pipeline

Pour ceux qui pratiquent le surf, il y a une spécialité que les plus hardis recherchent, c’est le tube, en anglais pipeline. Quand une vague de belle hauteur se retourne sur elle-même, il y a momentanément une sorte de tunnel où les surfeurs essayent de s’engouffrer. En plus d’avancer très vite, il y a l’impression d’être complètement entouré d’eau. Quand ce sport devient un mouvement musical typique, à l’initiative notamment de Dick Dale, suivi par les Beach Boys, il y a eu de nombreux titres qui firent référence aux termes employés par les surfeurs. En 1963, un groupe californien du nom de Chantays enregistra l’un des plus célèbres titres instrumentaux faisant la part belle à cette fameuse figure du surf, le pipeline.

Le son du surf en terme de technique est obtenu par un effet que l’on appelle la réverbération, le plus souvent avec par un artifice technique d’amplificateur ou en usant de la répercussion d’un son rebondissant dans un endroit destiné, une église par exemple. Cela donne cet effet de son à la guitare qui parfois peut faire penser à quelque chose en train de frire dans une poêle, on parle aussi de son aquatique. Ce sont presque toujours les guitares Fender qui sont utilisés par les musiciens. La guitare basse est exclusivement électrique, la batterie est aussi sélective, comme Gretsch par exemple.

Les Chantays comme beaucoup de groupes sont avant tout des copains d’école qui décident de former un groupe de rock. Le titre « Pipeline » qui allait faire leur gloire est écrit en 1962, par les deux guitaristes, rythmique et soliste du groupe, Bob Spickard et Brian Carman. En 1963, pour le label Downey distribué par Dot records et alors qu’il sont encore mineurs, il devient un hit mondial et l’un des morceaux de surf instrumental les plus immortels. C’est pratiquement un détour obligé pour tous ceux qui se lancent dans ce style. Pourtant les Chantays ne sont pas un groupe de surf pur et dur, puisque l’un des membres joue du piano, instrument assez présent dans les enregistrements mais totalement absent dans la plupart des autres groupe du genre. Mais cela n’empêche pas que toute leur musique de se center sur le surf instrumental, même si leur second album est en partie vocal. Ils tournent encore aujourd’hui, malgré le décès de Brian Carman en 2015. Leur hit figure dans la liste des 500 chansons qui ont formé le rock. La ville californienne de Santa Ana leur a même dédié le nom d’une rue : Chantays Way. C’est une autre manière d’entrer dans l’immortalité.

Voyons quelques une des multiples versions de cet vague qui n’en finit pas de se retourner sur elle-même.

Climp d’époque sur le playback stéréo.

La reprise par les Astronauts, elle diffère de l’original car il n’y a pas de piano, 1963.

La version des Ventures, 1964.

Version ancêtre du disco par Hot Butter, les créateurs de « Pop Corn », 1973.

Ambiance complètement différente, en funky, Incredible Bongo Band, 1974

Version hard, Johnny Thunder, 1978.

Elton Motello (Plastic Bertrand fut son batteur), 1978.

Dick Dale avec Stevie Ray Vaughan, 1987

The Killer Bananaaz, 2002

En jazz et en live, Bill Frisell, 2014. il fut un musicien qui joua dans le Ginger Baker Trio.

Pour changer une femme à la guitare, Los Yawares & Yolanda Marvel des Twang Marvels, groupe brésilien, 2018.


							

Bas nylons et une balade irlandaise

*****

On a tous  entendu parler des « Voyages de Gulliver », lu le livre ou vu un film. Les plus érudits pourront citer le nom de l’auteur, Johnathan Swift. Si on ne s’en tient qu’à ce roman, on imagine volontiers le personnage comme un auteur pour la jeunesse, dont on serait aussi bien en mal de citer un autre ouvrage. Pourtant le personnage fut tout autre, ne serait-ce que de savoir qu’il fut aussi un ecclésiastique…

Né en 1667 et mort en 1745, il reste dans l’histoire de la littérature comme un des plus grands écrivains irlandais. Ce n’est qu’un des aspects du personnage, car il fut aussi un poète, satiriste, pamphlétaire politique et aussi un peu un des pionniers de l’humour noir ou absurde, et par dessus tout un farouche défenseur de l’Irlande. Il faut se situer dans le contexte de l’époque, elle est dominée par l’Angleterre et ce n’est pas que pour son bonheur. C’est sous cette pesante sensation d’humiliation de la part des Anglais, qu’il se transforma en satiriste et en homme politique à la langue acérée. Même sa célèbre histoire de Gulliver est à l’origine une satyre, édulcorée par la suite pour en faire une histoire pour les jeunes. S’il fut un ecclésiastique, ce fut un sous la religion anglicane, qui diffère sous bien des points du catholicisme dont elle est un schisme. Le mariage des prêtres et le remariage après divorce sont traités plus libéralement. De ce fait, il semble probablement avoir connu des aventures féminines, mais de manière plus proche au moins deux femmes, dont une fut probablement son épouse secrète. Il sera tout au long de sa vie un observateur attentif de ses contemporains, dont il tirera ses observations et citations. Au niveau de ses oeuvres on peut retenir Le Conte du tonneau et Méditations sur un balai, Instructions aux domestiques. Il paraît avoir souffert tout au long de sa vie d’une santé assez fragile, ce qui le l’empêcha pas de mourir à 77 ans, ce qui est un très bon score pour l’époque.

