Des bas nylons dans un cercle rouge

Le Cercle Rouge de Jean-Pierre Melleville, 1970

C’est un de mes films coup de coeur, ceux que je peux regarder avec plaisir de temps en temps. Une histoire bien ficelée, mais quand même d’un calme relatif sans toutefois oublier quelques scènes plus remuantes. C’est une belle étude de moeurs, qui montre que tout n’est pas vraiment tout noir ou tout blanc. La canaille peut se révéler plus sincère dans une amitié que sa contre partie dans un monde plus dans la norme bien pensante.
Une des puissances du film est aussi de montrer les acteurs dans des rôles de contre emploi. Bourvil excelle dans un rôle de flic qui n’est pas celui d’amuser la galerie. On l’oublie un peu souvent, il n’a pas joué que les idiots de service, il savait tirer son épingle du jeu dans des rôles de méchants avec plus ou moins avec des circonstance atténuantes. On peut se rappeler de lui dans « Les Misérables » où il est sans doute l’un des Ténardier les plus abjects de ce personnage porté à l’écran. D’autres se rappelleront aussi du « Miroir A Deux Faces » où il devient un assassin par dépit. Alain Delon, plus habitué aux rôles de beau gosse plus rarement à celui de petit truand s’en tire aussi à merveille. Dans ce film où il n’embrasse aucune femme, il est crédible d’un bout à l’autre. Je pense que c’est un des mérites de Delon, il a incarné bien des personnages différents dans sa carrière, sans jamais paraître une caricature de lui-même. Yves Montant en alcoolique victime de délirium se métamorphose en gentleman de la bonne société et en mari généreux. Il est le seul dans le film dont le personnage change totalement de registre. Gian Maria Volontè est évidemment à classer dans les grands acteurs. Bien qu’il fut révélé par le western spaghetti, il n’enchaîna pas moins une belle carrière dont sa présence dans ce film n’entache pas la maestria. François Périer est égal à son habitude, celle d’apporter sa petite touche de bon comédien, sa longueur étant proportionnelle à la durée de sa présence à l’écran.

Il ne faut pas oublier les seconds rôles dont le principal est Paul Crauchet, dont on ne retient pas forcément le nom mais que l’on retrouve ici et là dans 60 ans de cinéma. Et ce bon vieux Pierre Collet, le flic du couloir des « Cinq Dernières Minutes » qui salue Bourrel quand il rentre dans son bureau. Et puis j’aime bien retrouver dans les films ce que l’on pourrait appeler les vieux de la vieille, ici Paul Amiot en chef de la police, un de ces acteurs qui était déjà présent quand le cinéma balbutiait ses premiers mètres de pellicule et qui a plus de 80 ans tourne encore. Sûr que sa présence dans ce film lui assure un petit relent d’éternité.

Le Film

Corey (Alain Delon) a fini de purger une peine de prison à Marseille. Un des gardiens de la prison l’a branché sur un coup qui pourrait devenir le casse du siècle, le cambriolage d’une bijouterie prestigieuse de la place Vendôme à Paris. Corey ne promet rien de précis, sauf qu’il va étudier la chose. Il se rend chez un ancien comparse, Rico (André Ekyan), qui ne s’est pas beaucoup occupé de lui quand il purgeait sa peine. Non seulement il constate que son ancienne petite amie est devenu la sienne, mais que l’argent auquel il estimait avoir droit pour le prix de son silence n’allait pas lui être donné facilement. De rage, Corey se sert généreusement et se tire. Aussitôt Rico envoie deux de ses lieutenants à ses trousses, mais Corey se débarrasse d’eux dans une salle de billard. Il devient alors un assassin en fuite, quelques heures après sa sortie de taule. Il s’achète une voiture et file en direction de Paris.

Parallèlement, le commissaire Matteï (André Bourvil) est chargé de convoyer un malfrat du nom de Vogel (Gian Maria Volontè)  par train de nuit. Au petit matin, ce dernier parvient à prendre la fuite et essaye de disparaître dans une forêt. Aussitôt une vaste chasse à l’homme est entreprise, mais il parvient à se cacher dans le coffre d’une voiture arrêtée sur une aire de repos avec restaurant. Cette voiture c’est justement celle de Corey, qui a vu l’homme se cacher mais qui fait semblant de rien. Il redémarre avec sa bagnole et s’arrête dans un coin désert en signalant au passager clandestin qu’il peut sortir sans crainte. Après quelques explications, les deux hommes s’estiment et Corey accepte de prendre le risque de sortir Vogel de la zone dangereuse. C’est un double risque, car il imagine bien que son double meurtre ne va pas tarder à mettre éventuellement la police sur sa piste.

