En passant

Bas nylons et de nouveaux animaux

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En 1966, Eric Burdon se sépare des Animals, il en garde le nom en y rajoutant le sien et fait appel à des nouveaux musiciens. Si les Animals ont eu une belle série de succès, ce dernier se fera plus rare avec son nouveau groupe. Mais nous sommes à l’aube d’une ère nouvelle, ce sont plutôt les albums qui sont à l’honneur, le 45 tours devenant plus accessoire. On peut très bien être une vedette et ne jamais figurer en tête du hit parade, mais vendre quantités d’albums. Eric Burdon n’en a rien à cirer, il sent le vent tourner et il en a sans doute un peu marre d’être celui qui sait chanter comme les Noirs, image qui lui colle à la peau depuis ses débuts, il veut aller plus loin. Les musiciens qu’il recrute sont certainement plus ambitieux que ne l’ont jamais été les Animals originaux et sont aussi multi-instrumentistes pour certains. On retrouve aux débuts: John Wieder, guitare, violon, basse; Vic Briggs, guitare, piano; Danny McCulloch, basse (1945-2015); Barry Jenkins (ex Nashville Teens), batterie. Ils adopteront une image définitivement pop et ils sont aussi un des premiers groupes psychédéliques anglais. Quelques belles reprises figurent dans leur répertoire, mais bon nombre de compositions originales parsèment des albums pour le moins hétéroclites et divinement écoutables. Une démarche majeure dans la pop anglaise, on ne peut que regretter qi’il y a peu d’artistes de cette trempe aujourd’hui, chaque titre a sa personnalité propre. Je vous en ai sorti quelques perles, j’y présente aussi les quelques titres qui ont eu un semblant de succès ici ou là. Pour les albums, je me réfère à la discographie des USA, le contenu pouvant un peu varier selon les pays d’édition.

Un succès en France paru en EP, on est encore un peu dans le répertoire noir. Ce fut un succès en France.

Single américain 1966, un succès modéré.

Face B américaine du précédent, un de mes préférés, écouté des centaines de fois. J’adore l’ambiance et le vocal.

Superbe reprise de « Hey Gyp » de Donovan, fut pas mal diffusé sur les radios françaises.

Single US aussi sur le second EP français, une fameuse composition de Burdon. Ce titre est devenu au fil du temps, un des favoris des fans.

Sur l’album Winds Of Change – USA, 1966

Titre d’ouverture.

Le classique des Rolling Stones revisité.

Un titre sinistre à souhait suivi du classique « San Francisco Nights ».

Titre ambiance de la solitude d’une chambre d’hôtel.

Une revue des bluesmen et de quelques guitaristes prestigieux.

Sur l’album Every One Of Us – USA, 1967

Chanson sur l’immigration, toujours d’actualité.

Un titre très fort.

Le fameux standard « St James Infirmary » en psychédélique.

Sur l’album Love Is – USA 1968

Le classique de Ike & Tina Turner.

Retour aux sources en paroles.

La classique de Johnny Cash, mais plus du tout country.

Reprise d’un fameux des Bee Gees.

Sur l’album The Twain Shall Meet – USA 1968

En hommage au festival de Monterey, premier festival pop, bien psyché. Tendez l’oreille et vous entendrez des noms connus.

Pas mal du tout, ambiance d’époque dans les studios.

Un tour dans le ciel.

Ambiance orientale.

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Noël à la manière de Paul

!!! JOYEUX NOËL !!!

Pour changer un peu, une conte de Noël inédit que j’ai écrit spécialement pour vous.

