En passant

Bas nylons et petites nouvelles 1939

Nous sommes en octobre 1939, la guerre est officiellement déclarée, officieusement ça fait pas sérieux. En France, et à plus forte raison à Paris, on n’en voit encore pas trop les effets. Même avec une bonne paire de jumelles depuis le haut de la Tour Eiffel, on n’aperçoit pas le moindre uniforme allemand. Et puis on a la fameuse Ligne Maginot, réputée invincible comme fut déclaré insubmersible le Titanic. On sait aujourd’hui ce que valait cette affirmation, mais en automne 39 il faudra encore attendre quelques mois pour en vérifier la valeur. Bien entendu l’armée est mobilisée, elle est massée aux endroits stratégiques. Plus l’on en éloigne, plus la vie se fond dans une certaine insouciance. A ce titre Paris est bien la capitale. Il y a certes quelques perturbations dans la vie quotidienne, mais on fait avec. On s’amuse encore, il y a les théâtres, les cinémas, les journaux paraissent et même on brocarde un certain Adolf. Dans une certaine chanson, il sera même question que les blanchisseuses aillent pendre leur linge sur une certaine ligne Siegfried. Le célèbre magazine Détective parait toujours et s’occupe toujours d’affaires criminelles. Une rubrique du journal, tenue par une femme, passe en revue quelques faits divers légers et cocasses, Voici des extraits de cette rubrique datant d’octobre et novembre 1939. Visiblement, on a encore envie de rire.

Il Travaille Du Pinceau

Une de ces fameuses chansons qui brocardait Hitler « Il Travaille Du Pinceau », enregistrée en 1938. Il n’est pas nommément cité, mais tout le monde sait qu’il fut artiste peintre. Elle est interprétée par Georgius, un chanteur populaire dans les années 30. Il est encore connu pour sa célèbre chanson « Au Lycée Papillon ». Cela ne lui valut pas d’ennuis pendant l’Occupation puisqu’il continua de chanter, mais lui fut reproché à la Libération. Interdit de scène pendant un an, il se mua en auteur de polars pour la Série Noire sous le nom de Jo Barnais. Il mourut en 1970

On Ira Pendre Notre Linge Sur La Ligne Siegfried

Cette chanson très populaire durant l’Occupation mais en sourdine, a été popularisée en France par Ray Ventura et ses Collégiens. Contrairement à ce que l’on croit, il s’agit de l’adaptation d’une chanson anglaise au titre équivalent. Ray Ventura fut une star dans les années 30 et son orchestre comprenait des futures vedettes comme Henri Salvador. Il fut un de ceux qui contribua à populariser le jazz en France. Bien plus tard, le compositeur original de la chanson Michael Carr, offrit deux succès aux Shadows avec « Man Of Mystery » et « Kon Tiki ».

En passant

Bas nylons et un bavard

Et un avocat, un !

Si vous avez suivi un tant soit peu les grandes affaires criminelles du siècle passé, il y a un nom qui revient souvent, celui de Moro-Gaffierri. C’est un avocat né en 1878 et mort en 1956, il fut aussi un homme politique. Mais c’est bien son rôle d’avocat qui le rendit célèbre. Il apparaît comme défenseur dans des causes célèbres, Dieudonné de la bande à Bonnot, Landru, Seznec, Stavisky, pour ne citer que ces quatre. Son talent oratoire est reconnu, de même que celui de se faire plutôt avocat des déshérités. Profondément anti-nazi dès la première heure, il a une véritable aversion pour Goering et parle de terreur hitlérienne. Durant l’invasion allemande, il se réfugie en Corse pour ne pas être déporté.
La revue Détective fondée en 1928, par les frères Kessel se voulait alors un journal un peu de contre pouvoir envers la justice. Il n’hésite pas à mettre en évidence des cas où elle n’apparaît pas toujours impartiale. D’un autre côté on lui reproche son côté un peu voyeur, Kessel rétorqua que l’information vaut mieux que le silence. Il est vrai que les affaires criminelles qui arrivaient dans les journaux étaient souvent relatées de manière partiale pour les gens de rien, mais tout autant pour les ennemis politiques d’un autre bord. A la différence des autres journaux de faits divers, on ne se contente pas de relayer l’info, on la commente, on mène l’enquête, et ceci par des journalistes qui connaissent bien le sujet. Dans les premiers numéros, le journal consacre des articles aux célèbres avocats, mais pas tellement quand ils plaident devant la cour, plutôt dans la vie de tous les jours et le côté face de leur métier. Voici celui sur le fameux avocat dans un numéro de 1929.

Durant le procès de Landru

En 1929, la radio aurait pu diffuser…

Mistinguett – Il M’a Vue Nue

Jimmy McHugh & Dorothy Fields – I Can’t Give You Anything But Love, Baby

Duke Ellington – The Mooche

En passant

Bas nylons et dernier jour

C’était il y a cent ans

Que se passait-il il y a pile 100 ans le 31 décembre 1921 ? Rien de mieux que d’aller fouiller les journaux d’époque. J’ai choisi le célèbre Gaulois, nom que l’on entend souvent dans la série télévisée Les Brigades du Tigre : « Demandez Le Gaulois, nouveau coup de la bande des Charbonniers ! ». Ce journal qui parut de 1868 jusqu’en 1929, puis fut repris par Le Figaro, connut une véritable popularité. Au gré des évolutions de la société, il peut se ranger dans diverses tendances politiques notamment anti-républicain, il fut avant tout un journal bourgeois. N’utilisant que peu les sources officielles, il fit ses propres investigations et enquêtes.
Ce dernier numéro de l’année parle assez peu de politique, il y est fait toutefois mention du retard des livraisons du coke allemand qui prennent du retard. Rappelons que ces livraisons font partie des indemnités de guerre que l’Allemagne doit à la France suite au traité de Versailles de 1919. Ce traité sera une des conséquences de l’arrivée au pouvoir d’Hitler et des nazis qui ne cesseront d’y voir une humiliation pour le peuple allemand. Soulignons que quelques mois plus tard ce sera la prise de pouvoir par Mussolini en Italie (octobre 1922). On connaît la suite.
Pour le reste, la journal se veut un peu généraliste, vie mondaine, spectacles, fait divers, il est vrai que l’on pense plutôt à faire la fête. Voici quelques extraits.

Source gallica.bnf.fr / BnF / DP