Bas nylon et ciné 45 (2)

Nous avons vu et feuilleté dans un précédent post la revue Ciné-Miroir dans sa version almanach de 1945. Continuons dans cette deuxième partie de nous y intéresser en la parcourant à nouveau.

Les premières pages étaient plutôt axées sur le cinéma français, c’était aussi l’occasion de faire le point sur les acteurs qui pouvaient envisager les temps de paix comme un début ou une suite de leur carrière, n’ayant pas de comptes à rendre aux comités d’épuration à la libération.

En 1945, on fête aussi le cinquantenaire du cinéma, la revue s’y attarde un peu en consacrant quelques pages à son évolution depuis les débuts. On y évoque surtout le cinéma américain qui a vite pris le dessus, malgré quelques films français qui méritent le détour comme le Napoléon d’Abel Gance ou les premiers et historiques films de Georges Méliès. Durant toute cette période quelques films qui n’ont rien d’américain parviendront à se glisser en belle place dans l’histoire du cinéma. Dans ce genre les Allemands font très fort avec l’expressionnisme, en qualité et en exercice de style ils n’ont rien à envier aux Américains. Lang, Pabst, Murnau, sont des références absolues. Pour la Russie Eisenstein et pour la Suède Sjöströem ne sont pas à négliger. On ne peut passer sous silence la France et celui qui fut sans doute le premier réalisateur à devenir connu internationalement, Max Linder. Avec ses films humoristiques qui en inspirèrent certainement d’autres un peu plus tard, Chaplin lui doit bien un peu de sa magie, il fut assez vite victime de son succès avec une vie personnelle désordonnée.  Durant la période du muet quelques réalisateurs firent leur premières armes pour devenir plus tard des noms de premier plan, Jean Renoir, René Clair, Jacques Feyder, Marcel L’Herbier. 

L’Amérique a surtout le charme de ses films comiques pour le spectateur d’un autre pays, il n’a pas besoin de se casser la tête, les gags sont bien visibles et drôles. Keaton, Lloyd, sans oublier le génie de Chaplin qui s’affirmera encore plus avec le parlant, sont des stars. Le cinéma américains a tout de suite pris une dimension à la hauteur de ses ambitions. Il offre des films à grand spectacle, même s’il est encore muet. Il peut aussi se développer en toute liberté, la première guerre mondiale marqua un temps d’arrêt pour la production européenne, chose qui ne toucha que très peu, sinon les USA, du moins le territoire américain. Il fut aussi le premier à produire des icônes qui suscitèrent un engouement capable de porter les foules à l’émeute, certaines d’entre elles ne dépassant pas l’âge d’or du muet comme Pearl White ou Mary Pickford.  On peut se souvenir de la mort de Rudolf Valentino et de l’immense retentissement de son décès qui rendra folles de désespoir les dames de la belle société et aussi celles de plus humble extraction. Assez significatif pour un acteur dont on a jamais entendu la voix à l’écran, puisqu’il ne tourna que des films muets. L’époque parvint à imposer malgré tout des acteurs beaucoup plus durables qui traversèrent facilement la frontière du parlant, pour des carrières de plus ou moins grande envergure, Joan Crawford, Greta Garbo, Gloria Swanson, Louise Brooks, Pola Negri, Lilian Gish et chez les hommes John et Lionel Barrymore, Wallace Beery, Ramon Novarro, John Gilbert, Stan Laurel et Oliver Hardy. 

Voici les images sélectionnées par la revue pour ce résumé succinct de 50 ans de cinéma.

Pearl White et Ramon Novarro, Albert Dieudonné dans le film Napoléon d’Abel Gance, Chaplin et Tom Murray dans La Ruée vers L’Or.

Greta Garbo, Rudolf Valentino, Fernand Ledoux et Marie Déa, Walt Disney, Clarl Gable et Vivian Leigh dans leurs succès respectifs.

Pendant l’occupation un blackout quasi total régna sur les productions du cinéma américain, on imagine l’effet qu’aurait produit la projection du Dictateur de Chaplin. Alors la revue se devait de condenser cinq ans de silence, faire le point sur les nouveaux ou ceux que l’on connaissait déjà.

Devenu une star américaine par la force des choses puisqu’il tourna dans le premier Hitchcock de sa période US, Rebecca.

Retour sur un film dont on a beaucoup parlé en France mais que peu ont vu puisque qu’en 1945 il n’a pas encore été projeté dans les salles françaises Autant En Emporte Le Vent. C’est un succès colossal à sa sortie, qui offrira à ses acteurs une autoroute vers la gloire, ce n’est pas Clark Gable qui dira le contraire. C’est le type même de film qui emballe le spectateur, en quelque sorte un succès de la critique populaire.

Maureen O’Hara tirera aussi tous le jus nécessaire à sa carrière en apparaissant dans le fameux Quelle Etait Verte Ma Vallée de John Ford, un très beau film sur la condition ouvrière, ici les mineurs. Le jeune Roddy McDowall dans le rôle de l’enfant en récoltera aussi pas mal de bénéfices pour la suite de sa carrière.

Shirlew Temple fut aussi une des enfants stars du cinéma. Elle cessera d’elle-même sa carrière d’actrice en devenant adulte à la fin des années 40 et se tourna vers la politique.

Gary Cooper a de belles années devant lui. Joan Leslie fut aussi une actrice en vue pendant 20 ans. Femme sans doute très honorable, elle abandonna plus ou moins sa carrière pour élever ses enfants et fut une de celles qui ne divorça jamais de son seul et unique mari. Elle servit aussi toute sa vie comme bénévole dans une maternité.

Clark Gable avec le sourire

Chaplin savait bien compris qu’il fallait mettre les rieurs de son côté. Il savait aussi qu’il était préférable de faire des millions de morts de rire que de morts tout court.  Avec Le Dictateur il parodie qui vous savez de manière féroce. C’est un exemple je crois unique dans l’histoire du cinéma qu’un réalisateur se gausse pareillement d’un homme politique en exercice au moment de son tournage. Je ne sais pas si l’intéressé l’a vu, mais on a dû lui raconter. Il doit en avoir bouffé sa croix gammée! Au point de vue inventif le film est bourré de grandes scènes, celle du discours est un moment d’anthologie. Non seulement le film raconte une histoire mais il dévie de sa ligne pour y glisser des moments qui caricaturent le personnage central ou ceux qui sont à sa botte. On avait bien conseillé à Chaplin de ne pas le tourner, il passa outre et le réalisa avec ses propres deniers pour mettre tout le monde d’accord. C’est un de mes films préférés, je l’ai vu je ne sais pas combien de fois et je ne m’en lasse pas. 