Une bise froide soufflait sur la ville faisant voltiger quelques flocons de neige qui peinaient à se poser sur le sol. Cette veille de Noël 2005 ressemblait à toutes les autres, des gens pressés s’agitaient, portant des paquets qui devaient contenir de probables cadeaux. A leurs regards, on devinait une indifférence à peine bienveillante envers les autres passants. La fête promettait d’être belle, mais c’était la leur, pas celle des autres.
Un homme élégamment vêtu déambulait d’un pas tranquille. Son visage un peu ridé ne manquait pas de laisser deviner une beauté passée, encore présente malgré les années. Son nez fin supportait de petites lunettes rondes, derrière lesquelles ses yeux gris contemplaient les gens qui passaient sans leur accorder plus qu’un bref regard. Il savait qu’il ne participerait à aucune fête, il n’était attendu nulle part, sauf dans un restaurant dans lequel il irait manger un bon repas, il n’ignorait pas qu’il était ouvert en cette nuit de réveillon. Mais l’attendait-on vraiment ?
Il s’enfila dans une petite et courte rue qu’il connaissait bien, car il y avait tenu une boutique d’art. Jadis, bien des peintres inconnus étaient devenus des grands noms grâce à lui. Il avait le don de deviner ce qui allait plaire en matière de tableaux. L’endroit existait toujours, il l’avait cédé à une personne digne de confiance, une des rares chez qui il avait décelé un don de dénicheur de talents. La mort de sa femme avait été le déclencheur de son envie de prendre sa retraite. Il savait qu’après son départ vers un ailleurs qu’il n’était pas trop pressé de rejoindre, rien ne serait plus comme avant. Quand il avait un doute en matière d’art, il lui arrivait rarement d’en avoir, son jugement confirmait ou non le sien. Il s’avéra plus d’une fois que ce qu’il estimait mauvais trouve grâce à ses yeux et devienne un futur chef d’œuvre. Elle était son ultime recours et décida qu’il ne pourrait se passer d’elle. Mais qu’importe, il n’était pas dans le besoin, son flair lui avait fait gagner une petite fortune, de quoi vivre très aisément sans regarder à la dépense.
Une des particularités de la rue était d’avoir encore deux ou trois filles qui exerçaient le plus vieux métier du monde. Bien qu’il ne fût pas client de leurs charmes, il les connaissait par leur nom, certaines étaient là depuis des années. Il avait une certaine affection pour elles, presque paternelle. Quand c’était la fête dans sa boutique et que les bonnes bouteilles s’alignaient fièrement entre deux tableaux couronnés d’avenir, il ne manquait pas de les inviter. Quelques jolies filles un peu délurées ne plombaient pas l’ambiance de la fête, d’autant plus que dans certaines circonstances, les compagnes des clients n’en étaient pas moins des filles de compagnie établies ailleurs à leur compte sous forme de filles d’escorte. Sans qu’on leur demande, elles avaient un certain respect pour lui, jamais de sous-entendus, jamais de paroles déplacées. Pour elles, il était Monsieur Paul.
Bien que ce soit la veille de Noël, il en aperçut deux qui attendaient le client, eh oui c’était presque un jour comme les autres.
– Joyeux Noël Mr Paul, lui dit en souriant la première qu’il croisa.
– Joyeux Noël Brigitte, vous êtes de service ce soir ?
– Il faut bien, peut-être certains vont me demander de leur tenir compagnie un moment.
Il sortit son portefeuille et donna quelques billets à Brigitte.
– Voici de quoi vous payer très largement pour un de vos services, jurez-moi quelque chose…
– Si je peux.
– Si vous faites un client, eh bien vous lui ferez payer un prix symbolique, vous lui direz que c’est un cadeau du père Noël. Ensuite vous resterez chez vous tranquillement, il fait trop froid pour rester à faire les cent pas dans la rue.
– Je vous promets de faire comme vous me le demandez, c’est vrai que le père Noël ne vient pas souvent chez moi, merci.
– Encore joyeux Noël !
Il s’éloigna vers la fille suivante, Odile, et lui fit faire exactement la même promesse, en lui remettant la même somme d’argent. Elle ajouta à l’intention de Mr Paul : « Depuis une heure, il y a au bout de la rue une fille que je ne connais pas, elle n’est jamais venue ici. Pour moi, elle doit essayer de faire du racolage ».
Il regarda dans la direction de la fille. Elle était immobile, plus loin dans la rue. Difficile depuis l’endroit où il était de se faire une idée précise de cette fille.
– Je vais essayer d’en savoir plus. Joyeux Noël Odile !
Il s’approcha de la fille avec l’air d’un homme à la recherche d’une aventure. Il pensait que la fille l’avait vu en train de discuter avec les deux prostituées, ce qui pouvait lui donner l’apparence d’un éventuel client. Il ralentit en arrivant à sa hauteur, il remarqua qu’elle était encore très jeune et plutôt jolie, il la fixa droit dans les yeux.
– Vous voulez faire l’amour ? demanda-t-elle avec un pauvre sourire.
– Quels sont vos tarifs et où m’emmenez-vous ?
– C’est 100 euros, mais on peut discuter le prix, je vous emmène chez moi.
