En passant

Bas nylons et un voyage avec des fantômes.

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Allons nous promener du côte de Versailles, pas tellement pour y parler de rois et de reines, mais pour ouvrir une porte sur l’étrange. Voilà plus de cent ans, l’innocente promenade de deux Anglaises souleva un intérêt passionné de la part de tous les amateurs de paranormal. L’histoire parut dans les journaux, un livre fut publié en Angleterre et il connut un beau succès. Bien des années plus tard, il fut traduit en français et même Jean Cocteau y fut mêlé.


C’est une histoire de voyage dans le temps, sujet cher aux amateurs de science fiction. C’est pourtant une réalité dont vous pouvez constater le résultat en regardant dans le ciel quand il est visible. Vous voyez des milliers d’étoiles dont la lumière a mis un certain nombre d’années pour parvenir à vos yeux. De quelques minutes pour la lumière du Soleil, à des milliards d’années pour les plus lointaines. Prenons une étoile que l’on peut considérer comme voisine, puisqu’elle n’est qu’à environ quatre années lumière de nous, Proxima Centaure. Si vous la regardez et que soudain vous la voyez exploser à ce moment précis, cette explosion a eu lieu il y a environ quatre ans. Donc, vous voyez maintenant quelque chose qui s’est produit dans le passé. Tout en étant dans le présent, vous avez voyagé dans le passé. C’est déjà une vieille théorie et une certitude, le passé arrive jusqu’à nous via la vitesse de la lumière. Pour rappel, ce que l’on nomme années lumières, est basé sur la distance qu’elle parcourt en une année, car elle se déplace, mais à une vitesse fantastique. Nos yeux perçoivent la lumière, mais ne se rendent pas compte quelle n’est pas immobile dans l’espace. Le son le fait aussi et c’est plus perceptible pour nous, car le son voyage très lentement par rapport à la lumière et aussi la distance qu’il parcourt est proportionnelle à son amplitude. Peu de chance d’entendre un âne braire à 2 km, par contre un gros avion qui est à 8000 mètres d’altitude au dessus de vous, vous risquez de percevoir son ronronnement quand il y a du silence autour de vous. C’est en partie aussi vrai pour la lumière, plus le faisceau lumineux est grand, plus on l’apercevra de loin, mais la lumière continuera sa course dans l’espace. Elle durera pour un observateur lointain ce qu’aura duré le phénomène qui l’a engendré. On peut comparer le phénomène à une flèche lumineuse qui se déplace dans l’espace, la pointe sera le début du phénomène et la queue la fin. La lumière est aussi un peu plus « magique », par une nuit noire vous pourrez voir la lumière d’une lampe de poche à des kilomètres, le bout rougeoyant de votre cigarette est perceptible à des centaines de mètres et pourtant ce n’est pas grand. A supposer que votre voisin a une bagnole qui enclenche simultanément le moteur et les phares quand il tourne la clef de contact et que ce garage se trouve à 337 mètres de votre point de vision, il va se passer ceci: vous verrez les phares s’allumer presque instantanément et le bruit du moteur vous parviendra au bout d’une seconde, 337 mètres étant la distance que parcourt le son en une seconde par temps calme.

Je reprends une photo que j’avais déjà publiée pour monter l’efficacité d’un zoom photographie. Cette maison se trouve à vol d’oiseau à 7 km de l’endroit où je prenais la photographie. Supposons que j’ai braqué le zoom en pleine nuit et qu’une personne fume devant la maison toutes lumières éteintes à l’intérieur. Il est fort possible que j’aperçoive la lumière de sa cigarette, surtout s’il tire dessus. Ce petit pont lumineux aura voyagé jusqu’à moi pour que mon objectif puisse déceler sa présence. 


