Le porte-jarretelles de Noël

!!! JOYEUX NOEL !!!

Comme cadeau de Noël, une nouvelle complètement inédite, concoctée par votre serviteur

Monsieur Thomas descendait les rues de la ville par cette étroite artère commerçante qui aligne les petites boutiques aux mille tentations. Pourtant, il ne pose jamais son regard sur l’une d’entre elles, sauf celle qui se trouve vers le milieu de la rue. C’est ainsi, ce qu’il y voit l’enchante toujours. Ce ne sont pas les jambons et les salamis de la petite boucherie, bien qu’il les adore et qu’il sache qu’il trouvera là les meilleurs, qui le font saliver. Non, c’est un peu plus bas, une petite boutique. Lorsqu’il passe devant, il sent perler quelques désirs un peu fous dans son âme vieillissante, mais toujours éternellement romantique.

Une voix discrète lui susurre des mots tentants qu’il ne veut pas entendre. « Arrête-toi ! Prends ton temps ! C’est ici que se trouve ce que tu admires !». Non il ne veut pas, par peur de passer pour un personnage bizarre ou un pervers, il connaît trop le jugement des autres, il s’en méfie. Les belles lingeries qui tourbillonnent dans le carrousel de sa tête sont pourtant immobiles dans la vitrine, jarretelles, guêpières, bas, sont figées comme un soldat au garde-à-vous. Tout au plus il va ralentir un peu le pas, mais pas trop, juste de quoi profiter un peu plus de spectacle.

C’est bizarre, pensait-il souvent. Il n’y a pas si longtemps, on voyait cela partout, dans les rayons des magasins destinés à Madame, dans les publicités des journaux, sur les séchoirs aux alentours des maisons. Tout cela avait disparu à son grand regret, au profit de la mode. Et pourtant, il se rappelait aussi qu’il n’y prêtait pas grande attention, juste un regard rapide comme celui qu’il se permettait à travers la vitrine du magasin de lingerie.

Malgré tout, depuis quelques temps, il avait remarqué que les choses n’étaient plus aussi radicales, quelques articles dans la presse saluaient un retour de la lingerie coquine, du moins c’est comme cela qu’on l’appelait maintenant. Semblant de certitude pour lui, cette boutique dans la rue n’était pas ancienne, elle avait ouvert ses portes récemment. Sans que la clientèle s’y presse, il avait vu quelquefois des dames y entrer ou en sortir, le laissant songeur sur les achats qu’elles pouvaient aller y faire ou avoir fait. Il se prenait même à rêver que les dames en jupes qu’il croisait dans la rue étaient clientes de cette boutique, prémices d’un nouvel âge d’or.

Cela il n’en savait rien, tout au plus, il avait mené sa propre enquête, bien innocemment, en feuilletant les nombreux catalogues que sa femme, décédée l’année précédente, recevait toujours. Il est vrai que les porte-jarretelles n’y figurèrent plus pendant longtemps. Seule la lingerie fonctionnelle avait remplacé ces délicieuses petites choses qui rendaient les femmes si jolies, tout au plus un peu de dentelle parcimonieuse rappelait encore le bon temps. Mais il fut ravi de constater que les dernières éditions de ces publications de mode permettaient aux porte-jarretelles d’y faire une première et timide réapparition, même assez conséquente dans l’une d’entre-elles.

Pourtant un soir à la nuit tombée, alors qu’il rentrait un peu tardivement de son boulot, il vit une de ses collègues de travail, Christine, qui sortait de la boutique. Imaginant sans en être sûr, que si elle l’apercevait elle se trouverait gênée, il s’arrêta et fit semblant de contempler l’étalage d’un magasin de primeurs. Par chance, elle s’éloigna dans la direction opposée, lui évitant sans doute une rencontre à laquelle il ne tenait pas vraiment.

Il reprit sa marche et passa devant la fameuse boutique, en jetant son regard devenu habituel sur l’étalage de la vitrine, illuminé par deux spots qui mettaient en valeur sa présentation. Aussitôt, son cœur s’accéléra. Depuis plusieurs jours, un magnifique porte-jarretelles rouge attirait son attention plus que de raison, il avait un faible pour cette couleur. Pas plus tard qu’en début d’après-midi, il était encore en vitrine, mais il constata qu’il avait disparu, sans doute acheté par une cliente. Mais justement, un doute il en avait un, et si c’était sa collègue de travail qui l’avait accaparé pour des envies de séduction ?

L’esprit troublé, il reprit la direction de son domicile. Il s’arrêta dans une petite épicerie, car il avait encore un achat à faire. Dans trois jours, ce serait Noël et il avait proposé d’organiser une petite fête entre collègues, de quoi marquer l’événement. Il se chargerait de la boisson et il ne lésina pas à la dépense, il acheta du champagne. Il savait qu’il fêterait Noël en solitaire, cela ne le gênait pas autrement, alors la fête avec ses collègues serait un peu son Noël à lui.

La journée du lendemain se déroula selon le programme prévu, on travaillerait jusqu’à quinze heures et ensuite place à la fête. Bien entendu, il regarda sa collègue, cliente de magasins de lingerie, d’un œil nouveau, il ne pouvait chasser de son esprit ce qu’il avait vu la veille. Aujourd’hui, il n’en saurait pas plus, elle portait des pantalons comme la plupart des femmes d’aujourd’hui. Sans qu’il s’en doute, le destin allait venir à sa rencontre.

Alors qu’il s’apprêtait à sortir pour la pause de midi, sa collègue vint vers lui.

– Monsieur Thomas, cela m’embête de vous demander cela, mais j’ai pensé à vous, car j’ai un problème.

– Je vous écoute, répond-t-il, sans se départir du sourire qu’il avait adopté quand elle était venue vers lui. Il pensait qu’elle avait un problème d’ordre professionnel, il était un peu l’homme qui savait tout dans le cadre de sa profession.

– Voilà, dit-elle, demain soir vous n’êtes pas sans ignorer que l’on fête Noël. Je suppose que vous êtes seul, si c’est le cas, accepteriez-vous de me dépanner ?

– En effet, je suis seul, et si cela est dans mes possibilités pourquoi pas ?

– Vous le savez, nous en avons parlé, j’habite dans la même maison que mon frère.

– Oui, en effet.

– Mon frère est marié et il a deux enfants en bas âge. Nous avions prévu pour eux, une visite du père Noël. Malheureusement, la personne à qui nous avions demandé de jouer ce rôle, a dû partir en urgence vers sa mère accidentée. Il ne pourra pas être présent, pourriez-vous le remplacer ? Je suis en peu dans l’embarras pour trouver un remplaçant. J’en ai parlé à mon frère, il sera ravi si vous acceptiez. Bien entendu, après, vous resterez pour fêter Noël avec nous, ainsi vous ne serez pas seul.

Toujours en souriant, il réfléchit brièvement, ce serait peut-être une belle soirée en perspective. Entre rester seul à la maison ou aller s’amuser un peu, il ne se posa même pas la question de savoir ce qu’un autre aurait fait à sa place.

– Mon Dieu, pourquoi pas, mais comment comptez-vous vous y prendre ?