– Vous m’avez bien peu l’air d’une professionnelle, pourquoi faites-vous cela ?
La fille regarda Mr Paul avec un air triste, l’air un peu gênée.
– j’ai besoin d’argent pour payer mon loyer, il me reste une semaine pour trouver 300 euros.
– Et vous faites quoi dans la vie à part chercher 300 euros ?
– Il y a six mois, mes parents sont morts dans un accident de voiture, ils ne m’ont rien laissé, j’ai dû arrêter mes études. Je suis venue en ville pour chercher du travail, mais je n’ai rien trouvé de vraiment intéressant.
– Et vous étudiez quoi ?
– Je faisais des études de linguistique.
Mr Paul réfléchit un moment sortit son portefeuille et dit :
– Je vais vous donner vos 300 euros, mais pas question que je touche à vos fesses, j’ai une dette envers les prostituées. Me feriez-vous le plaisir de venir partager mon repas dans le petit restaurant où je me rendais à l’instant ?
La fille regarda Mr Paul l’air très étonnée, elle se demanda un instant s’il n’avait pas le cerveau un peu dérangé ou si c’était un plaisantin. Mais non, il avait l’air sérieux et très sûr de lui, d’ailleurs il lui tendait des billets de banque en l’interrogeant du regard.
– Je veux bien vous accompagner, mais pourquoi faites-vous cela, pour un peu je vous prendrais pour le père Noël.
– Non je suis bien Mr Paul et je vous expliquerai pourquoi je fais cela en mangeant. Au fait comment vous appelez-vous ?
– Sylvie.
Ils partirent sans plus échanger un mot. La fille suivait sans se poser d’autres questions. Si elle avait un doute, il ne tarda pas à s’envoler, quand elle vit Mr Paul pénétrer dans un restaurant. C’est bien un repas qui l’attendait.
Visiblement quand il entra dans le restaurant, le personnel avait l’air de bien le connaître. Un homme qui devait être le patron s’approcha de lui en souriant.
– Salut Paul, j’espère que tu passeras une bonne soirée en notre compagnie, mademoiselle est avec toi ?
– Oui, c’est une invitée surprise que je n’attendais pas, mais installons-nous. Tu as réservé ma table habituelle ?
– Oui, comme d’habitude.
Ils s’installèrent et Mr Paul demanda ce qu’elle désirait boire en apéritif.
– Oh je n’ai pas l’habitude de boire l’apéritif, mais je veux bien faire une exception, un petit verre de vin blanc fera l’affaire.
Il commanda deux verres de vin et entama la discussion.
– Si cela vous convient nous mangerons pour commencer la terrine du patron, il la fait merveilleusement bien. Ensuite, nous entamerons une dinde aux truffes, puis nous passerons aux fromages et aux desserts. Pas d’objection ?
Sylvie eut un sourire, un vrai sourire, le premier de la soirée. Elle ne savait pas pourquoi, mais son inconnu suscitait une véritable curiosité en elle.
– Pas d’objection Mr Paul, je ne me souviens pas d’avoir mangé des truffes, mais cela doit être sûrement très bon.
– Arrêtez avec vos Mr Paul, appelez-moi Paul cela n’augmentera pas le prix de l’addition. Mais dites-moi, vous qui étudiez les langues, savez-vous parler et écrire parfaitement l’anglais ?
– Je crois que je peux dire oui sans mentir. Pour me faire un peu d’agent pendant mes études, j’ai traduit plusieurs brochures du français vers l’anglais, des brochures distribuées aux touristes qui visitent des lieux historiques.
– J’aurai peut-être un travail pour vous. Pour votre information, j’ai dirigé pendant de longues années une galerie d’art. Je suis en train d’écrire un livre qui raconte mes souvenirs. J’ai rencontré beaucoup d’artistes qui sont devenus, un peu grâce à moi, des personnes en vue dans le domaine de la peinture. J’ai un éditeur qui le publiera, mais je veux aussi l’éditer en anglais, car j’ai eu beaucoup de clients américains. Vous sentez-vous capable d’assumer cette tâche ?
– Ma foi, bien que je n’y connaisse rien en peinture, cela est dans le domaine du possible.
– Parfait nous en reparlerons, le livre est presque prêt, mais vous pouvez déjà commencer la traduction avec ce qui est déjà écrit. Vous serez largement payée pour votre peine.
– Merci Paul, ce sera certainement un plaisir de travailler pour vous.
L’apéritif arriva, puis ils dégustèrent le repas. Paul mena largement la discussion, racontant des souvenirs liés à son métier. Sylvie l’écouta d’un air très intéressé, il en avait des choses à raconter, et dire qu’elle se retrouvait à cette table pour avoir voulu faire la prostituée d’un soir. Enfin la tournure que prenaient les événements était très plaisante. Elle soupçonnait Paul d’être un personnage pas tout à fait comme les autres, elle en avait un aperçu, mais sans doute seulement un aperçu. Elle en apprit un peu plus quand le café fut servi, quand Paul narra un autre chapitre de son histoire.
– Quand je vous ai accosté tout à l’heure en train d’essayer de vous prostituer, je vous ai dit que j’avais une dette envers les prostituées, je vais vous expliquer pourquoi.
Il se tut un instant, à la recherche de ses souvenirs.
– Je suis sans doute né un peu avant Noël 1933, quand je dis sans doute, c’est que personne ne le sait. Je fus trouvé abandonné dans un couffin devant la porte d’un bordel le soir de Noël. Un petit mot m’accompagnait : « Je m’appelle Paul et je demande votre pitié car ma mère ne peut pas s’occuper de moi ».