Ce qu’il reste de l’endroit des scènes du relais routier en Côte d’Or

Malgré quelques péripéties, ils arrivent sans encombre à Paris. Toutefois rien n’est gagné d’avance, Matteï recherche activement Vogel. Corey, si la police ne l’a pas peut être pas encore fiché comme suspect pour le meurtre, la Bande à Rico veut sa peau. Et par dessus tout, il faut préparer le casse, car c’est décidé il aura lieu…

Le film montre la vie telle qu’elle est. D’un côté nous avons les bandits, de l’autre les gendarmes. Que l’on soit d’un côté ou d’un autre, on peut regretter d’avoir fait un choix quel qu’il soit. On s’aperçoit assez vite que Matteï n’est pas mieux logé que le criminel qu’il poursuit. Si le truand cherche la liberté et la trouve pour une durée indéterminée, le commissaire ne l’a pas. Il doit fournir des résultats et s’il ne fait rien, il sera écrasé par le rouleau compresseur de sa hiérarchie qui veut des résultats et qui voit en chaque homme un personnage douteux, même s’il représente là loi. Tous les moyens sont bons pour la faire régner, seuls les résultats comptent.

A plus d’un titre ce film est exceptionnel, c’est la rencontre de quelques géants de l’écran qui se donnent les moyens de faire vivre le film. L’histoire est au fond assez banale, c’est presque un fait divers filmé, comme la police poursuit tous les jours des personnes en mal de loi. Des braquages, des vols, il y en a tous les jours sans que cela nous étonne. Le scénario se déroule comme une rivière qui coule paisiblement. La caméra s’attarde plutôt sur les reflets des personnages qui apparaissent à sa surface. De temps un temps, une chute ou une pente en accélère l’écoulement. Le film sort un peu de sa réserve lors du casse de la bijouterie, la nuit quand l’endroit est vide, un endroit très inaccessible autrement que par la porte. A l’écran, il dure 25 minutes sans dialogues. On les suit dans les maisons voisines, sorte de labyrinthe qui mène au trésor, on descend un mur ici, on passa passe par une lucarne ailleurs. Finalement, on entre dans cette forteresse dont le moindre centimètre carré est sous l’oeil des caméras avec un gardien qui chapeaute la surveillance. Même là, il n’y a pas de tempo rapide, tout se déroule dans un calme parfait, presque sans en bruit, on s’échange juste des signes. La scène est pourtant pleine de suspens,  on retient son souffle.

Autour du fil

C’est le seul film de Bourvil, son avant dernier, où il est crédité de son prénom, André.

La bande sonore, assez jazzy, est composée par Eric Demarsan, un habitué de ce genre d’exercice. 

Le titre du film reprend une citation attribuée à Bouddah : « Quand les hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents ; au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. « 

Crime et bas nylon

Du nylon souriant
Histoires pas drôles

Henri Pranzini est un de ces aventuriers du 19ème siècle qui n’aurait sans doute pas écouté sa mère si d’aventure elle lui avait dit qu’il finirait un jour sur l’échafaud. Pour celui qui cherche l’aventure, la seconde moitié de ce fameux siècle est propice à pas mal de choses. On se déplace avec une certaine aisance, les moyens de transports tels que le train, ont lentement tissé une toile à travers la planète. Pour aller d’un continent à l’autre, les bateaux offrent un tas de possibilités, il existe déjà des lignes régulières pour se déplacer d’une ville à l’autre à travers les mers.

Né en Egypte de parents italiens en 1857, ce n’est pas tout à fait un enfant issu d’une famille de basse condition. Son père a une bonne situation et le fils a fait des études solides, de plus il parle huit langues. On le retrouve dans divers endroits, exerçant le métier d’interprète sur les bateaux, employé aux postes égyptiennes. C’est justement à cette place qu’il est accusé de vol et mis à la porte. Il se transforme alors en aventurier, combattant en Afghanistan et offrant un temps ses services à l’armée russe.

Mais le personnage a d’autres faiblesses, il est joueur, aime les femmes et les fréquente assidûment. En résumé il a souvent besoin d’argent et doit forcer un peu la main du destin pour s’en procurer. En 1886, il arrive à Paris et trouve divers petits travaux, notamment comme traducteur, il a de quoi faire avec son bagage. On lui prête même quelques activités de souteneur et de gigolo de service.

