En passant

Bas nylons et jouer avec le feu

Quand une chanson me plaît vraiment, j’aurais assez tendance à collectionner les versions. Dans certains cas, cela peut se limiter à deux ou trois reprises. Pour d’autres le choix est plus vaste, il en existe des dizaines. Si elle est un tant soit peu originale, cela peut donner l’impression de la (re) découvrir et de l’écouter de nombreuses fois. Un titre qui devient un gros succès a de plus fortes chances de bénéficier de cet atout et aussi d’attirer un certain nombre de repreneurs. Pour les artistes les plus célèbres, on peut constater un autre phénomène. Des chansons classées comme titres secondaires parviennent à intéresser d’autres artistes qui en font leur propre version, et parfois même un succès. On se souvient du fameux « Michelle » des Beatles qui figurait sur l’album « Rubber Soul », dont on dédaigna la publication en 45 tours simple en Angleterre. Reprise par les Overlanders, elle se classa à la première place des charts. Par contre, elle dut s’effacer dans les pays où un 45 tours des Beatles fut édité avec la fameuse chanson. Toujours à propos des Beatles, la reprise de « With A Little Help From My Friends » lança la carrière de Joe Cocker en 1968. Beaucoup de monde remarqua cette chanson grâce à lui, alors qu’elle était un peu perdue sur le fameux album « Sgt Pepper ».

Avec les Rolling Stones, c’est un peu différent. Contrairement aux Beatles, leur répertoire est un peu moins accessible au premier abord, les lignes mélodiques sont plus compliquées, sans doute aussi moins attirantes pour un amateur de variété pure. Malgré tout de nombreux artistes reprennent un titre ou l’autre du répertoire, mais ce n’est pas exactement la même clientèle. Mais si on prend la peine d’explorer la discographie en détail, il y a des chansons qui sont de petites perles de douceur mélodique et d’ambiance comme « Play With Fire ». Enregistrée en Amérique en janvier 1965 avec la participation de Phil Spector à la basse, la chanson échappe totalement au style habituel du groupe pour l’époque. Elle contient de la guitare acoustique, du clavecin, un tambourin amplifié à travers une chambre d’écho. Les paroles évoquent l’idée de celle qui joue avec le feu et qui se brûle, une image qui colle assez bien avec l’image des Stones qui passent pour des voyous selon une certaine presse. C’est une des quelques chansons créditées à la composition de Nanker-Phelge, qui cache sous ce nom la signature des membres du groupe selon quelques sources, ou aussi Mick Jagger et Keith Richard, pas trop sûrs de leurs talents de compositeurs selon d’autres sources. Elle parut initialement comme face B du succès « The Last Time ». Personnellement, je la considère comme la chanson d’eux que j’ai le plus écouté et que je préfère. Un aperçu des nombreuses reprises de ce titre qui, il faut la constater, a supplanté, l’intérêt pour l’autre face. Elle figure encore dans le répertoire de scène du groupe.

L’original 1965

Sans doute la première et bonne reprise en 1966, le duo Twice As Much, le producteur est celui des Stones.

La reprise des Beau Brummels, 1966.

John Fred & Playboys avant le succès international de « Judy In Disguise », 1966.

Une belle version pop par West, Bruce, Laing, du beau monde, 1974.

La chanteuse d’origine italienne, Dana Valery, 1975.

Jon English, Une reprise assez originale, chanteur d’origine australienne.

Très différent et bon par les Fleshtones, 1980.

Diodes, des Canadiens un peu punks, 1982.

Manfred Mann’s Earth Band, 1996.

Le Français Rodolphe Burger ex Kat Onoma, assez réussi, 1998.

Dead Moon, emmenés par le légendaire Fred Cole, qui fit partie du must psychédélique sixties Lollipop Shoppe, ici en live 2002.

En live, les fameux Little Bob Story, 1982.

Bien trash, les Australiens Feedtime, 1988.

Sur scène, tout récemment.