– C’est assez simple, nous avons un costume de père Noël qui devrait vous aller à merveille. Vous viendrez chez moi, vous vous changerez, vous prendrez la hotte dans lequel se trouve les cadeaux et vous irez sonner à la porte de mon frère. Je pense que les enfants seront ravis de vous accueillir. Ensuite, retour chez moi, tenue normale, et nous allons faire la fête.

– Vous croyez que je peux faire un homme à barbe blanche crédible ?

– J’en suis certaine. Vous savez les enfants ne cherchent pas trop à démêler le vrai du faux quand il est en face d’eux. Ils savent que les cadeaux sont là.

– C’est entendu, je viens vers quelle heure ?

– Venez vers dix-huit heures, nous aurons le temps de tout préparer et de prendre l’apéritif.  Je vous donnerai l’adresse, c’est à l’ouest de la ville, le bus s’arrête juste devant la maison.

La fête commença comme prévu. L’ambiance tourna vite à la gaîté, le champagne n’y était pas étranger. Les amuse-gueules disparaissaient à belle allure. Le chef du service, d’habitude assez austère, semblait avoir reçu par avance un cadeau de Noël spécial, une valise remplie de sourires, il n’était pas le dernier à sortir une bonne blague. Il prit même tout le monde au dépourvu quand il annonça que le tutoiement devait devenir la règle dans son service. Il est vrai qu’il était proche de la retraite et que cela devait le mettre encore de meilleure humeur. Entre Thomas et lui, cela ne changeait pas grand-chose, ils avaient depuis longtemps franchi cette barrière de familiarité. Pour les autres c’était nouveau, mais l’habitude serait vite prise. Thomas se marra intérieurement, demain soir quand il irait chez Christine, la tante pourrait surprendre les neveux :

– Dis donc, t’as vu la tantine, elle connaît vachement bien le père Noël, elle lui dit « tu ! ».

Le lendemain, Thomas se prépara, il se fit beau comme on dit. Conscient que ce ne serait pas le costume qu’il allait vêtir pour le rôle qu’il allait jouer, il n’en soigna pas moins les petits détails. Rasé de près, il s’aspergea d’un après-rasage qu’il gardait pour les grandes occasions. Il décida de partir un peu en avance à son rendez-vous, même s’il connaissait très bien l’adresse où il devait se rendre. Pour éviter les ruées de dernière minute, il prendrait un bus plus tôt et irait boire un verre dans un bistrot situé dans la même rue.

Il entra dans le bistrot. Peu de monde en cette veille de Noël, sauf les solitaires, les pas invités, les indifférents à la fête, qui s’accrochaient aux dernières oasis avant le désert. Un avis placarde contre les murs avertissait : « nous fermons à dix-neuf heures ». Le voilà averti, il s’en moquait, d’ici là il aurait sans doute un tout autre aspect, et surtout une barbe blanche. Il commanda un café bien serré, c’est ainsi qu’il les aimait.

Quelques minutes après, une femme très élégante pénétra dans le bistrot, un manteau rouge s’arrêtant juste en dessus du genou, des jambes gainées de nylon qui reflétaient la lumière, des chaussures noires à talons. Elle n’était plus toute jeune, mais elle semblait pouvoir tricher avec aisance sur son âge réel. Enlevant son manteau, révélant une robe sombre d’une longueur raisonnable décorée de fils dorés, elle vint s’installer à la table en face de celle de Thomas. Elle commanda également un café, quand le serveur vint lui demander ce qu’elle désirait. Elle avait l’air perdue dans ses pensées, de temps en temps son regard croisait celui de Thomas. Ce dernier ne voulait pas avoir l’air de la contempler plus qu’il ne fallait, mais il avait de la peine à détacher son regard, quelque chose dans son attitude lui semblait familier, il avait de la peine à trouver quoi. Son œil s’attardait volontiers sur les jambes de la dame, elle les croisait et décroisait selon un rythme ou une envie qu’elle seule aurait éventuellement pu expliquer. Lors de ces mouvements, le regard de Thomas se fit encore plus perçant, il n’en était pas sûr, mais il lui sembla apercevoir la lisière d’un bas. Peut-être n’était-ce qu’un jeu de lumières, où une illusion que son esprit voulait absolument rendre réelle. Il allait être l’heure de partir et il n’en saurait pas plus.

Il paya sa consommation, sortit, et se dirigea vers la maison où Christine devait, il l’espérait, l’attendre. Il trouva facilement l’appartement et il sonna. Un bruit de pas se fit entendre et la porte s’ouvrit.

– C’est l’homme à barbe blanche, dit Thomas en rigolant.

– Ah, merci d’être venu, donne-toi la peine d’entrer et installe-toi dans le salon, je vais m’occuper de toi incessamment. Tu veux boire quelque chose ?

– Si tu as un verre d’eau, pour l’instant ce sera très bien.

Il s’installa confortablement dans un fauteuil et attendit. Christine revint avec un verre d’eau.

– Je vais t’orienter sur ce que nous allons faire. La visite du père Noël sera prévue vers vingt heures. Les enfants auront leurs cadeaux, après nous pourrons manger tranquillement. Je vais aller chercher mon frère, ainsi tu pourras faire sa connaissance. Sa femme est encore en train de faire des achats avec les gosses. Ils arriveront plus tard, mais nous éviterons qu’ils te voient avant la distribution des cadeaux. Ceux pour les grands sont déjà au pied du sapin, donc il n’y aura que ceux des enfants que tu devras distribuer. Nous serons sept à table, il y aura mon frère, sa femme, ses deux enfants, toi et moi, et ma mère qui devrait arriver incessamment. Je file vite chercher mon frère.

Un instant plus tard, Christine revint accompagnée d’un monsieur en tenue décontractée au sourire avenant. Il avait bien un air de famille avec sa sœur, même taille, même couleur de cheveux, même regard.

– Je te présente mon frère Michel, il te remercie d’être venu.

Il tendit la main à Thomas en lui mettant la main sur l’épaule.

– Ainsi, vous êtes le collègue de travail de ma sœur. Je suis très heureux de faire votre connaissance et que vous ayez accepté de nous dépanner. Nous ferons tout notre possible pour vous remercier, vous pouvez déjà vous considérer comme faisant partie de la famille. Christine m’a parlé de vos malheurs, et je me réjouis que nous puissions passer cette soirée ensemble, même si nous devons un peu cette rencontre au hasard.

Thomas jugeait volontiers les personnes à leur poignée de main, il n’aimait pas avoir l’impression de serrer un morceau d’éponge. La poignée de Michel était tout à fait énergique. Il savait dès à présent que le personnage était, pour lui, digne d’intérêt.

– Je vous remercie de votre accueil, je suis heureux de faire votre connaissance, je ferai du mon mieux pour être un père Noël à la hauteur.

– Je n’en doute pas un seul instant. Je vous laisse en compagnie de ma soeur et nous nous reverrons tout à l’heure.

Christine entraîna Thomas dans une chambre et lui expliqua :

– Je mets cette chambre à ta disposition. Voila le costume qui te servira, te peux essayer, mais je crois qu’il sera parfaitement à tes mesures. Dans la hotte, il y a déjà les cadeaux à l’intérieur. Les paquets avec un ruban bleu sont pour Jim, le garçon qui est aussi l’aîné ; ceux avec le ruban rose sont pour sa petite sœur Delphine, tu ne pourras pas te tromper.

