Lundi nylon et musique express années 50

Peu de gens en Europe connaissent Sue Thompson, elle fut assez populaire aux USA, même chez les teenagers. La chanson qu’elle interprète ici et qu’elle créa, fut un grand succès pour un groupe de doo wop  the Duprees dix ans plus tard. Nonagénaire, elle vit toujours et a encore de nombreux admirateurs.

Les chansons qui passent à la postérité sont assez nombreuses, chaque époque a eu ses candidats à l’immortalité ou presque. Une chanson d’amour assez « chaude », « Jezebel » vit le jour jour en 1951, créée par Frankie Laine. Depuis on ne compte plus les versions, même par Edith Piaf, qui avait l’habitude d’adapter quelques standards américains. 

En 1955, un certain Tennessee Ernie Ford trouve le succès avec une chanson sur les gens qui travaillent à la mine. Succès considérable et un swing particulier…

Pour les besoins du film de Nicholas Ray Johnny Guitar, Joan Crawford et Peggy Lee, interprètent le chanson du générique dont Lee écrivit les paroles. Sans doute un bel exemple de musique qui porte un film.

Au début des années 50, le rock and roll est encore en gestation. En 1952, Bill Haley enregistre « Rock The Joint », ce que l’on peut considérer comme une des premières pures apparitions sur disque de cette musique. N’en déplaise aux fans de Presley souvent sectaires, c’est bien Haley qui dépoussiéra le chemin…

En 1951, bien avant que Presley ne pénètre dans les studios Sun, Sam Philips, le propriétaire, prend la peine d’enregistrer un certain Howlin Wolf, artiste noir qui est un pionnier du blues électrique et qui sera le créateur plus tard d’une flopée de standards. Personnage à la voix puissante, soulignée par son physique impressionnant, il sera un personnage clé de la musique de Chicago et des disques Chess. 

Histoire de talons…

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Les hauts talons ont toujours représenté un très fort fantasme dans l’imagination masculine. Bien que ce genre d’accessoire existe depuis très longtemps, on peut imaginer que le fait de l’apercevoir sous Louis XIV devait constituer un spectacle des plus délectables pour la gent masculine alors que ces dames ne montraient en principe pas le moindre bout de jambe. Ce n’est que bien plus tard, quand le bas des jupes a cessé de brosser le sol, que la chaussure est devenue visible en permanence. Elle a certainement gagné à être vue, mais elle a certainement fait monter la pression dans une sorte de regard alangui. Son âge d’or se situe probablement dans les années cinquante quand il est devenu talon dit aiguille, dans le langage de la mode. Pour ceux qui ont vécu visuellement cette époque, ils se rappelleront sans doute de cette sorte d’exploit qui consistait à ne pas se casser la gueule, perchée sur ces minces supports à l’équilibre précaire. On ne parlera pas trop des petits accidents qui survenaient quand un talon cassait, assez fréquemment en fait, et ces pauvres dames qui devaient continuer de marcher à cloche-pied jusqu’au garage, non cordonnier le plus proche, dans l’espoir de réparer la casse. A propos d’accident, un souvenir d’enfance me revient. Un soir d’hiver alors que la famille était attablée, on entendit un grand badaboum. Un accident de voiture venait d’arriver sur la route toute proche. Une pin up de l’époque, début soixante, venait de se payer la borne centrale d’un carrefour tout nouvellement construit. Sa voiture ayant pris feu, la dame n’eut que le temps de s’extraire de sa ferraille devenu tas, heureusement sans blessure grave. Le petit problème, c’est qu’il fallait enlever ses chaussures pour conduire, les talons aiguilles se prêtant fort peu à ce genre d’exercice. Bien sûr, elle n’eut pas le temps de les enfiler et la voici avec juste ses bas en guise de protection calorifère dans quelques centimètres d’une neige bien fraîche. Ce qui la tourmentait le plus, ce n’était pas la perte de ses souliers, mais l’accueil qui lui réserverait son mari. La voiture était flambante neuve et elle faisait ses premiers kilomètres avec. Heureusement un voisin complaisant lui refila une paire de pompes à sa femme pour la dépanner. Si je raconte cette anecdote, c’est qu’elle est liée à un souvenir précis. Les gosses du quartier dont moi, allèrent le lendemain matin tourner autour de la voiture et je vis, à côté des pédales, une paire de hauts-talons calcinés.
Les chaussures à talons ne finissent heureusement pas toutes aussi tristement. La plupart du temps, elles sont reléguées dans la boîte à oubli, plus par l’humeur de la propriétaire, que par une fin imprévue. Au fil des ans, en allant vers aujourd’hui, les talons connurent des fortunes diverses, presque relégués à l’histoire durant la période contestataire post mai 68, ils refirent des apparitions au gré des saisons de la mode. Maintenant il est de bon ton que chaque femme en possède une paire, avec des talons plus ou moins hauts, pour les sorties où la femme aime bien se montrer sous un certain jour. Des inconditionnelles aux occasionnelles, il est très souvent assimilé maintenant avec un symbole d’élégance ayant pour équation, plus c’est haut, plus c’est beau. Seuls certains mouvement féministes considèrent encore cela comme un objet de torture qui devrait être banni de la garde-robe. A ces braves gens, je répondrais que chacun fait ce qu’il veut et que les femmes qui portent des hauts-talons ne sont pas forcément moins intelligentes que celles qui portent des espadrilles, dont acte. Et puis, je m’adresse à tous spécialement aux hommes, trouveriez-vous sexy une femme qui porte des bas à couture et des sandale en plastique? Non, alors Mesdames continuez et merci…

