Du nylon quand le jour se lève

 

Je n’ai jamais caché ma préférence pour le cinéma français des années 30. Ce n’est pas la seule période intéressante, mais celle-là aligne les grands films plus que tout autre. Entre Marcel Carné, Jean Renoir, Julien Duvivier et quelques autres, il y a de quoi se scotcher à l’écran. Depuis que le cinéma parle, vers la fin des années 20, il a conservé cette aspect un peu théâtral de l’acteur, une grande partie vient de là, en y ajoutant une voix qui est son autre carte de visite. La trilogie de Pagnol est presque plus gravée dans les mémoires par les voix que par les interprétations.
Avec « Le Jour Se Lève » Marcel Carné explore le monde ouvrier de l’immédiat après Front populaire. Ce qui attire en premier lieu l’oeil du spectateur, c’est sans doute le décor.  Des banlieues enfumées par les usines, le matin gris qui se lève alors que le monde se rend  à son travail. C’est la place rêvée pour qu’un drame se déroule, il va d’ailleurs se construire sous les yeux du spectateur. L’histoire de déroule à l’envers, on assiste par de nombreux retours en arrière aux faits qui vont y conduire, des flashbacks, une technique peu expérimentée à l’époque.
François (Jean Gabin) est un ouvrier pas trop mécontent de son sort. Il fait un travail pénible de sableur dans une usine avec son collègue Gaston (Bernard Blier). Il tombe amoureux de Françoise (Jacqueline Laurent), une jeune fleuriste qui ne répond pas de manière empressée à ses avances. Un autre homme Valentin, un baratineur  dresseur de chiens (Jules Berry), a également des vues sur elle. Il n’hésite pas à la faire passer pour sa fille afin de décourager François, tout en lui proférant des menaces. La maîtresse de Valentin, Clara (Arletty), tente de le consoler à sa manière et de le mettre en garde, elle qui le connaît bien. Ainsi, le drame peut se nouer qui ira jusqu’à l’assassinat de Valentin par François.
L’interprétation est majestueuse, Gabin tient là un de ses grand rôles. La scène finale est un moment d’anthologie. Jules Berry dans son rôle de cynique est toujours parfait. On aime le détester. Comme dans beaucoup de ses apparitions, on voit  l’homme du théâtre, parfois jouant comme il le sent et non comme on veut qu’il joue. Arletty est dans son premier rôle dramatique, elle ne démérite pas, égale à sa légende.
Carné qui a déjà entamé une collaboration avec Jacques Prévert poursuit avec lui. Il signe les dialogues parfois savoureux du film. Il aura encore l’occasion de rencontrer sur sa route quelques grandes réussites du cinéma de cette époque, qui deviendront mythiques aussi grâce à lui.
Tant par son ambiance, par ses scènes remarquables, ses dialogues, ce film restera à jamais un moment inoubliable. Il passe d’autant mieux à la postérité qu’il semble toujours trouver un public pour l’aduler. Il peut aussi se regarder comme un documentaire hors du temps, la vie dans les années 30, ses joies, mais plus encore, ses drames.

Autour du film

Le film fut à sa sortie assez fraîchement accueilli par le public qui ne comprenait pas trop la narration du film en flashback. Par la suite, une introduction expliquait le déroulement du film.

La censure fit supprimer une scène du film où Arletty était nue.

Tourné dans un contexte difficile, la guerre approchait, il fut au début de l’occupation, pour finalement ressortir en 1942. Il connut alors un succès plus conséquent.

La maison où habite Gabin est construite spécialement pour le film. Il n’y a pas de mur à l’arrière, ce qui permettra à la caméra de faire des plans en sautant allègrement les étages. Il y a aussi de nombreux décors érigés spécialement pour le film.

Jacqueline Laurent a été imposé à Carné par Prévert dont il était l’amant à l’époque.

En hommage un film, une rue à Boulogne-Billancourt porte le nom du film.

Avec : Jean Gabin (François), Jules Berry (Valentin), Arletty (Clara), Mady Berry (La concierge), René Génin (Le concierge), Arthur Devère (M. Gerbois), René Bergeron (Le patron du café), Bernard Blier (Gaston), Marcel Pérès. 1h33.

