En passant

Bas nylons et allons jouer à la maison

*****

Encore une de ces chansons de rock and roll noir « Baby Let’s Play House », qui a participé à l’avènement du rock and roll blanc. Ce fut sous l’impulsion d’Elvis Presley qu’elle gagna définitivement le coeur des rockers et fut ensuite constamment reprise par des artistes blancs. Son créateur, Arthur Gunter, ne passa pas complètement inaperçu quand son disque fut publié, il classa même sa chanson en assez bonne place dans les charts R&B du Billboard en 1954. Mais c’est quelques mois plus tard quand Presley l’enregistra pour le compte des disques Sun qu’il décrocha par la suite la timbale sous forme de royalties, ceci jusqu’à son décès en 1976. Presley est sans doute un des chanteurs de rock a avoir eu une réelle admiration pour  le répertoire noir. Cette admiration était d’ailleurs partagée par Sam Philips, le propriétaire de la boîte Sun. Une multitude d’artistes noirs passèrent par son label avant que Presley en fasse partie, B B King, Howlin’ Wolf, Rufus Thomas, furent des artistes maison. Philips cherchait un artiste blanc ayant la sensibilité d’un artiste noir, et justement Presley avait cette qualité en lui. Il ne faut pas tellement chercher cette sensibilité dans le côté rock de la voix de Presley, mais bien dans la profondeur de celle-ci. Quoiqu’en peuvent penser  les fans du Presley rock, c’est dans ses enregistrements de gospels, musique essentiellement noire, que l’on trouve le sommet de son art vocal. Mais ceci n’entache en rien l’autre côté, Presley était capable d’être bon en tout.

La version originale, 1954.

Le version de Presley, 1955, remarquez que dans ses premiers enregistrements, il n’y a pas de batterie.

Buddy Holly l’enregistra sous un titre différent « I Wanna Play House With You », et créditée à un autre compositeur. Mais il s’agit probablement d’une erreur jamais corrigée, car titre et compositeur correspondent à une chanson différente datant de 1951. Précisons encore que la version de Buddy Holly est une chanson de ses débuts, publiée plus tard, et probablement une sorte de « réglage » datant de 1956. La qualité sonore est moindre, ça « friture » pas mal au début.

Sorte de plagiat enregistré par Johnny Burnette sous le titre « Oh Baby Babe », 1956.

Vince Taylor et ses Play Boys, la venue en France d’une bête de scène, 1961.

Une version surf par les Astronauts, 1963.

Mungo Jerry, 1970, sur leur premier album.

Sleepy LaBeef, chanteur plutôt country, 1978.

Rachel Sweet entre punk et rockabilly, 1980.

Dave Edmunds, le fameux, 1981.

Glen Glenn, un rocker malchanceux de la fin des fifties qui refait surface, 1982

Scott Bakula, acteur principal de « Code Quantum » chante aussi,1993.

La grande Wanda Jackson, 2006.

Les Stray Cats, en live.

*****

En passant

Peter Pan fait son cinéma (5)

Suite des chroniques de notre ami Peter Pan. Merci à lui.

Interprètes

  • Peter Cushing (VF : Jacques Beauchey) : Sherlock Holmes
  • André Morell (VF : Jacques Berlioz) : le docteur Watson
  • Christopher Lee (VF : Bernard Dhéran) : Sir Henry Baskerville
  • Marla Landi (VF : Nadine Alari) : Cecile
  • David Oxley : Sir Hugo Baskerville (VF Bernard Dhéran)
  • Francis De Wolff (VF : Paul Bonifas) : le docteur Mortimer
  • Miles Malleson (VF : Camille Guérini) : Bishop
  • Ewen Solon (VF : Stéphane Audel) : Stapleton
  • John Le Mesurier (VF : Pierre Leproux) : Barrymore
  • Helen Goss (VF : Hélène Tossy) : Mme Barrymore
  • Sam Kydd (VF : Jean Daurand) : Perkins
  • Michael Hawkins : Lord Caphill
  • Judi Moyens : la bonne
  • Michael Mulcaster : le prisonnier
  • David Birks : le serviteur

