Bas nylons et la victoire

On en a parlé ces jours, le 11 novembre 1918 marquait la fin de la première guerre mondiale, autrement dit l’armistice. Mon père l’a vécu, mais pour lui ce fut un jour glauque, une de ses soeurs est morte ce jour-là, pas de joie, mais bien à cause de cette foutue grippe dite espagnole, qui fit pas mal de ravages. Dans la ville où il habitait, il m’a dit qu’il y avait jusque qu’à trente enterrement par jour, alors que la moyenne c’était deux ou trois. Mais bon, là c’est la nature est ses voies impénétrables, comme celles de l’autre. A côté des millions de morts que la guerre fit, et ceux là ne sont que le fait de la connerie humaine, il fallait bien que l’on fête cela grâce à une dose de patriotisme. Les journaux ne se sont pas privés d’en faire étalage, surtout la presse nationale française dont les lecteurs furent directement concernés par les événements. J’ai pris Le Figaro du 12 novembre 1918 en une pour voir un peu ce qu’ils disaient à ce propos. On se gargarise de cette belle victoire, avec l’aide de Dieu bien sûr, vous ne vouliez quand même pas qu’il soutienne l’Allemagne, c’est évident qu’il était de notre côté, même si le principal intéressé n’a pas fait un communiqué de presse officiel. Alors parcourons d’un oeil aussi neutre qu’ironique  ce bel étalage de hauts faits d’armes et ce jour de gloire enfin arrivé. C’est pas moi qui le dit, mais la une du journal.

Source, Galliva, BNP, DP

Bas nylons et un coeur à prendre

Quand on est comme votre serviteur, un aficionado du vinyle et de la collection de ces galettes purement musicales, le phénomène peut se répartir en plusieurs tendances. Les plus nombreux sont ceux qui collectionnent en priorité un artiste ou un autre. Je suis incontestablement un collectionneur généraliste, je collectionne plus des styles musicaux que des artistes précis, bien que dans certains cas, il m’arrive aussi de collectionner certains artistes qui peuvent être représentatifs des styles que je collectionne. Bien des gens qui ont fait comme moi, chacun dans son coin, en arrivent au fil du temps à faire une sorte de classement purement arbitraire et affectif, de ce qu’ils considèrent comme des musts. Ce ne sont pas forcément des artistes de premier plan, mais avec le temps et l’héritage qu’ils ont laissé, on s’accorde pour leur reconnaître une aura qu’ils n’ont jamais eue auparavant. Dans cet article, je vais vous parler à travers une chanson, une de leurs deux ou trois plus fameuses, d’un de ces groupes qui correspond totalement à ce critère. Par les amateurs du genre, ils sont adulés par une poignée de fans inconditionnels qui se font un plaisir et selon leurs moyens de mettre un maximum de copies originales dans leur discothèque. Même leur premier chanteur, qui a pourtant fait une carrière nettement plus couronnée de succès mais sans doute moins attirante, a reformé le groupe sous l’appellation d’origine plutôt que sous son propre nom, cela montre où se situe l’entrée dans l’histoire.

Quand la Beatlemania déferla sur le monde et sur l’Angleterre en particulier, il y a ceux qui imitaient le style avec plus ou moins de succès et ceux tentent de faire autre chose. Nous connaissons quelques noms qui peuvent correspondre à cette deuxième idée, les Rolling Stones, les Pretty Things, Them, pour les plus connus. L’Angleterre a aussi une spécialité, les producteurs indépendants, souvent aussi compositeurs et musiciens, qui comme certains journalistes ne sont pas rattachés à un label ou un journal précis. Le plus célèbre est Joe Meek, qui produisit John Leyton, les Tornados, ou encore les Honeycombs, tous des no 1 du hit parade. Le principe est simple, ils recherchent des artistes qui à leurs yeux sont intéressants, louent ou ont leur propre studios, font parfois appel à des musiciens si nécessaire, enregistrent une démo et vont la proposer aux maisons de disques. C’est accepté ou refusé, publié tel quel ou alors relooké en studio.

