Du nylon quand le jour se lève

 

Je n’ai jamais caché ma préférence pour le cinéma français des années 30. Ce n’est pas la seule période intéressante, mais celle-là aligne les grands films plus que tout autre. Entre Marcel Carné, Jean Renoir, Julien Duvivier et quelques autres, il y a de quoi se scotcher à l’écran. Depuis que le cinéma parle, vers la fin des années 20, il a conservé cette aspect un peu théâtral de l’acteur, une grande partie vient de là, en y ajoutant une voix qui est son autre carte de visite. La trilogie de Pagnol est presque plus gravée dans les mémoires par les voix que par les interprétations.
Avec « Le Jour Se Lève » Marcel Carné explore le monde ouvrier de l’immédiat après Front populaire. Ce qui attire en premier lieu l’oeil du spectateur, c’est sans doute le décor.  Des banlieues enfumées par les usines, le matin gris qui se lève alors que le monde se rend  à son travail. C’est la place rêvée pour qu’un drame se déroule, il va d’ailleurs se construire sous les yeux du spectateur. L’histoire de déroule à l’envers, on assiste par de nombreux retours en arrière aux faits qui vont y conduire, des flashbacks, une technique peu expérimentée à l’époque.
François (Jean Gabin) est un ouvrier pas trop mécontent de son sort. Il fait un travail pénible de sableur dans une usine avec son collègue Gaston (Bernard Blier). Il tombe amoureux de Françoise (Jacqueline Laurent), une jeune fleuriste qui ne répond pas de manière empressée à ses avances. Un autre homme Valentin, un baratineur  dresseur de chiens (Jules Berry), a également des vues sur elle. Il n’hésite pas à la faire passer pour sa fille afin de décourager François, tout en lui proférant des menaces. La maîtresse de Valentin, Clara (Arletty), tente de le consoler à sa manière et de le mettre en garde, elle qui le connaît bien. Ainsi, le drame peut se nouer qui ira jusqu’à l’assassinat de Valentin par François.
L’interprétation est majestueuse, Gabin tient là un de ses grand rôles. La scène finale est un moment d’anthologie. Jules Berry dans son rôle de cynique est toujours parfait. On aime le détester. Comme dans beaucoup de ses apparitions, on voit  l’homme du théâtre, parfois jouant comme il le sent et non comme on veut qu’il joue. Arletty est dans son premier rôle dramatique, elle ne démérite pas, égale à sa légende.
Carné qui a déjà entamé une collaboration avec Jacques Prévert poursuit avec lui. Il signe les dialogues parfois savoureux du film. Il aura encore l’occasion de rencontrer sur sa route quelques grandes réussites du cinéma de cette époque, qui deviendront mythiques aussi grâce à lui.
Tant par son ambiance, par ses scènes remarquables, ses dialogues, ce film restera à jamais un moment inoubliable. Il passe d’autant mieux à la postérité qu’il semble toujours trouver un public pour l’aduler. Il peut aussi se regarder comme un documentaire hors du temps, la vie dans les années 30, ses joies, mais plus encore, ses drames.

Autour du film

Le film fut à sa sortie assez fraîchement accueilli par le public qui ne comprenait pas trop la narration du film en flashback. Par la suite, une introduction expliquait le déroulement du film.

La censure fit supprimer une scène du film où Arletty était nue.

Tourné dans un contexte difficile, la guerre approchait, il fut au début de l’occupation, pour finalement ressortir en 1942. Il connut alors un succès plus conséquent.

La maison où habite Gabin est construite spécialement pour le film. Il n’y a pas de mur à l’arrière, ce qui permettra à la caméra de faire des plans en sautant allègrement les étages. Il y a aussi de nombreux décors érigés spécialement pour le film.

Jacqueline Laurent a été imposé à Carné par Prévert dont il était l’amant à l’époque.

En hommage un film, une rue à Boulogne-Billancourt porte le nom du film.

Avec : Jean Gabin (François), Jules Berry (Valentin), Arletty (Clara), Mady Berry (La concierge), René Génin (Le concierge), Arthur Devère (M. Gerbois), René Bergeron (Le patron du café), Bernard Blier (Gaston), Marcel Pérès. 1h33.

Des bas nylons et des journaux

 

Vous croyez tout ce que l’on raconte dans les journaux?

Si c’est le cas, vous faites sans doute partie de ceux à qui l’on va vendre, ou risquer de vendre des action dans une mine d’or en Alaska. Pour être honnête, si je trouve une combine pour me faire de l’argent facile, tout en restant d’une parfaite honnêteté, vous pensez bien que je vais la garder pour moi. La concurrence dans ce domaine n’est jamais bonne. Il se peut quand même que l’on aie besoin de mon argent pour en faire quelque chose, quelqu’un peut avoir une idée géniale et pas le premier sou pour la mettre en valeur. Chaque cas est à examiner à la loupe et l’on doit décider de l’opportunité de faire confiance ou non à la personne qui vous tape.

