Des dessous pour un siècle (16)

22 092515 7Le tournant des années 60 est presque un virage vers une libération de la société. Un vent de folie souffle plus ou moins fort dans toutes les couches de la société. Le plus significatif est l’avènement de nouvelles manières de vivre et c’est là qu’il souffle le plus fort. Par rapport à aujourd’hui, les salaires peuvent paraître modestes, mais la part que l’on peut consacrer aux loisirs est certainement plus large, le coût de la vie est raisonnable et surtout on n’est pas taxé par le moindre geste que l’on accomplit. La bête noire dans un budget familial est la voiture, mais elle n’est pas encore une nécessité aux yeux de tous, bien des familles s’en passent et ne s’en portent pas plus mal. La télévision, elle, devient l’instrument indispensable dans chaque foyer, alors on se la paye, souvent à crédit, mais elle entre pratiquement dans chaque foyer. On la consomme avec un certain plaisir car les programmes ne sont pas encore très nombreux et commencent en début de soirée seulement. 

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Les jeunes abordent la vie d’un oeil serein. Pour les oreilles, il y a Salut les Copains qui va devenir le rendez-vous des amateurs de musique que les parents qualifieront de moderne quand ils sont gentils. Mine de rien, ce phénomène sera très rassembleur, on devient des copains malgré toutes les petites mesquineries de la vie de tous les jours. Les idoles sont des bannières sous lesquelles on se rassemble, on choisit chacun la sienne, celle qui nous fera le plus rêver. Les disques se vendent à la tonne, ils tournent sur le Teppaz ou sortent tout droit d’un jukebox moyennant une petite pièce.

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La mode suit le mouvement, on s’habille comme les idoles, c’est l’empreinte des jeunes qui décide du choix des couturiers qui nous offrent le prêt-à-porter dans le style de l’air du temps. Toutefois, les idoles ne vont pas encore imposer les dessous qui restent une affaire que l’on peut qualifier de privée.

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Marilyn Monroe n’est pas le bon exemple en matière de dessous, car le plus souvent elle n’en portait pas. C’était sa manière de prôner son idée de liberté. On rêve d’imiter sa silhouette ou sa coupe de cheveux, mais les filles sont beaucoup plus fières de montrer qu’elles portent leurs premiers bas ou encore leur premier soutien-gorge. Les bas, s’ils sont encore portés par chacune, n’ont que peu de temps à vivre. Le porte-jarretelles reste la règle pour les plus délurées, la gaine pour la plupart des autres. On abandonne peu à peu les choses plus sophistiquées, comme le serre-taille, la guêpière, le corset, une petite élite se les réserve. Ceux qui l’ont vécu ne me traiteront pas de menteur, on assiste à une certaine dégradation dans la manufacture de ces produits. Les jarretelles sont le plus souvent en plastique, on ne peut pas toujours régler la longueur des élastiques, la partie qui ceint la taille ressemble de plus en plus a un cinquième élastique. supportant le reste. Le choix des tissus est souvent médiocre. Cela se résume à une expression que j’ai entendue « juste ce qu’il faut pour tenir les bas ».

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Les bas suivent aussi l’évolution, ils sont dans l’immense majorité sans couture, mais on a conservé l’empiècement du talon. La teinte conventionnelle est le ton chair, on réserve le noir pour le deuil, on lui trouve soudain un côté un peu trop sexy, ce qui ne s’est jamais démenti depuis. La matière subira encore quelques évolutions après le Lycra, le Dorlastan est est une. Ce sont souvent des inventions et appellations opportunes, bien que le principe reste le même, le bas peut s’étirer dans toute sa longueur. On les résume souvent sous le nom de bas mousse. Comme pour les dessous plus nobles, le bas à couture est encore populaire dans les milieux aisés. C’est une manière d’affirmer que l’on a les moyens, car il est nettement plus cher que le sans couture et nettement plus délicat, mais quand on ne compte pas…

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Durant ce feu d’artifice final, on note quand même quelques tendances bien dans le ton de l’époque qui se veut plus libérale. La publicité y contribue largement. On commence à présenter les sous-vêtements d’une manière plus coquine. Le croquis souvent présent dans les journaux est remplacé de plus en plus par la photographie. On ne montre plus forcément le visage du mannequin, on cadre sur l’objet. Pour une marque de bas, un gros plan sur les jambes est estimé suffisant. La fameuse Barbie devient une légende et accapare tous les styles, il y a même un porte-jarretelles qui lui est attribué. 

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Un ton au-dessus dans l’affirmation de la liberté, Scandale crée sa fameuse affiche en trou de serrure qui ravira tous les voyeurs qui font les cours théoriques avant de passer à la pratique, nous sommes en 1963. L’année suivante posera un dernier pont entre le bas et le collant, le panty. Destiné à satisfaire celles qui trouvent que l’air frais est gênant entre la lisière du bas et la culotte, il est dans un premier temps un gaine à manches pourvu de jarretelles et moulant. Ce succès, si succès il y a, sera éphémère, malgré un version sans jarretelles. Il est une sorte d’ancêtre de la culotte cycliste, l’abomination absolue en matière de féminité, pourtant adopté par nombre de femmes.

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Mais voici la minijupe et le collant, cauchemar qui succède à la fin d’un rêve de millions d’hommes.

Quelques dates

1960 – La pilule est en vente, une révolution.

