Bas nylon et quelques monstres plutôt sympathiques

 

Il y a des films qui sont juste des films. D’autres veulent aller plus loin. De nos jours, c’est assez facile, on peut parler d’à peu près tout et n’importe quoi. Pour ma part, j’ai toujours adoré les films qui se démarquent de la production courante, ceux qui ne sont pas juste une histoire que l’on raconte. Un style qui n’a jamais eu beaucoup d’adeptes est le documentaire fiction, c’est à dire qu’il présente des faits ou personnage réels dans une histoire fictive. A ne pas confondre toutefois avec le film biographique qui retrace la vie d’un personnage, célèbre ou non. incarné par un acteur. Le film que nous allons aborder est juste l’inverse, ce sont des personnages réels qui jouent leur propre rôle dans une histoire fictive.

Tod Browning (1880-1962) a connu une popularité assez soudaine en tournant le premier Dracula parlant sorti en 1931 avec Bela Lugosi dans le rôle titre. La cinéma d’épouvante envahit alors les écrans, on trouve parallèlement Frankenstein et King Kong, films qui ont la prétention de faire frissonner. En toile de fond, un observateur attentif remarquera que ces personnages sont en fin de compte des maudits qui doivent assumer un rôle qu’ils n’ont pas vraiment choisi. Si c’est encore discutable pour Dracula, Frankenstein est une victime, une créature qui n’a pas demandé à vivre. Dans le livre de Mary Shelley, au départ il est bon, il veut se faire des amis, mais tous le rejettent pour son physique de monstre, alors il devient méchant et le restera. King Kong, lui, tombe amoureux de la Belle, il a aussi des sentiments, mais c’est un amour impossible. Il est devenu, un peu 100 ans plus tard, le Quasimodo de Victor Hugo. Dans un style différent, on découvrira plus tard l’histoire véridique mais romancée de Joseph Merrick, Elephant Man pour le cinéma. C’est le film qui approche le plus le film de Browning que nous allons examiner, le célèbre Freaks. Ces monstres vont faire sa gloire dans un film unique dans l’histoire du cinéma.

Après le succès de Dracula et une incursion dans le monde sportif, le cinéaste entend bien revenir dans le domaine de l’épouvante. Il se fera en quelque sorte piéger par son choix, car comme nous l’avons vu, l’épouvante est surtout incarnée symboliquement par les monstres. Alors il veut des monstres et il en trouve, des vrais, parmi ceux du cirque Barnum.

Un siècle en arrière il y avait encore passablement de préjugés sur l’apparence physique. Une personne mal formée physiquement, difforme, devait être reléguée dans les oubliettes, ne pas apparaître, elles ne méritaient que l’opprobre. Ce n’était pas une règle générale, mais le fait de l’immense majorité. Quelques personnes aux idées plus humanitaires faisaient leur possible pour leur venir en aide ou les tolérer dans leur environnement. On sait que les personnes atteintes par la peste quand elle sévissait, devaient se promener avec des clochettes qu’elles agitaient afin que tout le monde se tienne à l’écart. Les « monstres » qui auront un rôle dans Freaks ne sont pas contagieux. Ils sont à des degrés divers différents d’une personne normale. Les montrer à l’écran devait apporter cette envie de répulsion alors assez courante dans l’imagerie populaire. Certes, on pouvait les voir dans la réalité, dans une galerie de monstres comme c’était suggéré dans les publicités de fête foraine, un des rares moyens qu’ils avaient de gagner un peu d’argent. Le tri était fait à l’entrée, celui qui payait pouvait entrer, une sorte de choix volontaire sans obligation.

Tod Browning avec ses lilliputiens 

Il fallait une histoire à raconter pour que le film prenne forme, Browning s’inspira d’un récit publié dans un magazine en 1923, Spurs écrite par Tod Robbins. dont il ne garda que la trame centrale  et surtout le fait qu’elle se passe dans les coulisses d’un cirque.

Plot du film

Un lilliputien, Hans, héritier d’une fortune assez conséquente se produit dans un cirque avec son amoureuse, Frieda (sa soeur dans la réalité). Il tombe amoureux de la belle Cléoâtre, une personne tout à fait séduisante et normale, qui fricote avec un bel athlète, Hercules. Le duo au courant de la fortune de Hans, montent une machination pour s’accaparer de son argent. Cléopâtre le séduit sans difficulté en lui faisant miroiter qu’elle veut le marier. La communauté du crique, avec parmi elle ces fameux « monstres », voit clair dans le jeu de la belle et veut ramener Hans à la raisons. Complètement aveuglé, Hans finit par la marier. Une fois marié, Cléopâtre tente d’empoisonner Hans à petit feu et lui imposant une prise de médicaments douteux pour soigner sa santé fragile. Espionné par la communauté qui découvre son manège, la vengeance sera terrible….

Quelques scènes du film 

Les acteurs principaux du film peuvent se diviser en deux parties, physiquement parlant, les normaux et les anormaux. Mais ce n’est pas tellement les normaux qui sont intéressants. Au fil de l’histoire, on peut assister à quelques uns de leurs comportements dans la vie de tous les jours, comme l’homme tronc qui allume sa cigarette sans l’aide de personne. Ce que Browning n’avait sans doute pas prévu, c’est que l’on s’attache plus à ces relégués de la société, qui nous prouvent que l’on peut mener une vie presque normale en étant affligé d’un gros handicap. A la fin, les monstres ne sont pas tellement ceux que qui étaient censés l’être.

La casting

  • Wallace Ford : Phroso
  • Leila Hyams : Venus
  • Olga Baclanova : Cléopâtre
  • Roscoe Ates : Roscoe
  • Henry Victor : Hercules
  • Harry Earles : Hans
  • Daisy Earles (en) : Frieda
  • Rose Dione : madame Tetralini
  • Daisy et Violet Hilton : les Sœurs siamoises
  • Schlitze (en) : lui-même (de son vrai nom, Simon Metz)
  • Johnny Eck : Demi-Boy
  • Frances O’Connor : la jeune fille sans bras
  • Olga Roderick (en) : la femme à barbe
  • Pete Robinson (en) : le compagnon de la femme à barbe
  • Koo Koo (en) : elle-même (de son vrai nom, Minnie Woosley)
  • Prince Randian (en) : l’homme tronc
  • Angelo Rossitto : Angeleno
  • Edward Brophy et Matt McHugh (en) : les frères Rollo
  • Josephine Joseph (en) : mi-homme mi-femme
  • Elvira Snow et Jenny Lee Snow : les sœurs Zip et Pip

Et, parmi les acteurs non crédités :

  • Demetrius Alexis : monsieur Rogers
  • Sidney Bracey : le majordome de Hans
  • Mathilde Comont : madame Bartet
  • Albert Conti : le propriétaire
  • Michael Visaroff : Jean

Harry Earles avec Olga Baclanova

Par son contenu le film créa un scandale à l’époque de sa sortie, et fut descendu en flèche par la critique et inderdit de projection à plusieurs endroits aux USA. Cette interdiction n’a jamais été officiellement levée dans certains états, mais personne ne songe à faire respecter cette loi idiote. Il a été banni pendant 30 ans en Angleterre. Porté par sa propre force, le film devint culte dans les années 60, culte avec un grand C. C’est là qu’on voit que le jugement du public, s’il n’est pas toujours avisé, finit par remettre bien des pendules à l’heure. Aujourd’hui les références au films sont nombreuses, le mouvement gothique l’adule. J’ai cherché dans la presse française de l’époque, s’il avait fait l’objet de quelques lignes. J’ai trouvé quelque chose, tout en rappelant que c’est un film à voir absolument.