En mars 1887, un triple meurtre est découvert dans ce qui était alors la rue Montaigne. Trois femmes, dont une courtisane vivant plutôt bien de ses charmes, ont été décapitées. Les soupçons se portent sur un suspect, un certain Gessler dont on a un signalement assez vague, mais dont on a retrouvé un mot signé de lui et des objets personnels sur les lieux du crime. Les indices lancent la police sur une piste. Le vol semble être le mobile du meurtre, on acquiert la conviction que notamment des bijoux ont été emportés. La piste que suit la police s’avérera fausse. Par contre, dans une des maisons closes de l’époque à Marseille, un client paye ses passes avec des bijoux. La taulière méfiante avertit la police qui arrête le payeur, il s’agit d’un certain Henri Pranzini.

La police scientifique de l’époque est encore très balbutiante, mais pas complètement idiote pour autant. On se fait envoyer de Paris une liste des bijoux volés et cela semble correspondre. De plus, le témoignage d’un cocher qui a vu Pranzini entrer dans un parc de la ville avec un paquet à la main, permet à la police de retrouver une partie des bijoux volés dans un lieu d’aisance du coin. Bien que le portrait du suspect ne corresponde en rien à celui de l’homme recherché, le filet se resserre autour de Pranzini. De plus, la police parvient à établir quelques faits concordants sur sa possible et probable culpabilité. Tout cela est très ténu, mais le fait le plus probant concerne les indices retrouvés sur la scène du crime. Pranzini a travaillé dans un hôtel de Naples sous les ordres d’un certain Gessler, nom qui correspond à celui du premier suspect recherché. Suite à un vol d’argent, il est renvoyé par son chef, mais lui vole les objets retrouvés plus tard chez les victimes. De là à penser que c’est un montage destiné à accuser faussement Gessler est un pas que la police franchit avec une certaine aisance. Il restera malgré tout quelques zones d’ombres dans cette histoire. Mais en 1887 on ne s’embarrassait pas trop de question d’étique judiciaire, d’autant plus que l’opinion publique avait pris fait et cause contre lui.

Le procès fit couler pas mal d’encre dans les journaux pendant plusieurs semaines. Finalement, malgré ses protestations, Pranzini fut condamné à mort et à être guillotiné, au mieux c’était le bagne à perpétuité.  Elle eut lieu le 31 août 1887. Cette exécution, comme la plupart, était publique. Il est assez rare de trouver dans les journaux, le narration presque minute par minute de ce genre d’événement, dont il faut le souligner que le peuple était avide. C’était en quelque sorte la relation des faits pour ceux qui n’avaient pu y assister. A noter qu’il est fait mention de Deibler dans l’article, ce sinistre personnage était une sorte de célébrité puisque qu’il assumait la tâche de bourreau. Il coupa 300 têtes, ou plutôt actionnait le couperet de la guillotine. On peut se demander quelle dose de sadisme pouvait se cacher à l’intérieur de ce peu ragoûtant personnage. Car je crois, qu’il faut un peu aimer ça pour le faire. Surtout à répétition…

Source Galliva, BNF, DP

Du nylon rien que ça et un peu plus

Les groupe anglais des sixties, voire américains, avaient l’habitude de puiser dans le répertoire des autres artistes. A défaut de songwriters comme Lennon/McCartney ou Jagger/Richard, ils faisaient des hits avec les plus ou moins obscurités des autres. Même les Beatles à leurs débuts ne se sont pas privés de cela, mais ils abandonnèrent cette pratique assez vite, étant capables de composer des tubes qui sont encore dans toutes les mémoires.

Voici quelques une de ces créateurs qui gagnèrent plus en réputation qu’en espèces sonnantes et trébuchantes, bien que certains font l’objet d’une reconnaissance tardive. C’était bien la moindre des choses.

Les Regents – Barbara Ann, un tube pour les Beach Boys

Les Drifters -Sweets For My Sweet – Un tube pour les Searchers

Jerry Butler – Make It Easy On Yourself, un tube pour les Walker Brothers

Dee Dee Warwick  – You’re No Good, tube pour les Swinging Blue Jeans et accessoirement Linda Ronstadt

Richard Berry Louie Louie, un tube pour les Kingsmen

Doris Troy – Just One Look, tube pour les Hollies.

Bessie Banks – Go Now, un tube pour les Moody Blues

Des bas nylon et un ange noir

Le cinéma érotique est un genre que je ne dédaigne pas, mais il faut qu’il remplisse certaines conditions à mes yeux essentielles. La banale histoire du couple qui est prétexte à filmer des scènes érotiques m’ennuie et je suis poli. Il m’ennuie aussi dans l’autre extrémité. Quand un couple a envie de s’envoyer en l’air, je trouve tout aussi idiot que la caméra lâche le couple pour filmer le tableau suggestif qui est dans le décor ou le soleil se couchant en enflamment l’horizon. Entre les deux, il me semble que l’on peut trouver un juste milieu entre le ni trop, ni trop peu.

