En passant

Inventaire musical à la Prévert (48)

Ce qui est le plus éparant durant les sixties, c’est l’apparition de groupes qui ne ressemblent à rien de ce que l’on connaissait avant. Avec les Troggs courant 1966, on ouvre évidemment un nouveau chapitre. C’est un nouveau son, une rythmique assez basique, dans laquelle on peut entendre quelques prémices du punk. Il y a aussi une nouvelle manière de présenter les textes, on aborde une approche de la sexualité un peu plus délurée, c’est un peu fini des amours paisibles et romantiques. Deux succès de l’époque en témoignent, le premier « Wlid Thing » peut encore passer pour modéré, mais avec leur troisième tube « I Can’t Control Myself » là on est assez loin loin de la poupée qui dit non, elle n’en aura pas le temps. La chanson fut interdite de diffusion dans bien des endroits, ce qui ne l’empêchera pas d’être un succès comme les deux titres précédents. On retrouvera la même principe en 1973 avec « Strange Movies », allusion à un film porno, dans lequel le chanteur Reg Presley émet des halètements qui ne semblent pas le résultat d’une course de marathon. Mais 1966, c’est aussi la parution de leur premier album « From Nowhere », excellent comme les suivants. On y trouve une mixage de reprises et d’originaux, dont leur premier tube, qui tiennent bien la route. Le problème principal que peut rencontrer un collectionneur est le fait que selon les pays, cet album, et même les suivants, est composé de titres différents. La raison principale est que les enregistrements furent faits sur le label Page One, label monté par le producteur Larry Page (qui fut aussi celui des Kinks au début), et que les les labels de distribution variaient d’un pays à l’autre. Cela c’est le bon droit des producteurs indépendants qui cherchent la meilleure offre sérieuse ou financière pour concéder les droits de licence. Une chose que j’adore chez les Troggs, de même que chez les Kinks, les publications sont remplis de faces B, des titres secondaires, qui sont autant intéressants que les grands succès. Pour cette raison, je vais reprendre l’album anglais dans sa version originale, mais je vais vais y ajouter les titres qui figurent sur l’édition allemande et qui ne figurent pas sur l’anglaise. Les Troggs basèrent amplement leur succès sur les excellentes compositions du chanteur Reg Presley, mais de temps en temps ils aiment aussi les reprises et se débrouillent assez bien dans le genre. Le groupe a survécu jusqu’à aujourd’hui dans des formations variées, avec des périodes creuses, rompues par relents de succès. le dernier véritable album date de 1992. Aujourd’hui, deux des membres originaux sont décédés, Ronnie Bond et Reg Presley. Le seul membre original encore présent est le guitariste Chris Britton, mais il a entamé une semi retraite et apparaît dans les concerts occasionnellement.

Wild Thing
The Kitty Cat Song, reprise de Lee Dorsey
Ride Your Pony, aussi reprise de Lee Dorsey
Hi Hi Hazel
I Just Sing
Evil
Our Love Will Still Be There
Louie Louie, reprise de Richard Berry / Kingsmen
Jingle Jangle
When I’m With You
From Home
Jaguar And Thunderbird, reprise de Chuck Berry

Titres apparaissant sur l’album allemand mais ne figurant pas sur l’album anglais.

Lost Girl
Your Love
The Yella In Me

Durant les sixties, la discographie française de distingua par le nombre impressionnant de publications qui furent faites sous la forme de EP, c’est à dire quatre titres, deux par face. Le principe de base était un peu mercantile, on vendait deux fois plus de marchandise sur la réputation d’un titre principal ou d’un succès, le 45 tours simple avec deux titres était réservé à la promotion et aux jukeboxes. L’avantage principal de ces EP’s demeurait dans le fait que ces éditions étaient présentées dans une pochette avec le plus souvent une photo de l’artiste et un emballage cartonné et plastifié plus résistant à l’épreuve du temps. L’Angleterre et les USA eurent beaucoup moins recours à ce genre de publications. Le plus souvent, la règle était le 45 tours simple emballé dans une simple pochette à trous permettant de voir l’étiquette du disque. Aujourd’hui ces fameuses disques EP’s français, surtout ceux concernant des artistes étrangers, sont recherchés par les collectionneurs du monde entier car ils sont uniques dans leur genre et peuvent parfois atteindre des sommes folles s’ils sont très rares. Au fil des semaines, je vous en présenterai quelques uns parmi ceux qui attirent justement les collectionneurs. Ils seront présentés avec la pochette, éventuellement avec un scan de ma collection personnelle si je ne trouve rien de satisfaisant, les titres qu’ils contiennent, et le plus haut prix atteint par une enchère sur Ebay.

