Bas nylons et des records

Je me suis amusé a rechercher parmi les gloires des années 60 dérivées des Beatles, lesquelles de leurs chansons passaient le mieux à la postérité. Je me suis intéressé seulement aux groupes britanniques ayant émergé entre  fin 1962 et 1965. Je me suis basé sur le compteur de Youtube qui a le plus de vues, sans tenir compte de l’ancienneté de la mise en ligne mais en prenant en compte un clip présentant la même chanson qui pourrait avoir eu un nombre de passages significatif.  Il y a malgré tout quelques inconvénients à cela. Par exemple, une vidéo des Animals interprétant « House Of The Rising Sun » qui totalisait plus de 300 millions de vues a été retirée pour une raison que je ne connais pas. C’est énorme pour une « viellerie » et je crois que c’est même le record absolu de celles que je vais vous présenter. Le même clip mis en ligne il y a 6 mois va déjà vers le million de vues, c’est dire si le phénomène est solide. Alors qu’elles sont ces chansons qui attirent les nostalgique, c’est ce que nous allons voir en ne prenant qu’une chanson par artiste, la plus regardée évidemment. C’est aussi parfois un peu étonnant, car même pour un spécialiste comme moi, je suis surpris par certains résultats.

The Hollies – Long Cool Woman – 140 millions. Un hit plutôt tardif.

The Kinks . Lola – 24 millions. J’aurais plutôt imaginé « Sunny Afternoon » ou « You Really Got Me », enfin cette dernière est juste derrière.

The Rolling Stones – Paint It Black – 231  millions. Là, je crois que les paroles plaisent beaucoup aux anglophones. Musicalement, c’est une incontestable réussite.

The Searchers – Love Potion Number Nine – 19 millions. Là encore ce n’est pas la plus connue. Elle n’a pas vraiment été un succès, sauf aux USA où c’est en termes de classement hit parade, leur meilleure réussite. Le clip en playback date de début 1966, trois ans après et juste avant le départ de Chris Curtis. De plus c’est Frank Allen à la basse et plus Tony Jackson le premier bassiste qui assurait aussi les vocaux.

Gerry & The Pacemakers – You’ll Never Walk Alone – 28 millions. Ici pas de surprises.

The Zombies – She’s Not There – 20 millions. Elle est en concurrence avec « Time Of The Season » leur second gros tube enregistré quatre ans plus tard.

The Beatles – Don’t Let Me Down. 348 millions. Ce clip en live où ils interprètent ce qui n’est pas leur chanson la plus populaire, surclasse tous  les enregistrements studios.

Herman’s Hermits – No Milk Today – 12 millions. C’est leur hit le plus international.

Them – Baby Please Don’t Go – 4 millions. On aurait pu penser à « Gloria » internationalement bien plus connu.

The Tornados – Telstar – 4 millions. Le seul instrumental du classement et le premier groupe rock a être no 1 aux USA.

The Yardbirds – For Your Love – 7 millions, clip en live plus regardé que la version studio, l’attrait du visuel sans doute.

The Swinging Blue Jeans – Hippy Hippy Shake – 3 millions. Simple mais efficace.

The Animals – The House Of The Rising Sun – 58 millions, comme dit en introduction, un clip avec plus de 300 millions de vues a été retiré

The tremoloes – Silence Is Golden – 9 millions. Il n’y a pas à dire, les Tremoloes sans Brian Poole ont aligné bien plus de gros hits sans lui.

The Dave Clark Five – Glad All Over – 6 millions. Un des rares groupes anglais qui peut prétendre avoir eu un vingtaine de titres classés aux USA dont la plupart sont des compositions maison.

The Troggs – Wild Things – 17 millions. Une des premières chansons aux relents sexuels autre que du pur romantisme.

The Moody Blues – Nights In White Satin – 42 millions. Qui ne l’a jamais entendue ?

The Small Faces – Itchycoo Park – 11 millions. Ce n’est pas la préférée des radios nostalgiques.