Le timbre de la sonnette de la porte d’entrée retentit.

– Cela doit être ma mère, je vais voir. Je te laisse à tes essais, tu nous rejoindras et je te la présenterai, j’espère que tu la trouveras sympathique.

Thomas enleva l’essentiel de ses habits et essaya le costume, c’était presque du « sur-mesure », à peine un peu grand, mais le contraire eut été plus embêtant. De ce côté-là, tout irait bien. Pendant qu’il entendait des voix et des rires dans l’appartement, il réintégra son costume et s’apprêta à rejoindre Christine. Une surprise l’attendait.

Quand il sortit de la chambre, Christine parlait avec une dame qui lui tournait le dos. Le voyant arriver, elle dit à sa mère :

– Je vais te présenter Thomas, il a accepté gentiment de nous dépanner.

La dame se retourna et cacha pas sa surprise.

– Mais nous sommes vus tout à l’heure au restaurant !

En effet, c’était la dame au manteau rouge, celle qui buvait son café sous son regard attentif une heure plus tôt. Après un bref instant de flottement, Thomas trouva les mots qu’il fallait dire, du moins ceux qui lui paraissaient de circonstance.

– En effet c’était bien moi. Si j’avais su que vous étiez la mère de Christine, je me serais permis d’engager la conversation. Mais si nous savions tout à l’avance, la vie serait moins drôle. Vous m’avez intrigué sans que vous le sachiez. Il me semblait que vous me rappeliez quelque chose. Eh bien, maintenant je sais quoi. Vous avez un peu la même gestuelle que votre fille.

– Eh bien, nous essayerons de rattraper cette occasion manquée, nous avons toute la soirée pour le faire. Dis-donc ma fille, si tu nous servais un petit apéritif, tu sais que le vin blanc ne me laisse pas de marbre.

– Tu prendras bien un verre avec nous Thomas ?

– Allons-y pour un coup de blanc, je vous accompagne volontiers.

On s’installa dans le salon et on trinqua. Au fil de la conversation Thomas en apprit un peu plus sur la mère de Christine. Elle s’appelait Laure et était un peu plus jeune que lui. Elle était veuve depuis plus de dix ans. Elle travaillait comme bibliothécaire au musée de la ville. Thomas sentait bien qu’elle possédait une certaine culture, ce qui n’était pas pour lui déplaire. Mais sa pensée ne manquait pas de revenir au bistrot et sur ce qui l’avait émoustillé : porte-t-elle des bas ?

Sans en avoir l’air, il en chercha la confirmation. La mère de Christine assise en face de lui, pouvait lui apporter la réponse. Il jetait de temps en temps un regard discret à la frontière de la robe de Laure. La lumière qui se reflétait en dansant sur le nylon était une invitation à laisser son regard errer sur les jambes, mais il ne pouvait en abuser au risque de passer pour un personnage un peu trouble.

La chaleur de l’ambiance et le vin aidant, la mère de Christine abandonna un peu sa maintenue. Au cours d’un croisement de jambes, le mouvement révéla la lisière d’un bas. Elle fut encore plus visible quand Laure empoigna le bas de sa robe à deux mains pour le tirer vers l’avant, révélant une jarretelle pinçant la lisière du bas. Thomas était aux anges. Ainsi il y avait encore des femmes qui portait des bas dans ce monde bizarre qui reléguait la séduction au rang de perversion. Il savait que sa vision était un peu extrémiste, mais il se rappela une conversation qu’il avait entendue. Une femme dit à son compagnon d’aller se faire soigner, quand il lui avait demandé si elle ne voulait pas porter des bas.

Laure, lorsqu’elle réajusta sa robe, avait surpris le regard de Thomas perdu sur ses jambes et constaté que son visage avait exprimé un bref éclair de plaisir. Elle ne douta pas qu’il savait qu’elle portait des bas. Elle trouvait que Thomas était plutôt un homme séduisant, bien mis, aux belles manières, à la parole distinguée. Elle savait que les hommes n’étaient pas insensibles à une belle paire de jambes enrobées d’un fin nylon, et qu’un porte-jarretelles accrochait autant les bas que les coeurs.

Elle mit en marche sa petite séance de séduction, tout en ayant l’air de rien. Elle avait sa méthode, testée depuis longtemps. Quand elle était assise, elle laissait sa jupe remonter jusqu’à la limite de la lisière des ses bas. Faisant semblant de s’apercevoir qu’il fallait un peu plus de décence, elle la repoussait vers le bas, tout en en lui donnant de l’ampleur sur la largeur. Un spectateur pouvait alors apercevoir brièvement le haut de la lisière, un bout de jarretelle s’il était bien placé. De temps en temps, d’un geste machinal à travers le tissue de la robe, tirer sur une jarretelle comme pour la remettre en place, provoquait aussi son petit effet. Croiser ses jambes en faisant crisser le nylon devait avoir la même sensation que d’écouter une musique céleste pour certains. Les bosses des jarretelles visibles sur la robe était un grand classique, d’autant plus qu’il pouvait se pratiquer à volonté. Poser ses deux mains sur les jarretelles comme pour les cacher, était aussi une tactique qu’elle usait sous forme d’ouverture pour sa sérénade avec un air de dire : « tu devines ce qu’il y a là-dessous ? ».

Tous ces artifices, elle s’amusait à le jouer et les rejouer. Certains pouvaient la traiter d’allumeuse, verbalement ou mentalement, elle n’éteignait jamais les flammes qu’elle allumait. C’était un peu sa vengeance depuis la mort de son mari. Elle avait cherché d’autres amours, sincèrement, honnêtement, mais si certains furent plutôt minables, d’autres furent odieux.

Pourtant ce soir, elle était décidée à se monter sous un autre soir. Elle n’en doutait pas, Thomas s’amusait follement à ce jeu de séduction, elle le sentait prêt à mordre à ses jarretelles en forme d’hameçons. Il ne restait plus qu’à ferrer le poisson. L’occasion se présenta un peu plus tard, Christine manifesta l’intention d’aller voir où en étaient les préparatifs pour la soirée.

– Je vous laisse un instant, je vais jeter un oeil chez mon frère pour voir si tout va bien.

Laure en profita et se leva.

– Vous m’excuserez Thomas, j’ai un petit ennui technique.

Elle se tourna de manière à se cacher un peu à la vue de Thomas et levant un pan de sa robe, elle entreprit de réajuster une jarretelle, qui d’après elle n’en faisait qu’à sa tête. Il en profita pour sauter sur l’occasion.

– Vous portez encore des bas, c’est si rare. Maintenant les femmes ne jurent que par les collants, je vous avouerais que les bas ne me laissent pas indifférents.

Ah ? Dans ce cas dites-moi ce que vous pensez de cela, en soulevant avantageusement sa robe. Un porte-jarretelles rouge débordant d’une culotte ample et noire, tenant des bas impeccablement tirés, s’offrit à sa vue.