Quelques petites vidéos qui illustrent le sujet…

Le Boss en 50 nuances de bas nylon

Depuis le temps qu’il en parlait, il fallait bien passer aux actes. A force d’aligner la prose sur un blog, il lui était évident de s’intéresser au livre pour lui donner un semblant de longévité, la papier étant encore le moyen à long terme de préserver la culture.
En attendant un livre plus conséquent qui paraîtra très prochainement, agrémenté de belles choses, il s’est amusé à disserter sur les charmes du bas nylon sous forme de 50 citations, eh oui le bas nylon n’est pas pour moi quelque chose qui mérite seulement le terme de sexy, charmant ou joli, comme je le vois souvent dans certains commentaires. Le bas nylon c’est quelque chose qui mérite une étude plus subtile, il y a au moins mille manières de l’aborder, il en a trouvé 50, c’est déjà pas si mal. Il va trouver et tester, c’est promis, les 950 autres ces prochaines années, elles lui viendront sans doute à l’esprit comme on attrape une image dans les nuages qui passent dans le ciel.
En attendant rien ne vous empêche de parcourir celui-ci, de vous en imprégner, les dames y trouveront certainement des certitudes, les hommes des incitations à en parler avec madame et 50 bonnes raisons d’en porter, oui, oui, oui…
Ce livre sert aussi de réglage pour le suivant, apprivoiser les subtilités de l’édition. Réalisé avec la complicité de Miss Eva, qui nous propose même des photos inédites, c’est un travail en commun. Elle a dessiné la charmante couverture et a posé pour vous avec son charme bien dans l’air du temps des pin ups.
Ce livre est aussi le vôtre, diffusez l’information autour de vous, rebloguez-là. Chaque vente est un pas vers de futures jambes en nylon. Un monde plein de jambes en bas nylon, ça ne vous tente pas? Moi si!!!
Alors vous savez ce qui vous reste à faire… 
Le livre, illustré en noir et blanc et couleurs, est disponible sur Amazon en cliquant sur l’image
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Et une vidéo maison avec un thème musical composé spécialement par l’auteur pour ce clip, intitulé 50 nuances, c’est évident!

