Bas nylons et encore cette dame

 

Suite des photographies d’Annemarie Schwarzenbach, icône lesbienne, reporter et photographe suisse

Biographie dans article précédent

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Toutes les photos datent des années 1930, la date précise est inconnue.

Indes britanniques

L’Inde actuelle était placée sous domination britannique de  1757 à 1947 année de l’indépendance. Comme dans la plupart des empires coloniaux, le bienfait de cette occupation est encore aujourd’hui sujet à caution. Il est certain que si le territoire n’avait été qu’un vaste désert sans ressources naturelles, on n’y serait pas resté 200 ans, tout comme les Anglais n’auraient jamais fait du thé une boisson nationale.

 

L’Estonie actuelle, petit pays alors très peu connu. Un de ces pays baltes, qui par sa situation géographie, son climat, sa culture minoritaire, est malheureusement condamné à jouer les seconds rôles et être balancé d’une puissance à l’autre au gré des fantaisies des pays plus puissants. Elle échappe de justesse à l’emprise allemande qui perd la guerre en 1918, elle devient indépendante et reconnue internationalement comme telle pendant une vingtaine d’années. Elle est occupée par les Allemands en 1940, pour devenir plus tard une des républiques de l’URSS à la fin du conflit. Elle redevint indépendante en 1991, pour retrouver un semblant de démocratie, accentué depuis son entrée dans l’UE en 2004. Il paraît qu’aujourd’hui c’est un pays qu’il faut découvrir, on y est super bien accueilli par une population toujours souriante et très polyglotte.

Source Wikipedia, DP

Bas nylons et une chanson qui fait un tabac

 

 

 

 

 

 

 

 

Le meilleur atout pour une chanson, c’est de se faire repérer et être transposable dans presque tous les styles. Certains compositeurs et interprètes sont des monuments qui sont plus connus par leurs chansons que par leur propre interprétation. C’est le cas de J.D. Loudermilk (1934-2016) qui est intimement associé à la musique country et à sa capitale Nashville. Sa carrière en tant que chanteur est assez modeste, son plus grand succès personnel « Language Of Love » en 1961 n’atteignit qu’une 32ème place dans les classements américains tout en ne parvenant pas vraiment à faire une carrière internationale. Elle est très relativement connue en France par l’adaptation de Claude François « Langage D’Amour » qui figure sur son second EP aux côtés de « Marche Tout Droit », qu’il enregistra aussi en version italienne « Dubi Dubi ». La première vraie fortune du compositeur viendra avec « Ebony Eyes » que les Everly Brothers hissent à la première place du hit parade anglais aussi en 1961. Mais ce n’est vraiment qu’avec la British Invasion que son nom se fera connaître mondialement grâce à un coup de main  d’un groupe au nom prédestiné, les Nashville Teens, qui reprendront une chanson qu’il a enregistrée en 1960 « Tobacco Road », vaguement autobiographique.

La chanson originale est un country blues, mais les Nashville Teens changent complètement la donne. Tout en gardant la mélodie, ils en font un rock pesant et saccadé, que l’on peut considérer comme une forme primitive de de ces sons pesants que l’on retrouvera plus tard dans le hard rock. On peut constater avec cet enregistrement un phénomène qui surgit parfois, celui d’avoir plus d’influence que sa position réelle dans le hit parade. Elle se classe 6ème en Angleterre et 14ème aux USA, mais l’impact sera considérable pour la suite, leur reprise deviendra la base de référence. Non seulement elle met en lumière la chanson, mais les regards se tournent vers la discographie de Loudermilk en espérant y trouver d’autres pépites. Les Nashville Teens seront les premiers à suivre la règle avec le single suivant et un titre qui prête à sourire aujourd’hui « Goggle Eye », succès pour eux à peine plus modeste. Ils en font une sorte de compositeur attitré puisque le suivant vient de la même place « The Little Bird ». Mais là, ils se font souffler le succès par Marianne Faitfull, Decca ayant trouvé que c’était une bonne idée de mettre en compétition deux artistes maison avec le même titre.

Depuis, il n’y a quasiment pas une année sans qu’une nouvelle version ne soit enregistrée, certaines avec un succès plus qu’estimable. Partons sur la route du tabac et arrêtons nous dans quelques endroits où il fait bon faire halte et rouler quelques clopes.

Le EP français des Nashville Teens 1964

La très bonne version originale, 1960.

La version des Nashville Teens en playback  via simulation stéréo, 1964.

La version française de Dick Rivers, 1964.

La version de Jefferson Airplane sur leur premier album. La chanteuse est alors Signe Anderson, 1966.

La première superbe version psychédélique par les Blues Magoos, 1967.

Les mêmes en vrai live avec un bout d’interview, 1967.

Eric Burdon et les New Animals en live, 1967 TV Allemande.

Le groupe Spooky Tooth sur le premier album 1968, résolument pop.

Eric Burdon encore, mais dans une version complètement différente avec le groupe War, 1970.

Une version époustouflante qui préfigure le hard rock, le groupe Jamul, 1970.

Le même groupe en live dans un document heureusement enregistré pour un TV locale. On sent encore plus l’approche hard rock. Après un autre groupe. Zephyr dans une version assez « Janis Joplin » de « St James Infirmary ». Sûrement enregistré en 1970.

Edgar Winter, le frère de Johnny, en a fait une version qui est une des plus populaires, 1970.

Belle version de Rare Earth, 1970.

Une version en live par Shocking Blue, album « Live In Japan », 1972.

Une version inattendue par…

Le créateur dans un version tardive, très décontracté, 1984.

Un document d’une qualité moyenne : Eric & War et un certain Jimi Hendrix à la guitare, deux jours avant sa mort. Probablement la dernier document sonore où il figure.