Pour le sujet que nous allons aborder, le producteur est le pivot central, il se nomme Miki Dallon. Il est né en 1940 et s’intéresse à la musique en apprenant le piano. Un de ses premiers engagements est comme pianiste de Vince Taylor, alors dans sa période anglaise. Ce dernier étant parti en France, il peut alors rencontrer un peu le gratin de ce qui est ou sera les noms qui feront un pan de l’histoire de la musique anglaise, notamment Marty Wilde. Il chante aussi, mais surtout il compose. Il a dans sa giberne quelques chansons dont il se réservera l’exclusivité comme interprète en 1965, mais en 1964, l’une d’entre elles est enregistrée par un Anglais qui cartonne en Afrique du Sud, mais qui ne réussit pas à pénétrer le marché anglais, Mickie Most. Cette chanson « That’s Allright », au tempo très rapide est reléguée en face B. Elle sera reprise en France par les Chats Sauvages, version Mike Shannon, sous le titre « Je Suis Prêt ». Most cessera de chanter et commencera sa fructueuse carrière de producteur avec un départ en fanfare en s’occupant des Animals. Dans la foulée, Miki Dallon saute aussi le pas et produit un groupe qui se nomme the Boys Blue auquel il fait enregistrer deux de ses compositions « Take A Heart / You Got What I Want » publiée par His Master’s Voice. Même si le disque est publié dans plusieurs pays, il ne rencontre aucun succès. C’est pourtant un sacré bon disque, mais cet échec aura une influence pour la suite.

Miki Dallon a découvert et produit un groupe qui vient de Coventry, les Sorrows. Après deux tentatives avec des originaux, dont un composé par Mort Shuman, Dallon décide de leur faire réenregistrer « Take A Heart » avec un traitement différent de la version assez cuivrée des Boys Blue. Le potentiel musical des Sorrows est évident, c’est un groupe de série A, avec d’excellents musiciens et un très bon chanteur, Don Fardon. Il en résulte une basse qui imite les pulsations cardiaques, une guitare affûtée surgissant des profondeurs, une batterie aux frappes redondantes, une ambiance un peu cafardeuse, qui font de ce titre un produit innovateur et encore regardé aujourd’hui comme une belle réussite. Le succès est plutôt mitigé, mais pas complètement absent, il monte quand même à la 21ème place des charts anglais. Avec le même playback, une version est enregistrée en allemand et une en italien. Cette dernière rencontre quand même quelques succès d’estime en Italie et décide le groupe le groupe d’aller tourner là-bas, le pays est assez accueillant avec les formations anglaises. Les Rokes y sont des devenues des stars, une de leurs créations « Piangi Con Me/Let’s Live For Today » est devenue un hit aux USA via la reprise des Grassroots. Les Motowns et les Renegades se débrouillent assez bien. Après le départ de Don Fardon, le groupe recentrera presque exclusivement sa carrière sur ce pays. Ils publieront un album en italien avec des reprises anglaises, mais ce ne sera qu’une pâle imitation de groupe d’origine, bien qu’ils connaissent un succès certain.

LE EP français de 1965

Le 33 tours français, identique à l’édition anglaise, pochette légèrement différente.

Même si le succès des Sorrows n’est en rien comparable à celui des autres groupes de premier plan, ils ont quand même laissé quelques traces, déjà de leur vivant. Les Renegades ont repris « TaKe A Heart » et ont jugé le titre assez fort pour lui donner le nom de baptême de leur second album. C’est aussi le cas pour les In Betweens (futurs Slade), qui enregistrent leur version. Si l’on s’en tient exclusivement à ce titre, Miki Dallon raconte qu’il a concédé ses droits de compositeur pour des dizaines de reprises, ce qui ferait d’après lui, son premier million d’exemplaires vendus. Une chose est sûre, c’est que ce n’est pas le cas pour une adaptation française, exceptionnellement il n’y en a pas, et si jamais vous en connaissez une, je serais heureux de parfaire mes connaissances. Le succès de la version en italien ne se dément pas, il y a des tas de reprises sur Youtube, tournées à toutes les sauces, même un karaoké. Je crois que cette chanson a  gagné une belle bataille, si 53 ans après on la chante encore dans les réunions d’anciens combattants. Pas mal pour un truc un peu négligé à sa sortie, le temps est un juge efficace.