The Who – Baba O’riley – 37 millions. C’est également assez surprenant. Mais le jury a voté !

The Easybeats – Friday On My Mind – 12 millions.  Le clip est excellent, le chanteur ne fait pas que chanter.

Spencer Davis Greoup – Gimme Some Lovin’ – 12 millions. C’est toujours aussi plaisant.

The Nashville teens – Tobacco Road – 2 millions. Cela aurait été difficile d’en imaginer une autre.

 

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En passant

Bas nylons et un V

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La libération de la France marqua une certaine évolution des moeurs. Ce n’est pas encore la révolution sexuelle des années 1970, où presque tout devient autorisé à condition d’avoir un certain âge, mais il est incontestable que dès 1945 l’on franchit un pas. Des publications qui auraient subies les foudres de la censure dix ans plus tôt, font beaucoup moins de vagues. La France, pays plutôt libertin, est malgré tout restée dans un certain conformisme. En mettant de côté les petits plaisirs à connotation sexuelle qui circulaient sous le manteau, l’homme ou la femme de la rue ne sont pas très différents de ceux que l’on peut observer dans d’autres pays. C’est plus au niveau du comportement ou de langage que l’on trouve cet esprit libertin. Des paroles un peu grivoises lancées par un personnage important ne choquent pas plus que ça, on en rit même. Avoir une maîtresse n’est un signe de déséquilibre, c’est presque un signe d’appartenance à une certaine élite qui regarde une paire de fesses en fin connaisseur, on est presque sûr de son pouvoir de séduction et prêt à le prouver, en actes ou du moins en paroles, la vantardise est presque une qualité reconnue d’intérêt national. Après le French Cancan, plutôt un danse à connotation un rien coquine, c’est encore le cinéma, qui fut le pionnier de cette libération des moeurs avant l’heure. Si l’on compare le cinéma d’avant guerre, les films français sont incontestablement, mais discrètement plus osés. On montre un peu, sans en montrer trop. On suggère aussi beaucoup, sans toutefois priver le spectateur d’une amorce de cette suggestion, une femme qui détache ses bas ou qui commence d’enlever sa robe sont d’un emploi plutôt courant. Aux USA, on détourne le problème autrement, dans quelques notables exceptions un peu impudiques. Les films américains les plus déshabillés sont ceux de Tarzan, sa femme apparaît relativement dénudée, mais c’est normal, elle fait partie de ces esprits primitifs qui hantent la jungle, la jungle est bien loin de l’idéal de société à l’américaine. Comparé à la France, ce sont des exceptions, les grandes stars féminines d’Hollywood ne montrent guère que leurs sentiments.
Dès la libération, un magazine édité par le Mouvement de libération nationale, tout simplement appelé V, va marquer le pas. On aurait presque pu dire Front de libération sexuelle. Au fil de ses publications, il va devenir un peu coquin. Ce n’est pas encore Lui ou Playboy, mais ce n’est plus le Bulletin Paroissial. Bourré d’articles plus ou moins intéressants ou originaux, il a l’illustration assez légère dans certains cas, légère comme une brise qui va gonfler les voiles des futures revues comme Paris-Hollywood. Voici quelque (s)extraits de photos ou dessins qui, je n’en doute pas, firent rêver nos ancêtres pas si lointains. Cliquez pour une meilleure vue de certaines illustrations.

Source Gallica, BNP, DP.

En passant

Bas nylons et une certaine dame

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Au cours de mes précédents articles, nous avons vu combien l’influence des Noirs s’est faite sentir dans la musique blanche côté jazz et rock and roll. La réciproque n’est pas toujours vraie, les Noirs boudèrent passablement quelques standards du rock and roll créés par des Blancs. On trouve rarement, et même parfois jamais, des chansons comme « Be Bop A Lula », « Blue Suede Shoes », « Twenty Flight Rock » ou encore « Shakin’ All Over », interprétées par des Noirs. Si les Noirs reprennent du rock, ils se tourneront plutôt vers Little Richard ou Chuck Berry. D’autres chansons qui n’appartiennent pas à ce courant, échappent aussi passablement à l’attirance des Noirs. Nous allons en revisiter une, qui est un immortel standard mais très typique d’un public blanc. Elle fut composée par un certain Wayne Shanklin et rendue célèbre en 1951 par Frankie Laine, elle porte comme titre un prénom biblique : « Jezebel ».