 

 

En passant

Bas nylons mais pas en 1850

Je ne sais pas ce que vous considérez comme étant les inventions les plus significatives de l’histoire de l’humanité. Certaines relèvent d’un côté utile et pratique, voire indispensable. D’autres sont plus futiles, mais permirent une évolution considérable dans la connaissance et le domaine culturel. De ce point de vue, même si on peut vivre sans, la photographie est un apport gigantesque qui permet de soumettre de manière indélébile les limbes d’un moment quelconque dans la mémoire des hommes. Imaginez qu’elle serait notre vision de l’histoire si la photographie avait existé à la cour de Louis XIV. Il s’en faudra encore de plus de 100 ans avant que cela ne devienne une réalité. J’ai toujours considéré une photo sous deux aspects, un voyage dans le temps qui rencontre un moment d’éternité. Sans doute ceux qui s’adonnèrent à cette passion au 19ème siècle pensaient comme moi, mais un peu à l’envers, fixons le présent pour le futur. Par la grâce d’Internet, cette machine qui remplace un peu Dieu pour certains, il est aisé de se perdre dans les dédales du temps et aller frapper à des portes qui sont closes depuis longtemps, de voir des visages qui ne sont plus que poussières aujourd’hui, mais est-on vraiment complètement mort quand quelqu’un pense à vous ?

Fort de ces paroles, je suis aller en rechercher une douzaine qui furent prises entre 1850 et 1860. Visages, lieux connus ou inconnus, ils voyagent dans le temps.

Une assemblée de nobles anglais assistant à la mise à l’eau d’un bateau sur un chantier londonien.

Martin Van Buren, 8ème président des Etats-Unis.

Un couple avec un enfant posant devant les chutes du Niagara.

Marché public à Boston.

Jerusalem

Un chantier industriel de construction navale à Londres.

Morlaix, qui de Tréguier

Napoléon III, empereur de France.

Paris la Seine et l’île de la Cité.

Pierre Clément Eugène Pelletan, écrivain, journaliste, homme politique.

Une jeune fille hollandaise.

La reine Victoria et sa suite à une exposition d’art à Manchester.

Sources DP

En passant

Bas nylons et un mec un peu spécial

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De manière générale, la création d’un style musical est presque toujours le fait des artistes. Dans des cas beaucoup plus rares, une maison de disques arrive à servir de référence et devient pratiquement une icône pour un style précis. Par exemple, les fameux disques Sun à Memphis sont très réputés pour être une des pièces maîtresses de l’avènement du rock and roll dans les années 1950, surtout que le propriétaire, Sam Philips, est pour beaucoup dans la découverte d’Elvis Presley. Du côté des artistes noirs à cette période, les choses sont moins évidentes, mais le label Chess est en gestation et commence à enregistrer les premières pépites de ce qui va devenir un base de référence pour le monde entier à travers tous les musiciens anglais qui se feront fort de revisiter le style et lui donner une visibilité qui deviendra mondiale. Pour l’instant, le mouvement est encore assez marginal et intéresse plus spécialement la communauté noire. Le blues, le jazz, sont sans conteste originaires du sud des USA, la Louisiane, le Mississippi, le Missouri, sont les fiefs des bluesmen noirs qui pratiquent cette musique de manière assez artisanale. Le jazz fut le premier à prendre son envol au début du 20ème siècle et gagna  le monde en quelques dizaines d’années. Le blues reste alors assez confidentiel, bien que la frontière entre les deux musiques est parfois très ténue. Difficile de ne pas voir du blues dans certains disques de Louis Armstrong, mais pendant longtemps le blues est avant tout une musique acoustique, à l’accompagnement minimaliste, souvent une simple guitare.

C’est l’économie qui va s’en mêler à sa manière. L’état du Michigan et Chicago sont connus pour être une des bases de l’industrie américaine, notamment la voiture. Elle fait appel à une nombreuse main d’oeuvre dont les Noirs en sont une des composantes. C’est dans cette ville qu’Aristocrat records, devenu Chess par la suite, voit le jour en 1947. Ce qui va sans doute donner une orientation définitive à la musique du label, c’est que les fondateurs sont des Blancs d’origine polonaise, Phil et Leonard Chess. Les artistes seront presque exclusivement noirs, mais sous l’impulsion des managers blancs la musique deviendra électrique. La label va produire nombre d’artistes qui vont devenir de vraies légendes, mais aussi un compositeur – contrebassiste qui va se révéler un des pièces maîtresses du label, Willie Dixon.

Le plus célèbre artiste du label est Muddy Waters, bien que pas mal d’autres soient presque aussi célèbres que lui, enregistre en 1954, une composition de Wille Dixon « Hoochie Coochie Man », qui va imposer un style tant du point de vue rythmique que du tempo et susciter de nombreuses inspirations. Revisitons quelques interprétations de ce grand classique, comme d’habitude j’ai fait un choix, il y en a tellement.

L’original, Muddy Waters, 1954.