Bas nylons et lignes d’enfances

 

Si je prends mon cas personnel et que je remonte à mon enfance, la lecture était un moyen de s’évader même si l’on n’était pas en prison. Ce que furent mes lectures jusqu’à l’âge de 12 ans peuvent se résumer à deux ou trois tendances. La BD que je n’aborderai pas ici, les journaux magazines qui ne sont pas très éloignés de la BD, et surtout le livre sous forme de littérature pour la jeunesse. Durant ces années, j’ai toujours haï la littérature classique Hugo, Balzac, Dumas, je l’aborderai plus tard à l’âge adulte, sans que cela devienne pour autant une véritable passion, les livres éducatifs, scientifiques, d’histoire, les éclipseront même pas mal. En quantité de nombres de livres différents lus du même auteur, il y en a deux qui surclassent les autres, Enid Blyton et San-Antonio. Le second n’a rien à voir avec l’enfance, je dois avoir commencé à lire les premiers vers l’âge de 16 ans, mais avec Blyton on est en plein dedans. Tous héros confondus cela doit approcher la centaine (plus de 150 pour San-Antonio), par contre je n’ai jamais abordé les histoires écrites pour les très petits, je suis resté partiellement dans la tranche adolescence. A titre purement récréatif, il m’arrive encore d’en relire aujourd’hui, ce que j’en ai gardé et ce qu’ils m’inspirent aujourd’hui, c’est justement ce que je vais aborder.

Le Club des Cinq (Famous Five) est bien entendu la série la plus connue et la plus populaire, je les ai tous lus. Sur la vingtaine d’histoires parues, je n’en garderai que quatre ou cinq, « en randonnée », « va camper », « se distingue », « en péril », « aux sports d’hiver ». Si j’aime ce choix c’est parce que les histoires se passent dans des endroits isolés, coins perdus, maisons solitaires.

Le Clan des Sept (Secret Seven) est le pendant en moins bien du Club des Cinq. En lisant la série phare on ne pouvait manquer de glisser vers celle-ci. Les histoires sont plus courtes et l’intrigue plus ténue, mais ce n’est pas dénué de charme. C’est également une assez longue série puisque qu’il y a un quinzaine de volumes en traduction française.

Série Mystère, plus tard les Cinq détectives (Five-Find Outers). Sans aucun doute la série la plus humoristique de Blyton. Elle est aussi laissée dans son contexte original, contrairement aux précédents où l’intrigue est transposée en France, elle se déroule dans un village anglais. Il aurait été assez difficile de l’exporter car une des vedettes de la série est le représentant local de la loi, Mr Groody, un policier typiquement anglais jusqu’à la caricature. Dans chaque histoire, il y a une énigme à élucider, mais les cinq détectives emmenés par Fatty (Blyton affirma qu’elle s’est inspirée d’un personnage réel) , un jeune débrouillard qui veut entrer dans la police quand il sera grand, vont mettre leur matière grise à contribution. Ce sera toujours au détriment de celui dont c’est en principe le travail, Mr Groody. Il est vrai que ce dernier n’est pas très futé, imbu de sa personne et irascible de caractère. Le comique de l’histoire réside principalement dans la manière qu’ont les enfants pour l’envoyer sur de mauvaises pistes et lui jouer des tour pendables. Dans un des volumes, Mr Groody déniche lui-même de véritables indices, mais croyant à une nouvelle farce des enfants, les apporte en main propres aux détectives. Il faut préciser que Fatty est un as du travesti, il n’a pas son pareil pour se transformer en gitane diseuse de bonne aventure, ou en vieillard à la voix chevrotante et même en ventriloque. C’est aussi une assez longue série avec des enquêtes plutôt bien ficelées.

Serie Mystère (Barney Mysteries). C’est peut-être un des regrets que l’on peut avoir avec cette série, elle ne contient que six histoires. Blyton a imaginé pour une fois un personnage un peu décalé, pas très conformiste et orphelin, Toufou et son chien qui imite en tout son maître. Il est cousin des deux autres héros de ces aventures, Roger et Nelly.  La série débute par la rencontre d’un jeune vagabond avec une guenon, un enfant de la balle, à la recherche de son père. C’est une suite d’histoires qui s’enchaînent, mais dont chaque volume est indépendant. Dans l’histoire initiale, Le Mystère du vieux manoir, ils devront chercher la raison des mystérieux bruits qui résonnent la nuit dans un manoir isolé. C’est une assez belle description d’un lieu abandonné où les habitants on « eu des malheurs ». Malheureusement l’adaptation française a supprimé des chapitres de l’édition originale. Dans la série, une autre histoire est très proche par l’ambiance Le Mystère de monsieur personne où l’équipe est dans un manoir isolé par les chutes de neiges. Un bonhomme de neige semble avoir pris vie et un mystérieux personnage vient au milieu de la nuit faire aller le heurtoir de la porte d’entrée qui fait trembler tout la maison. Il semble aussi avoir la faculté de passer à travers les murs. J’adore cette série.

Série Mystère, plus tard Arthur & Cie (Adventure Series). Pour une fois cela se terminera par un mariage. En effet, une des personnages dont les héros feront connaissance dans la première aventure, Le Mystère de l’île aux mouettes, est un détective qui finira par épouser la femme qui a la charge des enfants. Il se retrouveront pour huit aventures dont Le Mystère du nid d’aigle, est l’une des meilleures.

Série Mystère, plus tard les 4 Arnaud (Secret Series). Une autre équipe qui connaît d’autres aventures. La première Le Mystère de l’île verte, est assez décalée, mais c’est pour moi une très bon récit. Des enfants confiés par les parents partis en voyage à des gens qui s’avèrent malveillants (c’est fou dans l’oeuvre de Blyton ce que les parents voyagent ou ne sont pas toujours très responsables), décident de les fuir et de se réfugier sur une île au milieu d’un lac en attendant qu’ils reviennent. Un enfant du voisinage pas toujours bien traité, s’enfuit avec eux en emmenant avec lui sa vache, Pâquerette, qui s’avère très bonne nageuse.  Ils y séjourneront presque une année en se débouillant avec les moyens du bord, mais devront surtout tenter de passer inaperçus sur cette île qui n’est pas au milieu du Pacifique. Il est bien évident qu’on les recherche ou alors ce sont des touristes qui estiment que l’île est l’endroit rêvé pour faire un pique-nique. Se camoufler dans les arbres est relativement facile, mais les vaches c’est bien connu, ne grimpent pas aux arbres. On peut imaginer que l’auteure s’est inspirée d’un autre célèbre Robinson. Les autres aventures de cette famille sont plaisantes et se déroulent plutôt à l’étranger.

Blyton a écrit d’autres livres qui rentent dans la catégorie Mystère. Mais ce sont des récits uniques avec des personnages qui changent à chaque histoire. On peut s’attarder sur Le Mystère du message secret, Le Mystère de la péniche, Le Mystère du flambeau d’argent. On y retrouve l’ambiance Blyton, les passages secrets, les souterrains, les châteaux en ruines, les enfants qui doivent se débrouiller contre les adultes malveillants.