Il regarda Sylvie avec un sourire mélangé de tristesse et de bonheur.
– Le soir de Noël le bordel était exceptionnellement fermé, c’était en quelque sorte la fête du personnel. Quelqu’un a entendu mes pleurs, c’est ainsi que l’on me découvrit sur le pas de porte. D’après ce que l’on m’a raconté, ce fut presque une fête, toutes les femmes présentes voulaient me prendre dans leurs bras. Certaines pleuraient de tristesse, d’autres de bonheur, même la taulière y alla de sa petite larme. On parla longuement afin de savoir ce que l’on allait faire de moi. Il apparut bien vite dans leurs esprits que c’était un signe du destin, qu’il fallait que je reste là. La taulière imagina un plan qui fonctionna à merveille. Il me fallait une mère officielle et surtout la complicité d’un médecin pour la déclarer. Elle avait dans ses connaissances un toubib pas trop regardant sur certaines choses, pourvu que le prix soit à la hauteur de son silence. Une nouvelle pensionnaire, que l’on n’avait pas encore trop vue, une prostituée enceinte dans un bordel cela ne passe pas inaperçu, accepta de devenir ma mère par procuration. C’est ainsi que Rolande Chambrier devint officiellement ma mère. On m’a raconté qu’il n’y eut pas trop besoin de lui forcer la main, elle accepta presque en faisant des sauts de joie. J’appris par la suite qu’elle avait été mariée et que son mari l’avait abandonnée parce qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfant, ce fut une de ses revanches sur la vie. Elle n’eut pas à souffrir financièrement, car chacune participa à la layette, à la nourriture et à ma petite éducation. J’avais non pas une mère, mais une dizaine, qui toutes me souriaient et s’occupaient de moi. Quand j’entends quelqu’un dire que la mère de l’autre est une pute, il ne sait pas le bonheur que cela peut représenter pour moi.
Sylvie se taisait subjuguée par les paroles de Paul. Après un silence partagé de part et d’autre, elle osa une question :
– Et vous avez grandi dans une maison close ?
– Mais oui, j’ai fait mes premiers pas dans une maison close. Ma mère adoptive s’occupait de moi, tout le monde s’occupait de moi. Je n’ai en fait jamais songé que j’étais dans un bordel, tout cela me paraissait normal, je croyais que c’était une sorte de bistrot dans lequel les gens venaient boire, on buvait d’ailleurs beaucoup. Quand je voyais un couple entrer dans une chambre, je croyais qu’ils allaient écouter la radio, c’est aussi ce que l’on me disait. Ce n’est que plus tard, vers l’âge de neuf ans, que j’ai commencé à me douter de quelque chose. Je n’étais d’ailleurs plus là que pour les vacances.
– Pour les vacances ?
– Quand j’eus l’âge d’aller à l’école, la taulière m’envoya dans une école religieuse, qu’elle paya d’ailleurs en grande partie de sa poche. Je rentrais pour les fêtes et les vacances. Ma mère m’envoya quelquefois chez un de ses oncles qui était paysan dans le Cantal. Pendant la guerre j’adorais aller là-bas, on mangeait comme des rois, ce qui n’était pas le cas partout.
– La maison a continué d’être ouverte pendant la guerre ?
– Oui c’était ouvert, il y avait juste la clientèle qui changeait, une clientèle en uniforme.
– Et après la guerre ?
– A la fin de la guerre, j’allais sur mes douze ans, mais c’est surtout en 1946 que les choses ont changé, la fameuse fermeture. Mais n’allez pas croire que les choses tournèrent mal. Ma mère s’est mariée avec un de ses clients, un monsieur très bien, fraîchement veuf. Oui, cela arrive, en d’autres temps cela aurait été impossible, mais les dames devaient se recycler si on peut employer cette expression. Elle m’a fait comprendre la chose à sa manière, pour moi ce ne fut pas trop difficile car je trouvais ce monsieur plutôt sympathique. Il aimait ma mère et moi j’étais un peu ce fils qui avait été tué à la guerre. Ce qui ne gâchait rien, c’est qu’il était très aisé, il possédait une usine de textiles dans le Nord qu’il a vendue en prenant sa retraite. A son décès, il a légué une belle somme d’argent à ma mère, dont j’ai récupéré une bonne partie à sa mort. Ma mère est morte il y a quinze ans, elle avait 82 ans. Vous allez certainement me demander comment s’est passé la suite après 1946. C’est simple, j’ai fini mon école normale et j’ai étudié les arts, mon beau-père a payé toutes mes études. Mais vous avez sans doute encore une question à poser, si vous avez bien suivi, non ?
Sylvie rattrapa au vol le sourire de Paul et formula la question en espérant que ce soit la bonne.
– Comment avez-vous appris que votre mère n’était pas votre mère ?
