Bas nylons et une histoire de fric

Le titre d’un disque ne suffit pas pour en faire un succès, mais il peut avoir un petit air prémonitoire et qu’en fin de compte les paroles deviennent réalité. Quand la chanson est lancée, c’est bien qu’elle devienne un succès pour l’artiste. Avec encore un peu plus de chance, elle peut devenir un standard incontournable, et par exemple, être l’une des quelques rares chansons que les Beatles et les Rolling Stones ont en commun dans leur discographie, ou encore être le point de départ d’une formidable machine à produire des tubes inoubliables. Quand je disais que le titre peut être prémonitoire, et que les désirs de l’auteur et du compositeur vont être combles bien au-delà de ce qu’ils espérait quand ils l’ont crée, vous pouvez supposer qu’il s’agit de « Money ».

En 1959, un certain Berry Gordy a fondé un label du nom de Tamla où viendra s’ajouter Motown par la suite (condensé de motor town puisque le label est centralisé à Detroit, ville de l’industrie des voitures). C’est avant tout une histoire de famille dont Berry Gordy est la surface visible de l’iceberg. L’idée est d’atteindre le public blanc avec des artistes noirs, à cette époque ce n’est pas une évidence, avec des chansons à tendance R&B. Le label ne signera pratiquement que des artistes noirs et sera une énorme influence sur la musique à venir, le disco, le funk, en sont deux exemples. Le premier essai concluant en terme de succès sera justement « Money » que Gordy compose en partenariat avec Janie Bradford. Sorti en août 1959, interprété par Barrett Strong, le simple rencontre quelque mois plus tard un succès encourageant. Il se hisse à la 23ème place du Cashbox national, mais à la seconde place des classements R&B, les Américains ont différents classements propres à chaque style de musique. La graine est plantée et germera tout au long des années à venir. C’est le type même de chanson qui rebondit d’un répertoire à un autre, il n’est jamais ridicule de l’inclure dans un discographie ou dans un set de scène. Si l’intention de Gordy était de cibler un public blanc, c’est réussi avec ce titre, ce sera une des chansons du label la plus reprise par des artistes blancs, rockers, beat generation, pop. Même si elle n’a pas été un succès pour eux, le fait de la retrouver sur le second album des Beatles et dans les premiers enregistrements des Rolling Stones, fera passablement pour la mettre dans les oreilles du public. C’est une chanson que pratiquement tout le monde connaît pour autant que l’on écoute de la musique moderne ou de la variété.

Assez paradoxalement, la version du créateur reste assez peu connue, et peu de gens sont capables de l’identifier, spécialement sous nos latitudes. Les premiers à donner une impulsion de succès au titre furent les Kingsmen. Leur maison de disques Wand, choisit ce titre pour succéder à leur fameux « Louis Louie » en le publiant en 45 tours. Ce n’est pas vraiment un enregistrement prévu spécialement pour l’occasion, mais un extrait de leur premier album en live. Selon les éditions, l’ambiance du live en public est supprimé, ce sera le cas notamment sur le EP français. Sans connaître l’impact du précédent, il se classa honnêtement dans les 20 première places des charts américains. La version des Beatles doit être considérée comme un heureux remplissage de leur second album. Le groupe la connaissait et l’interpréta lors de la fameuse audition chez Decca avec Pete Best à la batterie. Pour la version « officielle » le producteur George Martin ajouta personnellement du piano. Le groupe la conservera longtemps dans son répertoire, il existe plusieurs prises enregistrées pour la BBC. John Lennon l’introduisit également dans le répertoire de Plastic Ono Band. L’enregistrement par les Rolling Stones fut conçu pour la publication du premier EP anglais qui offrait des chansons qui ne figuraient pas ailleurs. Cette version est très éloignée de celle de leurs illustres concurrents, elle a le charme de ces sons brouillons qui font le charme de leurs premiers disques, c’est plus proche du R&B noir que du rock blanc. Au début de la new wave, une version plutôt décadente valut un succès énorme aux Flying Lizards.

Chanson un peu intemporelle, une sorte d’hymne capitaliste pour gens fauchés, un investissement à faire rêver les vrais capitalistes, mais avant tout une très grande chanson de la musique moderne.

