Bas nylons et chansons et des restes de blues

Bon nombre d’artistes ont des titres qui leur collent à la peau. Mais si l’on prend la peine d’explorer leur discographie, nous trouvons d’autres choses très intéressantes. Je me propose dans ce post d’explorer la carrière des Moody Blues seconde période, celle qui démarre avec « Nights In White Satin », leur hit le plus immortel. Pendant une période de cinq ans, plusieurs albums à thèmes virent le jour. Force est de constater qu’il y a une pléthore de chansons qui ne manquent pas d’attrait. En voici une sélection qui concerne les albums entre 1967 et 1972, c’est à dire six albuma, où je fais volontairement abstraction des succès connus de tous. Il n’y a pas à dire, mais les artistes ne sont pas tous égaux devant la création.

Days Of Future Passed, 1967

Twilight Time

In Search Of The Lost Chord, 1968

Legend Of A Mind

On The Treshold Of A Dream, 1969

Dear Diary

Lazy Day

The Voyage (instrumental)

To Your Children’s Children’s Children

Beyond (instrumental)

Gypsy

Eternity Road

A Question Of Balance, 1970

How Is It ?

Don’t You Feel Small ?

Tortoise And The Hare

Every Good Boy Deserves Favour, 1971

The Story In Your Eyes

My Song

Seventh Sojourn, 1972

Lost In Lost World

I’m Just A Singer (In A Rock And Roll Band)

Bas nylons et la guerre pour rire

Pendant la guerre, sans aller jusqu’à les lire dans les journaux, les blagues circulent parmi le peuple. Que l’on soit d’un bord ou d’un autre, l’histoire vise en premier « l’ennemi » et souvent ses principales figures. En voici quelques une qui circulèrent de manière à illustrer que même pendant la guerre, l’esprit n’est pas en panne. Il semblerait que toutes ces histoires ont toutes été effectivement racontées.

Celle-ci concerne Hitler. Inquiet sur l’opinion publique, il se déguise de manière méconnaissable et va dans la rue pour interroger les gens. Il arrête un ouvrier et lui demande :

– D’après vous, combien de personnes en Allemagne sont opposées à la politique du Führer ?

– Six, répond l’ouvrier.

– Six seulement ? s’extasie Hitler.

Oui ! Moi, toi, lui, nous, vous et eux.

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Goering, second personnage du Reich, aimait bien parader. Il ne manquait jamais une occasion de se mettre en évidence. Il arborait sur son uniforme de nombreuses médailles. Un matin, devant se rendre à une conférence improvisée, il arrive bon dernier et un peu en catastrophe.

– En bien, s’étonne Hitler, comment se fait-il que vous ne portiez pas vos médailles  comme d’habitude ?

– Bon sang, je les ai oubliées sur mon pyjama !

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Hitler devait aller faire une tournée d’inspection sur le front est où ça ferraillait sec. Il alla chez son tailleur pour chercher un uniforme en lui expliquant la raison.

– Mein Führer, dit le tailleur, je viens de lire un truc qui va vous intéresser. Napoléon quand il allait dans un zone de combat portait des pantalons rouges. Si jamais il était blessé, on ne verrait pas les traces de sang.

– Hitler réfléchit et dit :

– Vous n’auriez pas des pantalons marrons ?

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Sur le front est, l’armée allemande fit connaissance avec le terrible hiver russe à la fin 1941, qui stoppa l’avancée et la logistique des armées d’Hitler, spécialement mal équipées pour les grands froids. Une collecte nationale tenta de plus ou moins d’atténuer les souffrances des soldats en leur faisant parvenir des habits chauds. Un fils ayant reçu une paire de bottes de sa mère, lui écrivit et la remercia en ces termes :

– Merci pour les bottes, je n’en avais jamais mangé d’aussi bonnes !

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Un autre amateur de la parade fut Mussolini. C’est très visible dans ses discours, ma mère qui assista à Milan à l’un de ces fameux discours sur la place du Dôme à Milan dans les années 1930, employa l’expression de fanfaron, en me racontant ses souvenirs. Pourtant Hitler admira pendant longtemps sa personnalité. Il est vrai qu’il prit le pouvoir dix ans avant lui. Bien qu’alliés, Hitler dut se rendre compte qu’il ne pouvait pas trop compter sur lui lorsqu’il déclencha la guerre. Alors que les armées d’Hitler gagnaient des batailles partout, Mussolini se trouva plutôt en difficulté avec ses armées d’invasion. Il est vrai que Mussolini est loin d’être un stratège, il est même qualifié d’amateur par le maréchal Badoglio, ce qui lui vaut d’être limogé. On attribua assez vite à l’armée italienne une réputation de couardise, qui n’est sans doute pas toujours très justifiée, mais que voulez-vous les gens sont méchants.