On a pas mal reproché de choses à Blyton, mais je crois que son succès est sa meilleure carte de visite. Il faut toujours avoir à l’oeil, et c’est nécessaire d’en avoir au moins un pour la lire, que ce sont avant tout des récits destinés à l’enfance. Si j’avais un reproche à lui faire, ce serait celui de ne pas les avoir rendu, en glissant quelques détails de plus dans son récit, plus vraisemblables. Ces détails, je les ai remarqués que j’ai relu les histoires à l’âge adulte, enfant je n’y avais vu que du feu. Par exemple dans une des aventures, une ligne de chemin de fer aboutit dans un endroit pratiquement désert en sortant d’un tunnel, il y a une gare, de multiples aiguillages, des dépôts etc… Dans le fil de l’histoire on append que la ligne a été abandonnée il y a bien longtemps faute de voyageurs. Mais quelle compagnie de chemin de fer percerait un tunnel, construirait tout une infrastructure, pour amener le train dans un endroit où il n’y a qu’en tout ou pour tout une maison qui se trouve au moins à deux kilomètres ? Une précision du genre : « jadis il y avait une mine de charbon » justifierait la présence de cette gare. Dans la même histoire, une locomotive à vapeur passe de l’état d’arrêt total à celui de marche. On peut gager que Mme Blyton ne devait pas souvent chauffer de l’eau pour son thé, car elle aurait remarqué que pour que la vapeur se produise, il faut du temps. Et pour une locomotive, c’est beaucoup plus long. Il faut allumer la chaudière en y mettant du charbon, attendre que la vapeur se fasse, que la pression soit au top, ensuite elle peut partir. Mais bon ce n’est pas plus décalé que d’autres récits destinés à la jeunesse.

Je lisais un commentaire à propos d’un livre de la série. Il disait que si il l’avait lu pour la première fois à 25 ans, il l’aurait jeté par la fenêtre. Mais comme il le relisait après l’avoir adoré en étant jeune, c’était une merveille de le relire.  Je crois que cela résume bien le sujet. On devrait tous garder une partie d’enfance à quelque part, relire Blyton est un moyen d’y parvenir comme si on relisait un Tintin pour le centième fois. Certes bien des histoires, sinon toutes, supportent mal le passage du temps, il serait pour le moins incongru de voir le Club des Cinq ou le commissaire Maigret avec des téléphones portables, ou Robinson Crusoé regardant la télévision.  En Angleterre, il y a un site anglophone qui réunit tous les fans de Blyton et ce ne sont pas que des écoliers qui le fréquentent. Il y a une dizaine d’années, de jeunes Français ont tourné en amateurs une adaptation du Club des Cinq en randonnée. Le film est visible sur Youtube et il a déjà été vu plus de 1 700 000 fois. De là à dire que plus personne ne s’intéresse à ces aventures, il y a un pas que je ne franchirai pas. Le meilleur conseil que je puisse vous donner si vous désirez vous lancer dans l’aventure, c’est de privilégier les veilles éditions, années 50 ou 60, avec les illustration d’époque, elles illustrent et collent au plus juste le fil de l’histoire à l’époque où elle se déroule. De plus, les brocantes en sont amplement fournies à des prix souvent dérisoires, je défie quiconque de ne pas trouver un livre de Blyton dans n’importe quel marché aux puces.

Bas nylons et des sons

Il est plutôt rare qu’un chanteur qui sort un disque ne souhaite pas que celui-ci ne devienne pas un tube. Pour certains, un certain nombre d’années s’écoulent avant qu’il rencontre le succès. Nous allons étudier un autre cas, un enregistrement trafiqué qui devient un succès sans que l’artiste n’en soit avisé et que ce dernier découvre par hasard qu’il monte dans le hit parade.

Dans les années 1950, un duo officia sous le nom de Tom et Jerry et rencontre quelque succès en imitant les Everly Borthers. Il se séparent et se retrouvent en 1963, cette fois en étant plus attiré par le folk. Ils sont signés par Columbia (CBS en Europe) un label assez orienté vers le folk, qui contient une grosse vedette en devenir, Bob Dylan. Sous le nom de (Paul) Simon and (Art) Garfunkel, un premier album est publié en 1964. « Wedneday Morning 3 A.M. ». C’est un mélange de chansons traditionnelles, de reprises, de titres originaux, dans une veine folk acoustique. Dans les titres originaux figure une chanson qui passe à ce moment là tout à fait inaperçue « The Sounds Of Silence ». L’album ne rencontre pas vraiment le succès et le duo se sépare. Paul Simon va tenter sa chance en Angleterre.

En 1965, les Byrds enregistre une chanson de Bob Dylan en version électrifiée et rencontrent un succès considérable « Mr Tambourine Man ». Ainsi naît un mouvement musical typique de cette époque que l’on baptisera folk-rock. Cela impressionne tellement Dylan qu’il décide de s’y mettre aussi, il électrifie son répertoire et rencontre un succès bien plus conséquent en commençant par « Like A Rolling Stone ». Le producteur de ce titre, Tom Wilson, qui est aussi celui du premier album du duo, cherche alors quelque chose qui pourrait faire un bon hit dans le même style. Il repense à la chanson « Sounds Of Silence », mais il la trouve un peu « fade ». Sans rien demander à personne, il remixe le titre en y ajoutant un peu d’écho sur les voix et surtout une guitare bien électrifiée avec de la batterie en rythmique, le tout avec des musiciens de studio. Publiée en 45 tours simple, la chanson ne tarde pas à se hisser dans le hit parade des USA et finit à la place suprême. Entretemps, Paul Simon ayant appris la nouvelle, mais passablement fâché par la tournure qu’à prise sa composition, les producteurs sont tout puissants, le duo et se reforme et connaîtra pendant quelques années un succès magistral.

La chanson concrétise aussi un succès international conséquent et connaîtra un rebondissement quand elle figurera au générique du film « Le Lauréat » en 1967, assurant aussi une base de lancement pour un autre de leurs succès « Mrs Robinson ». Par la suite le titre s’écrira plutôt au singulier « The Sound Of », mais la chanson est régulièrement reprise et mise à toutes les sauces et figure dans d’autres bandes sonore de films. Paul Simon l’interprétera pour le dixième anniversaire de 11 septembre au Ground Zero. Bien qu’elle ne soit de loin pas la seule de leur répertoire à être célèbre, elle reste la plus redemandée et la plus mythique.

