Bas nylons et un disque à en perdre son scalp

Retournons vers une de ces chansons qui a une histoire et qui est un monument d’inspiration pour un tas de musiciens. Elle se situe exactement dans le même contexte que celui vu dans un article précédent au sujet des musiciens anglais qui n’arrivent pas à s’exporter sur le continent américain à l’âge d’or du rock and roll.  La chanson qui nous intéresse en est encore une belle illustration.

Jerry Lordan (1934-1995) fut un compositeur interprète anglais qui enregistra quelques disques au succès modéré à partir de 1959. Mais son atout le plus évident est la composition. En 1959, une de ses chansons interprétée par Anthony Newley est un succès anglais troisième au hit parade. Mais le truc qui va le rendre définitivement célèbre ne sera pas enregistré par lui, il s’agit d’un instrumental, car il n’y a pas de paroles. Dans un premier temps, il le propose à un guitariste anglais qui vient d’avoir un gros tube avec un arrangement de « Guitar Boogie », Bert Weedom. Il l’enregistre, mais Lordan n’est pas entièrement satisfait de la manière dont il l’a enregistrée, et on pourrait ajouter qu’il a raison. Lors d’un concert, il aborde le bassiste et leader des Shadows, qui est alors Jet Harris, et lui parle de cette chanson. Celui-ci en discute avec ses collègues, la mélodie leur plaît et il se pressent de l’enregistrer dans une version nettement meilleure. Ce disque qui va faire trembler le monde entier s’appelle « Apache », il donnera à une multitude d’adolescents l’envie de jouer de la guitare.

Les Shadows sont déjà connus pour être les accompagnateurs de Cliff Richard, mais sous l’appellation des Drifters, nom qu’ils devront changer pour Shadows (Ombres), car il existe aux USA un groupe qui opère sous cette identité et qui est en passe de devenir très célèbre. Sous le nom d’origine, ils ont enregistré un single avec deux instrumentaux  « Driftin’ / Jet Black » qui n’est pas une éclatante réussite au niveau du succès. Les deux titres figurent aussi dans des versions différentes sur le premier album live de Cliff Richard. Mais avec la publication de « Apache », les choses vont littéralement changer et faire d’eux des vedettes à part entière. Cela inaugure un cas assez rare dans le showbiz, la vedette et les accompagnateurs qui font la course pour être no 1 au hit parade au fil des années. Après sa publication avec en face B la solide reprise d’un air traditionnel arrangé par le guitariste Bill Sheperd « Quatermaster’s Stores », le disque est no 1 pendant cinq semaines en Angleterre. La version de Bert Weedom est publiée dans la foulée, mais devra se contenter des restes. Ce titre qui deviendra un des rocks instrumentaux les plus célèbres du monde, rendra quelque peu la monnaie de sa pièce aux Shadows, car c’est une autre version que la leur qui aura les honneurs du hit parade américain où elle manquera d’une marche la première place, celle enregistrée par la guitariste danois Jörgen Ingmann.

En France, la disque fut publié en EP avec les titres du précédent 45 tours instrumental. Il existe une reprise chantée par Orlando, le frère de Dalida, qui devient « L’Amour Fait La Loi », un truc très kitsch. Evidemment elle fera partie du répertoire d’innombrables groupes amateurs et les versions enregistrées ne se comptent plus. Avant d’êtres supplantés par les Beatles, les Shadows seront vraiment le groupe anglais qui servira de modèle à tous les débutants, car leur succès ne s’arrêtera pas à cette première réussite.

La publication française de 1960. Les premières éditions ont le logo du disque vert, les suivantes rouge. Ce montage photographique servira aussi pour un EP français des Ventures (ci-dessous)

Ironie du sort, en 1963 en plein début de Beatlemania, deux anciens membres des Shadows qui participèrent au fameux enregistrement, Jet Harris et Tony Meehan, détrônèrent de la première place du hit parade leur anciens compères avec une autre composition de Jerry Lordan « Diamonds ».

Un des clips où les Shadows jouent leur fameux hit en playback. Je pense que le réalisateur a voulu donner un aspect un peu « mauvais garçons » au groupe plutôt assez édulcoré sur les pochettes de disques.

Même Jeff Beck…

Bas nylons autour d’un hit

Après l’avènement du rock and roll, l’Amérique domina le genre pendant plusieurs années, ses idoles étaient pratiquement intouchables. Par effet de miroir et aussi pour des raisons culturelles, l’Angleterre accueillit à bras ouverts les stars américaines. De nombreux rockers anglais essayèrent de le relayer sur le plan national se contentant pour la plus part de reprendre des hits américains avec un certain succès. Le premier a obtenir un tube avec un production locale fut Tommy Steele en 1956 avec « Rock With The Caveman », inspiré de Bill Haley. Pendant quelques années, il eut du succès, mais dans un style qui fut plus proche de la variété que du rock. En 1958 apparaît Cliff Richard, il réussit à créer des classiques du  rock and roll purement anglais comme « Move It » ou « Dynamite », mais lui se tourna assez vite vers une musique plus édulcorée. Il fut suivi l’année d’après par Johnny Kidd qui ajouta encore deux classiques « Please Don’t Touch » et surtout « Shakin’ All Over », la seule création de cette veine a avoir été no 1 au hit parade anglais. Il y eut aussi Billy Fury, qui est plus à considérer un tendre qu’un méchant rocker. Le point commun de tous ces artistes, c’est qu’ils n’ont jamais eu le moindre succès aux USA,  ils y sont pratiquement inconnus. Il fallut attendre 1962 pour qu’un disque purement anglais, dérivé du rock and roll, soit no 1 là-bas. Voici l’histoire de cette chanson.