Bien que typiquement américaine, mais relatant une histoire originaire du proche-orient, elle a indubitablement un petit petit fond musical venant de là. La comparaison s’arrête ici, car au fil des innombrables reprises, elle a connu toutes sortes de traitements qui l’éloignent parfois passablement de l’original. Dès sa publication en 1951, le disque de Frankie Laine connaît un immense succès et se vend à un million d’exemplaires, chose pas si courante pour l’époque. Elle fait partie de ces chansons qui ont ce petit quelque chose qui leur permet de traverser les ans sans problèmes, contrairement à des succès ponctuels qui retournent assez rapidement à une relative obscurité et qui ne tentent pas grand monde pour une reprise. La même année, Edith Piaf remarque cette chanson et demande à son homme de peine Charles Aznavour, de lui coller des paroles françaises. Il le fit et l’enregistra aussi un peu plus tard. A ce propos, j’ai une histoire personnelle à raconter à propos de cette chanson. Je dois l’avoir déjà racontée, mais je vais le faire encore une fois, tant le hasard fait drôlement les choses. Il y avait sans doute un milliard de chances que cela arrive, mais c’est bel et bien arrivé.
J’étais en vacances en 1974 à l’hôtel Ritz dans la petite ville de Senigallia en Italie, au bord de l’Adriatique. Il était environ 15 heures et je me prélassais dans un rocking chair juste à côté de l’entrée de l’hôtel. Comme je ne fais rien sans musique, surtout en vacances, j’avais avec moi mon lecteur de cassettes. C’était alors le moyen le plus courant pour écouter de la musique choisie, il n’y avait pas de walkman, ni de lecteur CD. C’est là que le hasard entre en jeu et vient mettre sa pincée de sel. Dans mes fouillis d’enregistrements qui comprenaient un choix hétéroclite des chansons, il y avait justement « Jezebel » dans la version des Chaussettes Noires. C’est justement celle-là qui passait sur mon appareil au moment précis où je vis un bonhomme qui était à une dizaine de mètres, se diriger vers l’entrée, donc vers moi. Je l’ai regardé, et je me suis dis que je connaissais cette binette. Quand il a été un peu plus près, j’ai reconnu Charles Aznavour en personne. Arrivé à ma hauteur, il s’est arrêté, m’a regardé étonné deux secondes, et est entré dans l’hôtel sans dire un mot. Je pense qu’il avait reconnu la chanson et voulait être sûr d’avoir bien entendu. Je n’ai pas essayé d’engager la conversation avec lui, car à cette époque, je me foutais complètement de ce qu’il pouvait représenter, je détestais cordialement. Par son attitude après dans l’hôtel, car c’était un peu l’émeute, je l’ai jugé assez hautain, mais pas complètement antipathique. Souvent ces personnages ne sont humbles que quand la caméra enregistre. Mais assez de blabla, voyons différentes versions…

L’original, 1951.

Edith Piaf en français, 1951.

Charles Aznavour, 1952.

Le premier rockeur à la reprendre, Gene Vincent, 1956.

Un des pionniers du rock au Japon, Masaaki Hirao, 1958.

Les Everly Brothers, toujours au top dans les reprises, 1962.

Marty Wilde, le père de Kim, un hit modéré pour lui en Angleterre, 1962.

Version orchestrale de Michel Legrand, on devine son goût pour les musiques de films, 1962.

Les Chaussettes Noires, une plaisante version, 1963.