La première version par Boys Blue, une très belle version, 1965

La version des Sorrows, 1965

En live, 1966

En live la version en italien 1966, Don Fardon étant parti, c’est le guitariste Philip Whitcher qui assure le chant.

La version des Renages, en live mais très proche de celle en studio, 1965.

Celle de In Betweens, futurs Slade, 1965.

Une version garage par un groupe canadien, 1965.

Don fardon la réenregistre durant sa carrière solo, 1968.

Une des reprises en italien vers 1970, par Firebird.

Dans les années 80, la version des Inmates.

Richard Thompson un ancien de Fairport Convention, même le folk peut mener aux Sorrows.

Pas encore tout à fait oubliés les Sorrows en Italie, et en plus la reprise est pas mal.

En live ne 2016, la formation actuelle des Sorrows, Don Fardon seul survivant d’origine.

Bas nylons et un cinéma un peu particulier

Pendant l’occupation, il fallait bien assurer un minimum de distractions pour la population occupée. A côté de trucs nauséabonds comme les expositions sur les Juifs, le cinéma constitua un moyen de distraction adéquat, facilement contrôlable par l’occupant. Certes, il impose sa loi, même s’il y eut des acteurs ou réalisateurs qui s’empressèrent de lui sourire, la production cinématographique de cette période est loin d’être fade. Pour sûr on évite de parler de situation politique, sinon celle en faveur de l’occupant, mais des sujets en apparence plus badins ou historiques. Sans vouloir les citer tous, on peut en moins en retenir un, Les Enfants du paradis, chef d’oeuvre absolu et sans aucun doute reconnu par les cinéphiles, comme un des plus grands films français toute époques confondues.

Même si le papier se fait rare, il fallait bien que quelques revues consacrent un peu d’encre au cinéma. L’une d’entre elles Ciné Mondial entièrement sous contrôle allemand, parut entre 1941 et 1944 sous forme hebdomadaire. Pour en goûter l’ambiance, nous allons en explorer un numéro, celui du 2 juillet 1942.

En couverture nous trouvons Irène de Mayendorff (1916-2001), la fille d’en authentique baron russe avant fui la révolution. Elle devint une actrice en Allemagne sans films notoires à la renommée internationale, mais sa carrière allemande se prolongera bien au-delà de la guerre. C’est une manière de la propagande d’essayer d’imposer des vedettes allemandes.

Le guerre n’empêche pas  les bonnes histoire. En voici trois qui figurent en deuxième page de la revue. Les cinéphiles y retrouveront quelques noms connus.

Photo de Josette Day (1914-1978), compagne de Marcel Pagnol, en attente de son plus célèbre rôle dans la Belle et la Bête de Cocteau/Clément.

En pleine guerre un petit encart pour un film sur la boxe, Le Grand Combat, sorti en 1942. Il n’a pas laissé une trace impérissable même s’il y avait Jules Berry, Lucien Baroux, Georges Flamant.

Encore une actrice allemande que l’on tente d’imposer en France. Lotte Koch (1914-2014). La guerre lui fut favorable pour s’imposer, mais cela n’alla pas plus loin. On ne peut pas dire que le cinéma allemand tentait d’imposer des boudins si l’on en juge par la couverture du magazine et celle ci-dessous. Elle est morte centenaire, assurément une belle carrière de vivante sans l’immortalité du cinéma.