En général, les maisons de disques ont la main mise sur leur productions. Parallèlement, il existe des producteurs indépendants qui n’ont pas leur propre maison de publication, mais qui possèdent un studio d’enregistrement et qui vont proposer aux grandes compagnies leurs productions, une sorte de disque clé en mains. Celui du début des sixties en Angleterre et qui est resté le plus célèbre s’appelle Joe Meek. A l’époque qui nous intéresse il est déjà connu, ayant eu un no 1 en 1961 avec John Leyton (Johnny Remmeber Me). Il est plein de bonnes idées musicales et un habile compositeur, plus encore, on retrouve dans certains de ses enregistrements un son qui permet de l’identifier immédiatement comme producteur. Son studio d’enregistrement est assez simple, c’est un appartement et souvent lors des enregistrements les musiciens ne sont même pas tous dans la même pièce par manque d’une espace assez grand.

En 1962, alors qu’il regarde des images à la télévision sur le premier lancement d’un satellite de communication, il lui vient l’idée d’un instrumental qu’il baptise d’après le nom de ce satellite, Telstar. Il a justement sous la main un groupe monté de toutes pièces avec des musiciens de studio, les Tornados, qui servent aussi occasionnellement de groupe d’accompagnement pour Billy Fury Il a déjà fait une tentative avec eux, « Popeye Twist / Love And Fury », publié par Decca sans grand résultat. Une fois « Telstar » publié, le succès est presque immédiat. Il monte dans les charts et sa classe no 1 pendant plusieurs semaines entraînant des ventes qui se comptent par millions. Les USA ne sont pas en reste et lui accordent les mêmes faveurs, c’est le premier no 1 d’un artiste britannique issu de la vague rock and roll. Le titre est adoré autant par les jeunes que les personnes d’un âge plus avancé, il fait pratiquement l’unanimité et sa mélodie facile à retenir n’est pas étranger à cette attirance. En France, les Compagnons de la Chanson en feront une version vocale. Au niveau style, on remarquera la petite révolution dont il est le précurseur, un son spatial et aquatique qui sera présent dans bien des enregistrement suivants, la présence de bruitages en ouverture, et surtout un travail de studio avec l’art de trafiquer le son. On a de la peine à croire que cela a été enregistré et mixé dans un banal appartement On peut aussi voir les Tornados comme des ancêtres du disco.

Pochette de l’édition française fin 1962

La France a édité un 33 tous en plein succès des Tornados, ce qui ne sera pas le cas un Angleterre

Les Tornados devant l’Olympia à Paris en 1963

La suite de la carrière des Tornados fut plus nuancée, ils connurent encore un assez gros succès avec « Globetrotter », mais les titres suivants ne rencontrèrent que peu de suffrages. Finalement en 1966, le groupe se dissout, sans aucun des membres originaux encore présent dans la formation.

 

Bas nylons et une Potter avant Harry

Walt Disney ne fut pas le premier à créer un monde illustré dans lequel les animaux adoptaient des attitudes humaines. Bien avant l’apparition des ses personnages, une Anglaise du nom de Beatrix Potter (1866-1943), avait déjà créé et illustré des aventures dans lesquelles les animaux avaient la part du roi, ce qui la rendit célèbre de son vivant. Elle reste encore une référence dans ce domaine plus de 100 ans après. Contrairement à Disney qui stylisa ses personnages, elle les reproduit exactement, même s’ils portent des habits ou lisent le journal.

Elle est née dans une famille bourgeoise. Contrairement à la tradition qui veut que les enfants de riches aillent étudier dans un collège, elle reste à la maison. Elle ne manquera pourtant pas d’acquérir une solide culture générale. Son principal problème, c’est qu’elle s’ennuie et se réfugie dans un monde de rêveries. Lors de vacances au nord de l’Angleterre, elle découvre la nature et c’est le coup de foudre. Elle en tombe amoureuse et en étudie les comportements, les habitants, les végétaux. Servie par un joli coup de crayon, elle dessine des planches sur les champignons qui serviront par la suite à l’illustration de livres sur le sujet, c’est encore le cas aujourd’hui. Petit à petit, elle se fait une réputation de naturaliste en réalisant des observations scientifiques, notamment sur les champignons et les lichens,  mais peine faire reconnaître ses travaux. Le milieu scientifique anglais est très fermé, voire interdit aux femmes. Mais sa célébrité viendra des histoires qu’elle imagine et illustre pour les enfants en mettant des animaux en scène notamment Peter Rabbit, notre Jeannot lapin à nous. Elle commence timidement en 1890, en créant des cartes de voeux animalières. A sa grande surprise, elles sont éditées en Allemagne. Le fils de sa gouvernante étant convalescent, elle invente une histoire avec des lapins, dont elle tirera un livre plus tard. Même si elle s’adresse à des enfants, elle refuse d’employer des mots trop simples, prétextant que c’est un moyen de les éduquer et de leur inculquer un language plus élaboré. Un premier recueil est mis en forme, mais ne trouvant pas d’éditeur, elle choisit de l’éditer elle-même avec des illustrations en noir et blanc. Cette publication va à contre-courant des habitudes de l’époque, format plus petit, illustrations prenant nettement le pas sur le texte, elle préfigure la BD d’aujourd’hui. Les 250 exemplaires de sa complication sont rapidement épuisés, il paraît que le célèbre Conan Doyle en achètera pour ses enfants, et un second tirage est mis en route. Un éditeur qui l’avait précédemment ignorée s’intéresse enfin à son travail et une édition, en couleurs cette fois, sort en 1902. Le succès définitif viendra rapidement et traversera même l’Atlantique où des éditions illégales verront le jour pendant quelques temps.

