En passant

Bas nylons et dame de coeur

En explorant la cour de Louis XIV, on y rencontre des personnages qui brillèrent grâce à lui. Certains sont ce que l’on pourrait qualifier de vedettes, d’autres sont plus dans l’ombre, et il y a ceux qui étaient promus à un grand avenir et qui pour une raison ou pour une autre eurent un éclat qui ne dura pas, les dames ne sont pas en reste dans ce domaine. Il faut bien admettre que sous le règne de quelques rois de France, on retient tout autant le nom des favorites que celui du royal amant. A côté des maitresses officielles, d’autres dames font évidemment partie de la cour, issues de la petite ou grande noblesse, elles jouent un rôle plus ou moins visible, peut-être en espérant en jouer un encore plus grand. Il y a malgré tout un domaine où les places se vendent cher, celui de l’épouse royale. Il se transmet plutôt en ligne directe. Pour devenir reine, il faut épouser un roi et le titre de successeur passe de père en fils en respectant le droit d’aînesse (Dauphin) ou les viennent en suite si l’aîné meurt, règle prépondérante à la cour de France. S’il y a des reines, ces dernières ne peuvent pas gouverner, seul le mâle y a droit. En cas de manque d’un descendant royal disponible dans l’immédiat ou trop jeune, un personnage de la cour, même une femme, assure la régence. Dans la cas de Louis XIX, c’est sa mère Anne d’Autriche qui l’assura de 1643 à 1651. Son diable de fiston était déjà bel et bien roi à l’âge où il aurait pu jouer au train électrique s’il avait déjà été inventé. Même s’il a le plus long règne de l’histoire de France (72 ans), il n’a vraiment été maître à bord que pendant 64 ans. Il fit largement son devoir conjugal pour assurer sa succession, mais les enfants qu’il a eus avec son épouse légitime Marie-Thérèse, ne font pas de vieux os. Heureusement Louis de France, l’aîné, grandit tant bien que mal. Louis XIV a mieux réussi avec les enfants qu’il a eus avec ses maîtresses. madame de La Vallière, madame de Montespan, il en a légitimé 11, la plupart pourront aller à ses funérailles. Leur seul handicap, ils ne sont pas à 100% de sang royal.


Une des principales angoisses des rois de France fut d’assurer leur descendance. Pour certains cela ne posa pas de problèmes, pour d’autres cela fut plus aventureux. Déjà Louis XIV est une sorte d’enfant miracle qui naît en 1638, 23 ans après le mariage de ses parents, Louis XIII et Anne d’Autriche. Les historiens s’accordent à dire qu’il ne fut pas spécialement porté sur la bagatelle, on ne peut pas dire tel père tel fils dans son cas, de plus il a une petite santé. Plusieurs fausses couches et une union que l’on considère comme plutôt stérile, sont effacées par ce don du ciel, qui fut par ailleurs prénommé Dieudonné. Son frère Philippe « Monsieur » suivra en 1640.
Louis XIV, n’est pas dupe et il en fait une histoire d’état. Vu qu’il a un Dauphin en état de marche, les choses sont si fragiles dans ce domaine, il décide qu’il faut au plus vite le marier. Au plus vite, le terme prend tout sons sens, en fait s’il meurt il n’y de successeur direct. Commencerait alors le jeu des successions pour voir qui, en ligne plus ou moins directe, pourrait prétendre au trône. Et il a raison le bougre, ce qu’il ne sait pas encore, c’est que son exceptionnelle longévité permettra de sauver les meubles dans la ligne de succession directe sans trop de secousses. De fil en aiguille, ce sera une hécatombe autour de lui, il verra mourir toute sa descendance, à une exception près, celle de son successeur, c’est à dire son arrière petit-fils, Louis XV. La scène a été souvent immortalisée au cinéma. : « Vous serez un grand roi », dit-il a son successeur âgé de cinq ans, en fait exactement ce qu’il a vécu bien des années avant. Mais une année avant sa mort, il promulgua un édit qui ouvrait la successions aux enfants légitimés, il tenait quand même $ assurer ses arrières.
Pour y voir un peu plus clair, résumons la situation.