Du nylon sans titre encore

Editorial en nylon

Quand j’étais jeune, il n’y avait pas de secret, toutes les dames et jeunes filles à partir d’un certain âge portaient des bas. Si parfois avec un peu de chance, on apercevait la lisière d’un bas, on était ravis. il faut bien admettre que ce n’était pas entouré d’une aura mystérieuse comme aujourd’hui, les dames portaient des bas et n’en faisaient pas un secret, c’était une chose usuelle pour ne pas dire naturelle. Même si elles ne levaient pas systématiquement leur jupe si elles croisaient un passant, quand elles s’asseyaient elles prenaient aussi moins de précautions, et ma foi, si par accident un bout de jarretelle était visible, eh bien tant pis. Il y avait d’ailleurs un moyen pour en savoir plus. Spécialement ceux qui habitaient à la campagne ou dans les lieux pas trop urbanisés, il y avait toujours autour des maisons, un endroit où l’on mettait le linge à sécher quand le temps s’y prêtait. Alors avec un peu de chance, on apercevait les dessous de ces dames, qu’elles étalaient sans arrières pensées au vu de tout le monde. On savait que Madame Truc portait des gaines, d’ailleurs c’était la majorité, que Madame Chose était plutôt porte-jarretelles. L’imagination faisait le reste, quand on voyait l’une ou l’autre dans la rue parfaitement habillée, on pouvait sans trop se tromper, deviner quel secret se cachait sous sa jupe.

Vous pouvez toujours essayer de le faire maintenant, mais je crois que le jeu n’en vaut pas la chandelle, fut-elle en nylon!

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Eclats de nylon et vieux papiers (5)

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Froissons les vieux papiers…

En 1905, que pouvait représenter la Russie pour un citoyen de l’Europe occidentale?

Le premier mot qui pouvait venir à l’esprit est celui de tsar. Nous avions nos rois, eux ils avaient leurs tsars. En ce début de siècle, le dernier règne encore, Nicolas II. Il est à la tête d’un empire, l’un des plus étendus de la planète, le seul qui se situe géographiquement sur deux continents d’un seul bloc. On ne connaît alors la Russie que par bribes, quelques compositeurs classiques, des ballets russes, quelques écrivains, une langue, pas si vilaine que ça, que l’on peut parfois entendre en de rares occasions. 

Le meilleur moyen de s’en faire une idée est encore de lire Jules Verne et « Michel Strogoff », mais l’histoire se situe déjà dans le passé. Le présent, c’est 1905. On ne peut pas dire que le peuple de Russie vit dans l’opulence, le pouvoir, lui, vit confortablement, très confortablement. Le tsar a bien tenté quelques réformes pour répondre à la révolution industrielle. Malgré toutes les richesses du pays en matières premières, des plaines immenses propices à la culture, tous ses efforts ratent leur cibles. D’un côté, il n’appuie pas à fond sur la pédales des gaz, il se contente de quelques réformettes, des libéralisations qui ne sont suivies d’aucun véritable effet de mise en place.

Le mécontentement s’installe durablement et finira par fomenter de graves troubles dont le symbole le plus connu est le nom d’un bateau, le Potemkine. Une mutinerie éclate à son bord en octobre, elle sera le phare de tous les mouvements de revendication qui enflamment le pays à travers une grève générale. Historiquement, elle sera la première révolution que fera trembler le pouvoir d’alors sans le faire tomber. Elle se déroule en juin 1905, mais celle qui transfigurera le pays est celle de 1917, dite révolution d’octobre.

Les journaux occidentaux accorderont une place assez importante à cet événement, presque du direct pour certains en feuilleton quotidien. Si on s’y intéresse, ce n’est pas hasard. La Russie est quand même une grande puissance militaire et économique. C’est un océan dont les vagues, s’il s’agite un peu trop, peuvent atteindre nos rivages. 

En avril 1903, on ne parle pas encore de mutinerie, mais on peut en voir poindre une des causes et comprendre les origines du nom du bateau qui fera l’actualité deux ans plus tard.

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Jeudi 29 juin 1905, premier article sur le sujet, commenté en plusieurs endroits de l’édition. Si vous êtes attentifs, vous remarquerez que Varsovie est encore inclus sans l’empire russe, il en sera autrement après la guerre 14-18. 

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On y va carrément, on parle de guerre, tout en donnant des précisions sur ce qui s’est passé sur le bateau.

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Samedi 1 juillet 1905, plus de détails.18 022516 4

Samedi 3 juillet 1905, on voit assez bien toutes les fantaisies que peut entraîner un période trouble. Le Potemkine qui avait été annoncé comme arraisonné le jour avant semble encore bien en forme. Cela correspond à la vérité historique. La propagande, a beau jeu face aux moyens de communication rudimentaires.

