Et Vian rock et Salvador roll


Au début 1956, le rock and roll était aussi présent dans l’esprit des Français que le futur voyage de l’homme sur la Lune. Quelques initiés avait juste entendu ce mot qui allait transformer le visage musical de la seconde moitié du siècle en cours. S’intéresser à la chose était bien, mais il était pratiquement impossible de mettre la main sur un disque de la production nationale, à part peut-être un certain disque de Bill Haley « Rock Around The Clock », ils ne figuraient pas au catalogue. A vrai dire, le rock en disque était plus présent chez les disquaires américains. Mais en petite quantité, car les futures idoles de cette musique n’avaient pas tous enregistré en disque. Seuls Presley et Haley et une petite poignée d’autres pouvaient prétendre signer des autographes sur leurs pochettes de disques labellisés rock and roll, les reste allait venir.
Mais restons en France, la chanson française de l’époque est dominée par un certain romantisme apprécié par les gens qui avaient franchi le quart de siècle. André Claveau est une idole, Mouloudji un chanteur plus poétique et engagé, Georges Brassens annonce un nouveau regard sur les travers de la société. Dans ce train-train, seul le jazz est plus proche des idéaux de la jeunesse dans les caveaux de Saint Germain des Prés. Un personnage emblématique de cette période est Boris Vian. Il coiffe plusieurs casquettes, écrivain dérangeant, poète moderne, auteur-compositeur à succès et contestataire. Il est lui-même interprète et musicien, principalement trompettiste. Sa véritable passion est le jazz dont il est aussi critique. De son côté, un certain Henri Salvador connaît assez bien les faveurs du public avec ses chansons tantôt gaies, tantôt tristes. Il a déjà un long passé musical derrière lui, il fut un membre de l’orchestre de Ray Ventura. Les deux personnages se connaissent et s’apprécient. Un jour de mai 56, en écoutant des disques de rock and roll, ramenés par Michel Legrand des USA, ils se marrent en découvrant cette musique nouvelle pour eux. Salvador est sans doute plus convaincu, mais Vian traitera toujours le rock avec une certaine condescendance. Pour lui, cette musique est juste prétexte aux manipulations verbales . Ils décident d’aller un peu plus loin et c’est ainsi qu’un disque bien français portera la mention « rock and roll ».
Bon ne rêvons pas, c’est de la parodie, on se prête à quelques bons, voire excellents, jeux de mots sur cette musique. Tout tourne en fin de compte autour de la rigolade, mais cela n’en reste pas moins musicalement du rock and roll. Sur plusieurs facettes, c’est une merveille de trouvailles et un bon moment de franche déconnade.
Les ingrédients:
Interprète: Henry Cording, Henri Salvador bien sûr, mais jeu de mots sur recording, enregistrer en anglais.
Les auteurs et les compositeurs: Henry Cording; Big Mike alias Michel Legrand; Vernon Sinclair, alias Boris Vian, un des pseudos de Vian, Vernon Sullivan fut celui sous lequel il publia « J’irai Cracher Sur Vos Tombes ».
Les chansons: Rock And Roll Mops; Dis-Moi Que Tu M’aimes Rock; Rock Hoquet; Va T’faire Cuire Un Oeuf Man
Style: auditivement inspiré du rock de Bill Haley
Orchestre: Michel Legrand
Enregistrement: juin 1956; publication: été 1956
Disques Fontana 460.518 ME et 1 face 33 trs 25cm 76088 fin 1956
Pochette. A l’époque deux versions, la première avec seul le nom de Henry Cording et la seconde mentionnant le nom de Henri Salvador. Le texte du verso de la pochette est lui-même un morceau d’anthologie.

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Bien que le disque eut un succès plutôt modéré, il fut édité en Belgique, Allemagne, Canada, Etats-Unis.
En le réécoutant aujourd’hui, cela fait sans doute sourire, mais n’étais-ce pas son but premier?