Après cette brève présentation, attardons nous un peu sur ses citations et observations qui ont fait sa réputation, autant que son célèbre roman. Entre un pessimisme qui semble l’avoir suivi toute sa vie et qui fera le sel d’une partie de son oeuvre, il mélange allègrement, le sérieux, la satire, l’humour noir, la misogynie. Mais avec lui on est jamais tout à fait sûr que le sérieux n’est pas de l’humour noir, où que les lamentations ne sont pas des odes à la beauté. Un chose est sûre, s’il a brocardé ses compatriotes, c’est parce qu’il les aimait bien. Son célèbre roman fut l’in des premiers a être adapté au cinéma par Georges Mélies en 1902.

Personne n’accepte de conseils, mais tout le monde acceptera de l’argent : donc l’argent vaut mieux que les conseils.

La crédulité des femmes est sans bornes, parce qu’elles se croient seules à savoir bien mentir.

Il m’est arrivé de rencontrer des honnêtes gens. Rarement je dois dire. Et toujours au moment où ils cessaient de l’être.

La chance, c’est le nom que l’on donne au talent des autres.

Les éléphants sont généralement dessinés plus petits que nature, mais une puce toujours plus grande.

Ce que les hommes promettent, ils le tiennent si bien qu’ils ne le lâchent jamais.

Promettre le secret sur une histoire, c’est la raconter à tout le monde sous le sceau du secret.

Ne portez jamais de bas (à cette époque les hommes portent des bas) quand vous servez à table, dans l’intérêt de votre santé et comme de celle de vos convives, attendu que la plupart des femmes  aiment l’odeur des pieds des jeunes gens.

Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui.

Je ne suis pas étonné de voir les hommes coupables, mais je suis souvent étonné de ne pas les voir honteux.

Après avoir erré longtemps dans la brousse, il atteint un village où se dresse une potence : « Dieu soit loué, me voilà en pays civilisé ».

Tout le monde désire vivre plus longtemps, mais personne ne voudrait être vieux.

Cette méthode stoïque de subvenir à ses besoins en supprimant ses désirs équivaut à se couper les pieds pour n’avoir plus besoin de chaussures.

Ne servez jamais à souper une cuisse de poulet, tant qu’il y a dans la maison un chat ou un chien qui puisse être accusé de l’avoir emportée.

On peut apprécier une très petite dose d’esprit chez une femme, comme on apprécie quelques mots prononcés nettement par un perroquet.

L’ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses.

Une bourde, si folle soit elle, trouve toujours un philosophe pour la défendre.

Puissiez-vous vivre tous les jours de votre vie.

La vision c’est l’art de voir ce qui est invisible aux autres.

J’ai connu des hommes de grand courage qui avaient peur de leur femme.

Pendant qu’on dit les grâces après le repas, vos camarades et vous devez retirer les chaises de derrières les convives, afin que, lorsqu’ils voudront se rasseoir, ils puissent tomber en arrière, ce qui les égaiera fort.

Le moyen le plus propre et le plus efficace pour détruire un mensonge est de lui opposer un autre mensonge.

Si quelqu’un avait fait un catalogue exact de toutes les opinions qu’il a eues depuis son enfance jusqu’à sa vieillesse, sur l’Amour, la Politique, la Religion et le Savoir, quel affreux chaos de contradictions n’y trouverait-il pas?

Bas nylons et des cavaliers hors du temps

En 1863, les USA sont en pleine guerre civile. Pour donner du courage à ces braves machines à tuer sur deux pattes, un certain Patrick Gilmore composa une chanson « When Johnny Comes Marchin Home ». Elle est d’obédience nordiste, c’est à dire ceux qui sont pour l’abolition de l’esclavage, commandés par le général Grant. Les troupes sudistes, commandées par une star des mots croisés le général Lee, sont défaites en 1865. La chanson resta à l’état de curiosité folklorique pendant longtemps. Dans les années 1940, un certain Stan Jones (1914-1963) la transforme un peu à sa manière, il garde une partie de la mélodie et lui ajoute une histoire un peu fantastique de cow-boys fantômes sous le nom de « Ghost Riders In The Sky » ou aussi « Riders In The Sky ». Il l’enregistre en 1948. Elle est presque immédiatement reprise par un tas de monde et c’est surtout les version de Vaugh Monroe et Burl Ives qui se partagent le succès en 1949. Elle connaît aussi une réputation internationale, la même année les Compagnons de la Chanson l’enregistrent aussi : « Les Cavaliers Du Ciel ». La chanson poursuit son bonhomme de chemin en devenant une chanson assez volontiers assimilée au western, elle figure au répertoire de grandes stars. En 1961, elle réapparaît dans les hit parades internationaux via les Ramrods, un groupe qui a la particularité d’avoir une femme à la batterie, mais cette fois-ci en instrumental teinté rock. Cette version sera reprise des multitudes de fois dans ce style par les Shadows, les Ventures, les Spotnicks, et par une pléiade d’autres artistes. Dans sa version vocale, elle redevient un gros tube via la version de Johnny Cash en 1979.

Depuis sa mise en forme moderne, il n’y a pas eu une décennie où elle n’a pas été enregistrée officiellement une dizaine de fois. Pour les Américains, c’est l’équivalent d’une chanson comme « A La Claire Fontaine » ou « La Vie En Rose », tout le monde la connaît. On peut presque dire que c’est aussi le cas dans pas mal d’autres endroits du monde. Il en existe des versions dans la plupart des langues européennes.  Peut-être qu’une civilisation extraterrestre qui nous écoute la connaît aussi.

La chanson qui a inspiré le reste.

