The Andrews Sisters – Raz-de-marée dans les 40’s

andrew sistersDe nos jours, musicalement, il nous semble que beaucoup plus d’artistes noirs ont obtenu le statut de légende avant 1950. C’est en grande partie vrai et pour la bonne raison que la musique que nous écoutons maintenant, le blues, le rock and roll, la soul, sont directement dérivés de l’apport des noirs et de leurs traditions musicales ancestrales. Pourtant quelques artistes typiquement blancs parviennent à se glisser dans cette suprématie, surtout en recyclant la musique noire, il est vrai. Benny Goodman, Glen Miller sont les plus connus, mais on peut leur opposer la grande gloire que connut un trio vocal féminin, les Andrews Sisters.
Les soeurs Andrews, ce sont LaVerne Sophia (1911-1967) contre-alto; Maxene Angelyn (1916-1995) soprano; Patricia Marie (1918-) mezzo-soprano. Le groupe est fondé vers le milieu des années 20. Avant leur avènement, elles chantent et sont imitatrices dans diverses formations, elles font aussi du vaudeville. Ce n’est qu’en 1937 qu’elles obtiennent leur premier grand succès « Bei Mir Bist Du Schon », l’adaptation d’un air yiddish. Il s’en vendra un million de copies et elles seront le premier groupe féminin a obtenir un disque d’or. Pendant plus de dix ans le succès ne les lâchera pas, elles seront immensément populaires et se produisent avec les plus grands noms de l’époque, notamment Bing Crosby avec qui elles enregistrent. Nombre de leurs chansons sont ancrées dans les mémoires « Boogie Woogie Bugle Boy », pour n’en prendre qu’une. On les verra au cinéma et un peu partout spécialement durant la seconde guerre mondiale ou elles seront un emblème pour l’effort de guerre. A partir de 1953, le groupe se dissout et se reforme au gré des évènements, fâcheries et réconciliations. A la mort de l’ainée en 1967, les choses seront plus calmes, bien que les survivantes n’abandonnent pas tout à fait. Elles sont remises à la mode par Bette Midler qui reprend « Boogie Woogie Bugle Boy ».
Le grand mérite des Andrews Sisters est d’avoir créé un style vocal qui fait encore référence aujourd’hui. Toujours imité, jamais égalé, est une formule qui convient bien. L’appellation de swing est faite pour elles, bien qu’elles savent aussi chanter à merveille des chansons plus lentes et romantiques. Leur succès est comparable à ce que sera la beatlemania vingt ans plus tard. Il inclut non seulement la musique, mais aussi le reste, les prémices de la pinup, le spectacle de cabaret et tout ce qui peut faire le bonheur des rêveurs qui les écoutent au clair de lune.



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Bobby Troup en route pour la 66

Bobby Troup est ne en 1918 en Pennsylvanie. Il se destine à une carrière de musicien en potassant les touches de son piano. Dès ses premières intrusions dans la musique au début des années 40, ce sera surtout comme compositeur qu’il sera remarqué. En 1941, il obtient un succès local avec une chanson qui s’appelle « Daddy ». Elle obtiendra un no1 national avec la version Sammy Kaye et elle figurera aussi au répertoire de Glenn Miller. La même année, Frank Sinatra mettra dans son répertoire une autre de ses chansons « Snootie Little Cutie ». Appelé par les obligations militaires, bien que blanc, il devient capitaine dans une unité de soldats entièrement noire. Dans une Amérique où le problème raciste n’est pas encore résolu, il se démarque par une sorte d’anticonformisme et organise son groupe de manière à rendre la vie plus agréable. Ses hommes construisent un night club, un terrain de basket et même un parcours de golf. Les activités musicales et sportives qu’il organise font que bientôt tous les blancs du camp viennent se distraire avec les noirs. Tout au long de sa carrièreil ne fera pas de différence entre les races, ses compositions s’adresseront tant à l’un qu’à l’autre.
En 1946, il marque un grand coup en composant sa plus célèbre chanson, « Route 66 ». Il semble que c’est sa première femme Cynthia qui lui suggère le titre. Cette chanson va devenir une institution dans la vie américaine qui prise les déplacements en voiture. Cette fameuse route va de Chicago à Los Angeles sur près de 3000 km. La chanson narre les principales villes et étapes que l’on peut rencontrer tout au long. C’est Nat King Cole qui la crée la même année. Depuis les versions ne se comptent plus, tout le monde la veut à son répertoire ou presque. Pour la génération suivante, ce sera surtout la version des Rolling Stones, à leurs débuts, qui entrera dans leurs oreilles. Bobby enregistre aussi ses propres disques, mais il seront loin d’atteindre la notoriété de ses compositions, comme pas mal d’autres compositeurs, Burt Bacharach par exemple. Qu’à cela ne tienne, en 1955, il produit le célèbre « Cry Me A River » enregistré par Julie London qui sera sa future femme cinq ans plus tard. En 1956 il est pressenti pour composer la musique d’un film qui va enflammer les teenagers qui s’adonnent au rock and roll « The Girl Can’t Help iT ». Cette comédie réalisée par Frank Tashlin est surtout intéressante par la présence de la pulpeuse Jayne Mansfield. Plus encore le film voit défiler quelques vedettes d’alors, mais surtout Little Richard, qui interprète le générique, mais aussi Eddie Cochran, Gene Vincent et ses Blue Caps, Fats Domino, les Platters et les Treniers. On retrouve également Julie London et son tube et aussi un certain Nino Tempo, qui va devenir une assez grande vedette plus tard. Même si le film n’est sans doute pas un chef d’oeuvre inoubliable, c’est un bon document sur l’époque.
Le compositeur continuera d’apporter ses contributions au fil des ans, Miles Davis en autres, et pour les musiques de séries tv. Mais c’est plutôt comme acteur qu’il réussira le mieux. On le verra dans la série Dragnet, on l’apercevra dans M.A.S.H. et plus tard dans la célébre série « Emergency » au début des seventies avec sa femme Julie. Il est décédé une année avant sa femme en 1999.
Bobby Troup fut et reste un personnage à part dans le monde de la musique. Tout le monde connaît au moins une de ses chansons, mais le personnage se cache un peu derrière elle. Ses propres interprétations n’ont pas vraiment trouvé grâce auprès du public et c’est un peu dommage. Mais s’établir comme un compositeur renommé, n’est pas rien. C’est même indispensable à la survie de la musique.