 

La publication française de l’époque qui contient aussi trois autres titres qui deviendront aussi très connus.

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La première version

La seconde version

L’adaptation de Marie Laforêt, existe aussi par Richard Anthony, mais moins réussie vocalement

En live 1966

Paul Simon au Ground Zero

En vrac sans chronologie ni styles, quelques versions assez réussies ou surprenantes en commençant par celle qui a le plus de vues sur Youtube, plus que l’original. A la fin vous pourrez voir une reprise en anglais faite par Adamo avec quatre autres titres inhabituels dans son répertoire.

Bas nylon et une dame en avance

Nous avons vu dans un précédent post, les photographies d’un aviateur Suisse qui fut un des pionniers de la photographie aérienne. Nous allons découvrir ici, un peu de l’histoire d’Annemarie Schwarzenbach qui fut elle aussi une pionnière de l’aventure photographique, mais aussi écrivaine et journaliste. Dans les années 1920, son goût pour l’aventure fera d’elle une personne complètement en marge d’une certaine société bien pensante, une sorte d’électron libre.

Elle naît en 1908 à Zürich dans une famille de la haute bourgeoisie, elle est la petite fille du général Wille qui commanda l’armée suisse durant la guerre 14-18. A partir de 1927, elle étudie l’histoire et la littérature dans sa ville natale et à Paris. Elle devient journaliste. Rejetant toutes les idées conservatrices, au grand dam de sa famille, elle s’affiche ouvertement contre le nazisme dès le début des années 1930, en compagnie des enfants de l’écrivain Thomas Mann. En 1931, elle publie un premier roman. Dés 1933 une série de voyages qui  la verront comme reporter dans de nombreux pays, dont certains sont encore assez mystérieux. Elle fournit des articles pour le compte de journaux suisses. Bien qu’ouvertement lesbienne, elle se marie en 1933 en Perse, afin de rompre toute dépendance financière avec ses parents. Son mari, un diplomate français, Achille Clarac, est selon les rumeurs lui-même gay. Elle pourra bénéficier d’un passeport diplomatique, ce qui lui facilitera ses voyages. On la retrouvera aussi en Union Soviétique et aux USA, où elle s’intéresse à la cause syndicale. Elle fera même partie des premières forces françaises libre au Congo. Elle est malheureusement pendant plusieurs années accroc à la drogue et doit subir des cures de désintoxication. Elle meurt en Suisse en 1942, des suites d’une chute à vélo.

Elle laisse un héritage littéraire et photographique assez conséquent dont seulement une partie de ce dernier a été conservé par sa mère. Roger Martin du Gard, la surnomma « L’ange inconsolable ». Elle reste une icône dans un domaine où elle montre que les femmes peuvent faire aussi bien, sinon mieux, que les hommes à une époque où on préfère les voir à la cuisine.

Voici quelques extraits de son travail. Les photos datent des années 1930, les années exactes des prises de vues n’ont pas été conservées.

Annemarie Schwarzenbach

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Afghanistan

Angola

Autriche

Bulgarie

Congo Belge

Érythrée

A suivre…

Source Wikipedia, DP

Bas Nylons et un homme qui voit les choses d’en haut

Les spéléologues ne seront sans doute pas d’accord, mais la Terre vue d’en haut, ça a de la gueule. Pour voir cela et se faire une idée de ce que l’on pouvait apercevoir, l’avion fut un moyen qui compta passablement. Encore fallut-il que des pilotes ou des passagers se donnent la peine de prendre des clichés. Un pilote suisse, Walter Mittelholzer (1894-1937), s’illustra particulièrement dans ce domaine. Formé comme pilote militaire, il monta une compagnie d’aviation civile. En 1926, parti de Zürich le 7 décembre, il rallie la ville du Cap au cours d’un périple qui dure 77 jours en 23 escales. Le vol est d’une longueur de 14850 kilomètres, mais surtout une aventure hasardeuse qu’il est le premier à tenter et à réussir. En décembre 1929, il est le premier à survoler le Kilimandjaro. Dans les années 30, il est un des premiers instructeurs de la célèbre compagnie Swissair. Il fonde une annexe de cette compagnie Swissair Photo AG, qui se destine à offrir et à diffuser des photos aériennes au public. Même s’il meurt prématurément dans un accident d’alpinisme, il laisse un énorme héritage de plus de 18000 photos, qui recouvrent des domaines variés, mais surtout la photographie aérienne, ce qui ne l’empêche pas d’en réaliser depuis le sol. Petite promenades parmi son captivant héritage.

Walter Mittelholzer, en uniforme militaire de l’aviation militaire suisse, devant son avion qui ressemble plus à une poussette munie de roues, qu’à un 747.

Jerusalem en 1934.

Pafäffikon, près de Zürich, 1920.

Niamey, au Niger en 1930. C’est alors une colonie française. Au milieu gauche, la maison du gouverneur.

Le canal de Suez en 1934.

Ouagadougou en 1930 ou début 1931, dans ce qui était la Haute Volta, maintenant Burkina Faso.

L’actrice alors assez célèbre, Liane Held, pose en 1935 devant un appareil Swissair. Elle mourut à 105 ans en 2000, ayant vécu sur 3 siècles.

Un visage connu, celui de Hailé Sélassie, le Négus en 1934.

Une vue de Jerusalem, 1934.

Survol de Postdam, 1933.

Montagnes enneigées en Perse/Iran, 1925.

Porte de la ville de Téhéran, 1925.

Bateau sur une rive du Golfe Persique, 1925.

Approche du Kilimandjaro, 1930.

Berlin, 1933, le calme avant la tempête.

L’oasis de El Kantara dans les massif des Aurès en Algérie, 1928.

Les ruines romaines de Timgad en Algérie, 1928.

Marchands dans une rue de Tunis, 1928.

Deux représentant de l’ethnie Massaï au Kenya, 1930

Une rue Buschir en Iran, 1925, avec probablement deux légionnaires français en képis blancs.

Femmes soudanaises, 1930. Pour les prétendants c’est mieux que le catalogue de La Redoute.

Le Bourget, vers 1932, il m’aurait étonné de ne pas s’aventurer dans le coin.

Sources Wikimedia Commons. DP.

Le porte-jarretelles de Noël

!!! JOYEUX NOEL !!!