Deux actrices ayant tourné avec Hitchcock qui s’affirme de plus en plus comme le maître du suspense. Teresa Wright qui figure dans L’Ombre D’un Doute et Joan Fontaine dans Rebecca. 

Il y a aussi des disparus chez les Américains. La pulpeuse Carole Lombard tuée dans un accident d’avion. Tom Mix le cowboy aux 300 apparitions à l’écran principalement au temps du muet, tué dans un accident d’automobile. Conrad Veidt, l’une des légendes du cinéma allemand des années 20, assez pour qu’Hollywood le remarque. Il aura ensuite une carrière plus internationale, tournant aussi en France et retournant en Allemagne. Ayant épousé une Juive il fuit définitivement ce pays. Il ne fut pas toujours employé à sa juste valeur. Signe des temps l’excellent groupe français de new vawe Marquis de Sade lui rendra hommage dans une chanson qui porte son nom.

Quelques réalisateurs et acteurs français s’expatrièrent et eurent des aventures et fortunes diverses sous d’autres cieux. La revue mentionne quelques noms. Tout d’abord Gabin à Hollywood où il tournera deux films en manquant une belle occasion de tourner avec Fritz Lang. Pour le film Moontide (La Péniche De L’Amour), il est sous la direction d’Archie Mayo, mais initialement c’est justement Fritz Lang qui tourna les premières séquences. Il ne perd pas tout dans l’aventure puisque la vedette féminine est Ida Lupino, une pulpeuse actrice qui se tournera après la guerre vers la réalisation avec une certain bonheur et fut la première femme à diriger un film noir. Pour le second, Gabin retrouve Julien Duvivier dans L’imposteur. De sa brève carrière américaine, on retient surtout sa liaison avec Marlène Dietrich et la revue annonce même leur mariage prochain, toutefois quand Dietrich sera divorcée, car elle est mariée depuis plus de 20 ans et à une fille Maria qui est toujours vivante. On connaît la suite Dietrich ne divorcera jamais et Gabin orientera sa vie sentimentale vers d’autres conquêtes. Sa carrière aura un temps mort pendant quelques années, il est trop âgé pour jouer les jeunes premiers et trop jeune pour jouer les vieux bougons, rôles lui seyant à merveille.

Michèle Morgan aura aussi une courte carrière américaine plutôt décevante. Il est assez difficile pour les Français d’obtenir de vrais rôles du fait qu’il ne parlent pas l’anglais couramment. Elle eut surtout l’occasion de se marier avec avec l’acteur William Marshall et donne le jour à un fils Mike Marshall, que l’on verra plus tard dans La Grande Vadrouille. A son retour en France elle n’eut aucun mal à redémarrer une carrière prometteuse. 

Marcel Dalio se débrouilla plutôt bien à Hollywood. Quittant la France car il est juif, sa photographie servit même à la propagande de Vichy comme portrait type de Juif, il tourne des petits rôles dans de bons films, une vingtaine dont le célèbre Casablanca avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. Ayant appris et parlant couramment l’anglais avec un accent typique, il sera rappelé à Hollywood très souvent après la guerre pour y tenir des rôles de Français, tout en faisant de nombreuse apparitions sur les écrans français.

A cette époque, il y a un acteur français qui est déjà célèbre à Hollywood, Charles Boyer. Avec Louis Jourdan un peu plus tard, ils seront vraiment de grosse vedettes en Amérique avec une filmographie essentiellement américaine. 

La revue propose aussi la possibilité d’acheter par correspondance des photos de vedettes. Cela nous permet de faire le point sur ceux qui étaient considérées comme un produit censé intéresser les fans. Cela vous permettra aussi de faire le point sur vos connaissances en cinéma d’avant guerre. Lisez les noms et vous verrez bien ceux qui vous disent quelque chose. A l’évidence il manque quelques noms déjà célèbres ou en vue, mais on peut penser qu’ils ne figurent pas dans les ventes pour des raisons de droit. 

Toute revue qui se respecte doit avoir ses publicités pour faire marcher l’affaire. Même en 1945 où c’est encore une période de disette, la publicité se pose pour attirer le client. Il est sans doute plus facile de se procurer une litre de gnôle qu’une livre d’épinards. Ce sont surtout les villes qui subissent la pénurie, dans les campagnes on se débrouille plus facilement. On peut discrètement aller braconner ou attraper du poisson au filet. Dans toutes les époques de l’histoire, quoi qu’il arrive, il y aura toujours des gens qui ne connaissent pas de pénurie matérielle ou d’argent. Alors, il ne faut pas s’étonner si certaines de ces publicités s’adressent plutôt à ceux qui peuvent voir venir.

Des parfums et un métier disparu, le remaillage de bas. 

Ces fameux métiers appris par correspondance, bien évidemment payants. On mise sur l’électricité, il est vrai quelque chose qui avait des perspectives d’avenir en 1945. 

Une pub bien présentée et avec un certain humour en employant un vocabulaire désuet. Remarquez que cette très réputée marque existe toujours. On fabrique même des coquilles pour iPhone et autres.avec le nom de la marque. Comme disait mon père, le vrai Coganc il vient de Cognac!