Anecdotes

La firme Hammer est importante pour le renouveau du cinéma dit d’épouvante, elle est devenue une référence du genre. Bien que fondée en 1934 en Angleterre, ce n’est qu’à partir du milieu des années 1950 qu’elle commencera son âge d’or. A cette époque, le film d’épouvante est assez moribond et surtout à prédominance américaine. Au début du parlant, le style conquiert les foules, ce sont les premiers Frankenstein et Dracula et la silhouette de Boris Karloff ou Bela Lugosi devient familière. La Hammer décide de reprendre les personnages et les ficelles du style, tout en explorant d’autres icônes comme les momies qui reviennent à la vie ou les savants fous. Le film qui établit définitivement la réputation de la Hammer fut « Le Cauchemar De Dracula » en 1958. Le prince de la nuit ressort de son tombeau, mais il y gagne une dimension plus sexy. Ce n’est plus tellement le monstre assoiffé de sang qui suce le sang de tout ce qui bouge comme l’incarna Bela Lugosi, mais un vampire qui sait aussi se montrer charmant quand ça l’arrange et surtout séducteur avec les femmes qui se donnent à lui sans appeler leurs mamans. Le tournage en couleurs donne aussi une autre consistance à la couleur du sang. Ce film fit beaucoup pour la notoriété des deux acteurs principaux, Christopher Lee en Dracula et Peter Cushing en chasseur de vampires. Il est presque naturel de les retrouver dans le film qui nous intéresse ici, mais cette fois Christopher Lee n’effraye personne, il est juste un noble (il est réellement de descendance noble) à qui il arrive de drôles d’aventures. Ce n’est pas visible dans le film, mais la silhouette et le rôle de Sherlock Holmes sont indissociables de sa fameuse pipe, alors que Peter Cushing haïssait le tabac. Il a raconté avoir passablement souffert d’avoir souvent une pipe à la bouche.

Parmi les seconds rôles, nous retrouvons Miles Malleson (c’était déjà le cas dans le précédent), dans celui du pasteur. Il fait partie de ces excellents acteurs indispensables à la saveur d’un film. Il a tourné dans plus d’une centaine de films avec de grands réalisateurs. Avec sa première femme, il est un militant de la condition féminine anglaise avant l’heure. Son plus grand rôle reste sans doute celui du sultan dans le fameux « Voleur De Bagdad » avec Conrad Veidt, sorti en 1940, dont il est aussi un des scénaristes. Il est aussi connu pour avoir traduit Molière en anglais. Son travail fait encore référence aujourd’hui. Lors de ses funérailles en 1969, ce fut le fameux  Laurence Olivier, qui fit son éloge funèbre.

Autre second rôle dans celui du serviteur, John Le Mesurier, une silhouette que l’on aperçoit souvent dans divers films. Si vous ne connaissez pas le père, vous connaissez sûrement le fils, Robin Le Mesurier. IL fut pendant près de 25 ans, jusqu’en 2017, le guitariste de Johnny Hallyday et composa aussi quelques titres pour lui.

 

En passant

Bas nylons et une manière de s’afficher

 

*****

La fin de 18ème siècle vit l’invention de la lithographie par un Allemand, Aloys Fenefelder. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, ce n’est pas un savant fou ou un chercheur scientifique, il est auteur dramatique et acteur. Confronté au phénomène de promotion de son travail, il cherche une solution pour toucher le plus de monde possible. L’imprimerie existe bel et bien, mais les moyens employés sont encore primitifs et limités, on ne dépasse pas un certain format, c’est en noir et blanc, et surtout fastidieux. Son idée est de pouvoir faire des affiches individuelles, de les imprimer et les diffuser à moindres frais, il s’y attelle. La base de l’invention est posée et en quelques dizaines d’années elle va connaître un essor considérable, on en vient gentiment aux belles affiches en couleurs qui étaleront leur charme dans les endroits publics.
Il fallait bien évidemment une utilité pour les diffuser, c’est là que la publicité fait son apparition. Elle peut couvrir n’importe quel domaine, mais le but le plus recherché est ce qui couvre les biens destinés à être vendus. Il faut également envisager de cibler la clientèle, tout ne peut pas être affiché n’importe où et n’importe comment. Une publicité pour le Moulin Rouge sera très bien sur les murs de Paris et des environs, mais n’aurait aucuns sens dans un bled perdu des Cévennes. Par contre, une affiche ventant une marque de chocolat peut couvrir la France entière s’il est disponible localement. La création de ces affiches reste un monument du dessin artistique diffusé à grande échelle. Ce sont en quelque sorte les premières bandes dessinées, qui d’ailleurs ne tarderont pas à devenir un autre phénomène, Bécassine sera une des première héroïnes de la Belle Epoque. Elle est encore passablement éditée et rééditée aujourd’hui, elle a toujours ses adeptes. Chose également intéressante, les affiches parlent, elles sont faites pour charmer la clientèle d’une époque donnée, la femme est très souvent mise en scène, mais elle peut sensiblement différer selon les canons de la beauté propres à une époque. Nous allons en admirer une quinzaine qui concernent plus particulièrement les lieux de plaisirs dans le Paris de la seconde moitié du 19ème siècle.