Le version originale de Stan Jones, 1948, commence à 0’35.

La version de Burl Ives, 1949, c’est une reprise, bien que le commentaire dise autrement.

La première version française par les Compagnon de la Chanson, 1949. Pour moi, c’est le premier enregistrement français où l’on entend distinctement l’utilisation d’une chambre d’écho.

La transposition en rock instrumental par les Ramrods, 1960.

La reprise des Spotnicks, 1961.

Version surf de Dick Dale 1963.

Version pop par Kaleidoscope, 1976.

Johnny Cash, 1979.

Enregistrement en italien par Mario Del Monaco, un ténor d’opéra italien, 1980.

Version hard rock par les Outlaws, USA 1980.

Version psychobilly, King Kurt, UK 1983.

Les Blues Brothers, 1998.

Deborah Harry (Blondie), 1998.

Christopher Lee, mais oui il chante aussi, et ce n’est pas ridicule, 1998.

Claire Lane, celle qui tenait la batterie dans la version des Ramrods en 1960.

Bas nylons et humour à la lettre près

 

Une seule lettre vous manque et tout est déglingué. En parodiant la fameuse citation de Lamartine et en parcourant la presse, on remarque à certaines occasions de savoureux oublis ou mélanges de textes, qui donnent une nouvelle orientation au sens à la chose. C’est toujours drôle, parfois même un peu osé. Le Canard Enchaîné en publie chaque semaine, preuve que les collaborateurs lisent attentivement la concurrence, sans oublier ses propres colonnes qui n’en sont pas toujours exemptes. Chez eux la verdict est sans appel, le coupable est condamné à verser à boire au bistrot du coin. C’est donc un phénomène assez courant, qui fera toujours le plaisir des humoristes, surtout ceux qui connaissent bien la langue française, car dans certains cas le double sens est bien caché derrière l’orthographe.

En voici quelques unes, retrouvées dans des revues anciennes. Pour vous prouver que j’ai aussi de l’humour, j’ai concocté un titre spécialement pour chaque citation.

Faut pas râler.

Mais quelques jours plus tard, il mourait sans même avoir besoin de consulter un docteur.

A demi homo.

Célibataire sérieux désire connaître vue mariage, ouvrier affectueux.

Accident de patriotisme.

Elle fut transportée à l’hôpital avec une fracture de la suisse

Plus fort que l’immaculée conception.

Il s’agit de l’effigie d’Isabelle de France, fille de Philippe le Bel et d’Edouard II.

Le chroniqueur souffrait du hockey.

Le RCF a battu l’Entente Londonienne 9 buts à 3 en hockey sur place.

Orgie d’orge en vue.

Soutien-orge, on demande spécialiste.

Attention au troisième oeil.

L’avantage de la deuxième chaîne, c’est qu’on peut la regarder d’on oeil en lisant des deux autres.

Pour les mécanichiens.

Cause départ urgent, vends chien berger belge, moteur auxiliaire excellent état.

Halte à la concurrence !

Un chien ayant été mordu par un enfant, les propriétaires de chiens sont invités à garder, durant quinze jours, leurs pensionnaires à l’attache.

C’est encore long ?

Il ne pesait que 4 km 500 à seize mois.

On y vend des dates ?

Le quinzaine commerciale de Mouy se tiendra du 2 au 6 juin.

Combien de tonneaux et de tonnelles ?

Fête du petit vin blanc – Les organisateurs y espèrent la présence de plusieurs centaines de millions de personnes.

En cheville avec un crâne.

Atteint d’un traumatisme crânien à la cheville gauche.

Il était déjà l’ombre de lui-même.

Sur le premier échiquier, le champion de France Thiellement remporta une belle partie face au champion de France Thiellement.

Une carrière d’homme de lettres interminable.

Monsieur Marcel P. facteur à La Motte depuis 1826, prend sa retraite.

C’est pas sein.

En famille, après un petit orage, l’harmonie renaîtra si chacun y met du sein.

Georgius fut une grosse vedettes de l’entre deux guerres. Habile manipulateur de mots, il enregistra en 1939 une chanson à double sens qui se fout d’Hitler. Ce qui ne l’empêcha pas plus tard d’avoir quelques ennuis à la libération pour fait de collaboration. On peut imaginer que le vrai sens de la chanson échappa à l’occupant, sinon…

Bas nylons et une histoire de fric

Le titre d’un disque ne suffit pas pour en faire un succès, mais il peut avoir un petit air prémonitoire et qu’en fin de compte les paroles deviennent réalité. Quand la chanson est lancée, c’est bien qu’elle devienne un succès pour l’artiste. Avec encore un peu plus de chance, elle peut devenir un standard incontournable, et par exemple, être l’une des quelques rares chansons que les Beatles et les Rolling Stones ont en commun dans leur discographie, ou encore être le point de départ d’une formidable machine à produire des tubes inoubliables. Quand je disais que le titre peut être prémonitoire, et que les désirs de l’auteur et du compositeur vont être combles bien au-delà de ce qu’ils espérait quand ils l’ont crée, vous pouvez supposer qu’il s’agit de « Money ».