Le film dont je vais vous parler répond à ces critères de juste milieu. Il y a une histoire, même quelques passages avec un bon suspense. Il se veut aussi documentaire par certains faits relatés, propres à une période de l’histoire. Elle est plutôt bien reconstituée, au niveau des costumes il remporte même un prix, le seul qu’il aie eu. Il s’agit en toile de fond de la relation d’un couple entraîné dans le tourbillon de l’histoire. Il y a plusieurs scènes érotiques, même très chaudes, avec quelques brèves visions de nu intégral, mais c’est presque anecdotique. On ne tombe jamais dans une quelconque pornographie. Qu’on aime ou non le cinéma érotique, je ne peux que le conseiller aux amateurs du genre.

Tinto Brass est un cinéaste italien né à Milan, qui s’est fait une assez belle réputation dans un cinéma érotique de catégorie supérieure. Ce genre d’étiquette pourrait le classer dans une certaine facilité auprès du public, s’il n’y mettait une certaine classe. Pourtant ce n’est pas n’importe qui, venu  par hasard dans le cinéma érotique, à défaut de mieux. Il fut l’assistant de Fellini et Rosellini, deux très grands cinéastes qui brillent dans l’histoire mondiale du cinéma. Fort de ces expériences, une fois lâché en solitaire il fait d’abord du film un peu anarchiste, le premier en 1963. Il dirige des grands noms comme Alberto Sordi, Silvana Mangano, Jean-Louis Trintignant, Vanessa Redgrave. Son premier film érotique date de 1975 avec « Salon Kitty ».  Comme souvent depuis, Brass inclut une part de vérité historique, même si l’érotisme est au centre de l’écran. Ce salon a réellement existé, un bordel de luxe à Berlin, exploité par les renseignements nazis pour cueillir en quelques sorte, les confidences sur l’oreiller.  Dans le film qui nous intéresse ici, il renoue avec la période fasciste, mais cette-fois-ci l’histoire se passe en Italie.

L’histoire

L’histoire est tirée d’un récit, Senso, qui se passe au 19ème siècle alors que Venise est encore sous domination autrichienne. Visconti en tirera une première adaptation cinématographique en 1954 en laissant le récit à l’époque ou l’histoire se passe. Tinto Brass reprendra l’histoire à son compte, mais en la transposant dans les derniers jours de la seconde guerre mondiale.  Alors que l’Italie du nord est sous le gouvernement de la république de Salo, petite ville au bord du lac de Garde, le fascisme vit ses derniers instants. Entre ceux qui veulent encore y croire, ils savent bien qu’ils ne sont que des marionnettes qui cesseront de s’agiter quand ceux qui les manient l’auront décidé, il y a les autres. Les opportunistes, les nouveaux résistants, ceux qui font table rase du passé, les opprimés qui réclament vengeance. Tout un monde que Brass examine de son oeil ironique, tout en nous offrant des scènes érotiques aussi chaudes que les plus belles journées d’été sur la Botte.

Le sujet

La belle Livia, interprétée par la sensuelle Anna Galiena, est l’épouse d’un ministre fasciste vieillissant. Elle est certes une dame que l’on respecte, mais au fond d’elle-même voudrait plutôt qu’on ne le fasse pas. Sa vie routinière est bouleversée par l’apparition d’un beau et jeune lieutenant SS, Helmut, interprété par Gabriel Garko. Ce bel aryen dépravé aux cheveux blonds devient son amant et l’entraîne dans un monde de luxure où elle devient sa chose, prête à tout pour le garder. La trame du film se déroule lors d’un voyage vers Venise où elle part le rejoindre en voiture, avec comme chauffeur un prétendant éconduit qui accepte de l’emmener, en échange d’une nuit avec elle. Ce voyage a probablement lieu à travers la République dite de Salo, lieu de villégiature au bord du lac de Garde, où se trouvent réfugiées toutes les huiles fidèles à Mussolini, à partir de la fin 1943. Le voyage est difficile, pleins d’obstacles, il faut passer pour des partisans quand on les rencontre et de bons fascistes quand c’est l’inverse, l’occupation réelle du territoire par les uns ou les autres est très mouvante. Au cours du trajet elle se rappelle, flashback dans le film, de tous les moments passés avec Helmut, de sa rencontre avec lui et de toutes les folies qu’elle a faites pour lui. L’arrivée à Venise, lui réserve une surprise que je ne raconterai pas ici.

