En passant

Bas nylons et un garage tenu par des Charlatans

*****

Nous allons parler des Charlatans en commençant par une précision, il ne s’agit pas du groupe anglais des nineties, mais du groupe américain des sixties. A défaut d’une gloire nationale, ils s’attirèrent une vrai suite d’admirateurs du côté de San Francisco à partir de 1965. C’est avant tout un groupe de scène qui n’a pas vraiment l’ambition de publier des disques à tour de bras. Ils passent brièvement chez Autumn records (la marque des Beau Brummels) et enregistrent des démos qui ne seront publiées que plus tard. A part un single publié en 1966 par Kapp records, une reprise un max électrifiée de « The Shadows Knows » des Coasters, ils ne publieront qu’un album en 1969. En 1983, Eva records entreprit de rééditer cet album suivi d’un second volume compilant des titres en live et ce qui ne figurait pas sur l’abum de 69. En 1965, aux USA, l’un des groupes qui aura le plus d’influence sur la musique à venir furent les Byrds, on ne peut pas dire qu’ils ignorèrent complètement leur démarche, Ils balancent entre cela, la musique country, le blues, le psychédélique. Autre particularité du groupe, ils s’habillent en mode fin du 19ème siècle. Une de leurs affiches, celle pour leurs concerts au Red Dog Sallon à Virginia City, est considérée comme la première affiche psychédélique. Pour une fois, les plus onéreuses pièces de collection ne se trouvent pas dans la discographie, une copie originale de l’affiche peut dépasser largement les 1000 dollars. Le groupe se sépara à la fin des sixties, le membre le plus visible par la suite fut Mike Wilhelm que l’on retrouvera avec les Flamin’ Groovies, Loose Gravel et en solo. Il est décédé en 2019. Encore aujourd’hui, le groupe a de fervents admirateurs et leur unique album est toujours un must, Le voici, mélange de quelques reprises et surtout de titres originaux.

High Coin.

Easy When I’m Dead.

Ain’t Got The Time.

Folsom Prison Blues.

The Blues Ain’t Nothin’.

Time To Get Straight.

When I Go Sailin’ By.

Doubtful Waltz.

Wabash Cannonball.

Alabama Bound.

When The Movies Are Over.

Extraits second album compilation publié par Eva.

I Saw Her. Repris par les Flamin’ Grovies, période Chris Wilson.

Codine. Titre de Buffy Sainte-Marie

By HooK Or By Crook.

The Shadows Knows. Face A du single pour Kapp records, 1966.

Documents

Vidéo avec Alabama Bound.

Vidéo avec 32/20 Blues, face B du single pour Kapp, 1966.