31-7

Je pense que ce film a fait un bien énorme à la cause des gens damnés par la nature. Comme je le disais en introduction, c’est un genre de documentaire avec une approche sensible leur condition, chacun a ses qualités intérieures et elles ne demandent qu’à s’exprimer. Personnellement, cela m’a aidé à aller vers eux et j’ai même partagé quelques repas avec l’un d’entre eux, quand il venait se restaurer dans un bistrot où j’avais quelques habitudes. Il avait plus d’humour que bien des gens normaux et observait le monde d’un oeil malicieux. Je crois qu’il appréciait spécialement que je me comporte avec lui comme s’il était une personne normale, hormis un corps diminué, c’était une personne tout à fait normale.

Tod Browning et quelques acteurs

Autour du film

A l’origine le film durait 90 minutes, mais suite au scandale lors de sa sortie, il fut ramené à environ 60 minutes. Le minutes manquantes semblent avoir été égarées. Par contre, il existe au moins deux fins, l’une optimiste, l’autre nom.

Harry Earles, Hans dans le film, était un lilliputien qui eut quelques rôles au cinéma, notamment des enfants. Avec sa soeur Daisy également lilliputienne et sa fiancée dans Freaks. ils apparaissent dans le Magicien d’Oz. L’espérance de vie des gens de cette taille n’est pas moindre, il mourut à 83 ans.

D’après la légende, les acteurs normaux ne semblent pas avoir eu de scrupules à tourner avec des acteurs un peu spéciaux. Olga Baclanova, la belle qui fait le malheur de Hans dira plus tard : « j’étais tellement désolée que je ne pouvais pas les regarder, j’étais désolée comme un être humain peut l’être ».

Après le film, la plupart des acteurs « monstres » retournèrent se produire dans les cirques et fêtes foraines et connurent des fortunes diverses. Parmi eux le nain Angelo Rositto, connut une carrière très en vue. Il apparaît dans 80 films et séries tv et tournera même aux côtés de Mel Gibson et Tina Turner. Il mourut en 1991, âgé de 83 ans.

Bas nylon vampires qui mènent le bal

 

Cinéma

De manière générale, les films d’épouvante se veulent « sérieux » même si le sujet ne l’est pas trop. On aime bien faire peur avec les recettes classiques, monstres, vampires, pouvoirs surnaturels. L’introduction de la notion comique n’a été abordé qu’à travers quelques séries télévisées comme Les Monstres ou La famille Adams, vers le milieu des années 60. Néanmoins, on peut trouver quelques scènes comiques dans des films qui n’ont pas la prétention de l’être. Roman Polanski a sans doute imaginé que d’aborder le genre dans un long métrage serait une bonne idée. Il n’est pas encore le cinéaste de renom qu’il est aujourd’hui, mais il commence à marquer quelques points dans une carrière qui devient internationale. C’est son quatrième long métrage, sorti en 1967.

Des divers genres qu’il pouvait retenir, c’est celui du vampire qui est adopté. Il se colle assez fidèlement aux autres films du genre, notamment ceux de la Hammer, la plus célèbre faiseuse d’histoires inspirés des classiques de l’épouvante, notamment les fameux Dracula et Frankenstein, genre populaire 30 ans plus tôt. Par se coller, il faut entendre qu’il envoie ses héros en Transylvanie, dans les Carpates, lieu ou Bram Stocker situe dans Dracula le berceau des vampires, s’inspirant d’un personnage réel Vlad Tepes, réputé cruel et sanguinaire. Il respecte aussi les canons du genre à savoir que les vampires ont peur de l’ail, ils ne se reflètent pas dans un miroir, ne vivent que la nuit, ne supportent pas la lumière du jour, celui qui est mordu par un vampire en devient un à son tour. Tout les reste c’est du Polanski.

Le plot.

Le professeur Abronsius (Jack MacGowran) est un savant un peu fou persuadé de l’existence des vampires. En compagnie de son assistant Alfred (Roman Polanski), craintif et timoré, il se rend en plein hiver dans les Carpates pour tenter de trouver des traces de l’existence des vampires. Un soir, après une longue route et complètement gelés, ils arrivent à une auberge perdue dans un coin de montagne. Anbronsius remarque qu’il y a de l’ail partout dans l’auberge et il pense être arrivé au bout de ses peines. A toutes ses questions, on détourne aimablement la conversation ce qui le conforte dans ses idées, il est au bon endroit. Son assistant est plus intéressé par « l’architecture », il s’éprend de la jolie Sarah (Sharon Tate) la fille de l’aubergiste (Alfie Bass). Cette dernière est enlevée et la piste que les deux compères suivent  les amène tout droit au château de comte Von Krolock (Ferdy Mayne qui s’inspire passablement de Christopher Lee), en pleine effervescence, car aura lieu le bal annuel des vampires.

Pour incarner le savant un peu fou, il fallait à Polanski un acteur capable d’en faire un peu trop, Il l’a trouvé en la personne de Jack MacGowran, un extraordinaire professeur Abronsius qui est en beaucoup plus cinglé une sorte de professeur Tournesol passionné par sa science.  Acteur peu connu jusque là, il y gagne une célébrité mondiale qui sera hélas sans vrai lendemain, mais qui lui valut quand même de figurer dans l’Exorciste, sa dernière apparition, car il mourut peu après le tournage âgé de seulement 54 ans. Soulignons aussi qu’avez son visage normal, il est presque méconnaissable. Polanski incarne plutôt bien son assistant, il est dévoué mais sans enthousiasme, il suit le mouvement. La belle Sharon Tate, en jeune fille légère qui adore prendre des bains, n’était initialement pas le choix de Polanski, mais sur l’insistance, c’est elle qui obtint le rôle. Ce fut hélas pour son plus grand malheur quand on connaît la suite. Bref rappel pour les jeunes et ceux qui ne connaissent pas l’histoire. Une liaison commença pendant le tournage du film entre elle et le réalisateur, qui aboutit à un mariage en 1968. Le couple s’installe à Los Angeles dans une maison ayant appartenu à Michèle Morgan. Le 9 août 1969, enceinte de huit mois, elle est assassinée ainsi que plusieurs personnes présentes par le tristement célèbre Charles Manson et sa bande. Un article de presse d’époque.

 

 

La film de Polanski est remarquable par l’image, très coloré, on repense ici aux films de la Hammer qui avaient cette saveur, d’ailleurs Polanski n’a jamais prétendu ne pas s’en être inspiré. Les paysages hivernaux sont magnifiques, l’auberge représente bien l’ambiance d’une auberge dans un coin perdu, lieu de rencontre pour les gens alentours, avec ses personnages typiques, représentatifs d’une caste sociale plutôt défavorisée. 