Des bas nylons dans un cercle rouge

Le Cercle Rouge de Jean-Pierre Melleville, 1970

C’est un de mes films coup de coeur, ceux que je peux regarder avec plaisir de temps en temps. Une histoire bien ficelée, mais quand même d’un calme relatif sans toutefois oublier quelques scènes plus remuantes. C’est une belle étude de moeurs, qui montre que tout n’est pas vraiment tout noir ou tout blanc. La canaille peut se révéler plus sincère dans une amitié que sa contre partie dans un monde plus dans la norme bien pensante.
Une des puissances du film est aussi de montrer les acteurs dans des rôles de contre emploi. Bourvil excelle dans un rôle de flic qui n’est pas celui d’amuser la galerie. On l’oublie un peu souvent, il n’a pas joué que les idiots de service, il savait tirer son épingle du jeu dans des rôles de méchants avec plus ou moins avec des circonstance atténuantes. On peut se rappeler de lui dans « Les Misérables » où il est sans doute l’un des Ténardier les plus abjects de ce personnage porté à l’écran. D’autres se rappelleront aussi du « Miroir A Deux Faces » où il devient un assassin par dépit. Alain Delon, plus habitué aux rôles de beau gosse plus rarement à celui de petit truand s’en tire aussi à merveille. Dans ce film où il n’embrasse aucune femme, il est crédible d’un bout à l’autre. Je pense que c’est un des mérites de Delon, il a incarné bien des personnages différents dans sa carrière, sans jamais paraître une caricature de lui-même. Yves Montant en alcoolique victime de délirium se métamorphose en gentleman de la bonne société et en mari généreux. Il est le seul dans le film dont le personnage change totalement de registre. Gian Maria Volontè est évidemment à classer dans les grands acteurs. Bien qu’il fut révélé par le western spaghetti, il n’enchaîna pas moins une belle carrière dont sa présence dans ce film n’entache pas la maestria. François Périer est égal à son habitude, celle d’apporter sa petite touche de bon comédien, sa longueur étant proportionnelle à la durée de sa présence à l’écran.

Il ne faut pas oublier les seconds rôles dont le principal est Paul Crauchet, dont on ne retient pas forcément le nom mais que l’on retrouve ici et là dans 60 ans de cinéma. Et ce bon vieux Pierre Collet, le flic du couloir des « Cinq Dernières Minutes » qui salue Bourrel quand il rentre dans son bureau. Et puis j’aime bien retrouver dans les films ce que l’on pourrait appeler les vieux de la vieille, ici Paul Amiot en chef de la police, un de ces acteurs qui était déjà présent quand le cinéma balbutiait ses premiers mètres de pellicule et qui a plus de 80 ans tourne encore. Sûr que sa présence dans ce film lui assure un petit relent d’éternité.

Le Film

Corey (Alain Delon) a fini de purger une peine de prison à Marseille. Un des gardiens de la prison l’a branché sur un coup qui pourrait devenir le casse du siècle, le cambriolage d’une bijouterie prestigieuse de la place Vendôme à Paris. Corey ne promet rien de précis, sauf qu’il va étudier la chose. Il se rend chez un ancien comparse, Rico (André Ekyan), qui ne s’est pas beaucoup occupé de lui quand il purgeait sa peine. Non seulement il constate que son ancienne petite amie est devenu la sienne, mais que l’argent auquel il estimait avoir droit pour le prix de son silence n’allait pas lui être donné facilement. De rage, Corey se sert généreusement et se tire. Aussitôt Rico envoie deux de ses lieutenants à ses trousses, mais Corey se débarrasse d’eux dans une salle de billard. Il devient alors un assassin en fuite, quelques heures après sa sortie de taule. Il s’achète une voiture et file en direction de Paris.

Parallèlement, le commissaire Matteï (André Bourvil) est chargé de convoyer un malfrat du nom de Vogel (Gian Maria Volontè)  par train de nuit. Au petit matin, ce dernier parvient à prendre la fuite et essaye de disparaître dans une forêt. Aussitôt une vaste chasse à l’homme est entreprise, mais il parvient à se cacher dans le coffre d’une voiture arrêtée sur une aire de repos avec restaurant. Cette voiture c’est justement celle de Corey, qui a vu l’homme se cacher mais qui fait semblant de rien. Il redémarre avec sa bagnole et s’arrête dans un coin désert en signalant au passager clandestin qu’il peut sortir sans crainte. Après quelques explications, les deux hommes s’estiment et Corey accepte de prendre le risque de sortir Vogel de la zone dangereuse. C’est un double risque, car il imagine bien que son double meurtre ne va pas tarder à mettre éventuellement la police sur sa piste.

Ce qu’il reste de l’endroit des scènes du relais routier en Côte d’Or

Malgré quelques péripéties, ils arrivent sans encombre à Paris. Toutefois rien n’est gagné d’avance, Matteï recherche activement Vogel. Corey, si la police ne l’a pas peut être pas encore fiché comme suspect pour le meurtre, la Bande à Rico veut sa peau. Et par dessus tout, il faut préparer le casse, car c’est décidé il aura lieu…

Le film montre la vie telle qu’elle est. D’un côté nous avons les bandits, de l’autre les gendarmes. Que l’on soit d’un côté ou d’un autre, on peut regretter d’avoir fait un choix quel qu’il soit. On s’aperçoit assez vite que Matteï n’est pas mieux logé que le criminel qu’il poursuit. Si le truand cherche la liberté et la trouve pour une durée indéterminée, le commissaire ne l’a pas. Il doit fournir des résultats et s’il ne fait rien, il sera écrasé par le rouleau compresseur de sa hiérarchie qui veut des résultats et qui voit en chaque homme un personnage douteux, même s’il représente là loi. Tous les moyens sont bons pour la faire régner, seuls les résultats comptent.

