B.B. King hommage et encore

Mon premier album d’un bluesman fut justement un album de B.B. King « Live At The Regal », je m’en rappelle comme si c’était hier. A vrai dire le personnage ne m’a jamais trop intéressé, bien qu’extrêmement populaire. Pour moi c’est un peu une manière de dire qu’on aime le blues sans trop vouloir aller fouiller dans ses entrailles, comme si on résumait le jazz aux « oignons » de Sidney Bechet.

Je trouve son blues trop cuivré, trop souvent mêlé à des big bands qui peuvent ajouter des couleurs et étoffer la musique, mais le blues n’a jamais été cela pour moi. Il se contentait trop souvent d’utiliser sa guitare, sa fameuse Lucille, comme on se sert d’une cuillère pour touiller son café. Lors de l’annonce de son décès à la radio, un speaker souligna qu’il ne fut sans doute pas le plus grand guitariste de blues, mais certainement le plus connu et populaire, d’une longévité exceptionnelle. Je crois que cela résume bien le personnage auquel Eric Clapton semblait vouer un culte. Je considère que ce dernier n’a rien à lui envier, il est cent fois plus éclectique. Je remercie ce brave Clapton d’avoir attiré mon attention sur des bluesmen authentiques comme Blind Joe Reynolds ou Skip James, choses qui ne figuraient pas au répertoire de B.B. King.

Quoiqu’il en soit, King fut malgré tout un grand personnage que l’on ne pourra que regretter malgré un parcours certes reluisant, mais empreint de quelques virages pris un peu trop à la corde. C’était peut être le prix à payer pour être un star. RIP Mister King

Pas d’épines chez Cactus In Love

De la soupe qu’on nous sert sur médias bien en vue, je dirais qu’elle est souvent trop chaude, tiède, froide, glacée, surtout insipide, bref j’ai jamais trop envie d’y goûter. Pourtant aux détours des chemins de cette Toile qui mène partout et nulle part, il arrive qu’on mette un pied en forme de coeur dans un endroit inconnu, mais oh combien délicieux. Je trimbale quand même un sacré passé d’écoutes musicales, et que quelque chose arrive encore à m’étonner, ça m’étonne. Il y a bien longtemps, à l’instar de ceux qui allaient sur les chemins de Katmandou, en bon fainéant et l’esprit moins aventureux, j’allais sur les chemins du folk renaissance assis dans mon salon. Nos amis les Anglais, les Bretons et d’autres, teintaient ces musiques ancestrales d’un courant résolument moderne, parfois même enivré de psychédélique. J’ai toujours eu quelques références dans ce style, en particulier un groupe de virtuoses instrumentistes, Pentangle.

Quand j’ai découvert Cactus In Love via le titre « Le Monstre », je tout de suite pensé à un morceau de Pentangle, sans doute « Light Flight ». La basse de Thompson, la batterie de Cox, la guitare de Jansh ou celle de Renbourn, résonnent encore dans mes oreilles. La voix n’est pas celle de Jacqui McShee mais celle de Cécile Cognet, par ailleurs guitariste, textes et musiques, mais c’est tout aussi beau. Stéphane Beaucourt  contrebasse; Théophile Demarco batterie, percussions; Denis Bruneel violoncelle, sont les autres atouts maîtres de la formation.

Il est des voyages sur une mer de notes qui ne donnent pas envie de rejoindre le port. Assurément ce navire taillé dans un cactus donne envie d’aller au-delà de l’horizon.

Le chant d’une sirène? Ca y ressemble fortement!!!

Site

http://www.cactusinlove.fr/

Sur Deezer

http://www.deezer.com/search/cactus%20in%20love

Vers une autre chanson française -2-

Suite de la première partie avec trois dames pas très conventionnelles

Colette Magny

On ne peut ignorer la présence de Colette Magny (1926-1997) dans la chanson française. Voix grave sur des textes engagés, elle ne dédaigne pas chanter en anglais ou en espagnol ou reprendre des airs de jazz et de blues. Malgré une chanson à succès en 1963 « Melocoton », elle sera le plus souvent la chanteuse de quelques fidèles qui la suivent avec le plus grand plaisir tout au long de sa carrière. L’ensemble de sa discographie est à redécouvrir sans hésitation, autant musicalement que pour la force des messages qu’elle fait passer.