Une notion introduite par le cinéaste plutôt inhabituelle, ils sont plus humanisés, aimant s’amuser puisque qu’un bal à lieu dans le château. Ils sentent un peu moins le tombeau et ont emporté avec eux les défauts des simples mortels, comme le fils du baron qui est homosexuel et qui courtise Alfred ou le râleur qui cherche l’endroit le plus confortable pour poser son cercueil.

Et surtout on rit, c’est super drôle, les situations sont cocasses, tout est tourné en bourrique, on aimerait presque aller danser au bal pour voir si par hasard notre reflet apparaît toujours dans le miroir du grand salon. Si ce n’est pas le cas, eh bien tant pis, on s’amuse bien chez les vampires… et c’est éternel!

Une version théâtrale de son film a été mise en scène en 2014 à Paris par le réalisateur lui-même.

Distribution

  • Jack MacGowran (VF : Roger Carel) : le professeur Abronsius
  • Roman Polanski (VF : lui-même) : Alfred, l’assistant du professeur
  • Alfie Bass (VF : Jacques Marin) : Yoine Shagal, l’aubergiste
  • Jessie Robins (VF : Hélène Tossy) : Rebecca Shagal, la femme de l’aubergiste
  • Sharon Tate (VF : Paule Emmanuelle) : Sarah Shagal, la fille des aubergistes
  • Ferdy Mayne (VF : Paul-Émile Deiber) : le comte Von Krolock
  • Iain Quarrier (VF : Hubert Noël) : Herbert von Krolock, le fils du comte
  • Terry Downes : Koukol, le domestique bossu du comte
  • Fiona Lewis : Magda, l’employée de l’auberge
  • Ronald Lacey : l’idiot du village
  • Sydney Bromley (VF : Lucien Raimbourg) : le conducteur de traîneau
  • Andreas Malandrinos : un bûcheron
  • Otto Diamant : un bûcheron M. Peres
  • Matthew Walters : un bûcheron

Autour du film

Les scènes extérieures du film ont été tournées en Italie à Val Gardena. Ce sont dont les paysages des Dolomites que vous apercevez à l’écran. Initialement Polanski avait prévu de tourner le film dans un château suisse, mais le projet n’a pu aboutir.

Pour obtenir l’effet de la scène du bal lorsque le vampires s’aperçoivent que les intrus se reflètent dans le miroir de la salle de bal, la salle a été copiée derrière un faux miroir avec des silhouettes humaines devant (on ne voit pas les visages).

Roman Polanski ne se nomme pas dans le générique du début, seulement dans les crédits finaux.

Sur les lieux de tournage du film, il a été commandé un grand nombre d’imitations de cercueils pour les besoins du film. Certains touristes crurent qu’il y avait une épidémie de peste.

Dans la version française, Polanski se double lui-même, il s’agit donc de sa vraie voix.

La MGM publia d’abord aux USA, une version dans laquelle le film fut quelque peu mutilé avec un dessin animé et une explication sur les vampires. Devant le bide rencontré elle revint au film initial. Ce n’est qu’à partir de cette version que le film connut le succès. 

Bas nylon et miracle

 

Cinéma

Le « Miracle à Milan » est un film de Vittorio de Sica sorti en 1951 qui récolta plusieurs récompenses dont le grand prix au festival de Cannes la même année.

Disons-le tout de suite ce film ne fait pas toujours l’unité, certains « spécialistes » de cinéma qui n’ont jamais tourné le moindre bout de film le qualifient de navet. Il est vrai qu’ils sont peu nombreux. Ce n’est pas parce qu’il est un de mes films préférés que je vais prendre ma mitraillette pour les trucider. Je ferais juste remarquer que s’il est à classer dans le néo-réalisme italien de l’après guerre, c’est avant tout un film fantastique. A partir de là, tout est permis il n’y a plus de logique à respecter, juste à se laisser aller et surtout succomber au charme qu’il dégage. Si cette magie est inaccessible à certains, tant pis pour eux, moi j’y trouve mon compte.

Je ne pense pas être un cas unique, mais ce que je cherche dans un film c’est qu’il me surprenne, que je devine pas déjà la scène suivante. Avec ce film je suis comblé, rien ne se devine d’avance, tout se découvre. C’est une ambiance très italienne, sans doute pas toujours accessible à un spectateur d’une autre culture. Je pense que pour apprécier une bouillabaisse à sa juste valeur, il faut être des environs de Marseille, un Japonais peut trouver cela très bon, mais c’est un hasard car ce plat ne fait pas vraiment partie de sa culture. Il est en de même pour ce film, pouvoir le suivre en version originale est un avantage certain, de plus un connaisseur remarquera qu’il est parlé avec l’accent milanais-lombard, ce qui ajoute une touche supplémentaire.

Le plot

L’histoire commence comme de juste par un enfant trouvé dans un chou, jusque là c’est évident. C’est une trépidante et généreuse grand-mère qui le découvre et qui l’élève. Quand elle meurt, Toto c’est le nom de l’enfant, finit à l’orphelinat. Quand il en ressort une fois adulte, il s’est métamorphosé en un bonhomme empli de bonté et doué d’ingéniosité. Il erre dans les rues de Milan couvertes de neige à la recherche d’un endroit pour dormir. Alors qu’il regarde les belles dames en robe longue qui sortent de la Scala (ma mère qui est milanaise m’a dit avoir fait cela dans les années 30), il pose parterre son maigre bagage, une petite valise en cuir qui ne contient presque rien, pour applaudir le défilé. Un vagabond qui passait par là la lui vole et Toto le prend en chasse et le rattrape. Il ne le traite pas de voleur mais lui dit qu’elle ne contient presque rien. La vagabond lui affirme alors que c’est la valise qui l’intéresse, alors Toto lui en fait cadeau et le vagabond en a presque les larmes aux yeux. Comme Toto est à la recherche d’un endroit pour dormir, son voleur lui offre l’hospitalité dans ce qu’il appelle sa maison. En fait de maison, c’est une espèce de cabane avec un toit en tôle dans un terrain vague à côté de la voie de chemin de fer.

La matin, il découvre qu’il a atterri dans une sorte de cour des miracles où vivent tous les laissés pour compte de Milan. Comme il est plein de bonnes idées, il décide de donner du courage à tous et d’organiser une vie meilleure avec les moyens du bord. Petit à petit l’endroit devient un petit village où s’installe un semblant de bonheur de vivre avec des choses simples. Au fil de l’histoire on découvre divers personnages vivant dans cette cour, chacun avec ses petites misères, ses envies, ses espoirs ses petites combines, le tout présenté un humour présent tout le long du film. Toto n’a pas son pareil pour se mettre à leur niveau, déformant son visage en saluant un bonhomme atteint de ce désagrément, marchant à l’équerre quand il en rencontre un autre qui se plaint de sa petite taille, se tenant les reins et en mimant la douleur avec celui qui souffre d’une sciatique. Le seul é n’y pas trouver son compte est Rapi, un snob et crâneur qui méprise tout le monde et prend tout les chose de haut.