A plus d’un titre ce film est exceptionnel, c’est la rencontre de quelques géants de l’écran qui se donnent les moyens de faire vivre le film. L’histoire est au fond assez banale, c’est presque un fait divers filmé, comme la police poursuit tous les jours des personnes en mal de loi. Des braquages, des vols, il y en a tous les jours sans que cela nous étonne. Le scénario se déroule comme une rivière qui coule paisiblement. La caméra s’attarde plutôt sur les reflets des personnages qui apparaissent à sa surface. De temps un temps, une chute ou une pente en accélère l’écoulement. Le film sort un peu de sa réserve lors du casse de la bijouterie, la nuit quand l’endroit est vide, un endroit très inaccessible autrement que par la porte. A l’écran, il dure 25 minutes sans dialogues. On les suit dans les maisons voisines, sorte de labyrinthe qui mène au trésor, on descend un mur ici, on passa passe par une lucarne ailleurs. Finalement, on entre dans cette forteresse dont le moindre centimètre carré est sous l’oeil des caméras avec un gardien qui chapeaute la surveillance. Même là, il n’y a pas de tempo rapide, tout se déroule dans un calme parfait, presque sans en bruit, on s’échange juste des signes. La scène est pourtant pleine de suspens,  on retient son souffle.

Autour du fil

C’est le seul film de Bourvil, son avant dernier, où il est crédité de son prénom, André.

La bande sonore, assez jazzy, est composée par Eric Demarsan, un habitué de ce genre d’exercice. 

Le titre du film reprend une citation attribuée à Bouddah : « Quand les hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents ; au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. « 

Elémentaire mon cher Nylon

Film

Conal Doyle a été de multiples fois adapté à l’écran, les premières remontent pratiquement à l’avènement du cinéma. Tous les films tournés d’après ses histoires sont assez inégaux. Bien entendu son personnage central, Sherlock Holmes, reste le plus célèbre. Quelques acteurs se sont fait une spécialité de l’interpréter. On peut retenir Basil Rathbone, Peter Cushing, et celui qui me semble avoir le mieux incarné le héros, Jeremy Brett dans les années 80. Ce dernier a donné à Holmes, une dimension un peu hypnotique, hallucinée. Il est vrai que dans ses enquêtes le détective a presque un pouvoir surnaturel de déduction.

Mais remontons un peu dans le temps avec celui qui fut un des bons interprètes du personnage, Peter Cushing. Il a l’avantage d’être un Anglais, plus Anglais que n’importe lequel de ses concitoyens. Il est évident que les histoires sont bien anglaises, le domicile du héros est un « home sweet home » dans la plus pure tradition.

Dans les années 50, une petite compagnie anglaise fondée vingt ans plus tôt, Hammer Film Productions, veut redonner à l’épouvante et au fantastique ses lettres de noblesse à l’écran. Après une certaine popularité au début des années 30, Dracula, Frankenstein, sont un peu retournés dans la tombe. Elle y parvient plutôt bien, en donnant à Dracula une nouvelle dimension, il devient sexy avec les interprétations de Christopher Lee, qui grâce à ce rôle va se construire une carrière de premier plan pendant plus de 50 ans. Celui qui lutte contre le vampire est justement Peter Cushing, compère de Lee à l’écran et aussi à la ville. Dans de nombreux films de la Hammer, ils partageront la vedette. C’est justement pour l’un d’entre eux qu’ils se retrouvent, cette fois pour une adaptation de « Chien Des Baskerville », l’une des histoires les plus célèbres de Doyle. C’est plus une histoire d’aventures que d’épouvante ou de fantastique, bien que le fameux chien a dans l’histoire une petite réputation de surnaturel.

Peter Cushing interprète de rôle de Sherlock Holmes, tandis que Christopher Lee a un rôle tout à fait « normal », il est Sir Henry de Baskerville, l’un des notables d’un petit bled perdu dans la campagne anglaise. Toutefois, l’un de ses ancêtres selon une légende, a été tué par un chien monstrueux. Et il semble que ce chien a été ressuscité et en veut à la vie du dernier de la lignée des Baskerville. De quoi amener Holmes et son compère Watson à bénéficier de l’hospitalité du châtelain pour élucider l’histoire.

Une chose que la Hammer saura rondement mener, c’est l’importance des seconds rôles en recrutant de bons acteurs. Le plus savoureux d’entre eux fut Miles Malleson qui incarne le rôle du pasteur, amateur de sherry et expert distrait en sciences naturelles. Le docteur Watson est tenu par André Morell, qui est aussi connu pour être le mari de la plantureuse Joan Greenwood. On retrouve également dans la distribution John Le Mesurier, qui est le serviteur de Baskerville. C’est un acteur très populaire, il tourna dans une pléiade de films dont certains de premier plan. Vous ne le savez sans doute pas, mais c’est le père de Robin Le Mesurier depuis plus de 20 ans le guitariste attitré de Johnny Hallyday.

Le film est sorti en 1959 et réalisé par Terence Fisher qui devient ainsi l’un des personnages clés des fameux studios en tournant une longue série de films dans le même genre. Sa version de roman de Doyle est impeccablement réalisée, tout en prenant des libertés avec l’histoire originale. Son apport à la légende de la Hammer n’est pas négligeable. Il y a en fin de compte peu de studios qui ont ce statut et qui passionnent les cinéphiles sans jamais avoir tourné l’ombre de ce qui pourrait ressembler à un chef d’oeuvre.

Anecdotes autour du film.