Vous pouvez cliquer sur les affiches pour les agrandir

1859

1861

1871

1871

1874

1874

1874

1874

1875

1876

1876

1876

1876

1876

1877

Source Gallica, B.N.F. DP

Exploration en terre musicale inconnue (3)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien par la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.

Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1966 – Caterino Caselli / La Verité Je La Vois Dans Tes Yeux. Caterina Caselli est une chanteuse italienne bien connue dans son pays. La voici dans une chanson qu’elle présenta au festival de San Remo en version italienne, également interprétée par Gene Pitney. Ici, elle l’interprète en version française. Cette chanson vous la connaissez, elle fut un tube pour Richard Anthony avec d’autres paroles, près d’une dizaine d’années plus tard « Amoureux De Ma Femme ».

1972 – Pacific Sound / Ballad To Jimi. Ce groupe suisse dont l’album est très prisé des collectionneurs a bénéficié d’un rare 45 tours édité en France par Philips. Ce titre est un de leurs plus légendaires, car il ne figurait pas sur l’album original.

1975 – Albatros / Africa. C’est l’exemple type d’un disque que l’on publie en France, car l’adaptation française a été un gros succès, en l’occurrence « L’Eté Indien » de Joe Dassin. Il s’agit ici de la version originale italienne.

1966 – The Montanas / Goodbye Little Girl. Une typique face B sur ce 45 tours EP publié en 1966, mais très recherché pour un autre titre complètement différent « That’s When Happiness Began », qui cartonne chez les amateurs de fuzz guitar. Groupe peu connu d’origine anglaise, ils connurent un bref moment de petit succès aux USA.

1969 – The Happenings / Where Do I Go /Be-in. Un groupe très connu aux USA, mais passablement ignoré en France malgré plusieurs publications. J’ai toujours eu une certaine affection pour leurs harmonies vocales. Ici, ils s’attaquent à une des nombreuses chansons qui figuraient dans la comédie musicale « Hair ».

1967 – Los Canarios /Three-Two-One-Ah! Une des nombreuses tentatives du producteur Alain Milhaud pour imposer en France des artistes espagnols. Ce titre parut sur un EP en France est plutôt rare, mais très intéressant musicalement. Le chanson que je vous propose ici est à jamais liée à un souvenir personnel. En 1971, j’ai passé par Barcelone. Cherchant les toilettes dans un restaurant, je suis arrivé dans une salle où un nain venait de sélectionner ce disque dans un jukebox.

1963 – Anette Funicello / Beach Party. Actrice et chanteuse rattachée aux studios Disney, et un temps petite amie de Paul Anka. Elle connut une véritable gloire aux USA qui n’arriva jamais vraiment en France. Profitant de la vague surf, elle enregistra « Beach Party ».

1967 – Grégory / LSD et Système D. Complètement passée inaperçue, cette allusion à une célèbre drogue se voulait provocatrice, mais en vérité elle est plus anti que pour. Le chanteur devient célèbre dans les années 80 en étant la moitié du duo Chagrin D’Amour et son incontournable chanson « Chacun Fait Ce Qui Lui Plait ».