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6 juillet 1905, le journal pourtant assez à droite semble soutenir les insurgés. Il emploie des mots assez durs tout en craignant une possible émergence des mouvements socialistes, bon faut quand même pas trop pousser. La révolution oui, le socialisme non.

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11 juillet 1905, le feuilleton qui alimente l’odyssée du cuirassé quotidiennement relate ce qu’il advient de lui. On apprend qu’il s’est arrêté dans un port de Roumanie, il a bien sûr quitté le port d’Odessa. Les membres de l’équipage connurent des fortunes diverses, condamnation à mort ou à des lourdes peines de prison pour ceux restés en Russie. D’autres restèrent en Roumanie, terre d’accueil, certains partirent en Amérique du sud. Le pouvoir russe survécut plutôt mal que bien à cette page de son histoire. Mais le ver était dans le fruit, l’idée de renverser le tsar ne fut pas pour autant abandonnée. Lénine et ses camarades y travaillèrent incessamment. Après la révolution de 1917, quelques anciens marins en exil rentrèrent en Russie et furent accueillis en héros. La révolte devint un symbole national pour les Communistes. Ils commandèrent à Sergueï Eisenstein son fameux film, le Cuirassé Potemkime, sorti en 1925, pour se rappeler de l’événement. Il est considéré comme un monument du cinéma mondial, par tellement pour les opinions politiques qu’il affiche, mais pour sa grandiose mise en scène. 

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Près de trois semaines après, on publie un témoignage qui raconte, selon la version du témoin, comment on est arrivé à la mutinerie.18 022516 9

Ne nous y trompons pas, cette révolte a façonnée l’Europe de manière durable. Sans elle, la révolution d’octobre n’aurait peut-être jamais eu lieu. Ce fut la fin du régime des tsars avec l’exécution de Nicolas II et d’une partie de sa famille en 1918. Une autre partie préféra partir en exil avant que la situation ne devienne trop dangereuse pour eux. On trouve encore aujourd’hui des prétendants au trône de Russie, dont la liste est soigneusement mise à jour par les descendants des tsars. J’en ai même rencontré un par hasard, alors que j’étais client dans un magasin lors d’un séjour à Genève.

Il était environ 18 heures, lorsqu’un monsieur, un octogénaire d’apparence encore alerte, entra et s’adressa au gérant:

– Vous permettez que je téléphone? Je suis attendu par des amis et ma voiture vient de tomber en panne.

Avec l’autorisation de patron des lieux, il se saisit du téléphone et compose un numéro:

– C’est le prince Romanov, je suis en panne avec ma voiture et j’arriverai un peu plus tard… non, non, je me débrouille tout seul, merci!

Evidemment ce n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd. J’ai fait ma petite enquête. Il s’agissait de Nicolas Romanov, arrière-arrière-petit-fils du tsar Nicolas I. Depuis 1992, selon la descendance, désigné par la famille et au cas où, il pouvait monter sur le trône de Russie. Honnêtement cela n’avait pas l’air de le préoccuper plus que cela. Il est décédé en 2014 à un âge très respectable. Vous voyez que je fréquente du beau monde…

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En 1905, quel pouvait être le prix d’un loyer et à quoi cela correspondait-il par rapport au coût de la vie?

Pour s’en faire une petite idée regardons cette offre qui fixe le prix d’un appartement de 3 pièces à 450 fr par an, soit 37,50 fr par mois. Remarquez que l’annonce précise dans maison d’ordre, on peut imaginer qu’il faut se tenir à carreau. Le journal, un quotidien, dans lequel est paru cette annonce annonce un prix d’abonnement de 10 fr par an. Comparez aujourd’hui votre loyer et un prix d’abonnement du même type au journal local. Ici, le prix du loyer est de 45 fois plus élevé que l’abonnement. Pour mon cas personnel, j’arrive à un calcul qui me dit que c’est à peu près la même chose maintenant, environ 42 fois, mais pour un appartement de plus haut standing et plus vaste. 