Maintenant regardons un des aspects du voyage dans le temps. Cela n’a rien à voir avec les théories d’Einstein, Rosen, ou Hawking. Eux par le calcul étudient le voyage dans le temps avec la relativité, tout se passe un peu dans l’espace. Ils affirment que ce voyage est possible, autant dans le passé que vers le futur, mais il nécessite des moyens que nous n’avons pas ou pas encore, et même s’ils seront possibles un jour avec les avancées de la science. Alors au lieu de regarder en l’air, regardons parterre et essayons de transposer ces phénomènes sur terre. Laissons de côté le son pour l’instant. Pouvons-nous apercevoir au présent un événement terrestre qui s’est produit il y a plus de 100 ans? Difficile d’apporter un certitude, alors quand on n’en a pas, on peut faire des théories, comme Einstein. Abandonnons le sens qui s’appelle vision et parlons de celui de l’odorat. Le nôtre n’est pas très développé, mais il nous permet d’identifier quelques centaines ou milliers d’odeurs, selon qu’il est plus ou moins développé chez les personnes. Par exemple, les chiens font beaucoup mieux, ils sont capables de suivre les traces d’une personne plusieurs heures après, donc une personne laisse des traces olfactives quand elle passe à un endroit. Et si nous laissions aussi des traces lumineuses en plus? Ou encore que nous perturbions l’espace en nous déplaçant, un peu comme on le fait quand on nage, après un temps l’eau redevient calme. Je sais, c’est farfelu au niveau des connaissances actuelles, mais si on avait dit à Charlemagne que la Terre n’était pas le centre de l’univers, il en aurait été fort surpris. Et si on avait dit à Louis XIV qu’un jour l’on présenterait dans une langue étrangère et en détail, la chambre où il faisait ses galipettes à travers un téléphone?

La distinction entre le passé, le présent et le futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle –  Albert Einstein

Dans l’état actuel de la connaissance scientifique, on a assez bien posé la base de la connaissance de notion de temps, mais peut-être en est on encore à l’âge de la pierre? La notion de ce que nous voyons au présent est transmise à notre cerveau qui l’interprète, mais ce cerveau ne pourrait-il pas capter des images qui ne répondent pas exactement à ce moment présent? Existe-t-il un phénomène inconnu qui, un peu comme un film que l’on regarde à l’envers, ferait défiler une projection de scènes passées dans l’endroit où nous trouvons? Notre cerveau peut-il dans des circonstances particulières qui nous échappent, capter et rembobiner le film, et pourquoi pas passer vers une scène future?
C’est beaucoup de questions pour l’instant sans réponses. Il y en a au moins un fait dont on peut envisager une possibilité assez simple. Nos cerveaux n’échangeraient-ils pas des données et que des scènes vécues par d’autres, ou pourquoi pas dans une vie antérieure personnelle, surgissent dans notre cerveau au moment présent pour une raison ou une autre? Peut-être avez-vous déjà vécu cela sans vous en rendre compte. Prenons des exemples. Vous êtes dans une rue de Paris peu fréquentée, et soudain vous voyez passer une vieille bagnole modèle 1910. Vous allez penser que c’est un amateur de vieilleries qui se promène. où que l’on est en train de tourner un nouvel épisode des Brigades du Tigre, Si c’est la cas rien de plus normal, mais si par hasard cette scène était justement une de ces images surgie du passé, vous ne vous douterez pas qu’elle est irréelle, car elle peut vous sembler plausible. Si vous vous promenez dans la campagne et que soudain vous voyez passer 30 cavaliers avec des lances et des armures, vous risquerez de vous poser quelques questions, dont la première sera sans doute la fait que l’on tourne un film. Le premier cas peut passer comme une lettre à la poste, mais le second posera beaucoup plus de questions, vous allez avoir un doute. Sommes-nous toujours certains que ce que nous voyons est bien réel?
Pour certains d’entre vous, je suis à peu près sûr que dans vos souvenirs vous avez quelques images ou souvenirs dont vous ne pouvez pas préciser à quel moment vous les avez vécus, une histoire dont vous pensez avoir été protagoniste, mais dont vous n’arrivez pas à situer le moment précis et l’endroit où cela s’est passé. Si c’est le cas, il s’agit éventuellement d’une série d’images qui ne vous appartiennent pas. Personnellement j’ai un cas que je n’ai jamais résolu, et avec une certaine assurance, je peux affirmer que le mystère reste entier, malgré des recherches faites sur l’endroit très caractéristique où cela aurait pu se produire. Je n’ai jamais retrouvé quelque chose qui ressemble aux images et paysages que j’ai dans la tête. Dans ces souvenirs, j’ai la certitude d’être un enfant et si c’est moi, les lieux, je le répète très caractéristiques devraient pouvoir être localisés assez facilement, d’autant plus que jusqu’à l’âge de 7 ou 8 ans, je ne suis jamais parti bien loin de chez moi. Je n’ai rien trouvé. J’ai aussi dans mes expériences une vision futuriste, et si je peux avoir un doute sur la réalité de la première, j’ai une certitude pour la seconde. Une nuit j’ai fait un rêve, dans ce rêve il y avait un événement très particulier qui survenait, et ce n’était pas un chat qui se faisait écraser par une voiture, non, quelque chose de beaucoup plus improbable, le truc qui a une chance sur un million de se produire. Une image très précise m’est apparue dans ce rêve.. Eh bien, cette image je l’ai revue 25 ans plus tard, à l’endroit où les faits se sont déroulés, en réel et pas dans un rêve au fond de mon lit. Un rêve prémonitoire en quelque sorte.  Etonnant non? Et pourtant je vous jure que c’est vrai !
Si j’ai pris la peine de faire cette introduction, ce n’est pas sans raison, car les faits que vous allez découvrir dans la suite relève justement d’une de ces expériences avec un voyage dans le temps. Vous serez un peu plus critique pour la lire. L’histoire est assez célèbre et se passe à Versailles en 1901, vers le Petit Trianon. Deux Anglaises visitent les lieux et se perdent un peu. Il leur arrive une aventure singulière. Cette aventure, je vous la raconte par un choix d’articles tels que la presse en parla. L’histoire est à peu près la même avec quelques différences dans les détails. Je vous retrouve après pour en parler.

