En passant

Bas nylons et toile industrielle

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Le monde industriel dès qu’il fut en mesure de produire de manière régulière, cela plus spécialement à partir de la seconde moitié du 19ème siècle, enclencha un phénomène jusqu’alors peu imaginé et peu pris en considération, la concurrence. Ce que l’on pouvait qualifier de marchandise avant cet avènement concernait surtout la nourriture, le vin, les épices, les étoffes, et autres objets d’un usage courant. Beaucoup de besoins étaient couverts par une organisation plus ou moins locale. Un roi faisait venir à lui ce qu’il jugeait indispensable à son train de vie en ayant très souvent son propre circuit de fournisseurs, qui lui étaient plus ou moins directement asservis. Il faisait acheminer son vin ou ses céréales, soit avec un prélèvement sous forme d’impôts, ou en payant au producteur dans le cas d’un arrangement particulier, ou d’un achat direct quand un vendeur pouvait proposer quelque chose d’intéressant. Le commerce était aussi très local, s’il fallait de quoi renforcer les sabots du cheval, le forgeron du village s’en chargeait. Les maisons étaient aussi souvent construites avec du matériel disponible localement, seuls les gens très fortunés pouvaient se permettre des fantaisies en faisant venir des matériaux plus nobles comme le marbre, qui pouvaient venir de très loin. Le principal handicap était les moyens de transports et seul le bateau pouvait offrir une solution relativement rapide et d’un gros tonnage. Cela impliquait qu’il fallait être au bord d’une voie navigable.

Le chemin de fer bouleversa complètement cette manière de faire du commerce. Selon les pays, on peut constater qu’après 1850, la toile du rail est bien tissée, ou en train de se tisser. Le train offre des possibilités énormes, en quantités de marchandise transportée, en rapidité par rapport au bateau, en facilité par rapport aux accidents de terrain, montagnes, crevasses, dénivelé. Les perspectives du développement industriel sont bien présentes, on peut se lancer dans la course en apportant ici ou là, des choses dont on ne connaissait l’existence qu’en rêve. Il faut bien imaginer que le besoin doit être créé, un habitant de Besançon n’a sans doute pas besoin de manger des huîtres pour survivre, mais si on lui en amène de manière à ce qu’elles bénéficient encore d’une certaine fraîcheur en arrivant sur place, il pourra sans doute y prendre goût et en redemander. Il est clair qu’en amont le producteur va s’activer pour acheminer ses bestioles dans les meilleurs conditions. Il fera sans doute appel à un fournisseur pour le conditionnement et à la limite à un fournisseur de glace pour qu’elles restent au frais le plus longtemps possible. Justement, la glace était déjà à cette époque, un commerce florissant, elle ne se fabriquait pas encore artificiellement, mais on prenait celle que l’hiver avait semé à la surface des pièces d’eau pour l’entreposer dans les glacières. De fil en aiguille, l’imagination va travailler, des objets de fabrication locale, comme une montre où une paire de jumelles pourront trouver preneur à des milliers de kilomètres de l’endroit où elle sont fabriquées. La Belgique si elle le désire, pourra acheter des canons allemands ou des fusils français, ou faire venir du sel de Guérande pour saler ses frites. Le révolution industrielle est née…

A supposer que vous ayez inventé le fil à couper le beurre en pleine révolution industrielle, rien n’empêche votre espion de voisin d’en faire autant en piquant votre idée et se faire du fric. Il apparut bien vite qu’il fallait établir un droit de propriété intellectuelle ou une marque déposée, pour profiter pleinement de votre invention. Et encore de manière plus forte, que ce droit soit protégé internationalement. Premier arrivé, premier servi. La marque déposée correspond a une appellation désignée par un nom qui recouvre un ensemble de choses. Exemples pour les bagnoles, Renault est une marque déposée. Vous pouvez fabriquer des bagnoles, mais vous ne pouvez pas lui apposer la marque Renault qui reste l’exclusivité de l’ayant droit. Vous avez aussi la possibilité de fabriquer une boisson au cola et l’appeler Truc-Cola, mais pas Coca-Cola. Vous pouvez aussi imiter le goût de cette boisson si vous en trouvez la formule exacte. La marque est seule protégée et non ses composants, car il n’a jamais été déposé de brevet pour sa fabrication, auquel cas il aurait fallu révéler la composition exacte de la boisson qui serait tombée dans le domaine public en principe après vingt ans. Plus de 130 ans après la formule est toujours secrète et personne ne semble l’avoir trouvée. L’industrie pharmaceutique a l’habitude de déposer des brevets pour chaque nouveau médicament, mais une fois le délai de protection échu, il est souvent repris par d’autres et devient un générique, en principe meilleur marché que l’original mais tout aussi semblable dans sa composition.