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Dale Hawkins, le papa de Suzie Q s’en est allé…

Si assez peu de gens, à part les rockers connaissent son nom, Suzie Q tout le monde connaît ou presque. Qui n’a un jour en découvrant la discographie des Rolling Stones, de Creedence Clearwater Revival ou même Johnny Hallyday, écouté une version de cette chanson.
Son créateur, Dale Hawkins, mort le 13 février à 72 ans, est un de ces pionniers qui débuta avec le rock and roll. Son nom jaillit dans le vedettariat en faisant un succès de son titre qui deviendra fétiche en 1957, « Suzie Q », qu’il compose, mais qui est co-crédité à des opportuns . Enregistré dans les fameux studios Chess à Chicago, il est un des rares artistes blancs de ce label, essentiellement noir. Cette chanson est un exemple de rock and roll à tendance soft, ce n’est pas très bruyant, ni très rapide. Tout est dans ce fabuleux jeu de guitare et ce vocal plaintif. Incontestablement un disque qui possède un son particulier et original et qui entrera dans l’histoire à juste titre. Ses enregistrements sont essentiellement années 50 et offrent un rockabilly plaisant. Sans doute moins apprécié et connu que son cousin Ronnie Hawkins, il est surtout renommé pour s’être entouré de guitaristes talentueux comme James Burton ou le prestigieux Roy Buchanan. Au cours des sixties, il se fera plus remarquer comme producteur en obtenant quelques succès dont le « Western Union » des Five Americains, sur les disques Abnak dont il est vice-président. Pour entretenir sa flamme, il peut compter sur les autres dans les quelques reprises de son hit, notamment celle de Creedence Clearwater Revival qui lancera définitivement le groupe vers une très grande popularité. Il restera toujours actif dans les milieux musicaux, remontant fréquemment sur scène ne serait-ce que pour rendre un hommage à la fille qui le rendit célèbre.

Quelques versions de Suzie Q

Creedence Clearwater Revival

Rolling Stones

Agents

Johnny Hallyday


Un compilation des titres 50’s de Dale Hawkins

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Serge Gainsbourg – Du chant à la une

En ces temps ou l’on reparle de Serge Gainsbourg à travers le cinéma, il faut peut-être recentrer le personnage à travers sa musique. Je le dis tout de suite, je n’ai pas vu le film, je le verrai sans doute un jour, mais ce n’est pas une priorité. Comment situer un personnage riche en anecdotes avec quelques images filmées sur un duo d’heures, plus ou moins quelques minutes? Il est de bon ton de l’encenser maintenant après lui avoir craché dessus pendant des années. Ceux qui faisaient partie des « chers z’auditeurs » d’une époque située entre 1958 et 1965, ont à peine entendu son nom prononcé par l’animateur, s’ils l’ont entendu. Pourtant avec un peu de curiosité, ils connaissent l’auteur de certaines chansons assez populaires, interprétées par d’autres, Ah Oui, c’est signé S. Gainsbourg. Il n’intéressera que peu de monde dans sa première période de chanteur, mais il est il est plus prisé comme auteur-compositeur. Bien qu’il se verrait peintre, non pas ne bâtiment, mais comme artiste, c’est quand même la musique qui lui apporte ses premiers petits pécules. Il est dans l’orchestre d’une certaine Michèle Arnaud comme guitariste et accessoirement pianiste à d’autres moments. Elle sera la première dame à lui reconnaître un talent de compositeur, au point d’enregistrer ses chansons. Musicalement Gainsbourg n’est pas une révélation de l’époque, le jazz est sa musique de base comme Boris Vian qu’il admire. Mais au niveau des textes là, il est plus beaucoup plus original. Des jeux de mots souvent drôles, une sorte de fureur de vivre à la française, des sous-entendus piquants, c’est un peu de sa personne et de cette vie un peu insouciante qu’il glisse en accordant ses notes. alphabétiques. .
Son premier disque en tant qu’interprète et évidemment compositeur, c’est un 33 tours 25 cm qui paraît en 1958. Même s’il fut ce que l’on peut appeler un plantage, une chanson en deviendra le phare, « Le Poinçonneur Des Lilas ». Si elle devient populaire ce sera grâce à quelques paires de collants, non pas des bas, ceux enfilés par les Frères Jacques dont la chanson est inscrite dans leur répertoire. Il est vrai que c’est le genre de chanson que l’on entend une fois et qui vous reste à vie, les fameux petits trous et encore des petits trous, lutteront efficacement contre les trous… de mémoire. Mais le reste est là, soupirant dans les discothèques poussiéreuses des radios. Des textes provocateurs, ironiques, avant-gardistes sous un titre d’album de série noire « Du Chant A La Une ». Du jazz parfois dans le ravin, ce mortel ennui qui ne vient pas en l’écoutant, comme si on avait douze belles dans la peau. Pendant que le charleston déménage sur son piano, l’alcool nous concocte la recette de l’amour fou quand la femme des uns est sous le corps des autres. Pour aller chez Ronsard, il suffira de changer à Opéra…
Son heure viendra, mais la première heure est déjà là, prête à l’écoute et à la (re) découverte
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Johnny Burnette – Rock And Roll Trio