Le Petit Trianon, début 20ème siècle. Les deux protagonistes de l’aventure, Annie Moberly et Eleanor France Jourdian aka Elisabeth Morrison et Frances Lamont, nom de plume.

Journal des débats. 23 avril 1911.

Le Temple de l’Amour vers 1900

Trente ans plus tard dans Gringoire, on mentionne cette histoire,

 

D’après un carte avant 1900, les lieux où se déroule l’histoire. 1) Temple de l’Amour. 2) Petit Trianon. 3) Grand Trianon.

Une revue qui parle de fantômes mentionne aussi l’histoire.

Les deux Anglaises attendirent une bonne dizaine d’années avant de publier leur histoire, et ce fut sous le nom de plume de Elisabeth Morrison et Frances Lamont. Leur véritable identité ne fut révélée qu’après leur décès. Leur récit reprend les classiques de ceux qui prétendent avoir vécu ce genre d’aventures, sensations étranges, parfois de froid, malaises. Il est aussi mis en lumière que sur le moment elles n’eurent pas vraiment la certitude d’avoir aperçu quelque chose de surnaturel. Chacune ressentit les faits à sa manière, il apparut par la suite qu’elles ne virent pas dans certains cas exactement la même chose. Ce n’est que plus tard  en se concertant que l’expérience paranormale fut envisagée. Elles firent des recherches pour comparer entre ce qui était réel et ce qui pouvait relever d’une vision de faits et d’objets surgis du passé. Elles échangèrent une nombreuse correspondance avec une société anglaise Society for Psychical Research, on peut leur laisser le doute, elles firent le nécessaire pour essayer d’y comprendre quelque chose, et revinrent même à Versailles. Quand ce genre d’histoires est publié, il y a bien entendu toujours deux camps, les pour et les contre, croire ou ne pas croire, telle est la question, et en plus cela va bien avec Shakespeare. Une version française post-mortem du livre fut publiée en 1959, avec une préface de Jean Cocteau, et c’est aussi dans ces années-là que l’on fit une découverte qui pourrait accréditer l’histoire, du moins en partie. Quand elles déambulèrent dans le parc, elles virent une bâtisse qu’elles prient pour Le Temple de l’Amour dont elle firent la description. Mais cette description ne correspondait à quelque chose qui était présent en 1901. On découvrit dans les années 1950, dans le fatras des archives de Versailles, les plans d’un kiosque dit chinois, qui lui correspondait parfaitement à la description des visiteuses. Toute la question tourne autour du fait qu’elles ont décrit exactement une bâtisse dont les plans existaient, mais qui n’était pas visible en 1901. Comment pouvaient-elles l’avoir vu? La seule possibilité, qui peut néanmoins exister, c’est que ce fameux plan est tombé entre leurs mains avant la publication de leur récit. Mais j’imagine assez mal qu’on laisse ces deux respectables Anglaises fouiller dans tout Versailles sous prétexte qu’elles ont vu des fantômes.