Elle a maintenant 36 ans et vit toujours chez ses parents, mais grâce à ses droits d’auteur, elle peut s’émanciper et s’acheter une ferme près de Carlisle dans le nord de l’Angleterre en 1905. Durant les 10 années suivantes, elle étoffera son univers avec plus de 20 livres et en créant de nouveaux personnages, tant par le texte que par le dessin, qui viendront étoffer la famille des lapins. Sa vie personnelle est marquée par la perte tragique de son fiancé, son éditeur mort de leucémie, en 1905. Elle ne se mariera qu’à l’âge de 47 ans, et avec son mari qui est aussi un amoureux de la nature, elle se consacrera principalement à l’élevage de moutons. Elle restera assez discrète sur sa carrière d’auteur et d’illustratrice et de business woman, bien qu’elle soit définitivement célèbre et encore admirée aujourd’hui.

Sources Gallica, BNF, DP

Bas nylons, des livres et des vacances

Nous allons des aujourd’hui entrer dans la période des vacances. Selon mes habitudes estivales, je vais passer en mode d’été avec le blog. Cela signifie surtout que les articles paraîtront de manière moins régulière. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura rien, bien au contraire, mais il pourra y avoir un article deux jours de suite et plus rien pendant cinq jours. Enfin vous avez compris. Bonnes vacances à ceux qui en prennent et restez à l’écoute…

A part écouter de la musique, lire de la BD, les livres ne sont pas la moindre de mes occupations. Je fonctionne un peu pour ce qui est de lire comme pour la musique. Quand j’écoute une chanson nouvelle, au bout de 20 à 30 secondes si je n’ai pas décollé, c’est râpé. Les 10 ou 20 premières pages d’un livre sont essentielles, c’est elles qui feront que je lirai le livre ou pas. Je parle évidemment de livres dont le sujet ou le contenu m’est inconnu, ce que l’on peut ranger dans le roman ou la littérature. Je vais très probablement lire un livre qui traite de musique ou d’histoire, vu que je l’achète exprès pour cela, sinon je serais un peu idiot de l’acheter.

Une chose qui j’ai en commun avec la musique, certains titres reviennent souvent. Il y a indubitablement une différence entre un livre de 500 pages et une chanson de 3 minutes, on ne peut pas y écouter un disque ou lire un bouquin à la même fréquence. Une même musique peut s’écouter des milliers de fois, dans le cas du livre cela se résumera à quelques lectures. Il y a quand même un phénomène commun, c’est toujours un peu les mêmes qui reviennent ou qui risquent de le devenir tellement la première lecture ou écoute fut passionnante.

Comme nous allons aborder la période des vacances, propice à le lecture, voici quelques uns de mes livres dit de chevet.

Le Tunnel – André Lacaze – 1978

J’ai beaucoup lu de livres sur la déportation, mais pour moi celui-ci est un des meilleurs, sinon le meilleur. Il sort des clichés habituels de ceux qui sont des témoignages de déportes. On pourrait dire que quand on en a lu un, on les as tous lus. Il est vrai que si les méthodes d’exterminations nazies varient peu d’un lieu à un autre, le contexte peut être différent, très grands camps, camps moyens, petits camps, situation géographique, psychologie des bourreaux, font que chaque camp est unique avec sa propre histoire. En cela le livre de Lacaze est différent.

Beaucoup de ces livres sont des témoignages personnels et l’auteur parle à la première personne. Résistant déporté en 1943, André Lacaze (1918-1986) se fait le narrateur des personnages du livre qui furent ses compagnons de misère, jamais il ne parle de lui, il les observe. A une exception près il sont tous cachés derrière un pseudonyme, sauf les Nazis souvent affublés d’un surnom moqueur. En plus c’est un écrivain savoureux qui adopte l’argot pour l’écriture. On se croirait parfois plus en plein Paris que dans un coin perdu des l’Autriche. Et n’hésitons pas à le dire, c’est un vrai polar, plein de rebondissements, de faits horribles, même l’humour parvient à se glisser de temps en temps entre deux descriptions parfois presque insoutenables. Les deux premiers tiers du livre sont particulièrement durs pour un lecteur non averti. La fin est plus nuancée. Les nazis sentent le vent tourner et commencent à composer avec les déportés dont certains sont des gars du milieu, encore plus marioles que les bourreaux à tendance pédés qui se voient déjà régner dans un bordel de Pigalle, du moins c’est ce qu’on leur fait miroiter.