Lee Curtis & All Stars, des Anglais à Hambourg, en live à La Cavern, 1964.

Les Hollandais, Johnny Kendall & Heralds, la première version que j’ai mise dans ma discothèque, 1964.

Vince Taylor & Bobby Clarke Noise, 1965.

Herman’s Hermits, en live, 1966.

Le King Set, avec Michel Jonasz comme chanteur, très soul music, 1967.

Les fameux Milkshakes, le garage de l’after punk, 1984.

The Mummies, groupe trash US, 1992.

David Vannian, ancien membre des Damned, une version assez bien vue, entre psyché et garage, 1995.

Huevos Rancheros, ce sont des Canadiens, en surf et instrumental, 1995.

L’Anglaise Anna Calvi en live à Paris, assez bien vu, 2011

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En passant

Bas nylons et quoi de neuf docteur ?

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Vers le début du 20ème siècle, au fur et a mesure que les informations circulent, la presse vient à s’intéresser à des faits qui se produisent ailleurs, dans d’autres pays, alors que quelques années plus tôt, personne n’en aurait parlé. En général, la politique domine largement le domaine, les grandes catastrophes font partie du lot, mais les affaires criminelles ne sont pas oubliées. Une assez banale affaire de meurtre en Angleterre va connaître un développement inattendu dans le monde entier, encore plus inattendu, c’est que tout le monde en parle dans la presse, alors que le coupable en fuite, croit toujours qu’il n’est pas repéré. Le coupable sera aussi la première victime de ce que l’on pourrait appeler, une arrestation wi-fi. Cette affaire aura même un prolongement inattendu pour un acteur de cinéma.

Nous sommes en 1910 en Angleterre, un citoyen américain établi dans ce pays du nom de Hawley Harvey Crippen, va faire la une de l’actualité criminelle.  Il est né dans le Michigan en 1862. Il a étudié l’homéopathie à l’université de cet état et se lance dans cette pratique. A cette époque, elle est encore un peu regardée comme du charlatanisme, bien que certaines personnes fassent déjà confiance dans ce genre de méthodes. Pour lui, les affaires ne marchent pas trop mal, il est même un bourgeois aisé. Marié une première fois, au décès de sa femme en 1892, il confie leur unique enfant à ses beaux-parents en Californie et file à New York continuer ses activités. C’est là qu’il rencontre sa deuxième femme, Corrine Turner, une aspirante actrice qui ne décroche pas tous les rôles qu’elle souhaiterait.

En 1897, les affaires marchant moins bien, le couple émigre en Angleterre. Son diplôme n’étant pas reconnu en Angleterre, Crippen doit se contenter d’activités parallèles à la médecine, comme représentant en médicament. Il exerce aussi comme dentiste. En 1899, il est viré de son emploi, car il s’occupe un peu trop de tenter d’établir sa femme comme actrice à part entière. Cette dernière n’a pas une vie exemplaire, elle tâte le goulot de la bouteille et connait de multiples aventures extra-conjugales. De son côté Crippen, qui travaille dans un maison qui s’occupe des sourds, rencontre Ethel Le Neve dont il tombe amoureux vers 1905. En 1908, dans la maison qu’ils occupent à Camden, Crippen loue une chambre à sa maîtresse, soi-disant pour augmenter leurs modestes revenus. A partir de là, la situation va devenir intenable. En février 1910, sa femme disparaît et Crippen fait savoir à son entourage qu’elle est retournée et Amérique, et un peu plus tard qu’elle serait décédée là-bas. Mais les connaissances de sa femme ont un doute, car sa maîtresse arbore des bijoux de sa défunte femme. Ils trouvent bizarre qu’elle soit partie sans sa bimbeloterie comme dirait le capitaine Haddock. Une de ses amies, avertit la police.