On peut dire qu’il a été en quelque sorte sauvé par le gong, la naissance de son arrière petit-fils a remis les pendules à l’heure, de quoi calmer les aspirations de ceux qui s’y voyaient déjà. Mais on peut aussi remarquer que si Louis XIV était décédé avant, jusqu’en 1712 fils et petit-fils auraient pu régner, le principal problème aurait été après 1712, et pire encore si le futur Louis XV n’était pas né en 1710. La longévité du Roi Soleil a fait table rase de tous les problèmes, c’est bien un de ses descendants qui est monté sur le trône, ainsi qu’il l’avait souhaité. Remarquons aussi que Louis XV a eu un règne assez long, 58 ans, moins la régence (1715-1723) assurée par Philippe d’Orléans, fils du frère de Louis XIV et de la princesse Palatine.
Mais venons au début de la succession de Louis XIV, alors apparait à la cour une femme qui va se démarquer du ronronnement de la cour, Anne-Marie de Bavière.
Le roi veut marier son fils, il pense à sa succession. Il faut choisir un parti, ce n’est pas le futur marié qui choisit, très souvent on le fait pour lui. Dans la royauté, on choisit une femme pour ce qu’elle peut apporter sur le plus de plans possibles, fortune, terres, intérêts politiques, tout y passe. On choisit presque sur catalogue, comme qui dirait on regarde les articles disponibles au moment du choix. Selon les époques, il est plus ou moins vaste. On envoie des ambassadeurs ou des émissaires officiels discuter le bout du gras avec l’autre partie. Si on arrive à un accord, il n’est pas rare que le mariage se fasse par procuration. Il peut en résulter une certaine angoisse chez les futurs époux. Ils n’ont souvent qu’un portrait et quelques témoignages de ceux qui ont fait les démarches. Il ou elle à l’air de quoi ? Les titres, la gloire, les honneurs, peuvent aplanir bien des choses, il reste juste le fait qu’il faudra en principe passer sa vie avec l’autre. Les dés sont jetés, arrivera la rencontre, Très souvent, comme la future épouse n’habite pas dans le village voisin, mais peut venir d’un pays assez lointain, rendu encore plus lointain pas les moyens de locomotion en usage alors, on décide d’un lieu de rencontre. On se souvient que Louis XIV rencontra Marie-Thérèse dans l’endroit qui faisait frontière entre le royaume de France et d’Espagne, frontière qui n’a guère changé depuis.

Description de cette image, également commentée ci-après


Le choix se porte sur Marie Anne Christine Victoire Josèphe Bénédicte Rosalie Pétronille de Bavière, née Maria Anna Christina Victoria von Bayern en 1660 (ouf!). En parlant sang, il n’est aps tout à fait neuf puisque sa mère Henriette-Adélaïde de Savoie, est la cousine germaine de Louis XIV. Les cancans qui circulent à la cour avant sa venue mentionnent en premier le fait qu’elle est laide. J’ai toujours eu une pensée critique sur la beauté des dames de jadis. les critères pas les mêmes qu’aujourd’hui, on jugeait principalement par le visage seule chose vraiment visible, et à certaines époques par la poitrine plus ou moins apparente. La question des mamelles revenait assez souvent dans les conversations, je crois même avoir lu que le roi avait lui-même posé la question à propos de sa future belle-fille. Ils pouvaient aussi être un signe encourageant vers une maternité facilitée si elle avait une belle poitrine. Rappelons quand même qu’apercevoir une cheville était presque un spectacle à damner un saint en ces temps reculés.
Un « espion » envoyé en reconnaissance par le roi lui fit son rapport :
“Sire, dit-il, sauvez le premier coup d’œil, et vous en serez bien content”. Cela est dit à merveille ; car il y a quelque chose à son nez et à son front, qui est trop long, à proportion du reste ; elle fait un mauvais effet tout d’abord. Mais on dit qu’elle a une si bonne grâce, de si beaux bras, de si belles mains, une si belle taille, une si belle gorge, de si belles dents, de si beaux cheveux, et tant d’esprit et de bonté, caressante sans être fade, familière avec dignité, enfin tant de manières propres à charmer, qu’il faut lui pardonner ce premier coup d’œil… »