Pour enregistrer ces droits de propriété, il a fallu créer un organisme pour enregistrer les demandes et faire valoir les droits le cas échéant. Ce fut la Suisse qui géra et gère encore cet organisme étsbli depuis 1893. De Berne sous le nom de Bureau international de la propriété industrielle, il déménagea à Genève et prit le nom de Bureau international de la propriété intellectuelle. Bien évidemment, il est édité périodiquement un journal qui recouvre les nouveautés et les changements propres à cette organisation. Nous allons parcourir quelques annonces parmi celles parues en 1910, dans la rubrique des Marques Internationales. Vous y retrouverez sans doutes quelques noms qui ne vous sont pas tout à fait étrangers et vous verrez aussi un peu comment le commerce se développait à travers diverses visions du monde économique. Nous commencerons par un tableau qui donne une idée des marques déposées par pays, certains sont bien plus actifs que d’autres, c’est évident.

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Source Gallica, BNP, DP

En passant

Bas nylons et chanson d’amour pour qui en veut

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Nous l’avons vu dans d’autres posts, nombre de ces vénérables bluesmen ont attiré la curiosité des musiciens blancs, fins prêts à puiser dans leur répertoire. Pour certains le discographie est tellement pléthorique que seule une poignée de chansons seront plus ou moins immortalisées. Par exemple, c’est le cas de John Lee Hooker dont une dizaine de chansons sont plus ou moins célèbres, ceci parmi des centaines d’enregistrements. Prenons un cas contraire, celui de Slim Harpo (1924-1970), dont la discographie se résume à peu près au contenu de trois albums pour les créations originales, mais en pourcentage, le nombre de ses titres qui firent les beaux jours des musiciens blancs est beaucoup plus élevé, en parallèle d’une source d’inspiration assez présente. Les Moody Blues tirèrent leur nom du titre d’une de ses chansons, tandis que d’autres s’inspirèrent de sa musique pour la détourner comme les Who où les Yardbirds qui transformèrent « Scratch My Back » en « Rack My Mind ». Une des bonnes raisons de l’intérêt des Blancs pour sa musique se trouve dans le fait que son blues électrique est assez facilement transposable dans leur style d’interprétation. Ils ne nécessitaient pas, comme dans certains cas de blues acoustique, de presque réécrire le morceau. Les Rolling Stones en reprenant « I’m A King Bee » dans leurs premiers enregistrements, ont sans doute été attirés par ce son un peu brouillon si cher à leur image de marque des débuts. Mais d’autres ne s’en priveront pas, les Yardbirds, Them, Pretty Things, trois parmi tant d’autres, vont y faire leur marché. La reprise des Rolling Stones correspond à la face A de son premier 45 tours, mais l’autre face va aussi connaître une belle carrière, il s’agit de « Got Love If You Want It », titre qui sera également détourné au profit des Rolling Stones pour l’appellation de leur premier album live « Got Live If You Want It ».

Version originale 1957.

La première reprise par un Blanc est le fait de Warren Smith, un chanteur de rock and roll de l’écurie Sun, assez connu pour « Ubangi Stomp », 1958.

Les Yardbirds avec Eric Clapton sur l’album « Five Live » en 1964. On y trouve toute la maestria du groupe, annonciatrice des beaux jours futurs.

Les Kinks, version studio, 1964. Cette reprise fit beaucoup pour mettre ce titre en évidence, plus que celle des Yardbirds, alors moins connus que les Kinks.

Version live à l’Olympia en 1965, si vous regardez bien vous y verrez un certain Ronnie Bird parmi les spectateurs (Il n’a pas l’air très enthousiasmé par le concert). Et peut-être vous ?

Sous le nom de High Numbers et sous le titre de « I’m The Face » les Who enregistrent en 1964 cette transposition du titre de Harpo. Complètement obscur, ce 45 tours est l’une des plus grosses raretés des Who.