Le récit : en 1943, les Nazis pour des raisons stratégiques, se décident à percer un tunnel routier entre l’Autriche et la Yougoslavie à travers la chaîne de Karawanken, au col de Loibl. Pour cela ils sélectionnent au camp de Mauthausen quelques centaines de déportés principalement français. Arrivés sur place, ils comprennent qu’ils devront percer un tunnel avec très peu de moyens, sinon la force des muscles. Deux équipes, l’une au nord l’autre au sud, commenceront le percement du tunnel qui aura 1570 mètres de long. C’est l’histoire de ce tunnel et de son percement que raconte Lacaze de manière brillante, mais qui relève de la tragédie plus que de l’urbanisme.

Le train de la mort – Christian Bernadac – 1970

Encore un récit sur la déportation, mais qui est lui-aussi très particulier, hors contexte pourrait-on dire. Il a été écrit par Chistian Bernadac (1937-2003), auteur de plusieurs livres sur la déportation en arborant des thèmes précis. J’ai toujours un peu regretté que cette histoire n’aie jamais servi pour en faire un film. Difficile de faire un film sur un camp d’extermination réaliste, il faudrait trouver des acteurs qui pèsent 35 kilos avec une taille normale, transformés en squelettes par les privations, complètement hagards ou encore à moitié fous. Ici pas besoin de tout cela, il suffit de personnes normales, personnes qui seront soumises à la barbarie nazie, et qui en crèveront pour une partie d’entre-elles.

Le récit : nous sommes au début juillet 1944, le débarquement a eu lieu presque un mois avant. Pour autant la France n’est pas libérée, les Allemands occupent encore l’est de la France et encore Paris. Mais ils sentent que cela ne va pas durer et qu’il est temps de mettre les voiles. Ils ont encore des zones d’influence, dans lesquelles des milliers de prisonniers pour diverses raisons sont encore détenus. Une de leurs craintes est que ces prisonniers soient libérés et servent dans les rangs des libérateurs. Un des principaux lieux de tri et de transit pour les prisonniers en direction de l’Allemagne est Compiègne, plus précisément au camp de Royallieu, A partir de 1942, des trains partent de la gare de Compiègne en direction des camps de la mort. Les conditions de voyage dans ces trains sont loin d’être idéales, mais on est encore loin de celles qui prévalurent dans le train 7909 qui partit le 2 juillet 1944 au matin. Sous l’avance alliée, il faut à tout prix évacuer en vitesse le maximum de prisonniers. On entasse à 100 par wagon 2000 prisonniers dans une obscurité presque totale, seules deux impostes munies de barbelés sont ouvertes. Il est impossible de s’asseoir. Ils ont un seau ou deux pour les besoins, un petit tonneau d’eau, et chaque prisonnier une boule de pain pour le voyage. Jusque-là, tout en étant loin d’être idéales, les conditions du voyage sont ce que l’on pouvait attendre des Nazis, mais tout va basculer assez rapidement dans l’horreur. Le réseau ferroviaire est déjà bien mis a mal par les bombardements et la résistance, c’est un espoir des prisonniers, que le train n’arrive jamais en Allemagne. Mais ce qui va le plus transformer le voyage en cauchemar, c’est la météo. Ce jour-là, il fait beau, le soleil tape dur. Les wagons deviennent vite des fournaises, l’air irrespirable. Ce qui aggrave encore la situation sont les  nombreux arrêts, les convois militaires ont la priorité. Le soif est intense, la réserve d’eau vite épuisée. Dans certains wagons, cela tourne à la tragédie, des hommes se battent, il y a des scènes de folie, des meurtres. La train finira quand même par arriver au camp de Dachau, quatre jours plus tard. On compta plus de 500 morts à l’arrivée.

Christian Bernadac a refait le voyage de ce train en retrouvant plus de 300 témoins, les prisonniers survivants, le personnel ferroviaire qui le vit passer, des témoins qui ramassèrent des billets jetés du train pour informer une femme, un parent, un ami. Il narre l’histoire au fil des heures, wagon par wagon, lieu par lieu. A noter que dans le train se trouvait un personnage qui devint célèbre par la suite, l’accordéoniste André Verchuren. C’est encore une fois un livre poignant qui occupe une place particulière dans les livres sur la seconde guerre mondiale.