Les portraits que l’on possède d’elle vont un peu dans tous les sens, de la femme plutôt jolie à la dame sans grande beauté. Par contre, tout le monde sauf les jaloux, s’accordent pour lui trouver de grandes qualités qui n’on rien à voir avec le physique. Elle parle un français impeccable, possède une belle culture, une certaine grâce, et elle est charmante. Elle a eu le temps de s’entraîner, elle est promise à son mari depuis l’âge de huit ans. Elle en est toute émoustillée, dame quand étant enfant on vous dit que vous serez peut-être un jour reine de France, c’est quand même autre chose que de promettre un tour en carrousel ! Elle s’y applique et se sent déjà française de coeur.

Suite dans un prochain article, nous verrons sa vie à la cour et son destin plutôt malheureux à travers quelques documents d’époque.

Source gallica.bnf.fr / BnF / DP / Wikipédia. 3/15


En passant

Bas nylons et noble cour

On a tous en étudiant l’histoire de France, entendu ou lu des titres qui qualifiaient la noblesse, le comte de Ceci, le marquis de Cela. On sait tous que dans la noblesse française avant 1789, le roi était le plus haut placé. On sait également, qu’un général est un plus haut gradé que colonel, et un colonel est supérieur à un capitaine. Mais savez-vous classer dans l’ordre l’importance les titres de noblesse ? Voici la liste des titres du plus haut au plus modeste.

  1. Roi
  2. Dauphin de France
  3. Prince
  4. Duc
  5. Marquis
  6. Comte
  7. Vicomte
  8. Baron
  9. Banneret
  10. Chevalier
  11. Écuyer

Certains de ces titres on bien entendu un équivalant féminin, mais pas tous, acquis par faveur royale, mariage, hérédité, ou par succession. On peut retrouver aussi avec certains titres une délimitation géographique qui correspondait au titre, principauté, duché, comté. Certaines ont survécu, la Principauté de Monaco par exemple, dont Albert est le prince. Certains titres de noblesse pouvaient aussi s’acheter. mais ils ne se vendait pas dans les échoppes. On pouvait aussi accéder à la noblesse en occupant certaines fonctions réservées, on parlait alors de noblesse de robe. Mais hiérarchiquement elle était plus ou moins subordonnée à la noblesse d’épée, considérée comme la vraie noblesse. Il est évident que les territoires se conquéraient souvent pas des faits d’armes. On peut considérer qu’il existe trois sortes d’ères de noblesse, celle d’avant 1789, celle acquise sous l’Empire, et celle obtenue depuis la Restauration. Juridiquement, elle n’existe plus depuis 1848. Un nom à particule n’est pas significative d’une appartenance à la noblesse, bien que plus de 90% de la noblesse en possède un. Il servait simplement à indiquer la provenance ou le rattachement à un lieu ou une origine. Aujourd’hui la noblesse française de descendance authentique se résume à quelques centaines de familles qui n’ont pas forcément eu accès à l’histoire dans sa partie la plus visible, mais dont on peut considérer qu’un peu de sang bleu coule dans leurs veines. On admet que parmi les bâtards de la noblesse et surtout les rois de France, il y a plus de 10000 personnes qui sont de lointains descendants de cette noblesse.

Avoir un titre de noblesse ne vous épargnait pas toujours les situations comiques ou tomber sur plus malin que soi. Guillaume de Bautru, un comte, était marie avec une dame qui prit bien entendu son nom. Elle exigeait de se faire appeler madame de Nogent, car la reine Marie de Médicis avec son éternel accent italien l’appelait « madame Beautrou ».
Le maréchal de Bassompierre, était une des coqueluches de ces dames à la cour. Anne d’Autriche, qui ne l’appréciait guère, fit remarquer aux dames de son entourage, que ses cheveux commençaient à blanchir. Il répondit à la reine : « Oui blanc de tête et vert de queue comme les poireaux. »

A moins d’être prof d’histoire, il est bien difficile d’avoir en tête le nom de tous les rois de France, j’en serais moi-même incapable. Il y en a eu 64 portant le titre de rois, 3 celui d’empereurs. Le premier fut Clovis (481- 511). Les plus longs règnes furent celui de Louis XIV (72 ans); Louis XV (58 ans); Philippe 1er (47) ans. Le plus court Jean 1er (4 jours). Le plus grands par la taille fut François 1er (1,98m). On distingue cinq familles royales, les Mérovingiens, les Carolingiens, les Capétiens, les Valois, les Bourbons. Voici la liste à partir des Valois en 1328. (cliquer pour agrandir).