Critique

Tinto Brass se pose en maître quand il filme l’érotique, au moins dans ce film. La photographie est poétique, romantique, musique Ennio Morricone, une référence.  Il mélange divinement le noir et blanc et la couleur selon l’instant qu’il raconte. Les acteurs, principalement venus du théâtre, sont un peu l’équivalent des belles ou sales gueules que l’on retrouve dans le western spaghetti, ils sont parfaits dans les rôles qu’ils interprètent. Les deux protagonistes principaux sont vraiment à la hauteur et portent bien le film, là cinéaste veut les emmener. Le film raconte une histoire, Brass y ajoute quelques souvenirs personnels et fait aussi quelques clins d’oeil à ses maîtres. Il est sans doute un peu aussi fétichiste et ne manque pas de nous montrer de belles lingeries et de belles paires de jambes avec des bas, bien sûr. Les amateurs du genre seront comblés. Un anachronisme, sans doute, dans une scène dédiée, la vision de jarretelles en plastique. Je suis sûr qu’à cette époque, seules les attaches métalliques étaient employées.  En résumé, un film érotique assez chaud, une histoire troublante dans un monde troublé. Même si elle est imaginaire, on est presque certains qu’elle est inspirée de faits réels imaginaires. C’est un peu la magie de Brass qui opère.

Fiche technique. Réalisateur: Tinto Brass – Titre original: Senso ’45 – Titre français/anglais: Black Angel – Année 2002 – Durée 128 mn – Pays: Italie, Eagle Pictures – Musique: Ennio Morricone – Interprètes: Anna Galiena (Livia Mazzoni) – Gabiel Garko (Helmut Schultz) – Franco Biancaroli – Antonio Salines – Loredana Canata –  Erika Savastani – Simona Borioni.

Fin de semaine en nylon

Je pense que mon Ambassadrice, Miss Eva, n’aurait pas dédaigné figurer dans ce clip. Un groupe de rockabilly nommé Reverend Horton Heat, dont le clip jouit, c’est le cas de la dire, d’une belle présentation. Même si vous n’aimez pas ça, je suis sûr que ça vous plaira!!!

Les gens de ma génération ont toujours voué un culte à la fameuse trilogie du « Seigneur des Anneaux » de Tolkien. C’était parmi les livres que l’on se conseillait de lire absolument. Depuis il est devenu une sorte de culte, comme quoi le business avait passé par là sans ajouter un iota à la féerie de l’histoire. Dans les années 70, un Suédois du nom de Bo Hansson imagina une musique basée sur l’histoire. C’est assez plaisant à écouter.

Ca a bientôt 50 ans mais c’est toujours savoureux. Pour casser la baraque à l’époque il fallait faire preuve d’originalité. Des guitaristes vedettes il y en avait des tonnes, mais un chanteur – flûtiste c’était rare. Extrait de leur premier et savoureux album ou les influences mystiques et le jazz se mélangent adroitement : « A Song For Jeffrey », mais oui Jethro Tull et le déjà trémoussant Ian Anderson. Un peu moins chevelu aujourd’hui, mais toujours aussi remuant sur scène. Le talent ne vieillit pas.

Des bas nylons et 1941

La comédie au cinéma, pour moi, est prétexte à faire rire. Je dois avouer qu’en la matière je suis un spectateur assez difficile, tout le contraire que dans la vie courante où je suis plutôt de bonne humeur et passe même pour un mec qui a de l’humour. Dans la vie de tous les jours, je prends ce qui vient et je fais avec, tout en étant assez malin pour trouver l’humour là où il peut se cacher. Au cinéma, c’est un peu différent, d’abord j’ai payé une place et ensuite je suis obligé de suivre ce qu’on me propose à l’écran. L’humour au cinéma je le classe entre deux catégories, d’une part l’humour grosses ficelles, genre l’idiot de service ou les histoires tarte à la crème, d’autre part l’humour un peu absurde ou surréaliste. Je crois que le premier cas est hélas un peu épuisé, tandis que le second offre des possibilités infinies. Il faut faire rimer des choses qui en principe n’ont pas de rapport et les lier pour en sortir un effet comique parlé ou visuel. J’en suis venu tout naturellement à aimer les fameux Monty Phyton et tout ce qui peut être comparé à ce style. Parmi les anciens, il y a certainement les interprétations des Marx Brothers ou de WC Fields qui font office de référence dans ce genre de tentatives. Je ne mets pas des cette liste Chaplin ou Laurel et Hardy, bien que cela me fasse bien rire, mais c’est un autre genre d’humour, c’est justement ce que j’appelle tarte à la crème, ou assez proche.