Une pub à prendre avec prudence, même s’il s’agit d’un produit « miracle ». Ah Mesdames, si vous avez la poitrine qui ne correspond pas à celles de vos rêves, voilà de quoi remédier à cet embarras. Cette Mme Duroy a déjà mis quelques annonces avant la guerre avec des méthodes similaires mais pas exactement les mêmes. En 1945 les dames qui avaient lla poitrine opulente devaient sans doute avoir traversé la guerre en mangeant autre chose que des rutabagas…

Souce Gallica, BNF, DP

Bas nylon et ciné 45

Il est assez étonnant à la sortie d’une guerre de voir les gens faire comme si de rien ne s’était passé. En 1945, on ne peut pas dire que tous les souvenirs de guerre sont enterrés. On en est encore loin, le territoire français n’est entièrement libéré que depuis le début de l’année. Les comptes se règlent toujours, les rescapés de la déportation sont encore sous le choc, la vie de tous les jours n’est pas encore réglée comme un horloge. On essaye de se distraire comme on peut si on a l’âme en paix. 

Bien qu’elles ne le disent pas ouvertement, les autorités ont bien compris que le cinéma est un moyen très efficace de changer les idées et un véhicule de propagande important, il semble que l’on a un peu étudié la biographie de Goebbels, efficace ministre de la propagande nazie. 

On tourne passablement, on se débrouille pour que la pellicule soit disponible en abondance et que la presse spécialisée puisse s’imprimer sans trop économiser sur le papier. On parle même de faire un festival à Cannes…

La revue Ciné-Miroir reparaît après son interruption durant la guerre. Ce n’est pas une revue intellectuelle destinée au cinéaste accompli, elle s’adresse plutôt à ceux qui rêvent sur le cinéma, genre je veux moi aussi devenir une star. En paraissant relativement près de la fin de la guerre, elle permet de faire le point sur la situation de cinéma français, un cinéma qui a pas mal de comptes à rendre auprès des libérateurs, surtout les acteurs dont certains ont un peu trop fréquenté les autorités d’occupation. C’est du moins l’avis de quelques uns qui profitent aussi pour régler quelques comptes qui n’ont qu’un rapport lointain avec le cinéma.

On va quelque parcourir ce magazine dans sa version almanach, voir son ambiance, et l’on pourra penser à plus ou moins juste titre que les acteurs ou cinéastes cités sont ceux qui sortirent la tête haute à la libération. Du moins, s’ils ne firent pas tout juste, ils le firent plus discrètement que les autres. 

La couverture est dédié à Edwige Feuillère, déjà célèbre avant la guerre, elle poursuivra une longue carrière au cinéma et ensuite à la télévision, jusqu’à sa mort à l’âge de 91 ans en 1998. 

Présentation d’un film Falbalas de Jean Becker avec Micheline Presle, toujours parmi nous et encore toute pétillante. Elle est à ce moment là une vedette qui monte et Raymond Rouleau, un acteur à la réputation de perfectionniste.  Ce n’est pas un film majeur de l’histoire du cinéma français. Becker fera des films plus significatifs par la suite, Casque d’Or et Le Trou.

Un petit article sur Edwige Feuillère et un Caricature de Jean Marais tout auréolé de son rôle dans L’Eternel Retour. Il est une star en devenir après des débuts assez timides.

Pierre Blanchar est déjà une vedette confirmée depuis les années 30. Il a tourné dans Les Croix de Bois de Raymond Bernard en 1932, certainement un des films de guerre les plus significatifs de l’histoire du cinéma toutes périodes confondues. Mais il va encore faire très fort avec Michèle Morgan dans La Symphonie Pastorale, première Palme d’Or du festival de Cannes en 1946.

Dans le séquence suivante, vous y verrez des acteurs débutants ou encore inconnus. C’est ce que propose la revue en mettant l’accent sur le fait qu’ils sont de possibles futures vedettes. Nous retombons dans ce que je disais au début, le cinéma et sa gloire qui fait rêver. Mais jouez le jeu, combien de ces noms vous disent encore quelque chose aujourd’hui. Pour le plus connus, j’ai repris le texte d’accompagnement, pour les autres seulement la photo. Certaines images sont cliquables pour une meilleure lecture.

Comme vous avez pu le voir, le temps et le vedettariat ont fait leur sélection. Le cas de Raymond Bussières est un peu particulier. Il eut un statut entre la vedette et un très important second rôle. Apparaissant dans de nombreux films qui feront date, il est aussi apprécié pour sa diction avec son accent parisien. Même si on ne se rappelle pas de son nom, sa silhouette est dans la mémoire de milliers de cinéphiles.

Deux vedettes de l’époque, surtout Blanchette Brunoy qui fut la partenaire de Gabin dans La Bête Humaine, le genre de film dans lequel il faut avoir tourné.

Un page humour avec une caricature d’André Luguet, l’un de ces savoureux acteurs à la filmographie impressionnante, il tourna déjà une quarantaine de films au temps du muet.  Quelques histoires avec quelques vedettes.

Hommage aux disparus pendant la guerre : Harry Baur, l’un des plus grands acteurs d’avant guerre, véritable monstre sacré, Gabin avant Gabin, victime de la connerie nazie. Fernand Charpin, un des acteurs de l’équipe à Pagnol, un mémorable Panisse dans la trilogie. Raymond Aimos, l’un des seconds rôles populaires, on se rappelle de lui dans La Bandera avec Gabin en 1934 et La Belle Equipe, deux films de Julien Duvivier, dans lequel apparaît également Charpin pour le second. Il est tué lors d’une fusillade pendant la libération de Paris alors qu’il fait partie de FFI.

Retour sur Les Enfants Du Paradis, le plus inoubliable film tourné lors de l’occupation. 

Viviane Romance, la vamp par excellence du cinéma français. Une carrière quelle ne maîtrisa pas toujours bien, surtout en imposant l’un de ses maris et acteur moyen, Georges Flamant, dans plusieurs de ses films entre 1937 et 1942. L’après guerre lui fut moins souriante.