Je pense qu’une partie de leur récit est vrai, mais l’autre partie me semble un peu brodée. Reprenons ce que j’ai dit dans l’introduction et comparons avec les points qui me gênent.
– En admettant qu’il puisse y avoir une fracture dans l’espace temps et qu’il est possible d’apercevoir une scène passée, je pense qu’il nous sera donné de contempler une scène muette, c’est à dire sans ambiance sonore. Comme nous l’avons vu, la lumière ne meurt pas et traverse les ans ou les siècles, comme le cas de l’explosion de l’étoile en exemple, mais le son meurt, sauf si on l’enregistre. Je ne crois pas que l’espace temps soit muni d’un magnétophone.
– Elles affirment avoir aperçu une homme avec une sale gueule et un autre qui courut vers elles en disant: « Il faut chercher la maison et prendre à droite ! », la citation varie un peu selon les journaux. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un homme surgi du passé. Il est fait mention que les Anglaises virent une noce un peu loin, l’homme aurait simplement cru qu’elles venaient pour elle et leur indiqua le chemin à prendre. Je suis très sceptique qu’il puisse y avoir une interaction entre les gens du passé et ceux du présent, cela voudrait dire que l’on peut influencer le cours de l’histoire. Par hasard, dans les dédales du temps, je rencontre Henri IV et je lui dis qu’il va se faire buter et qu’il ne doit pas passer par la rue de la Ferronnerie le 14 mai 1610, ben oui s’il m’écoute, il faudra changer tous les livres d’histoire. On peut aussi douter que les personnages d’une scène passée puissent nous voir, imaginez la tête de la marquise de Pompadour voyant un punk avec des cheveux verts et une épingle du sureté dans le nez. Une possibilité toutefois, que notre cerveau avec tous ses accessoires, soit pour un moment l’hôte d’un personnage historique présent au moment de la vision, il passera inaperçu pour ceux « du passé ». Cela pourrait expliquer que certaines personnes aient un dédoublement de personnalité à un moment donné. Il y a des cas où entre un moment X et Y, des gens ne se souviennent plus de ce qu’elles ont fait. C’est une pure théorie mais qui sait? On peut aussi prendre en compte, le cas du traditionnel fantôme qui erre sous forme d’esprit et qui à un moment se glisse en vous et en quelque sorte vous « vivez » ses souvenirs, d’autant plus qu’il semblent toujours hanter les lieux où ils ont vécus. On possède quelques témoignages de gens qui se mettent à parler une langue qu’elle n’ont jamais apprise, un reste d’une interaction entre deux cerveaux? Je sais, c’est encore une théorie fantaisiste, mais ce n’est qu’une théorie parmi d’autres, mais qui n’a pas les siennes.