The Boots, Allemagne,  Très adulés dans leur pays, ils faisaient plutôt de très bonnes reprises.1965.

Johnny Winter sur son album Liberty, 1969.

John Hammond, 1971.

Tav Falco Panther Burns.

Thee Headcoats Sect, Billy Chiddish & Downliners Sect, 1999.

Steve Miller & George Thorogood, 2005.

Steve Gibbons de ZZ Top, 2018.

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Bas nylons et blues magnifié

Elles vient de là, elle vient du blues, cette citation extraite d’un disque de Johnny Hallyday est assez représentative de la musique du 20ème siècle. Il est certain que la musique pop à partir du milieu des années 1960 s’inspira largement du répertoire noir. Nombreux furent ceux qui mirent dans leur discographie des titres enregistrés parfois des dizaines d’années avant par un de ces plus ou moins obscurs bluesmen. Si les Noirs gagnèrent un peu d’agent, des fois pas du tout, grâce à cette mise en lumière il y gagnèrent la notoriété et de manière encore plus intéressante, la sortie du ghetto. Dans ce post nous allons comparer quelques un de ces titres entre la version originale et la reprise la plus célèbre, soit celle qui a mis le titre en valeur et incita d’autres artistes à le faire figurer dans leur répertoire, pour parfois en faire une version qui deviendra elle-même une référence. Nous retrouverons certains noms plusieurs fois d’un côté comme de l’autre. Il m’était impossible de citer tous les bluesmen qui bénéficièrent de cette manne. Pour une bonne part, ces disques dans leur version moderne fut pour moi une initiation, parfois sous le sourire ironique de mes copains d’école, vers des musiques plus consistantes et ont titillé ma curiosité pour découvrir ces artistes noirs qui figurent en bonne place dans ma discothèque personnelle avec toute leur magnificence.

Skip James – I’m So Glad (1931) / Cream 1966

Howlin’ Wolf – Spoonful (1960) / Cream (1966)

Robert Johnson – Crossroads (1937) – Cream (1968)

Sonny Boy Williamson I – Good Morning Little Schoolgirl (1937) – Ten Years After (1969)

Slim Harpo – I’m A King Bee (1957) / Rolling Stones (1964)

Billy Boy Arnold – I Wish Yiu Would (1955) / Yardbirds (1964)

Howlin’ Wolf – Smokestack Lightnin’ (1959) – Yardbirds (1964)

Sonny Boy Williamson II – Bye Bey Bird (1963) – Moody Blues (1965)

Big Joe Williams – Baby Please Don’t Go (1935) / Them (1965)

Howlin’ Wolf – I Ain’t Supertitious (1961) / Savoy Brown (1967)

Muddy Waters – You Need Love (1963) / Small Faces (1965) inspira Led zeppelin pour Whole Lotta Love

Otis Rush – So Many Roads (1960) / John Mayall & Bluesbrakers (1966)

Ike & Tina Turner – Gonna Find Me A Substitue (1963) / Pretty Things (1966)

Bo Diidley – Roadrunner (1959) / Anumals (1965)

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Bas nylons et divers 1905

Les faits divers, que voila un excellent moyen de se faire une idée sur la température d’une époque et de ses moeurs. Ils constituent encore aujourd’hui un forme de remplissage pour les journaux en mal d’informations sérieuses. C’est un peu une loterie de l’information, on imagine bien que si la troisième guerre mondiale était déclarée, bien des infos qui pourraient faire la une en temps normal, se trouveraient vite reléguées aux oubliettes. Une chose à laquelle ne pensèrent probablement pas les criminels et les petits délinquants, c’est que l’oubli n’est plus forcément garanti à chacun après quelques années comme c’était le cas avant. Autrefois seuls les anciens du village se rappelaient tes frasques de Pierre ou Paul, tandis que les intéressés faisaient semblant de rien en imaginant, pas toujours à tort, que l’interlocuteur n’était en rien au courant de son passé un peu douteux.  Maintenant c’est fini, la Toile, conserve à la vue de chacun des tonnes d’informations qui parurent dans les journaux des temps passés et qui ont la fâcheuse manie d’être disponibles pour les curieux curieux du temps présent. J’ai exploré un journal hebdomadaire Les Faits-Divers Illustrés datant de la fin de l’année 1905. Comme son nom l’indique, c’est une compilation d’histoires qui se veulent véridiques et qui sont censées intéresser le lecteur. Elles sont le plus souvent tristes ou tragiques, mais certaines ne manquent pas d’un humour un peu tragi-comique. L’affaire criminelle qui fait la une du numéro est l’histoire de l’assassinat d’un dame par des personnages peu recommandables. Bien sûr à la parution du journal, comme on dit, les bandits courent toujours. Et pour vous monter qu’avec la Toile on peut se transformer en détectives, j’ai couru après les bandits et j’ai fini par les rattraper, du moins virtuellement en cherchant l’information. Le reste de l’articles est constitué d’extraits du numéro qui donnent le ton du journal et aussi un aperçu assez parlant de cette fin d’année 1905.