Raymond Segard est un acteur et réalisateur assez peu connu. Il tourné dans les années 30 et réalisa un film en 1952. Un article de la revue le présente comme acteur et comme peintre. C’est plutôt dans cette carrière qu’il semble avoir le mieux réussi, certaines de ses toiles se vendent aux enchères. Le tabac ne semble pas avoir eu une si mauvaise influence sur sa santé, on le voit fumer la pipe sur certaines photos, car il est apparemment encore en vie âgé de 107 ans.

Le film Pontcarral colonel d’Empire tourné pendant la guerre par Jean Delannoy n’est pas entré dans l’histoire comme impérissable, il a quand même assis la réputation du réalisateur. Un article retrace le tournage du film, qui fait l’objet d’un article dans la revue. A noter la présence de l’incontournable Pierre Blanchar, qui s’illustrera un peu plus tard dans La Symphonie pastorale du même réalisateur et Palme d’Or à Cannes en 1946, avec bien entendu Michèle Morgan.

Dans la présentation des films, on retrouve un film étonnant, Mademoiselle Swing. Le plus étonnant n’est pas le film, mais le fait qu’il a réussi à passer la censure, quand on sait que les Allemands (je parle des dirigeants, pas des citoyens) crachaient sur tout ce qui pouvait venir de l’Amérique. Il est vrai que pour les soldats le « gross baris » avait un tantinet d’exotisme, sans doute par lassitude d’écouter Wagner. Il est certain que la film a un côté contestataire un peu caché.

Une petite étude graphologique sur Odette Joyeux, femme de Pierre Brasseur et mère de Claude.

Pas de boulot?

Quelques potins…

Dos de couverture, un acteur que l’on va revoir assez souvent, Jean Servais.

Suurce Gallica, BNF, DP

Bas nylons et feuilles d’automne

Quelques chansons d’origine française peuvent prétendre à une consécration internationale. La plupart sont immédiatement rattachées à celui qui les as créées, Brel, Bécaud, Piaf. L’une d’entre elles parmi les plus célèbres, sinon l’une des plus belles, a eu un parcours beaucoup plus chaotique. Il fut pour le moins singulier, avant de devenir définitivement une des plus belles chansons s’identifiant à une saison, l’automne. Il s’agit évidemment des Feuilles Mortes.
Les paroles sont de Jacques Prévert et la musique de Joseph Kosma. Kosma s’est inspiré d’une musique de Jules Massenet Poème d’octobre, qu’il mit en forme pour un ballet musical. A l’origine elle sert de thème musical au film Les portes de la nuit, que Marcel Carné tourna juste après la libération et qui sortit en 1946. C’est plutôt un grand film de Carné, avec une distribution que l’on peut affirmer aujourd’hui comme étant du genre prestigieuse, Pierre Brasseur en est la vedette, mais aussi celui qui est alors le plus connu. Des acteurs assez réputés comme Julien Carrette, Raymond Bussières, en sont les rôles secondaires. Mais le film est aussi soutenu par deux acteurs qui sont encore dans une certaine ombre, Yves Montand et Serge Reggiani. Le film est pourtant un échec commercial, tous les clichés entre collaborateurs et résistants ne sont pas encore tout à fait assimilés et justement il est aussi question de cela dans le film. A vrai dire, la chanson sous sa forme connue n’est pas vraiment à l’honneur dans le film. Elle sert de musique de fond, et elle est fredonnée par Montant qui fait semblant d’écrire quelques paroles sur cet air. Ce ne sera pas la première fois, ni la dernière, qu’un thème de film finisse par devenir un succès, mais dans le cas présent c’est plus en douceur. La polémique s’installera pour savoir qui en aura la paternité. Yves Montant prétendra qu’il sera le premier à la chanter en public, fait contesté par Cora Vaucaire, qui assura le contraire, en apostrophant Montand de son manque d’élégance. C’est peut être elle qui a raison, car elle était proche de Prévert, dont elle deviendra une inconditionnelle. Quoi qu’il en soit, les deux l’ont enregistrée et apparemment leurs disques sont sortis presque simultanément en 1949. Pourtant, le première version enregistrée semble bien être celle de Jacques Douai en 1947. Il est important de souligner qu’aucun d’entre eux ne parvint vraiment à l’imposer à l’époque, même si celle de Montand est aujourd’hui la version francophone la plus populaire.
Le coup de pouce qui l’imposera définitivement au plan international vient de l’Amérique, via le célèbre compositeur et chanteur Johnny Mercer. Edith Piaf qui a remarqué la chanson et qui va se produire en Amérique, désire la chanter en anglais, elle l’enregistrera dans cette version en 1950. C’est dans cet esprit que Mercer colle des paroles anglaises sur la chanson, et il en fera lui-même une interprétation. Enfin en 1955, c’est dans la version instrumentale de Roger Williams, un sorte de Richard Clayderman américain. que la chanson est no 1 aux USA. Elle est lancée et ne cessera de tourner dans les répertoires des plus grandes vedettes, adaptée dans tous les styles, mais le jazz lui fera un accueil particulièrement chaleureux. De Bob Dylan à qui vous voudrez, difficile de ne pas en trouver une version qui se cache dans un coin.