Quand on discute entre collectionneurs avertis et que l’on cite un artiste, il peut y avoir une liste de dizaines de références qui peuvent venir à l’esprit. C’est le cas pour les Beatles ou les Rolling Stones. Pour les Montanas, il n’y en a vraiment qu’une, celle du EP français. Cette formation anglaise n’a jamais vraiment accaparé les premières places du hit parade. Ils se firent néanmoins une réputation sur scène et furent assez bien programmés par les radios pirates, leur permettant de vendre quelques disques. Leur style est plaisant, mais ils ne s’inscrit pas non plus dans la révolution musicale qui pointa vers le milieu des sixties. Leur deuxième single offre pourtant une notable exception. Ils reprennent une obscurité d’un groupe garage punk US, les Grains Of Sand. Le titre en question « That’s When Happiness Began » est une composition d’un duo assez connu, Don & Dick Addrisi. La version des Montanas est toute pétillante et contient de la fuzz guitare. Le titre se démarque passablement du reste de la production du groupe. En France, Vogue tenta la publication d’un EP qui rassemble les deux singles anglais. C’est d’ailleurs l’un des rares pays où les premières publications furent éditées. Il ne s’en vendit pas des tonnes, et c’est la seule publication d’époque où l’on peut contempler une photo du groupe. Le groupe exista jusqu’en 1975 et verra même des titres classés modestement dans les charts américains. Mais c’est bien cet EP qui constitue la pièce la plus recherchée des collectionneurs.

The Montanas – Vogue – Pye PNV 24179, publié en 1966, meilleure enchère sur Ebay 431 euros.

That’s When Happiness Began
Goodbye Little Girl
All That Is Mine Can Be Yours
How Can I Tell
En passant

Dimanche en quelques manches d’été (5)

Des compositeurs américains et un d’ici…

Jeff Barry & Ellie Greenwich, un célèbre duo de compositeurs américains. Mari et femme, une nombre impressionnant de leurs chansons sont encore dans toutes les mémoires. Ils composèrent essentiellement pour des artistes noirs. Ellie Greenwich est morte d’une crise cardiaque en 2009,

The Four Pennies (Chiffons) – When The Boy’s Happy
The Crystals – Da Doo Ron Ron
Darlene Love – Christmas
The Ronettes – Be My Baby
The Exciters – Do Wah Diddy Diidy
The Dixie Cups – Chapel Of Love
The Raindrops – Hanky Panky
The Crystals – Then I Kissed Me
Ike & Tina Turner – River Deep Mountain High

Jean Renard, chanteur, il est surtout célèbre pour avoir composé un tas de tubes pour des artistes français. Alors qu’il essayait de se faire un nom comme interprète en 1963, une chanson qu’il avait déposée à la SACEM, attira le curiosité des Américains qui l’adaptèrent en anglais (« Losing You »), et la firent chanter par Brenda Lee. La chanson eut une carrière internationale et se classa no 2 aux USA.

Brenda Lee – Losing You
Françoise Hardy – Le Premier Bonheur Du Jour
Sylvie Vartan – La Maritza
Eddy Mitchell – Je T’en Veux D’être Belle
Herbert Leonard – Pour Etre Sincère
Dick Rivers Brother Jack
Johnny Hallyday – Que Je T’aime
Monty – Ca Te Fait Rire
Johnny & Sylvie – J’ai Un Problème
Jeane Manson – a Chapelle De Harlem
En passant

Inventaire musical à la Prévert (47)