L’intelligence des plantes – Stefano Mancuso / Alessandra Viola – 2018

Nous venons de voir avec les deux livres précédents que les homme sont parfois très cons. Avec celui-ci, on pourrait presque se poser la question de savoir si les plantes ne sont pas plus intelligentes. Le débat est ouvert avec ce livre, récent succès de librairie et qui vaut le détour. Je me suis toujours un peu douté que la nature avait des règles et des comportements qui nous échappent. Le première évidence à la lecture du livre, c’est qu’il nous faut admettre que si elle nous a donné certaines facultés, elle a tout autant décidé de nous en priver d’autres. Et c’est justement certaines de ces autres facultés qui gouvernent le monde végétal, et qui font de lui une sorte d’autre dimension dans laquelle les règles ne sont plus les mêmes, règles qui sont nécessaires à la survie en appliquant des lois différentes. Je ne vais pas raconter le livre passionnant de bout en bout, mais juste une ou deux remarques pour aguicher. Croyez-vous que la plante du fait qu’elle ne peut pas se déplacer ne sait pas faire face à un danger? Eh bien non, elle est très capable de se débrouiller pour y faire face. Nous, on prendrait la poudre d’escampette, elle, elle agit autrement. Vous pensez que la plante est incapable de mouvement spontané, qu’elle est immobile, qu’elle ne bouge qu’agitée par le vent? C’est faux, vous savez sans doute qu’il existe des plantes carnivores. Ces plantes qui poussent dans des milieux arides ont besoin d’un apport extérieur pour survivre, comme les mouches par exemple. Diverses espèces sont munies dans leur partie supérieure d’une sorte de piste d’atterrissage, munie de tiges qui ressemblent un peu à un piège à loups. Si un insecte se pose, le piège se referme instantanément sur la victime l’empêchant de s’échapper. Ce mouvement est très rapide, presque autant que celui du piège qui se refermera sur la patte d’un loup. De plus, vous pouvez y mettre un caillou, un mégot de cigarette, ou simplement votre doigt, la plante ne bougera pas, elle n’est pas idiote. Croyez-vous que les plantes aiment être dérangées pour rien? Encore une fois non. La plante est très capable d’identifier ce qui sera utile pour sa perpétuation. Les abeilles sont les bienvenues, car la plante « sait » qu’elle va lui permettre d’étendre son territoire grâce au pollen. Un moustique sera chassé par répulsion car il est inutile à sa survie. Donc la plante est capable de faire la différence entre ce qui est pour elle le bien et le mal. Pour terminer deux questions avec réponses oui ou non, qui vous donneront certainement l’envie d’en savoir plus. Les plantes sont capables de prédire l’avenir, du moins en ce qui les concernera directement? Réponse oui. Y-a-t-il des plantes que l’on pourrait traiter de flemmardes? Réponse oui. La suite dans toutes les bonnes librairies…

Les survivants – Piers Paul Read – 1974

L’histoire est bien connue, c’est celle de cet avion qui se crasha dans les Andes en 1972, dont les survivants durent manger les cadavres des victimes afin de survivre. C’est un livre particulier, sans doute un des plus touchants que j’ai lus. Au contraire d’un récit sur la déportation où l’on trouve une volonté évidente de nuire à l’homme, de le confronter à la mort avant sa cause naturelle, ici il n’y a rien de tout cela. C’est la fatalité, probablement due à une erreur de pilotage, qui vous met en face de la mort. Après quelques jours d’espoir, durant lesquels ils espèrent qu’on viendra les secourir, la réalité les rattrape, personne ne viendra. Commence alors un combat pour la vie dans un microcosme où l’on retrouve réduit à un ou deux exemplaires, un aperçu de divers caractères que l’on peut croiser dans la vie de tous les jours. En extrapolant, on peut imaginer que ce sont les premiers habitants de la planète et qu’ils doivent créer une société dont le but premier est de survivre en établissant des règles qu’ils doivent trouver ou inventer, avec l’avis et la personnalité de chacun et surtout les moyens à disposition.

Le récit : en octobre 1972, un avion uruguayen transporte une équipe de joueurs de rugby, ainsi que des membres de leurs familles, afin de disputer un match au Chili. Le franchissement de la Cordillère des Andes est toujours quelque chose d’assez aventureux, certaines montagnes avoisinent les 7000 mètres, de plus il est assez difficile de la contourner car elle fait 7000 km de long. Le jour du voyage, la météo est assez exécrable ce qui les oblige a patienter un jour avant que les pilotes se décident de tenter le vol. L’avion heurte une montagne et s’abat dans une vallée enneigée à 3500 mètres d’altitude, il y a 33 survivants.  Les lieux sont absolument déserts et il n’y pousse pratiquement rien, la nuit la température descend à -30 degrés. Ils n’ont pas vraiment d’habits chauds, ni de quoi faire du feu, les vivres consistent en quelques biscuits et bouts de chocolat, il n y a donc pratiquement rien à manger. Pour seul abri, ils ont une partie du fuselage. Par malheur, l’avion est peint en blanc le rendant difficilement repérable, mais même dans une couleur voyante, l’exploration de ces innombrables vallées alpines reste extrêmement périlleuse pour essayer de le retrouver. Il faudra 70 jours pour que deux des survivants parviennent à entrer en contact avec un paysan chilien après 10 jours de voyage à la limite du possible, et secourir les 14 personnes encore en vie restées sur place.

Ce livre n’est pas écrit par les survivants, mais d’après leurs témoignages. Il n’en reste pas moins que celui qui l’a écrit a reconstitué de manière très poignante les faits de cette histoire exceptionnelle, dans un monde où l’on pouvait croire que l’aventure pure appartenait au passé. Le livre est cent fois supérieur au film qui en a été tiré trois décennies plus tard, qui m’a laissé complètement froid. Pour être honnête, je n’ai jamais vu un film tiré d’une oeuvre littéraire, où j’ai lu le livre avant de voir le film, me donner envie de le porter aux nues. Il apparaît dans le récit une dimension spirituelle, pas tellement celle d’un dieu bien que la plupart des survivants soient issus de milieux catholiques, mais d’une déesse, la montagne. C’est en effet quelque chose qui force le respect, quelque chose qui fait que quand vous êtes isolés sur n’importe laquelle d’entre elles, vous ressentez la vie d’une autre manière. Il ne suffit pas de sortir une liasse de billets de banque pour acheter vos envies. Il n’y rien que la montagne et vous, muette, gigantesque, tentaculaire. Il reste quand même que la lecture de ce livre est une expérience personnelle enrichissante. De toute ma vie, c’est le seul livre que je n’ai pu lâcher après l’avoir commencé, le seul qui m’a fait passer une nuit blanche et que j’ai lu au moins une dizaine de fois. Alors…