1962 – Les Beatles enregistrent « Love Me Do », le premier pas d’une autre révolution dont personne ne se doute. Elle est morte à 36 ans, Marilyn Monroe.

1963 – Un grande voix dans un petit corps et un deuil national, la mort d’ Edith Piaf. Intronisation d’un mannequin tout en minceur, Twiggy. 

1964 – On sacque une présentatrice pour avoir montré ses genoux, tandis que les bikinis envahissent définitivement les plages.

A suivre

 

Des dessous pour un siècle (9)

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La seconde moitié des année 30 sans en être très consciente se prépare à la guerre. C’est bien sûr l’Allemagne qui est au coeur de son déclenchement. Hitler est au pouvoir, ils transforme peu à peu la société allemande en dictature. Il est suivi par la majorité des Allemands qui lui reconnaissent un tas de bienfaits, il a résorbé en grande parie le chômage, on travaille à nouveau même si c’est surtout pour l’effort de la guerre à venir. On pense bien sûr qu’elle n’aura pas lieu, c’est juste un droit de la nation à assumer sa protection contre l’ennemi. Les joutes oratoires du chancelier allemand tétanisent les foules. Il s’élèvera presque dans les esprits à la hauteur d’un dieu voulant bâtir une Allemagne millénaire et faire de son peuple des demi-dieux. Nous savons que la réalité fut bien différente.

En France, la situation est inverse, le pays ne marche pas au pas, il part en vacances grâce aux congés payés. On aborde la notion de semaine de 40 heures, accompagnées de l’instauration des conventions collectives. Le Front populaire, une alliance des partis de gauche, triomphe de 1936 à 1939. Des années rieuses avant le déluge.

Au niveau vestimentaire, ni l’Allemagne, ni la France, n’apportent des révolutions dans la mode. Les dessous sont toujours dessous, les maillots de bain commencent à se composer de deux pièces, mais c’est encore assez osé de se montrer ainsi, impensable pour une mère de bonne famille. Malgré tout le soutien-gorge se perfectionne, il se décline en différentes tailles de bonnets comme l’alphabet, A, B, C, D, c’est Warner en Amérique qui lança le procédé. A chaque femme de trouver les astuces qui mettront le mieux en valeur sa poitrine, problème terriblement existentiel.

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Ces années auraient pu passer comme le vent si ce n’est que pendant ce laps de temps, on mit au point une grande révolution textile, le nylon. N’en déplaise aux romantiques et fadas de cette matière, c’est purement de la chimie, un dérivé du goudron. Son inventeur, en fait il travaille avec une équipe, Wallace Carothers, n’est pas un philanthrope, mais un chimiste. C’est un 1935 que naît dans les laboratoires américains de Du Pont de Neumours, le premier fil de nylon. Ce résultat est la suite de différences expériences qui sont faites depuis plusieurs années et qui passe par l’invention du caoutchouc synthétique. A l’origine le produit se nomme polyamide 6-6, formule de base et variable qui fait mention du nombre d’atomes de carbone qui entre dans sa composition. Carothers ne profitera aucunement de la gloire qui sera attachée à son invention puisqu’il se suicide en 1937, sans donner de raison. Bien évidemment, on songea très vite à utiliser commercialement cette invention, ce qui se fera en 1938, mais il faudra encore lui donner un nom qui sonne bien et facile à retenir, un atout commercial non négligeable. Imaginez la catastrophe si on l’avait appelé biprectaplyosolplusmere, nylon c’est mieux. A son apparition le nom fut accompagné de quelques plaisanteries sur sa signification, on fit quelques jeux de mots, pas toujours très convenables style Nos Yeux Lorgnent Outrageusement Noémie ou comme ce fut la cas en anglais Now You Lick Old Nipples, (maintenant vous sucez des vieux nichons). Il semblerait que la vérité vraie est l’emploi des initiales des épouses de cinq chimistes qui travaillèrent à l’invention, Nancy, Yvonne, Louella, Olivia et Nina. C’est une marque déposée. 

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L’inventeur du nylon et l’usine Du Pont de Nemours en 1939

L’avènement du nylon et son triomphe n’est pas sans raisons. De fabrication facile, une fois la formule mise au point, il ne fait pas appel à des matières premières nobles comme la soie, d’où son coût relativement bas. Sa transformation est facile, on peut lui adjoindre de la couleur et lui donner toutes les formes. Sa solidité est presque à toute épreuve tout en étant aisément malléable. Je suppose que vous avec tous vus un film où un bas nylon sert à remorquer une voiture aussi facilement qu’avec une corde. Par contre, couper le fil à angle droit avec une paire de ciseaux est très aisé. Son utilisation est pratiquement universelle, on l’utilise énormément avec ses dérivés dans la fabrication de la lingerie, mais aussi dans des vêtements plus traditionnels comme les blouses. Ses fibres sont peu absorbantes et sèchent vite. L’industrie de loisirs l’utilise également, jouets, fil de pêche, même des pièces mécaniques pour les voitures sont à base de nylon. Un de ses principaux défauts est lié au feu. Il ne brûle pas vraiment, mais fond tout en dégageant un odeur pas très agréable et quelque peu toxique. Le cas échéant cela peut occasionner des brûlures aggravées s’il est porté comme vêtement lors d’une proche exposition à une flamme. Mais d’autres textiles peuvent produire les mêmes effets.