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Un divertissement, tel que l’on pouvait en trouver à l’époque où le cinéma et la radio étaient encore quelque chose de marginal dans un coin perdu de province. J’ai été intrigué par la vedette, Mathilde D’Antin, un nom qui sonne bien parisien et que l’on classe comme chanteur légère. Dans le langage de l’époque, c’est un autre terme pour chanteuse de variétés, non elle ne montre pas ses cuisses. A mon étonnement, j’ai retrouvé sa trace dans un journal cannois de la même année où elle se produisait au casino. Donc il semblerait qu’elle avait une certaine notoriété. 

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Dans ce même journal, deux entrefilets où l’on peut y voir une pointe d’humour.

Ca sent la m…

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Eh oui déjà…

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Et pour finir, un chauffard version 1905

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Eclats de nylon et vieux papiers (4)

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Froissons les vieux papiers…

Plus la possibilité d’être informé s’est développée, plus les moyens de communications se sont développés, plus il a fallu trier parmi le flot d’informations. Aujourd’hui, cela va très vite, un événement qui se produit aux antipodes peut vous parvenir en moins de quelques minutes. Devant cette masse d’informations, un tri s’opère par des moyens plus ou moins mystérieux. Pourquoi un mec qui se met un pot de chambre sur la tête peut intéresser des millions d’internautes, alors qu’un naufrage qui fait 200 morts sera à peine commenté ou développé. La raison la plus évidente est que chacun peut trouver ce qui l’arrange ou pas dans la publication d’une information. L’attentat au Bataclan à Paris est un bel exemple, on en a fait un deuil national, même international, alors que les morts de la guerre ailleurs et bien plus nombreux, passent presque inaperçus. La montée d’un événement en épingle est souvent un écran de fumée qui aide à reléguer au second plan des choses dont on ne veut pas trop parler et n’arrangent pas tel ou tel courant d’opinion.

La presse de jadis, celle qui relayait l’information pure sans y adjoindre un commentaire d’opinion, était sûrement moins bien informée, mais plus impartiale. C’était le lot de ces petits journaux de province ou ceux des villes au tirage modeste par rapport aux plus populaires. Ils ont pratiquement tous disparus aujourd’hui. Ils constituent, quant on en retrouve les traces,  une mine d’informations pour retracer un événement local ignoré des grands journaux.

De manière générale, les catastrophes restent bien ancrées dans la mémoire populaire. Il y en a de temps en temps une qui passe à l’histoire, comme le naufrage du Titanic. Il est dans la nature humaine de préférer quelque chose d’exceptionnel, même négatif, à la routine quotidienne. Nous allons en voir deux, chacune à leur manière.

La première est un test de vitesse pourrait-on dire. L’événement, géographiquement lointain, nous donne une idée de la vitesse à laquelle pouvait se transmettre une information en 1883. Le 27 août l’île de Krakatoa située en Indonésie, explose suite à une éruption volcanique très violente. Cette explosion provoquera un tsunami qui se répandit loin à la ronde. Les victimes se chiffrent en milliers. Le climat mondial s’en trouvera perturbé pendant plusieurs mois, le volcan ayant envoyé des tonnes de cendres volcaniques dans l’atmosphère. 

Un journal bien de chez nous en parlera dans un bref article. Nous pouvons constater que l’événement qui s’est produit le 27 août est relayé par le journal le 30 août. Si nous prenons en compte le décalage horaire, le fait qu’un journal est bouclé à une certaine heure pour être imprimé et publié le lendemain, il a fallu environ deux jours pour que l’information lui parvienne. Ce qui n’est pas si mal pour un événement qui s’est produit à l’autre bout du monde.

L’article du 30 août 1883. Je rappelle que l’on peut cliquer les articles reproduits pour une meilleure lecture.

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En date du 30 décembre, les suites de l’explosion, les cendres qui font le tour de la Terre via l’atmosphère, sont commentées par un article.

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En parcourant la suite du journal, j’ai relevé deux publicités.

Pour ceux qui considèrent que le cancer est une maladie récente et moderne, on voit très bien que l’on tente déjà de la guérir.