On pout supposer qu’à certaines époques, être écrivain sous-entendait que l’on était un peu flemmard. Il est vrai que certains ne furent pas très prolifiques, un ou deux livres célèbres, cela suffisait à leur bonheur. Il en va tout autrement de Balzac qui fut un bourreau de travail. Tout en étant un des plus grands écrivains français, il en est aussi l’un des plus prolifiques. plus de 90 romans et nouvelles écrits sur une période d’un peu plus de 20 ans. je ne vais pas revisiter l’oeuvre de Balzac, mais m’attarder sur la petite histoire.


Saviez-vous que Balzac se droguait ? Oh une drogue bien innocente que nous consommons à peu près tous, le café. Pour maintenir sa forme et surtout ses sens en éveil, il avalait entre 30 et 50 tasses de café par jour, pas du café au lait, mais un café bien corsé. Il avait malgré tout une vie assez organisée selon des horaires assez précis. Il était capable de rédiger une cinquantaine de pages d’un de ses romans en une nuit, il rédigeait surtout la nuit. Il pouvait aussi soudainement décider d’aller faire des longues promenades, toujours la nuit. Les oiseaux de nuit la nuit flânant dans les rues de Paris, auraient pu le croiser, vêtu de sa robe de chambre et de ses pantoufles. Pourquoi perdre son temps é se changer? Si vous passez par la ville de Neuchâtel en Suisse, faites un détour par la collégiale et le château qui surplombent le ville. Devant, vous trouverez deux bancs en pierre érodés par le temps. Posez vos fesses sur l’un d’entre eux et puis dites-vous que vous êtes assis sur un banc où il y a bientôt deux siècles en 1833, Balzac posa les siennes. Initialement, les bancs se trouvaient à un autre endroit, mais face à l’urbanisation ils ont été déplacés dans un endroit plus calme en apparence, sur cette colline où siège le gouvernement régional. A l’époque de son séjour, la région était encore sous le domination prussienne. Il était venu là pour rencontrer la comtesse polonaise Henska dont il était tombé amoureux et qui séjournait à Neuchâtel. Ils se marieront d’ailleurs quelques mois avant la mort de Balzac en 1850.

Les bancs qui servirent de lieu de rendez-vous, tels qu’ils paraissent aujourd’hui.

La comtesse Hanska mourut en 1882 à Paris à l’âge de 81 ans. Mariée à un comte plus âgé qu’elle, très cultivée elle parlait plusieurs langues dont le français. C’est en lisant Balzac qu’elle devint une de ses admiratrices et souhaita prendre contact avec lui. La rencontre avec Balzac a été décidée par un hasard. La gouvernante de ses enfants venait de Neuchâtel. C’est ainsi que lors d’un voyage, ils séjournèrent dans la ville. Balzac fit le voyage spécialement de Paris et ils purent se rencontrer. Ils tombèrent amoureux, surtout Balzac, mais ce n’est qu’à la mort de son mari que la comtesse peut épouser Balzac.

Le séjour de Balzac à Neuchâtel est assez bien documenté. On sait qu’il séjourna à l’hôtel du Faucon, grande maison à gauche sur la photo, pendant cinq jours. Ce n’est pas le seul personnage illustre qui séjourna en ce lieu. En 1816, il reçut la visite de Percy Shelley, le poète anglais, accompagné de sa femme Mary, celle qui qui écrivit le célèbre « Frankenstein ». En deux siècles, la rue n’a pas tellement changé d’aspect. L’hôtel qui n’existe plus est devenu un immeuble résidentiel, avec un fast food en bas.
Si vous avez vu le film téléfilm sur Balzac de 1999 avec Depardieu dans le rôle titre et Fanny Ardant dans le rôle de la comtesse, vous avez bien entendu vu la scène où ils se rencontrent à Neuchâtel. Les décors semblent assez différents de ce que nous voyons ci-dessus. Mais bien évidemment c’est du cinéma.