Ah ces sixties, quelle richesse et belles explorations qu’elles nous ont léguées ! Dans un article précédent, je vous avais présenté les Byrds, groupe qui maria le folk et l’électricité. Kaleidoscope est un groupe américain qui poursuivit le même genre de démarche, mais en innovant au niveau des sources. On peut les considérer comme des pionniers de la world music. Les USA sur le plan musical ont été pendant longtemps assez nombrilistes musicalement. Ils ont une bonne excuse, car pendant plusieurs siècles, ils ont dû assimiler toutes les racines musicales venues de l’Europe et de l’Afrique, ce qui se mua en jazz, en blues, en country, latino. Quand on décortique les chansons folk plus ou moins traditionnelles, on retrouve des traces assez typiques de musiques latines, germaniques, et bien évidemment anglaises. Dans la musique country, on entend parfois quelque chose qui ressemble fortement à du yodel ou encore des traces de musique classique dans d’autres genres. Par contre, la musique arabe, orientale, yiddish, est pratiquement absente. On en trouve quand même quelques traces qui passèrent presque complètement inaperçues pour leur origines, comme le célèbre « Misirlou » de Dick Dale qui est une mélodie d’origine grecque. La jeunesse d’alors très « Peace and Love » était très ouverte d’esprit musicalement et même racialement, toutes les moyens d’expressions et gens venus d’ailleurs étaient les bienvenus.
Kaleidiscope fut avec « Side Trips » en 1967, un des premiers groupes qui publia un album de musique pop allant à la rencontre d’autres racines. On retrouve sur ce disque des ambiances arabes, orientales, celtiques, tout en remettant à l’honneur les vieux trucs américains. On peut entendre une version folk de « Minnie The Moocher » de Cab Calloway ou encore quelque chose qui ressemble à de la musique de saloon.
La chose ne fut possible que par la virtuosité des membres, certains multi-instrumentistes, avec des instruments peu courants dans la tradition américaine. On retrouvera les musiciens par la suite dans diverses activités musicales, à la séparation du groupe en 1971 après quatre albums. Le plus connu, David Lindley, travailla avec une multitude de stars. La parution de cet album ne suscita pas l’enthousiasme des foules, mais il intéressa de nombreux curieux, sans doute attirés par le dessin de la pochette où figurent des instruments qui ne ressemblent pas tellement à une guitare Fender ou Gibson. La légende du groupe a malgré tout bien survécu. On découvre ou redécouvre ce qui fut considéré par quelques uns comme l’effort musical le plus original de 1967. Le reste de la discographie est également intéressant à plus d’un point. Personnellement, je préfère écouter ça que du rap et je le fais depuis très longtemps. A noter : ne pas confondre ce groupe avec un homonyme anglais de la même époque.

Egyptian Gardens
If The Night
Hesitation Blues
Please
Keep Your Mind Open
Pulsating Dream
Oh Death
Come On In
Why Try
Minnie The Moocher
Elevator Man
Little Orphan Nannie

Un joli document sonore enregistré au Newport Folk Festival en 1968. On peut entendre : introduction / 02:00 Hello Trouble / 04:54 Oh Death / 17:07 Présentation / 17:58 Taxim. Le dernier morceau « Taxim » est un de leurs titres phares figurant sur leur second album, un instrumental très planant et très oriental. C’est d’une qualité sonore très bonne.

Autre document sonore en live au Berkeley Folk Festival en 1967. Oh Death / 5:54 Taxim / 13:18 Egyptian Gardens. C’est aussi de bonne qualité, un poil de moins mais très écoutable.