En 1959, un certain Berry Gordy a fondé un label du nom de Tamla où viendra s’ajouter Motown par la suite (condensé de motor town puisque le label est centralisé à Detroit, ville de l’industrie des voitures). C’est avant tout une histoire de famille dont Berry Gordy est la surface visible de l’iceberg. L’idée est d’atteindre le public blanc avec des artistes noirs, à cette époque ce n’est pas une évidence, avec des chansons à tendance R&B. Le label ne signera pratiquement que des artistes noirs et sera une énorme influence sur la musique à venir, le disco, le funk, en sont deux exemples. Le premier essai concluant en terme de succès sera justement « Money » que Gordy compose en partenariat avec Janie Bradford. Sorti en août 1959, interprété par Barrett Strong, le simple rencontre quelque mois plus tard un succès encourageant. Il se hisse à la 23ème place du Cashbox national, mais à la seconde place des classements R&B, les Américains ont différents classements propres à chaque style de musique. La graine est plantée et germera tout au long des années à venir. C’est le type même de chanson qui rebondit d’un répertoire à un autre, il n’est jamais ridicule de l’inclure dans un discographie ou dans un set de scène. Si l’intention de Gordy était de cibler un public blanc, c’est réussi avec ce titre, ce sera une des chansons du label la plus reprise par des artistes blancs, rockers, beat generation, pop. Même si elle n’a pas été un succès pour eux, le fait de la retrouver sur le second album des Beatles et dans les premiers enregistrements des Rolling Stones, fera passablement pour la mettre dans les oreilles du public. C’est une chanson que pratiquement tout le monde connaît pour autant que l’on écoute de la musique moderne ou de la variété.

Assez paradoxalement, la version du créateur reste assez peu connue, et peu de gens sont capables de l’identifier, spécialement sous nos latitudes. Les premiers à donner une impulsion de succès au titre furent les Kingsmen. Leur maison de disques Wand, choisit ce titre pour succéder à leur fameux « Louis Louie » en le publiant en 45 tours. Ce n’est pas vraiment un enregistrement prévu spécialement pour l’occasion, mais un extrait de leur premier album en live. Selon les éditions, l’ambiance du live en public est supprimé, ce sera le cas notamment sur le EP français. Sans connaître l’impact du précédent, il se classa honnêtement dans les 20 première places des charts américains. La version des Beatles doit être considérée comme un heureux remplissage de leur second album. Le groupe la connaissait et l’interpréta lors de la fameuse audition chez Decca avec Pete Best à la batterie. Pour la version « officielle » le producteur George Martin ajouta personnellement du piano. Le groupe la conservera longtemps dans son répertoire, il existe plusieurs prises enregistrées pour la BBC. John Lennon l’introduisit également dans le répertoire de Plastic Ono Band. L’enregistrement par les Rolling Stones fut conçu pour la publication du premier EP anglais qui offrait des chansons qui ne figuraient pas ailleurs. Cette version est très éloignée de celle de leurs illustres concurrents, elle a le charme de ces sons brouillons qui font le charme de leurs premiers disques, c’est plus proche du R&B noir que du rock blanc. Au début de la new wave, une version plutôt décadente valut un succès énorme aux Flying Lizards.

Chanson un peu intemporelle, une sorte d’hymne capitaliste pour gens fauchés, un investissement à faire rêver les vrais capitalistes, mais avant tout une très grande chanson de la musique moderne.

L’original, 1959, Il ne fut pas publié en France avant 1973 en 45 tours

Les Miracles, 1961

Les Beatles, audition Decca, 1962

Les Beatles, 1963

Les Kingsmen, 1964

Les Searchers, ils firent aussi une version en allemand, sur la palyback de la version anglaise, 1964

Adaptation française Eddy Mitchell, 1964

Les Rolling Stones, ma préférée,  1964

Jerry Lee Lewis, live Star-Club Hambourg, 1964

Les Sonics, ancêtres du punk, belle version 1965

John Lee Hooker, 1966

Les Supremes, 1966

John Lennon Plastic Ono Band avec Eric Clapton, 1969

Flying Lizards, version wave, 1979

The Babys, version hard, 1981

Version dance,  pas un truc impérissable, 1993

Version hip hop, Boyz II Men

Cheryl K, assez original, 2018

Bas nylons et des Orléans

 

L’histoire est pour moi une chose passionnante. A l’instar de la musique, une de mes autres passions, il y a des personnages historiques qui figurent dans une sorte de hit parade de mes préférés de l’histoire. N’y entre pas qui veut, j’aime assez les personnages un peu décalés, ceux qui ne font pas tout à fait comme les autres. Je citerais principalement ceux qui ont fait plus ou moins quelque chose pour l’art ou la culture en général. Il y certes Louis XIV qui a beaucoup marqué par sa grandiloquence et aussi un peu sa mégalomanie, le monde de l’art. C’est sans doute un des rois dont on retrouve le plus de traces encore aujourd’hui. Difficile de se promener dans certains coins du Paris qui existait durant son règne, sans y retrouver quelque fait ou monument dont il n’est pas implkiqué. N’oublions surtout pas qu’il fut aussi responsable de choses moins reluisantes dont le peuple eut à souffrir. La fin de son règne trouva la France dans un triste état, au bord de la ruine. L’apport à l’art ne se mesure pas seulement aux rois, il y a aussi des princes, des ducs, des favoris, des favorites, qui eurent leur mot à dire et ils le firent. On peut se rappeler de Charles 1er d’Orléans (1394-1465), heureusement plus connu aujourd’hui par ses poèmes que par ses faits d’armes. Voici par exemple le célèbre Rondeau de printemps.

Charles 1er d’Orléans

Le temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie,

Et s’est vêtu de broderie,

De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête ni oiseau

Qu’en son jargon ne chante ou crie :

Le temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie.

Rivière, fontaine et ruisseau

Portent en livrée jolie

Gouttes d’argent, d’orfèvrerie;

Chacun s’habille de nouveau:

Le temps a laissé son manteau.