Cet album est un des premiers collectors de l’histoire du disque, il s’échangeait déjà un bon prix dans le courant des années 60. Il n’est pas rare qu’une copie atteigne aujourd’hui 2000$ dans une enchère. Considéré par pas mal d’amateurs comme une pièce essentielle de l’histoire de cette musique, pour ne pas dire la meilleure, il doit sa renommée essentiellement à son contenu. Comme le nom l’indique, c’est un trio, Johnny Burnette, guitare accoustique, Paul Burlison, lead guitar, Dorsey Burnette, frère de Johnny, basse. Ca c’est disons la version concerts, les enregistrements de studio sont un peu plus étoffés, avec la présence d’un batteur, Tony Austin. Qu’importe qui a vraiment fait quoi, le résultat gravé sur le vinyle est une référence. Qu’importe le parcours précédent de ces gaillards, ce qui sort des studios Coral est définitivement entré dans l’histoire.
Les titres gravés dans la cire ne sont pas tous des originaux, on y trouve des titres de Fats Domino (All By Myself), Big Joe Turner (Honey Hush), Tiny Bradshaw (The Train Kept A Rollin), notamment, du matériel composé par le groupe dont « Rockabilly Boogie » est le plus célèbre. Le coup de maître, tant dans les reprises que les originaux est d’avoir fait passer un son et une manière de jouer, très innovatrice pour l’époque, nous sommes en 1956 et le rock and roll n’est pas vieux. Au moins deux titres de l’album deviendront des références absolues via les versions de Burnette, « Honey Hush » et plus encore « The Train Kept A Rollin », qui finira encore plus fort par la version des Yardbirds et Jeff Beck, un dizaine d’années plus tard.
On peut ne pas avoir le rock and roll comme musique d’élection, préférer la pop, la prog ou n’importe quoi d’autre. Mais que tous les archéologues de la musique se penchent sur cette galette de 56 et ils conviendront que pour l’époque, c’est une sacrée pépite.
Quand à Johnny Burnette, l’histoire retient qu’il devint une star en interprétant de charmantes ballades, qu’il mourut accidentellement en 1964, qu’il est le père de Rocky Burnette. Que son frère, lui survécut d’une quinzaine d’années et que Paul Burlison est mort en 2003. Le reste s’écoute…

Rien à voir avec l’album, mais…

Les 12 premiers titres constituent l’album original
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1959 – Il y a 50 ans à travers la radio

oldradioSi vous tourniez le bouton de la radio en 1959, vous aviez la chance, ou la malchance c’est selon, d’entendre les succès de l’année en cours. A supposer que cette station fut française, le programme tournait volontiers autour de quelques crus bien du terroir. L’accès à la musique anglo-saxonne ne se faisait qu’à travers les reprises concoctées par des artistes francophones, avec quelques exceptions. De l’autre côté, il y avait plus de chances d’écouter quelque chose qui était accessible à un adolescent. Force est de constater que le rock and roll était peu à peu remplacé par des ballades plus tranquilles côté anglophone et qu’il n’avait pas encore vraiment le droit d’exister en France. Il faudra encore patienter un peu, mais le volcan était prêt à entrer en éruption. Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers, n’allaient pas tarder à se manifester. En attendant, la chanson française dominait largement, mais peu à peu les hits devenaient des emprunts à des musiques venues d’ailleurs. Dalida, Edith Piaf, les Compagnons de la Chanson, triomphaient à côté d’artistes plus traditionnels comme Jacques Brel ou Georges Brassens.
Voyons quelques des ces tubes qui captèrent le coeur des auditeurs de tous âges.