 

Le spectacle affola Thomas, dont les mains tremblaient quelque peu. Il ne l’aurait pas juré, mais le porte-jarretelles qu’elle montrait lui rappelait celui qu’il avait vu en vitrine quelques jours plus tôt dans la boutique de la petite rue. Il tenta un coup de poker :

– C’est ravissant, où peut-on encore trouver des magasins qui vendent des choses aussi belles ?

– C’est ma fille qui m’a signalé qu’il y avait une petite boutique, récemment ouverte à la rue du Château, qui vendait de la belle lingerie, elle sait que j’en suis folle. Elle est venue avec moi l’autre jour, car la vendeuse est une de ses copines, elle va y acheter ses collants, pour les rares fois où elle en porte. C’est là que je l’ai acheté et j’ai aussi profité pour acheter des bas à coutures. C’est si élégant.

– Ah oui, je connais cette boutique, je passe devant tous les jours pour aller au travail. Il se garda bien de dire qu’il avait vu Christine sortir de la boutique, probablement le même jour. Il voulait plus de détails, il feinta.

– Justement, il me semble avoir vu votre fille sortir de cette boutique l’autre soir, mais je n’étais pas sûr, j’étais assez loin, mais elle était seule.

– C’était sûrement elle, elle m’a montré la boutique et est repartie presque aussitôt, elle devait aller faire des commissions.

Tout s’éclairait, le mystère du porte-jarretelles disparu de la vitrine était résolu.

Laure s’approcha de Thomas, le regarda dans les yeux :   « Cela te plait hein, tu adores les femmes qui portent des bas, eh bien vas-y tu peux toucher si le cœur t’en dit ! ».

Ses mains s’égarèrent sur la robe de Laure. A travers le tissu, il tâtait les bosses des jarretelles, les pressant contre les jambes de Laure dont il s’enivrait du parfum qui lui faisait plus d’effet que le vin. Elle chercha ses lèvres, les trouva en poussant de petits gémissements. Dans un râle elle murmura :

– Ce soir, après le souper, tu viens chez moi, d’ici là restons sages !

Oui, il valait mieux rester sages, d’autant que la soirée ne faisait que commencer. Entretemps, Michel vint présenter sa femme, pour le moins charmante, à Thomas. Elle resta brièvement, en s’excusant de ne pouvoir s’attarder plus longtemps, mais la cuisine, dit-elle, est une chose qui ne peut attendre. A l’heure prévue, Thomas se transforma en père Noël et remplit son rôle à merveille, les enfants furent ravis de l’avoir un moment rien que pour eux. Ils promirent d’être sages, au moins jusqu’à ce qu’ils décident de changer d’avis.

On passa à table et les adultes reçurent leurs cadeaux. Pour l’occasion, Thomas reçut un cadeau improvisé qu’il n’attendait pas : un abonnement d’un an à une revue satirique qui était parfois posée sur son bureau. Il pensa que rien n’échappait au regard de Christine. Seuls les enfants n’avaient pas faim, les nouveaux jouets ça coupe l’appétit, c’est bien connu. On les laissa s’amuser, sans plus s’occuper d’eux. Thomas et Laure étaient assis l’un à côté de l’autre, Michel et Christine en face, tandis que la femme de Michel faisait la navette entre la cuisine et le salon, s’asseyant en bout de table entre deux coups de feu. Le repas fut succulent, vraiment les hôtes avaient bien fait les choses, on but un peu plus que raisonnablement, mais c’était la fête. Pendant le repas, la main de Thomas prenait celle de Laure et leurs regards se croisèrent plus d’une fois. Parfois, discrètement, elle s’égarait un peu sur la jupe de Laure, à la recherche de ces petites bosses qui lui donnaient un peu l’impression de faire comme les aveugles, remplacer la vue par le toucher.

Le manège n’échappa pas à Christine, elle poussa Michel du coude, en montrant les deux tourtereaux, une nouvelle fois partis dans leurs rêveries. En fait, ils étaient plutôt heureux de la tournure que prenaient les choses. Ils en avaient souvent discuté, leur mère se morfondait souvent dans sa solitude. Tous les hommes qu’elle leur avait présentés semblaient plus des aventuriers que des futurs et possibles compagnons qui pourraient lui faire oublier un mari trop tôt disparu. Voilà un cadeau de Noël auquel ils ne pensaient pas un jour avant. Ils les imaginèrent plus tard, repartant main dans la main. Mais aucun des deux ne devina que cette rencontre ressemblait à une toile d’araignée aux fils de nylon .

bas nylon et divers faits

En avril 1914, malgré la perspective d’une guerre imminente, George V roi d’Angleterre visite Paris. On est toujours dans l’esprit de « L’Entente Cordiale », l’Anglais n’est plus l’ennemi qui donne son nom aux problème menstruel de ces dames. Il débarque en France pour de toutes autres raisons. Il est vrai qu’à cette époque, l’Angleterre possède un empire colonial qui peut faire enrager n’importe quel Français épris de conquêtes, le style le soleil ne se couche jamais sur l’empire.  Les journaux destinés à un public averti, charmante appellation pour cacher des choses que l’on veut bien montrer, n’existent pas encore officiellement. Il existe quand même une presse qui porte la mention « pour les adultes ». Elle n’a aucune prétention érotique, mais un certain voyeurisme malsain constitue l’essentiel de ses pages. Les faits divers en sont la principale source d’alimentation et sont relatés d’une manière assez crue, sans toutefois exclure des histoires plus drôles. On peut faire la comparaison avec le même type de presse d’aujourd’hui, les meurtres, les accidents, le mauvais sort, sont toujours présents. Voici un florilège de ces infos publiées dans un numéro d’avril 1914, quelques jours après la visite de George V, de La Semaine illustrée.

Source Gallica, BNP, DP

Bas nylons et éboueurs

Quand on nouveau style de musique apparaît et devient populaire, il ne naît pas spontanément. En remontant le temps, souvent avec les sources d’inspirations avouées des nouvelles stars, on trouve toujours un truc qui se pose en précurseur. Les principales sources de la musique moderne, le jazz, le swing le rock and roll, le blues, puisent leur inspiration dans la musique noire. Si on s’accorde à dire que le premier disque de rock à succès fut « Rock Around The Clock » de Bill Haley, il n’est pas le premier disque que l’on peut qualifier de rock. Dès la fin des années 1940, quelques enregistrements peuvent porter cette étiquette. Fats Domino et Big Joe Turner peuvent être considérés musicalement comme des précurseurs, mais il y en a d’autres moins connus. Presley fut la première grosse star de cette musique, reléguant assez vite Bill Haley au second plan, mais dire que Presley a inventé le rock and roll est une erreur qui a la vie dure. Il en fut un des canalisateurs, plus spécialement dans une vision blanche, c’est à dire simplifiée au niveau des instruments composés souvent de guitare, basse, batterie. Tous les mouvements musicaux postérieurs sont dans le même cas, ils sont les pierres d’achoppement de ce qui viendra plus tard.