Sherlock Holmes n’est presque pas concevable sans une pipe à la bouche. Malheureusement Peter Cushing n’était pas un fumeur, mais bien obligé de se soumettre aux exigences du rôle. Alors chaque fois qu’il devait le faire, il se rinçait la bouche en buvant du lait qu’il avait toujours à proximité.

Si ma mémoire est bonne et je crois qu’elle l’est, il y a dans un épisode du fameux jeu télévisé des années 80 « La Chasse Au Trésor » avec Philippe de Dieuleveult, il y a une scène qui a un lointain rapport avec ce film. Quand la vedette fait la chasse aux trésors qu’il doit découvrir, il tombe tout à fait pas hasard sur Christopher Lee en train de tourner un film. Je cois que c’était un chasse qui se déroulait en Inde, ou sinon dans un pays oriental. Peut-être un visiteur pourra confirmer la fidélité de ma mémoire.

Bande annonce du film

Un extrait avec Miles Malleson

Des bas nylons et 1941

La comédie au cinéma, pour moi, est prétexte à faire rire. Je dois avouer qu’en la matière je suis un spectateur assez difficile, tout le contraire que dans la vie courante où je suis plutôt de bonne humeur et passe même pour un mec qui a de l’humour. Dans la vie de tous les jours, je prends ce qui vient et je fais avec, tout en étant assez malin pour trouver l’humour là où il peut se cacher. Au cinéma, c’est un peu différent, d’abord j’ai payé une place et ensuite je suis obligé de suivre ce qu’on me propose à l’écran. L’humour au cinéma je le classe entre deux catégories, d’une part l’humour grosses ficelles, genre l’idiot de service ou les histoires tarte à la crème, d’autre part l’humour un peu absurde ou surréaliste. Je crois que le premier cas est hélas un peu épuisé, tandis que le second offre des possibilités infinies. Il faut faire rimer des choses qui en principe n’ont pas de rapport et les lier pour en sortir un effet comique parlé ou visuel. J’en suis venu tout naturellement à aimer les fameux Monty Phyton et tout ce qui peut être comparé à ce style. Parmi les anciens, il y a certainement les interprétations des Marx Brothers ou de WC Fields qui font office de référence dans ce genre de tentatives. Je ne mets pas des cette liste Chaplin ou Laurel et Hardy, bien que cela me fasse bien rire, mais c’est un autre genre d’humour, c’est justement ce que j’appelle tarte à la crème, ou assez proche.

Des films que j’ai pu voir au cinéma et qui approchent ce goût de déjanté, je vais parler d’un cinéaste que je n’aime pas plus que ça, mais qui m’a enchanté avec un film qui a été un bide pour lui, 1941, il s’agit évidemment de Steven Spielberg.

Avec ce film sorti en 1978, Spielberg y va de sa dose d’absurde, il n’y a pas beaucoup de scènes dans son film où on a l’impression d’être dans un documentaire, tellement les événements qui s’enchaînent ne pourraient pas se produire dans la simple réalité. Tout est fait pour que la plupart des scènes aillent au delà du réel pour finalement rencontrer l’humour. C’est là justement qu’il faut faire appel à son non sens. Je sais que des personnes qui ont vu ce film n’ont pas réussi vraiment à rire, c’est justement parce qu’elles ont trop d’idées conventionnelles. Un qui se ramasse une tarte à la crème en pleine figure, ce sera l’effet comique parfait, tandis qu’un pilote d’avion, cigare au bec, qui se pose sur une route pour aller faire le plein à une station service et qui a l’air de trouver cela tout naturel, va être rangé au rang d’un mauvais gag ou une absurdité quelconque.

Les acteurs figurant dans ce film ne sont pas des stars de premier rang, du moins à l’époque du tournage, ils sont pourtant des figures connues dont la plupart se sont fait remarquer pour un rôle ou un autre. La multitude des personnages qui apparaissent dans le film fait qu’ils n’apparaissent qu’assez brièvement dans le film. On y trouve Christopher Lee en officier allemand ; Toshirö Mifune, l’acteur japonais le plus célèbre à l’étranger ; Robert Stack, célèbre avec la série des Incorruptibles ; Nancy Allen, en sulfureuse secrétaire avide de sensations, ainsi que Warren Oates et Mickey Rourke, alors débutant, ou encore Dan Aykroyd, futur Blues Brothers avec son compère John Belushi. Justement ce dernier est un peu la vedette du film, en pilote d’avion complètement déjanté, chose qu’il était aussi un peu dans la vie courante. Ned Beatty, incarne à la perfection un patriote américain, plus patriote qu’intelligent, qui doit satisfaire une armée américaine envahissante et une femme acariâtre qui ne veut pas d’armes dans la maison, ou du moins que cela ne salisse pas le parquet.

C’est un film qui ne se raconte pas, il est bien préférable d’en découvrir toutes la succession de gags. Les spectateurs sont partagés et s’il n’amena pas les grandes foules dans les salles, il n’en reste pas moins qu’il a un noyau de supporters fanatiques.

J’ai choisi deux citations de fans :

Ce film est fait pour 1% de la population et j’en fais heureusement partie.

Ceux qui ne trouvent pas d’humour dans 1941 ont besoin de décompresser.