L’original, 1959, Il ne fut pas publié en France avant 1973 en 45 tours

Les Miracles, 1961

Les Beatles, audition Decca, 1962

Les Beatles, 1963

Les Kingsmen, 1964

Les Searchers, ils firent aussi une version en allemand, sur la palyback de la version anglaise, 1964

Adaptation française Eddy Mitchell, 1964

Les Rolling Stones, ma préférée,  1964

Jerry Lee Lewis, live Star-Club Hambourg, 1964

Les Sonics, ancêtres du punk, belle version 1965

John Lee Hooker, 1966

Les Supremes, 1966

John Lennon Plastic Ono Band avec Eric Clapton, 1969

Flying Lizards, version wave, 1979

The Babys, version hard, 1981

Version dance,  pas un truc impérissable, 1993

Version hip hop, Boyz II Men

Cheryl K, assez original, 2018

Bas nylons et encore cette dame

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Poursuivons notre exploration dans la photothèque d’Annemarie Scwarzenbach, cette icône lesbienne qui avait fait de la photographie, la littérature, son anti-nazisme affiché, et ses voyages à travers le monde, une manière de vivre et de se démarquer de son milieu familial très conservateur.

Rappel : biographie et premier article et second article

La Finlande figura dans son carnet de route. Dans les années 1930, pour une Suissesse, c’est un pays que l’on connaît peu. Sa situation très au nord, partiellement à l’intérieur du cercle polaire, fait que si l’on a l’intention et les moyens de voyager, on préfère aller vers des endroits plus chauds. L’histoire du pays est partagée entre la domination suédoise et russe. A la fin 1939, les Russes tentent d’envahir la Finlande, mais repartent la queue basse et doit signer un traité de paix en 1940, toutefois en lui cédant la Carélie qui devient russe. Ironie du sort, quand l’Allemagne déclare la guerre à la Russie, la Finlande devient un allié plus ou moins ami des forces de l’Axe, mais pour des raisons sensiblement différentes. Elle combat alors contre la Russie, mais nouveau revirement de situation, quand c’est la débâcle allemande, la Finlande combat du côté allié, elle signe un nouveau traité de paix avec la Russie en 1944. Elle arrive à sauver son indépendance, en justifiant qu’elle a combattu avec les Allemands pour récupérer la Carélie, mais qu’elle n’a jamais appuyé l’armée allemande à Stalingrad. Elle doit néanmoins payer des dettes de guerre à La Russie.

Après la guerre, toujours un peu sous l’oeil de Moscou qui se fait toujours un peu sévère et méfiant, elle arriva a construire un pays résolument moderne, démocratique et parlementaire. Aujourd’hui c’est un pays qui fait partie de l’Europe, avec sa monnaie. Elle est souvent cité en exemple pour sa qualité de vie.

Toutes les photos ci-dessous datent des année 1930. La date précise est inconnue, mais sont probablement vers 1934-35.

 

Des Francophones font le tour du monde

Si les chansons anglophones font assez volontiers le tour du monde à travers de multiples reprises, l’inverse est aussi possible, mais certainement moins courant. Certains pays n’ont jamais réussi a imposer une chanson que l’on peut considérer comme un air connu de tous, sauf exception de certains thèmes folkloriques qui sont relativement appréciés d’un vaste public.  Le France, et les pays francophones, ne se sont pas trop mal défendus dans ce domaine, surtout depuis les années 1950. Si l’on excepte Jacques Brel dont nous avons déjà parcouru quelques versions étrangères, il y en a quelques autres qui ont eu ce joyeux petit frisson, avoir une chanson mondialement connue, ou ayant largement dépassé les frontières. En voici quelques unes…

John Houston, le célèbre cinéaste avait dans l’idée de tourner un film sur le Moulin Rouge en romançant une histoire qui se déroule dans les premières années de son existence. Cet endroit étant aussi dédié à la musique, il fallait bien sûr une chanson qui serve de thème. Ce fut l’occasion pour Georges Auric pour la musique et Jacques Larue pour les paroles, de mettre au point « La Chanson Du Moulin Rouge ». Elle fut un succès en France par le crooner français des années 50 par excellence, André Claveau. A noter que dans ce film tourné avec des acteurs essentiellement anglophones, c’est la première rencontre entre Peter Cushing et Christopher Lee, qui deviendront des amis inséparables et tourneront fréquemment ensemble. Evidememnt, le film connut une carrière internationale à partir de 1952, et bien des spectateurs tombèrent sous le charme de cette plaisante mélodie. En 1953, elle est reprise en version orchestrale par Mantovani qui la conduit au sommet des charts américains pendant l’été. Son compère Percy Faith, fait de même, mais elle est consacrée en Angleterre, où elle réussit le bel exploit d’occuper la première place pendant 10 semaines.

Une autre parmi les plus anciennes créations, reste le fameux « Les Trois Cloches » qui fut enregistré juste après la guerre par Edith Piaf avec les Compagnons de la Chanson. Elles est composée par un Suisse, Jean Villard Gilles, qui la refila à Piaf. Si elle est très connue en France, il faudra attendre 1959 et la version en anglais par les Browns, un trio vocal américain un peu doo wop qui la propulsa au sommet du hit parade américain et qui se vendit en quantités considérables. Elle eut un regains d’intérêt cinq ans plus tard  quand le groupe anglais, Brian Poole et les Tremoloes, en fit un modeste succès anglais.