Quand j’étudiais, j’ai appris une chose dont je me doutais déjà, que la presse écrite est un moyen d’éduquer les masses, entendez par-là qu’elle sert à forger son opinion dans un sens ou dans un autre. Libre à vous de choisir cette source. Avec la Toile, c’est un peu la même chose, mais en pire. Cela va très vite, d’autant plus que le danger réside dans le fait que chacun peut lancer un fake, comme on dit maintenant. Un politicien connu échappé d’un bocal de cornichons pilote son navire en lançant des tweets, la guerre des tweets a commencé pauvre de nous…

Dans nos pays occidentaux, la presse est quelque chose de relativement libre, on y tient beaucoup. Il n’y a qu’à voir comme le fameux Canard Enchaîné a changé le paysage politique français suite à une certaine affaire. L’accusé a maintes fois pointé un doigt vengeur vers lui, mais on attend toujours les résultats. La presse est d’autant plus libre qu’elle est indépendante financièrement, voir le film d’Orson Welles « Citizen Kane » en passant, et dans ce genre le Canard est un exemple unique. Qu’il le reste, quoiqu’en pensent les pisse froid.

Nous allons voir à travers des exemples comment la presse peut être mal informée et publier des informations plus ou moins fantaisistes. Pour cela j’ai choisi un fait divers célèbre, absolument pas politique, donc en principe nullement soumis à des pressions quelconques et sa relation à travers des journaux locaux. Je vous fais un résumé succinct.

Le 13 octobre 1972, un avion Fairchild loué par une équipe de rugby uruguayenne avec quelques supporteurs doit se rendre au Chili. A la suite d’une erreur de pilotage, l’avion s’écrase dans la redoutable cordillère des Andes à 3600 mètres d’altitude. Lors du choc, l’avion s’est brisé en plusieurs parties, il perd ses ailes, sa queue et une partie de la carlingue. En guise de logis, ils n’auront qu’une partie de cette dernière pour abri. Il y avait 45 personnes à bord, 12 meurent dans le crash, les autres survivent, mais certains sont très grièvement blessés et mourront les jours suivants. 

Evidemment des recherches sont entreprises, mais la carlingue comme l’avion est de couleur blanche et comme elle est posée sur la neige, elle est peu visible et ne sera d’ailleurs pas aperçue, bien qu’un avion aie survolé la zone du crash et a été vu par les rescapés. Au bout de quelques jours les recherches s’arrêtent, on est sans espoir de retrouver des vivants. On a la certitude que l’avion s’est écrasé à haute altitude, très probablement dans un endroit inaccessible où il est impossible de survivre longtemps.

Et pourtant, quand les recherchent s’arrêtent, il y a toujours des survivants. De 33 au départ, il ne seront plus que 16 à être encore en vie au moment du sauvetage, 70 jours après l’accident. Les autres mourront au fil du temps des suites de leurs blessures, de faiblesse, dont 8 lors d’une avalanche qui le 29 octobre, ensevelit l’avion sous des mètres de neige. 

Les conditions de survie s’avèrent immédiatement très difficiles. La nuit, il fait une température glaciale, vers – 30 degrés.  Ils ont peu ou pas d’habits chauds, c’est le printemps dans l’hémisphère sud, et le voyage n’est pas prévu pour faire de la haute montagne. Le pire, c’est la nourriture, il n’y a pratiquement rien à manger, seulement quelques maigres provisions emportées par l’un ou l’autre des passagers. 

Bien vite, il leur vient à l’esprit que la seule nourriture disponible se trouve être les corps de leurs amis décédés, heureusement avec le froid ambiant ils sont bien conservés, congelés est le mot qui convient. De plus, quand ils apprennent que les recherches ont cessé, ils ont un transistor en état de marche, ils sont persuadés que la seule solution, c’est d’envoyer une équipe donner l’alerte. Pour cela, il faut des forces tant pour ceux qui feront l’expédition que ceux qui resteront sur place. Malgré la répulsion, on commence à couper des bouts de viande sur les cadavres. Tous n’y arriveront pas, mais ceux qui sont retenus pour l’expédition doivent s’y résoudre.

Faire une expédition c’est une chose, mais ils n’ont aucune idée de l’endroit où ils se trouvent. Faut-il aller vers l’ouest ou l’est ? La vallée où ils se trouvent est entourée de montagnes qui semblent infranchissables. Ils n’ont aucun équipement adéquat pour faire de l’alpinisme, même pas des habits corrects.