Quand la musique punk devint à la mode à partir du milieu des années 70, surtout avec les premiers enregistrements des Ramones, on observa le même phénomène. Volontairement ou pas, certains disques datant de dix ans ou plus avaient déjà cette saveur de punk. En écoutant certains trucs des Troggs, on remarque bien un petit goût de cette rythmique simplifiée et répétitive qui est l’image sonore des disques de punk. En cela, on peut les considérer comme des inspirateurs, surtout qu’ils furent très populaires. Un autre groupe contemporain alla plus loin dans cette approche, les Sonics. Mais comme ils furent pratiquement inconnus en dehors de l’état de Washington, on ne peut pas leur concéder le titre de source d’inspiration, tout au plus ils purent avoir semé une influence locale. Par contre, c’est bien quand le punk fut présent qu’on les redécouvrit et que l’on se rendit compte qu’ils avaient eu un comportement musical punk plus de dix ans avant.

Il faut remonter à 1963, pour trouver ce que l’on peut considérer comme le premier disque punk, du moins au niveau instrumental, chose qui n’échappa aux Ramones, car ils en firent bien vite une reprise. En fait ce disque est plus un gag, que l’idée de créer un nouveau style. Il est encore aujourd’hui un phénomène qui ne semble pas avoir perdu de son potentiel contagieux. Il est un de ces disques auquel on n’échappe pas, dans un supermarché, en fond sonore sur une pub, ou simplement à la radio, il est là tapi dans l’ombre prêt à bondir dans vos oreilles. En pleine avènement de la musique surf, on oiseau eut soudain l’envie de voler, lancé par quatre garçons éboueurs, « Surfin’ Bird » et les Trashmen.

Les Trashmen sont originaires du Minesota, état du nord des USA. Ils forment un groupe que l’on pourrait presque qualifier de bal sans être péjoratif. Les Beach Boys commencent à triompher en étant les principales idoles de la musique surf, ce sport qui est à la mode sur les plages de Californie, mais qui est devenu un style de musique, principalement à l’instigation de Dick Dale. Même quand on habite un état qui est à des milliers de kilomètres de la mer. la passion pour cette musique n’en est pas moins forte. Ils décident de tenter l’aventure discographie, mais veulent proposer quelque chose d’original. Le batteur du groupe, Steve Wahrer, aime bien faire des onomatopées et l’on décide d’aller dans cette direction. En toute discrétion, cela leur vaudra pas mal d’ennuis plus tard, ils condensent deux titres d’un groupe noir de R&B, les Rivingtons. Les deux titres en question sont « Papa Oom Mow Mow » et « The Bird’s The Word », c’est à peine si les Trashmen remanient les chansons, on ne ne peut pas tellement dire les paroles, car elles sont minimalistes. Il faut admettre par contre, que sous l’impulsion de Steve Wahrer, cela sonne complètement différemment, c’est plus percutant. C’est au niveau de l’accompagnement, que l’on arrive à la création de cette rythmique qui préfigure de très près cette simplicité que l’on trouvera dans le punk, basique et répétitive. Ce n’est qu’un aspect du groupe, car ils sont très capables de faire des choses plus compliquées, le reste de la discographie le prouve.

Le disque sous l’appllation de « Surfin’ Bird » est publié par Garrett, un label local. Il ne tarde pas à conquérir tout le pays et il atteint la 4ème place du hit parade. Cette mise en lumière très évidente, attire l’attention des compositeurs originaux qui intentent un procès. Un arrangement est trouvé et tous les droits de compositeurs leurs sont reversés, ils gardent les droits d’interprètes, ce qui est moins intéressant, mais quand même mieux que rien pour un disque qui s’est vendu par millions et surtout qui a fait d’eux des légendes. Ils eurent encore quelques succès qui se classèrent ici et là, mais jamais leur réputation n’en prit un coup. Ils tournèrent avec trois membres originaux, après la mort du batteur en 1989, à travers le monde jusqu’en 2016, où ils décidèrent que l’oiseau devait atterrir.

 

L’édition française en EP. Existe en deux tirages, l’un avec label vert (1er) et l’autre avec label rouge (2nd). et en dessous le LP américain original.

La chanson ne disparaîtra jamais de l’attention du public. A part les nombreuses reprises qui existent, elle a été très souvent détournée et on peut l’entendre en toile de fond dans des films comme « Full Metal Jacket ». Le nom du groupe est lui-même devenu par dérivé un mouvement musical le trash, qui signifie littéralement ordure, déchet, en anglais. On retrouve dans ce mouvement une musique dérivée du psychobilly entre autres. Tout ce qui est un peu glauque, paroles salées, orienté vers les déviations sexuelles, peut y être rattaché.

La version originale. Il n’existe pas de clip d’époque, seul un montage filmé avec un acteur qui ressemble au batteur a été monté.

Les deux chansons que les Trashmen copièrent.

La reprise des Ramones qui peut sembler manquer de punch par rapport à l’original

Une version très déjantée par les Cramps en live.

Un dessin animé qui montre la contagion que peut avoir le titre.

Je vous parlais plus haut du mouvement trash inspiré les Trashmen et leur nom. En voici une illustration, en parodie d’un film du début des années 70 « Pink Flamingos ». Ames sensibles et gastronomes s’abstenir…

Les 3 Trashmen originaux en live 2014.

Bas nylons et photos centenaires

J’ai toujours adoré les livres avec de vieilles photos. Dans une brocante, j’en ai trouvé récemment un édité en 1902 qui contient plus d’un millier de photos de villes et villages, c’est très précieux, surtout qu’il me semble que certaines sont totalement inconnues. Je vais le garder précieusement, surtout que certaines me serviront pour illustrer une brochure d’histoire locale que je vais publier cette année. Pour cet article, je vais me contenter de photos trouvées ailleurs. Des photos de villes en Italie et en Suisse vers 1900.

Bâle, une ville à la frontière de trois pays. La rivière qui coule est bien évidemment le Rhin, et la ville la principale voie d’entrée pour les marchandises qui arrivent par bateau. Autre spécialité, l’aéroport international est situé complètement sur territoire français. Bien sûr, à l’époque de la photo, les avions volaient bas!

Berne, capitale de la Suisse, mais ville relativement petite. Elle a été choisie pour son influence historique, mais aussi pour sa position centrale, car en Suisse les politiciens voyagent beaucoup pour les décisions qui concernent le pays. Le centre historique a très peu changé.

La tour de l’horloge, toujours à Berne. Les horloges, les montres, jouent toujours un grand rôle dans le pays. Ici l’heure, c’est l’heure !

La ville de Fribourg, dominée par la cathédrale de Saint-Nicolas et en bas la Sarine, rivière plutôt paisible mais encaissée qui coupe la ville en deux.

Pour franchir cette rivière, le train qui allait vers l’est, c’est à dire Berne, franchissait alors un pont métallique. Il a depuis été remplacé par un pont en maçonnerie.

La ville de Neuchâtel, également canton suisse au bord du lac du même nom. C’est une des villes suisses parmi les plus collées à l’histoire de France. Elle fut rattachée aux seigneurs de Bourgogne, passa sous la domination du roi de Prusse, puis fut cédée à Napoléon par échange en 1806 et devint canton Suisse à sa chute en 1815. Toutefois la Prusse reprit son contrôle, et remit la ville sous sa tutelle, mais elle fut chassée définitivement en 1848. Si Napoléon avait gagné la guerre, ce territoire serait probablement français et l’horlogerie un fleuron de la France, car c’est là qu’elle s’est développée à partir du 18ème siècle.