Bas nylons et les nouvelles des vainqueurs

Il y a cent ans, le guerre 14-18 arrivait dans une phase décisive. Rien n’était encore joué, mais le général (pas encore maréchal) Pétain a encore de cartes à jouer dont une fut décisive au mois de juillet et qui sera le début de la déroute allemande. Nous savons tous que le fin de la guerre de manière officielle fut agendée le 11 novembre après la capitulation des Allemands. Les alliés se transforment alors en armée d’occupation sur le territoire allemand. Une tradition très ancrée dans l’armée fut l’édition de journaux dits de tranchés. Sorte d’organe plus ou moins sérieux destiné à maintenir le moral des troupes et mettre en évidence le moindre fait glorieux, même s’il ne consiste qu’au sauvetage d’un poulailler. Tout est bon et permis, du moment que ces journaux ne transmettent pas des informations d’ordre stratégique ou du domaine secret. Souvent ils paraissent avec des moyens disparates, le plus souvent archaïques, mais l’effort est présent. Tout soldat sachant manier un peu le français, quelquefois de véritables journalistes mobilisés, se mettre en quatre pour donner un semblant de vie à ces feuilles de choux. Quand l’armée française commence d’occuper l’Allemagne, il n’y a pas de raison de cesser cette tradition. Les forces d’occupation sont bien évidemment composées de soldats pour qui cette situation est un prolongement de la guerre, il sont encore loin de leur foyer, dans un des lieux qui manquent encore un peu tout. Voici quelques extraits du Bataillon désarmé, qui se réclame comme le premier journal français imprimé en Allemagne. A la fois sérieux, diable on a « gagné » la guerre, et un peu déconneur. Il résume assez bien l’ambiance de l’armistice, avant et après. Le numéro consulté a été publié le 11 décembre 1918.

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Source Gallica, BNP, DP

Bas nylons et encore la bande des six nez

Je continue ma présentation dans ce que je considère comme des chef-d’oeuvres de la BD.

60 aventures de Modeste et Pompom – Collection du Lombard 1958. Valeur d’une édition originale 100-150 euros.

Franquin, qui dessine aussi Spirou, se fâche avec les éditions Dupuis qui publient son héros. Il est naturellement accueilli les bars ouverts par Tintin et signe un contrat de 5 ans. Entre-temps, il se réconcilie avec son éditeur et retourne chez Dupuis. Le voilà obligé de dessiner deux séries pour deux journaux différents. Pour Tintin il créé Modeste et Pompon, une histoire par page, série humoristique qui ne manque pas de pep. Pour mener de front ces deux séries, il s’adjoindra les services de Gosciny et Greg. Avec ce dernier, on trouvera quelques situations qu’il reprendra pour son héros Achille Talon qui’il créera un peu plus tard, notamment les conflits de voisinage. Un des charmes de Modeste et Pompon réside dans le fait que c’est un cliché de la vie à la fin des années 50. On y est déjà un peu matérialiste, on veut du superflu et on aime bien un certain confort. Dans les histoires, rien n’est vraiment clairement identifié au niveau du rôle joué par les personnages. Modeste est un peu mégalo, on ne sait pas trop comment il gagne sa vie, bien qu’il semble parfois chercher du travail. Sa compagne Pompon est encore plus ambiguë, elle semble être sa petite amie, mais elle est habillé comme une jeune fille, ou alors c’est une femme en minijupe bien avant son avènement. Le troisième personnage très présent est le fameux Félix, qui vend de tout et teste modeste comme premier client, en rusant parfois pour faire une affaire. On trouve aussi les trois petites pestes qui sont les neveux de Félix et qui ne manquent jamais l’occasion de faire des dégâts. On ne peut passer sous silence les voisins, Monsieur Ducrin, tantôt charmant mais les plus souvent irascible, Monsieur Dubruit, le voisin sans gêne. Les dessins de Franquin sont magnifiques, les décors imaginés dans un style très moderne, c’est Ikea avant l’heure. Et avant tout c’est drôle et savoureux. Libéré par Tintin après avoir dessiné plus de 180 pages de gags, la série sera reprise avec un certain charme par Dino Attanasio.

Les enquêtes du colonel Clifton – Collection Jeune Europe 1961.  Valeur d’une édition originale 50-75 euros.

Macherot a toujours été réputé pour son dessin animalier, mais il est aussi indécis sur la longévité de ses héros, il aime bien en changer. Abandonnant pour un temps Chlorophylle, il créé le colonel Clifton, par ailleurs aussi chef scout sous le nom de Héron Mélomane. Il dessinera trois aventures avant que la série soit reprise par d’autres. C’est un personnage bien humain dont les aventures se situent en Angleterre avec une ambiance très British, pluie, thé, héros qui fume la pipe. On peut aussi constater que l’humour à la Macherot est sans doute plus évident ici que dans les séries précédentes. Il est vrai que l’on aime assez bien rire des Anglais, surtout s’ils se comportent tout à fait comme ils ont l’habitude de la faire. Le dessin, quant à lui, est du pur Macherot, ambiance, détail, situations. Cette ouevre n’est est pas moins aussi importante que le reste de ses contributions à la BD. C’est différent, mais réussi et ça se lit avec une réel plaisir.