Source gallica.bnf.fr / BnF / DP / Documents privés transmis

En passant

Bas nylons et un voyage avec des fantômes.

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Allons nous promener du côte de Versailles, pas tellement pour y parler de rois et de reines, mais pour ouvrir une porte sur l’étrange. Voilà plus de cent ans, l’innocente promenade de deux Anglaises souleva un intérêt passionné de la part de tous les amateurs de paranormal. L’histoire parut dans les journaux, un livre fut publié en Angleterre et il connut un beau succès. Bien des années plus tard, il fut traduit en français et même Jean Cocteau y fut mêlé.


C’est une histoire de voyage dans le temps, sujet cher aux amateurs de science fiction. C’est pourtant une réalité dont vous pouvez constater le résultat en regardant dans le ciel quand il est visible. Vous voyez des milliers d’étoiles dont la lumière a mis un certain nombre d’années pour parvenir à vos yeux. De quelques minutes pour la lumière du Soleil, à des milliards d’années pour les plus lointaines. Prenons une étoile que l’on peut considérer comme voisine, puisqu’elle n’est qu’à environ quatre années lumière de nous, Proxima Centaure. Si vous la regardez et que soudain vous la voyez exploser à ce moment précis, cette explosion a eu lieu il y a environ quatre ans. Donc, vous voyez maintenant quelque chose qui s’est produit dans le passé. Tout en étant dans le présent, vous avez voyagé dans le passé. C’est déjà une vieille théorie et une certitude, le passé arrive jusqu’à nous via la vitesse de la lumière. Pour rappel, ce que l’on nomme années lumières, est basé sur la distance qu’elle parcourt en une année, car elle se déplace, mais à une vitesse fantastique. Nos yeux perçoivent la lumière, mais ne se rendent pas compte quelle n’est pas immobile dans l’espace. Le son le fait aussi et c’est plus perceptible pour nous, car le son voyage très lentement par rapport à la lumière et aussi la distance qu’il parcourt est proportionnelle à son amplitude. Peu de chance d’entendre un âne braire à 2 km, par contre un gros avion qui est à 8000 mètres d’altitude au dessus de vous, vous risquez de percevoir son ronronnement quand il y a du silence autour de vous. C’est en partie aussi vrai pour la lumière, plus le faisceau lumineux est grand, plus on l’apercevra de loin, mais la lumière continuera sa course dans l’espace. Elle durera pour un observateur lointain ce qu’aura duré le phénomène qui l’a engendré. On peut comparer le phénomène à une flèche lumineuse qui se déplace dans l’espace, la pointe sera le début du phénomène et la queue la fin. La lumière est aussi un peu plus « magique », par une nuit noire vous pourrez voir la lumière d’une lampe de poche à des kilomètres, le bout rougeoyant de votre cigarette est perceptible à des centaines de mètres et pourtant ce n’est pas grand. A supposer que votre voisin a une bagnole qui enclenche simultanément le moteur et les phares quand il tourne la clef de contact et que ce garage se trouve à 337 mètres de votre point de vision, il va se passer ceci: vous verrez les phares s’allumer presque instantanément et le bruit du moteur vous parviendra au bout d’une seconde, 337 mètres étant la distance que parcourt le son en une seconde par temps calme.

Je reprends une photo que j’avais déjà publiée pour monter l’efficacité d’un zoom photographie. Cette maison se trouve à vol d’oiseau à 7 km de l’endroit où je prenais la photographie. Supposons que j’ai braqué le zoom en pleine nuit et qu’une personne fume devant la maison toutes lumières éteintes à l’intérieur. Il est fort possible que j’aperçoive la lumière de sa cigarette, surtout s’il tire dessus. Ce petit pont lumineux aura voyagé jusqu’à moi pour que mon objectif puisse déceler sa présence. 