Le premier anglais à l’enregistrer Alexis Korner et Blues Incorporated, 1962.

Hoyt Axton, le fameux créateur de « Greenback Dollar » en folk et jazz, 1963.

Manfred Mann, c’est presque évident de la trouver chez eux, 1964.

Dion l’idole des teenagers aux millions de disques vendus, n’a jamais caché son admiration pour le blues. En 1964, il enregistre sa version très originale.

Les nashville Teens en 1964, une version assez inatteignable puisqu’elle ne figurait que sur le seul album d’époque publié seulement aux USA. On retrouve ce son et ce rythme appuyé si typique chez eux, lointain ancêtre du hard rock.

Long John Baldry, cet excellent pionnier du blues anglais, pousse la reconnaissance jusqu’à appeler son groupe Hoochie Coochie Men, dans lequel figure parfois un certain Rod Stewart, 1964.

Les Hollandais Johnny Kendall & Heralds, qui s’inspirent sans doute un peu de celle de Dion, un traitement qui s’approche plus du beat, mais aussi très original datant de 1964. C’est la première version que j’ai mise dans ma discothèque, il y a bien des printemps. J’adore toujours.

Les Rattles pour l’Allemagne, c’est la deuxième version entrée dans ma collection, 1965.

Wayne Fontana et les Minbenders, 1965.

Sam The Sham & Pharaohs, 1965.

Shadows Of Knight, 1966 premier album.

Une version assez inattendue, celle de Jimmy Smith, 1966.

Chuck Berry et le Steve Miller Band, 1967, live à St Louis.

Steppenwolf, premier album 1968.

La version du compositeur, 1970.

John Mayall l’enregistra en live en 1965 avec Eric Clapton à la guitare solo. Mais le titre ne fut publié qu’en 1977 sur une compilation.

Motorhead, en 1983, bonne version assez nerveuse.

Un document rare, de qualité moindre, Graham Bond Organisation dans une version live en 1965, on peut apercevoir Jack Bruce à la basse et Ginger Baker à la Batterie, deux futurs Cream et Dick Heckstall-Smith, un futur John Mayall, Sweet Pain, Colosseum,  entre autres.

Une version prise lors d’un concert des Doors en 1966.

En passant

Bas nylons et à propos d’Elle

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Une fois les blessures de la guerre plus ou moins pansées, les gens essayent de retrouver un semblant de vie normale. Chacun y va de ses goûts et de ses idées. Le superflu n’est pas le moins attrayant, c’est très souvent un des points de mire. C’est même assez vite un marché en expansion, on tente de procurer aux intéressés de quoi alimenter certaines rêveries. A partir de 1945, la femme n’est plus tout à fait considérée comme une simple ménagère dont l’occupation principale est de rester à la maison. La France a du retard  dans le domaine, ce n’est qu’en 1944 que le droit de vote leur est accordé. Certains s’imaginent avec raison qu’elle peut devenir une actrice plus importante dans le monde de la consommation. Actrice elle l’est déjà, mais dans des rôles plutôt subalternes surtout pour les femmes de condition modeste, comme acheter des paquets de lessive ou du fil à coudre pour réparer les dégâts à l’habillement.

La presse féminine existe depuis longtemps, mais elle est plutôt ciblée sur des conseils qui s’adressent à la ménagère ou à l’éducation des enfants. La presse consacrée à la mode est réservée à une plus petite élite de femmes qui ont les moyens et une certaine indépendance. La presse qui paraîtra après la guerre d’adressera à la gent féminine de manière différente, on lui fait miroiter qu’il est possible d’être elle aussi une actrice, au propre comme au figuré, en prenant de manière plus active son destin entre ses mains. On peut être belle avec des petits riens qui ne coûtent pas cher, comme le maquillage, les cosmétiques qui résolvent tous les problèmes de peau, ou la petite broche à prix imbattable que vous épinglez sur votre tailleur.