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Quand on invente quelque chose dans un but commercial, la marketing recherche le meilleur moyen pour cibler le marché et voir dans quels secteurs le produit à le plus de chances d’avoir des débouchés, surtout si ses possibilités d’adaptations sont grandes. Il n’en a pas été différemment pour le nylon, produit prometteur. Une des premières applications du nylon fut pour la fabrication de toiles de parachutes. Comme tout le monde ne possède pas un avion et qu’en plus ils ne se tombent pas tous en panne en plein vol, le marché était limité, mais on peut imaginer que l’armée y tenait particulièrement. Mieux fut la brosse à dent, là encore il faut assez peu de nylon pour en faire une, même celles destinées aux grandes gueules, et d’un usage qui s’étale dans le temps. L’idée de remplacer la soie des bas et autres matières par du nylon fut un coup de maître. Potentiellement, on visait la moitié des femmes de la planète multiplié par deux jambes, ce qui fait une perspective de pas mal d’unités à produire, d’autant plus qu’ils ont durée de vie limitée et sont d’un prix de vente plus accessible.

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En 1938, ce ne fut pas un succès, mais un triomphe. Si on frise l’émeute aujourd’hui pour s’acheter une pomme en forme de téléphone, ce fut déjà le cas il y a plus de 70 ans pour le bas nylon. Toutes les femmes, du moins occidentales, voulaient voir ça de plus près et surtout l’essayer. La production suit avec peine, il n’y a pas encore tellement d’usines capables d’en produire, il faut le temps de s’organiser, d’acheter des licences. Le temps, c’est justement ce qui va manquer le plus avant que chaque femme puisse satisfaire sa curiosité, mais cela n’a rien à voir la mode ou la productivité des usines américaines. Il faut traverser l’Atlantique, direction l’Europe, là on a d’autres préoccupations. 

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A suivre

Des dessous pour un siècle (3)

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L’immédiat après 1900 est une époque entre deux mondes, l’ancien et le nouveau. On est certes pas encore à l’époque des trente glorieuses, mais on parle déjà de progrès. On est tout émerveillé par les nouveaux gadjets qui entrent petit à petit dans les foyers, la radio, le gramophone et pour l’extérieur on peut frimer dans une voiture et filer comme des bandits à 40 à l’heure chasser le piéton dans les rues de Paris où la circulation n’est pas encore très réglementée et l’on trouve des places de parc à profusion. Ce sont encore des choses réservées à une classe aisée, mais le sort des masses populaires s’améliore. Sans être tous  des cerveaux, les gens bénéficient d’un certain niveau d’instruction, on sait lire, à peu près écrire, et surtout si l’on a du travail on peut penser aux petits plaisirs. Le cinéma n’est pas encore tout à fait présent, mais les bals populaires, le théâtre, sont très fréquentés.

La mode continue sa saga, on l’a vu, le corset qui a ses ses adeptes et ses pourfendeurs n’est pas mort.  Mais gentiment cette forteresse de la mode féminine depuis des siècles est sapée à la bases par des coup de butoir. On l’attaque par la diagonale. La pantalon est bien évidemment un accessoire avant tout masculin et la jupe féminin. Maintenant si cela va de soi, il en allait tout autrement dans les siècles passés, notamment en ce qui concerne l’habillement des enfants, la frontière est plus ténue. On habille parfois les garçons avec une robe et les filles portent des pantalons sous leur robe. Ce pantalon version féminine était surtout un instrument de camouflage pour les jambes et le reste. Il n’était pas question de le rendre visible en enlevant la robe et il était presque indécent s’il était aperçu lors d’un léger relevé de robe Tout au plus il était réservé aux petites filles, aux danseuses et aux filles légères. Mais faites du neuf avec du vieux, il est remis sous les crinolines qui ont tendance a se relever, si la femme fait des mouvements comme la danse par exemple. A partir de ce moment là, il monte d’un degré dans l’échelle de la pudeur et devient présentable accidentellement. Evoluant avec la raccourcissement de la longueur des robes, il suit le mouvement et pour finir, il se termine en culotte vers le début de la première guerre mondiale. C’est ainsi que nous trouvons cette bonne vieille culotte de grand-mère pas encore slip ou string.

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Louis XIV enfant, il ne porte pas encore la culotte

Un fait marquant du début du siècle, c’est l’apparition de la couleur dans le sous-vêtement. Jusque là, le lin et le coton sont rois, efficaces dans la pratique, un peu moins visuellement et presque toujours blancs. Ce que la Belle Epoque a appelé les cocottes, comprenez des femmes un peu légères, ont fait une petite révolution, elles ont commencé à porter de la soie avec des couleurs extraites de l’arc-en-ciel. Cela veut aussi dire que les sous-vêtement on gagné tant en légèreté qu’un minceur, c’est plus aérien et un tantinet transparent selon la couleur et l’épaisseur. Cela a fortement plu à ces messieurs bourgeois qui ont jeté un oeil attendri et encore plus coquin. C’est un peu comme si maintenant un bonhomme se mettrait à draguer une fille parce qu’elle porte des bas à la place d’un collant. Le visage des épouses bourgeoises passa du rouge colère au vert rage et pour ne pas être en reste se mit aussi à porter ce genre de dessous en espérant garder un peu plus Monsieur à la maison. Elles restent quand même dans certaines limites, elles s’inspirent des cocottes mais ne les dépassent pas. On commence aussi à employer des fibres artificielles pour les rendre abordables à toutes les bourses. Ainsi va la mode.

