Vince Taylor – Le diable en cuir noir – 2ème partie – Le crépuscule

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Le diable en cuir noir – 2ème partie – Le crépuscule

Un retour des vieux copains sous l’impulsion de Bobbie Clarke, un peu au chômage après le départ sous les drapeaux de son patron, voit l’éclosion du Bobby Clarke Noise. A la guitare solo Ralph Danks; à la rythmique Johnny Taylor, ex Johnny Taylor et les Strangers; à la basse Alan Bugby, lui aussi des Strangers; et bien sûr Bobby Clarke à la batterie. C’est à nouveau un bon groupe et d’excellents musiciens. La machine est un peu relancé grâce à leur prestation en première partie des Rolling Stones à l’Olympia et 1965 s’annonce pas trop mal. Vince est toujours une bête de scène, il a maintenant des cheveux longs pour sacrifier à la mode. Même Barclay semble optimiste et prévoit la sortie d’un 33 tours 30cm, le premier. Il sera mis en boîte en enregistrant quelques reprises, « Trouble », « My Baby Left Me », « My Babe », Jezebel », « Long Tall Sally », « High Heel Sneakers », « Summertime », un original « The Men Fron El Paso » et un instrumental, « Clank » une puissante démonstration de batterie de Bobbie, un tout grand batteur!
Lors de sa sortie, le 33 tours est accueilli avec des opinions divisées. Signalons tout d’abord que le disque est censé être enregistré en public. Ce n’est pas vrai, mais une bande son ajoutée, le laisse supposer. Elle ne fait que couvrir certains passages et n’ajoute absolument rien, sinon une gêne dans l’écoute. Pour certains, le disque est nul et l’ajout du public n’est qu’une tentative pour camoufler la médiocrité du disque. Pour les autres, pas vraiment nombreux à l’époque, c’est un album fantastique. Force est de constater que plus le temps passe, plus les opinions tendent à lui octroyer le titre d’album culte. A part la reprise de « Jezebel », « Summertime », le slow hyper sensuel « The Men From El paso », qui peuvent être considérés comme usuels dans son répertoire, le reste décolle très haut. Jamais un chanteur et aussi l’orchestre, n’a mis une telle furie dans son interprétation, certains passages frisent la démence. C’est la punk attitude, plus de dix ans avant. Avec cet album, le rock and roll a certainement tourné une page de son histoire. Reste à l’admettre pour certains.
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Honnêtement tous les ingrédients de ce disque un peu fou, ne sont pas complètement un hasard. Vince n’est pas au mieux dans son esprit, il semble un peu avoir flippé, suite à une consommation de certaines drogues. Alors qu’il devait faire une prestation devant son beau-frère, qui souhaitait le faire démarrer aux USA, il devient complètement incohérent dans ses propos. Il se prend pour un prophète et veut transmettre la bonne parole, au lieu de chanter sur scène. A partir de là, c’est la dégringolade. Passage en maison de repos, moments de lucidité et de folie. Pendant quelques années, il se trouve écarté de la scène, sauf quelques prestations dans des endroits secondaires où on veut bien prendre le risque de l’engager. Barclay continue malgré tout de maintenir sa discographie partiellement disponible. En 1967, il participe à la tournée « L’épopée du Rock », un album de compilation est publié avec le même titre. Il permet de se procurer quelques titres de la première époque, depuis longtemps épuisés et un inédit « Hello Mary Lou ». En 1972, le fameux album de 65 est réédité sans le bruit du public. vt33tr2
En 1974, une tentative sérieuse de comeback a lieu. Le chanteur Christophe publie sur son label Motors, un album intitulé « Cadillac », une version ralentie de son titre y figure. Quelques autres titres très bons et intéressants comme la reprise de « L’homme A La Moto ». Malgré l’évidente qualité de cet album, l’histoire sera sans suite. En 1977, un album en public au tirage très limité est publié par un fan, « Live 77 ». En 1980, le label de rockabilly fondé par Jacky Chalard, Big Beat, lui donne la possibilité de sortir un 33trs 25cm, avec de bons musiciens, mais toujours des reprises. En 1987, on remet ça avec presque la même équipe. Un double album intitulé « Bien Compris » aligne des nouveaux titres et quelques reprises. Ce sera sa dernière tentative discographique.