Le film

Le 7 décembre 1941, les Japonais attaquent Pearl Harbour, ça c’est la vérité historique, la suite l’est moins. Imaginée par Spielberg, on se retrouve quelques jours plus tard à Hollywood. Des témoins racontent avoir aperçu un sous-marin japonais dans les environs. Il ne fait pas un pli que les Japonais vont attaquer les USA. Alors la future défense s’organise, dans la plus parfaite anarchie et la panique la plus totale. La ville sera bien mise à mal, pas tellement par les Japonais, mais par les citoyens eux-mêmes.

Toutefois Spielberg s’inspire d’un fait qui s’est réellement passé, et qui créa un mouvement de panique bien moins destructeur. Mais voyez plutôt…

Au début de 1942, de mystérieuses lumières, tantôt immobiles, tantôt mouvantes, apparaissent une nuit vers Los Angeles dans le ciel pendant une heure. On a jamais su l’origine exacte de ces lueurs, on parla aussi d’ovnis par la suite. On crut à une attaque des Japonais. Pendant une heure, projecteurs allumés, des tirs de DCA pilonnèrent les fameuses lueurs. Il en résulta une panique générale, tous les environs étaient en état de guerre. Mouvements de foule, de militaires, un joli bordel quoi. Tout finit par rentrer dans l’ordre, mais que s’était-il passé dans le ciel, ça c’est encore un mystère, en sachant que les Japonais n’avaient pas la possibilité technique d’envoyer des avions sur les côtes de Californie.

Sur cette photographie qui fut célèbre en son temps, on voit ces fameuses lumières, les petits points dans le ciel, les grandes lumières blanches étant les projecteurs de la DCA qui envoyèrent quand même plus de 1400 obus dans le ciel, sans réussir à en éteindre une.

Des bas nylons et un mec bizarre

Cinéma

Le personnage qu’il fallait trouver c’était bien sûr Mr Fritz Lang. J’explique les indices…

Dans un de ses films il y en avait trois, allusion à son film « Les Trois Lumières » de 1921.

Le titre d’un de ses films a sans doute inspiré une aventure de Black et Mortimer. Dans les aventures de Blake et Mortimer, il y a la fameuse « Marque Jaune » qui signe ses méfaits par un M en jaune, bien sûr je pensais à son célèbre « M Le Maudit ». Dans le film de Lang, le meurtrier se trouve aussi avec un M écrit à la craie dans son dos.

Dans un de ses films, il y avait plus de 30000 figurants. C’est évidemment dans « Metropolis » qu’on les trouve. Sans doute la première superproduction du cinéma. Et quel film!

Dans un film français très connu, il joue son propre rôle. Jean-Luc Goddard a fait appel à Fritz Lang (un hommage) en 1962 pour « Le Mépris » avec Brigitte Bardot, dans un rôle qui a sans doute rehaussé son estime auprès des cinéphiles. Lang y joue Lang avec toute la lucidité du personnage face à la caméra.

Eh bien consacrons justement cet article à Mr Lang et un de ses chef d’oeuvre M Le Maudit, de 1931.

Même s’il n’avait jusqu’alors tourné que des films muets, Fritz lang était ce que l’on peut considérer comme un réalisateur vedette, spécialement en Allemagne, sa patrie. Le magnifique Metropolis l’avait déjà fait entrer dans l’histoire. En voulant passer au parlant dont c’était les débuts, il se devait de trouver quelque chose qui ne déparerait pas de ses précédentes réussites. il choisit de s’inspirer en partie du tristement célèbre Peter Kürten, un sérial killer surnommé le Vampire de Dusseldorf. Lang semble avoir assisté au procès du tueur, une sorte de témoin de première main pour lui. Il bâtit un scénario sur cette histoire et la transpose à Berlin, en gardant l’option de détraqué sexuel du tueur, mais qui ne s’attaque qu’aux enfants, alors que le « modèle » est plus « éclectique ».

Encore fallait-il trouver un acteur qui puisse incarner le personnage. Le génie ou la chance de Lang fut de faire confiance à Peter Lorre, un acteur presque débutant originaire de l’actuelle Autriche. Par ailleurs un personnage plutôt paisible dans la vie courante, il réussit à donner au rôle toute l’ampleur qu’il nécessitait. A la fin du film, durant son procès devant et par la pègre, il est criant de vérité quand il tente d’expliquer comment les démons qui l’assaillent dans son esprit l’obligent à tuer des enfants innocents. C’est sans doute l’une des plus grandes interprétations jamais filmées par une caméra pour le cinéma, Lorre y est prodigieux. Peu d’acteurs ont bâti une carrière d’acteur sur un rôle ou une séquence dans un film. Il est parmi les quelques uns qui ont réussi cet exploit. Fuyant l’Allemagne car étant d’origine juive, il trouva presque naturellement une suite pour sa carrière à Hollywood, Fritz Lang aussi, apparaissant dans des films célèbres. Il se permit même de moucher Hitler, impressionné par son rôle, qui lui faisait un appel du pied pour retourner en Allemagne, tout en faisant table rase de ses origines. Il lui répondit qu’il y avait déjà assez d’un assassin en Allemagne. Hitler vexé par sa réponse le fit mettre sur une liste noire des personnes à faire disparaître en priorité.