Une tradition suisse, chaque canton à son propre costume, on ne se promène plus dans la rue ainsi, mais ils sont ressortis lors de manifestations folkloriques. Ici celui du canton de Vaud.

La ville de Padoue en Italie et l’une de ses églises. Elle est connue dans toute l’Italie pour son fameux Saint-Antoine, un prêtre franciscain né au Portugal. Canonisé saint en 1232, il est encore aujourd’hui l’un des plus vénérés en Italie et au Portugal. Voyageant beaucoup, il séjourna longuement en France et convertit de  nombreux cathares au catholicisme. La ville est un lieu de pèlerinage au même titre que Rome, toutefois moins populaire.

Pise et sa fameuse tour. Haute de 55 mètres, la différence de niveau au sommet est d’environ un mètre. Son inclinaison vient du fait que le sol céda sous son poids, sans toutefois faire tomber la tour. C’est le cas le plus célèbre, mais pas le seul. A Bologne, deux tours voisines, penchent dans deux directions différentes. Je me souviens aussi qu’à Ravenne, j’avais vu un clocher penché, lors d’un voyage que j’avais fait étant jeune.

Venise, une ville qui ne ressemble à aucune autre. Vue générale, la place Saint-Marc et ses nombreux pigeons qui vous ch… dessus et le fameux Pont des Soupirs, si cher aux amoureux.

Source Gallica, BNP, DP

Bas nylons et une chanson à Eux

Nous avons revisité récemment les Them et leur fameux hit « Gloria ». Nous avons constaté que cette chanson fut reléguée en face B dans son pays d’origine, mais devint une chanson culte par sa propre aura, notamment par le nombre incroyable d’artistes qui l’ont mise à leur répertoire. Involontairement, ils rééditèrent cet exploit avec une autre de leurs chansons « I Can Only Give You Everything », qui est devenue un autre classique incontournable, et qui suscita un engouement auprès des autres artistes, à peine la version originale publiée. Elle ne fut jamais classée dans aucun hit parade, exception peut-être de l’adaptation qu’en fit Ronnie Bird pour ses débuts chez Philips, « Chante ». Mais revoyons un peu le contexte de sa création.

Durant leur courte carrière, les Them originaux furent extrêmement mouvants, tant au niveau du personnel, que celui des producteurs. On s’accorde à dire que certains titres ont fait appel à des musiciens de studio, le chose n’était alors pas si rarissime, dont Jimmy Page. Le plus irremplaçable est bien sût le chanteur, Van Morrison, tant sa voix est typique. Mais tant bien que mal, deux albums furent publié., Le premier sans titre, mais baptisé par la suite « Angry Young », en reprise du titre qui présente le groupe au recto. Le second a un titre « Them Again », il est aussi musicalement plus élaboré que le premier, et fait appel à un unique et même producteur, Tommy Scott. Il s’occupe aussi des Wheels, groupe qui aura une discographie intimement et musicalement  liée à celle des Them. Il est aussi compositeur. une de ses compostions avec la complicité de Buddy Kaye, enregistrée par Eden Kane, a été un gros succès en France dans l’adaptation de Richard Anthony « Les Garçons Pleurent ». Pour l’album des Them, il se remet à l’écriture et en fournit trois titres : « Call My Name », qui sera l’objet de la face A d’un 45 tours; « Don’t You Know », cantonné à l’album, et celle qui nous intéresse « I Can Onyly Give You Everything » écrite en collaboration avec Phil Coulter, qui fera aussi l’objet d’un single aux USA et que l’on retrouvera sur le troisième EP français des Them. Elle deviendra indéniablement une pépite de plus dans la discographie des Them. Par ailleurs, Phil Coulter sera très connu dans le concours de l’Eurovision, puisque qu’il composa en partenariat avec Bill Martin « Puppet On A String » pour Sandie Shaw, et « Congratulations » pour Cliff Richard. Certains se rappelleront aussi que le duo composa « Trapped » pour Los Bravos, dans un tentative de prolonger le succès de « Black Is Black ».

A sa parution l’album intéresse surtout les fans du groupe, mais les Troggs repèrent la fameuse chanson et l’enregistrent rapidement. Elle servira aussi de support au premier 45 tours de MC5, alors encore inconnus. En France, Ronnie Bird l’enregistre en écrivant les paroles « Chante », en réponse à la guéguerre que se font quelques chanteurs par disques interposés en réponse aux fameuses « Elucubrations » d’Antoine ». Comme pour le cas de « Gloria », la chanson est vite mise au répertoire de nombreux groupes, son riff à la guitare est vite ravageur. Même le producteur de l’album en fera sa propre version. C’est le départ d’une longue croisière qui fera escale, dans une moindre mesure, dans les ports où les marins chantent encore cette fille qui s’appelle « Gloria ».

La publication française sur laquelle figure le fameux titre, est le 3ème et dernier EP des Them paru en France avec Van Morrison aux vocaux. Il est en lui-même une spécialité, tout en étant musicalement remarquable. Il contient bien sûr le titre qui nous intéresse, mais aussi l’excellent « Call My Name » une des compositions de Tommy Scott pour l’album. Mais la cerise sur le gâteau est la présence de deux titres composés par Van Morrison, « Mystic Eyes » et « Bring’ Em On In » (mal orthographié : being au lieu de bring. Ce titre existe en deux versions, celle de l’album qui figure ici et la meilleure mais de peu, l’autre est celle publiée  sur un simple UK ). Ils conviennent très bien à la voix railleuse de Morrison, on pourrait presque penser que c’est que c’est dans ce but qu’ils les a écrits, tout en se demandant à quoi il pouvait penser en les composant. Pour le premier, il a sans doute pensé qu’il pouvait s’inspirer de Sonny Boy Williamson II et son harmonica, pour démontrer qu’il savait aussi en jouer. Pour le second, il ne fait nul doute qu’il aime le jazz et le montre. De plus,  il s’est réservé un passage qui lui permet de souffler dans un saxophone sin instrument de prédilection, instrument peu compatible avec un rôle de chanteur.
La publication de ce disque est tâchée d’une de ces erreurs qui font le plaisir des collectionneurs. Un premier tirage comporte par erreur « Something You Got » et « I Put A Spell On You » à la place de « Call My Name » et « I Can Only Give You Everything ».  La seul moyen de les différencier, c’est l’écoute. Je possède les deux versions, mais il semble d’après ce que j’ai discuté avec d’autres collectionneurs, que la copie erronée est plus rare. Et pour terminer, une chose qui fera sans doute plaisir à notre ami et fréquent visiteur Peter, qui trouvait les Them bien austère sur la photographie du deuxième EP, va avoir de quoi se réjouir. Sur la gauche, le guitariste Billy Harrison esquisse un sourire. A ses côtés, le bassiste Alan Henserson a l’air tout heureux. Van Morrison, au milieu, regarde l’objectif un peu comme un lion qui s’apprête à bondir sur sa proie. C’est sans doute pour cela qu’ils sont derrière un grillage. On ne sait jamais.

La version originale.