Un de ces moments d’anthologie de la connerie. On ne peut toutefois lui reprocher d’être un mauvais orateur, chose indispensable en politique.

Dans cette optique voici quelques histoires sur ces braves soldats, sans doute parmi les plus drôles.

Depuis l’Albanie, les Italiens veulent envahir la Grèce. L’ordre d’invasion est lancée, mais à peine les soldats partis les voici qui reviennent à leur point de départ encore plus rapidement.

Le général demande alors les raisons.

– Qu’avez-vous vu une division grecque ?

– Pire que cela.

– Cinq divisions grecques ?

– Pire que cela.

– Toute l’armée grecque ?

– Pire que cela.

– Mais alors quoi ?

– Un pancarte : attention chien méchant !

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Dans cette histoire, la guerre ne se termine pas en 1945, mais continue dans une autre optique, celles des forces de l’Axe qui n’ont pas subi de défaite et qui continue de se battre. Imagines quelques années plus tard, les informations à la radio.

– La Wehrmacht vient d’entrer dans Vladivostock, communique le quartier général allemand. De son côté, le gouvernement nippon nous informe que l’Armée du Mikado est en train d’envahir New York. Selon des sources bien informées, Mussolini prévoit d’envoyer des avions de reconnaissance sur Malte.

A propos d’aviation un général allemand et italien discutent. L’italien demande :

Quel est l’effectif dans une mission de parachutage ?

– Vingt trois. Le pilote, le navigateur, le radio et les vingt parachutistes. Et vous ?

– Vingt-trois aussi : le pilote, le navigateur, le radio et un parachutiste.

– Un seul parachutiste, mais alors à quoi servent les dix-neuf autres ?

– A pousser dehors le parachutiste !

Affiche propagande alliée

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Un inventeur présente à Mussolini sa dernière trouvaille.

– Voyez-vous, dit-il,  c’est un tank semblable aux autres. Sa particularité, c’est qu’il possède six vitesses pour faire marche arrière.

– Formidable, approuve Mussolini.

– Et puis il y a une marche avant.

– Une marche avant, mais cela ne sert à rien dans l’armée italienne !

– Eh bien, supposez qu’elle soit attaquée par derrière.

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Un italien demande une entrevue à Mussolini, ce qui lui est accordé.

– Duce, j’aimerais changer de nom, car chaque fois que je me nomme, tout le monde se moque de moi,

– Et comment vous appelez-vous.

– Benito Merda.

– En effet je comprends, et comment aimeriez-vous vous appeler ?

– Angelo Merda.

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En tournée d’inspection Hitler subjugue ses soldats car il marche sur un marécage sans s’enfoncer.

– Mein Fuher, s’exclame un capitaine, vous marchez sur un marais sans vous enfoncer, c’est un miracle !

– Mais non, je suis sur les épaules de Mussolini…

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Pendant l’occupation à Paris, un officier allemand s’étant égaré demande à un passant :

Pouvez-vous me dire où est la place de l’Etoile ?

– A gauche sur la poitrine, répond le passant.

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De Gaulle avait un sens du bon mot et de la formule, c’est indéniable. A la libération, il ne manqua pas de perpétuer son art.

Les F.F.I. (Forces françaises de l’intérieur) furent avant la libération, une armée constituée, entre autres, des principaux mouvements de résistance durant l’occupation. Pas vraiment organisée comme une véritable armée, elle n’en fut pas moins d’une certaine efficacité pour la préparation du débarquement, par exemple. En son sein, il y eut aussi quelques électrons libres, même des collabos, qui se bombardaient aux plus hautes fonctions avec des grades qui relevaient plus de la simple usurpation que de l’école militaire. Ainsi, le sinistre docteur Petiot fut dans cette armée le Capitaine Valery, lui qui connut plus les prisons militaires que Saint-Cyr. De Gaulle en tournée s’arrête au milieu d’une équipe locale de ces troupes et constate que ce sont tous des officiers de rang élevé, sauf un qui est simple lieutenant. Il va vers lui et lui demande avec bonhomie :

– Alors mon ami, on ne sait pas coudre ?