*****

En passant

Bas nylon et un bus pas comme les autres

*****

Quand je serai grand, je voudrais être chef de gare! En étant enfant c’est une question que l’on peut nous poser, tout en y apportant une réponse adéquate. J’avais des idées moins préconçues et j’aurais pu dire que je voulais être con, ce qui m’aurait ouvert une voie royale sans trop d’effort. Certaines mauvaises langues diront que j’ai bien réussi! Les plus chanceux sont parvenus à concrétiser un rêve d’enfant qui touche aux métiers et arrivent à le concrétiser. Mais sont-ils plus heureux? Je n’en sais rien, bien que la plupart vous diront que oui. Nous allons parler d’un personnage coloré, un bonhomme qui n’a pas réussi là où il voulait aller, mais qui transforme cet échec en une sorte de poésie qui rejoint l’art brut. J’ai toujours eu une certaine sympathie pour les personnages un peu décalés, gentiment borderline, qui hissent ce qui nous semble puéril à la hauteur d’une institution. Je ne l’ai jamais vu, ni rencontré, mais il va bien au-delà de ce que je pouvais imaginer. Il s’appelle Martial, il y a presque une quarantaine d’années, il a acquis une certaine célébrité faite d’avis divergents, du côté de Lausanne la ville olympique suisse. Il voulait devenir chauffeur de bus, sa passion depuis toujours. Souffrant d’un trouble de la personnalité, il ne peut y parvenir. Alors, il s’inventa un monde où il devint conducteur dans un décor réel qu’il organise avec une précision millimétrique. Bricoleur, à l’aide de matériel de récupération, il se construit une série de petits véhicules qui lui tiennent lieu de vrais bus et qui ont le parfait équipement avec lequel un vrai chauffeur conduit son bus. Mais il ne s’amuse pas avec dans son jardin, il va réellement déambuler dans les rues de Lausanne sous l’oeil étonné des passants. Il suit des lignes imaginaires, s’arrête pour charger ou vendre des billets à des passager fictifs, simule tous les bruits du véhicule, sans louper la moindre détail. Suscitant ironie ou bienveillance, parfois même de l’admiration, il va dans les rues de la ville à la poursuite de son rêve.
En 1983, le cinéaste Michel Etter lui consacre un documentaire de 18 minutes où il suit le personnage, le filme, l’interroge, l’écoute. Martial plaide habilement sa différence, se raconte sans ambages, explique ce qu’il est et pourquoi il l’est, avec une philosophie accessible à tous. Le film connaît un certain retentissement qui dépasse largement les frontières de la Suisse. On parle d’un sujet à la Godard, même Le Monde lui consacre un article enthousiaste. Il est primé au festival du film documentaire de Nyon. La télévision suisse est rabrouée pour ne pas l’avoir diffusé, alors que la télévision française l’a fait avec bonheur.
En 1986, il est interné dans un hôpital psychiatrique. La presse prend vigoureusement fait et cause pour lui, elle considère que cet internement est arbitraire. Une polémique s’installe et la psychiatrie est quelque peu malmenée, ainsi que les autorités qui ont décidé cet internement. On parle de méthodes à la russe. La seule chose que l’on peut reprocher à Martial, c’est d’avoir parfois eu des accès de colère quand on se paye un peu trop de sa poire. Toute la question est là, un marginal a-t-il le droit d’être marginal sans que l’on s’en prenne à sa marginalité? Un ancien docteur en psychiatrie, Barthold Bierens de Haan, prend énergiquement sa défense en critiquant ouvertement ses collègues et mettant en avant leur toute puissance et leur arbitraire. Il a lui-même quitté la branche et met en doute cette science par trop insaisissable. Pour se rattraper, la télévision suisse lui consacre un reportage d’enquêtes dans lequel il apparaît en clair que personne ne veut prendre ses responsabilités. On retrouve un Martial sans bus dans la vie de tous les jours, il est doué d’un sens de la comédie très développé et il est  un très bon imitateur. Les protagonistes interrogés, se réfugient derrière le secret de l’enquête, une manière bien facile de ne pas répondre à certaines questions embarrassantes. On peut comprendre qu’une affaire de meurtre où il y a dix suspects et 25 complices potentiels exige une certaine discrétion, mais pour un homme qui conduit un bus imaginaire dans les rues de la ville, on se demande bien où se trouve cette terrible menace qui pèse sous le ciel de Lausanne. On imagine le mariage de Coluche et Le Luron débarquant à Lausanne, on aurait fait appel à l’armée! Un avocat, ému par ce cas, prend bénévolement sa défense et exige des réponses, lui peut avoir accès au dossier. Une séance est prévue avec le juge, les psychiatres chargés de Martial ne viennent pas et se contentent d’un téléphone. Martial est relâché mais doit suivre un traitement. Secoué par l’histoire, il hésite à reprendre ses activités.  Le docteur qui l’a défendu a trouvé une solution. Martial a pu acheter un vrai bus destiné à être mis au rebut pour une somme modique. Le docteur lui a offert un coin de terrain pour le poser, il peut ainsi s’inventer de nouveaux parcours imaginaires sans déranger personne. La roue a ‘tourné, Martial vit toujours, il ne conduit plus de bus imaginaires, mais il a laissé quelques traces. On connaît son nom dans bien des endroits, le New York Times a parlé de lui, le musée de l’Art Brut expose ses réalisations, une pièce de théâtre toute récente lui a été consacrée, il y a même un imitateur qui a repris pour un temps ses déambulations dans Lausanne. Pas mal pour un marginal qui a inventé un monde qui n’existe que dans sa tête…

Voici ce documentaire de 1983.