Des films que j’ai pu voir au cinéma et qui approchent ce goût de déjanté, je vais parler d’un cinéaste que je n’aime pas plus que ça, mais qui m’a enchanté avec un film qui a été un bide pour lui, 1941, il s’agit évidemment de Steven Spielberg.

Avec ce film sorti en 1978, Spielberg y va de sa dose d’absurde, il n’y a pas beaucoup de scènes dans son film où on a l’impression d’être dans un documentaire, tellement les événements qui s’enchaînent ne pourraient pas se produire dans la simple réalité. Tout est fait pour que la plupart des scènes aillent au delà du réel pour finalement rencontrer l’humour. C’est là justement qu’il faut faire appel à son non sens. Je sais que des personnes qui ont vu ce film n’ont pas réussi vraiment à rire, c’est justement parce qu’elles ont trop d’idées conventionnelles. Un qui se ramasse une tarte à la crème en pleine figure, ce sera l’effet comique parfait, tandis qu’un pilote d’avion, cigare au bec, qui se pose sur une route pour aller faire le plein à une station service et qui a l’air de trouver cela tout naturel, va être rangé au rang d’un mauvais gag ou une absurdité quelconque.

Les acteurs figurant dans ce film ne sont pas des stars de premier rang, du moins à l’époque du tournage, ils sont pourtant des figures connues dont la plupart se sont fait remarquer pour un rôle ou un autre. La multitude des personnages qui apparaissent dans le film fait qu’ils n’apparaissent qu’assez brièvement dans le film. On y trouve Christopher Lee en officier allemand ; Toshirö Mifune, l’acteur japonais le plus célèbre à l’étranger ; Robert Stack, célèbre avec la série des Incorruptibles ; Nancy Allen, en sulfureuse secrétaire avide de sensations, ainsi que Warren Oates et Mickey Rourke, alors débutant, ou encore Dan Aykroyd, futur Blues Brothers avec son compère John Belushi. Justement ce dernier est un peu la vedette du film, en pilote d’avion complètement déjanté, chose qu’il était aussi un peu dans la vie courante. Ned Beatty, incarne à la perfection un patriote américain, plus patriote qu’intelligent, qui doit satisfaire une armée américaine envahissante et une femme acariâtre qui ne veut pas d’armes dans la maison, ou du moins que cela ne salisse pas le parquet.

C’est un film qui ne se raconte pas, il est bien préférable d’en découvrir toutes la succession de gags. Les spectateurs sont partagés et s’il n’amena pas les grandes foules dans les salles, il n’en reste pas moins qu’il a un noyau de supporters fanatiques.

J’ai choisi deux citations de fans :

Ce film est fait pour 1% de la population et j’en fais heureusement partie.

Ceux qui ne trouvent pas d’humour dans 1941 ont besoin de décompresser.

Le film

Le 7 décembre 1941, les Japonais attaquent Pearl Harbour, ça c’est la vérité historique, la suite l’est moins. Imaginée par Spielberg, on se retrouve quelques jours plus tard à Hollywood. Des témoins racontent avoir aperçu un sous-marin japonais dans les environs. Il ne fait pas un pli que les Japonais vont attaquer les USA. Alors la future défense s’organise, dans la plus parfaite anarchie et la panique la plus totale. La ville sera bien mise à mal, pas tellement par les Japonais, mais par les citoyens eux-mêmes.

Toutefois Spielberg s’inspire d’un fait qui s’est réellement passé, et qui créa un mouvement de panique bien moins destructeur. Mais voyez plutôt…

Au début de 1942, de mystérieuses lumières, tantôt immobiles, tantôt mouvantes, apparaissent une nuit vers Los Angeles dans le ciel pendant une heure. On a jamais su l’origine exacte de ces lueurs, on parla aussi d’ovnis par la suite. On crut à une attaque des Japonais. Pendant une heure, projecteurs allumés, des tirs de DCA pilonnèrent les fameuses lueurs. Il en résulta une panique générale, tous les environs étaient en état de guerre. Mouvements de foule, de militaires, un joli bordel quoi. Tout finit par rentrer dans l’ordre, mais que s’était-il passé dans le ciel, ça c’est encore un mystère, en sachant que les Japonais n’avaient pas la possibilité technique d’envoyer des avions sur les côtes de Californie.