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Notre général défile dans une ville libérée. Partout ce sont de « Vive De Gaulle ! » à n’en plus finir. Soudain, il entend très nettement un « Vive Pétain ! ». Il se tourne vers son accompagnateur et lui dit :

– Encore un qui ne lit pas les journaux.

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Entre le général et Churchill ce ne fut pas toujours l’amour fou. Ce dernier déclara après la guerre :

– De toutes les croix que j’ai portées, la croix de Lorraine fut la plus lourde à porter.

En Suisse on a d’autres préoccupations

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Cette histoire fut, parait-il, racontée par Churchill. Un matin De Gaulle et son aide de camp vont nager dans la mer et s’éloignent des côtes. Quand il sont à un bon mile au large, De Gaulle demande :

– Nous sommes seuls ?

– Oui nous sommes seuls mon général.

– Eh bien je vais essayer de marcher sur l’eau !

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Lors de la libération de Paris, un libérateur obtient une permission de deux heures pour aller voir sa femme. 1 heure et 59 minutes plus tard, le voici de retour avec son uniforme complètement trempé.

– Alors tu as vu ta femme, pourquoi tu as ton uniforme mouillé ?

– Quand je suis arrivé à la maison, elle était dans son bain !

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L’armée US était plutôt du genre bien organisé, tout était prévu, sauf le petit grain de sable qui peut enrayer toute la machine. Un général peste dans son bureau :

– Il n’y a plus de formulaire pour commander des formulaires !

Bas nylons et un moulin dans la tête

Nous allons explorer une chanson qui a ses origines en France, d’un compositeur français, qui est en fin de compte plus connue dans les pays anglophones, mais dont les origines sont allemandes  via un certain Mozart. et dont la première version moderne est enregistrée par un champion de ski qui participa aux Jeux Olympiques, et qui devient populaire à travers la bande originale d’un film. Tout un programme !

Le compositeur en est Michel Legrand, qui vient de décéder récemment, et la chanson « Les Moulins De Mon Coeur ». C’est un des compositeurs que j’aime bien, qui avait attiré mon attention il y a très longtemps avec une chansons où il revisitait très gentiment le phénomène des yéyés et qui s’appelait « 1964 ». Sans le suivre avec fidélité, c’est un des artistes qui figure dans ma discothèque avec quelques albums. Mais la chanson dont je parle dans cet article est la première qui me vient à l’idée. Pour être honnête, ce n’est pas par le film que j’ai découvert la chanson, mais par la version pop du groupe Vanilla Fudge.

Après le succès des « Parapluies De Cherbourg », Michel Legrand tente une carrière à Hollywood. Il n’est pas tout à fait un inconnu là-bas, mais il n’est pas non plus accueilli avec le tapis rouge. Il est apprécié de Quincy Jones et Henry Macini, ce qui l’aidera quelque peu. Les choses vont bouger quand le réalisateur Norman Jewison qui vient de tourner « L’Affaire Thomas Crown » avec Steve Mc Queen et Faye Dunaway, le sollicite. Jewison ne sait pas comment monter son film, il n’a pas encore de fond musical. Il fait appel à Legrand qui lui propose de composer 90 minutes de musique qu’il pourra servir pour le montage de son film. C’est une nouveauté, car à Hollywood on travaille à l’envers, la musique vient se coller après le montage du film. Le thème principal du film que Legrand a travaillé sur une pièce de Mozart,  est confié à Noel Harrison (1934-2013), un Anglais entre deux continents. Ce n’est pas tout à fait un inconnu. C’est un fils à papa, il est le fils du célèbre Rex Harrison. Mais il se débrouille plutôt bien tout seul, car il se fait connaître d’abord comme champion de ski. Par la suite, il vient au cinéma et à la chanson, domaines dans lequel il ne réussit pas trop mal. Il est l’agent Slate dans la série « Annie Agent Très Spécial ». Doté d’une très jolie voix, il a un premier petit succès en 1966 avec une adaptation d’un titre que Charles Aznavour a écrit pour Edith Piaf, « Une Enfant » en 1951. Mais le vrai succès viendra avec la fameuse chanson du film. En effet, elle obtiendra quelques récompenses dont l’oscar de la meilleure chanson originale en 1969. Elle n’est pas no 1 au hit-parade, mais elle deviendra très rapidement un standard incontournable, les reprises sont nombreuses. Michel Legrand en fera lui-même peu après, une version française avec un très joli texte, digne des beaux textes de la chanson française.

