En passant

Voyage début de siècle (71)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Un peu du fonctionnement de la Chine vers 1900…

Jusqu’au 10 août 1900, la «Ville interdite» dans laquelle le fils du Ciel, frère du soleil et de la lune trônait, inaccessible sur son dragon doré, s’entourait d’un mystère impénétrable. Les Mandchous pas plus que les Chinois, sans parler des «barbares à cheveux rouges» ne s’approchaient jamais des murs de «l’enceinte sacrée». Vint la chute de Péking. Le couple impérial s’enfuit; le sanctuaire fut livré à des regards profanes, pis que cela, souillé par des mains sacrilèges.
Dans «Les derniers jours de Péking», Pierre Loti nous dépeint de l’exquise façon qui lui est propre la chambre à coucher obscure et retirée, la couche d’un bleu sombre, les sculptures d’ébène, le subtil parfum de roses et de thé de cette énigmatique existence d’empereur.
Le pâle et chétif souverain fait triste figure auprès de la gigantesque stature du Bismarck de l’Orient, de l’énergique et puissant Li-Hung-Chang. Ce que la Chine a fait de progrès pendant les dix dernières années est l’œuvre de ce grand homme d’Etat. Il ouvrit des ports aux étrangers, introduisit le premier des armes à feu modernes, créa une flotte, étendit le réseau télégraphique dans toutes les proinces, favorisa la construction de chemins de fer. Tous les traités de commerce et de paix de la Chine avec l’étranger furent pendant plusieurs lustres conclus et signés au nom de l’empereur par Li-Hung-Chang. L’esprit conservateur et la superstition des Chinois sont tels que le moindre progrès est considéré comme un travail d’Hercule. Les envieux persécutèrent l’homme d’Etat. En outre, la malheureuse guerre avec le Japon (1894-1895), puis la série des désastres, la prise et l’occupation de Péking par les puissances alliées vinrent encore assombrir les derniers jours du vieillard. Li-Hung-Chang est mort au commencement de novembre 1901, à Péking, âgé de 79 ans.
Trois semaines auparavant, il avait reçu mon ami et compagnon de voyage américain. Je ne manquai pas de me faire raconter par le menu tous les détails de cette visite. M. W. me décrivit l’appartement plus que simple de l’homme le plus riche de la Chine, ses vêtements râpés, presque sordides, son extraordinairement longue personne, ses yeux intelligents éclairant une physionomie qui déjà était marquée du sceau de la mort. Il me dit aussi les questions étonnantes de familiarité que Li-Hung-Chang avait l’habitude de poser à ses hôtes: «Etes-vous riche? A combien se monte votre fortune? Etes-vous marié? Pourquoi ne vous mariez-vous pas? Vous marierez-vous encore? Quel âge avez-vous’!) Et ainsi de suite. De son côté, mon ami hasarda quelques observations sur Péking et ce que l’on pourrait faire pour relever et embellir la ville. Là-dessus, Li-Hung-Chang se répandit en lamentations sur la pauvreté de la Chine, de la capitale et sur la sienne en particulier, depuis les troubles de 1900. Pendant la conversation, un domestique accroupi à ses pieds ne cessait de lui bourrer sa pipe et d’en vider la cendre.

