Bas nylons et mauvaises rencontres (1)

 

Histoires de mauvaises rencontres
Chapitre 1

Vidéo en grand format

En complément à la vidéo, j’ai retrouvé dans un vieux livre traitant d’affaires criminelles un récit qui peut apporter un certain éclairage sur le futur de Dumollard fils. La scène se passe à Padoue et traite de l’exécution de son père. Il donne une première précision, le père a été fusillé et non écartelé comme mentionné dans certaines sources. Ce récit est probablement construit d’après le récit qu’en fit Dumollard fils lors de son procès. Imaginons ce qu’un enfant de 4 ans pensera de la société quand il sera grand après avoir vécu cela.

Un jour, Martin Dumollard suivit des soldats qui passaient. Depuis quelques jours sa mère pleurait et se désolait, l’enfant s’ennuyait. Ces larmes continuelles le crispaient. il marcha derrière le peloton, et arriva hors de la ville, sur le glacis.
La porte d’une forteresse s’ouvrit; un homme en chemise, les bras liés derrière le dos, accompagné d’un prêtre, en sortit.
L’enfant reconnut son père et voulut se précipiter vers lui.
Les soldats le repoussèrent brutalement. L’homme s’agenouilla. On lui banda les yeux: puis une détonation retentit, un cri d’agonie traversa les airs. Un caporal s’approcha du criminel étendu à terre, râlant; et lui déchargea son pistolet dans l’oreille. Ce fut tout.
Le petit Martin avait assisté à pette scène avec une stupeur muette.
Lorsque tout eut disparu, soldats et cadavre, il reprit le chemin de la ville, l’œil fiévreux, hébété, stupide.

La liste des 12 victimes recensées avec la date des faits

  1. Marie Baday (assassinat), fin février 1855 ;
  2. Olympe Alubert, 4 mars 1855 ;
  3. Josephte Charletty, 22 septembre 1855 ;
  4. Jeanne-Marie Bourgeois, 31 octobre 1855 ;
  5. Victorine Perrin, novembre 1855 ;
  6. l’inconnue du bois de Montmain (assassinat), novembre ou décembre 1855 ;
  7. Julie Fargeat, 18 janvier 1859 ;
  8. l’inconnue du moulin de Sainte-Croix, 11 décembre 1859 ;
  9. la fille de l’auberge Laborde, février 1860 ;
  10. Louise Michel, 30 avril 1860 ;
  11. Marie-Eulalie Bussod (assassinat), 25 ou 26 février 1861 ;
  12. Marie Pichon (tentative d’assassinat), 26 mai 1861.

Lieux des agressions

Le portrait le plus connu de Dumollard

Sa femme

La maison où ils habitaient à Dagneux devenue carte postale

Dessin de Dumollard pendant le procès

Dessin imaginaire de la dernière agression de Dumollard qui conduit à son arrestation

A Montluel la place où fut exécuté Mollard

Source Gallica, BNF, Wiki Commons, Wikipédia, DP

Bas nylons et vilaines histoires de l’histoire (1)

 

 

 

 

Les vilaines histoires de l’histoire
Chapitre 1

Vidéo en grand format

 

Le rares articles faisant référence à l’accident en 1917

Le tunnel du Mont Cenis côté Modane lors de son cinquantenaire

La vallée de la Maurienne avec Saint-Michel au fond

Guérite de serre-freins, sur les vieilles voitures elles existaient autant pour les wagons de marchandises que pour ceux des voyageurs

On voit sur cette image l’endroit de l’accident marqué par des croix. L’usine en bas est une fabrique de pâtes alimentaires qui servit d’infirmerie

Vue depuis l’autre côté. C’est dans la gorge au premier plan après le pont pédestre que les wagons s’encastrèrent les uns dans les autres

Les photos qui existent encore sont rares et assez répétitives, mais elle montrent mieux que les mots la violence du choc

Monument élevé en mémoire de la catastrophe

Les lieux de l’accident tels qu’ils paraissent aujourd’hui

Source Gallica, BNF, Wiki Commons, DP

En passant

Bas nylons et Los Angeles Noir

Los Angeles Crime Story (1)

Vidéo de présentation en grand format

En écartant le meurtre du Dahlia noir et sa mythologie, force est de constater que Los Angeles était un peu en sommeil dans sa perception de la criminalité. Cela ne s’explique pas vraiment, mais un cas destiné à faire la une des journaux peut presque passer inaperçu, tandis qu’un autre défraiera la chronique, même s’il n’avait pas matière à le faire. C’est un peu comme quand un livre devient un succès de librairie, on a souvent envie de regarder si l’auteur n’en a pas écrit d’autres avant.
Le cas du Dahlia noir devint le plus célèbre et agira comme un détonateur, soudain on s’aperçut que ce n’était sans doute pas le premier et surtout on fit des amalgames avec ceux qui se déroulèrent après. D’une certaine manière, il y a un avant et un après Dahlia noir, dans le sens que l’on chercha les meurtres qui pouvaient avoir de liens entre eux. La manière de procéder, le choix des victimes, les lieux où il se produisirent, l’étude de la psychologie des criminels recherchés. Et ma foi, on ne peut entièrement repousser l’idée que quelques uns d’entre eux peuvent être le fait des mêmes personnes. Je vous présente ici le premier cas d’une série de meurtres qui ont peut-être un lien avec celui du Dahlia noir. Les autres seront développés dans de futurs articles.