L’air de Mozart qui a inspiré Michel Legrand.

La version de Noel Harrison en playback, 1968.

La version française originale studio de Michel Legrand, 1968.

Le version pop de Vanilla Fudge, 1969.

Le version de Dusty Springfield, 1969.

Jose Feliciano,  un excellent « faiseur » de reprises, en live 1969.

Evidemment transposée en jazz par le compositeur avec Claude Bolling, 1984.

Une version par Sting, 1999.

Patricia Kaas, en français, 2002.

Version symphonique japonaise

Une version en arabe récente.

A propos de moulins, un vieux dessin animé de Walt Disney datant de 1937, une perle à redécouvrir.

 

Bas nylons et un petit de la capitale

Pendant presque 70 ans Le Petit Parisien fut un des principaux quotidiens de la Troisième République, fondé en 1876. Il a tiré jusqu’à trois millions d’exemplaires. Comme beaucoup de journaux qui ont une longue existence, il se situera dans diverses tendances politiques. Plutôt de gauche à ses débuts, il se décale vers la droite après la première guerre mondiale. Après l’invasion de 1940, il devient un journal collaborationniste et le restera jusqu’à la fin, son dernier numéro paraissait le 17 août 1944. Son dernier directeur, Jean Dupuy, également ministre et homme politique, fit partie de ceux qui furent jugés pour collaborationnisme. Il fut néanmoins acquitté. Il tenta sans réussite de relancer le journal.

Dans la plupart des derniers numéros d’août 1944, on peut trouver un dessin humoristique et politique, bien évidemment se moquant des libérateurs, comme si l’Allemagne avait encore un espoir de gagner la guerre, alors que l’armée d’invasion était aux portes de Paris. Voici ces dessins, qu’il faut bien remettre dans leur contexte, celui d’un journal de propagande et collaborationniste. Toutefois certains, en y regardant bien, expriment quand même quelques doutes sur la « victoire finale » si chère à Hitler. Mais s’il y a bien quelque chose qui n’a pas de frontières, c’est l’humour.

Source Gallica, BNF, DP

Bas nylon et une chanson qui valait plus que Dale

 

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Il est indéniable que la part du folklore ou des chansons traditionnelles dont l’origine se perd dans la nuit des temps, est loin d’être absente dans la musique moderne. Des chansons connues comme « J’Entends Siffler Le Train » ou « Le Pénitencier » viennent de là. Reste à trouver le petit truc et le succès qui les fera passer à la postérité de manière définitive. Un habile arrangement ou un peu de réécriture amènent quelquefois le déclic espéré. Nous allons revisiter un instrumental rendu célèbre par Dick Dale « Misirlou ». Les origines de la chanson viennent de bien loin, de bien plus loin que la Californie où elle a vu le jour dans sa version moderne.

Bien qu’incertaine géographiquement, l’origine exacte de la chanson se situe dans un des pays de la Méditerranée du sud-est. La Grèce, la Turquie, l’Egypte sont les plus évoqués. Un style musical est loin de s’arrêter à la frontière d’un pays. Même entre la Grèce et l’Egypte, on peut retrouver des similitudes sur les mélodies et la manière de chanter, d’autant plus que l’Empire Ottoman a modelé la culture du coin pendant longtemps. Dans les versions traditionnelles de « Misirlou » on sent l’inspiration arabe, mais on est pas trop étonné de l’entendre chanter en grec, car c’est avant tout une chanson. Encore aujourd’hui, le débat sur les origines n’est pas clos, chacun voyant un peu midi devant sa porte. Même le titre est un peu différent selon la langue dans laquelle elle est interprétée, le titre sous lequel on la connaît maintenant « Misirlou » ou « Miserlou »semble être le grec, mais elle parle d’une femme qui est probablement égyptienne. Voilà pour les origines.