Maintenant regardons un des aspects du voyage dans le temps. Cela n’a rien à voir avec les théories d’Einstein, Rosen, ou Hawking. Eux par le calcul étudient le voyage dans le temps avec la relativité, tout se passe un peu dans l’espace. Ils affirment que ce voyage est possible, autant dans le passé que vers le futur, mais il nécessite des moyens que nous n’avons pas ou pas encore, et même s’ils seront possibles un jour avec les avancées de la science. Alors au lieu de regarder en l’air, regardons parterre et essayons de transposer ces phénomènes sur terre. Laissons de côté le son pour l’instant. Pouvons-nous apercevoir au présent un événement terrestre qui s’est produit il y a plus de 100 ans? Difficile d’apporter un certitude, alors quand on n’en a pas, on peut faire des théories, comme Einstein. Abandonnons le sens qui s’appelle vision et parlons de celui de l’odorat. Le nôtre n’est pas très développé, mais il nous permet d’identifier quelques centaines ou milliers d’odeurs, selon qu’il est plus ou moins développé chez les personnes. Par exemple, les chiens font beaucoup mieux, ils sont capables de suivre les traces d’une personne plusieurs heures après, donc une personne laisse des traces olfactives quand elle passe à un endroit. Et si nous laissions aussi des traces lumineuses en plus? Ou encore que nous perturbions l’espace en nous déplaçant, un peu comme on le fait quand on nage, après un temps l’eau redevient calme. Je sais, c’est farfelu au niveau des connaissances actuelles, mais si on avait dit à Charlemagne que la Terre n’était pas le centre de l’univers, il en aurait été fort surpris. Et si on avait dit à Louis XIV qu’un jour l’on présenterait dans une langue étrangère et en détail, la chambre où il faisait ses galipettes à travers un téléphone?

La distinction entre le passé, le présent et le futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle –  Albert Einstein

Dans l’état actuel de la connaissance scientifique, on a assez bien posé la base de la connaissance de notion de temps, mais peut-être en est on encore à l’âge de la pierre? La notion de ce que nous voyons au présent est transmise à notre cerveau qui l’interprète, mais ce cerveau ne pourrait-il pas capter des images qui ne répondent pas exactement à ce moment présent? Existe-t-il un phénomène inconnu qui, un peu comme un film que l’on regarde à l’envers, ferait défiler une projection de scènes passées dans l’endroit où nous trouvons? Notre cerveau peut-il dans des circonstances particulières qui nous échappent, capter et rembobiner le film, et pourquoi pas passer vers une scène future?
C’est beaucoup de questions pour l’instant sans réponses. Il y en a au moins un fait dont on peut envisager une possibilité assez simple. Nos cerveaux n’échangeraient-ils pas des données et que des scènes vécues par d’autres, ou pourquoi pas dans une vie antérieure personnelle, surgissent dans notre cerveau au moment présent pour une raison ou une autre? Peut-être avez-vous déjà vécu cela sans vous en rendre compte. Prenons des exemples. Vous êtes dans une rue de Paris peu fréquentée, et soudain vous voyez passer une vieille bagnole modèle 1910. Vous allez penser que c’est un amateur de vieilleries qui se promène. où que l’on est en train de tourner un nouvel épisode des Brigades du Tigre, Si c’est la cas rien de plus normal, mais si par hasard cette scène était justement une de ces images surgie du passé, vous ne vous douterez pas qu’elle est irréelle, car elle peut vous sembler plausible. Si vous vous promenez dans la campagne et que soudain vous voyez passer 30 cavaliers avec des lances et des armures, vous risquerez de vous poser quelques questions, dont la première sera sans doute la fait que l’on tourne un film. Le premier cas peut passer comme une lettre à la poste, mais le second posera beaucoup plus de questions, vous allez avoir un doute. Sommes-nous toujours certains que ce que nous voyons est bien réel?
Pour certains d’entre vous, je suis à peu près sûr que dans vos souvenirs vous avez quelques images ou souvenirs dont vous ne pouvez pas préciser à quel moment vous les avez vécus, une histoire dont vous pensez avoir été protagoniste, mais dont vous n’arrivez pas à situer le moment précis et l’endroit où cela s’est passé. Si c’est le cas, il s’agit éventuellement d’une série d’images qui ne vous appartiennent pas. Personnellement j’ai un cas que je n’ai jamais résolu, et avec une certaine assurance, je peux affirmer que le mystère reste entier, malgré des recherches faites sur l’endroit très caractéristique où cela aurait pu se produire. Je n’ai jamais retrouvé quelque chose qui ressemble aux images et paysages que j’ai dans la tête. Dans ces souvenirs, j’ai la certitude d’être un enfant et si c’est moi, les lieux, je le répète très caractéristiques devraient pouvoir être localisés assez facilement, d’autant plus que jusqu’à l’âge de 7 ou 8 ans, je ne suis jamais parti bien loin de chez moi. Je n’ai rien trouvé. J’ai aussi dans mes expériences une vision futuriste, et si je peux avoir un doute sur la réalité de la première, j’ai une certitude pour la seconde. Une nuit j’ai fait un rêve, dans ce rêve il y avait un événement très particulier qui survenait, et ce n’était pas un chat qui se faisait écraser par une voiture, non, quelque chose de beaucoup plus improbable, le truc qui a une chance sur un million de se produire. Une image très précise m’est apparue dans ce rêve.. Eh bien, cette image je l’ai revue 25 ans plus tard, à l’endroit où les faits se sont déroulés, en réel et pas dans un rêve au fond de mon lit. Un rêve prémonitoire en quelque sorte.  Etonnant non? Et pourtant je vous jure que c’est vrai !
Si j’ai pris la peine de faire cette introduction, ce n’est pas sans raison, car les faits que vous allez découvrir dans la suite relève justement d’une de ces expériences avec un voyage dans le temps. Vous serez un peu plus critique pour la lire. L’histoire est assez célèbre et se passe à Versailles en 1901, vers le Petit Trianon. Deux Anglaises visitent les lieux et se perdent un peu. Il leur arrive une aventure singulière. Cette aventure, je vous la raconte par un choix d’articles tels que la presse en parla. L’histoire est à peu près la même avec quelques différences dans les détails. Je vous retrouve après pour en parler.