Après bien des hésitations et des explorations aux alentours, dont l’une où ils retrouvent la queue de l’appareil, trois des survivants décident de partir en direction de l’ouest, c’est à dire vers le Chili, malgré la présence d’une montagne abrupte qu’ils décident d’escalader. Ce sont Fernando Parrado, Roberto Canessa, Antonio Vizintin, nous sommes le 12 décembre 1972. Le troisième jour, ayant estimé la quantité de « vivres » à disposition et ayant une idée plus précise de la difficulté de l’expédition, il est décidé que Vizintin retournera à l’avion, ils continueront à deux.  

Après un voyage aux innombrables difficultés en suivant une vallée qui s’étale au pied de la montagne qu’ils ont franchie, ils sont au bord de l’épuisement. Mais ils constatent que la neige se fait plus rare, et même ils trouvent un premier signe encourageant, une boîte de conserve vide signe que quelqu’un est passé par là. Nous sommes le 19 décembre. Le jour suivant, ils aperçoivent un cavalier qui se trouve sur l’autre rive du torrent qu’ils sont en train de suivre… ils sont sauvés!

Venons-en maintenant à ce qui est dit dans les journaux à propos de cette tragédie.

Au moment de l’accident et les jours suivants… rien!

On peut trouver une explication à cela. L’accident a eu lieu un vendredi, donc c’est un peu juste pour sa relation dans un journal du lendemain, au pire c’est pour lundi ou mardi. Ailleurs et à propos d’avion, il s’est passé quelque chose de bien pire à peu près en même temps. Un avion russe Iliouchine s’est écrasé près de Moscou faisant 176 morts d’après les chiffres communiqués, c’est l’accident d’avion le plus mortel enregistré jusque là. Et à cette époque c’est toujours la guerre froide, on aime bien compter les coups chez ces cons de communistes, c’est forcément l’incompétence du gouvernement qui est la cause indirecte de l’accident, y sont pas foutus d’entretenir un avion correctement. Et puis il y a toujours cette manière qu’ils ont de noyer le poisson. Ce commentaire est imaginaire, mais bien dans l’air de l’époque. L’accident du Fairchild est plus un fait d’actualité locale et on ne sait encore rien, sauf qu’un avion a disparu.

Mais les choses vont changer quand on saura qu’il y a des survivants, plus de 2 mois plus tard.

Officiellement, le 21 décembre est le jour où on sait de manière sûre qu’il y a des survivants.

Le 23, le journal publie une première information.

On voit ici que l’information est assez décalée par rapport à la vérité. Les rescapés  ne doivent rien au pilote. Il a probablement commis une erreur de pilotage. Mais il n’a en aucun cas limité les dégâts, ni évité la montagne. Il n’a pas dirigé son avion vers un endroit précis, une plateforme neigeuse comme dit dans l’article, c’est le pur hasard qui a fait que. La question de la nourriture est fausse, il n’y avait presque rien à manger, juste quelques bricoles totalement insuffisantes pour la trentaine de personnes encore en vie juste après l’accident. La question de l’avalanche est également inexacte. Personne ne s’était écarté de l’avion, elle se produisit pendant la nuit alors que tout le monde était à l’intérieur de la carlingue. Les seize personnes ne sont en réalité que 8, mortes par étouffement. On est là dans le vague typique journalistique, il semble que, on suppose que, on croit savoir que.  

Le journal ne paraissant pas le 24 (dimanche), le 25 (Noël), on retrouve la suite le 26 décembre, cette fois-ci en première page et dernière page.

L’article colle un peu plus à la vérité, une personne n’ayant lu que le premier article et racontant l’histoire d’après celui-ci émettra des propos assez fantaisistes. Même ici le résumé est encore assez imprécis. Ils n’ont jamais réparé la radio de l’avion dont les batteries se trouvaient dans la queue et la radio dans le poste de pilotage. Ils firent bien une tentative sans résultat, en amenant la radio dans la queue après sa découverte (le 17 novembre) lors d’une expédition dans les alentours des lieux de l’accident. Par contre, ils avaient bien un transistor avec eux. La question de la nourriture reste toujours clairement inexpliquée. A croire ce qui est inscrit, il se nourrirent de champignons trouvés sous la neige, des champignons à 3600 mètres d’altitude c’est à voir, et surtout de soupes avec des lichens. Il y a bien eu un essai dans ce sens avec quelques rares plantes trouvées dans les alentours. La question de l’eau ne se posant pas trop avec la neige, c’est vers le dixième jour qu’ils commencèrent à manger de la chair humaine. Ils le feront pendant deux mois. 