En cliquant sur le titre de la chanson, vous l’entendrez intégralement

Angleterre – USA
Bobby Darin – Dream Lover
Le type même de la chanson qui s’adresse aux adolescents.
The Browns – The Three Bells
Celle-là, elle devient un tube international, mais c’est la ameuse chanson de Piaf « Les Trois Cloches », vieille de plus de 10 ans.
The Fleetwoods – Come Softly To Me
Deux filles, un garçon qui cartonnent avec ce slow.
Ritchie Valens – Donna
L’année de sa mort et son plus grand succès, qui n’est pas « la Bamba » comme un certain film pourrait nous le faire croire.
The Platters- Smoke Gets In Your Eyes
Ils sont toujours là et frappent un grand coup.
Craig Douglais – Only Sixteen
Un Anglais pas très original qui reprend des chansons américaines, mais qui cartonne avec cette ballade.
Henri Mancini – Peter Gunn
Un chef d’orchestre assez visionnaire, sera immortel un peu plus tard pour une certaine panthère de couleur rose.
Frankie Avalon – Venus
Son année d’or, mais sera balayé plus tard par l’arrivée des Beatles.
Barrett Strong – Money
Historiquement très important, le premier hit de l’équipe Tamla-Motown et un standard que les Beatles et les Rolling Stones ne manqueront pas d’enregistrer
Eddie Cochran – Somethin’ Else
La mort le guette au coin d’une route, mais en attendant il savoure son succès.
Johnny And The Hurricanes – Red River Rock
Pas très original, mais efficace. Pas leur meilleur, mais le plus connu.
Santo & Johnny – Sleepwalk
Un autre gros hit instrumental de l’année, avec une guitare hawaïenne

France

Marcel Amont – Bleu Blanc Blond
Faire chanteur la Provence sur un hit américain, il fallait le faire, il l’a fait!
Les Compagnons de la Chanson – Le Marchand De Bonheur
Les 9 connaissent un de leur innombrables succès de la décennie
Hugues Aufray – La Complainte De Mackie
Pas encore le chanteur folk que l’on connaît, une mélodie très connue quand même.
Gilbert Bécaud – Pilou Pilou Hé
Pour l’époque, c’est assez en avance par rapport au reste, déjà un petit air yéyé.
Sacha Distel – Scoubidou
La manière de parler d’un gadget à la mode, tout le fonde s’amusait à faire des scoubidous, lui en chanson.
Dalida – Ne Joue Pas
Le slow à l’accent italien, toujours très apprécié sur les pistes de danse.
Edith Piaf – Milord
L’un de ses plus grand succès, et celle-là on l’a entendue pratiquement en boucle.

Vince Taylor – Le diable en cuir noir – 2ème partie – Le crépuscule

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Le diable en cuir noir – 2ème partie – Le crépuscule