– C’est bien la question que j’attendais, confirma Paul. Eh bien, les circonstances furent un peu particulières. En 1948, ma mère attrapa une infection après un refroidissement. On n’a jamais bien su ce que c’était, mais on a cru qu’elle allait mourir. A l’hôpital, elle me raconta cette partie d’elle que je ne connaissais pas. Je fus bouleversé d’apprendre qu’elle n’était pas ma mère, mais je n’ai rien dit qui la mette dans tous ses états. Je lui ai simplement dit que pour moi, je n’avais qu’une mère et que c’était elle. Après, en y réfléchissant bien, j’ai dû m’avouer que sans elle je ne sais pas ce que je serais devenu. Il n’était pas nécessaire de lui causer du mal, je devais accepter et fermer ma gueule. Par chance, elle surmonta son mal. Elle comprit un peu plus tard que pour moi rien n’avait changé, quand je lui ai demandé d’organiser un Noël avec toutes les anciennes du bordel qu’elle pourrait retrouver, je savais qu’elle avait gardé des contacts.
– Et cela arriva ?
– Oui le jour de Noël 1949, c’était en quelque sorte mon seizième anniversaire. Presque toutes celles qui m’avaient chouchouté étaient présentes, la taulière et son mari avaient également fait le déplacement. Le repas avait été organisé dans un atelier de l’usine à mon beau-père. Il avait interdit les cadeaux, mais il remit à chacune un foulard en soie avec des petits cœurs imprimés et une sorte de reconnaissance de dette sur laquelle il était spécifié que si l’une d’entre elles avait des problèmes, elle pouvait toujours venir le trouver, il verrait ce qu’il pourrait faire pour l’aider. De plus, si l’une cherchait du travail, il ferait tout son possible pour lui en trouver dans son usine. Ce fut pour moi un grand moment, ne pas connaître ma vraie mère et retrouver toutes celles qui pouvaient prétendre l’avoir été à un moment ou à un autre. Voyez-vous, cela fait plus de cinquante ans que cela s’est passé, mais c’est comme si c’était hier.
Sylvie crut voir quelques larmes dans les yeux de Paul, cela ne dura pas. Il prit un air sévère en la regardant doit dans les yeux.
– Maintenant écoutez-moi bien. Ce soir vous avez voulu vous prostituer, je comprends vos raisons et je ne veux pas vous juger. Comme vous avez pu le comprendre, j’ai fréquenté des prostituées une bonne partie de ma vie, mais je n’ai jamais été un client. Je les aime à ma manière, car je sais qu’elles ressemblent plus à des anges qu’à des diables. Le diable, c’est le client, enfin pas tous, mais beaucoup. Le pire, c’est celui qui vit de leurs charmes, celui-là c’est un moins que rien à mes yeux, j’ai quand même connu de très rares exceptions, le mari de la taulière en était une. Je vais encore vous faire une confidence. La maison où j’ai grandi existe toujours, elle est maintenant une maison résidentielle. L’entrée n’a pas changé, elle est pratiquement identique à celle de jadis, mais il n’y a plus de lanterne rouge. J’ai pris des dispositions pour quand je ne serai plus là. Je veux qu’on m’incinère et que l’on aille jeter discrètement mes cendres devant la maison sur le pas de porte. Ce sera ma manière de retourner une dernière fois dans cet endroit où j’ai connu des gens bien, chers à mon cœur. Maintenant, promettez-moi de ne jamais plus tenter de vous prostituer. Je vous donne presque un ordre.
Sylvie le regarda mais resta muette, mais Paul lut dans ses yeux son consentement. Il regarda son assiette vide, réfléchit un moment et continua :
– Je vais voir ce que je peux faire pour vous aider. Nous commencerons par la traduction du livre, ce sera un début. Dans les milieux de l’art nous avons besoin de personnes qui parlent les langues, surtout l’anglais. Nous avons beaucoup d’Américains, il faut aller les chercher à l’aéroport, les déposer à un hôtel, les amener dans les galeries, même les musées. On appelle cela des hôtesses, mais ce n’est pas péjoratif, ce sont des employées comme les autres. De plus, il ne faut pas trop qu’elles ressemblent à la fée Carabosse, un peu de charme les mets à l’aise. Avez-vous un permis de conduire ?
– Oui je l’ai passé l’an dernier, un peu avant la mort de mes parents, donc je peux conduire.
– Parfait, je vais faire des recherches, mais je crois que je connais une galerie qui cherche une personne comme vous. Au pire si ce n’est pas le cas, nous chercherons ailleurs. Retrouvons-nous ici après-demain dans la soirée, j’aurai sûrement des nouvelles. En attendant, je vais encore vous donner 200 euros, vous pourrez envisager de payer votre loyer et le reste c’est une avance sur la traduction. Vous voyez, vous ne pouvez plus reculer, vous me devez un certain nombre de mots anglais. Au fait, pour le livre que j’écris, je n’ai pas encore de titre définitif, auriez-vous une idée ?
Sylvie fut un peu surprise par la question. Cela lui parut bizarre qu’un homme comme lui cherche auprès d’une presque inconnue, une idée de titre pour un livre. Elle se mit à réfléchir et finalement répondit :
– L’Art des souvenirs, cela me parait bien.
Paul se mit à sourire.
– Bravo, c’est un des titres que j’avais envisagé, je crois que je vais l’adopter. Si nous buvions un petit coup de champagne pour fêter cela ?
– Oui je veux bien pour vous faire plaisir.
– Joyeux Noël Sylvie !
– Joyeux Noël Paul et merci !
– Ne me remerciez-pas, ce que vous ne savez pas encore, c’est que je vous ai trouvé là où il y a exactement 72 ans on m’a trouvé moi…
En passant