Durant les sixties, la discographie française de distingua par le nombre impressionnant de publications qui furent faites sous la forme de EP, c’est à dire quatre titres, deux par face. Le principe de base était un peu mercantile, on vendait deux fois plus de marchandise sur la réputation d’un titre principal ou d’un succès, le 45 tours simple avec deux titres était réservé à la promotion et aux jukeboxes. L’avantage principal de ces EP’s demeurait dans le fait que ces éditions étaient présentées dans une pochette avec le plus souvent une photo de l’artiste et un emballage cartonné et plastifié plus résistant à l’épreuve du temps. L’Angleterre et les USA eurent beaucoup moins recours à ce genre de publications. Le plus souvent, la règle était le 45 tours simple emballé dans une simple pochette à trous permettant de voir l’étiquette du disque. Aujourd’hui ces fameuses disques EP’s français, surtout ceux concernant des artistes étrangers, sont recherchés par les collectionneurs du monde entier car ils sont uniques dans leur genre et peuvent parfois atteindre des sommes folles s’ils sont très rares. Au fil des semaines, je vous en présenterai quelques uns parmi ceux qui attirent justement les collectionneurs. Ils seront présentés avec la pochette, éventuellement avec un scan de ma collection personnelle si je ne trouve rien de satisfaisant, les titres qu’ils contiennent, et le plus haut prix atteint par une enchère sur Ebay.

C’est un goût tout à fait personnel, mais dans l’histoire de la musique il y a trois producteurs qui ont retenu toute mon attention. Le plus célèbre est Phil Spector, Joe Meek pour l’Angleterre, et un autre américain George « Shadow » Morton. Ce dernier est bien évidemment lié avec ce qui fut sa réussite la plus éclatante, les Shangri-Las. Il officia à ses débuts pour le label Red Bird, label fondé par le duo de compositeurs immensément célèbre, Jerry Leiber et Mike Stoller. En 1964, il signa le groupe qui devait faire sa gloire, les Shangri-Las. En fait ce sont les parents qui signent car ces demoiselles sont mineures. Pour ceux qui ne connaissant pas, précisons que ce sont deux fois deux soeurs dont une paire de jumelles. L’idée de Morton, du moins on peut le penser, est de faire de faire du Phil Spector avec des filles de race blanche. En effet, Spector n’a principalement produit que des artistes noirs durant sa période la plus glorieuse. A l’écoute, la différence ne sera pas trop visible, car le vocal des Shangri-las sonne assez noir. Une des spécialités de Morton sera d’introduire une ambiance sonore dans ses enregistrements, cris d’oiseaux, de motos, bruit de locomotive. Mais cela ne sera qu’un atout de plus, car c’est un génial travailleur de son comme Spector, un de ces producteurs que l’on peut identifier à l’empreinte sonore qu’il laisse dans ses enregistrements. Le succès viendra vite avec Remember » et surtout « Leader Of The Pack ». Voilà un résumé pour l’essentiel.
La France enchaîna bien entendu la publication des succès pour le marché national. Il y a quatre EP’s qui furent publiés avec les succès américains. En réalité seuls les deux derniers sont uniquement consacrés aux Shangri-Las, les deux autres présentent d’autres artistes du label, deux groupes noirs. La France, toujours dans le coup, bouda passablement ces publications, préférant les plus pâles adaptations des deux plus gros succès, Richard Anthony (Souviens-toi l’été dernier) pour « Remember » et surtout Frank Alamo « Le chef de la bande) pour « Leader Of The Pack ». Au niveau de la rareté, les deux premiers avec les gros succès sont un plus courants, le deux derniers sensiblement plus rares. Pour les enchères cela se tient dans un mouchoir de poche, les deus premiers attirent pour les succès, éventuellement pour les autres artistes partageant la publication, les deux derniers pour leur rareté et éventuellement les pochettes où les groupe apparaît plus à son avantage pour la photo. Elles ne sont d’ailleurs plus que trois, ayant perdu une des filles en route. Je m’arrêterai sur le quatrième, qui pour moi est le mieux illustré au niveau photo, celui qui attire le plus le regard, il est vrai qu’elles sont plutôt jolies. Il présente aussi un de leurs plus fameux titres « I Can Never Go Home Anymore », adapté en français (Jamais tu ne la reverras) par Ginette Reno dans une version qui n’est pas inoubliable.

The shangri-Las – Red Bird RBEV 28009, publié en 1966, meilleure enchère sur Ebay 285 euros.

I Can Never Go Home Anymore
The Train From Kansas City
Bulldog
Right Now Not Later

Le titre n’apparaît dans la discographie française, mais une bel essai fut « Past Present Future », qui se base sur la « Sonate Au Clair De Lune » de Beethoven. Le voici.