Le sujet

La peur règne sur la ville, ici Berlin, car plusieurs meurtres sur des enfants ont été commis. Pressé par ses chefs, la police qui n’a pas le moindre indice, doit absolument trouver la piste du meurtrier. Alors elle entreprend d’incessantes descentes et contrôles dans les bas-fonds de la ville, car on suppose que le meurtrier en fait partie. Cet harcèlement commence à sérieusement gêner tous les petits truands qui ne peuvent plus truander en rond. Rappelons que le cadre temporel dans lequel se situe l’histoire est celle de la crise d’après 1929, une époque où chacun doit se débrouiller comme il peut, pas toujours de manière honnête.

Si la police a son réseau de renseignements, il y en a un qui est peut être encore plus efficace, celui de la pègre. Lors de la réunion d’un comité de chefs truands, ils décident de rechercher et de trouver le meurtrier pour mettre fin à ses agissements et retrouver un certain calme, chose qui risque d’arriver si les meurtres cessent. Ils possèdent un semblant de certitude que la police ignore, le criminel n’appartient pas à leur milieu, mais plutôt à celui de la bourgeoisie. Une vaste toile d’araignée est tissée à travers la ville avec principalement les nombreux mendiants, une banalité à l’époque, comme observateurs et indicateurs qui se fondent parfaitement dans les décors. Grâce à cela, il arrivent à mettre le grappin sur le tueur et décident de la juger à leur manière. Ce qui conduira au fameux procès qui occupe la dernière partie du film.

Le film

Avec ce film on peut considérer que Fritz Lang entre dans la modernité en le sonorisant, mais les images et l’ambiance ainsi que sa manière de filmer, ne dépareillent pas avec les films précédents pratiquement tous entrés dans la légende. Il n’a pas voulu en faire un thriller, il n’y pas de scènes crues, ni de poursuites impitoyables, comme cela est le cas dans La Nuit Du Chasseur par exemple. Malgré tout, c’est un film à l’action soutenue, qui contrastent avec une certaine lenteur assez présente dans les images de l’expressionnisme allemand qui tiennent lieu de sons ou de paroles. Les meurtres des enfants sont suggérés, un ballon qui sort d’un buisson et qui roule sur le sol, une baudruche qui s’envole et se coince dans les fils électriques. Même si on ne voit pas le meurtrier, on sait qu’il est là à l’affût, car il a l’habitude de siffloter le célèbre air extrait de Peer Gynt composé par Edvard Grieg. C’est d’ailleurs Fritz Lang qui le fait et double en quelque sorte sa vedette. Une partie des acteurs du film pour les petits rôles sont réellement des gens du milieu. Il voulait par là donner une touche plus réaliste à ses images.

Avec ce film, Fritz Lang signe une oeuvre magistrale, un peu aidé sans doute par la prestation de Peter Lorre. Mais très souvent dans le cinéma l’un est complémentaire de l’autre. C’est au réalisateur de tirer tout le jus d’un acteur, encore faut-il qu’il en soit capable et qu’il sache trouver celui qui en est capable. Il développe aussi la question sous l’angle social des comportements anormaux, c’est une première dans l’histoire du cinéma, et des assassins par pure gratuité. Dans sa défense, l’assassin affirme que des forces mystérieuses l’obligent à commettre ces meurtres. S’il est indéniable que de tels personnages ne peuvent être laissés en liberté, il semble que depuis Freud on a passablement dépoussiéré le terrain pour le compréhension de ces phénomènes. Victimes ou coupables, c’est selon sa sensibilité personnelle. Tout au plus, il faut juste être heureux de ne pas être comme cela et ne pas jeter la pierre trop vite à ceux qui sont atteints de ce mal. La nature, en apparence si souvent harmonieuse, a sans doute quelques grains de folie dont la finalité nous échappe. Qu’est ce qui nous oblige à aimer plutôt ceci que cela, qu’est ce qui nous oblige à protéger la vie ou à tuer, et surtout avons-nous la possibilité d’inverser le mal pour le bien quand il se présente en nous?

Ce film est incontestablement un film qu’il faut avoir vu. Malheureusement, aller au cinéma maintenant est trop souvent synonyme d’effets spéciaux et de trucs bassement commerciaux pour attirer le spectateur. Le cinéma, je ne le dis jamais assez, c’est comme la musique. Un nouveau style ne naît pas d’un claquement de doigts, il y a toujours des inspirateurs, des inspirations, des prémices. Il est certain que voir M Le Maudit est une manière de remonter aux sources. Il reste bien des poussières de Mr Lang dans l’histoire du cinéma.

Un décor qui appartient au film, mais pas la scène, Peter Lorre et Fritz lang

Les principaux acteurs

Hans Beckert : Peter Lorre ; Frau Beckmann : Ellen Widmann ; Elsie : Inge Landgut ; Lohmann : Otto Wernicke ; Le directeur de la police : Ernst Stahl-Nachbaur ; Le ministre : Franz Stein ; Groeber : Theodor Loos ; Le secrétaire : Gerhard ; Bienert Schränker : Gustaf Gründgens ; Le pickpocket : Paul Kemp.