Un jour débarque un riche hommes d’affaires, Mobbi,  qui veut racheter le terrain. Il est étonné de le voir occupé par cette foule de misérables, qui se fait menaçante quand on parle de les évacuer. Dans un premier temps, il compose et se fait passer pour une personne qui comprend leur malheurs et s’en va sous les acclamations de la foule. On croit la partie gagnée, mais quelques temps plus tard, en organisant une fête on plante un mat de cocagne et du pétrole jaillit. Le pleutre Rapi va avertir Mobbi de la découverte et bien évidemment  veut chasser tout le monde de son terrain. On réquisitionne la police, l’armée pour les chasser. Et que peuvent faire les gueux contre cela ?

Le ciel va les aider. La vieille femme qui a trouvé Toto dans le chou, revient brièvement de là-haut et lui donne une colombe qui peut exaucer n’importe quel voeu. Alors va commencer un combat entre Mobbi est ses sbires qui devront lutter contre la magie et le surnaturel. Mais avant. tout le monde va profiter des pouvoirs de la colombe pour satisfaire ses envies, qui un manteau de vison, qui une radio, qui des millios de lires. La file d’attente est longue, mais on patiente. Ensuite…

Comme je l’ai dit, c’est un film qui va à la rencontre du fantastique, il faut d’abord le regarder sous cette angle. Après on peut l’aborder de plusieurs manières, une peinture de la réalité sociale d’après guerre, une comédie franchement drôle même si le sujet ne d’y prête pas vraiment, un film qui surprend par son inventivité ne lassant jamais le spectateur deviner la suite. Beaucoup de choses sont caricaturées, poussées à l’extrême,  mais c’est un régal.

Vittoria de Sica a choisi comme pour son célèbre « Voleur De Bicyclette » de faire confiance à des acteurs non professionnels. C’est un choix judicieux, car ils sont tous excellents, même les professionnels, Paolo Stoppa (Rapi), Guglielmo Barnabo (Mobbi) notamment. Il faut quand même laisser une chose aux Italiens, c’est peut être le peuple le plus naturellement acteur. Alors pro ou pas.

C’est un film qui a laissé une date importante dans l’histoire du cinéma. Le spectacle défile sur l’écran, on peut le regarder comme un simple divertissement, mais il cache bien plus de choses que les images peuvent le suggérer. En analysant les scènes on peut remarquer que c’est un film très complexe de par ce qu’il peut suggérer au spectateur, c’est une sorte de chasse au trésor pour les allégories et les métaphores. C’est un film résolument optimiste, il montre que des choses très simples peuvent devenir des merveilles pour qui sait les saisir. Les âmes simples ont la place du roi et les puissants sont les fous du roi. C’est une merveille!

Distribution

  • Emma Gramatica as La vecchia Lolotta
  • Francesco Golisano as Totò
  • Paolo Stoppa as Rappi
  • Guglielmo Barnabò as Mobbi
  • Brunella Bovo as Edvige
  • Anna Carena as Marta, la signora altezzosa
  • Alba Arnova as La statua che prende vita
  • Flora Cambi as L’innamorata infelice
  • Virgilio Riento as Il sergente delle guardie
  • Arturo Bragaglia as Alfredo
  • Erminio Spalla as Gaetano
  • Riccardo Bertazzolo as L’atleta
  • Checco Rissone as Il comandante in secondo
  • Angelo Prioli as Il comandante in primo
  • Gianni Branduani as Totò at eleven years

Autour du film

L’histoire est tiré du romam « Toto il buono » de Cesare Zavattini », ce dernier étant aussi un scénariste qui a beaucoup oeuvré pour le néoréalisme italine.

Pierre Bellemare, la célèbre raconteur d’histoires, a dit que c’était son film préféré

Des acteurs non professionnels ou débutants qui apparaissent dans le film, peu trouvèrent un suite de carrière cinématographique. Seul le rôle principal, Francesco Golisano apparut dans quelques films avant d’arrêter complètement vers 1955. 

Bas nylon et sable chaud

Cinéma

La Légion Etrangère a souvent représenté représenté une sorte de fascination pour les aventuriers de tous poils, du moins jusqu’à la fin des années 50. Dans une moindre mesure, cette fascination existe encore, mais on s’y engage aujourd’hui pour des raisons sans doute différentes. Dans les années 30, époque dans laquelle se situe le film dont nous allons parler, on pouvait y ajouter le goût d’une certaine aventure qui se résumait à découvrir des régions qui apparaissaient alors plutôt lointains comme le Moyen Orient et plus tard l’Indochine. A l’heure où l’on peut, à la seconde près, entrer en relation avec un correspondant à l’autre bout du monde cela peut faire sourire. Mais supposons un pays comme l’Algérie où la connaissance de l’endroit se résumait à un chameau avec un Bédoin sur une carte postale, l’imagination devait en travailler quelques uns, surtout ceux sans le sou. La Légion offrait alors un passeport et un transport tous frais payés pour aller humer l’odeur du sable chaud.

L’une des forces de cet organe, fondé par Louis-Philippe en 1831 rappelons-le, est aussi d’offrir une sorte de nouvelle virginité à l’engagé, faisant table rase de son passé, du moins pendant son temps de service. C’est une sorte d’armée dans l’armée obéissant à ses propres règles et surtout ouverte aux nationalités étrangères. Ce sont en quelque sorte des soldats professionnels qui seraient des mercenaires sous d’autres cieux. Voilà pour quelques repères, car mon propos ici n’est pas de retracer l’histoire de la légion, mais bien de planter le décor d’un film. Ce dernier se déroule en fait dans la Légion espagnole, un pendant de sa cousine française, fondée plus tardivement par Franco au début des années 20. L’appellation espagnole donne le titre du film.

« La Bandera » est un film de Julien Duvivier, déjà presque un vétéran du cinéma lors de sa sortie en 1934. Il s’inspire d’un roman de Pierre Mac Orlan dont Duvivier a racheté les droits après une discussion avec Jean Gabin lors du tournage de son précédent film, l’excellent « Golgotha », dans lequel il tenait le rôle de Ponce Pilate, tous deux sont passionnés par cette histoire. Gabin n’est pas encore tout à fait une star, mais il commence à être très connu, son rôle dans le film va faire monter la pression d’un cran. Pour Duvivier ce sera aussi un atout de plus vers sa renommée. On est un peu dans les histoires de famille, car Duvivier confie aussi un rôle à sa vedette de Golgotha, Robert Le Vigan. Pour le reste, les rôles principaux sont attribués à quelques noms connus ou vedettes en devenir de l’époque, Annabella, Margo Lion, Viviane Romance, Raymond Aimos, l’incontournable Gaston Modot et Pierre Renoir, le frère de Jean. 

Le plot

PIerre Gilieth a commis un meurtre à Paris et est recherché par la police qui offre une jolie prime pour sa capture. Il se réfugie en Espagne, à Barcelone, et tente de se refaire une santé. Il y rencontre une femme légère (Vivianne Romance) qui tente de le consoler alors qu’il se fait dérober son argent et ses papiers. Sans moyens d’existence, il a recours à un engagement dans la Légion ce qui a au moins a l’avantage de lui fournir une prime d’engagement pour parer au plus pressé. Il finira par partir dans le Rif combattre sous drapeau espagnol, dans une guerre qui est la première guerre vraiment anticoloniale. Il tombera follement amoureux d’une indigène (Annabella) qui donnera une couleur particulière à sa vie de légionnaire. Ce qu’il ne sait pas, parmi les légionnaires, il y a un indicateur de police et intrigant chasseur de primes (Robert Le Vigan) qui va tenter de percer son secret et encaisser la prime. 