Comme cadeau de Noël, une nouvelle complètement inédite, concoctée par votre serviteur

Monsieur Thomas descendait les rues de la ville par cette étroite artère commerçante qui aligne les petites boutiques aux mille tentations. Pourtant, il ne pose jamais son regard sur l’une d’entre elles, sauf celle qui se trouve vers le milieu de la rue. C’est ainsi, ce qu’il y voit l’enchante toujours. Ce ne sont pas les jambons et les salamis de la petite boucherie, bien qu’il les adore et qu’il sache qu’il trouvera là les meilleurs, qui le font saliver. Non, c’est un peu plus bas, une petite boutique. Lorsqu’il passe devant, il sent perler quelques désirs un peu fous dans son âme vieillissante, mais toujours éternellement romantique.

Une voix discrète lui susurre des mots tentants qu’il ne veut pas entendre. « Arrête-toi ! Prends ton temps ! C’est ici que se trouve ce que tu admires !». Non il ne veut pas, par peur de passer pour un personnage bizarre ou un pervers, il connaît trop le jugement des autres, il s’en méfie. Les belles lingeries qui tourbillonnent dans le carrousel de sa tête sont pourtant immobiles dans la vitrine, jarretelles, guêpières, bas, sont figées comme un soldat au garde-à-vous. Tout au plus il va ralentir un peu le pas, mais pas trop, juste de quoi profiter un peu plus de spectacle.

C’est bizarre, pensait-il souvent. Il n’y a pas si longtemps, on voyait cela partout, dans les rayons des magasins destinés à Madame, dans les publicités des journaux, sur les séchoirs aux alentours des maisons. Tout cela avait disparu à son grand regret, au profit de la mode. Et pourtant, il se rappelait aussi qu’il n’y prêtait pas grande attention, juste un regard rapide comme celui qu’il se permettait à travers la vitrine du magasin de lingerie.

Malgré tout, depuis quelques temps, il avait remarqué que les choses n’étaient plus aussi radicales, quelques articles dans la presse saluaient un retour de la lingerie coquine, du moins c’est comme cela qu’on l’appelait maintenant. Semblant de certitude pour lui, cette boutique dans la rue n’était pas ancienne, elle avait ouvert ses portes récemment. Sans que la clientèle s’y presse, il avait vu quelquefois des dames y entrer ou en sortir, le laissant songeur sur les achats qu’elles pouvaient aller y faire ou avoir fait. Il se prenait même à rêver que les dames en jupes qu’il croisait dans la rue étaient clientes de cette boutique, prémices d’un nouvel âge d’or.

Cela il n’en savait rien, tout au plus, il avait mené sa propre enquête, bien innocemment, en feuilletant les nombreux catalogues que sa femme, décédée l’année précédente, recevait toujours. Il est vrai que les porte-jarretelles n’y figurèrent plus pendant longtemps. Seule la lingerie fonctionnelle avait remplacé ces délicieuses petites choses qui rendaient les femmes si jolies, tout au plus un peu de dentelle parcimonieuse rappelait encore le bon temps. Mais il fut ravi de constater que les dernières éditions de ces publications de mode permettaient aux porte-jarretelles d’y faire une première et timide réapparition, même assez conséquente dans l’une d’entre-elles.

Pourtant un soir à la nuit tombée, alors qu’il rentrait un peu tardivement de son boulot, il vit une de ses collègues de travail, Christine, qui sortait de la boutique. Imaginant sans en être sûr, que si elle l’apercevait elle se trouverait gênée, il s’arrêta et fit semblant de contempler l’étalage d’un magasin de primeurs. Par chance, elle s’éloigna dans la direction opposée, lui évitant sans doute une rencontre à laquelle il ne tenait pas vraiment.

Il reprit sa marche et passa devant la fameuse boutique, en jetant son regard devenu habituel sur l’étalage de la vitrine, illuminé par deux spots qui mettaient en valeur sa présentation. Aussitôt, son cœur s’accéléra. Depuis plusieurs jours, un magnifique porte-jarretelles rouge attirait son attention plus que de raison, il avait un faible pour cette couleur. Pas plus tard qu’en début d’après-midi, il était encore en vitrine, mais il constata qu’il avait disparu, sans doute acheté par une cliente. Mais justement, un doute il en avait un, et si c’était sa collègue de travail qui l’avait accaparé pour des envies de séduction ?

L’esprit troublé, il reprit la direction de son domicile. Il s’arrêta dans une petite épicerie, car il avait encore un achat à faire. Dans trois jours, ce serait Noël et il avait proposé d’organiser une petite fête entre collègues, de quoi marquer l’événement. Il se chargerait de la boisson et il ne lésina pas à la dépense, il acheta du champagne. Il savait qu’il fêterait Noël en solitaire, cela ne le gênait pas autrement, alors la fête avec ses collègues serait un peu son Noël à lui.

La journée du lendemain se déroula selon le programme prévu, on travaillerait jusqu’à quinze heures et ensuite place à la fête. Bien entendu, il regarda sa collègue, cliente de magasins de lingerie, d’un œil nouveau, il ne pouvait chasser de son esprit ce qu’il avait vu la veille. Aujourd’hui, il n’en saurait pas plus, elle portait des pantalons comme la plupart des femmes d’aujourd’hui. Sans qu’il s’en doute, le destin allait venir à sa rencontre.

Alors qu’il s’apprêtait à sortir pour la pause de midi, sa collègue vint vers lui.

– Monsieur Thomas, cela m’embête de vous demander cela, mais j’ai pensé à vous, car j’ai un problème.

– Je vous écoute, répond-t-il, sans se départir du sourire qu’il avait adopté quand elle était venue vers lui. Il pensait qu’elle avait un problème d’ordre professionnel, il était un peu l’homme qui savait tout dans le cadre de sa profession.

– Voilà, dit-elle, demain soir vous n’êtes pas sans ignorer que l’on fête Noël. Je suppose que vous êtes seul, si c’est le cas, accepteriez-vous de me dépanner ?

– En effet, je suis seul, et si cela est dans mes possibilités pourquoi pas ?

– Vous le savez, nous en avons parlé, j’habite dans la même maison que mon frère.

– Oui, en effet.

– Mon frère est marié et il a deux enfants en bas âge. Nous avions prévu pour eux, une visite du père Noël. Malheureusement, la personne à qui nous avions demandé de jouer ce rôle, a dû partir en urgence vers sa mère accidentée. Il ne pourra pas être présent, pourriez-vous le remplacer ? Je suis en peu dans l’embarras pour trouver un remplaçant. J’en ai parlé à mon frère, il sera ravi si vous acceptiez. Bien entendu, après, vous resterez pour fêter Noël avec nous, ainsi vous ne serez pas seul.