La Patrouille des Castors – Le hameau englouti – Dupuis 1961. Valeur d’une édition originale 50-75 euros.

Avoir dessiné une série d’albums avec des scouts peut semble aujourd’hui bizarre, mais dans les années 50, ce n’était pas plus étrange que de dessiner des aventures d’anticipation.. C’est encore un Belge qui en a eu l’idée, Michel Tack dit MiTack (1927-1992). Quand il décide de créer ses Castors, il a déjà un assez long passé de dessinateur derrière lui. La Patrouille des Castors sera son oeuvre en quelque sorte la plus immortelle. Des dessins magnifiques, des histoires bien ficelées, feront toute la saveur des ces aventures. J’ai choisi Le Hameau Englouti, car c’est celle où je suis resté le plus scotché, et la première que j’ai lue. L’intrigue autour d’un barrage en construction qui va inonder une vallée et un village dont une des maisons recèle un terrible secret, a de quoi tenir en haleine. L’apparition d’une sorte de vagabond un peu fou et d’un évadé accusé à tort de meurtre, vont aiguiller les Castors sur la piste de la vérité. C’est presque un polar et c’est aussi un peu documentaire, car la construction des barrages était assez fréquente après la guerre et des vallées disparaissaient sous les eaux. C’est un must comme on dit aujourd’hui.

Chaminou et le Khrompire – Dupuis 1964 . Valeur d’une édition originale 75-100 euros.

A son passage de Tintin vers Spirou, Macherot doit abandonner Chlorophylle et trouver un autre héros. Il se lance dans la création de Chaminou, un chat agent secret. Avec ce personnage, il parodie un peu ses créations précédentes et l’île de Coquefredouille dans laquelle son héros, Chlorophylle, a connu de nombreuses aventures. Ici on n’est plus dans une île ignorée des hommes, mais carrément sur une autre planète, la Zoolande. Bien évidemment, les animaux vivent comme les hommes, à la différence près qu’ici les carnassiers côtoient les herbivores, ce qui pose quelque problèmes. L’île est gouvernée par un roi, un lion bien évidemment, qui mange des pâtes et boit des bouillons de légumes, comme tous ses administrés. Manger ses semblables est un crime sévèrement puni par la loi. Justement pour cette première enquête, Chaminou aura la lourde tâche de démasquer une bande d’irréductibles mangeurs de viande, secondé de manière très inefficace par son écervelée de secrétaire, Zonzon, qui rêve de devenir une vedette. C’est sans nul doute un chef d’oeuvre de Macherot, qui reprend son dessin original très fouillé qu’il avait abandonné dans les dernières aventure de Chlorophylle. Le décor est résolument plus moderne qu’à Coquefredouille qui vivait encore un peu à l’ancienne, gratte-ciels, autoroutes, néons, apparaissent dans le décor. Chaminou conduit de superbes bagnoles qui pourraient être des Porsches, contrairement aux vieux tacots qu’empruntaient Chlorophylle. Malheureusement cet album fut assez décrié à sa publication, tout en récoltant des éloges par ses adorateurs. Il fallut un quart de siècle pour voir de nouvelle aventures de Chaminou, repris par Olivier Saive avec une collaboration partielle de Macherot pour les scénarios.


Johan et Pirlouit – La guerre des sept fontaines – Dupuis 1961. Valeur d’une édition originale 300-400 euros.

Pierre Culliford dit Peyo (1928-1992) restera comme un créateur très original dans la BD. Pas tellement par son dessin qui est assez classique parmi l’école belge dont il est issu, mais par les personnages qu’il a créés. On peut en noter deux qui sont à ranger dans un classement qui touche à l’imaginaire pur, Benoit Brisefer et bien sûr les Schtroumps. Johan et Pirlouit sont plus traditionnels bien que dans l’histoire des sept fontaines, ils rencontrent un véritable fantôme plutôt sympathique. L’aventure se passe au moyen-âge. Obligés de se réfugier dans un château en ruines, ils font la connaissance d’un ancien seigneur des lieux, condamné à sa mort à errer pour l’éternité dans son château, sauf s’il répare le mal qu’il a fait durant son règne. De son vivant, aimant trop le vin, il fait un pacte avec une sorcière pour que des sept fontaines de son royaume jaillisse du vin à la place de l’eau. Il pourra enfin se reposer lorsque l’eau jaillira à nouveau des fontaines. Avec l’aide des deux héros qui vont l’aider, aussi avec un coup de main des Schtroumps qui apparaissent dans cette aventure, il pourra enfin réparer sa faute et son âme se reposer définitivement. Je me souviens très bien de la première fois où j’ai découvert cette aventure, j’étais au bord de la mer en Italie, et j’ai adoré. Je dois dire que j’ai toujours aimé les histoire de fantômes et les lieux hantés, et celle-là est plutôt est sympa avec ce revenant qui ne manque pas d’un certain humour. C’est le genre d’albums que j’aime à relire.