Edith Piaf est devenue après la gueree une star internationale. En 1947, elle enregistre « La Vie En Rose », un de ses plus célèbres succès. Elle est composée par Louiguy sur des paroles ébauchées par Piaf. En 1950 Louis Armstrong l’enregistre en même temps qu’un autre célèbre air français dont Yves Montant crée la version la plus connue, « C’est Si Bon ». Elles deviennent des standards internationaux qui se classent dans les charts via de multiples versions, mais celles d’Armstrong resteront parmi les plus connues.

Charles Aznavour est très connu dans les pays anglophones, mais relativement peu de ses chansons ont été reprises par des artistes du cru, encore moins furent de véritables succès. Une belle exception demeure « La Mamma », par ironie une chanson où il n’a rien à voir dans la composition, lui qui en a écrit des centaines. Dès sa sortie en 1963, elle fut reprise par de multiples artistes et fut un succès en version originale dans de nombreux pays. En 1964, la première version anglaise fut enregistrée par le crooner Matt Monro, mais la plus belle interprétation reste celle de Ray Charles dix ans plus tard, je dirais même que c’est la plus sensuelle de toutes celles que j’ai entendues.

Charles Aznavour ira lui-même chercher ce succès en enregistrant dans une version en anglais « Tous Les Visages De L’amour ». Il a été le générique d’une série TV anglaise, ce qui l’aida sans doute pas mal à atteindre la première place du hit parade en 1974. En contrepartie, elle reste dans sa version française nettement moins connue que bien de ses autres succès.

Parmi les stars de la chanson française, on oublie un peu que Gilbert Bécaud fut un précurseur. Sa chanson « Je T’appartiens » enregistrée en 1955, fut une première fois reprise en anglais « Let It Be Me » par Jill Corey en 1957, sans vraiment émerger des profondeurs. Mais trois ans plus tard, le fameux duo des frères Everly la reprend et a un immense succès qui lui donne une audience internationale. Elle est un classique incontournable de la variété anglophone.

Le même fit encore mieux en 1961. C’est l’année où il enregistre « Et Maintenant ». Je pense que l’on devait un peu le surveiller depuis le succès précédent, car son titre est adapté rapidement en anglais « What Nove My Love ». Parmi les premières adaptations ce sera celle de Shirley Bassey qui ouvrira le bal en cartonnant dans les charts internationaux. Elle fut reprise par d’innombrables grandes vedettes, Sinatra, Presley, Judy Garland, et refera des réapparitions des le hit parade, via des versions comme celle de Sonny & Cher.

La chanson francophone qui connut un succès aussi inespéré qu’inattendu fut certainement en 1963 « Dominique », la célèbre chanson de Soeur Sourire, une authentique religieuse belge. Si les titres que j’ai énumérés jusqu’à présent furent de beaux feux de joie, celle-ci fut un véritable incendie. Elle monopolisa la première place du hit parade américain pendant 1 mois, empêchant le fameux « Louie Louie » des Kingsmen d’accéder à cette honneur. Toutes leurs prières n’y firent rien. Ce succès reste un mémorable moment d’anthologie jamais égalé.

On a sans doute à peine remarqué que la fameuse chanson de Gainsbourg « Je T’aime Moi Non Plus » de 1969 fut non seulement un succès francophone, mais qu’il fut aussi un succès anglophone pour lui, et pas des moindres puisqu’il arriva en tête des chats anglais. Si la chanson fit grincer la censure au point qu’il fut interdit dans plusieurs pays et que Philips cessa de le distribuer, Gainsbourg négocia  un deal avec le label anglais Major Minor, c’est ainsi que la chanson fit son petit bonhomme de chemin dans l’oreille des Anglais.

Le célèbre chef d’orchestre Paul Mauriat a l’idée de reprendre en instrumental la chanson de l’Eurovision 1967 de Vicky Léandros « L’amour Est Bleu ». Contrairement à toute attente cette chanson, par un trait de « génie » transformée en « Love Is Blue » se classe no 1 aux USA l’année suivante. Jeff Beck, guitariste de pointe, en fait aussi sa version qui connaît un certain succès. Mais aux USA, des paroles anglaises sont collées sur la mélodie tout en gardant le titre. Il en existe plusieurs versions dont celle du crooner Al Martino. Mais la plus fameuse est le fait d’un groupe noir The Dells, qui l’inclut dans un pot pourri  » I Can Sing A Rainbow/Love Is Blue », en un vocal grandiose. Leur version connaîtra un certain succès.