Dick Dale est bien entendu connu de tous les amateurs de guitare surf, dont il est incontestablement le pionnier. Il est avec Link Wray l’un de ceux qui inventèrent quelque chose de nouveau au niveau de la technique de la guitare vers la fin des années 1950. Ce n’est pas tout à fait par hasard s’il connaît la chanson, car il a des origines libanaises et dans sa famille de musiciens, il arrive qu’elle soit jouée. Une des particularités de la mélodie est qu’elle peut être, selon les instruments, jouée sur la même corde. Dick Dale à lui-même la particularité d’être gaucher et de jouer avec les cordes inversées, c’est à dire les cordes aiguës en haut. Après avoir signé un contrat avec Deltone, puis Capitol, et après avoir publié des disque vocaux à partir de 1958, il peaufine ce qui deviendra son style propre et « Misirlou » fera tout naturellement partie des titres qu’il met à son répertoire. Sorti en 1962, le disque n’obtient aucun classement dans un quelconque hit-parade, mais malgré tout il fait grosse impression et les reprises s’enchaînent les unes dernière les autres. L’inclusion du titre, entre autres, dans le film « Pulp Fiction » relança passablement l’intérêt pour Dick Dale, même s’il est un de ces rares musiciens qui n’a pas vraiment besoin de succès commerciaux pour exister, il est une vrai légende et on ne peut pas interpréter sa musique sans le connaître.  A plus de 80 ans, il se produit encore sur scène maniant sa guitare avec une dextérité folle, tout juste s’il ne fait pas des sauts périlleux en jouant de la guitare.

Le EP français de 1963

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La première version enregistrée connue, Grèce 1927.

Le version « originale » studio de Dicd Dale, 1962.

Dick Dale avec son groupe les Del-Tones en live, 1963.

Une assez belle reprise par les Astronauts, un groupe du Colorado, 1963.

Une version vocale par Chubby Checker, 1962.

La version des Beach Boys, 1963.

La version des Chaussettes Noires, assez loin du surf, mais plutôt original, 1964.

Dans le film Taxi, joué par Patrick Abrial, 1998.

Un de ces massacres modernes samplé par les Black Eyed Peas, qui a sans doute rapporté pas mal de fric à Dick Dale, car c’est sur sa version, 2006.

Même les Brésiliens aiment ça, très belle version, 2012.

Une version tzigane jazzy, 2013

Le Maître en 2018

Pour le plaisir regardez le bonhomme dans 2 morceaux plus véloces, c’est son fils à la batterie, 2016.

Bas nylons et l’art de faire des affaires

Très souvent dans les périodes de crises économiques, même si elles sont espacées de dizaines d’années, on retrouve un peu les mêmes personnages. La politique est souvent mise en avant, s’il y a crise c’est que les politiques sont incapables de gérer un pays. Le simple citoyen qui pense et dit cela a sans doute raison, car ce sont les politiciens qui ont dit en premier qu’ils étaient capables de gérer le pays et de relever le niveau économique, accentué surtout parce qu’ils ont fait croire que c’était possible. Plus particulièrement durant ces époques on peut noter l’apparition de personnages troubles, qui sont plus ou moins liés avec le monde politique. Ces derniers temps, on a pas mal entendu parler d’un personnage qui porte le prénom d’Alexandre et dont on ne parvient pas très bien à saisir le rôle qu’il joue. Mais dans les années 1930, il y a eu un autre personnage affublé du même prénom, un certain Stavisky (1886-1934).