A propos de bas, généralement ils sont noirs, parfois assortis avec la robe. Le fil d’Ecosse en est la principale constituante. La soie plus chère et plus délicate est réservée à ceux qui ont les moyens. Même s’il sont peu visibles, la femme les choisit avec soin. Le noir est la couleur qui est admise pour les bas, mais pour le reste des sous-vêtements, c’est encore avec le rouge, un peu trop hardi. Les teintes douces mises à part, on laisse cela pour les cocottes,  mais cela ne sera pas éternel.

Une des autres tendances de la mode, c’est le changement dans la lingerie de nuit, elle se fait plus légère dans les tissus, tout en gardant le principe de la chemise de nuit. On abandonne complètement le bonnet de nuit, les hommes suivront et adopteront aussi progressivement le pyjama. 

Le strip-tease est un nom bien américain pour la bonne raison que c’est là-bas qu’il a été inventé. Bien avant la France, ce spectacle était très prisé à l’époque de la fin de la conquête du territoire américain. Il n’y avait pas les barrières pudiques propres à nos latitudes. A une époque où tout le monde de promenait avec un fusil à la place de la canne ou du parapluie, le fait de voir une femme se déshabiller n’était choquant pour presque personne. C’était une distraction facilement transportable, qui demandait peu d’entretien et de matériel, juste et sans doute une poignée d’argent. Il finit par arriver en France et en ce début de siècle, il est en quelque sorte à la mode. On reste toutefois dans des normes plus raisonnables, c’est plutôt un prétexte pour montrer un effeuillage du corps féminin, et il y a du matériel à enlever, sans aller jusqu’au nu intégral visible. Nous avons vu au début que le nu intégral est apparu à Paris en 1900, l’idée de départ n’était pas le strip-tease, mais exposer le nu sans les préliminaires.

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La fin de la première décennie met encore plus de pression dans l’envie de la femme de se libérer, mais elle a bien compris que c’est avant tout par son militantisme qu’elle y parviendra. D’importants mouvements protestataires comme en Londres en 1908, font pression sur la classe dirigeante. Le but premier est plus d’obtenir le droit de vote que de se libérer du corset, bien que l’un ne va peut-être pas sans l’autre symboliquement. Pour la mode, c’est plutôt les créateurs qui peuvent l’aider, mais pas toujours efficacement. En 1909 le couturier Paul Poiret jette le corset aux orties, mais il habille la femme d’un jupe tellement serrée que la femme peut à peine se déplacer, chose peu pratique quand on est poursuivie par un satyre!

Malgré tout la femme amorce son renouveau, elle n’est plus complètement un objet destiné à mettre son mari en valeur, style sois belle et tais-toi, elle pense et le fait savoir. Encore à son avantage, le corset est sérieusement remis en cause, le soutien-gorge apporte son efficacité et sa légèreté, faisant ami-ami avec le porte-jarretelles ou la gaine. La lingerie se pare de ses couleurs et abandonne les tissus traditionnels. Sur un plan plus matériel, elle commence à travailler et occuper des postes subalternes, réclamée par l’industrie qui a besoin de bras, ne serait-ce que pour fabriquer ce qu’elle portera plus tard.

Le mouvement est en marche, mais le corset, la jarretière, la lingerie uniquement pratique ne seront pas abandonnés d’un claquement de doigt, il s’en faut encore de beaucoup.

Quelques dates 

1906 Invention de la permanente par Charles Nestle, un Anglais

1907 Madeleine  Vionnet que deviendra une des plus célèbres créatrices de mode en France, présente sa première collection. Elle a complètement supprimé le corset et ses mannequins défilent pieds nus. Cela frise le scandale. Elle mourra en 1975, juste pas centenaire.

Instauration d’une loi qui permet à la femme de disposer librement de son salaire, eh oui!

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Encore une tentative de réhabilitation du corset

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Le fabricants de corsets font de la pub pour leur produit à leur manière

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Un aperçu, via une publicité, de la lingerie traditionnelle en vente au magasin du coin

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On vend aux particuliers les objets oubliés dans le métro, ah ces distraits qui font de l’humour sans le savoir

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Le corset comme arme absolue!

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A suivre

Des dessous pour un siècle (2)

Un siècle d’histoire en dessous – Voir le chapitre 1

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Le soir du 31 décembre 1899, on se prépare à faire la fête, il y a même quelques éclairs et coups de tonnerre qui s’invitent dans le ciel de Paris. Si on prend la peine de lire la presse locale, on constatera que la plupart des journaux font l’impasse sur le changement de siècle, c’est à peine si on le souligne. Il est vrai que l’époque est plutôt tristounette. On parle encore de choléra, l’antisémitisme fortement exacerbé par l’affaire Dreyfus est toujours présent. Monsieur Loubet est président de la République et il prépare l’exposition universelle qui s’ouvrira à Paris au mois d’avril. Le gouvernement est bien entendu à droite, mais les tensions sociales et la gauche sont de plus en plus présentes dans le quotidien. Le plus souvent, on demande juste de quoi vivre décemment et surtout du travail.