Je ne pouvais rester sur la conclusion de la fin de l’article. J’ai fait des recherches pour savoir ce qu’il s’était passé par la suite, à savoir si les meurtriers furent attrapés. Voici un article tiré du Rappel, daté du 1er février 1906, avec dans un autre jourmal une photo de la maison en cause. Cette maison n’existe plus, les rives de la Seine ont été complètement aménagées. Lors des enquêtes, il s’avéra que Ourry et Grandin faisaient partie d’une bande de malfaiteurs internationaux dont ils étaient les chefs. Pour le crime, ils furent condamnés à 20 ans. Ils finirent probablement à Cayenne avec le cumul des autres affaires.

Sélection d’autres articles du numéro.

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Bas nylons et vovf

Pour une fois faisons une comparaison entre les versions originales et les versions françaises. J’ai fait exprès d’en sélectionner parmi celles qui me paraissent être réussies, même parfois supplanter l’original. J’ai écarté le trio Hallyday, Mitchell, Rivers par trop connus. J’ai préféré aligner plutôt des seconds couteaux ou d’obscures versions originales.

The Mojority Tears Won’t Help / Catherine Ribeiro – La Voix Du Vent. Les débuts de Ribeiro chez Barclay, une adaptation assez réussie

The Nashville Teens – Find My Way Back Home / Ronnie Bird- Fais Attention. Ronnie Bird fut plutôt un excellent adaptateur. Ici, il concurrence l’original.

The Clique – She Ain’t No Good / Les Lionceaux – Tu Fais Fausse Route. Dans une ambiance de faux live, une plutôt bonne reprise.

Garnet Mimms – As Long As I Have You / Larry Greco – Si Je meurs Demain. Une reprise canon, très différente de l’original. Un chanteur que l’on a toujours sous-estimé et un beau travail d’Eddie Vartan comme orchestrateur.

The Brigands – Would I Still Be Her Bigman / Noël Deschamps – Ah Si J’avais Pensé. Noel Deschamps, encore et toujours un de mes préférés, il a fait du bon travail avec l’excellent chef d’orchestre Gérard Hugé.

Del Shannon – Keep Searchin’ / Richard Anthony – Il Te Faudra Chercher. Richard Anthony s’est souvent contenté d’assurer. Mais l’orchestration de cette cover tient la route.

Big Maybelle – Whole Lotta Shakin’ Goin On / Dany Logan & Pirates. A mon avis, les Pirates était un des rares groupes de l’époque capable de faire des reprises très originales et pleines de punch, belle démonstration ici. Et puis c’est aussi un clin d’oeil à tous ceux qui croient que la version originale est de Jerry Lee Lewis.

Mickie Most – That’s All Right / Les Chats Sauvages avec Mike Shannon. Une adaptation ma foi fort plaisante.

The Zombies – I Remember  When I Loved her / Noël Deschamps – Souviens Toi Que Moi Je T’Aime. L’original ne manque pas de charme, mais la reprise est splendide

The Yardbirds – Shapes Of Things / François Fabrice – Ca Fait Au Moins Trois Mois. François Fabrice, par la suite l’animateur de la fameuse « Classe », s’essaye à adapter les Yardbirds. Pas besoin de photo, l’original est meilleur.

Neil MacArthur – She’s Not There / Pussy Cat – Te Voila. Neil MacArthur n’est autre que Colin Blunstone le chanteur des Zombies. En 1969 sous ce pseudonyme, il décide de reprendre le titre phare du groupe en version un peu psyché. Dans le même ordre d’idées, Gérad Hugé, qui orchestre les disque de sa future femme la chanteuse Pussy Cat, décide remettre sur le métier la version qu’il avait déjà orchestrée pour Noël Deschamps en 1964. C’est plutôt bien fait.