Li-Hung-Chang est né en 1822 dans le village de Kwei-tung, province de Auk-wei. Fils d’un lettré pauvre, il paraît s’être voué à l’étude jusqu’en 1853, époque à laquelle, sur l’ordre de l’empereur, il échangea le pinceau contre l’épée. Une série de brillantes et heureuses opérations militaires le fit monter rapidement jusqu’aux honneurs les plus élevés. En 1870, il fut nommé gouverneur général ou vice-roi de Tschili ou Petschili, dont le chef-lieu est Péking. A ces fonctions il joignait celles de superintendant commercial de la Chine septentrionale et de général en chef de l’armée et de la flotte impériales.
La Chine est — suivant ses lois fondamentales réunies en 920 volumes — une monarchie patriarcale. En théorie, l’empereur, père de son peuple, administre lui-même son immense famille, en est le chef spirituel, le juge suprême et le généralissime en temps de guerre. En réalité, ce sont les huit gouverneurs généraux ou vice-rois qui font les lois et les appliquent selon leur bon vouloir, tandis que le pouvoir de l’empereur à Péking baisse et pâlit toujours davantage. Depuis le commencement du XVIIIe siècle, les affaires les plus importantes se traitent par le Cabinet des Ministres en présence de l’empereur, ordinairement le matin de cinq à six heures. En outre, il y a une Chambre des Conseils, et, depuis 1860, le Tsungli-yamen ou Ministère des Affaires étrangères, pour les relations avec l’Europe, la douane maritime, etc. Une quatrième institution, le Conseil des censeurs, qui compte soixante membres avec deux présidents, l’un chinois, l’autre tartare, exerce une grande influence. Cette autorité a le droit de remontrance dans le domaine politique aussi bien que scientifique; elle peut même adresser des objections à l’empereur.
Chaque province a ses représentants; lorsqu’ils n’assistent pas aux séances, ils parcourent le pays pour faire rapport au Conseil. Cette vieille institution chinoise, très belle en théorie, l’est moins dans la pratique, censeurs et employés chinois se laissant, en général, très facilement corrompre. Les traitements dérisoires favorisent du reste les extorsions et les tromperies. On appelle mandarin — de mantrin, mot hindou qui signifie conseiller — tous les fonctionnaires, qui sont répartis en neuf classes.

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Sources : Wikipédia, B.N.F, DP

En passant

Voyage début de siècle (70)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Entrée de la « ville Interdite », lieu de résidence impérial jusqu’en 1925. Son entrée était interdite au peuple.

Un mariage en grande pompe made in China et on faillit même installer le téléphone…

La fiancée était la nièce de l’impératrice-mère. Les frais des noces s’élevèrent à 71/2 millions de taëls, soit 39 millions de francs. Les provinces, les fabriques, les gouverneurs furent à cette occasion étrillés de la belle façon.
La description de la pompe et du cérémonial déployés à l’occasion du mariage impérial me conduirait trop loin. Je ne parlerai que de la toilette de la mariée et de la corbeille. Le chapeau avant tout: il était en velours rouge, avec des bords de zibeline, et garni d’un bouton composé de trois grandes perles fines dont chacune était entourée de dix-sept petites perles. Au milieu du chapeau, une grosse perle enchassée d’or au-dessus de laquelle s’élevait un faisan en or orné de seize perles. La queue du faisan, cinq plumes étalées, était incrustée de trois-cent-vingt-cinq perles fines. Le costume de la mariée se composait d’un col en zibeline doublé de soie jaune et agrémenté de rubans de velours parsemés de diamants, d’une robe en soie bleu foncé bordée d’or, brodée de dragons et de ces inscriptions: Wan-fou (bonheur éternel), Wan-sheu (vie éternelle), le tout en or. Le collier et les bracelets étincelaient de perles, de turquoises, de corail et de diamants; le mouchoir vert richement brodé qui se porte à la ceinture, était garni de rubans jaunes et de houppettes semées de pierreries.
Vinrent ensuite les présents faits à la fiancée, conformément au règlement du ministère de la maison impériale: quatre chevaux complètement sellés et harnachés; dix cuirasses et autant de casques; cent pièces de satin et deux cents pièces d’étoffes de coton. Puis les cadeaux de noce: deux cents onces d’or et dix mille taëls d’argent, un service à thé en or se composant d’une théière et d’une tasse avec couvercle, deux aiguières en argent, mille pièces d’étoffe de soie la plus riche, vingt chevaux de selle mongols avec leur harnachement, quarante chevaux de bât sans harnais, et vingt selles.
Les cérémonies préliminaires du mariage consistèrent dans la publication de l’union qui devait avoir lieu le 26 février 1889. Les hauts dignitaires, princes de la maison impériale, furent chargés de l’annoncer, l’un à «l’autel du Ciel», l’autre à «l’autel de la Terre», un autre dans le sanctuaire des ancêtres impériaux «de la ville impénétrable», le quatrième à «Feng-hsien-tien», petit temple de la cité de pourpre, où sont conservées les tables commémoratives des empereurs morts.