Un des journaux qui prit son essor après la guerre fut le fameux Elle qui deviendra une référence pour des dizaines d’années. Le premier numéro parut en 1945 en publication hebdomadaire. Je vous en ai sélectionné un numéro de mars 1948, alors qu’il est déjà une référence, qui offre un article assez significatif de cette (r)évolution féminine. En quelque sorte on se permet de donner des conseils à la femme qui désire se marier, l’homme de ses rêves est-il vraiment le bon parti ? Ce genre d’article aurait été presque impensable quelques années auparavant. C’est l’homme qui choisissait, du moins c’est ce qu’il croyait, affirmer le contraire dans les discussions entre hommes l’aurait fait passer pour un plouc. Dans les autres extraits de ce numéro, vous verrez qu’en fait on ne privait pas d’essayer d’impressionner la femme avec les grosses ficelles de la vente s’adressant à nos compagnes. Le produit Truc qui est forcément meilleur, la silhouette parfaite que l’on obtient avec Machin, sans oublier les conseils de l’astrologie qui vont indubitablement vous éviter tous les tracas qui pourraient vous arriver si vous lisez mal les conseils que l’on vous prodigue pour trouver le mari idéal quelques pages avant. Ce n’est pas encore les femmes aux seins nus que l’on verra vingt ans plus tard, elle arbore déjà une tenue légère, mais elle peut déjà choisir la marque et la couleur de son soutien-gorge entre des tas de publicités plus ou moins vantardes.

En passant

Bas nylons et des survivants

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Ils furent plus ou moins connus à une période que l’on peut qualifier de lointaine. Certains ont arrêté à un moment ou à un autre. D’autres sont restés accros, exerçant mille métiers liés à la musique dans l’ombre ou dans la lumière. J’en ai retrouvé quelques uns qui ont repiqué au truc après bien des années d’absence ou dans le prolongement des feux de leur rampe. Pour un moment, ils sont là ou seront encore là. Ce n’est pas moi qui décide. Mais les voici…

The Poets, groupe écossais des sixties en concert 2010

Herbie Armstrong, c’est toute une histoire. Dans les années 60, il fit partie des Wheels comme guitariste soliste, l’un des groupes irlandais les plus remuants, dans lequel passa brièvement Van Morrison à ses débuts. Le groupe n’émergea pas des profondeurs, mais un de leurs titres « Bad Little Woman » fut immortalisé de manière plus visible par les Shadows Of Knight. Avec un des membres du groupe Rod Demick, le bassiste, il forme un duo de folk Demick and Armstrong. A la séparation Demick fait partie de deux groupes populaires, les Strawbs et Bees Make Honey, tandis que Armstrong intègre deux groupes aussi assez populaires, Yellow Dog et Fox qui a un gros hit en 1974 « Only You Can ». Il enregistre des disques en solo et accompagne d’autres musiciens comme Van Morrison. En 2011, largement sexagénaire, il se présente à Britain’s Got Talant, le célèbre concours télévisé et fait la nique à tous les petits jeunes présent dans le concours. Qui l’eut cru ?

Voici l’autre, Rod Demick, un mec incroyable qui a joué un peu partout où il était possible de jouer et a accompagné de grands noms. Il fut aussi le bassiste remplaçant de Dire Straits lors d’une tournée US.  Bien qu’à l’origine il soit bassiste, il joue sur n’importe quelle guitare pourvu qu’elle aie des cordes. Il tourne encore dans les clubs irlandais et ailleurs. Le voici tranquille à la maison avec un truc qu’il affectionne particulièrement, le blues. Pour l’avoir rencontré lors de quelques soirées où il passait par-là, c’est un personnage à l’humour toujours présent et très drôle. Je suis même monté sur scène avec lui pour jouer des maracas, c’est ma seule expérience avec un musicien de métier.

Les Yardbirds dans la formation actuelle, 2019.

A propos des Shadows Of Knight, le groupe original s’est reformé pour un concert anniversaire en 2016.

Les Buckinghams, légende des sixties, 2016.

New Colony Six, les gazés des sixties américaines connaissent bien, 2017.

Les Blues Magoos en 2018.

Roky Erickson, décédé récemment, le gourou chanteur des 13th Floor Elevatotrs, en 2018.

Frijid Pink, un hit en 1970 avec une cover de « House Of The Rising Sun », 2018

Les Chantays du surf et leur incontournable hit, 2018.

Le groupe surf rival, les Surfaris.

Ben oui il est toujours là, Jerry Lee Lewis. Sa voix est quasiment intacte.

John Mayall, toujours chef d’orchestre, et sa dame. Increvable, il est 2 ans (85 ans) plus âgé que Jerry Lee Lewis, et toujours avec de nouveaux musiciens, un grand fournisseur.  Y’a pas à dire le blues ça conserve !