La version de Ronnie Bird en playback, il n’a évidememnt pas la voix de Van Morrison, mais ce fut l’un des bons adaptateurs de la période yéyé. Existe aussi par les Terribles, et repris plus récemment par Sylvie Vartan,

La version du producteur Tommy Scott, un disque très rare.

Un document en live, les Troggs, c’est à Paris en 1967,

Le version de MC5, musicalement il y a des relents de psychédélique.

Le version des Liverpool Five, même période, un son très garage.

USA 1969, The Road, version assez différente.

France 1979, Little Bob et sa Story revisitent le titre sur un album live.

The Stars, 1992. Une version très garage revival.

Une version assez populaire Nick Waterhouse, 2011 USA. Pas une copie carbone.

2018, ce qu’il reste de MC5, c’est à dire Wayne Kramer seul membre original (avec la guitare drapeau US), mais toujours le titre dans le répertoire. J’ai rencontré Wayne plusieurs fois, un mec très cool et courtois.

Bas nylons et des images grinçantes

La caricature ou la satire existent depuis que le dessin existe, mais surtout depuis que l’imprimerie a pu diffuser des dessins en quantité, souvent par l’intermédiaire de quelques journaux ciblées. Elles ne sont pas vraiment une spécialité de gauche ou de droite, tout au plus elles sont usées pour contrecarrer la pensée adverse, le plus souvent quand elle est  majoritaire. La différence entre une caricature et une satire réside surtout dans le fait que la caricature dessine d’une manière marrante et pas toujours avantageuse la binette d’Untel. La satire est un peu plus complexe. A l’aide d’un dessin, on résume ou on met un fait spécifique en exergue, très souvent lié à la politique. Les deux peuvent se rejoindre, le résultat n’en est que meilleur. Au cours des époques où régnait une dictature, tout en étant un courant opposé contestataire, elle se faisait plus confidentielle, mais n’était pas absente. Aujourd’hui, les journaux qui s’adressent à un public amateur de ce genre de presse sont très nombreux, certains présentant des dessins en grandes quantités, d’autres mélangeant texte et dessins. On en arrive au point que certains politiciens de premier rang sont presque vexés s’ils ne font pas l’objet d’une caricature de temps à autre. Ils ont bien compris que c’est aussi un indice de popularité, même si ce n’est pas toujours à leur avantage. De ce point de vue, la fameux général est sans doute l’homme politique le plus célèbre du 20ème siècle, ses paroles et citations furent mises à toutes les sauces, son képi et son nez sont encore dans toutes les mémoires.

Parcourons à travers quelques illustrations, de vieux dessins qui illustrent les tendances et les constations que certains artistes tirèrent de leur époque.

Dans Le Charivari de mars 1833, on a déjà une idée de la physionomie de certaines catégories de la population.

Estampe de Motte vers 1820, avec pour légende à double sens « ne craignez rien ils sont impuissants »

Lithographie dessinée par Langlumé concernant Charles X vers 1830, un des descendants de la monarchie, qui après la Révolution  tenta de restaurer avec plus ou moins de succès l’idée d’un roi de France après la chute de Napoléon 1er. Connu pour être pieux et subir l’influence du clergé, ce qui explique la girafe tiré par un membre du clergé.

Caricature contre Louis-Philippe 1er par Honoré Daumier, célèbre artiste de l’époque. Elle montre un roi, caricaturé en Gargantua, qui a d’énorme besoins financiers. Il demande à tout un chacun de mettre la main à la poche. Sur son trône, symbolique argotique pour les toilettes, il ch… des députés corrompus pour le gouvernement, dont il n’en a d’ailleurs rien à cirer. Ce dessin fut saisi avant parution, mais rien n’empêcha certains de s’en régaler grâce aux nombreux exemplaires qui circulaient. C’est un dessin très fort, même les plus décadents des journaux satiriques actuels hésiteraient à publier une dessin pareil.

Pour celle-ci, un petit jeu, a vous de trouver les tenants et les aboutissants de cette caricature.

Le 18ème siècle marque un pas dans la conquête de l’espace. On est encore loin des rêves d’Icare. Les frères Montgolfier mettent au point la montgolfière qui permettra à l’homme d’avoir les premières sensations d’une vision étendue du monde autrement qu’en montant au sommet d’un clocher ou d’une montagne. Les premiers envols concluants eurent lieu quelques années avant la Révolution. Mais le progrès n’est pas la tasse de thé de tout le monde, aujourd’hui ils y encore des gens qui affirment que la Terre est plate, comme il y avait alors des gens qui pensaient qu’il était peu probable que l’on puisse s’élever dans les airs. Il faudra également attendre encore plus d’un siècle avant que l’on admette que l’on pouvait faire voler des engins plus lourds que l’air de manière contrôlée. Avec une caricature humoristique publiée en 1783, mais certainement dessinée avant, on a une belle illustration de ce scepticisme. L’histoire contée par l’illustration est résumée ainsi : un physicien faisait des expériences sur l’air inflammable, nom que l’on donnait alors à l’hydrogène, récemment découvert par l’Anglais Henry Cavendish en 1766. Notre physicien mit dans une seringue ce fameux gaz. Malheureusement, notre bonhomme pris subitement d’une colique, on lui fit un lavement pour soulager son mal, à l’aide de son neveu et de la bonne. On se trompa de seringue et lui injecta par mégarde le contenu de celle où il avait planqué l’hydrogène. Selon la légende de l’illustration : aussitôt son ventre s’enflamma. Il fit plusieurs sauts dans la chambre et finit par s’envoler par la fenêtre, la culotte sur les talons. On le perdit bientôt de vue, son bonnet a été  retrouvé à quelques lieues de Paris et selon le témoignage de la gendarmerie, il partait en direction du firmament sans que l’on puisse avoir des nouvelles de lui. On avait de l’humour au temps de Louis XVI !

Le développement des communications a eu bien des avantages, mais aussi quelques désavantages. On peut voyager plus ou moins à son aise, faire venir des choses d’ailleurs plus rapidement. Le décor à un envers, qui ne tardera pas à apparaître. Par exemple, prenons un escroc qui aurait sévi à Paris au temps de Louis XIV, il était obligé de commettre ses larcins sur un territoire restreint, au risque de finir par se faire repérer. Il pouvait toujours aller dans d’autres villes comme Orléans par exemple, mais c’était déjà un assez grand voyage comparé à maintenant. A l’apparition du chemin de fer, à partir de 1860, on peut voyager en train vers les grandes capitales d’Europe. Notre escroc voit sa vie facilitée, il peut se déplacer dans des endroits où il est inconnu. D’autres citoyens, sans doute plus honnêtes, mais tout aussi avides d’argent à se faire, peuvent essayer de dénicher la bonne affaire ailleurs. La Bourse suit le mouvement, spéculer peut se faire à travers les frontières, la toile est tissée. Un saut d’humeur de l’une d’entre elles, peut avoir des répercussions sur les autres. C’est tellement évident qu’en 1873, un krach boursier se produisit et il eut des répercussions dans toute l’Europe, et même jusqu’à New York. La spéculation en fut la principale cause. Le phénomène est bien connu,  on achète et on revend quand les cours montent. Mais ils sont capricieux, ils peuvent très bien redescendre. A Paris, une des causes fut l’aménagement de Paris par le baron Haussmann. Cet aménagement provoqua une spéculation fièvreuse sur le bâtiment qui fit s’envoler les prix. Ils montèrent qu’ils finirent par se casser la gueule, laissant sur le carreau pas mal de monde, surtout les petits investisseurs. Evidemment les finances de la France ne furent pas épargnées. Deux dessins parus dans un journal satirique de l’époque Comic Finance illustrent ces propos.