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 Paris 1900 lors de l’expo

La bourgeoisie est la seule vraiment concernée par les apparats de la fête et ne s’en prive pas. L’observateur présent ce soir-là remarquera les dames toujours cintrées dans leurs corsets, la taille de guêpe est de rigueur. Pourtant, de plus en plus de mouvements féministes revendiquent des corps libérés de ce carcan. Entre les pour et les contre, une véritable petite guerre se fait à coups de slogans. Pour les contre dans une version modérée, on tente d’apporter quelques modifications que l’on pourrait qualifier de techniques. Un corset mis au point par une doctoresse, Mme Gaches-Sarraute se voit gratifié du non de « corset de santé » baptisé vulgairement le « sens ventre ». C’est au niveau des baleines et de la compression qu’elles exercent que se situe le changement, le tout agrémenté d’un laçage au ventre. La silhouette de la femme apparaît très serrée au ventre s’élargissant en dessus et dessous. Il s’approche du « tightlacing » que l’on connaît aujourd’hui. Le lobbying existe déjà, les fabricants de corsets, surtout les puissants, défendent leur profession. A part le fait de donner une silhouette de rêve à celles qui le désirent, le résultat est peut-être encore pire. Il est presque encore plus impossible de s’asseoir, de se baisser ou simplement de rire. Il n’est pas rare que les femmes s’évanouissent. Il n’empêchera pas le fait de connaître un succès quasi mondial et retentissant. 

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Les contre sont plus réalistes, appuyés par des médecins qui se veulent éclairés, ils mettent en doute les effets bénéfiques que les pour mettent en avant pour le défendre. Et la guerre continue…

La santé, voilà un maître-mot de l’époque. Il est vrai que c’est une préoccupation majeure. On meurt encore de maladies infantiles, on en reste parfois infirme. La salubrité des lieux d’habitation est souvent en option. La médecine, bien plus évoluée qu’au moyen-âge ne guérit toutefois pas tout. Le sous-vêtement n’échappe pas aux tentatives de clarifier la situation de l’homme face à la santé.

Ci-dessous. On profite de la guerre déclarée au corset pour une analyse qui n’est en fait de compte que de la publicité.

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Les évolutions techniques du corset font encore peur à certaines.

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Si le corset est montré du doigt, on cherche aussi d’autres moyens d’apporter une amélioration au bien-être. La laine est mise en avant. Selon certains, elle est une réponse très satisfaisante aux problèmes liés à la transpiration et autres sécrétions corporelles, sources de maladies à ce que l’on croit. Elle est aussi un rempart contre le froid, autre source de maladie, on meurt facilement d’une pneumonie.

La femme, quand elle ne parte pas un corset, ne se promène pas nue pour autant. Le déshabillé est de rigueur. En mousseline ou en soie, il n’est pas vraiment considéré comme indécent s’il n’est pas franchement transparent. Les dames du monde, les comédiennes peuvent recevoir dans leur loge ainsi accoutrées. On peut quand même considérer que c’est une faveur d’apercevoir quelqu’un dans cette tenue, cela fait partie des avantages quand on est introduit dans le beau monde. Par contre, dans le beaucoup plus indécent figurent la lisière d’un bas avec jarretière ou jarretelle apparente. Cette jarretelle qui commence à se faire plus présente a connu aussi ses déboires de jeunesse. Ferréol Dedieu qui en est le créateur présumé à très certainement fait sans le vouloir un plagiat. Les historiens  qui sondent les fonds de la petite histoire affirment que sous Louis XIV, il existait un système semblable pour tenir le bas. Il serait simplement tombé en désuétude pour des raisons inconnues.

S’il a fallu un bon quart de siècle pour que la jarretelle soit prise en considération, la raison en est plus connue. Il pensait certainement soulager la femme du corset, c’est pour cela qu’il mit ses jarretelles sur une simple ceinture, un ancêtre du porte-jarretelles d’aujourd’hui. La femme fut réticente  plus par son manque d’attrait, sobre, sans dentelles ou broderies, que par le système lui-même. La femme d’alors qui avait l’habitude de se couvrir le corps presque entièrement en sous-vêtements trouva certainement cela minimaliste, mais les mœurs évolueront, lentement il est vrai.

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Les premières jarretelles n’ont pas la finesse de celles que l’on verra plus tard. C’est rappelons-le, un objet qui se veut plus usuel que sexy. Elle est fixée sur de gros élastiques qui auraient très bien pu servir de fronde pour lancer des boulets de canon.

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Dans toute évolution de la mode, ce sont souvent des initiatives isolées qui font qu’elle tend vers un changement. La disparition totale du corset, moins une poignée de nostalgiques n’y échappe pas. En voici quelques prémices…

1900

La championne du monde de natation, Annette Kellermann adopte un costume de bain semblable à celui des hommes. Enorme scandale, elle est carrément arrêtée par la police.

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Annette Kellermann 1887-1975, de descendance anglo-française naît en Australie. Atteinte de polio, son médecin lui conseille la natation. Elle deviendra championne de natation et tentera aussi, sans succès, la traversée de la Manche. Elle milite pour les droits de la femme et notamment le port du maillot de bain une pièce. On la verra aussi au cinéma muet dans des rôles de nageuse.  C’est une pionnière de la danse synchronisée et une végétarienne convaincue.

Un corset sans baleine voit le jour, il faut oser le porter ce qui n’est pas encore gagné.

Premier spectacle de nu aux Folies-Pigalle, on s’y presse.