1967 – Evariste / Ma Mie. Après avoir connu un tube « Connais-Tu L’Animal Qui Inventa Le Calcul Intégral. », il disparut assez vite de la circulation, malgré un ou deux titres intéressants, musicalement bien roulés sur des paroles plutôt farfelues. Devenu physicien, il a étudié l’incidence de la musique sur les plantes. Il passe pour illuminé, mais il semble que depuis quelques temps, le sujet intéresse de plus en plus de monde et que ce n’est pas l’air aussi idiot que ce que certains veulent en dire.

1962 – The Eagles / Bristol Express. Typique instrumental à la Shadows, groupe relativement connu en Angleterre, A part ça…

1969 – Octopus – Laugh At The Poor Man. Plaisante balade pop par ce groupe anglais dont peu de gens se rappellent qu’il a existé.

1958 – Teddi King / Baisez-moi. Succulente erreur de traduction en voulant mettre un titre français, pour faire bien, sur une chanson anglaise. A part ça, Teddi Wilson est une chanteuse de jazz, pas trop connue en France.

xxxxx

En passant

Bas nylons et un nana qui ne doit pas partir

*****

Récemment, j’ai abordé très brièvement la chanson « Baby Please Don’t Go » dans un autre post. Cette chanson a toute une histoire, bien qu’on l’attribue au bluesman Big Joe Williams comme créateur, elle lui est d’ailleurs créditée comme compositeur. En fait, les origines remontent probablement bien plus loin. Certains lui voient une ressemblance avec le standard « Alabamy Bound » ou un vieil air qui date de l’époque de l’esclavage « Long John ». Il est certain qu’une multitude de chansons circulaient à travers les USA à la manière de chansons de troubadours, et le fait de l’arranger d’une manière un peu particulière pouvait suffire pour en déposer les droits. Big Joe Williamns l’enregistra lui-même en 1935, et ce n’est que 30 ans plus tard via le reprise des Them qu’elle connut son envol définitif. Evidemment les Them en proposèrent une adaptation assez percutante, qui n’avait plus grand chose à voir avec l’original, elle changeait de couleur passant du noir au blanc. Pendant les 30 années écoulées entre original et reprise, il en existe de nombreuses autres versions avec quelques variantes, même en Angleterre les Them ne furent pas les premiers, Georgie Fame l’enregistra avant. Encore une fois, c’est une chanson qui se prête facilement à un arrangement dans un style précis, c’est le fait qu’elle soit reprise par une multitude d’artistes. Exploration…

L’original, 1935.

Lightnin’ Hopkins, 1949.

The Orioles, 1951.

Muddy Waters, 1953.

Billy Lee Riley, probablement première version blanche et un peu rockabilly, 1958.

Mose Allison, 1960.

Georgie Fame, 1964.

Them, 1964. Rappelons que la face B était le fameux « Gloria ».

The Boots, Allemagne, toujours très bons dans les reprises, 1965.

Paul Revere & Raiders, 1966.

 

Le Grand Mellon, version assez particulière, 1966.

Amboy Dukes, les débuts de Ted Nudgent, version pop bien enlevée, 1967.

The Rising Storm, à toute allure et psyché, 1967.

Dharma Blues Band, ce sont des Anglais, 1969.

Dion,  le chanteur à minettes qui aimait le blues, 1969.

Gary Glitter, 1972.

ACDC, 1975.

Hank C Burnette, le fameux rocker suédois, instrumental et décoiffant, 2002.

xxxxx

En passant

Bas nylons et riche gratin

*****

En 1931 les congés payés n’existent pas. Autant dire que les vacances sont réservées à une élite qui n’a pas le portefeuille a plat. Pendant que les souris triment, les chats dansent. Les endroits à la mode existent un peu partout, mais le bord de mer est le plus souvent visité. Il y a le choix, Monte-Carlo est idéal et sonne en principe mieux que Monaco, mais c’est un peu la même chose, on peut aller de l’un à l’autre à pied et se faire admirer, sous l’oeil probable d’un certain Léo Ferré dont le père est directeur du Casino. Mais Biarritz est aussi une destination qui réunit le gratin quand il n’est pas terme de cuisine, on s’y presse. Bien entendu, cette affluence de beau monde mérite que tous les potins et cancans soient réunis dans une ouvrage et disponible à tout un chacun. Pour la somme de trois francs, Le BIarritz Illustré paraît pendant la saison afin de réunir les hauts faits d’une bourgeoisie qui n’a pas trop l’air affectée par la crash de 1929. Ces hauts faits sont d’une banalité mortelle, entre les réception et les thés dansants, il n’y a pas grand chose d’autre. Si le duchesse de Baisela-Pasla s’était fait voler sa rivière de diamants , évidemment que le tirage aurait augmenté avec probablement la photo du commissaire Bafouille posant à côté de l’écrin vide. Mais bon, je ne résiste pas au plaisir de vous en extraire quelques feuilles, d’autant plus que l’on y trouve dans les pages un personnage que j’admire beaucoup, Charles Chaplin, aussi connu sous le nom de Charlot. Sans doute le seul qui ne doit sa présence en ces lieux, du fait de son génie et non pas le fait d’être un fils à papa.