Le jour des noces, on brûla publiquement le rouleau de satin où était inscrit l’acte de mariage. Puis vinrent les sacrifices de victuailles et d’encens accompagnés des chants rituels des prêtres et du Kotau de rigueur — génuflexion des princes qui doivent se prosterner neuf fois, le front contre terre. — Ce furent là les principales cérémonies nuptiales.
Le jour suivant eut lieu le couronnement officiel du jeune empereur célébré avec le même cérémonial que la bénédiction du mariage. Enfin le nouveaux souverain vint rendre hommage à l’impératrice douairière, devant laquelle il s’agenouilla et toucha neuf fois la terre de son front.
Le jugement porté sur le caractère et les opinions de Kwang-Su pendant les premières années de son règne, pour autant que l’on entendit parler de l’inaccessible empereur de Chine, ne concorde pas avec sa conduite pendant les événements de 1900. On le disait énergique, accessible à tous les progrès; il aurait même été sur le point de faire établir un téléphone dans son palais, projet dont les mages et les astrologues eurent de la peine à le dissuader. On disait aussi qu’il parlait couramment l’anglais, qu’il lisait même les journaux dans cette langue pour s’instruire sur l’état et les événements de son pays. En 1894, l’empereur reçut les ambassades en audience dans un palais situé à l’intérieur de la ville impériale jaune. Depuis que l’ambassadeur anglais avait, en 1793, refusé de s’astreindre au «Kotau» les envoyés de quelques nations étrangères ne furent plus reçus qu’une fois; c’était à l’occasion d’un couronnement, en 1873. L’audience eut lieu dans une halle, en dehors de l’enceinte impériale.

De 1894 à 1900, l’empereur reçut régulièrement les ministres des puissances le premier jour de l’an chinois. Dès cette époque aussi les nouveaux ambassadeurs présentèrent leurs lettres de créance à leur arrivée et ceux qui changeaient de poste, leur ordre de rappel. Des témoins oculaires dépeignent ces audiences comme suit:
«Au milieu d’une large estrade à laquelle accèdent trois séries de marches, l’empereur est assis sur un trône sculpté recouvert de brocart jaune. Le fils du Ciel porte une longue robe de soie bleu-indigo, garnie sur la poitrine, le dos et les manches de dragons brodés d’or; une grande chaîne est suspendue à son cou; comme coiffure, en été un chapeau blanc avec un gland rouge, en hiver un béret noir. Le visage est joli et intelligent, mais pâle et d’apparence maladive. Un air de tristesse altère la régularité des traits.
Les ambassadeurs en uniformes de gala s’approchent en faisant trois révérences; la première à l’entrée du portail central, la deuxième quinze pas plus loin, la troisième à environ douze pas de l’estrade où l’empereur trône entouré des fonctionnaires du palais.
Le souverain répond par un léger signe de tête. Puis le doyen du corps diplomatique adresse au fils du Ciel une allocution en anglais. Après quoi, le prince qui préside au Tsungli-Yamen (ministère des affaires étrangères) monte sur l’estrade et traduit à genoux les discours. L’empereur prend la parole en chinois; le ministre, descendu de l’estrade, répète en anglais. De cette façon, l’auguste fils du Ciel ne s’est pas entretenu directement avec les étrangers.
Telle est l’unique occasion où Kwang-Su entre en contact avec le monde extérieur, car il se tient éloigné de toute affaire terrestre, enfermé comme un prisonnier dans la «Cité de pourpre» ou la «Ville dont l’entrée est défendue». Il ne connaît de Péking que son palais, quelques temples et deux châteaux de plaisance. L’empereur n’ayant pas d’enfant, ses sujets le croient repoussé des dieux.

Portrait de Kwang-Su aussi appelé Guangxu, il mourut en 1908 à 37 ans, sans descendance directe.

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Sources : Wikipédia, B.N.F, DP