Puisque ce film est désormais dans le domaine public, je vous ai fait un petit montage avec quelques extraits dont un qui concerne la fameuse scène du tribunal de la pègre.

Le nylon n’a pas disparu

Un film

C’est la musique qui m’a amené, et non le contraire pour une fois, à découvrit un film. Ce film c’est « Bunny Lake A Disparu » titre français, réalisé par Otto Preminger en 1965. J’étais un fan, et je le suis toujours, du groupe anglais les Zombies dont le fameux « She’s Not There » m’avait émerveillé. Comme je suis assez fidèle dans bien des domaines, il m’arrive de suivre bien volontiers un artiste tout au long de sa carrière. J’essayais tant bien que mal de me procurer tous les disques sortis après leur fameux hit. Un jour est apparu chez un disquaire un 45 tours d’eux, un import anglais qui comprenait deux titres « Just Out Of Reach »  et « Remember You ». Il était mentionné que c’était la bande d’un film « Bunny Lake Is Missing ». J’ai fait écouter le disque à un copain qui m’a dit qu’il avait vu quelque chose sur le film dans un journal français, et quelque jours plus tard il m’a amené l’article. En effet, le journal résumait l’histoire du film et le nom des Zombies y était mentionné. A une époque où les clips n’existaient pas, il était bien rare de voir ses idoles en mouvement sur un écran. C’est la première chose qui m’a attiré vers ce film, voir les Zombies chanter les titres du 45 tours, d’autant plus que j’adorais celui intitulé « Just Out Of Reach ». J’ai dû patienter bien des années avant de le voir, mais il a fini par être programmé à la télévision. Enfin j’allais voir un clip des Zombies! Ce fut pour constater que si Bunny Lake avait disparu, les Zombies aussi! En réalité, on ne les voit que quelques secondes en gros plan sur un écran de tv dans un pub et en toile de fond pour la suite. Par contre la musique est audible en continu. Si je fus déçu par cette furtive apparition, je dois bien reconnaître que le reste du film me scotcha sur mon fauteuil. C’était un bon, un excellent thriller.

Otto Preminger est un réalisateur austro-américain qui a quelques gros succès à son actif et bénéficie de nombreux fans qui cultivent son souvenir. Tout ne fut pas génial dans ses réalisations, mais admettons que le pire n’existe pas. Contrairement à ses habitudes, il vient tourner Bunny Lake en Angleterre, transposant l’histoire de New York à Londres. Il change aussi quelque peu les personnages de l’hisoire originale, un polar écrit par Evelyn Piper.

L’histoire

Le film se déroule presque en temps réel, un après-midi et une nuit.

Une mère, Ann Lake (Carol Lynley), arrivée récemment des USA par bateau vient chercher sa fille dans une école privée londonienne sur le coup de midi, école dans laquelle elle aurait dû commencer le matin même. Mais personne ne l’a vue, ni la directrice, ni le personnel, ni les copines de classe. Le frère de la mère, Steven Lake (Keir Dullea), arrive, mène sa propre enquête et arrive à la conclusion que sa nièce a disparu. Ils appellent la police et le commissaire Newhouse (Laurence Olivier) commence son enquête. Il découvre que les relations entre le frère et la soeur sont troubles et même avoisinent l’inceste. Au fil des témoignages, il constate que l’on est incapable de fournir une preuve de l’existence de Bunny Lake, ni une photographie, ni une personne qui l’a rencontrée, pas plus que l’on ne trouve trace d’elle sur le bateau sensé l’amener en Angleterre. Le frère témoigne aussi que sa soeur avait l’habitude de créer des personnages imaginaires dans son enfance dont un s’appelait justement Bunny.

Le reste est à découvrir dans le film.

La distribution comprend Laurence Olivier, considéré alors comme le meilleur acteur du monde. Pour le rôle du frère et de la soeur, Preminger a « importé » deux acteurs américains, alors assez peu connus en Europe, Carol Lynley et Keir Dullea. On note aussi dans les seconds rôles, le fameux Noel Coward, un personnage truculent tant à l’écran que dans la vie privée.

Si le film ne fut vraiment qu’un succès en Angleterre, il gagna par la suite une renommée internationale. Très valable par la tension qui règne tout au long, Hitchcock n’a pas toujours fait aussi bien, Il est à revoir ou à découvrir à travers un dvd qui existe avec la version française.

Dans la promotion du film, il était interdit de manière figurée d’arriver en retard, car le film ne souffrait pas que l’on manque une minute de l’intrigue si on voulait comprendre le film. le générique du film est aussi présenté de manière originale.

Sur l’air de leur « Just Out Of Reach », les Zombies avaient enregistré une pub sonore pour le film, titrée « venez à l’heure » allusion aux recommandations du réalisateur.

Faites travailler vos méninges

Découvrir le nom de ce très célèbre personnage du cinéma.

Il a été réalisateur, producteur, et dans une moindre mesure acteur.

Dans le titre d’un de ses films, il y en a trois.

Le titre d’un de ses films a sans doute inspiré une aventure de Black et Mortimer.

Dans un de ses films, il y avait plus de 30000 figurants.