Marvin Gaye – Can I Get A Witness / Monty – Un Verre De Whisky. Monty avait quelques qualités d’interprète assez bien illustrés dans cette reprises pas des plus faciles.

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Bas nylons et ivresses

Le vin, quand il s’agit d’un grand cru ou d’un cépage renommé, n’a pas vraiment besoin de publicité. Les étiquettes qui présentent une bouteille d’un grand cru sont plutôt sobres, le nom suffit. Par contre, il est plus courant de voir une publicité qui vante les mérites d’un région viticole comme la Bourgogne ou le Bordelais. Charge à vous de trouver les bonnes bouteilles ou les bonnes caves dans la région qui vous intéresse, c’est d’ailleurs assez inégal en qualité. Je n’entrerai pas dans le détail de toutes les appellation contrôlées ou non, c’est un vaste domaine. De même les classements à l’intérieur d’un terroir peuvent varier d’un région à l’autre. Par exemple les vins sous appellation de Bordeaux, et uniquement ceux de la rive gauche, sont présentés selon un classement établi en 1855 dans lequel on trouve cinq catégories de crus allant de premier cru classé à cinquième cru classé. Cette liste fait encore référence aujourd’hui avec quelques petits changements intervenus au fil des ans. La Bourgogne fait plus simple, il y a les grands crus, la plus prestigieuse, et le premiers crus, tout de suite après. Il faut bien reconnaître qu’il y a un certain snobisme à consommer ces vins, mais le vin d’une bouteille à 500 euros n’est pas forcément dix fois meilleur que celui d’une bouteille à 50 euros. Pour ma part, il m’arrive de temps en temps de m’offrir une bonne bouteille, mais depuis longtemps j’ai passé au vin bio que je bois selon trois provenances, France, Italie, Espagne. Je me suis attelé à ces vins car dans des analyses de  consommateurs, ils les ont trouvés exempts de toutes traces de pesticides. Encore plus marrant, dans une des analyses. c’était le seul bio et le moins cher. Un autre qui coûtait presque trois fois plus cher, rattaché au nom d’une prestigieuse famille, ne contenait pas moins d’une douzaine de traces de pesticides. J’ai servi une de ces vins bio lors de mon repas d’adieu à mes collègues de travail quand j’ai pris ma retraire, plusieurs m’ont dit, sans que je leur demande, qu’il était vraiment bon. Alors…

Bien tout ceci pour introduire mon sujet et vous parler de vin dans un contexte particulier. Le simple citoyen qui ne roule pas sur l’or, mais qui aime bien boire un coup de temps en temps, peut se rincer la dalle avec un gros rouge de derrière les fagots, sans artifices. Mais le marchand de pinard vient à son secours en lui proposant des variantes. En général, ce sont des vins médiocres ou passables qui ont besoin d’un coup de main pour devenir parfois simplement buvables. Il existe un tas de recettes, chacun la sienne, pour lui donner une saveur particulière. La plus courante et qui ne demande pas de préparation spéciale est le kir fait de vin blanc et cassis, c’est un exemple de transformation qui peut rendre un vin détestable nettement plus buvable. Nombre d’autres produits proposés sont à base de vin, mais on y ajoute des plantes comme le quinquina, aux vertus médicales reconnues, tout en donnant l’impression au buveur que cela peut être bon pour sa santé. On dit aussi pour d’autres que c’est à base de vin sans spécifier ce qu’il contient en plus, tout en y ajoutant un nom ronflant. Le vin mousseux est aussi proposé, bien que là il s’agisse plus d’une méthode de vinification particulière qu’un ajout d’additif. C’est du champagne qui n’en a pas le nom, car c’est une appellation de terroir réservée.

Tous ces produits qui ne bénéficient pas d’une aura particulière et qui doivent se faire une renommée, ont très souvent fait appel à la publicité à travers des affiches destinées à attirer l’oeil du consommateur. Nous sommes évidemment à une époque où les arts visuels comme le cinéma sont peu présents ou n’existent pas du tout, l’affiche placardée sur les murs a toute son importance. Il faut vendre une part de rêve en couleurs et plus prosaïquement dans ce cas précis, une envie d’ivresse qui sera plus réelle qu’imaginaire. Quoiqu’il en soit, ces témoins du passé sont parfois d’un beauté réelle. J’en ai sélectionné une série qui peuvent couvrir une marque, une région, ou encore un endroit comme un débit d’alcool. C’est juste de la publicité, mais c’est aussi de l’art.