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Publicité pour un restaurant, la choucroute est déjà au menu. En dessous, le samedi soir est consacré aux tripes. Ce plat jouit alors d’une énorme popularité, car il est accessible aux petites bourses. C’est pour certains une des rares occasions de manger de la viande. Selon les régions, le plat est apprêté de différentes manières, à la mode de Caën, à la milanaise, et comme je l’ai mangé dans certains endroits, avec une vinaigrette, de la mayonnaise, ou les deux. De loin la meilleure manière, car elle préserve le goût particulier à chaque sorte de tripes, la noire étant la plus délicieuse. De plus, j’ai mangé au Maroc, des tripes à la mode locale vraiment succulentes. 

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L’autre événement est plus proche de nous, pas tellement par le temps, mais par le lieu. Il s’agit de l’incendie du Bazar de la Charité à Paris, qui se produisit le 4 mai 1897. Les journaux de l’époque font mention de 200 morts, mais le chiffre le plus probable est d’environ 120 victimes. Si l’incendie eut un retentissement aussi grand, c’est que de très nombreuses personnalités issues de la noblesse et de la bourgeoisie se trouvèrent parmi les victimes. Imaginons qu’à cette époque de lutte sociale naissante, certains applaudirent discrètement et y virent un sorte de justice, divine ou pas. La victime la plus célèbre est la duchesse d’Alençon, la soeur de la fameuse Sissi, dont nous avons vu les destin tragique récemment.

Pourtant ce bazar part d’un bon principe. Il est mis sur pied par un financier, Henri Blount, et présidé par le baron Armand de Macrau. Son but est de venir en aide aux plus démunis en organisant des ventes de charité. Les ventes sont assurées et organisées par des dames qui appartiennent pour la plupart au gotha de l’époque. La première vente a lieu en 1885. Par la suite, elle changera plusieurs fois d’endroit et l’année du drame, elle est installée pour la première fois au 15-17 de la rue Jean Goujon, dans le 8e arrondissement. Tout en étant une vente de charité, elle se veut aussi une sorte de foire avec distractions et autres divertissements. Justement, cette année-là, pour quelques dizaines de centimes, on présente des projections avec le cinématographe. Peu de gens ont alors eu l’occasion de voir des imagines animées, Louis Lumière est le Speiberg de cette fin de siècle. C’est justement ce divertissement  qui sera la cause du drame.

Résumé des faits

Les lieux qui abritent la vente sont un véritable château de cartes. Pour donner le cachet d’une rue médiévale, on a installé des décors de théâtre dans un hangar en bois de 80 mètres de long sur 13 de large. Il ne comporte principalement qu’une porte d’entrée et sortie, alors que des centaines de personnes peuvent se tenir à l’intérieur, on estime le nombre à plus de mille au moment du départ de l’incendie  Aujourd’hui le service du feu dirait que le tout est hautement inflammable.

Le fameux appareil de cinématographe se trouve dans une salle arrière. Il fonctionne encore à l’éther. Ayant épuisé sa charge, il faut à nouveau le remplir. Une allumette malencontreusement frottée met les feu aux vapeurs qui sortent de l’appareil mal isolé. Au début le feu se limite au seul périmètre de l’appareil de projection. On remarque l’incident et on commence à  faire évacuer les lieux. Mais le feu va plus vite et c’est bientôt un gigantesque brasier qui trouve dans les matériaux un combustible de choix. En 15 minutes, tout est détruit.

Voici le premier compte rendu du journal local, le 6 mai 1897. On est pas encore très sûr du nombre de victimes

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Un jour plus tard, un correspondant local décrit ce qu’il a vu

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Un coin des lieux avant l’incendie

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Les photos des lieux en flammes sont assez rares, tout le monde n’avait pas un appareil de photo. Et tout s’est déroulé très vite

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Après le drame

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A défaut de photographies on a des dessinateurs

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La plus célèbre des victimes, la duchesse d’Alençon, soeur de Sissi. Elle eut, parait-il, un comportement héroïque, aidant d’abord les personnes de son entourage à sortir.

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Mais tout le monde n’est pas d’accord. Un article dans un journal qui défend la cause ouvrière.

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Et pour sourire

L’insecticide version 1926…

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Ambiguïté de la même année…

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