Le 28 décembre…

Cette fois le journal rapporte l’histoire du cannibalisme. Quant à dire qu’il y a eu des manifestations de colère, certes certains purent être choqués, mais les rues du Chili ne se transformèrent pas en défilés de protestataires. Les rescapés passèrent assez rapidement au rang de héros. Il y a certes eu quelques réticences de la part de certains parents dont leur enfant était mort et probablement mangé par les survivants, bien qu’ils restèrent toujours assez vagues sur qui avait mangé qui. D’autres furent plus prosaïques, à quelque part heureux du dénouement alors qu’on les croyait tous morts, même si le prix qu’ils durent payer était considérable. Et surtout on savait maintenant ce qu’il s’était passé et cela peut parfois soulager plus que tout autre chose. Un philosophe à sa manière souligna que s’il y avait eu ni morts, ni blessés, au moment du crash, ils seraient probablement tous morts. Quant aux autres, ceux qui n’y étaient pas et qui ne sont en aucun cas concernés directement par cette aventure, je crois qu’ils peuvent choisir entre deux possibilités, celle d’admirer le courage et les souffrances des rescapés, le dire, ou sinon… fermer leur gueule. 

Mais encore…

Pour une fois l’église s’est comporté de manière intelligente en soutenant les faits et les rescapés. L’Argentine est un pays profondément catholique, du moins à l’époque du drame, nul doute que la décision de Rome fut aussi un moyen d’apaiser la polémique, surtout que le suicide est selon elle un péché mortel. Ne pas s’alimenter, même avec de la chair humaine, aurait pu s’apparenter à un suicide vu sous un certain angle. Ce aspect ne fut jamais envisagé par les rescapés quand ils décidèrent de passer à l’acte. La seule volonté qui les anima fut celle de survivre.

Cette histoire m’a toujours fascinée, c’est une aventure très moderne, comme il pourra s’en vivre de plus en plus rarement, on peut penser heureusement à juste titre. Mais elle reste un beau témoignage de ce que l’homme est capable de faire dans certaines circonstances tragiques. Il est plus que probable que si cela se produisait maintenant avec les progrès de la technique, l’avion serait repéré assez rapidement.

Mais nous aurons quand même vu au travers cet article, une chose pas complètement inutile, qu’il ne faut pas prendre les journaux au mot et à la lettre. 

Enquêtes et bas nylons

Il y a quelques journaux qui ont la vie dure, là je ne parle pas des quotidiens, mais des journaux périodiques, hebdomadaires, mensuels. parmi eux, il y a Détective que vous connaissez sans doute puisqu’il existe encore aujourd’hui sous le nom de Nouveau Détective. Certes, il a bien changé au fil du temps passant en quelque sorte d’un journal d’information à celui d’un journal de boulevard tendance voyeur. Le contenu, lui, a évolué à sa manière, mais il traite toujours d’affaires criminelles. La différence entre hier et aujourd’hui, c’est qu’à l’époque de sa fondation, il n’y avait pas grand chose de semblable vu sous l’angle de l’information judiciaire. Les grandes affaires faisaient bien sûr la une des journaux, mais les plus petites, les fait divers, étaient transmise au lecteur de manière plus sporadique.

Au départ à sa fondation en 1928, c’est un journal qui se veut sérieux, il est fondé par les éditions Gallimard avec le complicité d’un écrivain fort célèbre, Joseph Kessel pour la partie rédactionnelle, ainsi que son frère Georges comme comme directeur. Quelques plumes célèbres y contribuèrent, Carco, Mac Orlan, Simenon, Cocteau, Achard. Bien vite il est détracté, l’accusant des privilégier le sensationnel avec des titres aguicheurs, d’étaler le crime à la portée de tous. Kessel s’en défend de manière simple : puisque le crime existe pourquoi le cacher, l’information n’est-elle pas mieux que le silence ? Il a aussi ses défenseurs, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir reconnaissent le lire fidèlement. Il sera souvent attaqué en justice, indécence, atteinte aux bonnes moeurs, sans jamais être vraiment, sinon rarement condamné. Dans les années 70, il sera interdit à la vente aux mineurs, ainsi qu’au droit de faire faire de la publicité pour lui-même. Certains, à juste titre, y verront une censure détournée.

La présentation est aussi innovante, on fait la part belle à la photographie. On peut voir la binette de tous ces affreux personnages, de même que celles des victimes. C’est un vieux truc, mais mettre un visage sur un nom vaut son pesant de cacahuètes. Les juges, les avocats ne sont pas oubliés, ils ont leur portrait en regard du compte rendu des audiences. Certains durent en être flattés. La publication se fera sous la forme sépia pendant les premières années.