Source Gallica, BNP, DP.

Bas nylons et une fille en six lettres

En musique il n’est pas rare que les décideurs ne décident rien ou se fourrent le doigt dans l’oreille jusqu’au cerveau. La maisons de disques proposent et les radios disposent. Ces dernières étaient dans le passé le support essentiel pour qu’un disque devienne un succès. Les échanges de bons procédés sous la table n’étaient pas toujours absents des tractations entre vendeur et diffuseur. La règle no 1 était en premier ressort d’envoyer une copie de ce que l’on voulait essayer de faire passer sur les ondes. Après le bon vouloir des radios pouvait s’exercer. Certains voulaient aussi jouer sur deux tableaux, produire et diffuser sur les ondes où ils avaient un droit de regard. C’est les cas d’Europe 1, dont le directeur des programmes d’alors, Lucien Morrisse, fonde Disc’AZ en 1963. On ne peut pas dire que toutes les productions du label furent des grands succès ou des succès tout court, mais quelques artistes du label gagnèrent leurs galons de vedettes, mais assez peu de vedettes connues immigrèrent vers lui en ayant conquis la notoriété ailleurs. On peut aussi dire que comparativement à d’autres maisons de disques, le nombre de publications devenues de grosses pièces de  collection est assez minime.

La phénomène des faces B qui deviennent des succès existent pour quelques publications. Nous allons étudier un cas spécial, car dans le pays d’origine c’est bien la face A qui fut un succès, mais la face B est autrement plus connue dans le reste du monde. Je veux parler de Them et la fameuse « Gloria ».

C’est une chanson composée par le chanteur du groupe, Van Morrison. Ce sont des Irlandais qui immigrent à Londres pour trouver un terrain plus favorable à la diffusion de leur musique. Ils sont signés par Decca et après une première tentative au succès modéré, « Don’t Start Crying Now », reprise de Slim Harpo, il décident de s’attaquer au « Baby Please Don’t Go » de Big Joe Williams dans une version complètement revisitée. On colle en face B la composition de Morrison et le disque est publié. C’est un disque remarquable à l’aube de ce mouvement qui veut mener la musique vers de nouvelles voies, dont un des buts est d’intégrer la musique noire dans la musique blanche avec les découvertes sonores qui pointent le bout de leur nez, sans faire de la copie carbone. La voix de Van Morrison est un phénomène en lui-même.

Le disque marche plutôt bien et c’est un succès en Angleterre qui entre dans le top ten vers le début 1965. Mais sur le continent, on estime que « Gloria » est plus séduisant, alors c’est ce titre qui devient un succès sans toutefois se classer aux plus hautes places du hit parade. Mais la chanson a un fort pouvoir pour capter l’auditeur, elle devient en sorte un succès underground. C’est le cas en France, avec une spécialité à la clé. Le succès en Angleterre a décidé Decca de publier un 45 tours EP dans la foulée, en y incluant « Baby Please Don’t Go » mais pas « Gloria ». Decca France, où l’on a l’habitude de publier dans ce format, reprend cette publication avec une autre pochette Decca 457069). Mais voilà, ici aussi on veut surtout « Gloria », ce qui oblige Decca a éditer peu après une nouvelle publication (Decca 457073). Pour ne pas faire trop double emploi, on remplace deux titres par la nouveau single anglais du groupe « Heres Come The Night » (le plus gros succès anglais du groupe No 2) et « All For Myself ». Pour la petite histoire, la deuxième publication fut épuisée en quelques mois, puis rééditée au moins 3 fois dans le même format et même logo entre 1965 et 1967, ensuite une fois en 1968 et 1967 avec un logo différent. La  première publication était encore disponible au catalogne au début des années 1970.

Le 45 tours publié en France en 1965

Les éditions entre 1965 et 1967 arborent le même logo et mentionnent « 1ère publication 1965, il faut se référer aux petits détails des pochettes pour savoir de quelle édition il s’agit. Sur les éditions 1968 et 1969 le logo est carré sans la mention 1ère publication, le détail des pochettes est également utile pour les différencier. Visiblement Decca-France a sous-estimé l’ampleur su succès. A ma connaissance, à part les publications pour les Rolling Stones, aucune autre référence de cette maison n’a été autant rééditée en si peu de temps.

Ce qui a fait de ce titre un monument incontournable, c’est la multitude de chanteurs et d’orchestres, c’est pratiquement incalculable, qui l’enregistrèrent ou la mirent à leur répertoire assurant une diffusion énorme à la chanson. En Angleterre, les mythiques Wheels, par ailleurs amis de Van Morrison, tentèrent de profiter de « l’insuccès » du titre en proposant leur propre version, ce fut un échec total. La version originale des Them fut publiée aux USA, elle pénétra dans le fond des charts, mais on peut dire qu’elle passa plutôt inaperçue. Le groupe garage, Shadows Of Kinght, l’enregistra à l’automne 1965, mais cette fois le titre démarra et se hissa dans le top ten américain, assurant la conquête des teenagers américains. Mais sans trop s’avancer, on peut considérer que la version originale reste inégalée.

Avec le temps, si on a un peu oublié que les Them ont fait autre chose, cette fameuse fille n’en finit pas d’être chantée dans le monde entier. Même Van Morrison, devenu plus un chanteur de jazz que de pop, ne renâcle pas à lui dédier quelques couplets lors de ses concerts. Et si d’encontre, il improvise une jam avec un autre chanteur, il sait que son partenaire « connait la chanson ».

L’original en clip sur le playback de la version stéréo

Live à Paris en 1965, peut-être vous reconnaîtrez-vous ?

La version des Shadows Of Knight.

Vesion des Hairy Ones, Jimmy Pages et John McLaughlin sont aux guitares, 1965.

La version française de Patrick Samson, assez peu connue mais honnête, 1965.

La version des Boots en live, un des bons groupes allemands de cette période, 1966.

Des membres dissidents du groupe originel fondent Belfast Gipsies et remettent ça, 1966.

Les Blues Magos qui avaient déjà expérimenté avec « Tobacco Road » sur leur premier album, le font avec « Gloria » sur le second. Première version psychédélique, superbe!

En indonésien, version exotique

Les Doors l’interprètent très souvent en public, dans une version un peu plus salace au niveau des paroles.

En 1969, les Shadows Of Kinght remettent ça. C’est le même vocal que la première version, mais différent instrumentalement.

Une autre formation dissidente des Them originaux, émigrée aux USA, réenregistrent le titre, 1971

Par Patti Smith, qui s’inspire surtout de la mélodie.

L’incontournable version disco, 1977

David Bowie, live 1990 (vers 3.30)

Van Morrison avec John Lee Hooker, 1993

Dans la rue

Robert Plant, 2017