Le Petit Trianon, début 20ème siècle. Les deux protagonistes de l’aventure, Annie Moberly et Eleanor France Jourdian aka Elisabeth Morrison et Frances Lamont, nom de plume.

Journal des débats. 23 avril 1911.

Le Temple de l’Amour vers 1900

Trente ans plus tard dans Gringoire, on mentionne cette histoire,

 

D’après un carte avant 1900, les lieux où se déroule l’histoire. 1) Temple de l’Amour. 2) Petit Trianon. 3) Grand Trianon.

Une revue qui parle de fantômes mentionne aussi l’histoire.

Les deux Anglaises attendirent une bonne dizaine d’années avant de publier leur histoire, et ce fut sous le nom de plume de Elisabeth Morrison et Frances Lamont. Leur véritable identité ne fut révélée qu’après leur décès. Leur récit reprend les classiques de ceux qui prétendent avoir vécu ce genre d’aventures, sensations étranges, parfois de froid, malaises. Il est aussi mis en lumière que sur le moment elles n’eurent pas vraiment la certitude d’avoir aperçu quelque chose de surnaturel. Chacune ressentit les faits à sa manière, il apparut par la suite qu’elles ne virent pas dans certains cas exactement la même chose. Ce n’est que plus tard  en se concertant que l’expérience paranormale fut envisagée. Elles firent des recherches pour comparer entre ce qui était réel et ce qui pouvait relever d’une vision de faits et d’objets surgis du passé. Elles échangèrent une nombreuse correspondance avec une société anglaise Society for Psychical Research, on peut leur laisser le doute, elles firent le nécessaire pour essayer d’y comprendre quelque chose, et revinrent même à Versailles. Quand ce genre d’histoires est publié, il y a bien entendu toujours deux camps, les pour et les contre, croire ou ne pas croire, telle est la question, et en plus cela va bien avec Shakespeare. Une version française post-mortem du livre fut publiée en 1959, avec une préface de Jean Cocteau, et c’est aussi dans ces années-là que l’on fit une découverte qui pourrait accréditer l’histoire, du moins en partie. Quand elles déambulèrent dans le parc, elles virent une bâtisse qu’elles prient pour Le Temple de l’Amour dont elle firent la description. Mais cette description ne correspondait à quelque chose qui était présent en 1901. On découvrit dans les années 1950, dans le fatras des archives de Versailles, les plans d’un kiosque dit chinois, qui lui correspondait parfaitement à la description des visiteuses. Toute la question tourne autour du fait qu’elles ont décrit exactement une bâtisse dont les plans existaient, mais qui n’était pas visible en 1901. Comment pouvaient-elles l’avoir vu? La seule possibilité, qui peut néanmoins exister, c’est que ce fameux plan est tombé entre leurs mains avant la publication de leur récit. Mais j’imagine assez mal qu’on laisse ces deux respectables Anglaises fouiller dans tout Versailles sous prétexte qu’elles ont vu des fantômes.