Un retour des vieux copains sous l’impulsion de Bobbie Clarke, un peu au chômage après le départ sous les drapeaux de son patron, voit l’éclosion du Bobby Clarke Noise. A la guitare solo Ralph Danks; à la rythmique Johnny Taylor, ex Johnny Taylor et les Strangers; à la basse Alan Bugby, lui aussi des Strangers; et bien sûr Bobby Clarke à la batterie. C’est à nouveau un bon groupe et d’excellents musiciens. La machine est un peu relancé grâce à leur prestation en première partie des Rolling Stones à l’Olympia et 1965 s’annonce pas trop mal. Vince est toujours une bête de scène, il a maintenant des cheveux longs pour sacrifier à la mode. Même Barclay semble optimiste et prévoit la sortie d’un 33 tours 30cm, le premier. Il sera mis en boîte en enregistrant quelques reprises, « Trouble », « My Baby Left Me », « My Babe », Jezebel », « Long Tall Sally », « High Heel Sneakers », « Summertime », un original « The Men Fron El Paso » et un instrumental, « Clank » une puissante démonstration de batterie de Bobbie, un tout grand batteur!
Lors de sa sortie, le 33 tours est accueilli avec des opinions divisées. Signalons tout d’abord que le disque est censé être enregistré en public. Ce n’est pas vrai, mais une bande son ajoutée, le laisse supposer. Elle ne fait que couvrir certains passages et n’ajoute absolument rien, sinon une gêne dans l’écoute. Pour certains, le disque est nul et l’ajout du public n’est qu’une tentative pour camoufler la médiocrité du disque. Pour les autres, pas vraiment nombreux à l’époque, c’est un album fantastique. Force est de constater que plus le temps passe, plus les opinions tendent à lui octroyer le titre d’album culte. A part la reprise de « Jezebel », « Summertime », le slow hyper sensuel « The Men From El paso », qui peuvent être considérés comme usuels dans son répertoire, le reste décolle très haut. Jamais un chanteur et aussi l’orchestre, n’a mis une telle furie dans son interprétation, certains passages frisent la démence. C’est la punk attitude, plus de dix ans avant. Avec cet album, le rock and roll a certainement tourné une page de son histoire. Reste à l’admettre pour certains.
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Honnêtement tous les ingrédients de ce disque un peu fou, ne sont pas complètement un hasard. Vince n’est pas au mieux dans son esprit, il semble un peu avoir flippé, suite à une consommation de certaines drogues. Alors qu’il devait faire une prestation devant son beau-frère, qui souhaitait le faire démarrer aux USA, il devient complètement incohérent dans ses propos. Il se prend pour un prophète et veut transmettre la bonne parole, au lieu de chanter sur scène. A partir de là, c’est la dégringolade. Passage en maison de repos, moments de lucidité et de folie. Pendant quelques années, il se trouve écarté de la scène, sauf quelques prestations dans des endroits secondaires où on veut bien prendre le risque de l’engager. Barclay continue malgré tout de maintenir sa discographie partiellement disponible. En 1967, il participe à la tournée « L’épopée du Rock », un album de compilation est publié avec le même titre. Il permet de se procurer quelques titres de la première époque, depuis longtemps épuisés et un inédit « Hello Mary Lou ». En 1972, le fameux album de 65 est réédité sans le bruit du public. vt33tr2
En 1974, une tentative sérieuse de comeback a lieu. Le chanteur Christophe publie sur son label Motors, un album intitulé « Cadillac », une version ralentie de son titre y figure. Quelques autres titres très bons et intéressants comme la reprise de « L’homme A La Moto ». Malgré l’évidente qualité de cet album, l’histoire sera sans suite. En 1977, un album en public au tirage très limité est publié par un fan, « Live 77 ». En 1980, le label de rockabilly fondé par Jacky Chalard, Big Beat, lui donne la possibilité de sortir un 33trs 25cm, avec de bons musiciens, mais toujours des reprises. En 1987, on remet ça avec presque la même équipe. Un double album intitulé « Bien Compris » aligne des nouveaux titres et quelques reprises. Ce sera sa dernière tentative discographique.

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Pendant toutes ces années et depuis 1965, Vince est passé de la lumière à l’obscurité, et vice-versa. Certains ont tiré un peu de son jus pour en faire quelques chose. Tout d’abord les Renegades, qui eurent en 1965 l’idée de reprendre « Brand New Cadillac », d’en ralentir le rythme et de l’appeler « Cadillac ». Ce fut un succès monstre, dans les pays nordiques et l’Italie. Il devint un titre repris et joué sur scène par un nombre impressionnant de groupes. Les Shamrocks, les Hepstars dans lesquels on retrouve Benny Anderson un futur Abba, en firent aussi un succès. Pas mal d’artistes rendirent hommage à Vince par une chanson. Les Hollandais Golden Earring, enregistrèrent « Just Like Vince Taylor ». David Bovie s’inspira de son histoire pour Ziggy Stardust. En 1976, une sorte d’autobiographie mise en page par interview « Le Survivant » est publiée aux éditions Delville. On y retrouve son histoire et aussi son côté fantaisiste. En 1979, le groupe Clash acheva de rendre « Brand New Cadillac » populaire dans le monde entier en le reprenant sur l’album « London Calling » dans une superbe version. En 1983, Vince se marie et va habiter en Suisse, où il mène une vie plus paisible, presque retiré. Pendant ce temps, sa discographie est constamment rééditée et compilée, avec des nombreux inédits et un peu tout ce qu’il avait enregistrée ici et là, ou ce qu’on avait bien voulu enregistrer. Atteint d’un cancer il meurt le 28 août 1991, il est enterré au cimetière de Lutry en Suisse, près de Lausanne.
Vince Taylor fut un personnage à part dans l’histoire du rock and roll. Il est ans doute un des rares qui n’en fut pas un des créateurs et qui en devint une icône. Sa présence sur scène, ses shows restent uniques dans l’histoire. Jamais, peut-être à part Presley au début, on ne trouva cette musique associée de si près à la sensualité et même à l’érotisme. Victime de son caractère instable et de ses lubies de star parfois exagérées, il fut aussi le jouet d’un entourage parfois véreux, rappelons-le. Quand il montait sur scène, il aurait pu dire à l’instar de Louis de Funès dans « La Grande Vadrouille »: je ne veux que le rock and roll et moi!