Il est indéniable que le journal a joué un rôle social dans les années 30. Il s’intéresse de près aux faits divers, mais ne se contente pas de relayer l’information, il mène souvent sa propre enquête, débordant le cadre de la police. On peut soupçonner que certains cas qui trouvèrent une épilogue devant la justice furent traités de manière plus impartiale par cette dernière. On est plus tout à fait devant le cas du fort contre le faible, du riche contre le pauvre. Le relais par cette presse de ces cas précis a sans doute influencé le verdict final. On ne peut plus condamner un voleur de pain au bagne, ni exempter de toute peine une personne en vue qui serait le dernier des gredins en dépit de sa position sociale. Il y a aussi des cause que le journal défendra, celle contre la peine de mort et la fermeture du bagne de Cayenne. Il relaie les combats d’Albert Londres, qui fut un pionnier du journalisme d’investigation, en portant à la connaissance des lecteurs la réalité du bagne, dont on sait qu’il existe mais sans plus. Il fut aussi un des premiers à mettre en exergue la tricherie dans les milieux sportifs, on ne parle pas encore de dopage, mais tout n’était aussi limpide que l’on voulait bien nous le faire croire. Sous une forme que l’on pourrait dire plus récréative, de nombreuses enquêtes amènent le lecteur à découvrir la vie secrète des endroits pas toujours recommandables.

Il est vrai qu’on peut se poser la question, à savoir quel passant le lit et dans quel esprit il est lu. A mon avis, il y a une frange de la population, pas forcément la plus cultivée, qui le lit avec un certain plaisir. Un fait que l’on peut aisément observer, c’est la pléthore de petites annonces pour la voyance, le talismans porte-bonheur et autres, que l’on peut y lire. S’il n’y avait pas une certaine clientèle pour ce genre de trucs, il n’y aurait pas autant d’annonces dans ce genre de presse. Le lien reste à établir avec la personne qui aime les faits criminels et celle qui est superstitieuse ou qui réfère à un horoscope. Enfin c’est chacun son choix, ce n’est pas une critique, juste une constatation.

Dans le premiers numéros, une belle part était consacrée aux comptes rendus des séances de tribunaux et aux petites histoires pas trop banales. Je trouve que c’est une part intéressante, sans doute plus que le reste, car on tombe dans les histoires du tous les jours. Certaines nous font même rire, n’est pas truand célèbre qui veut. Elles méritent pour certaines plus l’asile que le bagne, tellement les protagonistes sont de parfaits idiots.

Voici quelques unes de ces histoires ou de ce tribunal pour rire.

Crime et bas nylon

Du nylon souriant
Histoires pas drôles

Henri Pranzini est un de ces aventuriers du 19ème siècle qui n’aurait sans doute pas écouté sa mère si d’aventure elle lui avait dit qu’il finirait un jour sur l’échafaud. Pour celui qui cherche l’aventure, la seconde moitié de ce fameux siècle est propice à pas mal de choses. On se déplace avec une certaine aisance, les moyens de transports tels que le train, ont lentement tissé une toile à travers la planète. Pour aller d’un continent à l’autre, les bateaux offrent un tas de possibilités, il existe déjà des lignes régulières pour se déplacer d’une ville à l’autre à travers les mers.

Né en Egypte de parents italiens en 1857, ce n’est pas tout à fait un enfant issu d’une famille de basse condition. Son père a une bonne situation et le fils a fait des études solides, de plus il parle huit langues. On le retrouve dans divers endroits, exerçant le métier d’interprète sur les bateaux, employé aux postes égyptiennes. C’est justement à cette place qu’il est accusé de vol et mis à la porte. Il se transforme alors en aventurier, combattant en Afghanistan et offrant un temps ses services à l’armée russe.

Mais le personnage a d’autres faiblesses, il est joueur, aime les femmes et les fréquente assidûment. En résumé il a souvent besoin d’argent et doit forcer un peu la main du destin pour s’en procurer. En 1886, il arrive à Paris et trouve divers petits travaux, notamment comme traducteur, il a de quoi faire avec son bagage. On lui prête même quelques activités de souteneur et de gigolo de service.

En mars 1887, un triple meurtre est découvert dans ce qui était alors la rue Montaigne. Trois femmes, dont une courtisane vivant plutôt bien de ses charmes, ont été décapitées. Les soupçons se portent sur un suspect, un certain Gessler dont on a un signalement assez vague, mais dont on a retrouvé un mot signé de lui et des objets personnels sur les lieux du crime. Les indices lancent la police sur une piste. Le vol semble être le mobile du meurtre, on acquiert la conviction que notamment des bijoux ont été emportés. La piste que suit la police s’avérera fausse. Par contre, dans une des maisons closes de l’époque à Marseille, un client paye ses passes avec des bijoux. La taulière méfiante avertit la police qui arrête le payeur, il s’agit d’un certain Henri Pranzini.