Marie Leszczynska

Si la gastronomie est un art, et je crois qu’il en est un, je ne peux que remercier que Marie Leszczynska, la femme de Louis XV, qui semble être à l’origine de la bouchée à la reine, l’un de mes plats préférés.

Philippe d’Orléans dit le Régent

Un personnage qui peut entrer dans mes favoris, je ne suis pas à la cour, mais je parle comme si j’y étais, est Philippe d’Orléans dit le Régent. Petit fils de Louis XIII, neveu de Louis XIV, fils de Philippe d’Orléans, dit Monsieur et frère de Louis XIV, mari en secondes noces de Elisabeth-Charlotte de Bavière dite la Palatine ou Madame. Le titre de Madame ou Monsieur revenait de droit aux personnes les plus importantes à la cour après le roi et la reine. Pour les nuls en histoire, rappelons que le frère de Louis XIV était homosexuel, ce qui ne l’empêcha pas, par devoir, de lui faire trois enfants dont un mourut en bas âge. C’est le second, Philippe, qui devint le Régent. Qu’il soit un personnage haut en couleur n’est sans doute pas tout à fait le fruit du hasard. Son père, malgré les revers de ses préférences sexuelles, est un peu jalousé par son frère qui semblait avoir des dons artistiques assez prononcés, des goûts très sûrs en la matière. Sa mère, femme d’un intelligence vive, est une des personnes parmi celles qui traversèrent les cours royales, dont le passage fait le joie des historiens. Un peu garçon manqué, pétillante, indépendante, se faisant royalement ch… à la cour, elle s’occupa à se cultiver. Elle écrivit plus de 60000 lettres dont certaines ne manquent pas d’humour, ni de franc parler,  mais pas toujours un sommet d’élégance.

Elisabeth-Charlotte de Bavière dite la Palatine

Voici une des plus célèbres qui fait allusions à certaines fonctions naturelles, envoyée à une de ses correspondantes, Sophie de Hanovre.

Vous êtes bien heureuse d’aller chier quand vous voulez ; chiez donc tout votre chien de soûl. Nous n’en sommes pas de même ici, où je suis obligée de garder mon étron pour le soir ; il n’y a point de frottoir aux maisons du côté de la forêt. J’ai le malheur d’en habiter une, et par conséquent le chagrin d’aller chier dehors, ce qui me fâche, parce que j’aime chier à mon aise, et je ne chie pas à mon aise quand mon cul ne porte sur rien. Item, tout le monde nous voit chier ; il y passe des hommes, des femmes, des filles, des garçons, des abbés et des Suisses. Vous voyez par là que nul plaisir sans peine, et que, si on ne chiait point, je serais à Fontainebleau comme le poisson dans l’eau.

Il est très chagrinant que mes plaisirs soient traversés par des étrons. Je voudrais que celui qui a le premier inventé de chier ne pût chier, lui et toute sa race, qu’à coups de bâton! Comment, mordi ! qu’il faille qu’on ne puisse vivre sans chier ? Soyez à table avec la meilleure compagnie du monde ; qu’il vous prenne envie de chier, il faut aller chier. Soyez avec une jolie fille ou femme qui vous plaise ; qu’il vous prenne envie de chier, il faut aller chier ou crever. Ah ! maudit chier ! Je ne sache point de plus vilaine chose que de chier. Voyez passer une jolie personne, bien mignonne, bien propre ; vous vous récriez : « Ah ! que cela serait joli si cela ne chiait pas ! »

Je le pardonne à des crocheteurs, à des soldats aux gardes, à des porteurs de chaise et à des gens de ce calibre-là. Mais les empereurs chient, les impératrices chient, les rois chient, les reines chient, le pape chie, les cardinaux chient, les princes chient, les archevêques et les évêques chient, les généraux d’ordre chient, les curés et les vicaires chient. Avouez donc que le monde est rempli de vilaines gens ! Car enfin, on chie en l’air, on chie sur la terre, on chie dans la mer. Tout l’univers est rempli de chieurs, et les rues de Fontainebleau de merde, principalement de la merde de Suisse, car ils font des étrons gros comme vous, Madame.

Si vous croyez baiser une belle petite bouche avec des dents bien blanches, vous baisez un moulin à merde. Tous les mets les plus délicieux, les biscuits, les pâtés, les tourtes, les farcis, les jambons, les perdrix, les faisans, etc., le tout n’est que pour faire de la merde mâchée, etc.

Lettre manuscrite de la princesse Palatine de 1711, écrite bien sûr en vieux français, cela nous donne une idée de la manière dont le français se parlait au 18ème siècle

Son art d’envoyer des piques et sa franchise n’épargnait personne. Madame de Maintenon et bien d’autres personnages de la cour reçurent des surnoms et des qualificatifs sans doute rigoureusement choisis tels que : vieille conne, chiure de souris, ma belle-fille ressemble à un cul comme deux gouttes d’eau. Elle ne respectait guère que le roi, dont elle fut possiblement un peu amoureuse. Ce dernier, sans doute pas tout à fait en désaccord avec ses jugements, l’appréciait énormément. Il prit parfois sa défense. Il admirait aussi cette femme qui allait parfois à la chasse avec lui, cavalière émérite, faisant tout comme ses meilleurs rabatteurs de gibier. A la mort de son mari en 1701, Louis XIV fit en sorte qu’elle conserve toutes ses prérogatives à la cour, lui versant une rente confortable. Elle lui survécut et mourut en 1721.