Nous poursuivrons dans un autre post l’exploration de ce journal

Source Gallica, BNF, DP

 

Du nylon quand le jour se lève

 

Je n’ai jamais caché ma préférence pour le cinéma français des années 30. Ce n’est pas la seule période intéressante, mais celle-là aligne les grands films plus que tout autre. Entre Marcel Carné, Jean Renoir, Julien Duvivier et quelques autres, il y a de quoi se scotcher à l’écran. Depuis que le cinéma parle, vers la fin des années 20, il a conservé cette aspect un peu théâtral de l’acteur, une grande partie vient de là, en y ajoutant une voix qui est son autre carte de visite. La trilogie de Pagnol est presque plus gravée dans les mémoires par les voix que par les interprétations.
Avec « Le Jour Se Lève » Marcel Carné explore le monde ouvrier de l’immédiat après Front populaire. Ce qui attire en premier lieu l’oeil du spectateur, c’est sans doute le décor.  Des banlieues enfumées par les usines, le matin gris qui se lève alors que le monde se rend  à son travail. C’est la place rêvée pour qu’un drame se déroule, il va d’ailleurs se construire sous les yeux du spectateur. L’histoire de déroule à l’envers, on assiste par de nombreux retours en arrière aux faits qui vont y conduire, des flashbacks, une technique peu expérimentée à l’époque.
François (Jean Gabin) est un ouvrier pas trop mécontent de son sort. Il fait un travail pénible de sableur dans une usine avec son collègue Gaston (Bernard Blier). Il tombe amoureux de Françoise (Jacqueline Laurent), une jeune fleuriste qui ne répond pas de manière empressée à ses avances. Un autre homme Valentin, un baratineur  dresseur de chiens (Jules Berry), a également des vues sur elle. Il n’hésite pas à la faire passer pour sa fille afin de décourager François, tout en lui proférant des menaces. La maîtresse de Valentin, Clara (Arletty), tente de le consoler à sa manière et de le mettre en garde, elle qui le connaît bien. Ainsi, le drame peut se nouer qui ira jusqu’à l’assassinat de Valentin par François.
L’interprétation est majestueuse, Gabin tient là un de ses grand rôles. La scène finale est un moment d’anthologie. Jules Berry dans son rôle de cynique est toujours parfait. On aime le détester. Comme dans beaucoup de ses apparitions, on voit  l’homme du théâtre, parfois jouant comme il le sent et non comme on veut qu’il joue. Arletty est dans son premier rôle dramatique, elle ne démérite pas, égale à sa légende.
Carné qui a déjà entamé une collaboration avec Jacques Prévert poursuit avec lui. Il signe les dialogues parfois savoureux du film. Il aura encore l’occasion de rencontrer sur sa route quelques grandes réussites du cinéma de cette époque, qui deviendront mythiques aussi grâce à lui.
Tant par son ambiance, par ses scènes remarquables, ses dialogues, ce film restera à jamais un moment inoubliable. Il passe d’autant mieux à la postérité qu’il semble toujours trouver un public pour l’aduler. Il peut aussi se regarder comme un documentaire hors du temps, la vie dans les années 30, ses joies, mais plus encore, ses drames.

Autour du film

Le film fut à sa sortie assez fraîchement accueilli par le public qui ne comprenait pas trop la narration du film en flashback. Par la suite, une introduction expliquait le déroulement du film.

La censure fit supprimer une scène du film où Arletty était nue.

Tourné dans un contexte difficile, la guerre approchait, il fut au début de l’occupation, pour finalement ressortir en 1942. Il connut alors un succès plus conséquent.

La maison où habite Gabin est construite spécialement pour le film. Il n’y a pas de mur à l’arrière, ce qui permettra à la caméra de faire des plans en sautant allègrement les étages. Il y a aussi de nombreux décors érigés spécialement pour le film.

Jacqueline Laurent a été imposé à Carné par Prévert dont il était l’amant à l’époque.

En hommage un film, une rue à Boulogne-Billancourt porte le nom du film.

Avec : Jean Gabin (François), Jules Berry (Valentin), Arletty (Clara), Mady Berry (La concierge), René Génin (Le concierge), Arthur Devère (M. Gerbois), René Bergeron (Le patron du café), Bernard Blier (Gaston), Marcel Pérès. 1h33.

Des bas nylons dans un cercle rouge

Le Cercle Rouge de Jean-Pierre Melleville, 1970

C’est un de mes films coup de coeur, ceux que je peux regarder avec plaisir de temps en temps. Une histoire bien ficelée, mais quand même d’un calme relatif sans toutefois oublier quelques scènes plus remuantes. C’est une belle étude de moeurs, qui montre que tout n’est pas vraiment tout noir ou tout blanc. La canaille peut se révéler plus sincère dans une amitié que sa contre partie dans un monde plus dans la norme bien pensante.
Une des puissances du film est aussi de montrer les acteurs dans des rôles de contre emploi. Bourvil excelle dans un rôle de flic qui n’est pas celui d’amuser la galerie. On l’oublie un peu souvent, il n’a pas joué que les idiots de service, il savait tirer son épingle du jeu dans des rôles de méchants avec plus ou moins avec des circonstance atténuantes. On peut se rappeler de lui dans « Les Misérables » où il est sans doute l’un des Ténardier les plus abjects de ce personnage porté à l’écran. D’autres se rappelleront aussi du « Miroir A Deux Faces » où il devient un assassin par dépit. Alain Delon, plus habitué aux rôles de beau gosse plus rarement à celui de petit truand s’en tire aussi à merveille. Dans ce film où il n’embrasse aucune femme, il est crédible d’un bout à l’autre. Je pense que c’est un des mérites de Delon, il a incarné bien des personnages différents dans sa carrière, sans jamais paraître une caricature de lui-même. Yves Montant en alcoolique victime de délirium se métamorphose en gentleman de la bonne société et en mari généreux. Il est le seul dans le film dont le personnage change totalement de registre. Gian Maria Volontè est évidemment à classer dans les grands acteurs. Bien qu’il fut révélé par le western spaghetti, il n’enchaîna pas moins une belle carrière dont sa présence dans ce film n’entache pas la maestria. François Périer est égal à son habitude, celle d’apporter sa petite touche de bon comédien, sa longueur étant proportionnelle à la durée de sa présence à l’écran.

Il ne faut pas oublier les seconds rôles dont le principal est Paul Crauchet, dont on ne retient pas forcément le nom mais que l’on retrouve ici et là dans 60 ans de cinéma. Et ce bon vieux Pierre Collet, le flic du couloir des « Cinq Dernières Minutes » qui salue Bourrel quand il rentre dans son bureau. Et puis j’aime bien retrouver dans les films ce que l’on pourrait appeler les vieux de la vieille, ici Paul Amiot en chef de la police, un de ces acteurs qui était déjà présent quand le cinéma balbutiait ses premiers mètres de pellicule et qui a plus de 80 ans tourne encore. Sûr que sa présence dans ce film lui assure un petit relent d’éternité.