La police scientifique de l’époque est encore très balbutiante, mais pas complètement idiote pour autant. On se fait envoyer de Paris une liste des bijoux volés et cela semble correspondre. De plus, le témoignage d’un cocher qui a vu Pranzini entrer dans un parc de la ville avec un paquet à la main, permet à la police de retrouver une partie des bijoux volés dans un lieu d’aisance du coin. Bien que le portrait du suspect ne corresponde en rien à celui de l’homme recherché, le filet se resserre autour de Pranzini. De plus, la police parvient à établir quelques faits concordants sur sa possible et probable culpabilité. Tout cela est très ténu, mais le fait le plus probant concerne les indices retrouvés sur la scène du crime. Pranzini a travaillé dans un hôtel de Naples sous les ordres d’un certain Gessler, nom qui correspond à celui du premier suspect recherché. Suite à un vol d’argent, il est renvoyé par son chef, mais lui vole les objets retrouvés plus tard chez les victimes. De là à penser que c’est un montage destiné à accuser faussement Gessler est un pas que la police franchit avec une certaine aisance. Il restera malgré tout quelques zones d’ombres dans cette histoire. Mais en 1887 on ne s’embarrassait pas trop de question d’étique judiciaire, d’autant plus que l’opinion publique avait pris fait et cause contre lui.

Le procès fit couler pas mal d’encre dans les journaux pendant plusieurs semaines. Finalement, malgré ses protestations, Pranzini fut condamné à mort et à être guillotiné, au mieux c’était le bagne à perpétuité.  Elle eut lieu le 31 août 1887. Cette exécution, comme la plupart, était publique. Il est assez rare de trouver dans les journaux, le narration presque minute par minute de ce genre d’événement, dont il faut le souligner que le peuple était avide. C’était en quelque sorte la relation des faits pour ceux qui n’avaient pu y assister. A noter qu’il est fait mention de Deibler dans l’article, ce sinistre personnage était une sorte de célébrité puisque qu’il assumait la tâche de bourreau. Il coupa 300 têtes, ou plutôt actionnait le couperet de la guillotine. On peut se demander quelle dose de sadisme pouvait se cacher à l’intérieur de ce peu ragoûtant personnage. Car je crois, qu’il faut un peu aimer ça pour le faire. Surtout à répétition…

Source Galliva, BNF, DP

Elémentaire mon cher Nylon

Film

Conal Doyle a été de multiples fois adapté à l’écran, les premières remontent pratiquement à l’avènement du cinéma. Tous les films tournés d’après ses histoires sont assez inégaux. Bien entendu son personnage central, Sherlock Holmes, reste le plus célèbre. Quelques acteurs se sont fait une spécialité de l’interpréter. On peut retenir Basil Rathbone, Peter Cushing, et celui qui me semble avoir le mieux incarné le héros, Jeremy Brett dans les années 80. Ce dernier a donné à Holmes, une dimension un peu hypnotique, hallucinée. Il est vrai que dans ses enquêtes le détective a presque un pouvoir surnaturel de déduction.

Mais remontons un peu dans le temps avec celui qui fut un des bons interprètes du personnage, Peter Cushing. Il a l’avantage d’être un Anglais, plus Anglais que n’importe lequel de ses concitoyens. Il est évident que les histoires sont bien anglaises, le domicile du héros est un « home sweet home » dans la plus pure tradition.

Dans les années 50, une petite compagnie anglaise fondée vingt ans plus tôt, Hammer Film Productions, veut redonner à l’épouvante et au fantastique ses lettres de noblesse à l’écran. Après une certaine popularité au début des années 30, Dracula, Frankenstein, sont un peu retournés dans la tombe. Elle y parvient plutôt bien, en donnant à Dracula une nouvelle dimension, il devient sexy avec les interprétations de Christopher Lee, qui grâce à ce rôle va se construire une carrière de premier plan pendant plus de 50 ans. Celui qui lutte contre le vampire est justement Peter Cushing, compère de Lee à l’écran et aussi à la ville. Dans de nombreux films de la Hammer, ils partageront la vedette. C’est justement pour l’un d’entre eux qu’ils se retrouvent, cette fois pour une adaptation de « Chien Des Baskerville », l’une des histoires les plus célèbres de Doyle. C’est plus une histoire d’aventures que d’épouvante ou de fantastique, bien que le fameux chien a dans l’histoire une petite réputation de surnaturel.

Peter Cushing interprète de rôle de Sherlock Holmes, tandis que Christopher Lee a un rôle tout à fait « normal », il est Sir Henry de Baskerville, l’un des notables d’un petit bled perdu dans la campagne anglaise. Toutefois, l’un de ses ancêtres selon une légende, a été tué par un chien monstrueux. Et il semble que ce chien a été ressuscité et en veut à la vie du dernier de la lignée des Baskerville. De quoi amener Holmes et son compère Watson à bénéficier de l’hospitalité du châtelain pour élucider l’histoire.