Sur cette photographie qui fut célèbre en son temps, on voit ces fameuses lumières, les petits points dans le ciel, les grandes lumières blanches étant les projecteurs de la DCA qui envoyèrent quand même plus de 1400 obus dans le ciel, sans réussir à en éteindre une.

Des bas nylons et un mec bizarre

Cinéma

Le personnage qu’il fallait trouver c’était bien sûr Mr Fritz Lang. J’explique les indices…

Dans un de ses films il y en avait trois, allusion à son film « Les Trois Lumières » de 1921.

Le titre d’un de ses films a sans doute inspiré une aventure de Black et Mortimer. Dans les aventures de Blake et Mortimer, il y a la fameuse « Marque Jaune » qui signe ses méfaits par un M en jaune, bien sûr je pensais à son célèbre « M Le Maudit ». Dans le film de Lang, le meurtrier se trouve aussi avec un M écrit à la craie dans son dos.

Dans un de ses films, il y avait plus de 30000 figurants. C’est évidemment dans « Metropolis » qu’on les trouve. Sans doute la première superproduction du cinéma. Et quel film!

Dans un film français très connu, il joue son propre rôle. Jean-Luc Goddard a fait appel à Fritz Lang (un hommage) en 1962 pour « Le Mépris » avec Brigitte Bardot, dans un rôle qui a sans doute rehaussé son estime auprès des cinéphiles. Lang y joue Lang avec toute la lucidité du personnage face à la caméra.

Eh bien consacrons justement cet article à Mr Lang et un de ses chef d’oeuvre M Le Maudit, de 1931.

Même s’il n’avait jusqu’alors tourné que des films muets, Fritz lang était ce que l’on peut considérer comme un réalisateur vedette, spécialement en Allemagne, sa patrie. Le magnifique Metropolis l’avait déjà fait entrer dans l’histoire. En voulant passer au parlant dont c’était les débuts, il se devait de trouver quelque chose qui ne déparerait pas de ses précédentes réussites. il choisit de s’inspirer en partie du tristement célèbre Peter Kürten, un sérial killer surnommé le Vampire de Dusseldorf. Lang semble avoir assisté au procès du tueur, une sorte de témoin de première main pour lui. Il bâtit un scénario sur cette histoire et la transpose à Berlin, en gardant l’option de détraqué sexuel du tueur, mais qui ne s’attaque qu’aux enfants, alors que le « modèle » est plus « éclectique ».

Encore fallait-il trouver un acteur qui puisse incarner le personnage. Le génie ou la chance de Lang fut de faire confiance à Peter Lorre, un acteur presque débutant originaire de l’actuelle Autriche. Par ailleurs un personnage plutôt paisible dans la vie courante, il réussit à donner au rôle toute l’ampleur qu’il nécessitait. A la fin du film, durant son procès devant et par la pègre, il est criant de vérité quand il tente d’expliquer comment les démons qui l’assaillent dans son esprit l’obligent à tuer des enfants innocents. C’est sans doute l’une des plus grandes interprétations jamais filmées par une caméra pour le cinéma, Lorre y est prodigieux. Peu d’acteurs ont bâti une carrière d’acteur sur un rôle ou une séquence dans un film. Il est parmi les quelques uns qui ont réussi cet exploit. Fuyant l’Allemagne car étant d’origine juive, il trouva presque naturellement une suite pour sa carrière à Hollywood, Fritz Lang aussi, apparaissant dans des films célèbres. Il se permit même de moucher Hitler, impressionné par son rôle, qui lui faisait un appel du pied pour retourner en Allemagne, tout en faisant table rase de ses origines. Il lui répondit qu’il y avait déjà assez d’un assassin en Allemagne. Hitler vexé par sa réponse le fit mettre sur une liste noire des personnes à faire disparaître en priorité.

Le sujet

La peur règne sur la ville, ici Berlin, car plusieurs meurtres sur des enfants ont été commis. Pressé par ses chefs, la police qui n’a pas le moindre indice, doit absolument trouver la piste du meurtrier. Alors elle entreprend d’incessantes descentes et contrôles dans les bas-fonds de la ville, car on suppose que le meurtrier en fait partie. Cet harcèlement commence à sérieusement gêner tous les petits truands qui ne peuvent plus truander en rond. Rappelons que le cadre temporel dans lequel se situe l’histoire est celle de la crise d’après 1929, une époque où chacun doit se débrouiller comme il peut, pas toujours de manière honnête.