En résumé, cette histoire est à prendre avec des pincettes, bien qu’un partie du récit soit plausible. Il est beaucoup question de Marie-Antoinette, mais nombre de visiteurs disent que son fantôme a été aperçu du côté du Trianon. Il semblerait que cela se produirait plutôt quand le temps est à l’orage. C’était le cas le fameux jour où la veille la température dépassait les 31 degrés et que la météo prédisait une température élevée pour le 10.

Le projecteur intemporel aurait-t-il besoin d’électricité pour se mettre en route? Encore un mystère!

Notes : le site officiel de Versailles fait mention de cette histoire. L’écrivain Georges Chaulet qui a créé la fameuse Fantômette devait connaître cette histoire et s’en être inspiré pour « Fantômette chez le roi ». En effet, il est question d’une aventure qui se déroule à Versailles avec justement une histoire de voyage dans le temps et une rencontre avec Louis XIV.

Source Gallica, BNF, DP

En passant

Bas nylons et les amours d’une duchesse

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Vous savez que j’aime l’histoire, la grande, mais encore plus la petite. Combien de livres ont été écrits sur l’histoire de France? C’est innombrable, mais de l’un à l’autre on y lit toujours un peu la même chose, la grande histoire avec plus ou moins de détails. Je préfère de loin les petits faits, surtout s’ils sont un peu insolites. Les grands livres d’histoire, c’est un peu comme le plan d’une ville, on y trouve des rues, des lieux, des noms. Mais en parcourant les rues, il arrive que l’on soit piqué par un détail qui nous donne l’envie d’en savoir plus, de l’étudier plus à fond.  C’est alors le départ dans le labyrinthe de l’histoire, on découvre d’autres choses, on en lorgne un pan sous un autre angle. Récemment je lisais un livre du très bon historien Michel de Decker, malheureusement décédé l’année passée. Un détail sur trois lignes, m’a fait découvrir un fait que j’ignorais. Même en faisant une recherche sur la Toile, je n’ai pas trouvé grand chose, mais quand même pas tout à fait rien. Il aurait pu ne pas en parler, son livre n’en aurait pas perdu de son charme, mais il l’a fait et suite à cela, j’ai pu repartir explorer une nouvelle rue qui mène à la petite histoire. Le plus grand tort que l’on puisse avoir avec ces petits riens, c’est de croire que cela n’intéresse personne. Il y a cinq ans, j’avais écrit pour un site d’histoire assez bien en vue sponsorisé par un média, un fait d’histoire locale un peu oublié. Je crois avoir titillé la curiosité des lecteurs, car je reçois de temps en temps un courriel me demandant des précisions pour trouver exactement l’endroit où se déroule l’histoire, encore visible aujourd’hui par certains détails bien cachés. Il faut un peu chercher, on peut passer à côté et ne rien voir. L’année passée le site a mis en exergue une sorte de « best of » des récits publiés et j’ai eu le plaisir de voir le mien sélectionné. Il est vrai qu’au nombre de vues, le mien est très loin d’être le dernier, même qu’il caracole en tête. La raison principale, j’en suis sûr, c’est d’avoir trouvé un bon titre pour mon article et un fait intéressant. Il faut attirer le lecteur, un titre c’est comme un slogan publicitaire, il doit donner l’envie de s’intéresser au produit. Si vous publiez un livre qui aurait pour titre, J’ai visité Paris, il se perdra dans la masse, à moins que vous ne soyez un auteur reconnu. Mais si vous l’intitulez Paris servi show, vous aurez sans doute plus de gens qui le regarderont de plus près. Vous savez maintenant que ce qui peut paraître de peu d’intérêt ne l’est pas toujours.
Tout ceci pour vous introduire à l’article d’aujourd’hui et des faits de plus ou moins petite histoire, une autre recherche m’a amené à celle-ci. Nous allons parler de Madame de la Vallière. Je ne vais pas vous raconter son histoire pour la millième fois, je me contenterai d’un très bref résumé, mais regarder son ombre sous l’éclat du Roi Soleil. Quelques faits, quelques images, ce que nous ne trouvons pas toujours dans l’histoire officielle.