Le film est avant tout un témoignage sur la vie des légionnaires, sans doute très impartial dans sa manière de présenter la vérité pour mieux la dénoncer. Il fait abstraction de toute considération politique, on se bat contre un ennemi sans savoir qui a tort ou raison. Duvivier se plait à inverser les clichés, Gabin qui est un assassin en devient sympathique, tandis que le Vigan, à la solde de la police est antipathique à souhait. Les indigènes apparaissent sous un jour serein, des victimes de la colonisation qui sont sans doute moins méchants que les envahisseurs. Assez étonnamment on peut apercevoir une danseuse avec les seins nus dans une scène du film. Même 80 ans après son tournage, il n’a pas pris de rides et conserve la saveur qui lui fit obtenir un grand succès lors de sa sortie. 

En résumé c’est un film qui mérite le détour, il a une certaine valeur de documentaire. On peut le mettre en parallèle avec un autre film de la même année « Le Grand Jeu » de Jacques Feyder interprété par Pierre Richard-Willm, Charles Vanel, Françoise Rosay, Georges Pitoëff. Ce film traite aussi de la vie des légionnaires, mais plus en toile de fond. Les années 30 auront quand même été une décennie remarquable pour le cinéma français. 

Interprétation

  • Jean Gabin (Pierre Gilieth, meurtrier légionnaire)
  • Annabella (Aïscha, la Slaoui)
  • Margo Lion (Planche-à-Pain)
  • Viviane Romance (La fille de Barcelone)
  • Génia Vaury (La fille du restaurant)
  • Claude May (La femme ivre)
  • Robert Le Vigan (Fernando Lucas, le mouchard)
  • Pierre Renoir (Le capitaine Weller)
  • Gaston Modot (Le soldat Muller)
  • Raymond Aimos (Marcel Mulot)
  • Charles Granval (Le Ségovien)
  • Robert Ozanne (Le tatoué)
  • Maurice Lagrenée (Siméon)
  • Louis Florencie (Gorlier)
  • Noël Roquevert (Le sergent dans le train)
  • Marcel Lupovici (Un légionnaire dans le fortin)
  • Robert Ancelin (Le lieutenant)
  • Raphaël Médina (Un légionnaire du fortin)
  • Pitouto (Le garçon d’étage)
  • Paul Demange (Le plaisantin)
  • Raymond Blot (Le patron de la maison de danse)
  • Eugène Stuber (Le voleur)
  • Robert Moor (Un légionnaire)
  • Jésus Castro-Blanco (Le sergent)
  • Reine Paulet (Rosita)
  • Little Jacky (Weber)
  • Philippe Janvier
  • José Casado

Autour du film

A l’origine le film était dédié à Franco, la mention sera supprimé lors de la guerre civile espagnole où il apparut comme un dictateur.

Dans les années 30, la télévision qui existait déjà de manière très confidentielle, avait fait des repérages pour une future diffusion de films à travers ce moyen. Un liste de plus de 200 films « télévisionnables » fut établie. Le film de Duvivier y figurait.

Après la guerre les affiches du film font abstraction du nom de Robert Le Vigan. Ce dernier a été condamné à 10 ans de prison pour faits de collaboration, de propagande, de positions violemment antisémites. Il fut un proche de Céline. Il s’exila en Argentine où il mourut en 1972 après avoir vécu chichement.

En dehors de toute polémique, il faut laisser à Le Vigan l’étoffe d’un très grand acteur. Il avait sans doute un grain de folie en lui, c’est parfois perceptible à travers ses rôles. Celui de Jésus dans « Golgotha » est absolument époustouflant. Mais dans le cinéma comme ailleurs, le grain de folie peut se ressentir comme une vertu. Où en serait l’humanité si quelques unes de ses légendes n’avaient pas eu ce grain de folie ?

Colette dit, après l’avoir vu jouer, que Le Vigan est un acteur « saisissant, immatériel, sans artifice, quasi céleste »

Bas nylons et boutons

 

Les films qui ont des enfants pour héros forment une classe à part dans l’histoire du cinéma. Les enfants sont les aventuriers auxquels les autres enfants veulent s’identifier dans l’idéal. Plutôt rares sont les films où ils sont presque un mauvais exemple. La Guerre des Boutons en est une belle illustration, bien que prenant racine dans ce qu’il existait assez couramment dans nos belles campagnes de la fin des années 50. Imaginez un monde où il n’y a pas de télévision, d’ordinateurs, de téléphones connectés. Encore plus à l’époque où l’histoire est née de la plume de Louis Pergaud, le poète et écrivain franc-comtois, mort comme soldat en 1915.

Au début des années 60, Yves Robert pour les besoins de son film, la transpose dans une époque plus contemporaine à son film, bien que cela ne se remarque que par quelques détails, l’éclairage public est électrique, des habits « modernes », des allusions faciles à dater dans le temps. Mais cela ne change rien à la destinée du film, les jeux, pas interdits, mais non plus très recommandables des enfants n’ont pas foncièrement changés en 60 ans.

Il y a aussi l’idée assez forte alors, d’appartenir à une communauté centrée autour d’un village, les habitants du village voisin sont presque des étrangers, des ennemis. Sans doute les plus âgés d’entre vous qui ont grandi ailleurs qu’en ville, ont éprouvé ce genre de sentiment. De là à déclarer une guerre symbolique avec quelques gentils fait d’armes, détruire la cabane des « ennemis », ou crever quelques pneus de bicyclette, font partie de ce folklore construit de toutes pièces.

Le roman de Pergaud n’échappe pas à cette ambiance, bien que librement inspiré le film en restitue l’essentiel, le combat entre ceux de Longeverne contre ceux de Velrans. Les prises de guerre sont de véritables trophées, les boutons de culotte ou les bretelles de l’ennemi qui l’obligeront à se balader en tenant leur culottes et fuyant pour ne pas dévoiler leur intimité, comble de la honte. Les expéditions commando pour aller écrire sur les murs du village voisin qu’ils sont des peigne-culs. La quête prudente de la bande qualifiée de couilles molles par l’adversaire pour en savoir la signification.

A côté de vedettes confirmées, Jean Richard, Jacquea Dufilho, Michel Galabru, on notera l’extraordinaire performance de Martin Lartigue dans le rôle du Petit Gibus, le petit de la bande qui veut imiter les plus grands et qui assène au tout au long du film et de ses déboires la phrase culte : si j’avais su j’serais pas v’nu ! Les interprétations des enfants sont d’ailleurs bien moins stéréotypées que celles des adultes, ils sont naturels. Entre un Jean Richard qui vaut ce qu’il vaut en agriculteur et un Jacques Dufilho qui est certainement meilleur ailleurs, le choix est vite fait, on préfère la jeunesse. Les adultes ne sont en quelque sorte que les figurants des enfants, qui n’ont rien à perdre, rien à prouver.