Ora Elizabeth Murray, 27 juillet 1943. C’est peut-être celui qui inaugure la série. Ora n’appartient pas à la bonne société de Los Angeles. C’est une paisible dame d’une quarantaine d’années, mariée, dont le seul crime est d’être en visite chez sa soeur Latona ce jour-là. Pour se distraire un peu, elles décident d’aller danser au Zenda dans la soirée, un lieu populaire à Los Angeles sans être tout à fait select. Elles rencontrent deux hommes et dansent avec. L’un d’eux, un certain Paul, propose aux dames d’aller danser dans un lieu plus huppé. Son copain part et le laisse seul avec les deux femmes. La soeur de Oda n’est trop partante pour l’accompagner. Elle accepte mais à condition que l’on aille chercher son mari. Paul n’y voit pas d’objection et les amène sur place. Le mari de Latona est déjà à moitié endormi et ne veut pas sortir. Oda part donc seule avec Paul. Sa soeur ne la reverra plus vivante.
On retrouve son cadavre le matin suivant près d’un golf à Fox Hills. Ce meurtre est le premier de ceux qui peuvent faire penser à une mise en scène macabre. Outre le fait que la victime a été méchamment battue et étranglée, sa robe a été enroulée autour de son corps à la manière d’un sarong. Un gardénia blanc a été déposé sur son épaule gauche. Il deviendra ainsi le meurtre au gardénia blanc. On sait l’heure approximative du crime, 1 heure 50, heure indiquée sur le cadran de sa montre brisée, probablement en voulant se protéger des coups. On retrouva une carte bancaire qui semble ne pas lui appartenir.
La police enquête mais ne trouve rien de significatif dans un premier temps. Un témoin se fait connaître une semaine plus tard et lui offre une piste intéressante. Le témoin se nomme Jeannette Walser. C’est une secrétaire qui a un poste qui lui permet de vivre d’une manière relativement aisée. C’est justement le signalement de cette voiture diffusé par la police, identique à la sienne, qui l’amène à témoigner. Elle affirme avoir rencontré un homme se faisant appeler Grant Terry, qui prétendait être un avocat sur la côté Est. Il lui fait une cour effrénée, ils se fiancent, et il lui promet le mariage prochainement. Depuis il a disparu sans laisser d’adresse, et en plus il est parti avec 700 dollars lui appartenant. Elle fournit deux détails importants. Le premier est que le soir du meurtre, Terry prétextant devoir se rendre à San Diego, lui avait emprunté sa voiture, voiture qu’il ramènera le lendemain. Pour la police, cette voiture est la même que celle qui emmena Ora et sa soeur chez elle et qui repartit avec Ora pour le dancing. Le second est une photo qu’elle possède de Grant Terry. Sans être tout à fait affirmatifs, la soeur d’Ora et les témoins qui ont vu Terry s’accordent pour dire qu’il ressemble au Paul rencontré au dancing. Le détail qui les fait douter, c’est que sur la photo Terry porte des lunettes, alors que le fameux soir, il n’en portait pas. Cependant, la police croit détenir une piste sérieuse, mais elle il peut aussi s’agir d’une de ces fameuses coïncidences qui peuvent envoyer la police sur une fausse piste, et même faire condamner des innocents.

Roger Lewis Gardner alias Grant Terry

Le « fameux » Grant Terry est arrête en mars 1944 à New York, en réalité il s’appelle Roger Lewis Gardner, il est extradé en Californie. La soeur d’Oda reconnaît formellement le Paul du dancing. Un procès pour meurtre s’ouvre au mois d’octobre. Gardner admet l’escroquerie et la fausse promesse de mariage, mais il nie farouchement le meurtre d’Ora Murray, et affirme même ne l’avoir jamais rencontrée. Heureusement il est à même de fournir une emploi du temps de sa soirée, confirmé pour une partie par sa fiancée, le reste par d’autres témoins. A l’heure où les dames étaient au dancing et avaient rencontré Paul, il était encore avec Jeannette Walser et ne pouvait se trouver au dancing, par ailleurs assez lointain du point de vue distance. Des témoins ont vu Gardner à une trentaine de kilomètres du dancing habillé en tenue de sport, alors que Paul était très élégamment habillé, en plus il ne portait pas de lunettes. On peut quand même noter une coïncidence troublante, deux personnes avec une grande ressemblance se trouvent dans deux endroits différents avec la même voiture, un coupé des marque et de couleur identique. Le procès tourne court au niveau de l’assassinat, les témoins de la défense contredisent l’accusation et font planer un doute. Gardner est quand même condamné pour escroquerie et usurpation de titre, il n’est pas l’avocat qu’il prétendait être.