Le Film

Corey (Alain Delon) a fini de purger une peine de prison à Marseille. Un des gardiens de la prison l’a branché sur un coup qui pourrait devenir le casse du siècle, le cambriolage d’une bijouterie prestigieuse de la place Vendôme à Paris. Corey ne promet rien de précis, sauf qu’il va étudier la chose. Il se rend chez un ancien comparse, Rico (André Ekyan), qui ne s’est pas beaucoup occupé de lui quand il purgeait sa peine. Non seulement il constate que son ancienne petite amie est devenu la sienne, mais que l’argent auquel il estimait avoir droit pour le prix de son silence n’allait pas lui être donné facilement. De rage, Corey se sert généreusement et se tire. Aussitôt Rico envoie deux de ses lieutenants à ses trousses, mais Corey se débarrasse d’eux dans une salle de billard. Il devient alors un assassin en fuite, quelques heures après sa sortie de taule. Il s’achète une voiture et file en direction de Paris.

Parallèlement, le commissaire Matteï (André Bourvil) est chargé de convoyer un malfrat du nom de Vogel (Gian Maria Volontè)  par train de nuit. Au petit matin, ce dernier parvient à prendre la fuite et essaye de disparaître dans une forêt. Aussitôt une vaste chasse à l’homme est entreprise, mais il parvient à se cacher dans le coffre d’une voiture arrêtée sur une aire de repos avec restaurant. Cette voiture c’est justement celle de Corey, qui a vu l’homme se cacher mais qui fait semblant de rien. Il redémarre avec sa bagnole et s’arrête dans un coin désert en signalant au passager clandestin qu’il peut sortir sans crainte. Après quelques explications, les deux hommes s’estiment et Corey accepte de prendre le risque de sortir Vogel de la zone dangereuse. C’est un double risque, car il imagine bien que son double meurtre ne va pas tarder à mettre éventuellement la police sur sa piste.

Ce qu’il reste de l’endroit des scènes du relais routier en Côte d’Or

Malgré quelques péripéties, ils arrivent sans encombre à Paris. Toutefois rien n’est gagné d’avance, Matteï recherche activement Vogel. Corey, si la police ne l’a pas peut être pas encore fiché comme suspect pour le meurtre, la Bande à Rico veut sa peau. Et par dessus tout, il faut préparer le casse, car c’est décidé il aura lieu…

Le film montre la vie telle qu’elle est. D’un côté nous avons les bandits, de l’autre les gendarmes. Que l’on soit d’un côté ou d’un autre, on peut regretter d’avoir fait un choix quel qu’il soit. On s’aperçoit assez vite que Matteï n’est pas mieux logé que le criminel qu’il poursuit. Si le truand cherche la liberté et la trouve pour une durée indéterminée, le commissaire ne l’a pas. Il doit fournir des résultats et s’il ne fait rien, il sera écrasé par le rouleau compresseur de sa hiérarchie qui veut des résultats et qui voit en chaque homme un personnage douteux, même s’il représente là loi. Tous les moyens sont bons pour la faire régner, seuls les résultats comptent.

A plus d’un titre ce film est exceptionnel, c’est la rencontre de quelques géants de l’écran qui se donnent les moyens de faire vivre le film. L’histoire est au fond assez banale, c’est presque un fait divers filmé, comme la police poursuit tous les jours des personnes en mal de loi. Des braquages, des vols, il y en a tous les jours sans que cela nous étonne. Le scénario se déroule comme une rivière qui coule paisiblement. La caméra s’attarde plutôt sur les reflets des personnages qui apparaissent à sa surface. De temps un temps, une chute ou une pente en accélère l’écoulement. Le film sort un peu de sa réserve lors du casse de la bijouterie, la nuit quand l’endroit est vide, un endroit très inaccessible autrement que par la porte. A l’écran, il dure 25 minutes sans dialogues. On les suit dans les maisons voisines, sorte de labyrinthe qui mène au trésor, on descend un mur ici, on passa passe par une lucarne ailleurs. Finalement, on entre dans cette forteresse dont le moindre centimètre carré est sous l’oeil des caméras avec un gardien qui chapeaute la surveillance. Même là, il n’y a pas de tempo rapide, tout se déroule dans un calme parfait, presque sans en bruit, on s’échange juste des signes. La scène est pourtant pleine de suspens,  on retient son souffle.

Autour du fil

C’est le seul film de Bourvil, son avant dernier, où il est crédité de son prénom, André.

La bande sonore, assez jazzy, est composée par Eric Demarsan, un habitué de ce genre d’exercice. 

Le titre du film reprend une citation attribuée à Bouddah : « Quand les hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents ; au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. « 

Elémentaire mon cher Nylon

Film

Conal Doyle a été de multiples fois adapté à l’écran, les premières remontent pratiquement à l’avènement du cinéma. Tous les films tournés d’après ses histoires sont assez inégaux. Bien entendu son personnage central, Sherlock Holmes, reste le plus célèbre. Quelques acteurs se sont fait une spécialité de l’interpréter. On peut retenir Basil Rathbone, Peter Cushing, et celui qui me semble avoir le mieux incarné le héros, Jeremy Brett dans les années 80. Ce dernier a donné à Holmes, une dimension un peu hypnotique, hallucinée. Il est vrai que dans ses enquêtes le détective a presque un pouvoir surnaturel de déduction.

Mais remontons un peu dans le temps avec celui qui fut un des bons interprètes du personnage, Peter Cushing. Il a l’avantage d’être un Anglais, plus Anglais que n’importe lequel de ses concitoyens. Il est évident que les histoires sont bien anglaises, le domicile du héros est un « home sweet home » dans la plus pure tradition.