 

En passant

Bas nylons et garage à Houston

*****

A côté des compilations, le label Eva a permis de remettre en lumière quelques oubliés des sixties, à minima en les rendant accessibles sur la marché français, sans passer par les imports. Parmi les premières publications vers 1982, on appela les pompiers pour éteindre un incendie qui avait pour nom Moving Sidewalks. Cette incendie est né au Texas et si son nom ne dit rien aux profanes, il n’en va pas de même pour les spécialistes. La réédition couvre les premiers balbutiements d’un groupe alors au sommet de sa popularité ZZ Top. On l’avait un peu oublié, mais les compilations « Pebbles » avaient rappelé que le titre « 99th Floor » et le groupe Moving Sidewalks avaient un cousinage avec le groupe à Billy Gibbons, le temps de quelques singles et d’un album publiés entre 1967-68. Bien entendu, il y a toujours un phénomène de racolage quand on ressort les obscurités des stars, mais c’est aussi un moyen de mettre fin à ces bruits sur vinyle qui circulent plus ou moins officiellement sous forme de bootlegs. A l’écoute, il n’est trop aisé de deviner ce que sera plus tard le style qui fera la gloire de ZZ Top. Mais ce n’est pas ringard, c’est concurrentiel avec ce qui pouvait se faire dans les studios de l’époque. Soulignons qu’il s’agit presque entièrement de matériel original composé par Gibbons, mais on peut noter au passage une reprise de « I Want To Hold Your Hand », d’ailleurs assez intéressante. La publication Eva est une sorte d’intégrale de ce qui existe officiellement des Moving Sidewalks. Voici cet album.

99th Floor.

What Are You Doing To Do.

Need Me.

Every Night A New Surprise.

Flashback.

Crimson Witch.

Pluto – Sept. 31st.

Eclipse.

I Want To Hold Your Hand.

Joe Blues.

Scoun Da Be.

No Good To Cry.

You Don’t Know The Life.

You Make Me Shake.

Reclipse.

Nous avions parlé dans un article précédent de Mystic Tide dont quelques titres furent publiés par Eva en 1983 sur un album qu’ils partageaient avec E-Types. groupe dont nous allons justement parler. Formation originaire de San Francisco qui eut une réputation locale et nationale dans une moindre mesure. Ce fut surtout quand ils publièrent leur troisième single  » Put The Clock Back On The Wall » écrit par Bonner et Gordon les responsables de « Happy Together » pour les Turtles qu’il attirèrent l’attention en dehors de la Californie. Le fait qu’il soit publié par un label assez important, Tower records, aida la promotion. C’est aussi le disque, plutôt garage psychédélique,  qui échappe le plus à leur démarche originelle, assez axée sur des vocaux harmonieux, mais surtout une instrumentation qui peut se réclamer des Byrds, cela sonne assez californien. L’existence du groupe fut brève, le publication Eva regroupe les quatre singles parus entre 66-67. Une reformation eut lieu plus de 30 ans après. Des bandes inédites sortirent aussi dans les années 2000.

Put The Clock Back On The Wall. Le plus connu.

I Can’t Do It.

Long Before.

4th Street.

She Moves Me.

The Love Of The Loved. Il s’agit du titre des Beatles qu’ils ne publièrent jamais officiellement de leur vivant. Ce fut Cilla Black qui l’enregistra et fut publié officiellement pour son premier single.

Big City.

Back To Me.

******