En passant

Bas nylons et toile industrielle

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Le monde industriel dès qu’il fut en mesure de produire de manière régulière, cela plus spécialement à partir de la seconde moitié du 19ème siècle, enclencha un phénomène jusqu’alors peu imaginé et peu pris en considération, la concurrence. Ce que l’on pouvait qualifier de marchandise avant cet avènement concernait surtout la nourriture, le vin, les épices, les étoffes, et autres objets d’un usage courant. Beaucoup de besoins étaient couverts par une organisation plus ou moins locale. Un roi faisait venir à lui ce qu’il jugeait indispensable à son train de vie en ayant très souvent son propre circuit de fournisseurs, qui lui étaient plus ou moins directement asservis. Il faisait acheminer son vin ou ses céréales, soit avec un prélèvement sous forme d’impôts, ou en payant au producteur dans le cas d’un arrangement particulier, ou d’un achat direct quand un vendeur pouvait proposer quelque chose d’intéressant. Le commerce était aussi très local, s’il fallait de quoi renforcer les sabots du cheval, le forgeron du village s’en chargeait. Les maisons étaient aussi souvent construites avec du matériel disponible localement, seuls les gens très fortunés pouvaient se permettre des fantaisies en faisant venir des matériaux plus nobles comme le marbre, qui pouvaient venir de très loin. Le principal handicap était les moyens de transports et seul le bateau pouvait offrir une solution relativement rapide et d’un gros tonnage. Cela impliquait qu’il fallait être au bord d’une voie navigable.

Le chemin de fer bouleversa complètement cette manière de faire du commerce. Selon les pays, on peut constater qu’après 1850, la toile du rail est bien tissée, ou en train de se tisser. Le train offre des possibilités énormes, en quantités de marchandise transportée, en rapidité par rapport au bateau, en facilité par rapport aux accidents de terrain, montagnes, crevasses, dénivelé. Les perspectives du développement industriel sont bien présentes, on peut se lancer dans la course en apportant ici ou là, des choses dont on ne connaissait l’existence qu’en rêve. Il faut bien imaginer que le besoin doit être créé, un habitant de Besançon n’a sans doute pas besoin de manger des huîtres pour survivre, mais si on lui en amène de manière à ce qu’elles bénéficient encore d’une certaine fraîcheur en arrivant sur place, il pourra sans doute y prendre goût et en redemander. Il est clair qu’en amont le producteur va s’activer pour acheminer ses bestioles dans les meilleurs conditions. Il fera sans doute appel à un fournisseur pour le conditionnement et à la limite à un fournisseur de glace pour qu’elles restent au frais le plus longtemps possible. Justement, la glace était déjà à cette époque, un commerce florissant, elle ne se fabriquait pas encore artificiellement, mais on prenait celle que l’hiver avait semé à la surface des pièces d’eau pour l’entreposer dans les glacières. De fil en aiguille, l’imagination va travailler, des objets de fabrication locale, comme une montre où une paire de jumelles pourront trouver preneur à des milliers de kilomètres de l’endroit où elle sont fabriquées. La Belgique si elle le désire, pourra acheter des canons allemands ou des fusils français, ou faire venir du sel de Guérande pour saler ses frites. Le révolution industrielle est née…

A supposer que vous ayez inventé le fil à couper le beurre en pleine révolution industrielle, rien n’empêche votre espion de voisin d’en faire autant en piquant votre idée et se faire du fric. Il apparut bien vite qu’il fallait établir un droit de propriété intellectuelle ou une marque déposée, pour profiter pleinement de votre invention. Et encore de manière plus forte, que ce droit soit protégé internationalement. Premier arrivé, premier servi. La marque déposée correspond a une appellation désignée par un nom qui recouvre un ensemble de choses. Exemples pour les bagnoles, Renault est une marque déposée. Vous pouvez fabriquer des bagnoles, mais vous ne pouvez pas lui apposer la marque Renault qui reste l’exclusivité de l’ayant droit. Vous avez aussi la possibilité de fabriquer une boisson au cola et l’appeler Truc-Cola, mais pas Coca-Cola. Vous pouvez aussi imiter le goût de cette boisson si vous en trouvez la formule exacte. La marque est seule protégée et non ses composants, car il n’a jamais été déposé de brevet pour sa fabrication, auquel cas il aurait fallu révéler la composition exacte de la boisson qui serait tombée dans le domaine public en principe après vingt ans. Plus de 130 ans après la formule est toujours secrète et personne ne semble l’avoir trouvée. L’industrie pharmaceutique a l’habitude de déposer des brevets pour chaque nouveau médicament, mais une fois le délai de protection échu, il est souvent repris par d’autres et devient un générique, en principe meilleur marché que l’original mais tout aussi semblable dans sa composition.