On suit ce petite monde avec fidélité et amusement. Il nous entraîne à sa suite dans un tourbillon de bons mots et de situations cocasses. La guerre locale finit même par s’étendre au monde des adultes, sans doute jaloux de ne pas pouvoir s’amuser avec l’innocence de l’enfance à ces jeux qu’eux mêmes inspirent. C’est à ce moment là qu’ils s’aperçoivent que l’enfance les a quittés pour toujours et que l’été et l’automne de la vie se confondent avec le temps des regrets. Le film se termine sur une phrase qui résume toute la saveur du film : dire que quand on sera grands on sera aussi cons qu’eux !

Le film eut quelques difficultés à voir la nuit des salles, car il ne trouva aucun distributeur en France. Ici on peut encore souligner que le cocorico national salua bien évidemment la réussite du film qui fut un véritable succès en salles, mais que c’est grâce à Warner, boîte américaine par excellence, que le film parvint dans les salles du monde entier. La production elle-même ne doit rien à personne, c’est Yves Robert et sa célèbre compagne, Danièle Delorme, qui l’assument pour le compte d’une maison de production dont ils sont les fondateurs.

Pour ma part, c’est le film que j’ai raté au moment de sa sortie. Je ne l’ai découvert que plus tard avec mes yeux d’adulte. C’est peut être le genre de film qu’il faut justement visionner avec ce regard, ne pas le voir durant l’enfance et le ranger dans les souvenirs qui vont avec, qui s’effacent pour faire place à d’autres guerres. C’est sans doute pour cela qu’il m’a marqué et qu’il est entré par la grande parmi mes classiques de l’écran, avec ceux qui me font toujours rire, même si je sais d’avance à quel moment je vais rire.

Distribution

Les enfants

  • André Treton : Lebrac, le chef des « Longevernes »
  • Michel Isella : L’Aztec des Gués, le chef des « Velrans »
  • Martin Lartigue : Petit Gibus, un gamin de Longeverne
  • François Lartigue : Grand Gibus, un gamin de Longeverne et grand frère de Petit Gibus
  • Marie-Catherine Michonska-Faburel : Marie Tintin, la protégée de Lebrac
  • Jean-Paul Maîtrot (alias Jean-Paul Queret) : Bacaillé, le traître de la bande à Lebrac
  • Daniel Janneau : La Crique, l’intellectuel de la bande à Lebrac
  • Patrick Loiselet : Le gamin de Longeverne qui prononce la réplique culte : « Tu fais honte aux pauvres, Lebrac. C’est pas républicain, ça. »
  • Daniel Tuffier : Le gamin de Longeverne qui cherche ses lunettes lors de la première bagarre avec les « Velrans »
  • Christophe Bourseiller : Gaston, l’enfant qui teste l’insulte « Couilles molles » sur son père
  • Jean-Denis Robert : Le gamin de Longeverne qui transporte La Crique en vélo
  • François Bazinsky : Un gamin de Longeverne
  • Gérard Aubry : Un gamin de Longeverne
  • Claude Bourseiller
  • Jacky Delory
Les adultes
  • Jacques Dufilho : Le père de l’Aztec des Gués
  • Yvette Etievant : La mère de Lebrac
  • Michel Galabru : Le père de Bacaillé
  • Michèle Méritz : La mère de l’Aztec des Gués
  • Jean Richard : Le père de Lebrac
  • Pierre Tchernia : Bédouin, le garde-champêtre
  • Pierre Trabaud : L’instituteur de Longeverne
  • Claude Confortès : Nestor, le facteur
  • Paul Crauchet : Le père Touegueule
  • Henri Labussière : Le paysan sur son tracteur
  • Yves Péneau : Le surveillant général
  • Robert Rollis : Le père de « Migue la Lune »
  • Louisette Rousseau : La mère de Bacaillé
  • François Boyer : Le curé à vélo
  • Bernard Lambert : Le bûcheron

La plupart des enfants acteurs ne firent qu’un bref passage dans le cinéma. Le plus endurant fut le Petit Gibus qui tourna un autre film avec Yves Robert Bébert et l’Omnibus (1963), où il tient un rôle de petite peste  paumé dans le train. par son grand frère, (un tout jeune Jacques Higelin). Martin Lartigue est aujourd’hui retiré dans le Sud et établi comme peintre. 

Autour du film

Le film figure dans la douzaine de films ayant eu le plus d’entrées en salles.

Le film engendra aussi une célèbre chanson « Y’a mon pantalon et qui s’est décousu », un rien grivoise.

Il fut presque censuré aux USA, à cause des très pudiques scènes du nus qui figurent dans certaines scènes.

Le film est connu au japon tant et si bien quûne marque de sous-vêtements et de chocolats portent le nom de Petit Gibus.

La film a reçu le prix Jean Vigo, un pris qui récompense les films à l’esprit indépendant.

Le roman de Pergaud a été adapté plusieurs fois à l’écran, mais la version d’Yves Robert reste sans hésitation celle de référence.

Le Petit Gibus avant et maintenant

Bas nylon et hot spot

Ce que j’aime bien dans le cinéma américain, c’est qu’ils sont capables de planter un film n’importe où. Trois maisons et un bar peuvent devenir le plot d’un film en surtension. Ils ont l’avantage d’avoir un urbanisme très peu concentré en dehors des grandes cités. Du fait des grandes distances qui peuvent séparer deux petites villes ou villages, c’est encore un pays où il existe une certaine idée de l’aventure. Ce n’est plus la conquête de terres vierges, mais l’envie de prendre la température dans un lieu nouveau pour qui veut bien se donner la peine d’y pénétrer ou de s’y réfugier. Ces endroits vivant dans une certaine autarcie sont bien obligés d’offrir un minimum de confort pour les autochtones. On peut imaginer ce qui est nécessaire pour satisfaire la demande. Une banque, un garage, une église, quelques shops offrant tout et son contraire dans le même endroit, quelques bars et bistrots dont au moins un pas trop recommandable, et pour couronner le tout le bureau du shérif. 

Le film dont je vais vous parler se situe justement dans un de ces coins du Texas, entre le nord et le sud juste à côté de nulle part. On y trouve à peu près tout ce dont je vous ai parlé juste avant, la banque et le garage étant au centre du film. Il est réalisé par Dennis Hooper en 1989, un touche à tout aussi acteur, peintre, poète, grand consommateur d’alcool et de drogues. Il est surtout devenu célèbre depuis Easy Rider

Il commence par l’arrivée dans ce bled perdu de Harry Madox (Don Johnson, un des flics de Miami Vice) une sorte d’aventurier repris de justice plutôt bcbg. Il décroche rapidement un emploi de vendeur dans un garage local tenu par George Harshaw (Jerry Hardin, le contact récurrent dans X-Files). Il fait la connaissance de quelques personnages locaux, le voyou local (Charles Martin Smith, La Grenouille dans American Graffiti), le méfiant shérif qui l’a à l’oeil (Barry Corbin), mais surtout deux femmes auxquelles il s’intéresse plutôt de près la secrétaire du garage (Jennifer Connelley) et la plantureuse femme du patron, la pin-up du coin, Virginia Madsen. 