Oui c’est un bénitier, mais il a une histoire particulière. Si vous connaissez un peu l’histoire, vous savez sans doute que Louise de La Vallière fut la première « vraie » maîtresse officielle de Louis XIV. De toute la lignée, elle est sans doute la seule qui aima le roi pour lui-même, sans ambitions, si ce n’est d’être aimée de lui. Au début, elle servit de paravent à Louis XIV qui voulait cacher sa liaison avec la femme de son frère, Henriette d’Angleterre, dont Louise était l’une de ses filles d’honneur. Qu’un roi prenne une maîtresse passe encore, mais la femme de son frère, faut quand même pas exagérer auraient pu dire les mauvaises langues de la cour. Alors, on poussa Louise dans les bras de Louis, afin qu’elle s’affiche avec lui de manière à tromper la rumeur et calmer un peu sa mère, Anne d’Autriche, qui voit cela d’un très mauvais oeil, sans parler de son épouse, Marie-Thérèse d’Autriche qui comme son nom l’indique bien est espagnole. Mais le roi se trouva pris à son propre jeu, il en tombe amoureux. On dit d’elle un peu méchamment, que ce n’est pas une femme à l’esprit brillant, qu’elle est affligée d’un léger boitillement, ce qui est historiquement vrai pour la deuxième affirmation.. Parmi ses qualités, elle est modeste, sincère, discrète, mais elle partage avec le roi quelques passions. Elle est une cavalière de première force, même que Louis XIV reconnaît volontiers qu’elle peut lui damner le pion dans cet exercice, pourtant c’était un expert en la matière. Malgré son handicap, Louise est une danseuse divine, elle possède de la culture musicale, le roi adore la danse et la musique. Ils feront quatre enfants, dont Louise en verra mourir trois de son vivant. Après ce bref historique, on pourrait en parler des heures, venons-en au bénitier. Louis XIV connut un amour intense avec Louise, mais il courait aussi plusieurs lièvres à la fois, il est un ces personnages qui peut se vanter d’avoir été père deux fois en l’espace de deux semaines. La Vallière était aussi assez pieuse, elle vécut dans le péché comme elle le dira plus tard. Elle quitta Versailles deux fois et alla se réfugier dans un couvent. Le roi alla la rechercher la première fois. En remerciement de cette hospitalité, et aussi un peu par superstition, elle savait que son étoile pâlissait à la cour, elle offrit le bénitier et espérait aussi par ce geste pieux qu’elle pourrait reconquérir l’amour du roi avec l’aide qui vous savez. Il est toujours visible aujourd’hui dans l’église de Saint-Louis-en-L’Isle dans le 4ème arrondissement de Paris. L’année qui y figure est celle où Louise entra définitivement au couvent sous le nom de soeur Louise de la Miséricorde, avec l’accord du roi. Elle vécut pieusement les 35 dernières années de sa vie et mourut en 1710. Elle nous légua symboliquement une manière de relier les livres et aussi de nouer sa cravate. Les rares fois où j’en porte une, je fais toujours ce noeud.

Voici un récit auquel les historiens font souvent référence. C’est le moment où les choses deviennent sérieuses entre Louis XIV et Madame de La Vallière. Il a été rapporté et n’est sûrement pas un  de ces cancans qui circulaient dans les couloirs du palais. Il ne faut pas oublier que quand la cour se déplaçait, c’était souvent par dizaines ou centaines de personnes, même pour une simple promenade. Il était de bon ton pour la noblesse de se montrer en compagnie du roi, de quêter un sourire ou une bonne parole de sa part. Sans oublier une ribambelle de valets et domestiques qui étaient prêts pour toute éventualité. Si le roi avait soif, il fallait pourvoir à la pépie royale. Bref, il y avait toujours quelqu’un pour écouter ou voir. D’ailleurs le roi ne se gênait pas tellement pour faire ou dire quelque chose. On est pas le roi pour rien, surtout avec une auréole comme la sienne.