La famille Murry, sa soeur, sa fille, son mari


Il faut nous reporter au livre de Steve Hodel « L’Affaire du Dahlia noir » pour avoir quelques suppositions qui peuvent donner un autre éclairage. Nous savons que dans ce livre l’auteur désigne son père comme un possible tueur en série. Il voit assez bien son père comme étant le meurtrier d’Ora Murray en se basant sur la ressemblance avec la photo de Gardner et celles de son père. Il est vrai que les deux hommes se ressemblent. D’après lui, Gardner et son père se connaissaient. Il en veut pour preuve deux bracelets ayant appartenus à sa femme (la mère de Steve Hodel), dont on retrouvera l’un sur le cadavre d’Ora Murray et l’autre visible sur une photo de Jeannette Walser. Selon le témoignage de Jeannette Walser, quand il lui emprunta sa voiture, il devait rencontrer un certain George, ce prénom étant celui de son père, se sont-ils rencontrés le fameux soir? L’heure à laquelle il était sensé être encore avec sa fiancée est-elle fausse ? Dans ce cas George Hodel et Gardner ou un autre homme pouvait très bien avoir disposé de la voiture plus tôt et arriver avant au dancing, puisque selon le témoignage de la soeur d’Ida, ils étaient deux au début de la rencontre. Selon iles témoignages du procès, Gardner a été aperçu ailleurs dans la soirée, parti seul par ses propres moyens après la rencontre au dancing ou sans y mettre les pieds ? Mystère.

En haut . la photo à gauche est celle de Roger Lewis Gardner qui était en possession de Jeannette Walser; à droite celles de George Hodel, photos prises lors de son inculpation pour inceste avec sa fille. On peut trouver une ressemblance, mais le nez est différent et l’oreille droite de Hodel est un peu décollée, ce qui n’a pas l’air d’être le cas sur la photo de Gardner. En bas, les deux photos de Gardner qui figurent sur l’avis de recherche du FBI et qui datent de 1939. On voit clairement que ce n’est pas George Hodel, le bas du menton est complètement différent, il n’y a pas de ressemblance. On peut même se demander s’il s’agit bien de Gardner.

Quoiqu’il en soit, l’enquête de la police semble avoir quelques faiblesses. On peut imaginer que la fameuse voiture devait encore avoir des empreintes du conducteur, de même qu’il devait être relativement facile d’en trouver sur les lieux du meurtre, pour l’honneur de la police on peut supposer qu’il y a eu des relevés. Il devenait alors assez probable de confondre ou pas Gardner. Et puis la fameuse carte de crédit retrouvée sur les lieux devait pouvoir elle aussi parler. Il semblerait que durant le procès il n’en est fait aucune mention, elle semble s’être évaporée.
Bien entendu, Steve Hodel y va de ses suppositions, il peut s’être trompé pour faire ses affirmations. Pour moi, la photo de Gardner transmise par sa fiancée peut effectivement ressembler à Hodel, celle-là mais c’est beaucoup plus incertain pour les autres. L’affirmation des bracelets est aussi é mettre sur la touche. Il y a certes les deux bracelets, du genre dont son père était collectionneur, mais est-ce bien ceux-là. On ne sait franchement rien de leur provenance. J’imagine assez mal mal le Paul du dancing remettre un bracelet à chacune des soeurs, soeurs qu’il connaît à peine, lors d’une première rencontre. Mais il existe encore des possibilités. La première c’est que Gardner soit réellement l’assassin. Après tout, la soeur d’Ora est sans doute la seule personne qui a vu la fameux Paul assez longtemps pour le reconnaître formellement plus tard. Les témoignages au procès seraient des gens qui n’ont pas très bonne vue ou alors des parjures, Jeannette Walser également, mais elle aurait pu en toute bonne foi se tromper sur l’heure où il est parti avec sa voiture, 20 ou 25 minutes peuvent changer complètement la donne. On imagine pas trop qu’elle ait couvert Gardner, car c’est quand même elle qui a déclenché toute l’affaire en allant trouver la police. Et puis la justice américaine est une justice à grand spectacle, pas forcément toujours impartiale, on peut se rappeler de l’affaire Sacco & Vanzetti. Et alors si le meurtrier était un troisième larron ? Ce qui est certain c’est que le cas n’est toujours pas élucidé de manière catégorique.