1902

Dans les écoles, on tente d’interdire le corset aux élèves. On devra y renoncer, car les jeunes filles ont des robes prévues pour être portées avec.

Les premiers tailleurs font leur apparition, on ose porter des robes qui ne balaient juste pas les trottoirs, toutefois on est encore très, très, loin de la minijupe.

Une certaine transparence attire le regard des hommes sur les blouses avec devant en V, laissant apparaître le début de la poitrine.

Apparition dans certains pays germanophones d’une tenue noire très austère pour les femmes, ceci toutefois sans corset.

1903

La célèbre Isadora Duncan danse les pieds nus, 62 ans avant l’icône anglaise des sixties Sandie Shaw.

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Le « cake walk » une danse dérivée de la musique noire permet aux femmes qui le dansent de s’afficher avec des décolletés prometteurs, les robes sont simplement retenues aux épaules par un mince bout de tissu ou de ruban.

Compléments extraits journaux et sources diverses

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Des dessous pour un siècle

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Il m’a paru intéressant d’ouvrir une série d’articles sur l’histoire contemporaine des dessous. Entendons par contemporaine une époque qui va de la fin du XIX ème siècle à nos jours. Dans un blog dédié au bas nylon, il est bien évident que s’il peut en constituer l’épine dorsale, il n’est jamais seul. Il entraîne dans son cortège une série d’accessoires qui sont ses cousins, un festin sensuel qui ne peut se concevoir sans les entrées et les desserts. Le nom générique qui les désignent est dessous, tout en situant leur place dans la succession vestimentaire. Il m’a également paru intéressant de rechercher dans la presse quotidienne quelques articles ou publicités dans lesquels ils apparaissent, les replaçant dans le contexte d’une époque ou d’une autre (les reproductions de textes sont cliquables pour une meilleure lecture si nécessaire). Nous nous arrêterons surtout aux sous-vêtements que l’on porte pour sortir, ceux qui se dévoilent lors du déshabillage, ceux qui sont l’apanage de la femme.

Pendant des siècles, les dessous ont peu évolués. Ils remplissaient la fonction qui leur est attribuée, cacher pudiquement certaines parties du corps, tenir chaud, ou les deux à la fois. Chez le peuples qui ont acquis un certain degré de civilisation, un troisième phénomène se greffe, il assume une certaine coquetterie. Même s’il est invisible,  il assure un modelage du corps, le corset en est une évidente démonstration. Tout est dans l’air du temps, on veut se présenter sous tel ou tel critère, on en arrive à la mode. Sous la morale judéo-chrétienne, le pouvoir de suggestion devient très fort, on ne montre rien ou pas grand chose, mais on donne l’envie d’en savoir plus. Les dessous attisent cette envie de découverte, essentiellement pour le sexe dit fort. Ironiquement, on n’est pas loin de certains comportements que l’on retrouve chez certains animaux. La femelle se pare de mille atours pour séduire le mâle.

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A la fin du 19 ème siècle, les dessous n’ont pas encore conquis tout le monde, il sont adoptés par une certaine catégorie de personnes, le plus souvent à partir d’un milieu plus ou moins aisé. C’est presque normal, le révolution industrielle n’a pas encore procuré un certain train de vie à tout le monde. Alors les dessous qui en principe ne se voient pas, ne sont pas jugés comme indispensables, on pense d’abord à manger ou payer son loyer.

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Bien évidemment les dessous existent, mais se résument à ce que l’on connait encore de nos jours en version expurgée. Pour la femme, le choix est surtout mis en musique par le corset qui assume à peu près l’intégrale des besoins de la condition féminine, maintenir le ventre et la poitrine et éventuellement moduler le corps. Il commence après des siècles de domination d’être remis en cause, plus assimilé à la torture qu’une véritable nécessité.  Il existe même des cache-corsets, il fallait bien titiller encore un peu plus le regard des hommes.  Il y a bien sûr le bas qui couvre la jambe, c’est une obligation qui souffre peu d’exceptions, même aller prendre un bain à la mer jambes nues en soulevant le bas de sa robe frise l’indécence. Les robes sont tellement longues que le problème est résolu dans la plupart des cas. Depuis des siècles ce bas est tenu par une jarretière qui se résume parfois à une simple ruban que l’on serre autour du bas. La jarretelle existe, invention attribuée à Ferréol Dedieu en 1876, mais elle n’est de loin pas encore fixée systématiquement au corset. Ce n’est qu’à partir des années 30 que l’on peut considérer la jarretière comme anecdotique. La culotte et parfois une camisole figurent dans l’assortiment. On est très loin du string d’aujourd’hui quand on parle de culotte, pensez à l’expression culotte de grand mère, cela vous donne une juste idée de la chose. La liseuse est un sous-vêtement d’intérieur proche parent de la robe de chambre. Le jupon fait aussi partie des accessoires, c’est peut-être lui qui a le plus enflammé jadis l’esprit masculin. Le thème revient très souvent dans les vieilles chansons de folklore. Il a la saveur de la vision friponne permise accidentellement, mais pas tout à fait improbable. Montrer son jupon pouvait être considéré comme une invitation. Quand j’étais jeune, on disait encore couramment d’une dame dont on voyait un bout de jupon ou de combinaison dépasser de la jupe ou de la robe, qu’elle cherchait un mari ou un amant. Le soutien-gorge qui existe depuis l’antiquité, n’a pas encore sa forme définitive actuelle. Il s’agit souvent d’un bandage enroulé qui maintient les seins. On sait que des conceptions très proches de celles d’aujourd’hui existaient déjà au 14 ème siècle. Son apparition définitive en version moderne se situe juste après 1900.