Toujours en souriant, il réfléchit brièvement, ce serait peut-être une belle soirée en perspective. Entre rester seul à la maison ou aller s’amuser un peu, il ne se posa même pas la question de savoir ce qu’un autre aurait fait à sa place.

– Mon Dieu, pourquoi pas, mais comment comptez-vous vous y prendre ?

– C’est assez simple, nous avons un costume de père Noël qui devrait vous aller à merveille. Vous viendrez chez moi, vous vous changerez, vous prendrez la hotte dans lequel se trouve les cadeaux et vous irez sonner à la porte de mon frère. Je pense que les enfants seront ravis de vous accueillir. Ensuite, retour chez moi, tenue normale, et nous allons faire la fête.

– Vous croyez que je peux faire un homme à barbe blanche crédible ?

– J’en suis certaine. Vous savez les enfants ne cherchent pas trop à démêler le vrai du faux quand il est en face d’eux. Ils savent que les cadeaux sont là.

– C’est entendu, je viens vers quelle heure ?

– Venez vers dix-huit heures, nous aurons le temps de tout préparer et de prendre l’apéritif.  Je vous donnerai l’adresse, c’est à l’ouest de la ville, le bus s’arrête juste devant la maison.

La fête commença comme prévu. L’ambiance tourna vite à la gaîté, le champagne n’y était pas étranger. Les amuse-gueules disparaissaient à belle allure. Le chef du service, d’habitude assez austère, semblait avoir reçu par avance un cadeau de Noël spécial, une valise remplie de sourires, il n’était pas le dernier à sortir une bonne blague. Il prit même tout le monde au dépourvu quand il annonça que le tutoiement devait devenir la règle dans son service. Il est vrai qu’il était proche de la retraite et que cela devait le mettre encore de meilleure humeur. Entre Thomas et lui, cela ne changeait pas grand-chose, ils avaient depuis longtemps franchi cette barrière de familiarité. Pour les autres c’était nouveau, mais l’habitude serait vite prise. Thomas se marra intérieurement, demain soir quand il irait chez Christine, la tante pourrait surprendre les neveux :

– Dis donc, t’as vu la tantine, elle connaît vachement bien le père Noël, elle lui dit « tu ! ».

Le lendemain, Thomas se prépara, il se fit beau comme on dit. Conscient que ce ne serait pas le costume qu’il allait vêtir pour le rôle qu’il allait jouer, il n’en soigna pas moins les petits détails. Rasé de près, il s’aspergea d’un après-rasage qu’il gardait pour les grandes occasions. Il décida de partir un peu en avance à son rendez-vous, même s’il connaissait très bien l’adresse où il devait se rendre. Pour éviter les ruées de dernière minute, il prendrait un bus plus tôt et irait boire un verre dans un bistrot situé dans la même rue.

Il entra dans le bistrot. Peu de monde en cette veille de Noël, sauf les solitaires, les pas invités, les indifférents à la fête, qui s’accrochaient aux dernières oasis avant le désert. Un avis placarde contre les murs avertissait : « nous fermons à dix-neuf heures ». Le voilà averti, il s’en moquait, d’ici là il aurait sans doute un tout autre aspect, et surtout une barbe blanche. Il commanda un café bien serré, c’est ainsi qu’il les aimait.

Quelques minutes après, une femme très élégante pénétra dans le bistrot, un manteau rouge s’arrêtant juste en dessus du genou, des jambes gainées de nylon qui reflétaient la lumière, des chaussures noires à talons. Elle n’était plus toute jeune, mais elle semblait pouvoir tricher avec aisance sur son âge réel. Enlevant son manteau, révélant une robe sombre d’une longueur raisonnable décorée de fils dorés, elle vint s’installer à la table en face de celle de Thomas. Elle commanda également un café, quand le serveur vint lui demander ce qu’elle désirait. Elle avait l’air perdue dans ses pensées, de temps en temps son regard croisait celui de Thomas. Ce dernier ne voulait pas avoir l’air de la contempler plus qu’il ne fallait, mais il avait de la peine à détacher son regard, quelque chose dans son attitude lui semblait familier, il avait de la peine à trouver quoi. Son œil s’attardait volontiers sur les jambes de la dame, elle les croisait et décroisait selon un rythme ou une envie qu’elle seule aurait éventuellement pu expliquer. Lors de ces mouvements, le regard de Thomas se fit encore plus perçant, il n’en était pas sûr, mais il lui sembla apercevoir la lisière d’un bas. Peut-être n’était-ce qu’un jeu de lumières, où une illusion que son esprit voulait absolument rendre réelle. Il allait être l’heure de partir et il n’en saurait pas plus.

Il paya sa consommation, sortit, et se dirigea vers la maison où Christine devait, il l’espérait, l’attendre. Il trouva facilement l’appartement et il sonna. Un bruit de pas se fit entendre et la porte s’ouvrit.

– C’est l’homme à barbe blanche, dit Thomas en rigolant.

– Ah, merci d’être venu, donne-toi la peine d’entrer et installe-toi dans le salon, je vais m’occuper de toi incessamment. Tu veux boire quelque chose ?

– Si tu as un verre d’eau, pour l’instant ce sera très bien.

Il s’installa confortablement dans un fauteuil et attendit. Christine revint avec un verre d’eau.

– Je vais t’orienter sur ce que nous allons faire. La visite du père Noël sera prévue vers vingt heures. Les enfants auront leurs cadeaux, après nous pourrons manger tranquillement. Je vais aller chercher mon frère, ainsi tu pourras faire sa connaissance. Sa femme est encore en train de faire des achats avec les gosses. Ils arriveront plus tard, mais nous éviterons qu’ils te voient avant la distribution des cadeaux. Ceux pour les grands sont déjà au pied du sapin, donc il n’y aura que ceux des enfants que tu devras distribuer. Nous serons sept à table, il y aura mon frère, sa femme, ses deux enfants, toi et moi, et ma mère qui devrait arriver incessamment. Je file vite chercher mon frère.

Un instant plus tard, Christine revint accompagnée d’un monsieur en tenue décontractée au sourire avenant. Il avait bien un air de famille avec sa sœur, même taille, même couleur de cheveux, même regard.

– Je te présente mon frère Michel, il te remercie d’être venu.

Il tendit la main à Thomas en lui mettant la main sur l’épaule.