Après la crash de 1929, le moins que le puisse dire c’est que la situation économique n’était pas des plus florissante. On entre aussi dans une période où la politique est instable. Le président Paul Doumer est assassiné en 1932. La corruption n’est pas absente dans les milieux parlementaires, chacun des moins regardants mangent à la gamelle républicaine une soupe plus ou moins épicée. Certains se sentent pousser des ailes et croient qu’ils pourront agir à leur guise, bref se remplir les poches en toute impunité. C’est dans ce monde interlope que navigue Stavisky. C’est un escroc notoire, il a déjà trempé dans plusieurs affaires (mal)propres à ce genre de profession un peu particulière. Il a commencé par voler son propre père, un dentiste, qui se suicide incapable d’assumer financièrement toutes les frasque de son fils. Il est beau parleur, séduisant, on le surnomme « le beau Sacha ». En 1926, il est arrêté et condamné à dix-huit mois de prison, mais vite libéré pour raisons de santé. Un procès qui devait avoir lieu ne sera jamais mis en marche. C’est qu’il fréquente du beau monde dans les beaux salons, il soutient financièrement certains journaux politiques, ce qui semble le faire bénéficier de protections politiciennes. La marmite continue de bouillir pendant plusieurs années, il semble vouloir se faire une respectabilité, mais d’un autre côté l’escroc sommeille toujours en lui. Fort de ses appuis, il s’imagine une certaine invincibilité, il doit aussi savoir pas mal de choses sur Pierre et Paul. Mais la roue tourne. Des malversations sont découvertes à la fin de l’année 1933. A ce stade on ne sait pas très bien s’il s’agit d’un complot mené par ses adversaires, il doit bien en avoir quelques uns, ou d’une affaire de criminelle de plus. Stavisky est alors recherché. Il prend la fuite et la police le traque jusque à son chalet loué situé près de Chamonix, dit « le Vieux logis ». Lorsque les policiers entrent dans la résidence, le 8 janvier 1934, des coups de feu retentissent. Stavisky est trouvé mort, atteint de deux balles dans la tête. Il se serait suicidé, bien que cette hypothèse soit généralement rejetée du fait qu’il est presque impossible de se suicider en se tirant deux balles dans la tête. C’est un des bruits qui circulent, le Canard Enchaîne, déjà lui, mène son enquête et titre :  Stavisky se suicide d’un coup de revolver qui lui a été tiré à bout portant! Ce qui est certain, c’est que sa mort arrange pas mal de monde qui n’a pas la conscience tranquille. Cet événement sera extrêmement médiatisée Les milieux de droite exploiteront l’affaire afin de critiquer le gouvernement de Camille Chautemps, ce qui donnera lieu à une crise politique majeure. Cette crise, désormais connue sous le nom d’affaire Stavisky, fera tomber le gouvernement et déclenchera des émeutes violentes qui feront des morts. Un autre personnage apparaît en toile de fond dans l’affaire, le tristement célèbre Pierre Bonny. Policier très douteux, il terminera sa carrière en 1944, fusillé pour faits de collaboration, il fut l’un dirigeants de la Gestapo avec Henri Laffont (voir mon article ici). Ses relations avec Stavisky sont insaisissables, il n’a peut-être été qu’un flic sur ses traces, un antisémite avant l’heure puisque Stavisky est issu d’une famille juive. Selon certains, il aurait été complice dans certaines de ses affaires. Mais il est possible qu’il fut un peu des deux, un revirement opportuniste quand cela devint un peu trop chaud.
Le journal Détective qui en est encore à ses temps héroïques et qui est plutôt un journal ancré à gauche dans ces années-là, fera un numéro spécial sur cette affaire, c’est une affaire que l’on peut considérer comme criminelle, la spécialité du journal. Nous allons parcourir les premières pages de ce spécial, pages qui donnent un éclairage sur la vision qu’on avait de lui avant qu’éclate l’affaire, un préambule.

Un ciné-journal d’époque, 1936

 

Source BNF, DP

Bas nylons et une chanson qui explose

Les musiciens blancs ont souvent puisé sans vergogne dans le répertoire noir. Dans le plus honnête des cas, les droits d’auteur furent furent versés à qui de droit, mais ce n’était pas toujours la règle. Par contre dans quelques cas, les Noirs peuvent remercier les Blancs, car grâce à une reprise bien ciblée, certains interprètes noirs naviguant dans une certaine obscurité se firent élever au rang de stars et gagnèrent des fortunes considérables. L’Europe, et spécialement l’Angleterre, furent vraiment les détonateurs de cette mise en lumière. A la fin des années 1950, grâce à des musiciens comme Alexis Korner, Cyril Davies, la musique noire, plus spécialement le blues, se fait petit à petit apprécier dans les clubs anglais. Deux producteurs allemands, Horst Lippmann et Fritz Rau, décident de faire venir en Europe une sélection d’artistes américains du cru, dont certains sont déjà assez connus, mais très souvent encore cantonnés dans le ghetto noir. Ce sera l’American Folk Blues Festival qui tournera dans plusieurs pays dont la première édition aura lieu en 1962 et suivra régulièrement pendant un dizaine d’années. La télévision allemande aura le bon goût d’enregistrer une bonne partie de ces concerts, des documents inestimables aujourd’hui. A la grande surprises des artistes, ils sont considérés comme des vedettes, il n’y a aucune trace de racisme, et cerise sur le gâteau, ils sont admirés. Des musiciens blancs considèrent également que c’est un honneur de jouer avec eux, les Animals et les Yardbirds furent les premiers et s’y colleront avec Sonny Boy Williamson, deuxième du nom. La machine est lancée et ne s’arrêtera plus.