Vous pouvez cliquer sur les photos et les textes pour une meilleur lecture

Dans la liste des résidents, vous noterez la présence de Barbara Hutton, réputée comme la femme la plus riche d’Amérique, une femme qui avait pourtant la réputation d’être d’une générosité exceptionnelle, c’est fou ce que l’on peut rencontrer comme gens généreux dans les potins

Source Gallica, BNF, DP

En passant

Bas nylons et petites histoires pour l’été.

Comme je lis énormément, il m’arrive parfois de retrouver des histoires ou anecdotes intéressantes dans les vieux journaux et bouquins ou sur la Toile, presque toujours par hasard. Je vous en ai sélectionné une poignée sur des sujets divers, mais qui valent un petit détour.

Monsieur Ferré n’aime pas Monsieur Barclay

Monsieur Barclay et sa maison de disques du même nom fut la plus grande marque indépendante française de disques. Un catalogue exhaustif qui se compte en centaines de publications, lui permit d’être un des plus en vue sur le marché du vedettariat sonore. A côté, il acquiert un droit de licence pour des grandes compagnies américaines comme Atlantic, Chess, et des tas d’autres de plus ou moins grande importance. Jimi Hendrix fut aussi un artiste maison, grâce à une licence des disques via Yameta, managé par l’ex bassiste des Animals, Chass Chandler.  Parmi les artistes maison, il a eu dans son écurie des grosses pointures de la chanson française comme Ferrat, Brel, Aznavour. Léo Ferré fit aussi partie du lot pendant presque 15 ans. Pourtant en 1967, il traîna devant la justice son patron pour une drôle d’histoire. En effet, lorsque sortit son album « Cette Chanson ». Ferré s’aperçut qu’il manquait une chanson celle intitulée « A Une Chanteuse Morte », hommage à Edith Piaf. Elle fut censurée sans préavis par Barclay, ce qui n’est pas très élégant, pour une raison lamentable. Ferré a toujours été un chanteur engagé, à côté d’être un poète exceptionnel dans ses plus beaux textes, l’anarchie le connaît bien. Il n’a jamais mis des gants pour dire ce qu’il pensait et c’est justement là qu’est le problème. Dans sa chanson en hommage à Piaf, il ne se contente pas de rendre un hommage à la Môme, mais il égratigne celle que l’on avait désigné comme successeur, Mireille Mathieu. Comparer Mireille Mathieu à Edith Piaf, c’est comparer un feu de cheminée à un incendie et cela n’a pas échappé au chanteur. Il fait une allusion à la fille d’Avignon en ces termes : « on ne t’a pas remplacée sous la lampe à arc, n’en déplaise à Monsieur Stark ». Stark est l’impresario de Mireille Mathieu et comme cette dernière est à cette époque certainement la meilleure vendeuse de disques maison, cela frise au sacrilège, version showbiz. Même s’il fut défendu par le célèbre Me Floriot qui traita Barclay de dictateur et réclamait la saisie du disque, Ferré fut débouté. Malgré tout, la collaboration entre les deux hommes continua, on dut s’arranger à l’amiable en coulisse.

Voici cette chanson suivie d’un titre datant de 1965, où Ferré se moquait (gentiment) de Barclay.

Un Accident qui soulage.