Dans un film français très connu, il joue son propre rôle.

Solution dans le prochain numéro!

Du nylon et des fantômes

Ciné en vrac

Julien Duvivier (1896-1967) est un cinéaste que l’on peut considérer comme un des actes majeurs du cinéma, au moins vu sous l’angle français. Sa filmographie est inégale, le meilleur n’avoisine toutefois pas le pire, tout au plus ses films sont plus ou moins réussis. Citons « Golgotha » (1935); « La Bandera » (1935); « La Belle Equipe » (1936); « Pépé Le Moko » (1937). Remarquons la présence dans ces films de Jean Gabin, auquel Duvivier apportera une contribution à en faire un mythe, avec la complicité de Renoir et Carné. Après la guerre, la série des « Don Camillo » avec Fernandel lui vaudra un franc succès, en faisant rentrer dans l’ombre des films qui sont sans doute plus aboutis pour les cinéphiles.
Le fantastique est assez peu abordé par le cinéma français d’alors. Les Allemands et dans une certaine mesure les Américains en sont plus friands. Ici, Duvivier reprend un thème déjà abordé aux temps du muet par le Suédois Victor Sjöström en 1920, celui de mort qui vient chercher les vivants. Ce thème est visité de diverses manières selon les pays et les croyances. Chez les Bretons, c’est l’Ankou qui rôde avec sa faux et qui vient frapper à la porte. Ici c’est une charrette qui rôde le 31 décembre à minuit aux douze coups de l’horloge.  Le grincement de ses roues et sa vue épouvantent ceux qui connaissent sa signification. Une âme en peine devra errer en la conduisant jusque au prochain réveillon avant de connaître le repos éternel.

Le film se déroule dans un milieu populaire, misérable,  où les bons côtoient les mauvais. Dans les mauvais, on trouve David Holm (Pierre Fresnay), individu violent et ivrogne. Parmi ses copains de misère, David (Louis Jouvet) connaît la légende de la charrette et se garde bien de se trouver là où il ne faut pas. Une soeur salutiste (Marie Bell), tente de ramener David dans le droit chemin, mais celui-ci arrogant et fier tente de la dissuader par tous les moyens. Au fil des scènes, on contemple non sans en apprécier la qualité, comment tout ce petit monde tient son destin entre ses mains. Au fameux soir de la Saint Sylvestre, avant et pendant que la charrette apparaît, le destin  tournera les choses à sa manière.
Le films qui décrivent le milieu social des années 30 sont assez nombreux  dans le cinéma français de cette époque. On peut citer à juste titre « La Belle Equipe » de même cinéaste, « Le Jour Se Lève » de Marcel Carné, « La Bête Humaine » et »Le Crime De Monsieur Lange » de Jean Renoir. qui donnent un bon reflet de la condition ouvrière, pas toujours facile. Dans le film qui nous intéresse, en faisant abstraction du côté fantastique, on retrouve aussi cette étude. Pierre Fresnay quitte un peu ses rôles distingués pour aborder avec réussite, celui d’un personnage peu recommandable. Louis Jouvet est toujours égale à lui-même, il sait toujours donner du relief à ses rôles. Bien qu’il semble toujours avoir détesté le cinéma, on ne peut pas dire qu’il minimise ses rôles. Parmi la distribution, on ne peut que se féliciter de la présence de Robert Le Vigan, un très grand second rôle, vedette en devenir qui brisa sa carrière en  suivant Céline dans la collaboration.  Marie Bell est parfaite comme dans la plupart de ses films, presque un peu trop classe pour une dame qui voue sa vie à sauver des âmes.
Sans être le film absolu, « La Charrette Fantôme » mérite une redécouverte, d’abord parce que c’est un film fantastique et aussi pour le plaisir de retrouver une pléiade de bons acteurs qui conduisent le film de bout en bout.

Sorti en 1940
Durée: 1h 50
Noir et blanc

Distribution

  • Louis Jouvet : Georges dit « l’étudiant », ami de David
  • Micheline Francey : sœur Edith, malade des poumons
  • Marie Bell : sœur Maria
  • Ariane Borg : Suzanne
  • Marie-Hélène Dasté : la prostituée
  • Andrée Mery : la vieille repentie
  • Mila Parély : Anna
  • Valentine Tessier : la capitaine Anderson
  • Madame Lherbay : la vieille qui meurt
  • Génia Vaury : une salutiste
  • Suzanne Morlot : une salutiste
  • Pierre Fresnay : David Holm, souffleur de verre, aigri et malade
  • Robert Le Vigan : le père Martin
  • René Génin : le père Éternel
  • Alexandre Rignault : le géant, vrai coupable du meurtre
  • Pierre Palau : M. Benoît
  • Jean Mercanton : Pierre Holm, frère de David, accusé à tort
  • Henri Nassiet : Gustave, un compagnon de David
  • Philippe Richard : le patron du cabaret
  • Georges Mauloy : le pasteur
  • Jean Joffre : le gardien de prison
  • Marcel Pérès : un consommateur
  • Jean Claudio : un enfant de David
  • Michel François : un autre enfant de David
  • Jean Buquet : un autre enfant de David
  • Jean Sylvain : un salutiste
  • et autres

DVD