Philiipe d’Orléans naît en 1674. Il a d’abord été initié vers les armes et les fonctions militaires, c’est la règle pour les futurs nobles de haute volée. Mais il ne semble pas trop apprécier, il monte et se tient à cheval  à peine mieux qu’un cul-de-jatte, il a plutôt un esprit de futur intellectuel. Avant de devenir le Régent, il sera assurément un plutôt brillant militaire et diplomate. La culture l’attire, la géographie, l’histoire, la philosophie, font partie des ses intérêts. Il est réputé pour avoir une mémoire sans faille, passe pour intelligent et travailleur. Il ne se préoccupa pas trop de monter sur le trône, chose possible vu son ascendant, mais il n’est pas aux premières loges dans le suite logique de la succession. Une fois l’âge adulte atteint, il est de bon ton dans l’entourage du roi de se marier. Quand je dis de bon ton, cela ressemble plus à un ordre venant de Louis XIV. Le mariage prit les allures d’une comédie de Molière. Le roi lui suggère d’épouser Françoise-Marie de Bourbon, Mademoiselle de Blois (1677-1749), personne tout à fait charmante, mais bâtarde légitimée des amours de Louis XVI avec Madame de Montespan, une cousine en quelque sorte. Devant le roi Philippe dit d’abord : « euhhh… », mais sous l’influence du célèbre abbé Dubois, il accepte. Par contre sa mère est furax, jugeant indigne un tel mariage. Quand elle apprit la nouvelle, elle le gifla devant toute la cour, c’est une des rares fois où elle tenta de s’opposer au roi, mais le roi c’est le roi, alors. Bon l’affaire se passa aux pertes et profits de la raison d’état, et le mariage eut lieu en 1792, la mariée allant sur ses 15 ans.  Il paraît que le mariage ne fut pas des plus heureux, son mari la surnomma « Madame Lucifer ». L’histoire retient d’elle une femme paresseuse, hautaine du fait de son rang de fille royale, aimant s’entourer de dames de compagnie plutôt laides, afin d’être le centre d’attraction. Ils trouvèrent quand même le moyen de faire huit enfants.

C’est à la mort de Louis XIV en 1715 que Philippe d’Orléans accède au premier plan  en devenant le Régent. Cette fonction royale est prévue afin d’assurer la gouvernance en attendant la majorité  du dauphin. Mais il faillit ne jamais le devenir. Le testament de Louis XIV, prévoyant de faire passer avant lui d’autres personnages royaux proches de sa branche familiale directe, sera cassé à la suite de quelques arrangements et c’est ainsi qu’il obtient la fonction. Assez étonnant comme on peut faire assez peu de cas des ultimes volontés d’un roi et de son testament, d’autant plus qu’il est le recordman absolu de la durée de règne d’un roi de France. Cependant, les intrigues entre puissants sont choses courantes dans l’entourage d’un roi, surtout quand il n’est plus là, c’est presque un lieu commun de l’affirmer. Malgré tout, le choix ne sera pas si mauvais, l’histoire le dira. Lorsqu’il prend les commandes, la France est dans un mauvais état. Si Versailles brille de toute sa splendeur, les finances le sont nettement moins. Il entame une politique de redressement en touchant un peu à tout, politique, fiscalité, rétablissement de la paix, et surtout il allège la gouvernance absolue voulue par son prédécesseur, il prend un peu l’avis de tout le monde, il consulte tout en restant le maître. Il délaisse aussi Versailles et recentre le pouvoir au Palais Royal. Dans un premier temps, les résultats sont plutôt bons, la machine est timidement relancée. Le coup de maître du Régent, qui finit en déconfiture, est l’utilisation du papier monnaie. Cette histoire est bien connue, et presque tout le monde sait que son principal investigateur est l’Ecossais John Law. Sans entrer trop dans les détails et vous faire un cours de finances, voici l’histoire en bref résumé. Au départ, avec la bénédiction du Régent, l’idée est de remplacer l’argent en cours à cet époque, essentiellement sous forme de pièces, par des billets de banque plus faciles à transporter et manipuler. Alléchés par des promesses de gains reposant sur ces fameux billets de banque couverts par des avoirs en or, beaucoup de monde vida sa tirelire pour en acheter: On spécula, acheta des actions, avec en toile de fond un paradis chargé de promesses, la Louisiane, alors possession française. Les fameux billets de banque servent de titres d’échange. Pendant trois ans, des fortunes sur papier et monnaie de singe firent saliver les plus hardis, on ouvre de nouvelles banques, on fusionne, c’est l’euphorie totale. Mais en 1720, la roue tourne, on fait mousser les titres qui atteignent des sommes folles. Les riches actionnaires voulurent se faire échanger leur paperasse contre de l’or, or que la banque n’avait plus. ce fut la ruine pour pas mal de monde. On estime que 10% de la population française en subit les conséquences. Mais pour une fois, ce sont les plus nantis qui en souffrirent, les riches qui avaient acheté tant et plus de pièges à gogos. Paradoxalement, les finances de l’Etat s’en trouvèrent nettement améliorées en faisant supporter une partie de cette dette aux dindons de la farce. On s’accorde à dire que le résultat final profita aux plus démunis et à ceux qui eurent la sagesse de ne pas succomber aux tentations de l’argent facile.