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Vince Taylor – Le diable en cuir noir – 1ère partie – L’aurore

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Le diable en cuir noir – 1ère partie – L’aurore

Vince Taylor est le seul rocker à la discographie presque essentiellement française. Il y a une bonne raison à cela. Quand les teenagers français découvrent vraiment le rock and roll, celui-ci a déjà rassasié la plupart des jeunes des pays dans lequel il a été le plus populaire, les USA et l’Angleterre. En France, quand le rock and roll démarre vraiment vers 1960, les disques proposés sont pour la plupart un succédané du vrai rock and roll anglo-saxon, des reprises chantées en français. Il manque un vrai rocker, un mec qui a ça dans le sang et qui chante en anglais. il n’y a personne sur le territoire national qui corresponde à ces critères. Alors on va en attraper un qui passait par là, Mr Vince Taylor.

Brian Maurice Holden de son vrai nom, il est né le 14 juillet 1939. Sa famille émigre aux Etats-Unis en 1946. Il fait ses études et passe un brevet de pilote d’avion. Mais c’est surtout l’attirance pour le rock and roll dès que Bill Haley cartonne avec « Rock Around The Clock », qui retient son attention. Il commence à chanter localement ici et là. Sa soeur a marié Joe Barbera, des fameux Hanna-Barbera studios. Lors d’un voyage à Londres, il emmène Brian avec lui en lui suggérant de tenter sa chance dans son pays natal. Il a l’occasion de rencontrer Tommy Steele, alors la grande vedette du rock and roll anglais. Il fréquente le 2i’s lieu de rencontrede tous les rockers à Londres. Il monte alors un groupe pour l’accompagner qui se nommeront les Play-Boys. Il se produisent sur scène et rencontrent pas mal de succès. La firme Parlophone le remarque et lui signe un contrat en 1958. Pour son premier disque il enregistre « I Like Love » et « Right Behind You Baby », deux titres puisés dans le fameux répertoire des disques Sun, qui chauffent passablement. Les musiciens qui l’accompagnent sont Tony Sheridan (g), (avant de se faire accompagner par les Beatles), Tony Harvey (g), Brian Locking, (b) Brian Bennett (dm), (deux futurs Shadows). Le disque ne rencontre aucun succès. Pour le suivant il enregistre en face principale un slow, Pledding My Love » de Johnny Ace. De l’aute côté, et on se demande pourquoi l’avoir mis là, le fameux titre de sa composition « Brand New Cadillac ». Cette chanson qui va devenir fameuse par la suite, est un hymne digne d’un rocker qui rêve un jour de se balader en cadillac. En plus de cela c’est un des rares authentiques rocks crées en Angleterre. Le groupe est le suivant: Joe Moretti (g), redoutable musicien de sudio, Lou Brian (p), Brian Locking (b), Brian Bennett (dm). Le disque monte un peu dans le hit parade, mais n’obtient qu’un succès d’estime. Son contrat est résilié, mais il a l’occasion d’enregistrer encore pour la firme Palette, un autre fameux titre, « Jet Black Machine, qui sera un succès moyen en 1960. Les Play-Boys qui ne sont pas crédités sont: Tony Harvey (guitare), Alain le Claire (piano), Johnny Vance (basse), Bobbie Woodman (batterie). Le sort va décider de la suite de sa carrière. Ses Play-Boys avec qui il est un peu en froid, doivent aller à Paris pour se produire à l’Olympia, dans un spectacle qui présente les artistes de rock anglais aux Parisiens. Vince demande à les accompagner et ils acceptent, nous sommes en 1961. Lors des réglages pour le concert, l’absence d’un des chanteurs, Duffy Power, permet à Vince de le remplacer pour ce travail. Là, il fait une telle démonstration que c’est finalement lui qui est retenu à la place de Power. C’est le départ pour Vince.
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Pendant ce temps-là, Mr Barclay, celui des disques, à un problème. Un certain Johnny Hallyday en rupture de disques Vogue, vient de lui passer sous le nez. Averti qu’un phénomène se produisait à l’Olympia, il va regarder et est assez vite convaincu que ce Vince Taylor est celui qui va lui faire oublier Hallyday. C’est de l’authentique, du vrai rock, adjugé, le contrat est signé. On lui fait enregistrer, n’ayant pas de répertoire propre, une série de standards du rock and roll accompagné par ses fameux Play-Boys qui sont restés avec lui. La formation, en fait de fameux musiciens, comprend maintenant dans une formation parfois fluctuante: Bob Steel (guitare), Tony Harvey (guitare), Alain Le Claire (piano), Johnny Vance (basse), Bobbie Clarke (batterie). Ses reprises sont d’une grande qualité et surtout Vince va devenir une bête de scène. Il va mettre dans ses prestations une sensualité, un érotisme, magnifié par le costume de cuir noir et la chaîne qu’il a adoptés. Du jamais vu, et du plus jamais vu pourrait-on dire. Pendant une bonne année, il va être une immense vedette et les 20 titres qui figurent sur ses disques vont se vendre à la pelle, emballés dans de superbes pochettes. Les tournées seront triomphales, les stars se précipiteront pour le voir, Brigitte Bardot, Edith Piaf, seront de la partie. Ils feront un show au Folies Pigalle fin avril- fin mai 62, intitulé « Twist Appeal », qui aura un énorme succès. Vince chante entouré de jolies filles qui se trémoussent sur sa musique, c’est de l’érotisme à la mode de l’époque, son jeu de scène ne l’étant pas moins.