Pour les hommes, c’est bien plus simple. Un caleçon à longues manches, une camisole ou un gilet de flanelle sont l’apanage de leurs dessous. Notons quand même les affriolants fixe-chaussettes qui connurent leur heure de gloire en concurrence avec la jarretelle féminine, mais c’est encore une création à venir.

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Vers 1900, la femme n’est pas tellement différente de celle d’aujourd’hui dans l’art de s’habiller, elle veut être belle, coquette, et surtout le montrer. La grande différence, ce sont les moyens dont elle dispose en relation avec ce que la décence permet. On parle beaucoup de femmes portant un foulard actuellement, mais en 1900 dans la rue, on ne voit que le visage de la femme dans les beaux quartiers. Il est évident qu’à cette époque, avoir un visage disgracieux ne permettait pas tellement de se mettre en valeur en usant d’artifices. Tout au plus elle pouvait afficher une belle silhouette et des vêtements de luxe si elle en avait les moyens. Ceci concerne en premier lieu une certaine classe de la bourgeoisie, le femme qui fréquente les lieux plus populaires est un rien plus décontractée, elle ne s’affiche pas forcément avec un chapeau et un manteau, ses cheveux sont libres, ses bras en partie visibles s’il fait chaud. Chacune a son territoire, on ne se mélange pas volontiers.

La femme de la Belle Epoque qui s’habille se soumet à un cérémonial plutôt compliqué. On peut s’imaginer ce qu’il serait advenu à la femme réveillée en pleine nuit par l’incendie de sa maison et qui veut la quitter en toute dignité. Elle enfile chemise, corset, cache-corset, bas, jarretière, jarretelles, une sorte de pantalon qui en se raccourcissant deviendra la culotte, un jupon de dessous, un de dessus, remplacés plus tard par la combinaison. C’est le version intégrale, elle peut être simplifié par certaines dames, mais ne croyez pas que c’est la règle la plus courante.

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C’est un des paradoxes de la mentalité féminine d’alors, elle se soumet volontiers à son rituel d’habillement, mais d’un autre côté elle réclame son émancipation, chose que le mâle rechigne plutôt à lui accorder. On a vu de beaux exemples à la cour des rois de France de femmes qui savaient être égales, même supérieures à l’homme. Ceci dans bien des domaines la littérature, les arts, il n’y a guère que la chose militaire qui leur échappe et encore. A travers les premiers mouvements féministes, le femme décide de prendre son destin en main et le revendique. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais cela se fera et malgré le mépris masculin, elle y parviendront plutôt bien. Les prémices de cette révolution une fois entamés, ce n’est pas tellement le droit de vote qu’elles réclameront le plus fort, mais la mise au rencart du corset.

Dans le prochain chapitre, nous verrons les pour et les contre de cette révolution, les arguments, tout en soulevant les robes pour voir visuellement ce qu’il y dessous.

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Cette article paru en 1901 est tirée d’un roman. Une doctoresse, chose encore peu courante, présente une thèse où il est question du corset. C’est aussi là où j’ai fait mes recherches que je trouve mentionné le mot jarretelle pour la première fois. Selon la plupart des historiens, elle a été inventé par Ferréol Dedieu en 1876, mais n’a de loin pas encore conquis toutes les fabricants et les dames qui continuent à porter la jarretière. 

Jarretelles et bas sur fond de soldes

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L’aventure commence à l’aurore disait Brel dans une de ses chansons. Au risque de le traiter de menteur, pour moi elle commence plutôt l’après-midi. Vous connaissez le décor, un grand magasin dans lequel j’aime flâner. C’est une connerie, mais dans ces lieux, cela sent toujours bon. Un petit relent agréable du rayon parfumerie qui semble hanter tout le magasin de ses effluves invisibles. Je suis de bonne humeur, bonne table à midi, suivi d’un petit café bien serré, comme si je dansais un slow entreprenant avec une belle dame. C’est les soldes et leur euphorie dépensière. Bien des gens se donnent l’illusion que tout peut s’acheter avec quelques pièces. Pour en revenir à Brel, imaginons que dans un couplet de « Ces Gens-Là », il avait consacré un couplet aux soldes, attention c’est à double sens:

Et puis il y a la fille,

Qui court tous les soldes

Qui cherche les bonnes affaires

Mais qui n’a pas la beauté

Pour animer ses rêves

Et qu’elle cherche le prince

Qui lui offrira tout ça

En échange d’un désir

Qui sera mort demain

Parti vers d’autres ailleurs

De possibles meilleurs

Faut vous dire Monsieur

Que chez gens-là

On aimerait bien, monsieur, on aimerait bien

On scrute

Vous reconnaissez-vous dans la chanson de Brel? Je ne bois pas, je ne vais pas à l’église, j’vais pas faire des affaires avec ma petite auto. J’aimerais pas avoir l’air du tout. Je n’ai pas la moustache du père et je ne suis pas mort d’une glissade. Le seule couplet qui pourrait me concerner de loin est celui de Frida, je crois qu’on a tous eu une Frida. Le charme des chansons de Brel ou Brassens, c’est de ne concerner que les autres, pas vrai?