Madox s’aperçoit de son oeil expert que la banque du coin n’est pas très bien surveillée, il échafaude un braquage tout en tournant autour et de très près des deux femmes qui font en quelque sorte partie maintenant de son entourage. Mais tout ce qui semble facile ne l’est pas toujours. Certains penseront que c’est léger et convenu pour faire un film, eh bien qu’ils se détrompent, le bonne référence au film noir n’est pas très loin.  La suite sur l’écran…

Disons-le tout de suite, le film contient des scènes torrides, normal dans un endroit où les 30 degrés sont considérés comme des températures frisquettes, cela porte sur les nerfs de certains amateurs de sensation érotiques fortes. Bien évidemment la caméra s’arrête là où elle doit pour ne pas passer sous X, mais l’imagination peut faire le reste. Bien que considéré par les spectateurs comme un film dans un bonne moyenne supérieure, je lui mettrais plutôt 8/10. Simplement parce que j’aime ce genre d’histoires, de temps en temps de l’action, une belle étude de moeurs qui remplace avantageusement les films qui ont seulement l’action en point de mire, une forte pincée de poudre d’érotisme avec un actrice qui porte des bas et nous le fait savoir, mais là n’est du reste pas l’attrait principal du film, c’est une des composantes. Le film est aussi magnifié par une fantastique bande sonore originale. Pensez donc, la rencontre de John Lee Hooker, Miles Davis, Taj Mahal, de quoi ravir tous ceux qui adorent que le jazz rencontre le blues, et c’est plutôt bienvenu pour soutenir les scènes du film car même avec les films muets on se démerdait pour en joeur.

Bien joué Mr Hooper, je devine bien un peu de vous dans ce film et j’adore vous découvrir. Je crois surtout qu’il n’y a pas mieux qu’un ivrogne pour filmer une scène avec des alcooliques. C’est une image bien sûr, mais un film c’est justement un suite d’images.

Un extrait de la bande, sans jeu de mots, sonore…

 

Bas nylon et ciné 45 (2)

Nous avons vu et feuilleté dans un précédent post la revue Ciné-Miroir dans sa version almanach de 1945. Continuons dans cette deuxième partie de nous y intéresser en la parcourant à nouveau.

Les premières pages étaient plutôt axées sur le cinéma français, c’était aussi l’occasion de faire le point sur les acteurs qui pouvaient envisager les temps de paix comme un début ou une suite de leur carrière, n’ayant pas de comptes à rendre aux comités d’épuration à la libération.

En 1945, on fête aussi le cinquantenaire du cinéma, la revue s’y attarde un peu en consacrant quelques pages à son évolution depuis les débuts. On y évoque surtout le cinéma américain qui a vite pris le dessus, malgré quelques films français qui méritent le détour comme le Napoléon d’Abel Gance ou les premiers et historiques films de Georges Méliès. Durant toute cette période quelques films qui n’ont rien d’américain parviendront à se glisser en belle place dans l’histoire du cinéma. Dans ce genre les Allemands font très fort avec l’expressionnisme, en qualité et en exercice de style ils n’ont rien à envier aux Américains. Lang, Pabst, Murnau, sont des références absolues. Pour la Russie Eisenstein et pour la Suède Sjöströem ne sont pas à négliger. On ne peut passer sous silence la France et celui qui fut sans doute le premier réalisateur à devenir connu internationalement, Max Linder. Avec ses films humoristiques qui en inspirèrent certainement d’autres un peu plus tard, Chaplin lui doit bien un peu de sa magie, il fut assez vite victime de son succès avec une vie personnelle désordonnée.  Durant la période du muet quelques réalisateurs firent leur premières armes pour devenir plus tard des noms de premier plan, Jean Renoir, René Clair, Jacques Feyder, Marcel L’Herbier. 

L’Amérique a surtout le charme de ses films comiques pour le spectateur d’un autre pays, il n’a pas besoin de se casser la tête, les gags sont bien visibles et drôles. Keaton, Lloyd, sans oublier le génie de Chaplin qui s’affirmera encore plus avec le parlant, sont des stars. Le cinéma américains a tout de suite pris une dimension à la hauteur de ses ambitions. Il offre des films à grand spectacle, même s’il est encore muet. Il peut aussi se développer en toute liberté, la première guerre mondiale marqua un temps d’arrêt pour la production européenne, chose qui ne toucha que très peu, sinon les USA, du moins le territoire américain. Il fut aussi le premier à produire des icônes qui suscitèrent un engouement capable de porter les foules à l’émeute, certaines d’entre elles ne dépassant pas l’âge d’or du muet comme Pearl White ou Mary Pickford.  On peut se souvenir de la mort de Rudolf Valentino et de l’immense retentissement de son décès qui rendra folles de désespoir les dames de la belle société et aussi celles de plus humble extraction. Assez significatif pour un acteur dont on a jamais entendu la voix à l’écran, puisqu’il ne tourna que des films muets. L’époque parvint à imposer malgré tout des acteurs beaucoup plus durables qui traversèrent facilement la frontière du parlant, pour des carrières de plus ou moins grande envergure, Joan Crawford, Greta Garbo, Gloria Swanson, Louise Brooks, Pola Negri, Lilian Gish et chez les hommes John et Lionel Barrymore, Wallace Beery, Ramon Novarro, John Gilbert, Stan Laurel et Oliver Hardy. 

Voici les images sélectionnées par la revue pour ce résumé succinct de 50 ans de cinéma.

Pearl White et Ramon Novarro, Albert Dieudonné dans le film Napoléon d’Abel Gance, Chaplin et Tom Murray dans La Ruée vers L’Or.

Greta Garbo, Rudolf Valentino, Fernand Ledoux et Marie Déa, Walt Disney, Clarl Gable et Vivian Leigh dans leurs succès respectifs.

Pendant l’occupation un blackout quasi total régna sur les productions du cinéma américain, on imagine l’effet qu’aurait produit la projection du Dictateur de Chaplin. Alors la revue se devait de condenser cinq ans de silence, faire le point sur les nouveaux ou ceux que l’on connaissait déjà.

Devenu une star américaine par la force des choses puisqu’il tourna dans le premier Hitchcock de sa période US, Rebecca.

Retour sur un film dont on a beaucoup parlé en France mais que peu ont vu puisque qu’en 1945 il n’a pas encore été projeté dans les salles françaises Autant En Emporte Le Vent. C’est un succès colossal à sa sortie, qui offrira à ses acteurs une autoroute vers la gloire, ce n’est pas Clark Gable qui dira le contraire. C’est le type même de film qui emballe le spectateur, en quelque sorte un succès de la critique populaire.

Maureen O’Hara tirera aussi tous le jus nécessaire à sa carrière en apparaissant dans le fameux Quelle Etait Verte Ma Vallée de John Ford, un très beau film sur la condition ouvrière, ici les mineurs. Le jeune Roddy McDowall dans le rôle de l’enfant en récoltera aussi pas mal de bénéfices pour la suite de sa carrière.