Si la police a son réseau de renseignements, il y en a un qui est peut être encore plus efficace, celui de la pègre. Lors de la réunion d’un comité de chefs truands, ils décident de rechercher et de trouver le meurtrier pour mettre fin à ses agissements et retrouver un certain calme, chose qui risque d’arriver si les meurtres cessent. Ils possèdent un semblant de certitude que la police ignore, le criminel n’appartient pas à leur milieu, mais plutôt à celui de la bourgeoisie. Une vaste toile d’araignée est tissée à travers la ville avec principalement les nombreux mendiants, une banalité à l’époque, comme observateurs et indicateurs qui se fondent parfaitement dans les décors. Grâce à cela, il arrivent à mettre le grappin sur le tueur et décident de la juger à leur manière. Ce qui conduira au fameux procès qui occupe la dernière partie du film.

Le film

Avec ce film on peut considérer que Fritz Lang entre dans la modernité en le sonorisant, mais les images et l’ambiance ainsi que sa manière de filmer, ne dépareillent pas avec les films précédents pratiquement tous entrés dans la légende. Il n’a pas voulu en faire un thriller, il n’y pas de scènes crues, ni de poursuites impitoyables, comme cela est le cas dans La Nuit Du Chasseur par exemple. Malgré tout, c’est un film à l’action soutenue, qui contrastent avec une certaine lenteur assez présente dans les images de l’expressionnisme allemand qui tiennent lieu de sons ou de paroles. Les meurtres des enfants sont suggérés, un ballon qui sort d’un buisson et qui roule sur le sol, une baudruche qui s’envole et se coince dans les fils électriques. Même si on ne voit pas le meurtrier, on sait qu’il est là à l’affût, car il a l’habitude de siffloter le célèbre air extrait de Peer Gynt composé par Edvard Grieg. C’est d’ailleurs Fritz Lang qui le fait et double en quelque sorte sa vedette. Une partie des acteurs du film pour les petits rôles sont réellement des gens du milieu. Il voulait par là donner une touche plus réaliste à ses images.

Avec ce film, Fritz Lang signe une oeuvre magistrale, un peu aidé sans doute par la prestation de Peter Lorre. Mais très souvent dans le cinéma l’un est complémentaire de l’autre. C’est au réalisateur de tirer tout le jus d’un acteur, encore faut-il qu’il en soit capable et qu’il sache trouver celui qui en est capable. Il développe aussi la question sous l’angle social des comportements anormaux, c’est une première dans l’histoire du cinéma, et des assassins par pure gratuité. Dans sa défense, l’assassin affirme que des forces mystérieuses l’obligent à commettre ces meurtres. S’il est indéniable que de tels personnages ne peuvent être laissés en liberté, il semble que depuis Freud on a passablement dépoussiéré le terrain pour le compréhension de ces phénomènes. Victimes ou coupables, c’est selon sa sensibilité personnelle. Tout au plus, il faut juste être heureux de ne pas être comme cela et ne pas jeter la pierre trop vite à ceux qui sont atteints de ce mal. La nature, en apparence si souvent harmonieuse, a sans doute quelques grains de folie dont la finalité nous échappe. Qu’est ce qui nous oblige à aimer plutôt ceci que cela, qu’est ce qui nous oblige à protéger la vie ou à tuer, et surtout avons-nous la possibilité d’inverser le mal pour le bien quand il se présente en nous?

Ce film est incontestablement un film qu’il faut avoir vu. Malheureusement, aller au cinéma maintenant est trop souvent synonyme d’effets spéciaux et de trucs bassement commerciaux pour attirer le spectateur. Le cinéma, je ne le dis jamais assez, c’est comme la musique. Un nouveau style ne naît pas d’un claquement de doigts, il y a toujours des inspirateurs, des inspirations, des prémices. Il est certain que voir M Le Maudit est une manière de remonter aux sources. Il reste bien des poussières de Mr Lang dans l’histoire du cinéma.

Un décor qui appartient au film, mais pas la scène, Peter Lorre et Fritz lang

Les principaux acteurs

Hans Beckert : Peter Lorre ; Frau Beckmann : Ellen Widmann ; Elsie : Inge Landgut ; Lohmann : Otto Wernicke ; Le directeur de la police : Ernst Stahl-Nachbaur ; Le ministre : Franz Stein ; Groeber : Theodor Loos ; Le secrétaire : Gerhard ; Bienert Schränker : Gustaf Gründgens ; Le pickpocket : Paul Kemp.

Puisque ce film est désormais dans le domaine public, je vous ai fait un petit montage avec quelques extraits dont un qui concerne la fameuse scène du tribunal de la pègre.