Catherine Ribeiro

Elle est à quelque part la fille spirituelle de la précédente. A l’époque où la première chante son « Melocoton », la seconde commence une carrière courte au cinéma sous la direction de Godard, « Les Carabiniers ». Deux ans plus tard, chez Barclay, elle connaît un premier succès en tant que chanteuse avec « La Voix Du Vent ». Il sera suivi de quelques disques moins visibles très recherchés par les collectionneurs. Les choses pourraient en rester là, si son partenaire du film de Godard, Patrice Moullet, n’était aussi un musicien original, inventeur d’instruments aussi nouveaux qu’originaux. A la fin des années 60, de leur complicité nait le groupe Alpes. Ribeiro en devient la chanteuse et parolière des musiques de Moullet. Elle se distingue très vite par son chant écorché et ses textes très souvent anarchistes, soulignés par des musiques que ne renie pas la musique progressive allemande qui connaît ses premières transes avec des groupes comme Amon Dull II. Cas presque unique dans la chanson française en dehors de quelques auto-productions, les paroles sont autant d’occasions d’expérimenter une musique pas toujours facile d’accès, mais d’une originalité certaine. Même si les médias boycottent, les albums du groupe connaissent un succès certain auprès de fans qui ont sans doute une envie de chansons moins traditionnelles. Mais Ribeiro est aussi une grande admiratrice de cette chanson des grands auteurs et interprètes. Elle se démarque peu à peu de la musique de Alpes qui a cessé d’exister en tant que groupe. La suite de sa carrière est surtout consacrée à remettre en mémoire les chansons qu’elle adore. Cela commence avec l’album « Le Blues De Piaf » en 1977. Elle y interprète avec sa fougue habituelle une sélection des titres de Piaf qui se prêtent à des arrangement plus modernes. Elle est toujours active aujourd’hui, le temps ne semble pas avoir éméché, ni sa foi, ni sa vivacité, malgré son lot de drames personnels. Elle interprète aussi bien son répertoire de Alpes que SA chanson française. Je lui voue une passion qui fêtera bientôt ses 50 ans. Autant d’années de bonheur musical.

Un des temps forts de la période Alpes

Peut-être la plus belle chanson de Léo Ferré « La Mémoire Et la Mer »

Mama Béa Tekielski

Une autre chanteuse qui fait de la chanson, mais de manière pas très conventionnelle. Je l’ai découverte vers 1977, visuellement magnifiée par une photo de pochette sur laquelle elle semble tenir un énorme pétard dans la main. Dans ses mains elle sait aussi tenir une guitare, une Fender, elle n’en joue pas toujours comme toute une chacune. Dans l’album en question « La Folle », il y a quelques délires musicaux pour le moins plaisants. Sa voix chevrotante convient à merveille à son répertoire blues-rock qui s’envole parfois vers des sons très personnels. Elle se réclame pourtant d’inspirations  bien plus traditionnelles, Brel, Ferré. En 1978, c’est ce que l’on peut considérer comme sa grande année, celle qui expose son nom aux médias avec son album « Ballade Pour Un Bébé Robot » dont est extrait un titre qui marche assez fort « Faire Eclater Cette Ville », plutôt conventionnel dans son répertoire, mais assez efficace commercialement. Les médias se désintéressent malheureusement vite d’elle, elle reste confinée dans les circuits branchés. Elle revient pour un temps en première ligne quand on lui confie la voix de Piaf pour le film de Lelouch, « Edith Et Marcel », en 1993. Sa carrière est parsemée d’une vingtaine d’albums dont un en hommage à Ferré. Son vaste répertoire de touche à tout musical devrait lui valoir enfin une reconnaissance méritée. Malheureusement la chanson française a des côtés conservateurs qui confinent parfois à l’usure. Je vois tout à fait Mama Béa dans une mouvance de renouveau qui s’exprime par la diversité de ses ambiances. Qu’a-t-elle de moins qu’un Brassens, qu’une Barbara? Rien justement!!!

Un extrait de « La Folle »

En live le titre qui a fait éclater une certaine ville.