Source Gallica, BNP, DP

En passant

Bas nylons et un air d’été

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De manière générale la musique classique et l’opéra s’effacent devant l’apparition du jazz et de la musique moderne, tout en conservant un nombre important d’inconditionnels. De même, les nouveaux compositeurs se font plus rares, on remet constamment les anciens sur le devant de la scène, Beethoven, Verdi, Mozart sont toujours admirés. Si les compositeurs se font plus rares, cela ne veut pas dire qu’ils n’existent plus, mais peu arrivent à devenir célèbres. Les Russes Dimitri Chostakovitch et Igor Stravinsky sont un exemple parmi ceux qui arrivent à se faire un grand nom au 20ème siècle. Leur musique reste toutefois dans la lignée de leurs prédécesseurs. C’est vers l’Amérique qu’il faut se tourner pour trouver des compositeurs qui arrivent à mélanger la musique classique et les influences propres à la culture locale comme le jazz et le gospel. Le premier et les plus célèbre est George Gershwin (1898-1937). Parmi ses pièces maîtresses on peut trouver « Rhapsody In Blue », « An American In Paris » qui sont assez proches d’une continuité qui fit la renommée des prédécesseurs. Mais Gershwin s’intéresse aussi à la comédie musicale, il en compose plusieurs. Celle qui va passer le plus à la postérité est « Porgy And Bess », entre opéra assimilé à une comédie musicale, basé sur une pièce de théâtre créée en 1927. Elle a la particularité d’être interprétée par des comédiens noirs, avec en toile de fond la vie dans les ghettos de Charleston. Plusieurs extraits de cet opéra vont devenir célèbres séparément, mais celle qui va connaître un fantastique destin est « Summertime ».

La titre voit le jour en 1935, la musique est bien entendu de Gershwin, mais les paroles sont de Edwin et Dorothy Dubose Heyward, mise en chanson d’un extrait du roman et de la pièce de théâtre qu’ils écrivirent en 1925. Le thème de la chanson est une berceuse qu’une mère chante à son enfant. Les paroles narrent l’été et les choses simples de la vie, Elle a le pouvoir magnétique de faire  en sorte que l’on se sent bien en l’écoutant. Comme beaucoup de pièces musicales de Gershwin, et c’est là un de ses traits de génie, elles sont facilement transposables dans un style ou dans un autre. La chanson connaît un succès immédiat, le jazz s’en empare en cohabitant avec les versions plus traditionnelles. Il n’y a pas une année où de nouvelles interprétations ne voient le jour. L’apparition du rock and roll et de la pop musique ne freinent pas le phénomène, nombres d’artistes s’en emparent.  C’est une chanson phénomène, plus de 50000 versions différentes sont recensées, de quoi faire pâlir plus d’un compositeur. Je vais vous en présenter un panel, tout en faisant plutôt la part belle aux interprétations parues après l’avènement du rock and roll. J’ai volontairement fait l’impasse sur les versions françaises.

La version de la grande Billie Holiday, 1936.

La version enregistrée en 1938, par celle qui joua un rôle dans la première représentation.

Gene Vincent, le premier rocker à l’enrigistrer, 1958.

Nina Simone, comme toujours grandiose, 1959.

Les Platters, 1962.

Gerry & Pacemakers, la première version qui a figuré dans ma collection, 1963.

Les Zombies, 1964.

Les Righteous Brothers, 1965.

Vince Taylor, version rock, 1965.

Billy Stewart, une visite originale, 1966.

Les Walkers Brothers, et le regretté Scott Walker décédé récemment, 1966.

Janis Joplin & Big Brother & The Holding Company, l’une des plus fabuleuses, 1968

Love Sculpture, 1968

Ten Years After, live 1968.

Mike Brandt, 1976, dommage qu’il n’en aie pas fait d’autres comme celle-là.

Les Flying Pickets, 1982.

Al Jarreau, Alita Moses, Montreux 2015.