La police débarque et questionne Crippen. Ce dernier revient un peu sur ses déclarations, en réalité sa femme serait toujours vivante, elle se serait simplement enfuie avec un de ses amoureux. Cela paraît plausible, des histoires de femmes qui quittent leur mari, il y en a tous les jours. Une fouille rapide de la maison n’a rien laissé paraître d’anormal. Peu après, Dew l’inspecteur qui s’occupe de cette affaire, revient pour des compléments d’information, mais trouve la maison abandonnée. Cette fois, il a des doutes et une fouille sérieuse de la maison est entreprise. On finit par trouver des morceaux de cadavre enterrés dans la cave couverts de chaux. Les enquêteurs d’alors les identifient comme étant ceux de la femme de Crippen. Un avis de recherche est lancé. La France est visée en premier lieu car il est établi avec plus ou moins de certitude qu’ils ont gagné le continent. La presse française se passionne alors pour cette histoire.

Les restes humains dans la cave

Crippen a commis une grosse erreur, la seconde visite de Dew était de pure routine, il était plus ou moins convaincu par la version de Crippen. S’il était resté tranquille chez lui, l’histoire en serait probablement restée là. Mais il est en fuite avec sa maîtresse déguisée en garçon, qu’il fait passer pour son fils. Commence alors une course contre la montre, le couple séjourne en Belgique où Crippen apprend par la presse que l’on a découvert des restes humains dans sa maison. Ils décident d’embarquer pour le Québec, à bord du Montrose. Sur le bateau, le capitaine est intrigué par ce couple un peu bizarre, surtout par ce garçon qui n’a pas l’air d’en être un. Il finit par identifier Grippen avec une quasi certitude, sa photo circule dans les journaux. Il n’y a pas de presse à bord, mais sans doute un journal traînait par là. Il avertit la police anglaise qu’il est parmi les passagers. Dew met alors au point un plan de bataille. Le bateau a trois jours d’avance, il est dans la catégorie des escargots de la mer, mais en prenant un bateau plus rapide il peut arriver avant lui dans le port de destination au Canada. C’est ainsi que Grippen, qui ne se doute de rien, est arrêté le 31 juillet et ramené en Angleterre avec sa présumée complice. C’est le premier criminel arrêté via la communication sans fil.

Crippen et sa maîtresse lors du procès 

Le procès a lieu rapidement. Le 18 octobre, Crippen est reconnu coupable d’avoir empoisonné sa femme avec de la scopolamine. Il a signé un registre de son nom quand il a acheté le produit. Il nia toujours que le cadavre dans la cave était celui de sa femme. Sa maîtresse est acquittée au bénéfice du doute. Il est condamné à mort et pendu le 23 novembre 1910. Toutefois, de nombreuses zones d’ombre ne furent jamais éclaircies. En 2007, des analyses ADN affirment que ce n’était pas les restes de sa femme, avis aussitôt contré par d’autres experts. On peut même envisager qu’il ne l’a jamais tuée. Probablement, Grippen fut le seul a connaître l’exacte vérité. Il peut aussi attirer une certaine sympathie, il n’avait pas épousé une femme de rêve. Cela aurait pu lui valoir des circonstances atténuantes, qui ne furent pas prise en compte dans son recours. C’est ce que peuvent penser certains visiteurs en contemplant sa statue de cire dans la chambre des horreurs, chez Madame Tussauds à Londres.

Venons-en à l’histoire qui implique un acteur de cinéma. Cela tombe bien, nous en avons parlé récemment dans l’article de Peter Pan consacré au Chien des Baskerville. Il s’agit de Miles Malleson (1888-1969), un des très bons seconds rôles du cinéma anglo-américain. Très populaire, il tourna dans des dizaines de films, Hitchcock fit appel à lui deux fois. Il est aussi connu pour avoir traduit Molière en Anglais. C’est un personnage aux idées assez avancées. Il fut objecteur de conscience durant la guerre 14-18, un militant actif de l’émancipation de la femme. Avec sa seconde femme Joan, épousée en 1923, ils s’engagent dans un partenariat sous forme d’union libre, chose alors très peu courante dans cette très conservatrice Angleterre. C’est justement avec cette épouse, qui est une pionnière de la recherche sur la contraception féminine, qu’ils cherchent une maison où sa femme peut donner ses consultations. Ils en trouvent une, de plus le prix est très abordable. Ce qu’ils ne savaient pas en l’achetant, c’est que c’est la maison de Crippen, mais ils ne déménageront pas pour autant.