Cette histoire absolument authentique est arrivée aux sports d’hiver. Madame skie et a soudain un besoin pressant à satisfaire. Elle se met à l’écart de la piste à l’abri de quelques buissons qui avaient eu la bonne idée de pousser là, toutefois sur un terrain loin d’être plat. Mais les pentes ayant la fâcheuse habitude d’être à la descente vers le bas, l’attraction terrestre s’en mêlant, voilà notre brave dame qui repart sur ses skis et réintègre la piste de ski la culotte en bas, situation pas très optimale pour battre faire du slalom, et finit par se casser la gueule. Emmenée à l’hôpital, elle est en attente sur un brancard que l’on veuille bien s’occuper d’elle, les dégâts n’étant pas d’une extrême gravité et ne nécessitant point d’urgence. Voici que l’on pose un second brancard à côté d’elle, avec un monsieur ayant aussi eu quelques problèmes. Tout naturellement, la discussion s’engage et la dame demande au monsieur la raison de son arrivée à l’hôpital. Le bonhomme déclare alors : « J’étais en train de faire du ski quand j’ai vu une femme qui skiait à poil, et je me suis foutu dans un arbre !

 

Un bref lever de soleil.

Cette histoire n’a jamais paru dans un journal, et pourtant elle est aussi authentique, d’autant plus authentique qu’elle est arrivée à mon père, et qu’il aimait à la raconter tant elle est idiote par les faits, faits dont il n’est pas la cause, mais la victime. L’histoire commence par la demande d’un couple qui connaissait mon père, de l’accompagner pour une excursion. Dans la région où ils habitaient, il y avait une montagne, la plus haute loin à la ronde, c’est scientifiquement prouvé, réputée pour ses levers de soleil sur des décors des plus plaisant. Pour les admirer, il n’y avait qu’une solution, passer la nuit à l’hôtel qui se trouvait au sommet de la fameuse montagne, aucun moyen de transport pour y arriver, sinon en voiture par des chemins pas trop carrossables, nous sommes dans les années 1920. Et puis, de voiture, ils n’en avaient pas, alors la marche était la seule solution envisageable. Du village le plus proche, il y avait bien une dizaine de kilomètres pour arriver au sommet avec au moins 800 mètres de différence d’altitude, vis des chemins tortueux et en empruntant une gorge. Les voilà partis, on passe la nuit à l’hôtel et on se lève de bon matin pour admirer le spectacle, un spectacle plutôt mitigé car le temps est plutôt couvert. Ce que mon père n’avait pas prévu, c’est que ce couple très bigot avait prévu de regagner le village le plus proche pour assister à la messe dominicale, aussitôt le jour levé. Lui, il pensait passer une journée pépère, et envisagea même de renter dans l’après-midi après un bon gueuleton. En faisant la grimace, mon père se rangea à leur décision, bien que ses croyances religieuses ne soient pas assez fortes pour lui faire envisager une damnation éternelle s’il n’allait pas à la messe. En route pour l’aventure, sur le chemin qui conduit au village vers la fameuse église dans laquelle pourrait s’apaiser la colère divine. Pourtant, elle ne tarda pas à se manifester sous forme d’un de ces orages matinaux dont la montagne a le secret. Ils arrivent à se mettre à l’abri sous une sorte de rocher qui surplombe la gorge et qui les empêche d’être trempés jusqu’aux os. Ce pète de tous les côtés, il tombe des tonnes d’eau et ça dure, ça dure. Le couple croyant la dernière heure arrivée, prient comme si le grincement des portes de l’enfer se faisait entendre entre deux coups de tonnerre , ils invoquent tous les saints dont il connaissent le nom, même ceux dont ils soupçonnent l’existence. Sans doute, leur prière furent plus fortes que les jurons de mon père, peut-être l’inverse, mais l’orage finit par se calmer et s’éloigner. On reprit la route, on arriva au village, juste à temps pour voir les gens sortir de l’église !

Monsieur Paul, l’homme qui regardait la mort.