Je pense qu’une partie de leur récit est vrai, mais l’autre partie me semble un peu brodée. Reprenons ce que j’ai dit dans l’introduction et comparons avec les points qui me gênent.
– En admettant qu’il puisse y avoir une fracture dans l’espace temps et qu’il est possible d’apercevoir une scène passée, je pense qu’il nous sera donné de contempler une scène muette, c’est à dire sans ambiance sonore. Comme nous l’avons vu, la lumière ne meurt pas et traverse les ans ou les siècles, comme le cas de l’explosion de l’étoile en exemple, mais le son meurt, sauf si on l’enregistre. Je ne crois pas que l’espace temps soit muni d’un magnétophone.
– Elles affirment avoir aperçu une homme avec une sale gueule et un autre qui courut vers elles en disant: « Il faut chercher la maison et prendre à droite ! », la citation varie un peu selon les journaux. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un homme surgi du passé. Il est fait mention que les Anglaises virent une noce un peu loin, l’homme aurait simplement cru qu’elles venaient pour elle et leur indiqua le chemin à prendre. Je suis très sceptique qu’il puisse y avoir une interaction entre les gens du passé et ceux du présent, cela voudrait dire que l’on peut influencer le cours de l’histoire. Par hasard, dans les dédales du temps, je rencontre Henri IV et je lui dis qu’il va se faire buter et qu’il ne doit pas passer par la rue de la Ferronnerie le 14 mai 1610, ben oui s’il m’écoute, il faudra changer tous les livres d’histoire. On peut aussi douter que les personnages d’une scène passée puissent nous voir, imaginez la tête de la marquise de Pompadour voyant un punk avec des cheveux verts et une épingle du sureté dans le nez. Une possibilité toutefois, que notre cerveau avec tous ses accessoires, soit pour un moment l’hôte d’un personnage historique présent au moment de la vision, il passera inaperçu pour ceux « du passé ». Cela pourrait expliquer que certaines personnes aient un dédoublement de personnalité à un moment donné. Il y a des cas où entre un moment X et Y, des gens ne se souviennent plus de ce qu’elles ont fait. C’est une pure théorie mais qui sait? On peut aussi prendre en compte, le cas du traditionnel fantôme qui erre sous forme d’esprit et qui à un moment se glisse en vous et en quelque sorte vous « vivez » ses souvenirs, d’autant plus qu’il semblent toujours hanter les lieux où ils ont vécus. On possède quelques témoignages de gens qui se mettent à parler une langue qu’elle n’ont jamais apprise, un reste d’une interaction entre deux cerveaux? Je sais, c’est encore une théorie fantaisiste, mais ce n’est qu’une théorie parmi d’autres, mais qui n’a pas les siennes.


En résumé, cette histoire est à prendre avec des pincettes, bien qu’un partie du récit soit plausible. Il est beaucoup question de Marie-Antoinette, mais nombre de visiteurs disent que son fantôme a été aperçu du côté du Trianon. Il semblerait que cela se produirait plutôt quand le temps est à l’orage. C’était le cas le fameux jour où la veille la température dépassait les 31 degrés et que la météo prédisait une température élevée pour le 10.

Le projecteur intemporel aurait-t-il besoin d’électricité pour se mettre en route? Encore un mystère!

Notes : le site officiel de Versailles fait mention de cette histoire. L’écrivain Georges Chaulet qui a créé la fameuse Fantômette devait connaître cette histoire et s’en être inspiré pour « Fantômette chez le roi ». En effet, il est question d’une aventure qui se déroule à Versailles avec justement une histoire de voyage dans le temps et une rencontre avec Louis XIV.

Source Gallica, BNF, DP