Suite à cette rencontre, Louis XIV lui fit parvenir quelques bimbeloteries qui ne devaient pas être en toc, accompagnée d’un mot. Il ne se déplaça pas en personne, mais en chargea quelque personnage de rang, relégué pour un instant en facteur de la poste royale. A noter un fait dont les historiens font mention et qui apparaît dans le billet. Ce n’était pas leur première rencontre rapprochée, elle eut lieu lors d’un bal. Louis XIV, qui n’oublions pas, devait la « draguer » pour mettre un écran de fumé à ses amours avec Henriette d’Angleterre, l’invita à danser. Cela ne se refuse point. C’est sans doute là qu’il remarqua sa grâce et son habilité à la danse. On peut certainement imaginer qu’il la baratina un peu, ce qui aurait fait dire à Louise: « Ah si ce n’était le roi ». Ces paroles l’intriguèrent et lui firent penser qu’elle était intéressée par sa personne et non le fait qu’il était le roi. C’est sûrement ce à quoi il fait allusion dans son billet quand il écrit: « Vous avez pour moi une espère de tendresse qui me fait enrager ». Ce mot le voici…

Deux cartes maîtresses !

Rebelote, le roi se fait poète, chose qui était absolument dans ses cordes. Il paraît que Louise baisa cette lettre quand elle la reçut.

Il est bien des manières de signifier à une maîtresse que tout est fini, mais Louis XIV en employa une particulièrement méprisable. Pour signifier à Louise de La Vallière qu’elle n’avait plus ses faveurs. il fit toute une mise en scène. On sait qu’avec sa rivale la marquise de Montespan, il y eut assez longtemps une sorte de cohabitation, le roi lui-même semble avoir été assez indécis et balançait entre deux amours « officiels ». Il allait d’une à l’autre selon son bon plaisir, mais pour finir il n’alla plus que vers l’autre. A part la danse, Louis XIV ne dédaignait pas monter sur scène et jouer quelque rôle devant la cour. Lors d’une fête, il se mua en berger, dansa très gracieusement, et fut très applaudi on s’en doute. Ensuite, il vint se planter devant Louise et lui dédia ces vers…

Ne pensez pas que je veuille, en ce jour,

Vous cajoler, ni vous parler d’amour,

Je sais qu’il est dangereux de le faire,

Et je craindrais plutôt votre colère;

D’autres que moi s’en acquitteront mieux,

Je baise ici vos mains et vous beaux yeux,

Et ne veut point d’un joug comme le votre,

Je vous le dit tout franc : j’en aime une autre.

Les historiens mentionnent bien évidemment la mort de Louise, mais ils se contentent pour la plupart d’une date, le 6 juin 1710. Par contre, il existe au moins un témoignage sur ses dernières instants, celui des soeurs qui étaient dans le couvent. Il faut bien comprendre que la devenue très mystique Louise de la Miséricorde a consacré 35 ans de sa vie à la religion d’une manière intense. Elle avait choisi elle-même d’aller chez les carmélites, un ordre contemplatif et strict, où le silence est la règle. Dans son esprit, sa vie était devenue un combat entre le mal et le pardon, vu sous un angle religieux. Le mal c’était son passé à la cour, le pardon c’est ce qu’elle demandait à travers sa conversion. Notons toutefois que la reine lui rendit visite quelquefois. Cette dernière n’était pas rancunière, autant elle avait enragé quand son mari la reléguait au second plan derrière sa maîtresse, autant elle lui pardonna. Précisons quand même que La Vallière lui demanda officiellement pardon, elle lui pardonna et ce fut un vrai pardon. On peut être reine et sincère dans ses actes et ses paroles. Elle avait certainement quelques lumières sur la réalité de la noblesse qui prétendait être sur terre par la grâce et en mission divine, elle n’y croyait pas trop. Par contre sa foi était réelle, elle chercha le pardon par tous les chemins qui lui semblaient bons. Tous les témoignages concordent, elle suivit strictement les règles, même en allant parfois au-delà des lois prescrites par son ordre. Comme nous le verrons dans le témoignage ci-après, il mentionne la présence de sa fille la princesse de Conti ( 1666-1739), seule survivante de ses amours avec le roi. Il faut lire ce témoignage en pensant qu’il est plutôt destiné aux cancans de la cour, plutôt que pour le bulletin paroissial. Il fallait montrer q’une duchesse, même devenue religieuse, savait mourir dignement. Il est même fait allusion à une canonisation, vous pensez bien, cela a plus d’allure qu’une fille de rien. Mais nous sommes en 1710, la splendeur de  la duchesse est déjà un souvenir assez lointain, nombre de ceux qui l’ont connue ne sont plus, mais il y en a encore quelques uns. Louis XIV par exemple qui déclara en apprenant sa mort: « Pour moi elle est morte quand elle est entrée au couvent ».