– Ainsi, vous êtes le collègue de travail de ma sœur. Je suis très heureux de faire votre connaissance et que vous ayez accepté de nous dépanner. Nous ferons tout notre possible pour vous remercier, vous pouvez déjà vous considérer comme faisant partie de la famille. Christine m’a parlé de vos malheurs, et je me réjouis que nous puissions passer cette soirée ensemble, même si nous devons un peu cette rencontre au hasard.

Thomas jugeait volontiers les personnes à leur poignée de main, il n’aimait pas avoir l’impression de serrer un morceau d’éponge. La poignée de Michel était tout à fait énergique. Il savait dès à présent que le personnage était, pour lui, digne d’intérêt.

– Je vous remercie de votre accueil, je suis heureux de faire votre connaissance, je ferai du mon mieux pour être un père Noël à la hauteur.

– Je n’en doute pas un seul instant. Je vous laisse en compagnie de ma soeur et nous nous reverrons tout à l’heure.

Christine entraîna Thomas dans une chambre et lui expliqua :

– Je mets cette chambre à ta disposition. Voila le costume qui te servira, te peux essayer, mais je crois qu’il sera parfaitement à tes mesures. Dans la hotte, il y a déjà les cadeaux à l’intérieur. Les paquets avec un ruban bleu sont pour Jim, le garçon qui est aussi l’aîné ; ceux avec le ruban rose sont pour sa petite sœur Delphine, tu ne pourras pas te tromper.

Le timbre de la sonnette de la porte d’entrée retentit.

– Cela doit être ma mère, je vais voir. Je te laisse à tes essais, tu nous rejoindras et je te la présenterai, j’espère que tu la trouveras sympathique.

Thomas enleva l’essentiel de ses habits et essaya le costume, c’était presque du « sur-mesure », à peine un peu grand, mais le contraire eut été plus embêtant. De ce côté-là, tout irait bien. Pendant qu’il entendait des voix et des rires dans l’appartement, il réintégra son costume et s’apprêta à rejoindre Christine. Une surprise l’attendait.

Quand il sortit de la chambre, Christine parlait avec une dame qui lui tournait le dos. Le voyant arriver, elle dit à sa mère :

– Je vais te présenter Thomas, il a accepté gentiment de nous dépanner.

La dame se retourna et cacha pas sa surprise.

– Mais nous sommes vus tout à l’heure au restaurant !

En effet, c’était la dame au manteau rouge, celle qui buvait son café sous son regard attentif une heure plus tôt. Après un bref instant de flottement, Thomas trouva les mots qu’il fallait dire, du moins ceux qui lui paraissaient de circonstance.

– En effet c’était bien moi. Si j’avais su que vous étiez la mère de Christine, je me serais permis d’engager la conversation. Mais si nous savions tout à l’avance, la vie serait moins drôle. Vous m’avez intrigué sans que vous le sachiez. Il me semblait que vous me rappeliez quelque chose. Eh bien, maintenant je sais quoi. Vous avez un peu la même gestuelle que votre fille.

– Eh bien, nous essayerons de rattraper cette occasion manquée, nous avons toute la soirée pour le faire. Dis-donc ma fille, si tu nous servais un petit apéritif, tu sais que le vin blanc ne me laisse pas de marbre.

– Tu prendras bien un verre avec nous Thomas ?

– Allons-y pour un coup de blanc, je vous accompagne volontiers.

On s’installa dans le salon et on trinqua. Au fil de la conversation Thomas en apprit un peu plus sur la mère de Christine. Elle s’appelait Laure et était un peu plus jeune que lui. Elle était veuve depuis plus de dix ans. Elle travaillait comme bibliothécaire au musée de la ville. Thomas sentait bien qu’elle possédait une certaine culture, ce qui n’était pas pour lui déplaire. Mais sa pensée ne manquait pas de revenir au bistrot et sur ce qui l’avait émoustillé : porte-t-elle des bas ?

Sans en avoir l’air, il en chercha la confirmation. La mère de Christine assise en face de lui, pouvait lui apporter la réponse. Il jetait de temps en temps un regard discret à la frontière de la robe de Laure. La lumière qui se reflétait en dansant sur le nylon était une invitation à laisser son regard errer sur les jambes, mais il ne pouvait en abuser au risque de passer pour un personnage un peu trouble.

La chaleur de l’ambiance et le vin aidant, la mère de Christine abandonna un peu sa maintenue. Au cours d’un croisement de jambes, le mouvement révéla la lisière d’un bas. Elle fut encore plus visible quand Laure empoigna le bas de sa robe à deux mains pour le tirer vers l’avant, révélant une jarretelle pinçant la lisière du bas. Thomas était aux anges. Ainsi il y avait encore des femmes qui portait des bas dans ce monde bizarre qui reléguait la séduction au rang de perversion. Il savait que sa vision était un peu extrémiste, mais il se rappela une conversation qu’il avait entendue. Une femme dit à son compagnon d’aller se faire soigner, quand il lui avait demandé si elle ne voulait pas porter des bas.

Laure, lorsqu’elle réajusta sa robe, avait surpris le regard de Thomas perdu sur ses jambes et constaté que son visage avait exprimé un bref éclair de plaisir. Elle ne douta pas qu’il savait qu’elle portait des bas. Elle trouvait que Thomas était plutôt un homme séduisant, bien mis, aux belles manières, à la parole distinguée. Elle savait que les hommes n’étaient pas insensibles à une belle paire de jambes enrobées d’un fin nylon, et qu’un porte-jarretelles accrochait autant les bas que les coeurs.

Elle mit en marche sa petite séance de séduction, tout en ayant l’air de rien. Elle avait sa méthode, testée depuis longtemps. Quand elle était assise, elle laissait sa jupe remonter jusqu’à la limite de la lisière des ses bas. Faisant semblant de s’apercevoir qu’il fallait un peu plus de décence, elle la repoussait vers le bas, tout en en lui donnant de l’ampleur sur la largeur. Un spectateur pouvait alors apercevoir brièvement le haut de la lisière, un bout de jarretelle s’il était bien placé. De temps en temps, d’un geste machinal à travers le tissue de la robe, tirer sur une jarretelle comme pour la remettre en place, provoquait aussi son petit effet. Croiser ses jambes en faisant crisser le nylon devait avoir la même sensation que d’écouter une musique céleste pour certains. Les bosses des jarretelles visibles sur la robe était un grand classique, d’autant plus qu’il pouvait se pratiquer à volonté. Poser ses deux mains sur les jarretelles comme pour les cacher, était aussi une tactique qu’elle usait sous forme d’ouverture pour sa sérénade avec un air de dire : « tu devines ce qu’il y a là-dessous ? ».