Blake et Mortimer – SOS Météores – Collection du Lombard. Valeur d’une édition originale plus de 1000 euros. Edition Dargaud 50-75 euros.

Blake et Mortimer – Le piège diabolique – Collection du Lombard 1961. Valeur d’une édition originale 400-500 euros.

Il faut revenir à E.P. Jacobs, car il est certainement le dessinateur qui compte parmi les plus adulés. J’ai choisi de coupler deux albums, car le second est plus ou moins la suite du premier, bien qu’ils puissent se lire indépendamment. On peut considérer EP Jacobs comme un auteur et dessinateur de science fiction, mais avec lui, ce qu’il y a d’intéressant c’est que c’est souvent assez plausible et qui sait un jour cela deviendra en partie une réalité. Prenons les albums séparément.

SOS Météores est encore aujourd’hui pas mal d’actualité. On parle de changement climatique, avec cet album on est en plein dedans. Ici, ce n’est pas la nature qui se fâche par vengeance, mais sous l’impulsion d’un savant qui a trouvé le moyen de maîtriser la météorologie avec une machine qu’il a mise au point. Sans être dans les secrets gouvernementaux, je croirais bien volontiers que ce problème est ou a déjà été étudié. Quoi de mieux en effet que de mener une guerre invisible en envoyant sur un pays ou un continent toutes les catastrophes climatiques possibles. D’ailleurs Jacobs s’inspire d’événements météo inhabituels qui causèrent des dégâts sur l’Europe dans les années 50. Les discussions de comptoir n’hésitaient pas à avancer qu’une possible volonté humaine était derrière cela, on est justement en pleine guerre froide. Cet album est particulier, car il n’est fait que de déchaînements atmosphériques tout au long de l’histoire, pas le moindre rayon de soleil. Inondations, tornades, grêles, orages s’alternent sans arrêt. Bien sûr, les héros, surtout Mortimer, se doutent bien de quelque chose, et un série d’indices va les amener à découvrir qui est derrière cela et détruire ce laboratoire infernal capable de détraquer le temps. C’est absolument passionnant de bout en bout, les décors sont splendides et reproduisent certains lieux réels, sauf évidemment pour les faits qui s’y déroulent.

Comme je le disais en introduction, le second album est plus ou moins la suite du premier. Le savant qui avait imaginé la machine à dérégler le climat a survécu à la destruction de son labortoire. <complètement irradié psr des rayons mortels, il a encore le temps de mettre au point une autre invention avant de mourir, un machine à voyager dans le temps. Il la lègue par testament à Mortimer et celui-ci se rend sur les lieux où se trouve la machine. Par un enregistrement sonore, il explique le fonctionnement de cette machine et Mortimer la met en marche. Ce qu’il ne sait pas, c’est que c’est un vengeance du savant, et que si la machine peut réellement voyager dans le temps, il l’a piégée de manière à ce que Mortimer ne puisse jamais revenir au temps présent, condamné à errer dans les dédales du temps. Il va alors se promener dans le passé, quelques millions d’années avant l’apparition de l’homme et se trouve confronté à quelques sales bestioles qui veulent sa peau, des espèces de libellules à peine plus petites que des hélicoptères, des tyrano machins grands comme des immeubles de cinq étages et toutes sortes de créatures aussi paisibles qu’un crocodile auquel on aurait marché sur la queue. Bref ce n’est pas l’endroit pour faire du camping. Reparti dans sa machine, il séjourne brièvement au moyen-âge où il rencontre une charmante demoiselle à laquelle il donne un coup de main. Le voyage continue, mais cette fois dans le futur, et il finit par arriver en l’an 5060. Le monde que Jacobs imagine dans ce lointain futur n’est pas inintéressant et il n’est pas impossible qu’il aie vu juste pour certaines idées sortie de son imagination. D’autant plus que 60 ans après la création de son histoires, certains gadgets font déjà partie de notre vie quotidienne. Une montre sur laquelle apparaît un visage et qui donne des ordres, ça ne vous dit rien? Et ces espèces d’appareils qui sont capables d’envoyer des rayons mortels et de vous surveiller dans vos déplacements, ben oui des drones. Pour l’instant ils n’envoient pas encore de rayons mortels, mais on peut supposer qu’il ne faudra pas attendre 5060 pour que cela devienne une réalité. Il y a aussi une allusion au cinéma en trois dimensions. Au point de vue des dessins, c’est encore une fois une merveille. Quant Mortimer arrive dans le futur  et se trouve dans un endroit où tout est dévasté, un fouillis inextricable, avec des rames de métro dans le vide, des écritures bizarres sur les panneaux indicateurs et qui ressemblent à du français déformé, on vit vraiment un moment d’anthologie. Un superbe et passionnant voyage.

Ave Miss Eva !

Un numéro spécial exceptionnellement spécial vient de voir le jour pour vos beaux yeux qui ne manqueront pas d’être spécialement émerveillés.

Nylon-Zine le magazine qui nous annonce que l’été sera chaud, se fend d’un numéro spécial exclusivement consacré à Miss Eva et sa collection de  frous-frous qu’elle nous présente depuis une année dans la revue.

STOP

Succombez sous le charme de ses bas nylons qui vous attendent au carrefour de la sensualité dont tous les feux sont au rouge baiser… absolument!