Le cardinal Dubois

Son principal ministre est l’abbé Dubois devenu cardinal, Dubois, le même qui lui conseilla son mariage. C’est un homme intelligent, fin diplomate, mais comme beaucoup d’ecclésiastiques se pavanant des les cours, c’est un coureur de jupons invétéré. La célèbre chanson « il court, il court le furet » est transformée en son honneur en  » Il fourre, il fourre, le curé Dubois joli, mesdames ». En cela, il est plutôt parfaite harmonie avec le Régent. Ce dernier est connu pour son libertinage, il fit même un enfant à l’âge de 14 ans, avec une de ses concierges. Au cours de soupers qui rassemblent ses proches, cela tourne volontiers à l’orgie dans toutes les acceptations du terme, on parle même d’inceste avec un de ses filles, la duchesse de Berry. Il ne faut pas négliger qu’il fallait un peu oublier l’austérité des dernières années du règne de Louis XIV, mais là ils engagèrent la vitesse supérieure.

L’aspect le plus intéressant du personnage reste malgré tout sa contribution aux arts. Il a beaucoup collaboré à la composition musicale, notamment avec Marc-Antoine Carpentier, dont l’intro du « Te Deum » sert d’indicatif à l’Eurovision. Il est lui-même multi instrumentiste, et reste le seul régnant de l’histoire de France à avoir composé des opéras. L’un d’entre eux est parvenu jusqu’à nous, « Penthée », dont le livret a été écrit par le marquis de La Fare, un compagnon de libertinage, mais aussi capitaine de sa garde personnelle. Des extraits de cet opéra ont servi de bande sonore au film de Bertrand Tavernier « Que La Fête Commence », savoureuse chronique qui retrace le temps de la Régence, et les démêlées avec le marquis de Pontcallec.  Le film fait apparaître sous un jour nouveau le Régent (Philippe Noiret), sans doute un portrait plus proche de la vérité historique que les images plutôt négatives que l’histoire lui colle volontiers. Il peut aussi ajouter à ses talents certains, celui de peintre et de graveur. La première collection des tableaux du Palais-Royal, qui comprend  500 pièces, est aussi due à son initiative. Aujourd’hui ces objets se retrouvent dans tous les grands musées du monde.

Un extrait de Penthée, opéra baroque

Louis XV enfant

Le 25 octobre 1722, Louis XV montre sur le trône, mais ce n’est pas tout à fait fini pour le Régent, car le nouveau roi confirme le cardinal Dubois comme son principal ministre. Mais à sa mort le 10 août 1723, autre cas unique dans l’histoire de France, il nomme à sa place le Régent pour qui il a de l’affection . Il ne profite pas longtemps de sa position, car il meurt le 2 décembre 1723, dans les bras de l’une de ses favorites,

Philippe d’Orléans fut un personnage décalé dans l’histoire de France. Même s’il n’aimait pas Voltaire, qu’il fit emprisonner quelques temps à la Bastille pour avoir eu la langue un peu trop acérée envers sa fille la duchesse de Berry, il fut celui qui parvint à redonner un élan à la France politiquement et économiquement. On lui accorde aussi d’être aussi pour un temps, comme nous l’apprend l’histoire, le sauveur de la royauté, visiblement mise à mal par l’état de la France à la fin du règne de Louis XIV.  Il éloigna les risques de guerre en signant des traités de paix avec un peu tous les voisins agressifs, et sûrement permit à Louis XV de débuter son règne sans trop s’énerver. Bourreau de travail quand il le fallait, amateur de plaisirs pas toujours recommandables quand il en avait envie, véritable amateur éclairé d’art et de culture, si son fantôme vient me chatouiller les pieds la nuit, c’est que je n’ai rien compris au personnage.

Bas nylons et idées noires à la cour

On connaît plutôt bien la vie de Louis XIV, il a tout fait pour entrer dans l’histoire, mais même avec tout l’éclairage que l’on possède, certaines zones restent dans l’ombre et permettent aux historiens d’y aller de leurs hypothèses. Certaines apparaîtront farfelues cela ne fait pas de doute, mais parmi toutes ces fanfaronnades, il doit bien y en avoir une qui cerne la vérité d’assez près. Et même pourquoi pas la plus farfelue ne serait-elle pas la vérité ? Je ne vais pas ici me transposer à l’historien et y aller de mes convictions et de ma « vérité », je n’ai pas cette prétention.

Un des rares portraits qui existent d’elle, vers 1700

La Mauresse de Moret est entrée dans la petite ou moyenne histoire, elle reste encore une de ces énigmes historiques qui fait encore saliver les historiens. C’est une religieuse métisse que l’on ne connaît que sous le nom de soeur Louise Marie Thérèse, remarquez que les deux derniers prénoms sont ceux de la première femme de Louis XIV. Ce qui a intrigué les contemporains du roi de France et les historiens, c’est qu’elle reçut la visite dans son couvent d’un tas de personnages influents ou célébrités de son temps. On cite Saint-Simon, la femme du frère du Louis XIV, Philippe d’Orléans, dite princesse palatine. On remarque aussi Voltaire, ainsi que toute la smala royale, la reine Marie Thérèse d’Autriche, plus tard Madame de Maintenon, le roi en personne, sans oublier nombre de princes et de princesses. On sait aussi que Louis XIV, lui attribua officiellement une rente. Ce qui semble assez étonnant pour une religieuse métisse non ?

Marie-Thérèse d’Autriche, 1ère femme de Louis XIV

Voilà les bases sur lesquelles partent les historiens pour éclairer cette zone d’ombre. Trois hypothèses reviennent fréquemment, c’est probablement l’une d’entre elles qui doit avoir les accents de vérité.