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Ca c’est le côté pile. Le côté face est moins évident. Vince a quand même un caractère instable, un foutu caractère diront certains. Les événements sont aussi contre lui. Le Palais des Sports où il doit se produire, le 18 novembre 1961, est saccagé par les fans avant même son apparition sur scène. Ce rock, dont il est l’emblème absolu en France et sur scène, commence à lui attirer des regards de travers. On est pour ou contre lui, et parfois on se tape dessus pour le montrer. Avec ses musiciens, c’est des relations d’amour et de haine. Ils ne vont pas tous supporter.
Un premier constat de Mr Barclay, l’amène à réfléchir. Son poulain a vendu beaucoup de disques qui compensent juste les frais engagés, grandes campagnes publicitaires, promotion. Maintenant on lui reproche presque de chanter en anglais, alors on lui fait enregistrer un titre en français « Mini », une lamentable tentative de slow où son accent n’est pas la meilleure image pour un disque qui doit marcher. Il manque le côté exotique. Publié en mars 1962, le disque est un peu sauvé par le reste, notamment une bonne version de « My Babe ». A partir de là c’est un peu la voie de garage, il ne se passe plus grand chose. Son orchestre se détache et enregistre quelques disques pour son compte, on retrouve Bobbie Clarke chez le rival Johnny, au sein de Joey et les Showmen. Il a malgré tout encore plein de fans. Une campagne de soutien journalistique est organisée pour réclamer de nouveaux disques. Barclay se laisse fléchir et après presque deux ans de silence, un disque sort avec deux titres fantatstiques, « Memphis Tenessee », alors en vogue par Chuck Berry et « Shot of Rythm and Blues » emprunté à Arthur Alexander. Pour l’accompagnement on débauche discrètement les Showmen, alors en exclusivité pour Hallyday. On retrouve au verso deux titres en Français, dans cet exercice toujours difficile pour Vince. Le disque sera une honnête vente qui redorera un peu son blason. Mais les ennuis continuent. En mal de disques, Vince avait fondé son propre label, Taylor Disques. Un peu pour se produire lui-même, mais aussi pour sortir un disque de sa muse d’alors, la chanteuse Helen April. Toujours sous contrôle de Barclay, un disque sortit profitant du départ de l’idole nationale au service militaire « Oh Johnny ». La situation s’envenima, Taylor estimant que le pressage du disque avait été bâclé, ce qui est assez vrai quand on écoute les copies qui circulent encore, la distribution du disque tourna court. Ce fut le seul disque qui parut sur ce label. Le chanteur se produit malgré tout sur scène épisodiquement. Il a encore une aura mais le crépuscule du dieu va commencer

Le diable en cuir noir – 2ème partie.

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