Serge Gainsbourg y fera plus qu’allusion dans « La Chanson De Prévert » qu’il enregistra en 1961, qui sera par ailleurs un de ses rares vrais succès des dix premières années de sa carrière d’interprète, mais les autres se chargent de le rendre célèbre comme compositeur. Pour ma sélection, je me suis arrêté sur quelques versions, parmi les plus significatives ou les plus inattendues. Le choix est immense, presque infini, alors…

Sans doute la première enregistrée, Jacques Douai

Celle de Cora Vaucaire

Yves Montant, sa première version enregistrée

La version de Johnny Mercer

La version de Roger Williams, no 1 aux USA 1955 et seule chanson instrumentale interprétée au piano à avoir eu cet honneur

La très belle reprise de Nat King Cole pour les besoin du film du même nom avec Joan Crawford, 1956

Frank Sinatra, 1957

Edith Piaf, 1950 anglais-français

Assez étonnant par Françoise Hardy, 1965

Les Everly Brothers, 1962, pas mal du tout

Miles Davis avec Cannonball Adderley, 1958. Davis ne l’a jamais enregistrée en studio personnellement, mais très souvent joué en live

Version jazz/pop par Manfred Mann, 1966

Iggy Pop, en live 2009 et en français

Eric Clapton, 2010

Bob Dylan, enfin pourquoi pas

Bas nylons et des histoires de journaleux

Le Petit Journal, un hebdomadaire qui parut tout au long de la Belle Epoque. Il est spécialisé dans le faits divers et les belles histoires que l’on pourrait presque lire au coin du feu, avant que les enfants aillent au lit. Avec quelques dessins humoristiques qui sont bien le reflet d’une époque, un fait divers dont fut victime une partie de la bonne société de New York un soir de fête, pour le passage à l’an nouveau de 1910. Un autre récit, sans doute plus marrant qui nous raconte un peu l’histoire de ce qu’on appelle le fric quand il se présente sous forme de billets de banque, et dont la fabrication suscite quelques envies. Le numéro est date du 19 janvier 1910.

Bas nylons et un tube bien compris

Explorons encore une fois une de ces chansons parmi celles qui sont mondialement connues, et qui fut mise en lumière par un autre artiste que celui qui l’a enregistrée pour la première fois. Le répertoire noir est une source pratiquement inépuisable de trucs exploitables par d’autres. Sans qu’il soit question de racisme, très souvent jusqu’à une certaine époque vers la fin des années 1960, on diffusait plus volontiers des notes blanches que des notes noires. A contrario, les musiciens blancs étaient de vrais admirateurs des artistes noirs, et ma foi comme ce sera la cas ici, certains accédèrent à une belle notoriété grâce une une reprise bien couronnée de succès.