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Pendant toutes ces années et depuis 1965, Vince est passé de la lumière à l’obscurité, et vice-versa. Certains ont tiré un peu de son jus pour en faire quelques chose. Tout d’abord les Renegades, qui eurent en 1965 l’idée de reprendre « Brand New Cadillac », d’en ralentir le rythme et de l’appeler « Cadillac ». Ce fut un succès monstre, dans les pays nordiques et l’Italie. Il devint un titre repris et joué sur scène par un nombre impressionnant de groupes. Les Shamrocks, les Hepstars dans lesquels on retrouve Benny Anderson un futur Abba, en firent aussi un succès. Pas mal d’artistes rendirent hommage à Vince par une chanson. Les Hollandais Golden Earring, enregistrèrent « Just Like Vince Taylor ». David Bovie s’inspira de son histoire pour Ziggy Stardust. En 1976, une sorte d’autobiographie mise en page par interview « Le Survivant » est publiée aux éditions Delville. On y retrouve son histoire et aussi son côté fantaisiste. En 1979, le groupe Clash acheva de rendre « Brand New Cadillac » populaire dans le monde entier en le reprenant sur l’album « London Calling » dans une superbe version. En 1983, Vince se marie et va habiter en Suisse, où il mène une vie plus paisible, presque retiré. Pendant ce temps, sa discographie est constamment rééditée et compilée, avec des nombreux inédits et un peu tout ce qu’il avait enregistrée ici et là, ou ce qu’on avait bien voulu enregistrer. Atteint d’un cancer il meurt le 28 août 1991, il est enterré au cimetière de Lutry en Suisse, près de Lausanne.
Vince Taylor fut un personnage à part dans l’histoire du rock and roll. Il est ans doute un des rares qui n’en fut pas un des créateurs et qui en devint une icône. Sa présence sur scène, ses shows restent uniques dans l’histoire. Jamais, peut-être à part Presley au début, on ne trouva cette musique associée de si près à la sensualité et même à l’érotisme. Victime de son caractère instable et de ses lubies de star parfois exagérées, il fut aussi le jouet d’un entourage parfois véreux, rappelons-le. Quand il montait sur scène, il aurait pu dire à l’instar de Louis de Funès dans « La Grande Vadrouille »: je ne veux que le rock and roll et moi!

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Vince Taylor – Le diable en cuir noir – 1ère partie – L’aurore

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Le diable en cuir noir – 1ère partie – L’aurore

Vince Taylor est le seul rocker à la discographie presque essentiellement française. Il y a une bonne raison à cela. Quand les teenagers français découvrent vraiment le rock and roll, celui-ci a déjà rassasié la plupart des jeunes des pays dans lequel il a été le plus populaire, les USA et l’Angleterre. En France, quand le rock and roll démarre vraiment vers 1960, les disques proposés sont pour la plupart un succédané du vrai rock and roll anglo-saxon, des reprises chantées en français. Il manque un vrai rocker, un mec qui a ça dans le sang et qui chante en anglais. il n’y a personne sur le territoire national qui corresponde à ces critères. Alors on va en attraper un qui passait par là, Mr Vince Taylor.


Brian Maurice Holden de son vrai nom, il est né le 14 juillet 1939. Sa famille émigre aux Etats-Unis en 1946. Il fait ses études et passe un brevet de pilote d’avion. Mais c’est surtout l’attirance pour le rock and roll dès que Bill Haley cartonne avec « Rock Around The Clock », qui retient son attention. Il commence à chanter localement ici et là. Sa soeur a marié Joe Barbera, des fameux Hanna-Barbera studios. Lors d’un voyage à Londres, il emmène Brian avec lui en lui suggérant de tenter sa chance dans son pays natal. Il a l’occasion de rencontrer Tommy Steele, alors la grande vedette du rock and roll anglais. Il fréquente le 2i’s lieu de rencontrede tous les rockers à Londres. Il monte alors un groupe pour l’accompagner qui se nommeront les Play-Boys. Il se produisent sur scène et rencontrent pas mal de succès. La firme Parlophone le remarque et lui signe un contrat en 1958. Pour son premier disque il enregistre « I Like Love » et « Right Behind You Baby », deux titres puisés dans le fameux répertoire des disques Sun, qui chauffent passablement. Les musiciens qui l’accompagnent sont Tony Sheridan (g), (avant de se faire accompagner par les Beatles), Tony Harvey (g), Brian Locking, (b) Brian Bennett (dm), (deux futurs Shadows). Le disque ne rencontre aucun succès. Pour le suivant il enregistre en face principale un slow, Pledding My Love » de Johnny Ace. De l’aute côté, et on se demande pourquoi l’avoir mis là, le fameux titre de sa composition « Brand New Cadillac ». Cette chanson qui va devenir fameuse par la suite, est un hymne digne d’un rocker qui rêve un jour de se balader en cadillac. En plus de cela c’est un des rares authentiques rocks crées en Angleterre. Le groupe est le suivant: Joe Moretti (g), redoutable musicien de sudio, Lou Brian (p), Brian Locking (b), Brian Bennett (dm). Le disque monte un peu dans le hit parade, mais n’obtient qu’un succès d’estime. Son contrat est résilié, mais il a l’occasion d’enregistrer encore pour la firme Palette, un autre fameux titre, « Jet Black Machine, qui sera un succès moyen en 1960. Les Play-Boys qui ne sont pas crédités sont: Tony Harvey (guitare), Alain le Claire (piano), Johnny Vance (basse), Bobbie Woodman (batterie). Le sort va décider de la suite de sa carrière. Ses Play-Boys avec qui il est un peu en froid, doivent aller à Paris pour se produire à l’Olympia, dans un spectacle qui présente les artistes de rock anglais aux Parisiens. Vince demande à les accompagner et ils acceptent, nous sommes en 1961. Lors des réglages pour le concert, l’absence d’un des chanteurs, Duffy Power, permet à Vince de le remplacer pour ce travail. Là, il fait une telle démonstration que c’est finalement lui qui est retenu à la place de Power. C’est le départ pour Vince.
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Pendant ce temps-là, Mr Barclay, celui des disques, à un problème. Un certain Johnny Hallyday en rupture de disques Vogue, vient de lui passer sous le nez. Averti qu’un phénomène se produisait à l’Olympia, il va regarder et est assez vite convaincu que ce Vince Taylor est celui qui va lui faire oublier Hallyday. C’est de l’authentique, du vrai rock, adjugé, le contrat est signé. On lui fait enregistrer, n’ayant pas de répertoire propre, une série de standards du rock and roll accompagné par ses fameux Play-Boys qui sont restés avec lui. La formation, en fait de fameux musiciens, comprend maintenant dans une formation parfois fluctuante: Bob Steel (guitare), Tony Harvey (guitare), Alain Le Claire (piano), Johnny Vance (basse), Bobbie Clarke (batterie). Ses reprises sont d’une grande qualité et surtout Vince va devenir une bête de scène. Il va mettre dans ses prestations une sensualité, un érotisme, magnifié par le costume de cuir noir et la chaîne qu’il a adoptés. Du jamais vu, et du plus jamais vu pourrait-on dire. Pendant une bonne année, il va être une immense vedette et les 20 titres qui figurent sur ses disques vont se vendre à la pelle, emballés dans de superbes pochettes. Les tournées seront triomphales, les stars se précipiteront pour le voir, Brigitte Bardot, Edith Piaf, seront de la partie. Ils feront un show au Folies Pigalle fin avril- fin mai 62, intitulé « Twist Appeal », qui aura un énorme succès. Vince chante entouré de jolies filles qui se trémoussent sur sa musique, c’est de l’érotisme à la mode de l’époque, son jeu de scène ne l’étant pas moins.