Dans les années 50, une petite compagnie anglaise fondée vingt ans plus tôt, Hammer Film Productions, veut redonner à l’épouvante et au fantastique ses lettres de noblesse à l’écran. Après une certaine popularité au début des années 30, Dracula, Frankenstein, sont un peu retournés dans la tombe. Elle y parvient plutôt bien, en donnant à Dracula une nouvelle dimension, il devient sexy avec les interprétations de Christopher Lee, qui grâce à ce rôle va se construire une carrière de premier plan pendant plus de 50 ans. Celui qui lutte contre le vampire est justement Peter Cushing, compère de Lee à l’écran et aussi à la ville. Dans de nombreux films de la Hammer, ils partageront la vedette. C’est justement pour l’un d’entre eux qu’ils se retrouvent, cette fois pour une adaptation de « Chien Des Baskerville », l’une des histoires les plus célèbres de Doyle. C’est plus une histoire d’aventures que d’épouvante ou de fantastique, bien que le fameux chien a dans l’histoire une petite réputation de surnaturel.

Peter Cushing interprète de rôle de Sherlock Holmes, tandis que Christopher Lee a un rôle tout à fait « normal », il est Sir Henry de Baskerville, l’un des notables d’un petit bled perdu dans la campagne anglaise. Toutefois, l’un de ses ancêtres selon une légende, a été tué par un chien monstrueux. Et il semble que ce chien a été ressuscité et en veut à la vie du dernier de la lignée des Baskerville. De quoi amener Holmes et son compère Watson à bénéficier de l’hospitalité du châtelain pour élucider l’histoire.

Une chose que la Hammer saura rondement mener, c’est l’importance des seconds rôles en recrutant de bons acteurs. Le plus savoureux d’entre eux fut Miles Malleson qui incarne le rôle du pasteur, amateur de sherry et expert distrait en sciences naturelles. Le docteur Watson est tenu par André Morell, qui est aussi connu pour être le mari de la plantureuse Joan Greenwood. On retrouve également dans la distribution John Le Mesurier, qui est le serviteur de Baskerville. C’est un acteur très populaire, il tourna dans une pléiade de films dont certains de premier plan. Vous ne le savez sans doute pas, mais c’est le père de Robin Le Mesurier depuis plus de 20 ans le guitariste attitré de Johnny Hallyday.

Le film est sorti en 1959 et réalisé par Terence Fisher qui devient ainsi l’un des personnages clés des fameux studios en tournant une longue série de films dans le même genre. Sa version de roman de Doyle est impeccablement réalisée, tout en prenant des libertés avec l’histoire originale. Son apport à la légende de la Hammer n’est pas négligeable. Il y a en fin de compte peu de studios qui ont ce statut et qui passionnent les cinéphiles sans jamais avoir tourné l’ombre de ce qui pourrait ressembler à un chef d’oeuvre.

Anecdotes autour du film.

Sherlock Holmes n’est presque pas concevable sans une pipe à la bouche. Malheureusement Peter Cushing n’était pas un fumeur, mais bien obligé de se soumettre aux exigences du rôle. Alors chaque fois qu’il devait le faire, il se rinçait la bouche en buvant du lait qu’il avait toujours à proximité.

Si ma mémoire est bonne et je crois qu’elle l’est, il y a dans un épisode du fameux jeu télévisé des années 80 « La Chasse Au Trésor » avec Philippe de Dieuleveult, il y a une scène qui a un lointain rapport avec ce film. Quand la vedette fait la chasse aux trésors qu’il doit découvrir, il tombe tout à fait pas hasard sur Christopher Lee en train de tourner un film. Je cois que c’était un chasse qui se déroulait en Inde, ou sinon dans un pays oriental. Peut-être un visiteur pourra confirmer la fidélité de ma mémoire.

Bande annonce du film

Un extrait avec Miles Malleson

Des bas nylons et 1941

La comédie au cinéma, pour moi, est prétexte à faire rire. Je dois avouer qu’en la matière je suis un spectateur assez difficile, tout le contraire que dans la vie courante où je suis plutôt de bonne humeur et passe même pour un mec qui a de l’humour. Dans la vie de tous les jours, je prends ce qui vient et je fais avec, tout en étant assez malin pour trouver l’humour là où il peut se cacher. Au cinéma, c’est un peu différent, d’abord j’ai payé une place et ensuite je suis obligé de suivre ce qu’on me propose à l’écran. L’humour au cinéma je le classe entre deux catégories, d’une part l’humour grosses ficelles, genre l’idiot de service ou les histoires tarte à la crème, d’autre part l’humour un peu absurde ou surréaliste. Je crois que le premier cas est hélas un peu épuisé, tandis que le second offre des possibilités infinies. Il faut faire rimer des choses qui en principe n’ont pas de rapport et les lier pour en sortir un effet comique parlé ou visuel. J’en suis venu tout naturellement à aimer les fameux Monty Phyton et tout ce qui peut être comparé à ce style. Parmi les anciens, il y a certainement les interprétations des Marx Brothers ou de WC Fields qui font office de référence dans ce genre de tentatives. Je ne mets pas des cette liste Chaplin ou Laurel et Hardy, bien que cela me fasse bien rire, mais c’est un autre genre d’humour, c’est justement ce que j’appelle tarte à la crème, ou assez proche.

Des films que j’ai pu voir au cinéma et qui approchent ce goût de déjanté, je vais parler d’un cinéaste que je n’aime pas plus que ça, mais qui m’a enchanté avec un film qui a été un bide pour lui, 1941, il s’agit évidemment de Steven Spielberg.

Avec ce film sorti en 1978, Spielberg y va de sa dose d’absurde, il n’y a pas beaucoup de scènes dans son film où on a l’impression d’être dans un documentaire, tellement les événements qui s’enchaînent ne pourraient pas se produire dans la simple réalité. Tout est fait pour que la plupart des scènes aillent au delà du réel pour finalement rencontrer l’humour. C’est là justement qu’il faut faire appel à son non sens. Je sais que des personnes qui ont vu ce film n’ont pas réussi vraiment à rire, c’est justement parce qu’elles ont trop d’idées conventionnelles. Un qui se ramasse une tarte à la crème en pleine figure, ce sera l’effet comique parfait, tandis qu’un pilote d’avion, cigare au bec, qui se pose sur une route pour aller faire le plein à une station service et qui a l’air de trouver cela tout naturel, va être rangé au rang d’un mauvais gag ou une absurdité quelconque.