Une chose que la Hammer saura rondement mener, c’est l’importance des seconds rôles en recrutant de bons acteurs. Le plus savoureux d’entre eux fut Miles Malleson qui incarne le rôle du pasteur, amateur de sherry et expert distrait en sciences naturelles. Le docteur Watson est tenu par André Morell, qui est aussi connu pour être le mari de la plantureuse Joan Greenwood. On retrouve également dans la distribution John Le Mesurier, qui est le serviteur de Baskerville. C’est un acteur très populaire, il tourna dans une pléiade de films dont certains de premier plan. Vous ne le savez sans doute pas, mais c’est le père de Robin Le Mesurier depuis plus de 20 ans le guitariste attitré de Johnny Hallyday.

Le film est sorti en 1959 et réalisé par Terence Fisher qui devient ainsi l’un des personnages clés des fameux studios en tournant une longue série de films dans le même genre. Sa version de roman de Doyle est impeccablement réalisée, tout en prenant des libertés avec l’histoire originale. Son apport à la légende de la Hammer n’est pas négligeable. Il y a en fin de compte peu de studios qui ont ce statut et qui passionnent les cinéphiles sans jamais avoir tourné l’ombre de ce qui pourrait ressembler à un chef d’oeuvre.

Anecdotes autour du film.

Sherlock Holmes n’est presque pas concevable sans une pipe à la bouche. Malheureusement Peter Cushing n’était pas un fumeur, mais bien obligé de se soumettre aux exigences du rôle. Alors chaque fois qu’il devait le faire, il se rinçait la bouche en buvant du lait qu’il avait toujours à proximité.

Si ma mémoire est bonne et je crois qu’elle l’est, il y a dans un épisode du fameux jeu télévisé des années 80 « La Chasse Au Trésor » avec Philippe de Dieuleveult, il y a une scène qui a un lointain rapport avec ce film. Quand la vedette fait la chasse aux trésors qu’il doit découvrir, il tombe tout à fait pas hasard sur Christopher Lee en train de tourner un film. Je cois que c’était un chasse qui se déroulait en Inde, ou sinon dans un pays oriental. Peut-être un visiteur pourra confirmer la fidélité de ma mémoire.

Bande annonce du film

Un extrait avec Miles Malleson

Du nylon rien que ça et un peu plus

Les groupe anglais des sixties, voire américains, avaient l’habitude de puiser dans le répertoire des autres artistes. A défaut de songwriters comme Lennon/McCartney ou Jagger/Richard, ils faisaient des hits avec les plus ou moins obscurités des autres. Même les Beatles à leurs débuts ne se sont pas privés de cela, mais ils abandonnèrent cette pratique assez vite, étant capables de composer des tubes qui sont encore dans toutes les mémoires.

Voici quelques une de ces créateurs qui gagnèrent plus en réputation qu’en espèces sonnantes et trébuchantes, bien que certains font l’objet d’une reconnaissance tardive. C’était bien la moindre des choses.

Les Regents – Barbara Ann, un tube pour les Beach Boys

Les Drifters -Sweets For My Sweet – Un tube pour les Searchers

Jerry Butler – Make It Easy On Yourself, un tube pour les Walker Brothers

Dee Dee Warwick  – You’re No Good, tube pour les Swinging Blue Jeans et accessoirement Linda Ronstadt

Richard Berry Louie Louie, un tube pour les Kingsmen

Doris Troy – Just One Look, tube pour les Hollies.

Bessie Banks – Go Now, un tube pour les Moody Blues

Des bas nylons et 1941

La comédie au cinéma, pour moi, est prétexte à faire rire. Je dois avouer qu’en la matière je suis un spectateur assez difficile, tout le contraire que dans la vie courante où je suis plutôt de bonne humeur et passe même pour un mec qui a de l’humour. Dans la vie de tous les jours, je prends ce qui vient et je fais avec, tout en étant assez malin pour trouver l’humour là où il peut se cacher. Au cinéma, c’est un peu différent, d’abord j’ai payé une place et ensuite je suis obligé de suivre ce qu’on me propose à l’écran. L’humour au cinéma je le classe entre deux catégories, d’une part l’humour grosses ficelles, genre l’idiot de service ou les histoires tarte à la crème, d’autre part l’humour un peu absurde ou surréaliste. Je crois que le premier cas est hélas un peu épuisé, tandis que le second offre des possibilités infinies. Il faut faire rimer des choses qui en principe n’ont pas de rapport et les lier pour en sortir un effet comique parlé ou visuel. J’en suis venu tout naturellement à aimer les fameux Monty Phyton et tout ce qui peut être comparé à ce style. Parmi les anciens, il y a certainement les interprétations des Marx Brothers ou de WC Fields qui font office de référence dans ce genre de tentatives. Je ne mets pas des cette liste Chaplin ou Laurel et Hardy, bien que cela me fasse bien rire, mais c’est un autre genre d’humour, c’est justement ce que j’appelle tarte à la crème, ou assez proche.

