de sommes folles. Par exemple, l’album de Music Emporium, un groupe psyché US qui publia un album sur le petit label Sentinel en 1969 peut dépasser les 3500 euros pour une copie. N’allez pas croire que cela n’existe que pour la musique moderne, la musique classique a des copies qui peuvent atteindre 10000 euros. Inutile de vous précipiter aux puces pour acheter toutes les disque classiques que vous trouverez, la règle est la même, seul ce qui est rare et recherché a de la valeur. D’ici à ce que vous tombiez sur la pièce rare, vous ferez peut être des milliers de kilomètres et c’est sans garantie.

Voici une sélection de titres ou d’artistes qui passèrent pas mal inaperçus au temps de ce qui aurait dû être leur heure de gloire. Il se peut que vous en connaissiez l’un ou l’autre. Ces titres en édition originale n’ont pas forcément une valeur marchande, mais c’est pour le moins plaisant à écouter. J’en ai déjà proposés certains par le passé.

Puisque j’en ai parlé ci-dessus, commençons par Music Emporium. Ce groupe de la West Coast, moitié masculin, moitié féminin, balançait entre le planant et le plus hard. C’est bien roulé !

En 1967, le label Elektra publie un album que l’on peut considérer comme un des premiers disques de pop électronique. Sous le houlette du compositeur Mort Garson, le disque propose 12 titre liées au signes astrologiques, avec une petite narration des tendances qui sont sensées se rapporter à la personnalité du signe concerné. Musicalement, c’est superbe et planant. Voici le titre qui concerne le signe de la Vierge.

The Shakespeares, groupe originaire de Rhodésie, vint tenter sa chance en Europe. En 1968, en France et en Belgique sort ce titre « Burning My Fingers »qui fut  « meilleur disque pop de la semaine » à l’émission Bouton Rouge sur l’ORTF. C’est très plaisant et original.

Si cette chanson des Beatles « I Want To Hold Your Hand » était reprise par ZZ Top cela donnerait à peu près ceci. Ici ce sont les Moving Sidewalks en 1968. Petite chose à savoir, dans ce groupe à la guitare figure Bill Gibbons sans sa longue barbe, un peu avant de fonder le fameux trio.

Les Falcons groupe alsacien des années 60 et 70 se débrouillait plutôt bien. Ils sont responsables d’un rarissime EP en 1967 avec 4 originaux, qui est pour moi une des rares disques français à avoir un authentique esprit garage. Par la suite, il sont signés par le label allemand Hansa et sortent un album en 1971, pas si mal torché avec une jolie version pop du standard « Fever ».

Un autre groupe français que je classe aussi dans l’esprit garage, les Senders, ce sont des Normands. Publié par le fameux label DMF, « Good Stark » est à l’évidence une pépite du genre. C’est plus beau que n’importe quel disque de Sheila !

C’est un disque que j’avais trouvé lors de vacances en Italie en 1974, chez un petit disquaire local. Ce n’est rien d’autre qu’une adaptation de « Dies Irae » mis en forme par les Mec Op Singers en Belgique. Hasard, mais pas trop sans doute, c’est le même label qui publia l’original sous licence. Cette reprise de 1967 est faite par Andrea Giordano, qui est aussi acteur, avec les Samurai.  Ce disque a aussi été pessé en France la même année. Un peu plus tard, le groupe Formula 3 a refait une autre version, très pop, avec des paroles différents, ainsi que le groupe suisse Shiver, « Hey Mr Holyman » ainsi que Kiss Inc. Pas de raison de se priver, c’est dans le domaine public pour la musique.

Dans le même style et lors d’un autre voyage en Italie, j’ai mis la main sur celui-ci. C’est le même principe, de la musique religieuse arrangée en beat en 1966. C’est avant la fameuse messe des Electric Prunes. Le groupe est I Bumpers et le titre « Sanctus ». Il y en a qui allaient chasser le lion en Afrique, moi j’allais chasser le disque en Italie, c’est bien plus paisible.

Ici ce n’est pas à proprement parler un artiste peu connu, mais un titre particulier, vous verrez pourquoi. Lorsque j’ai découvert cet album italien des Yardbirds que je n’avais pas, je l’ai bien évidemment acheté. Arrivé à la maison, j’ai découvert quelque chose d’intéressant, deux titres avaient des version complètement différentes des versions que je connaissais et que l’on trouve dans la discographie normale. L’une est « I Wish You Would », version beaucoup plus longue et « A Certain Girl » bien différente de l’autre, C’est une erreur, car ces versions n’étaient pas destinées à être publiées. Le fan mordu n’y trouva pas son compte, car pendant des années, avec un album canadien qui les présente aussi, ce fut le seul moyen de mettre la main dessus. Autant vous dire que ces deux albums sont plutôt recherchés. Je vous propose ici le version différente de « A Certain Girl », les « no » que vous entendez dans le titre sont dits par Giorgio Gomelsky, le producteur du groupe.

Noel Redding fut le batteur de Jimi Hendrix Experience. Quand il quitte le groupe il rejoint Fat Mattress, un quatuor un peu folk, un peu pop, qui enregistre son premier album en 1969. Evidemment cela a moins de retentissement que son passage chez Jimi Hendrix, mais cela n’est pas à dédaigner pour autant. Un extrait de cet album « Moonshine ».

The Tell Stars, c’est un groupe belge qui enregistra un single, un original et une reprise, sur le label belge Hebra. C’est une tendance r’n’b assez marquée. Une pièce qui a l’air d’intéresser les collectionneurs qui acceptent de mettre 100 euros pour une copie. Honnêtement, à part la copie que je possède, je ne l’ai jamais vu ailleurs.

Dans les années 70 et 80, il y avait une secte basée sur les philosophies hindoues qui vous abordait dans la rue et vous proposait des albums à la vente, publiés par le label Lotus Eye en Suède. J’en ai acheté un pour voir et en l’écoutant à la maison, je suis tombé sur le cul. Si la musique a parfois un petit air oriental, c’est avant tout de la pop très efficace, musicalement et vocalement bien foutue, un régal et un super guitariste. Alors voici Rasa et le titre « Awash ».

 

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