Les acteurs figurant dans ce film ne sont pas des stars de premier rang, du moins à l’époque du tournage, ils sont pourtant des figures connues dont la plupart se sont fait remarquer pour un rôle ou un autre. La multitude des personnages qui apparaissent dans le film fait qu’ils n’apparaissent qu’assez brièvement dans le film. On y trouve Christopher Lee en officier allemand ; Toshirö Mifune, l’acteur japonais le plus célèbre à l’étranger ; Robert Stack, célèbre avec la série des Incorruptibles ; Nancy Allen, en sulfureuse secrétaire avide de sensations, ainsi que Warren Oates et Mickey Rourke, alors débutant, ou encore Dan Aykroyd, futur Blues Brothers avec son compère John Belushi. Justement ce dernier est un peu la vedette du film, en pilote d’avion complètement déjanté, chose qu’il était aussi un peu dans la vie courante. Ned Beatty, incarne à la perfection un patriote américain, plus patriote qu’intelligent, qui doit satisfaire une armée américaine envahissante et une femme acariâtre qui ne veut pas d’armes dans la maison, ou du moins que cela ne salisse pas le parquet.

C’est un film qui ne se raconte pas, il est bien préférable d’en découvrir toutes la succession de gags. Les spectateurs sont partagés et s’il n’amena pas les grandes foules dans les salles, il n’en reste pas moins qu’il a un noyau de supporters fanatiques.

J’ai choisi deux citations de fans :

Ce film est fait pour 1% de la population et j’en fais heureusement partie.

Ceux qui ne trouvent pas d’humour dans 1941 ont besoin de décompresser.

Le film

Le 7 décembre 1941, les Japonais attaquent Pearl Harbour, ça c’est la vérité historique, la suite l’est moins. Imaginée par Spielberg, on se retrouve quelques jours plus tard à Hollywood. Des témoins racontent avoir aperçu un sous-marin japonais dans les environs. Il ne fait pas un pli que les Japonais vont attaquer les USA. Alors la future défense s’organise, dans la plus parfaite anarchie et la panique la plus totale. La ville sera bien mise à mal, pas tellement par les Japonais, mais par les citoyens eux-mêmes.

Toutefois Spielberg s’inspire d’un fait qui s’est réellement passé, et qui créa un mouvement de panique bien moins destructeur. Mais voyez plutôt…

Au début de 1942, de mystérieuses lumières, tantôt immobiles, tantôt mouvantes, apparaissent une nuit vers Los Angeles dans le ciel pendant une heure. On a jamais su l’origine exacte de ces lueurs, on parla aussi d’ovnis par la suite. On crut à une attaque des Japonais. Pendant une heure, projecteurs allumés, des tirs de DCA pilonnèrent les fameuses lueurs. Il en résulta une panique générale, tous les environs étaient en état de guerre. Mouvements de foule, de militaires, un joli bordel quoi. Tout finit par rentrer dans l’ordre, mais que s’était-il passé dans le ciel, ça c’est encore un mystère, en sachant que les Japonais n’avaient pas la possibilité technique d’envoyer des avions sur les côtes de Californie.

Sur cette photographie qui fut célèbre en son temps, on voit ces fameuses lumières, les petits points dans le ciel, les grandes lumières blanches étant les projecteurs de la DCA qui envoyèrent quand même plus de 1400 obus dans le ciel, sans réussir à en éteindre une.

Des bas nylons et un mec bizarre

Cinéma

Le personnage qu’il fallait trouver c’était bien sûr Mr Fritz Lang. J’explique les indices…

Dans un de ses films il y en avait trois, allusion à son film « Les Trois Lumières » de 1921.

Le titre d’un de ses films a sans doute inspiré une aventure de Black et Mortimer. Dans les aventures de Blake et Mortimer, il y a la fameuse « Marque Jaune » qui signe ses méfaits par un M en jaune, bien sûr je pensais à son célèbre « M Le Maudit ». Dans le film de Lang, le meurtrier se trouve aussi avec un M écrit à la craie dans son dos.

Dans un de ses films, il y avait plus de 30000 figurants. C’est évidemment dans « Metropolis » qu’on les trouve. Sans doute la première superproduction du cinéma. Et quel film!

Dans un film français très connu, il joue son propre rôle. Jean-Luc Goddard a fait appel à Fritz Lang (un hommage) en 1962 pour « Le Mépris » avec Brigitte Bardot, dans un rôle qui a sans doute rehaussé son estime auprès des cinéphiles. Lang y joue Lang avec toute la lucidité du personnage face à la caméra.

Eh bien consacrons justement cet article à Mr Lang et un de ses chef d’oeuvre M Le Maudit, de 1931.

Même s’il n’avait jusqu’alors tourné que des films muets, Fritz lang était ce que l’on peut considérer comme un réalisateur vedette, spécialement en Allemagne, sa patrie. Le magnifique Metropolis l’avait déjà fait entrer dans l’histoire. En voulant passer au parlant dont c’était les débuts, il se devait de trouver quelque chose qui ne déparerait pas de ses précédentes réussites. il choisit de s’inspirer en partie du tristement célèbre Peter Kürten, un sérial killer surnommé le Vampire de Dusseldorf. Lang semble avoir assisté au procès du tueur, une sorte de témoin de première main pour lui. Il bâtit un scénario sur cette histoire et la transpose à Berlin, en gardant l’option de détraqué sexuel du tueur, mais qui ne s’attaque qu’aux enfants, alors que le « modèle » est plus « éclectique ».