Quand John lee Hooker enregistra « Boom Boom » en 1961, il aurait pu penser que ce serait un disque de plus dans sa discographie déjà pas mal étoffée. Le titre de la chanson en lui-même n’est pas très original, ce mot avait déjà été employé dans d’autres titres. Comme en français, ce mot est la transcription grammaticale du bruit d’une explosion, d’un coup de feu, d’un battement de coeur. C’est dans le sens du coup de feu qu’il est employé dans la chanson de Hooker, qui promet à sa belle les pires maux si elle ne le suit pas à la maison, tellement il en est épris. Le disque se fit remarquer mais sans plus, au moment de sa sortie. Il fallut comme pour « House Of The Rising Sun » (Le pénitencier), que les Animals gravent leur version en 64, dans une version assez trépidante, pour qu’elle s’envole. Très populaires, tournant sans cesse, le chanson de Hooker fait partie aussi des répertoires des concerts. Comme c’est une chanson quand même assez facile à retenir, elle gagna vite une grande popularité, renforcée par sa présence dans la discographie du groupe. Les Yardbirds l’avaient déjà reprise comme une démo qui sortira plus tard. Elle devint vite un standard pour tous les groupes ou chanteurs qui s’engouffrèrent dans la voie du blues revisité, ouverte justement par les Anglais. C’est une chanson très indiquée pour chauffer une salle, mais elle laisse la place à une grande improvisation. Elle n’échappa pas aux groupe français, les Missiles, qui en fit une version dans la langue de Molière, justement nommée « Boum Boum ». En 1970, elle connut un regain de popularité via le version de C.C.S. qui eut un hit avec une version instrumentale de « Whole Lotta Love » de Led Zeppelin, en figurant sur la face B. Pour ceux qui ne le savent pas, ce groupe était une réunion de musiciens top niveau, menés justement par Alexis Korner. Ce fut une des rares occasions qu’il eut de figurer dans un hit parade. Le version proposée était par ailleurs très originale, quand on la compare aux autres. Le créateur ne se priva de l’enregistrer ou l’interpréter avec divers musiciens de renom, pour eux c’était facile, tout le monde la connaissait. Elle figure également dans le film des Blues Brothers et dans la bande du film de Dennis Hooper « The Hot Spot » un thriller brûlant et érotique avec Don Johnson. Vers la fin de sa vie, Hooker ouvrit un club à San Francisco, le Boom Boom Room.
Si les droits d’auteur ont été justement reversés, ce qui n’est pas évident quand on est un artiste noir et en plus un bluesman, John Lee Hooker doit avoir gagné une sacrée fortune rien qu’avec ce titre.

Le premier disque français de John Lee Hooker paraît en 1959 sur le label Top Rank, alors qu’il enregistre depuis dix ans. La suite des publication françaises est assez dispersée entre différents labels, il faut avoir à l’esprit que le blues en France n’intéresse qu’une minorité. Les bluesmen eux-mêmes changent très souvent de maisons de productions au gré des contrats qu’on leur offre et réenregistrent souvent de nouvelles versions d’anciens titres. Son fameux succès ne fut pas publié en France au moment de sa sortie.

La version originale, 1961.

En live probablement 1964, accompagné par une mouture de ce qui deviendra plus  les Groundhogs.

Le version des Animals, le détonateur 1964.

La version des Yardbirds, 1963, plus une démo qu’un véritable enregistrement, 1963.

Les Animals en live 1965, une version assez endiabléé ça commence vers 1’30.

Adaptation française par les Missiles, en playback live, ma foi une belle reprise. Les cameraman un peu nul, il filme le bassiste lors du solo de guitare…

La reprise de Mae West à 71 ans, 1966.

La reprise de Belfast Gysies (Them), 1967.

Belle et originale reprise par CCS avec Alexis Korner, 1970.

Hooker dans les Blues Brothers, 1980

Montage vidéo, Hooker avec ZZ Top

Une belle version par un mec avec qui j’ai passé quelques belles soirées, il y a une trentaine d’années. Décédé en 2010.

Les Morlocks, garage punk, 2010