Mais j’ai gardé le plus fort pour la fin. Voici une lettre que Louise de La Valière écrivit, ou dicta au comte de Lauzun selon certaines sources, quand elle quitta définitivement Versailles, avant de prononcer ses voeux définitifs de religieuse, le 3 juin 1675. Adressée à Louis XIV, elle y résume sa vie à la cour et se rappelle au bon souvenir du roi, c’est aussi une lettre d’adieu. Elle est remarquable et instructive sur de nombreux points. Le premier, c’est que l’écriture est admirable, les mots employés, les images qu’ils suggèrent, la profonde tristesse qui en émane, en font un régal pour les amateurs de belles phrases. Il est vrai que Louise avait un long passé de lectures, elle lisait, elle composait des vers. Autre fait intéressant, elle est écrite à un roi par une intime, le vous et le tu sont employés, manière de prouver qu’il existait bien une forme familière dans l’intimité royale. En général, le vous est de rigueur entre nobles quand on s’expose à la vue de tout le monde, le fils dit vous à la mère et vice-versa. Pour nous autres qui vivons plus de trois siècles après, même si le texte est écrit en vieux français, il nous donne une idée assez précise de la langue et des expressions,  de la manière dont on s’exprimait jadis. Vous verrez que ce n’est pas si différent de la langue employée aujourd’hui. Excepté bien entendu, ces horribles tweets qui nous feraient vite oublier que le français est une belle langue. Quand il m’arrive, rarement, d’en écrire un, je respecte la grammaire autant que possible. Ne pensez pas qu’il s’agit d’un document moderne réécrit, c’est la reproduction exacte du document original publié durant le règne de Louis XVI.

Source Gallica, BNF, DP

Bas nylons et art débutant

Nous avons vu dans un précédent post, quelques affiches sur l’alimentation destinées à promouvoir l’industrie alimentaire à ses débuts. Comme tout devient plus ou moins une industrie, vendre devient un objectif pour le commerçant, en touchant une clientèle plus vaste mais surtout inconnue. La publicité servira de support pour aguicher l’amateur potentiel. Au tournant du 20ème siècle, il existe encore peu de supports pour matraquer la nouvelle marque ou le nouveau produit. L’affiche est reine, elle permet de mettre en évidence et en couleur ce qui est destiné au regard de l’acheteur potentiel. La presse est dans une moindre mesure aussi un support employé, mais elle est plus visée par les petits budgets, les annonces pour le petit commerce, potions miracles, voyance, rencontres sentimentales. Le charme de ces affiches réside surtout qu’elles témoignent d’un art et du savoir faire d’une époque. Sans que l’on puisse mettre sur chacune le titre de chef d’oeuvre, il n’en reste pas moins que le plaisir de les contempler n’est pas sans plaisir.

Un art nouveau, qui deviendra aussi une industrie, fut le cinéma ou les animations représentant une idée de mouvement, qui commença à s’épanouir durant la Belle Epoque. Au début, il s’agit d’attirer les foules vers quelque chose de nouveau, ensuite lui faire choisir entre un spectacle ou un autre. Tous les affiches vous sont présentées dans un ordre chronologique, de 1890 à 1937.