Exploration en terre musicale inconnue (18)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1964 – The Downbeats / Je Le Vois. Des Anglais atterris en France, ils accompagnent notamment Moustique et enregistrent aussi en français sous leur nom quelques titres qui ne décollent pas, comme ici cette reprise de « I Can Tell » de Bo Diddley.

1967 – José Salcy / Sophie. Il eut des débuts assez prometteurs et un ou deux titres qui connurent quelques succès. Même parmi les moins connus, on ne peut pas dire qu’il oublia de se construire une discographie où il n’y a rien à jeter. C’est un des chanteurs issu des débuts du yéyé que j’ai encore bien du plaisir à écouter.

1976 – The Stylistics / Sixteen Bars. C’est un groupe issu du « Philadelphia Sound », un mouvement branché musique noire à l’aube du disco. Comme très souvent chez les Noirs, c’est vocalement très intéressant, mais la chanson n’est pas mal non plus. On ne peut pas dire qu’ils devinrent des stars en France, même si ce fut le cas ailleurs.

1968 – Jimmy Walker – Drown In My Broken Dreams. Il fut le batteur des fameux Knickerbockers et aussi de temps en temps, un des deux Righteous Brothers. Il a aussi enregistré pour son compte quelques titres comme celui-ci assez marqué soul music. C’est le seul édité en France,