Tous ces artifices, elle s’amusait à le jouer et les rejouer. Certains pouvaient la traiter d’allumeuse, verbalement ou mentalement, elle n’éteignait jamais les flammes qu’elle allumait. C’était un peu sa vengeance depuis la mort de son mari. Elle avait cherché d’autres amours, sincèrement, honnêtement, mais si certains furent plutôt minables, d’autres furent odieux.

Pourtant ce soir, elle était décidée à se monter sous un autre soir. Elle n’en doutait pas, Thomas s’amusait follement à ce jeu de séduction, elle le sentait prêt à mordre à ses jarretelles en forme d’hameçons. Il ne restait plus qu’à ferrer le poisson. L’occasion se présenta un peu plus tard, Christine manifesta l’intention d’aller voir où en étaient les préparatifs pour la soirée.

– Je vous laisse un instant, je vais jeter un oeil chez mon frère pour voir si tout va bien.

Laure en profita et se leva.

– Vous m’excuserez Thomas, j’ai un petit ennui technique.

Elle se tourna de manière à se cacher un peu à la vue de Thomas et levant un pan de sa robe, elle entreprit de réajuster une jarretelle, qui d’après elle n’en faisait qu’à sa tête. Il en profita pour sauter sur l’occasion.

– Vous portez encore des bas, c’est si rare. Maintenant les femmes ne jurent que par les collants, je vous avouerais que les bas ne me laissent pas indifférents.

Ah ? Dans ce cas dites-moi ce que vous pensez de cela, en soulevant avantageusement sa robe. Un porte-jarretelles rouge débordant d’une culotte ample et noire, tenant des bas impeccablement tirés, s’offrit à sa vue.

 

Le spectacle affola Thomas, dont les mains tremblaient quelque peu. Il ne l’aurait pas juré, mais le porte-jarretelles qu’elle montrait lui rappelait celui qu’il avait vu en vitrine quelques jours plus tôt dans la boutique de la petite rue. Il tenta un coup de poker :

– C’est ravissant, où peut-on encore trouver des magasins qui vendent des choses aussi belles ?

– C’est ma fille qui m’a signalé qu’il y avait une petite boutique, récemment ouverte à la rue du Château, qui vendait de la belle lingerie, elle sait que j’en suis folle. Elle est venue avec moi l’autre jour, car la vendeuse est une de ses copines, elle va y acheter ses collants, pour les rares fois où elle en porte. C’est là que je l’ai acheté et j’ai aussi profité pour acheter des bas à coutures. C’est si élégant.

– Ah oui, je connais cette boutique, je passe devant tous les jours pour aller au travail. Il se garda bien de dire qu’il avait vu Christine sortir de la boutique, probablement le même jour. Il voulait plus de détails, il feinta.

– Justement, il me semble avoir vu votre fille sortir de cette boutique l’autre soir, mais je n’étais pas sûr, j’étais assez loin, mais elle était seule.

– C’était sûrement elle, elle m’a montré la boutique et est repartie presque aussitôt, elle devait aller faire des commissions.

Tout s’éclairait, le mystère du porte-jarretelles disparu de la vitrine était résolu.

Laure s’approcha de Thomas, le regarda dans les yeux :   « Cela te plait hein, tu adores les femmes qui portent des bas, eh bien vas-y tu peux toucher si le cœur t’en dit ! ».

Ses mains s’égarèrent sur la robe de Laure. A travers le tissu, il tâtait les bosses des jarretelles, les pressant contre les jambes de Laure dont il s’enivrait du parfum qui lui faisait plus d’effet que le vin. Elle chercha ses lèvres, les trouva en poussant de petits gémissements. Dans un râle elle murmura :

– Ce soir, après le souper, tu viens chez moi, d’ici là restons sages !

Oui, il valait mieux rester sages, d’autant que la soirée ne faisait que commencer. Entretemps, Michel vint présenter sa femme, pour le moins charmante, à Thomas. Elle resta brièvement, en s’excusant de ne pouvoir s’attarder plus longtemps, mais la cuisine, dit-elle, est une chose qui ne peut attendre. A l’heure prévue, Thomas se transforma en père Noël et remplit son rôle à merveille, les enfants furent ravis de l’avoir un moment rien que pour eux. Ils promirent d’être sages, au moins jusqu’à ce qu’ils décident de changer d’avis.

On passa à table et les adultes reçurent leurs cadeaux. Pour l’occasion, Thomas reçut un cadeau improvisé qu’il n’attendait pas : un abonnement d’un an à une revue satirique qui était parfois posée sur son bureau. Il pensa que rien n’échappait au regard de Christine. Seuls les enfants n’avaient pas faim, les nouveaux jouets ça coupe l’appétit, c’est bien connu. On les laissa s’amuser, sans plus s’occuper d’eux. Thomas et Laure étaient assis l’un à côté de l’autre, Michel et Christine en face, tandis que la femme de Michel faisait la navette entre la cuisine et le salon, s’asseyant en bout de table entre deux coups de feu. Le repas fut succulent, vraiment les hôtes avaient bien fait les choses, on but un peu plus que raisonnablement, mais c’était la fête. Pendant le repas, la main de Thomas prenait celle de Laure et leurs regards se croisèrent plus d’une fois. Parfois, discrètement, elle s’égarait un peu sur la jupe de Laure, à la recherche de ces petites bosses qui lui donnaient un peu l’impression de faire comme les aveugles, remplacer la vue par le toucher.

Le manège n’échappa pas à Christine, elle poussa Michel du coude, en montrant les deux tourtereaux, une nouvelle fois partis dans leurs rêveries. En fait, ils étaient plutôt heureux de la tournure que prenaient les choses. Ils en avaient souvent discuté, leur mère se morfondait souvent dans sa solitude. Tous les hommes qu’elle leur avait présentés semblaient plus des aventuriers que des futurs et possibles compagnons qui pourraient lui faire oublier un mari trop tôt disparu. Voilà un cadeau de Noël auquel ils ne pensaient pas un jour avant. Ils les imaginèrent plus tard, repartant main dans la main. Mais aucun des deux ne devina que cette rencontre ressemblait à une toile d’araignée aux fils de nylon .