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Après cette intermède en musique sans son, revenons à nos soldes. Je fais modestement partie de cette foule fiévreuse qui a bien compris que les panneaux « sale » n’indiquent pas l’état des lieux, mais un de ces anglicismes qu’on veut nous imposer pour nous désigner les soldes. Comme si le modeste effort de traduction nous rapportait 50% de rabais supplémentaire. Les soldes peuvent quand même avoir du bon. Comme cette anecdote qui m’est arrivée récemment. Dans une autre vente, un autre endroit, une autre année, je me suis acheté une flopée de t-shirts, à quelque chose comme deux euros pièce. S’il n’y a pas au moins une dizaine de collègues de travail qui ne m’ont pas félicité pour leur originalité, que le grand croc me crique. Comme quoi, pas besoin de se pavaner en Lacoste pour intéresser la foule. Ce Boss, un rien l’habille! J’ai mon modeste achat à la main, pas même soldé, l’envie de ne pas faire comme les autres. Je prends la queue, aucune allusion érotique, je patiente. Devant moi un couple, la quarantaine. Madame est bien mise, un jupe, des collants opaques, une veste de bel effet. Monsieur est classique, bien fringué, une tête de séducteur alimentée par une circulation sanguine qui commence à avoir des ratés, le cheveu rare et bien entretenu. Madame tient sur son bras gauche à l’aide de la main droite, une pile d’achats assez conséquente.  A voir, il s’agit plutôt de lingerie, ce qui mine de rien, suscite mon intérêt, vous pensez bien. J’ai beau scruter attentivement, je remarque rien de spécial dans le tas, mais attendons la suite. C’est son tour de passer à la caisse, elle pose sa pile sur le comptoir, C’est le cas de le dire, le défilé de lingerie peut commencer, grâce à la vendeuse qui saisit les pièces une à une pour les plier et les comptabiliser. J’avais un doute, vite dissipé. La belle a prévu quelques soirées chaudes pour compenser la température extérieure plutôt frisquette. Elle a choisi d’être coquine. Six ou six culottes et strings pas très sages. Quelques trucs destinés à soutenir ce qui nous classe dans les mammifères, style de même acabit. Et je les attendais, de quoi se faire encore plus désirable en portant des bas, une guêpière mauve, deux porte-jarretelles, l’un rose, comme c’est mignon, l’autre d’un noir plus conventionnel. C’est de la lingerie minimaliste, mais je pense qu’elle ne va pas aller au bureau avec ça. Et puis, disons que c’est le geste qui compte. Pas la moindre paire de bas, mais elle ne doit pas être à son coup d’essai, il doit bien y avoir un tiroir à quelque part qui ne contient pas que des images pieuses.  Monsieur, bien que ne pipant mot, doit avoir une paire de mains virtuelles qui applaudit très fort et réclame des bis. Sortant les mains de ses fouilles, dans lesquelles il avait peut-être discrètement entamé un petit billard de poche, il sort fièrement sa carte de crédit, c’est sa tournée. Quant au Boss, il jubile du spectacle de cette femelle écureuil qui a fait provision de noisettes pour l’hiver, tout en ayant envie du jouer du casse-noisette sur un air de Tchaikovsky.

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Même après-midi, autre lieu. Le second café me tourneboule l’esprit. C’est ma petite drogue, mon petit plaisir. Je dois en avoir bu quelques trains, composés d’un tas de wagons-citernes. On le dit mauvais pour la santé. Bah, ma mère qui franchit la barre des 90, n’a bu que cela dans sa vie. Imaginez les derricks en Arabie-Saoudite qui produisent du café, eh bien pour elle, c’était juste suffisant. Un bar anonyme, là où je pose mes fesses au hasard des places libres. Le café commandé, toujours bien serré, j’ausculte la foule avoisinante tel un toubib qui trouve des morpions en se demandant ce qu’ils peuvent foutre là. Sur ma droite, un peu plus loin, deux femmes entretiennent le feu de leur conversation. Probablement deux frangines, avec ce petit air de façonné dans le même moule. La plus jolie, je la vois de profil, assise sur sa chaise avec sa jupe grise un peu serrée. Ah, si elle ne porte pas des bas jarretières, que le grand cric me croque avec sa trique. Il y a des évidences que l’on ne peut pas nier, genre on trouve sa femme au lit avec le voisin « Mais non chéri, c’est pas ce que tu crois¨. Le spectacle me plaît et j’ai les yeux rivés… sur le spectacle. La frangine prend cela à son compte, visiblement j’ai l’air de l’intéresser. Elle ne me quitte pas des yeux en esquissant un léger sourire, je dirais marchand. Bien sûr, avec la distance, elle ne peut deviner que mon intérêt se porte 80 centimètres plus à gauche et 78,2 centimètres plus bas. Eh non ma belle, les femmes inconnues en pantalons ne m’intéressent pas trop. Sauf si elles me font savoir qu’elles ont une collection pas possible de porte-jarretelles à la maison. Je peux éventuellement visiter, uniquement sur invitation naturellement, on est gentleman et on le reste. Tant pis, le spectacle fut quand même des plus agréables. Et qui sait, la prochaine fois, il y aura à la même place une dame assise avec un bout de jarretelle qui me fera coucou du fond de son antre.

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