Cette chanson est née par un petit tour de passe-passe. A l’origine, elle est composée par Horace Ott, qui suite à une peine de coeur passagère, la dédie à sa petite amie. Il la complète avec Bennie Benjamin et Sol Marcus. Ces trois messieurs sont compositeurs, mais un règlement de l’époque empêche les compositeurs appartenant à des maisons détentrices de droits d’auteur concurrents (ici BMI et ASCAP), de collaborer ensemble. Pour que le chanson puisse être créditée et déposée correctement, Horace Ott attribue son crédit de composition à Gloria Caldwell, sa future femme.

Horace Ott est aussi un arrangeur qui travaille avec Nina Simone, c’est donc elle qui enregistre la chanson en 1964, « Don’t Let Me Be Misunderstood ». A cette époque, elle est encore assez peu connue, surtout du public blanc et peu en dehors des frontières américaines, malgré qu’elle enregistre depuis 1959. Le disque, s’il a un impact auprès de ses quelques fans, ne pénètre pas dans les charts. Les Animals, forts de leur précédents succès, cherchent le truc qui fera leur prochain tube. Ils mettent la main sur la chose et la réarrangent à leur manière. Si la mélodie du vocal est gardée, l’instrumentation est très différente, le tempo bien plus rapide. La différence entre les interprétations tient des racines, Nina Simone vient du jazz, les Animals viennent de Newcastle, donc la vision est différente et l’enregistrement a tout pour plaire aux teenagers anglais. Ils ne manquent par de lui réserver un très bon accueil (3ème au hit parade) et pratiquement un succès international, au Canada (4ème), également aux USA (15ème) où la chanson est enfin découverte.

La publication française est un arrangement maison. Pour des raisons de lettrage il met en évidence « Boom Boom » qui est malgré tout un titre très fort dans la discographie des Animals. C’est vraiment cette version qui fit beaucoup pour faire encore plus connaître son créateur, John Lee Hooker. Il est accompagné de « Club A Go Go », qui est une sorte d’hommage au fameux club de Newcastle qui doit beaucoup pour l’avènement de l’orchestre à la notoriété. De même leur version de « Roasrunner » qui complète le disque, est aussi un bon coup d’accélérateur pour cette chanson de Bo Diddley, relativement peu connue des teenagers dans le vent en cette année 1965. De plus la version est superbe.

 

Une petite polémique naquit quand elle rencontra du succès, polémique venant de Nina Simone. Elle accusa le groupe de lui avoir volé un succès. Pour enfoncer le clou, en 1965 quand elle connut enfin une certaine notoriété avec sa reprise de « I Put A Spell On You », Alan Price ayant quitté les Animals, fit un succès international via sa version.  Elle avait la réputation de n’être pas toujours très aimables avec son entourage, mais elle a quand même eu un peu tort. A partir de là son nom devint beaucoup plus connu, lançant pratiquement sa carrière internationale à un haut niveau. Quoiqu’il en soit, sa chanson fétiche publiée en France attira des l’attention sur elle ainsi que sur sa reprise de « Ne Me Quitte Pas », en français s’il vous plait.

C’est encore une fois une de ces chansons que l’on peut apprêter à bien des sauces. La version originale est un monument, Nina Simone y va avec son âme, mais encore faut-il pouvoir y pénétrer. La reprise des Animals n’a pas à pâlir. L’arrangement est divin et Eric Burdon est un chanteur qui peut se targuer d’être dans la cour des grands. Elle a bien sûr été reprise dans de multiples discographies, le plus souvent inspirée de la version des Animals. Nous allons en découvrir ou revisiter quelques-unes.

L’original 1964

La reprise des Animals en plyaback 1965

En vrai live 1965, synchronisation pas top

L’adaptation de Noël Deschamps, plutôt bonne vocalement, il l’a aussi enregistrée en italien 1965

La très bonne reprise de Joe Cocker 1969

Little Bob Story, version speed, 1975

Une version en finlandais par Kirka 1970

La version disco par Santa Esmeralda 1977

Elvis Costello 1986

Gary Moore 1988

Lucky Devils, psychobilly, 2008

Laura Del Rey 2015

Eric Burdon récemment