Encore fallait-il trouver un acteur qui puisse incarner le personnage. Le génie ou la chance de Lang fut de faire confiance à Peter Lorre, un acteur presque débutant originaire de l’actuelle Autriche. Par ailleurs un personnage plutôt paisible dans la vie courante, il réussit à donner au rôle toute l’ampleur qu’il nécessitait. A la fin du film, durant son procès devant et par la pègre, il est criant de vérité quand il tente d’expliquer comment les démons qui l’assaillent dans son esprit l’obligent à tuer des enfants innocents. C’est sans doute l’une des plus grandes interprétations jamais filmées par une caméra pour le cinéma, Lorre y est prodigieux. Peu d’acteurs ont bâti une carrière d’acteur sur un rôle ou une séquence dans un film. Il est parmi les quelques uns qui ont réussi cet exploit. Fuyant l’Allemagne car étant d’origine juive, il trouva presque naturellement une suite pour sa carrière à Hollywood, Fritz Lang aussi, apparaissant dans des films célèbres. Il se permit même de moucher Hitler, impressionné par son rôle, qui lui faisait un appel du pied pour retourner en Allemagne, tout en faisant table rase de ses origines. Il lui répondit qu’il y avait déjà assez d’un assassin en Allemagne. Hitler vexé par sa réponse le fit mettre sur une liste noire des personnes à faire disparaître en priorité.

Le sujet

La peur règne sur la ville, ici Berlin, car plusieurs meurtres sur des enfants ont été commis. Pressé par ses chefs, la police qui n’a pas le moindre indice, doit absolument trouver la piste du meurtrier. Alors elle entreprend d’incessantes descentes et contrôles dans les bas-fonds de la ville, car on suppose que le meurtrier en fait partie. Cet harcèlement commence à sérieusement gêner tous les petits truands qui ne peuvent plus truander en rond. Rappelons que le cadre temporel dans lequel se situe l’histoire est celle de la crise d’après 1929, une époque où chacun doit se débrouiller comme il peut, pas toujours de manière honnête.

Si la police a son réseau de renseignements, il y en a un qui est peut être encore plus efficace, celui de la pègre. Lors de la réunion d’un comité de chefs truands, ils décident de rechercher et de trouver le meurtrier pour mettre fin à ses agissements et retrouver un certain calme, chose qui risque d’arriver si les meurtres cessent. Ils possèdent un semblant de certitude que la police ignore, le criminel n’appartient pas à leur milieu, mais plutôt à celui de la bourgeoisie. Une vaste toile d’araignée est tissée à travers la ville avec principalement les nombreux mendiants, une banalité à l’époque, comme observateurs et indicateurs qui se fondent parfaitement dans les décors. Grâce à cela, il arrivent à mettre le grappin sur le tueur et décident de la juger à leur manière. Ce qui conduira au fameux procès qui occupe la dernière partie du film.

Le film

Avec ce film on peut considérer que Fritz Lang entre dans la modernité en le sonorisant, mais les images et l’ambiance ainsi que sa manière de filmer, ne dépareillent pas avec les films précédents pratiquement tous entrés dans la légende. Il n’a pas voulu en faire un thriller, il n’y pas de scènes crues, ni de poursuites impitoyables, comme cela est le cas dans La Nuit Du Chasseur par exemple. Malgré tout, c’est un film à l’action soutenue, qui contrastent avec une certaine lenteur assez présente dans les images de l’expressionnisme allemand qui tiennent lieu de sons ou de paroles. Les meurtres des enfants sont suggérés, un ballon qui sort d’un buisson et qui roule sur le sol, une baudruche qui s’envole et se coince dans les fils électriques. Même si on ne voit pas le meurtrier, on sait qu’il est là à l’affût, car il a l’habitude de siffloter le célèbre air extrait de Peer Gynt composé par Edvard Grieg. C’est d’ailleurs Fritz Lang qui le fait et double en quelque sorte sa vedette. Une partie des acteurs du film pour les petits rôles sont réellement des gens du milieu. Il voulait par là donner une touche plus réaliste à ses images.

Avec ce film, Fritz Lang signe une oeuvre magistrale, un peu aidé sans doute par la prestation de Peter Lorre. Mais très souvent dans le cinéma l’un est complémentaire de l’autre. C’est au réalisateur de tirer tout le jus d’un acteur, encore faut-il qu’il en soit capable et qu’il sache trouver celui qui en est capable. Il développe aussi la question sous l’angle social des comportements anormaux, c’est une première dans l’histoire du cinéma, et des assassins par pure gratuité. Dans sa défense, l’assassin affirme que des forces mystérieuses l’obligent à commettre ces meurtres. S’il est indéniable que de tels personnages ne peuvent être laissés en liberté, il semble que depuis Freud on a passablement dépoussiéré le terrain pour le compréhension de ces phénomènes. Victimes ou coupables, c’est selon sa sensibilité personnelle. Tout au plus, il faut juste être heureux de ne pas être comme cela et ne pas jeter la pierre trop vite à ceux qui sont atteints de ce mal. La nature, en apparence si souvent harmonieuse, a sans doute quelques grains de folie dont la finalité nous échappe. Qu’est ce qui nous oblige à aimer plutôt ceci que cela, qu’est ce qui nous oblige à protéger la vie ou à tuer, et surtout avons-nous la possibilité d’inverser le mal pour le bien quand il se présente en nous?

Ce film est incontestablement un film qu’il faut avoir vu. Malheureusement, aller au cinéma maintenant est trop souvent synonyme d’effets spéciaux et de trucs bassement commerciaux pour attirer le spectateur. Le cinéma, je ne le dis jamais assez, c’est comme la musique. Un nouveau style ne naît pas d’un claquement de doigts, il y a toujours des inspirateurs, des inspirations, des prémices. Il est certain que voir M Le Maudit est une manière de remonter aux sources. Il reste bien des poussières de Mr Lang dans l’histoire du cinéma.

Un décor qui appartient au film, mais pas la scène, Peter Lorre et Fritz lang

Les principaux acteurs

Hans Beckert : Peter Lorre ; Frau Beckmann : Ellen Widmann ; Elsie : Inge Landgut ; Lohmann : Otto Wernicke ; Le directeur de la police : Ernst Stahl-Nachbaur ; Le ministre : Franz Stein ; Groeber : Theodor Loos ; Le secrétaire : Gerhard ; Bienert Schränker : Gustaf Gründgens ; Le pickpocket : Paul Kemp.

Puisque ce film est désormais dans le domaine public, je vous ai fait un petit montage avec quelques extraits dont un qui concerne la fameuse scène du tribunal de la pègre.