Miles Malleson dans Les 39 Marches d’Alfred Hitchcock, 1935.

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Quelques développements de cette affaire dans la presse française. Cliquer pour agrandir.

Sources Gallica, BNP, DP

En passant

Bas nylons et allons jouer à la maison

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Encore une de ces chansons de rock and roll noir « Baby Let’s Play House », qui a participé à l’avènement du rock and roll blanc. Ce fut sous l’impulsion d’Elvis Presley qu’elle gagna définitivement le coeur des rockers et fut ensuite constamment reprise par des artistes blancs. Son créateur, Arthur Gunter, ne passa pas complètement inaperçu quand son disque fut publié, il classa même sa chanson en assez bonne place dans les charts R&B du Billboard en 1954. Mais c’est quelques mois plus tard quand Presley l’enregistra pour le compte des disques Sun qu’il décrocha par la suite la timbale sous forme de royalties, ceci jusqu’à son décès en 1976. Presley est sans doute un des chanteurs de rock a avoir eu une réelle admiration pour  le répertoire noir. Cette admiration était d’ailleurs partagée par Sam Philips, le propriétaire de la boîte Sun. Une multitude d’artistes noirs passèrent par son label avant que Presley en fasse partie, B B King, Howlin’ Wolf, Rufus Thomas, furent des artistes maison. Philips cherchait un artiste blanc ayant la sensibilité d’un artiste noir, et justement Presley avait cette qualité en lui. Il ne faut pas tellement chercher cette sensibilité dans le côté rock de la voix de Presley, mais bien dans la profondeur de celle-ci. Quoiqu’en peuvent penser  les fans du Presley rock, c’est dans ses enregistrements de gospels, musique essentiellement noire, que l’on trouve le sommet de son art vocal. Mais ceci n’entache en rien l’autre côté, Presley était capable d’être bon en tout.

La version originale, 1954.

Le version de Presley, 1955, remarquez que dans ses premiers enregistrements, il n’y a pas de batterie.

Buddy Holly l’enregistra sous un titre différent « I Wanna Play House With You », et créditée à un autre compositeur. Mais il s’agit probablement d’une erreur jamais corrigée, car titre et compositeur correspondent à une chanson différente datant de 1951. Précisons encore que la version de Buddy Holly est une chanson de ses débuts, publiée plus tard, et probablement une sorte de « réglage » datant de 1956. La qualité sonore est moindre, ça « friture » pas mal au début.

Sorte de plagiat enregistré par Johnny Burnette sous le titre « Oh Baby Babe », 1956.

Vince Taylor et ses Play Boys, la venue en France d’une bête de scène, 1961.

Une version surf par les Astronauts, 1963.

Mungo Jerry, 1970, sur leur premier album.

Sleepy LaBeef, chanteur plutôt country, 1978.

Rachel Sweet entre punk et rockabilly, 1980.

Dave Edmunds, le fameux, 1981.

Glen Glenn, un rocker malchanceux de la fin des fifties qui refait surface, 1982

Scott Bakula, acteur principal de « Code Quantum » chante aussi,1993.

La grande Wanda Jackson, 2006.

Les Stray Cats, en live.