1961 – The Velvets / Tonight. C’est le genre de disque que l’on peut acheter les yeux fermés si on a envie de se faire un peu de fric et qu’il vous est proposé pour 10 euros. Vous êtes sûrs de le revendre 10, 20, 30 fois plus cher. A peu près tous les disques du style doo wop publiés en France au tournant des sixties sont des pièces recherchées et le prix est fonction de la rareté. Et en plus, c’est toujours vocalement plus que parfait, surtout si la voix est noire.

1970 – Eyes Of Blue / Largo. Il y a une connexion avec le groupe Big Sleep dont un 45 tours sortit en France deux ans plus tard avec le même titre dans un version différente. Cette première tentative d’imposer un arrangement pop sur une pièce de Bach ne rencontra pas plus de succès que la deuxième.

1970 – Purple Heart – Sympathy. Encore une illustration d’une maison de disques, ici Vogue, qui profite du succès d’une maison concurrente (Philips)  pour s’insérer sur le marché des 45 tours. La chanson est la reprise du succès de Rare Bird. Le nom de  l’artiste choisi, Purple Heart, est celui de Jackie Lynton qui est ailleurs un artiste et compositeur à part entière et aussi la voix mâle du groupe People, qui eut un hit la même année avec une reprise de « Hallelujah » de Deep Purple. Voilà vous savez tout !

1970 – The Pentangle / Once I had A Sweetheart. L’un des plus merveilleux groupe de folk progressif anglais avec de prestigieux musiciens comme Bert Jansch, John Renbourn, et la sublime voix de Jacqui McShee. Sorti uniquement en 45 tours promo.

1970 – Tanj(i)a Berg / Na Na Hey Hey Goodbye. Sans doute un astrologue avait prédit une nouvelle invasion allemande, car éditer un version allemande du tube de Steam relevait de la gageure au niveau des possibilités de ventes et de passage radio. Même si la chanteuse est plutôt une vedette en Allemagne, son nom ici ne veut pas dire grand chose, même son prénon a été un peu adouci.

1968 – Eric Burdon & The Animals / Year Of The Guru. Quand la première mouture des Animals se sépara le groupe se mua en Eric Burdon & The Animals, il en profita pour changer ses musiciens. Il s’en suit une période très créative résolument tournée vers la pop. Les productions sortirent sur le label Yameta, d’ailleurs fondé par Chas Chandler, le bassiste des Animals originaux. Barclay en avait la distribution pour la France et ne se priva pas de sortir une flopée de 45 tours extraits des albums dont aucun ne connut le succès et qui sont relativement rares maintenant. Voici celui que je considère comme le plus intéressant, un bon mélange de pop et de psychédélique.

1963 – Nino Tempo & April Stevens / Baby Weemus. Nino Tempo n’est pas un chanteur italien  mais un Américain, April Stevens n’est pas sa femme mais sa soeur. En 1963, ils ont un gros hit avec « Deep Purple » une vieille chanson remise au goût du jour. Publié en France le disque passe assez inaperçu, mais pas pour tout le monde. Sur le même disque figure la chanson que je vous propose, qui fut adaptée par Frank Alamo avec la collaboration de Marjorie Noël « Jolie Frimousse ». Comme de bien entendu peu de gens savent de qui est la version originale.

1960 – Les Baxter / Barbarian. Les baxter est un batteur américain et également un chef d’orchestre. Même s’il n’a pas la réputation d’Henry Mancini, il se défend plutôt bien pour créer des ambiances et des musiques originale. Comme ce titre ici, qui aurait fait merveille comme générique d’une série télévisée avec plein d’espions dedans.

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