Shirlew Temple fut aussi une des enfants stars du cinéma. Elle cessera d’elle-même sa carrière d’actrice en devenant adulte à la fin des années 40 et se tourna vers la politique.

Gary Cooper a de belles années devant lui. Joan Leslie fut aussi une actrice en vue pendant 20 ans. Femme sans doute très honorable, elle abandonna plus ou moins sa carrière pour élever ses enfants et fut une de celles qui ne divorça jamais de son seul et unique mari. Elle servit aussi toute sa vie comme bénévole dans une maternité.

Clark Gable avec le sourire

Chaplin savait bien compris qu’il fallait mettre les rieurs de son côté. Il savait aussi qu’il était préférable de faire des millions de morts de rire que de morts tout court.  Avec Le Dictateur il parodie qui vous savez de manière féroce. C’est un exemple je crois unique dans l’histoire du cinéma qu’un réalisateur se gausse pareillement d’un homme politique en exercice au moment de son tournage. Je ne sais pas si l’intéressé l’a vu, mais on a dû lui raconter. Il doit en avoir bouffé sa croix gammée! Au point de vue inventif le film est bourré de grandes scènes, celle du discours est un moment d’anthologie. Non seulement le film raconte une histoire mais il dévie de sa ligne pour y glisser des moments qui caricaturent le personnage central ou ceux qui sont à sa botte. On avait bien conseillé à Chaplin de ne pas le tourner, il passa outre et le réalisa avec ses propres deniers pour mettre tout le monde d’accord. C’est un de mes films préférés, je l’ai vu je ne sais pas combien de fois et je ne m’en lasse pas. 

Deux actrices ayant tourné avec Hitchcock qui s’affirme de plus en plus comme le maître du suspense. Teresa Wright qui figure dans L’Ombre D’un Doute et Joan Fontaine dans Rebecca. 

Il y a aussi des disparus chez les Américains. La pulpeuse Carole Lombard tuée dans un accident d’avion. Tom Mix le cowboy aux 300 apparitions à l’écran principalement au temps du muet, tué dans un accident d’automobile. Conrad Veidt, l’une des légendes du cinéma allemand des années 20, assez pour qu’Hollywood le remarque. Il aura ensuite une carrière plus internationale, tournant aussi en France et retournant en Allemagne. Ayant épousé une Juive il fuit définitivement ce pays. Il ne fut pas toujours employé à sa juste valeur. Signe des temps l’excellent groupe français de new vawe Marquis de Sade lui rendra hommage dans une chanson qui porte son nom.

Quelques réalisateurs et acteurs français s’expatrièrent et eurent des aventures et fortunes diverses sous d’autres cieux. La revue mentionne quelques noms. Tout d’abord Gabin à Hollywood où il tournera deux films en manquant une belle occasion de tourner avec Fritz Lang. Pour le film Moontide (La Péniche De L’Amour), il est sous la direction d’Archie Mayo, mais initialement c’est justement Fritz Lang qui tourna les premières séquences. Il ne perd pas tout dans l’aventure puisque la vedette féminine est Ida Lupino, une pulpeuse actrice qui se tournera après la guerre vers la réalisation avec une certain bonheur et fut la première femme à diriger un film noir. Pour le second, Gabin retrouve Julien Duvivier dans L’imposteur. De sa brève carrière américaine, on retient surtout sa liaison avec Marlène Dietrich et la revue annonce même leur mariage prochain, toutefois quand Dietrich sera divorcée, car elle est mariée depuis plus de 20 ans et à une fille Maria qui est toujours vivante. On connaît la suite Dietrich ne divorcera jamais et Gabin orientera sa vie sentimentale vers d’autres conquêtes. Sa carrière aura un temps mort pendant quelques années, il est trop âgé pour jouer les jeunes premiers et trop jeune pour jouer les vieux bougons, rôles lui seyant à merveille.

Michèle Morgan aura aussi une courte carrière américaine plutôt décevante. Il est assez difficile pour les Français d’obtenir de vrais rôles du fait qu’il ne parlent pas l’anglais couramment. Elle eut surtout l’occasion de se marier avec avec l’acteur William Marshall et donne le jour à un fils Mike Marshall, que l’on verra plus tard dans La Grande Vadrouille. A son retour en France elle n’eut aucun mal à redémarrer une carrière prometteuse. 

Marcel Dalio se débrouilla plutôt bien à Hollywood. Quittant la France car il est juif, sa photographie servit même à la propagande de Vichy comme portrait type de Juif, il tourne des petits rôles dans de bons films, une vingtaine dont le célèbre Casablanca avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. Ayant appris et parlant couramment l’anglais avec un accent typique, il sera rappelé à Hollywood très souvent après la guerre pour y tenir des rôles de Français, tout en faisant de nombreuse apparitions sur les écrans français.

A cette époque, il y a un acteur français qui est déjà célèbre à Hollywood, Charles Boyer. Avec Louis Jourdan un peu plus tard, ils seront vraiment de grosse vedettes en Amérique avec une filmographie essentiellement américaine. 

La revue propose aussi la possibilité d’acheter par correspondance des photos de vedettes. Cela nous permet de faire le point sur ceux qui étaient considérées comme un produit censé intéresser les fans. Cela vous permettra aussi de faire le point sur vos connaissances en cinéma d’avant guerre. Lisez les noms et vous verrez bien ceux qui vous disent quelque chose. A l’évidence il manque quelques noms déjà célèbres ou en vue, mais on peut penser qu’ils ne figurent pas dans les ventes pour des raisons de droit. 

Toute revue qui se respecte doit avoir ses publicités pour faire marcher l’affaire. Même en 1945 où c’est encore une période de disette, la publicité se pose pour attirer le client. Il est sans doute plus facile de se procurer une litre de gnôle qu’une livre d’épinards. Ce sont surtout les villes qui subissent la pénurie, dans les campagnes on se débrouille plus facilement. On peut discrètement aller braconner ou attraper du poisson au filet. Dans toutes les époques de l’histoire, quoi qu’il arrive, il y aura toujours des gens qui ne connaissent pas de pénurie matérielle ou d’argent. Alors, il ne faut pas s’étonner si certaines de ces publicités s’adressent plutôt à ceux qui peuvent voir venir.

Des parfums et un métier disparu, le remaillage de bas. 

Ces fameux métiers appris par correspondance, bien évidemment payants. On mise sur l’électricité, il est vrai quelque chose qui avait des perspectives d’avenir en 1945. 

Une pub bien présentée et avec un certain humour en employant un vocabulaire désuet. Remarquez que cette très réputée marque existe toujours. On fabrique même des coquilles pour iPhone et autres.avec le nom de la marque. Comme disait mon père, le vrai Coganc il vient de Cognac!

Une pub à prendre avec prudence, même s’il s’agit d’un produit « miracle ». Ah Mesdames, si vous avez la poitrine qui ne correspond pas à celles de vos rêves, voilà de quoi remédier à cet embarras. Cette Mme Duroy a déjà mis quelques annonces avant la guerre avec des méthodes similaires mais pas exactement les mêmes. En 1945 les dames qui avaient lla poitrine opulente devaient sans doute avoir traversé la guerre en mangeant autre chose que des rutabagas…

Souce Gallica, BNF, DP