Première hypothèse : elle serait la fille de la reine qui aurait fauté avec quelque amant de passage ou personnage de la cour de race noire ou maure, peut-être son très jeune page, un nabot noir qui disparut mystérieusement peu après, ceci selon certaines sources invérifiables. Elle serait en réalité Marie Anne de France, troisième enfant de la reine qui officiellement mourut un mois après sa naissance en 1661, et qui aurait alors survécu. L’enterrement officiel ne serait alors qu’un simulacre destiné à cacher la chose. Il faut prendre en compte que lorsque la reine accouchait, il y avait à peine moins de monde qu’au carnaval de Nice dans la chambre où elle accouchait. En effet, une naissance royale devait avoir nombre de témoins, ceci afin de certifier que l’enfant était bien de descendance royale, les cocufiages étant réservés. Des ambassadeurs étaient aussi présents, car un manque de descendance pouvait attirer les prétentions de royaumes étrangers, les cousinages et autres liens familiaux étaient relativement courants dans la noblesse. Un enfant noir naissant aurait sans doute attiré l’attention de l’entourage, bien qu’ils n’étaient pas tous autour du lit royal, on pouvait encore par subterfuge le dissimuler en créant une situation d’urgence, un grand malaise de la reine par exemple. Toujours selon le bruits qui coururent, Madame de Motteville aurait vu l’enfant et se serait trouvé mal en voyant qu’il était noir. Cette théorie, pas complètement irréaliste mais qui souffre quand même de points assez obscurs,  est sans doute la plus partagée par ceux qui ne sont pas spécialistes en histoire, il y a un petit côté libertinage à la française qui flatte l’ego.

Louis XVI

Deuxième hypothèse : ce serait bien une fille de Louis XIV, mais conçue avec une personne de couleur. Ce cher Louis était un chaud lapin, s’il y a bien un point où les historiens sont tous d’accord, c’est celui-là, il aurait eu une relation discrète avec cette personne. Tombée enceinte, le roi qui était plutôt beau joueur en la matière, aurait assumé sa « faute ». Seulement il y avait certaines nuances, il leur donnait le « titre » de bâtard royal, surtout ceux qu’il avait avec de nobles dames, il le fit quelquefois. Pour les autres c’était une pension qu’il attribuait, encore une fois selon son bon vouloir. Dans le cas qui nous occupe ici, les choses vont un peu plus loin, elle semble entourée d’une certaine aura, vu le nombre de visiteurs auréolés qu’elle recevait. Certes, elle fut cachée, on ne la vit jamais à la cour, mais Louis XIV qui n’était pas à un caprice près, aurait pu l’assumer. Le problème vient peut-être de la couleur, si les enfants hors lit conjugal se portaient assez bien, il n’en allait pas de même pour ses descendants officiels, ils moururent tous avant lui. Alors imaginons un enfant officiel d’une autre race aurait pu quelque peu brouiller les cartes royales, surtout qu’elle mourut bien après lui, probablement en 1732. Selon certaines sources, la religieuse affirma elle-même être une fille royale. Mais encore une fois on ne possède pas de vraie certitude, quelques indices assez frêles, et la pièce qui manque au puzzle, qui fut la mère ? Possiblement une comédienne noire, chose qui existait à la cour. Cette deuxième théorie a aussi ses partisans, là on s’approche plus du travail d’historien, une analyse ADN pourrait apporter des éclaircissements, si on pouvait réunir les éléments nécessaires.

Troisième hypothèse : elle ne serait pas de sang royal mais une protégée de Louis XIV, la piste de la soeur d’une religieuse noire, ou une simple orpheline est évoquée, Le roi ou quelqu’un de son entourage l’aurait protégée pour des raisons inconnues. Rappelons que les rois de France étaient persuadés d’être des représentants de droit divin et élus par Dieu sur cette bonne vieille terre. Louis XIV mena bien une vie de débauche, mais sous l’influence de la très pieuse Madame de Maintenon notamment, il se racheta quelque peu une conduite un peu plus vertueuse les trente dernières années de sa vie. Le fait d’avoir parrainé, converti au catholicisme par le baptême , fait entrer dans les ordres, une personne probablement avec des racines musulmanes, pouvait sembler à ses yeux comme une dette envers le ciel. La piste de la fille d’une couple de serviteurs maures qui aurait demandé à Madame de Maintenon de s’occuper de leur fille par nécessité est également proposée. Cette dernière dont les générosité n’est pas qu’une légende pourrait l’avoir fait en la faisant entrer au couvent mais on se heurte alors aux visites de la reine Marie-Thérèse, antérieures à l’mancipation à la cour de Madame de Maintenon. Ces dernières pistes sont souvent évoquées par ceux qui ne croient pas à la filiation royale. Il est vrai que c’est la plus simple en apparence, mais elle n’explique pas ou mal, l’intérêt de la famille royale et la noblesse à son égard.

Madame de Maintenon

Bien entendu, il peut exister à côté de ces hypothèses, toutes sortes d’affirmation plus ou moins farfelues, chacun peut y aller de sa petite théorie. C’est un fait d’histoire resté mystérieux et qui probablement le restera. La seule certitude reste que cette étrange personne a réellement existé, qu’il existe des documents qui semblent prouver que Louis XIV lui versa une pension. Le reste n’est que rumeurs de l’époque, et Dieu sait si on avait le temps de parler à une époque où les gens qui ne travaillaient pas n’avaient pas grand chose d’autre à faire. La vérité a existé à quelque part, des gens savaient, mais plus de 300 ans après il ne reste même plus des souvenirs.