Il n’est pas nécessaire d’avoir une profession bien vue pour devenir célèbre. Il y a des métiers qui sont absolument nécessaires, mais qui jouissent plutôt d’une mauvaise réputation, agent des pompes funèbres en est un exemple. Juste à côté, dans le même style, celle de médecin légiste peut sembler rébarbative. Cette dernière est plus scientifique et requiert des connaissances précises, il faut pouvoir affirmer sans se tromper, la cause d’un décès. Dans le cas d’une mort suspecte, il appartient à cette personne de démêler tous les détails de cette dernière, devant une cour d’assises la vie d’un accusé peut basculer d’un côté ou de l’autre selon ses affirmations. A l’instar de célèbres avocats qui furent quasiment des vedettes, un médecin légiste se hissa dans le monde des célébrités. il s’agit de Charles Paul. Né en 1879, médecin de formation, il fut un des personnages qui apporta sa contribution à une police devenue scientifique. Personnage à l’éloquence facile, très bon vulgarisateur, très persuasif, il devint un personnage clef lors de certains procès. Il apparut au procès de  Landru, Violette Nozière, Marcel Petiot. Il autopsia les corps de célébrités comme Jean Jaurès ou Jules Bonnot, Au cours de sa carrière qui s’étale sur plus de 50 ans, il pratiqua des autopsies sur presque 160 000 cadavres, ce qui fait une moyenne de 8 à 9 autopsies par jour ouvrable. Fréquemment, ces personnages côtoyant les choses morbides sont plutôt des joyeux caractères. On lui prête quelques bons mots qui font partie de sa légende. En voici quelques uns…
Très souvent ces personnalités un peu marginales et connues suscitent une curiosité pas toujours de bon aloi, alors souvent on les invite à dîner, il n’était pas réputé pour dédaigner les arts de la table et était plutôt du genre très bon vivant. On imagine qu’il avait des préférences pour ses fréquentations et ce n’est pas toujours d’humeur joyeuse qu’il répondait à ses invitations. Il le faisait savoir à sa manière, Souvent la maîtresse de maison se faisait un malin plaisir à lui demander de couper le gigot ou la selle de chevreuil. Pour éviter la corvée, il avait sa petite méthode. Quand il se pointait, souvent en retard, il disait à la maîtresse des lieux : « excusez-moi chère amie, j’ai été retardé par un client qui avait trois mois de caveau, m’autorisez-vous à me laver les mains ? »
Evidemment avec la professions qu’il exerçait on essayait de lui tirer une consultation à l’oeil. Imperturbablement il répondait : « Ne vous inquiétez pas, nous verrons cela à l’autopsie ! »
On le surnommait l’homme aux cent mille autopsies, chose qu’il trouvait parfaitement idiote. Pour preuve, il donnait en exemple le maître d’hôtel de la célèbre Tour d’Argent qu’il fréquentait assidûment et qui chaque fois croyait bon de lui glisser à l’oreille : « Monsieur le professeur, je vais avoir l’honneur de découper devant vous mon XXXX ème canard au sang ».
Un matin alors qu’il traversait la rue, il manqua de se faire écraser par une jolie conductrice qui lui cria : « Attention le gros ! ». Il releva le numéro de la plaque et retrouva l’adresse de la conductrice, chose facile pour lui, et lui envoya le mot suivant : « Le gros, madame, vous adresse ses respectueux hommages, et reste à votre entière disposition. Docteur Paul, médecin légiste. » Il paraît que le mari lui répondit en le remerciant et en lui affirmant que sa femme conduisait depuis plus prudemment.
Lorsque Henri-Georges Clouzot tourna son fameux film « Les Diaboliques ». Si vous l’avez vu, vous aurez remarqué qu’il y a une scène à la morgue. Le docteur Paul autorisa le cinéaste à tourner quelques scènes dans les lieux. La femme du réalisateur et actrice, Vera Clouzot, qui était présente se plaignit d’être incommodée par l’odeur. Le docteur lui glissa : « Ne vous formalisez pas ! », ce qui n’empêcha pas la dame de tomber dans les pommes, heureusement il y a avait un docteur sur place !

George Bernard Shaw, le célèbre écrivain anglais, aimaitz pratiquer la dérision et l’humour noir. A une personne qui le demandait de ses nouvelles il répondit : « Ca pourrait aller beaucoup mieux : j’ai un souffle au coeur, les poumons pris, un ulcère à l’estomac, mon foie est congestionné, et moi-même je ne me sens pas très bien. ». Il mourut quand même à 94 ans.