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L’ après-guerre de Jacques Helian

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Après la dure période de l’occupation, où l’on risquait une descente de la gestapo pour avoir écouté du jazz, il ne se passait pas grand chose pour les amoureux de musique. Tous les artistes qui cartonnaient avant 1940 avaient dû plus ou moins mettre leur carrière en berne. Tout restait à recréer. Pour certains, comme Edith Piaf ou Charles Trenet, tout allait redémarrer assez vite et ils créeront même quelques unes de leurs plus célèbres chansons. Il y avait, si l’on peut dire, de la place. Le plus célèbre orchestre français d’avant-guerre, celui de Ray Ventura tenta bien sûr le coup, en revenant d’un exil un peu forcé. Celui qui réussit le mieux son coup, reste Jacques Helian.
Ce n’est pas à proprement parler un débutant. Né en 1912, il fit partie, entre-autres, de l’orchestre de Ray Ventura. Jouant du saxophone et de la clarinette, il a fait ses classes avec son beau-frère, le futur grand chef d’orchestre Raymond Legrand et père de Michel Legrand. En 1939, il est soldat et fait plus tard prisonnier. Libéré en 1943, il monte son propre orchestre, qui fera ses débuts à la radio. Très vite, il enregistre des airs qui vont devenir célèbres comme « Fleur De Paris ». Parmi les faits les plus évidents, son orchestre voit défiler son lot de futures personnages très populaires comme Zappy Max ou Ginette Garcin. Le style de Jacques Hélian importe dans une certaine mesure le swing des USA, mais son répertoire est aussi teinté de musiques plus exotiques ou romantiques à la manière latine. Les chansons humoristiques ne sont pas absentes non plus. Il est vrai que dans le contexte de l’époque, on regarde moins à la perfection du style, les puristes ne sont pas légion. On veut surtout s’amuser, et l’orchestre répond tout à fait à cette demande. Il créa néanmoins deux chansons qui resteront très célèbres. L’une est le fameux « C’est Si Bon » reprise par une pléiade d’artistes. L’autre fait partie d’un domaine plus proche de la chanson scout, qui n’a pas chanté ou entendu quelques couplets de « Etoile Des Neiges », qui lui rapporta d’ailleurs un disque d’or. Pendant une dizaine d’années, il fut immensément populaire, surtout à travers la radio, très écoutée. Peu de personnes possédaient de quoi écouter les 78 tours, qui étaient la panacée des années 40. Il apparut aussi dans quelques films. Son étoile pâlira peu à peu, remplacée par des musiques plus dirigées vers les artistes solistes et l’émergence de la chanson française traditionnelle. Il meurt en 1986.
En résumé, Jacques Hélian fut une passerelle entre une musique qui avait usé à doses modérées le swing cher à certains et une musique populaire de bon aloi. Il est plus une référence pour les passionnés de chansons légères que comme un importateur du jazz
en France.

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