Pour enregistrer ces droits de propriété, il a fallu créer un organisme pour enregistrer les demandes et faire valoir les droits le cas échéant. Ce fut la Suisse qui géra et gère encore cet organisme étsbli depuis 1893. De Berne sous le nom de Bureau international de la propriété industrielle, il déménagea à Genève et prit le nom de Bureau international de la propriété intellectuelle. Bien évidemment, il est édité périodiquement un journal qui recouvre les nouveautés et les changements propres à cette organisation. Nous allons parcourir quelques annonces parmi celles parues en 1910, dans la rubrique des Marques Internationales. Vous y retrouverez sans doutes quelques noms qui ne vous sont pas tout à fait étrangers et vous verrez aussi un peu comment le commerce se développait à travers diverses visions du monde économique. Nous commencerons par un tableau qui donne une idée des marques déposées par pays, certains sont bien plus actifs que d’autres, c’est évident.

Clique pour agrandir.

Source Gallica, BNP, DP

En passant

Bas nylons et chanson d’amour pour qui en veut

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Nous l’avons vu dans d’autres posts, nombre de ces vénérables bluesmen ont attiré la curiosité des musiciens blancs, fins prêts à puiser dans leur répertoire. Pour certains le discographie est tellement pléthorique que seule une poignée de chansons seront plus ou moins immortalisées. Par exemple, c’est le cas de John Lee Hooker dont une dizaine de chansons sont plus ou moins célèbres, ceci parmi des centaines d’enregistrements. Prenons un cas contraire, celui de Slim Harpo (1924-1970), dont la discographie se résume à peu près au contenu de trois albums pour les créations originales, mais en pourcentage, le nombre de ses titres qui firent les beaux jours des musiciens blancs est beaucoup plus élevé, en parallèle d’une source d’inspiration assez présente. Les Moody Blues tirèrent leur nom du titre d’une de ses chansons, tandis que d’autres s’inspirèrent de sa musique pour la détourner comme les Who où les Yardbirds qui transformèrent « Scratch My Back » en « Rack My Mind ». Une des bonnes raisons de l’intérêt des Blancs pour sa musique se trouve dans le fait que son blues électrique est assez facilement transposable dans leur style d’interprétation. Ils ne nécessitaient pas, comme dans certains cas de blues acoustique, de presque réécrire le morceau. Les Rolling Stones en reprenant « I’m A King Bee » dans leurs premiers enregistrements, ont sans doute été attirés par ce son un peu brouillon si cher à leur image de marque des débuts. Mais d’autres ne s’en priveront pas, les Yardbirds, Them, Pretty Things, trois parmi tant d’autres, vont y faire leur marché. La reprise des Rolling Stones correspond à la face A de son premier 45 tours, mais l’autre face va aussi connaître une belle carrière, il s’agit de « Got Love If You Want It », titre qui sera également détourné au profit des Rolling Stones pour l’appellation de leur premier album live « Got Live If You Want It ».

Version originale 1957.

La première reprise par un Blanc est le fait de Warren Smith, un chanteur de rock and roll de l’écurie Sun, assez connu pour « Ubangi Stomp », 1958.

Les Yardbirds avec Eric Clapton sur l’album « Five Live » en 1964. On y trouve toute la maestria du groupe, annonciatrice des beaux jours futurs.

Les Kinks, version studio, 1964. Cette reprise fit beaucoup pour mettre ce titre en évidence, plus que celle des Yardbirds, alors moins connus que les Kinks.

Version live à l’Olympia en 1965, si vous regardez bien vous y verrez un certain Ronnie Bird parmi les spectateurs (Il n’a pas l’air très enthousiasmé par le concert). Et peut-être vous ?

Sous le nom de High Numbers et sous le titre de « I’m The Face » les Who enregistrent en 1964 cette transposition du titre de Harpo. Complètement obscur, ce 45 tours est l’une des plus grosses raretés des Who.

The Boots, Allemagne,  Très adulés dans leur pays, ils faisaient plutôt de très bonnes reprises.1965.

Johnny Winter sur son album Liberty, 1969.

John Hammond, 1971.

Tav Falco Panther Burns.

Thee Headcoats Sect, Billy Chiddish & Downliners Sect, 1999.

Steve Miller & George Thorogood, 2005.

Steve Gibbons de ZZ Top, 2018.