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Ca c’est le côté pile. Le côté face est moins évident. Vince a quand même un caractère instable, un foutu caractère diront certains. Les événements sont aussi contre lui. Le Palais des Sports où il doit se produire, le 18 novembre 1961, est saccagé par les fans avant même son apparition sur scène. Ce rock, dont il est l’emblème absolu en France et sur scène, commence à lui attirer des regards de travers. On est pour ou contre lui, et parfois on se tape dessus pour le montrer. Avec ses musiciens, c’est des relations d’amour et de haine. Ils ne vont pas tous supporter.
Un premier constat de Mr Barclay, l’amène à réfléchir. Son poulain a vendu beaucoup de disques qui compensent juste les frais engagés, grandes campagnes publicitaires, promotion. Maintenant on lui reproche presque de chanter en anglais, alors on lui fait enregistrer un titre en français « Mini », une lamentable tentative de slow où son accent n’est pas la meilleure image pour un disque qui doit marcher. Il manque le côté exotique. Publié en mars 1962, le disque est un peu sauvé par le reste, notamment une bonne version de « My Babe ». A partir de là c’est un peu la voie de garage, il ne se passe plus grand chose. Son orchestre se détache et enregistre quelques disques pour son compte, on retrouve Bobbie Clarke chez le rival Johnny, au sein de Joey et les Showmen. Il a malgré tout encore plein de fans. Une campagne de soutien journalistique est organisée pour réclamer de nouveaux disques. Barclay se laisse fléchir et après presque deux ans de silence, un disque sort avec deux titres fantatstiques, « Memphis Tenessee », alors en vogue par Chuck Berry et « Shot of Rythm and Blues » emprunté à Arthur Alexander. Pour l’accompagnement on débauche discrètement les Showmen, alors en exclusivité pour Hallyday. On retrouve au verso deux titres en Français, dans cet exercice toujours difficile pour Vince. Le disque sera une honnête vente qui redorera un peu son blason. Mais les ennuis continuent. En mal de disques, Vince avait fondé son propre label, Taylor Disques. Un peu pour se produire lui-même, mais aussi pour sortir un disque de sa muse d’alors, la chanteuse Helen April. Toujours sous contrôle de Barclay, un disque sortit profitant du départ de l’idole nationale au service militaire « Oh Johnny ». La situation s’envenima, Taylor estimant que le pressage du disque avait été bâclé, ce qui est assez vrai quand on écoute les copies qui circulent encore, la distribution du disque tourna court. Ce fut le seul disque qui parut sur ce label. Le chanteur se produit malgré tout sur scène épisodiquement. Il a encore une aura mais le crépuscule du dieu va commencer

Le diable en cuir noir – 2ème partie.

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