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En passant

Bas nylons et un point de vue

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En 1945, la France renaît petit à petit. Une grande variété de journaux, quotidiens, hebdomadaires, va fleurir les devantures des kiosques. Parmi ces publications nous trouvons Point de vue qui apparaît en mars 1945. Hebdomadaire qui couvre l’actualité de manière générale, Il s’intéresse surtout aux célébrités en y ajoutant un côté sensationnel. On peut imaginer que ce n’étais pas le magazine le mieux placé pour en parler, mais il consacre un article aux crimes du guerre, le côté sensationnel étant bien présent. C’est d’autant plus d’actualité dans ce numéro de mai 1945, que certains camps de déportation ne sont pas libérés depuis longtemps. Le tristement Auschwitz l’a été à fin janvier 1945 par les Soviétiques, tandis que l’un des derniers, Bergen Belsen en Basse-Saxe au milieu de l’Allemagne, ne le sera qu’à mi-avril. Ce camp servit un peu d’entonnoir pour récupérer les prisonniers qui furent évacués des camps que les Allemands durent évacuer suite à l’avance des Alliés, à l’ouest comme à l’est.  Dans l’optique allemande, il ne fallait pas qu’un seul prisonnier tombe vivant entre les mains ennemis, faute de pouvoir les exterminer tous, on les déplaçait. L’arrivée d’innombrables détenus dans ce camp, quand ils n’étaient pas tués en route, rendit les conditions de séjour infernales, on y mourait par manque de tout. Les images qui furent filmées par les Allies dans ce camp, servirent pour une bonne partie au procès de Nuremberg. On y voit des fosses remplies de cadavres qui n’ont que la peau et les os, quand il ne traînent pas n’importe dans le camp. Comme beaucoup des pires surveillants sadiques des camps d’extermination avaient suivi le mouvement, on put les cueillir sur place. La « fameuse » Irma Grese dite l’angle blond d’Auschwitz, en faisait partie, elle fut condamnée à mort et pendue en décembre 1945, elle avait 22 ans. Par mesure de salubrité le camp fut incendié, tant les risques d’épidémie étaient probables.

L’article du journal n’est pas un compte rendu de tribunal, mais il pose les questions encore ouvertes à ce moment-là. La chose la plus établie, c’est qu’il y a eu crimes de guerre, on découvrait là un terme plutôt nouveau. Il fallait un tribunal de guerre, Où, quand, comment, qui, étaient les points à débattre. La plupart, sinon toutes, des photos illustrant l’article, ont été prises à Bergen-Belson. Certaines sont devenues célèbres, mais en mai 1945, peu les avaient déjà vues. Cliquez pour agrandir.

Ceci ne figure pas dans l’article du journal, mais il s’agit de quelques précisions toujours utiles.

A gauche dans le photo du haut, il s’agit de la véritable Irma Grese, avec l’incendie de Bergen Belsen. Dans celle du dessous, nous arrivons dans ce qui est de la falsification. Cet photo aussi censée montrer Irma Grese, mais c’est faux. Il s’agit d’Aleksandra Slaska et est extraite d’un film, La Passagère d’Andrzej Munk sorti en 1963. C’est une fiction dans laquelle un ancienne gardienne SS retrouve lors d’une croisière un de ses anciennes prisonnières. le film est une série de séquences entre le présent et le passé. La photo est d’autant plus anachronique que l’on peut remarquer que l’actrice est maquillée, alors que c’était strictement interdit aux membres féminins des SS. Enfin, on peut se poser quelques questions sur l’admiration et les aboutissements que peuvent porter certaines personnes sur des personnages qui appartiennent à un côté très sombre de l’histoire. Le cimetière virtuel Find A Grave a désactivé la possibilité de mettre des fleurs virtuelles sur la page qui la concerne, du fait de trop empressés admirateurs venus les déposer. Je serais plutôt du côté de Vernon Sullivan alias Boris Vian : j’irai cracher sur vos tombes.