Des films que j’ai pu voir au cinéma et qui approchent ce goût de déjanté, je vais parler d’un cinéaste que je n’aime pas plus que ça, mais qui m’a enchanté avec un film qui a été un bide pour lui, 1941, il s’agit évidemment de Steven Spielberg.

Avec ce film sorti en 1978, Spielberg y va de sa dose d’absurde, il n’y a pas beaucoup de scènes dans son film où on a l’impression d’être dans un documentaire, tellement les événements qui s’enchaînent ne pourraient pas se produire dans la simple réalité. Tout est fait pour que la plupart des scènes aillent au delà du réel pour finalement rencontrer l’humour. C’est là justement qu’il faut faire appel à son non sens. Je sais que des personnes qui ont vu ce film n’ont pas réussi vraiment à rire, c’est justement parce qu’elles ont trop d’idées conventionnelles. Un qui se ramasse une tarte à la crème en pleine figure, ce sera l’effet comique parfait, tandis qu’un pilote d’avion, cigare au bec, qui se pose sur une route pour aller faire le plein à une station service et qui a l’air de trouver cela tout naturel, va être rangé au rang d’un mauvais gag ou une absurdité quelconque.

Les acteurs figurant dans ce film ne sont pas des stars de premier rang, du moins à l’époque du tournage, ils sont pourtant des figures connues dont la plupart se sont fait remarquer pour un rôle ou un autre. La multitude des personnages qui apparaissent dans le film fait qu’ils n’apparaissent qu’assez brièvement dans le film. On y trouve Christopher Lee en officier allemand ; Toshirö Mifune, l’acteur japonais le plus célèbre à l’étranger ; Robert Stack, célèbre avec la série des Incorruptibles ; Nancy Allen, en sulfureuse secrétaire avide de sensations, ainsi que Warren Oates et Mickey Rourke, alors débutant, ou encore Dan Aykroyd, futur Blues Brothers avec son compère John Belushi. Justement ce dernier est un peu la vedette du film, en pilote d’avion complètement déjanté, chose qu’il était aussi un peu dans la vie courante. Ned Beatty, incarne à la perfection un patriote américain, plus patriote qu’intelligent, qui doit satisfaire une armée américaine envahissante et une femme acariâtre qui ne veut pas d’armes dans la maison, ou du moins que cela ne salisse pas le parquet.

C’est un film qui ne se raconte pas, il est bien préférable d’en découvrir toutes la succession de gags. Les spectateurs sont partagés et s’il n’amena pas les grandes foules dans les salles, il n’en reste pas moins qu’il a un noyau de supporters fanatiques.

J’ai choisi deux citations de fans :

Ce film est fait pour 1% de la population et j’en fais heureusement partie.

Ceux qui ne trouvent pas d’humour dans 1941 ont besoin de décompresser.

Le film

Le 7 décembre 1941, les Japonais attaquent Pearl Harbour, ça c’est la vérité historique, la suite l’est moins. Imaginée par Spielberg, on se retrouve quelques jours plus tard à Hollywood. Des témoins racontent avoir aperçu un sous-marin japonais dans les environs. Il ne fait pas un pli que les Japonais vont attaquer les USA. Alors la future défense s’organise, dans la plus parfaite anarchie et la panique la plus totale. La ville sera bien mise à mal, pas tellement par les Japonais, mais par les citoyens eux-mêmes.

Toutefois Spielberg s’inspire d’un fait qui s’est réellement passé, et qui créa un mouvement de panique bien moins destructeur. Mais voyez plutôt…

Au début de 1942, de mystérieuses lumières, tantôt immobiles, tantôt mouvantes, apparaissent une nuit vers Los Angeles dans le ciel pendant une heure. On a jamais su l’origine exacte de ces lueurs, on parla aussi d’ovnis par la suite. On crut à une attaque des Japonais. Pendant une heure, projecteurs allumés, des tirs de DCA pilonnèrent les fameuses lueurs. Il en résulta une panique générale, tous les environs étaient en état de guerre. Mouvements de foule, de militaires, un joli bordel quoi. Tout finit par rentrer dans l’ordre, mais que s’était-il passé dans le ciel, ça c’est encore un mystère, en sachant que les Japonais n’avaient pas la possibilité technique d’envoyer des avions sur les côtes de Californie.

Sur cette photographie qui fut célèbre en son temps, on voit ces fameuses lumières, les petits points dans le ciel, les grandes lumières blanches étant les projecteurs de la DCA qui envoyèrent quand même plus de 1400 obus dans le ciel, sans réussir à en éteindre une.