 

En passant

Bas nylons et sauce à la française

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En général, on considère que le rock and roll a mis de nombreuses années pour émerger en France, environ 4 ou 5 ans, en prenant comme référence le premier succès du rock, « Rock Around The Clock » par Bill Haley et ses Comets. Sue le plan strictement français, on cite à partir de 1958, Danny Boy, Danyel Gérard, Gabriel Dalar, Claude Piron (Danny Boy) et Richard Anthony comme étant les premiers à enregistrer ce style de musique en France. On accorde toutefois une petite longueur d’avance dans la renommée à Henri Salvador, qui enregistra en 1956 son fameux disque parodique avec la complicité de Boris Vian, sous le nom de Henri Cording. C’est le cas le plus connu. Pourtant il ne fut pas le seul à enregistrer à la même époque, ce que l’on pouvait considérer comme du rock chanté en français. Nombreux furent ceux qui le firent, et pas des moindres au niveau de la célébrité. Malgré tout ces titres restent assez anecdotiques dans leur discographie. On est toujours un peu dans la parodie et l’on ne décolle pas beaucoup du swing et du style à Bill Haley. Il faut rappeler que vers le début 1956, il est un des rares pionniers du rock à être un peu connu en France et avoir eu des disques publiés dans le pays. De plus, il figure dans la bande sonore du film « Graine De Violence », projeté sur les écrans français. Je vous laisse partir à la découvertes de quelques titres que j’ai exhumés, qui furent enregistrés entre 1956 et 1959 et qui concernent ces obscurités plus ou moins grandes. C’est un choix, il y en a d’autres.

Henri Cording (Salvador) / Rock And Roll Mops.

Jacques Hélian / Toutes Les heures Sonnent. Rappelons que Jacques Hélian, comme chef d’orchestre, fut une des grosses vedettes d’après-guerre. Ici, il s’agit d’une adaptation française de « Rock Around The Clock », par une chanteuse de son orchestre.

Rock Failer / Requins Drôles. C’est en réalité le musicien de jazz Jacky Vermont

Mac-Kac / T’es Pas Tombé Sur La Tête. C’est une adaptation de « See You Later Alligator » de Bobby Charles via Bill Haley. Mac-Kac c’est Jean-Baptiste Reilles, un batteur de jazz.

 Eddie Constantine / Rock Rock. A côté de sa carrière d’acteur, Eddie Constantine enregistre quelques disques avec un certain succès. Cet enregistrement-ci est très collé au style de Bill Haley. Un anachronisme au niveau des paroles pour 1956 : « une étincelle qui nous vient tout droit de Broadway ». Le rock and roll a mis bien longtemps avant d’être à l’affiche des réputées comédies  musicales bien propres de l’endroit. Mais comme le nom était connu en France, on l’utilisa un peu comme une fake news d’aujourd’hui. En 1955 en Amérique, on considérait plutôt cette musique comme étant celle du jeunes voyous. On se souvient de cet animateur de télévision qui brisait les disques de rock and roll en direct, affirmant qu’il ne serait jamais diffusé sur la chaîne.

Colette Renard – L’Age Atomique. Adaptation de « Rock Around The Island » des Lancers. Colette Renard entre deux chansons à sous-entendus.

Luis Mariano – Me Petite Chérie ( adaptation de « Chantilly Lace » de Big Bopper. Assez étonnant de la part d’un chanteur de charme, mais sa voix n’est pas très rock.

Georges Guetary – Viens Danser Le Rock. Un autre chanteur de charme.

Dick Rasurell Et Ses Berlurons / Roll Steack Frites. Dans cet ensemble il y a  Earl Cadillac et Henry Rostaing. Le titre aurait dû faire fureur en Belgique.

Chou Rave Hageur / Peb Rock. Accompagné par les Hot Dogs.

Moustache – Le Rock De Paris. Un personnage bien connu dans le jazz.

Rockin Harry & Bros / Faut Pas M’énerver. Un Belge qui emprunte bien à Bill Haley.

Ricahrd Anthony – Peggy Sue. Premier disque de Richard Anthony qui reprend un des phares de Buddy Holly, mais du rock pas très bruyant.

Gabriel Dalar / Croque Crane Creux. Adaptation de « Purple People Eater » de Sheb Wooley. Il était de nationalité suisse.

 

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