Il fallut ensuite bien des années pour que la chanson francophone fasse une percée sur le marché américain, enfin surtout du point de vue succès. Et c’est encore une histoire belge, une sorte de parodie de musique punk, le très connu « Ca Plane Pour Moi » du planeur Plastic Bertrand. Non seulement la chanson fut une grosse vente en francophonie, mais elle se vendit plutôt bien aux USA et en Angleterre. Elle fut interprétée  en anglais par le groupe Elton Motelo « Jet Boy, Jet Girl », presque parallèlement à la version française, Bertrand d’ailleurs fut un temps le batteur du groupe. Mine de rien cette chanson est quand même devenue un standard car on en retrouve des interprétations, souvent en concert, chez des vrais punks comme les Damned ou des moins punks comme Metallica, Kim Wilde, ou encore U2.

 

Peter Pan fait son cinéma (2)

Nouvelle chronique de film de notre ami Peter Pan

Scènes du film

Une critique et présentation du film en français

Casting

  • Kirk Douglas : Ned Land
  • James Mason : le capitaine Nemo
  • Paul Lukas : le professeur Pierre Aronnax
  • Peter Lorre : Conseil
  • Robert J. Wilke : le commandant en second du Nautilus
  • Ted de Corsia : le capitaine Farragut
  • Carleton Young : John Howard
  • J.M. Kerrigan : Billy
  • Percy Helton : plongeur
  • Ted Cooper (en) : matelot du Lincoln
  • Edward Marr : affréteur (non créditée)
  • Fred Graham (en) : Casey Moore (non créditée)
  • Harry Harvey : Agent de consignation (non créditée)
  • Dayton Lummis, Herb Vigran (en) : journalistes (non créditée)
  • Laurie Mitchell : l’une des deux prostituées aux bras de Ned (non créditée)
  • Gloria Pall : l’une des deux prostituées aux bras de Ned (non créditée)

Dans le classement Internet Movie Database IMBd, ce film a obtenu la note la note de 7,1 / 10.

Le film a obtenu le prix de la meilleure direction artistique en 1955, Academy Awards

Vainqueur aux 10 meilleurs films de l’année National Board of Review , USA, 1954

Bas nylons et chose sauvage

La chanson que nous allons survoler aujourd’hui a deux particularités. La première est d’avoir été un tel succès pour un artiste que l’on croit que c’est lui qui l’a créée. La seconde est de marquer un tournant dans l’orientation des paroles des messages transmis. Jusque-là, les textes de la plupart des chansons à tendance sentimentale racontent des histoires d’amours heureux ou malheureux. Avec celle qui nous intéresse, la sexualité y fait une apparition plus débridée, à double sens . On sort d’une certaine routine propre aux pays anglo-saxons, où les choses sont dites en douceur. En comparaison à la même époque (1965), la France est déjà moins pudibonde sur ce thème, certaines chansons de Brassens sont franchement libertines. On peut penser au « Gorille » qui date déjà de 1952, c’est presque déjà une vieillerie. Les Rolling Stones ont enregistré Satisfaction » en 1965, c’est une des chansons qui a balisé la route. Dans les paroles, on peut très bien interpréter cette satisfaction que Mick Jagger n’arrive pas a atteindre par une frustration d’ordre sexuel, bien que les mots n’y font pas directement allusion. En 1965, un groupe américains les Wild Ones, via le compositeur Chip Taylor, enregistre l’original de la création qui nous intéresse « Wild Thing ». Ce sera un bide complet, jusqu’à ce qu’elle soit récupérée par les Troggs six mois plus tard. Elle deviendra un hit international avec de nombreuses premières places, notamment aux USA, plutôt rageur pour les créateurs surtout que leur version ne démérite pas. La mode du texte à connotation sexuelle est lancée, les Troggs confirmeront peu après cette tendance avec « I Can’t Control Myself » encore plus évocateur. Dans ce genre d’exercice, il paraît presque normal que de nombreux  enfants de « Wild Thing » voient le jour, phonographiquement parlant. Nous allons donner le biberon à quelques uns d’entre eux.

 

 

La version originale des Wild Ones, 1965

La version des Troggs. Une des rares chansons rock où l’on peut entendre un solo d’ocarina.  Clip en playback, 1966

Une reprise R&B par les Capitols, 1966

Senator Bobby, une parodie très drôle ou Bill Minkin imite Bob Kennedy, frère de l’autre, 1967

Sur l’autre face, même principe avec une imitation du sénateur Everett McKinley, 1967

La version de Jimi Hendrix à Monterey, où il brûle sa guitare, 1967

Marsha Hunt, belle reprise, 1971

Version live par les Runaways,  groupe entièrement féminin,1977

Siouxsie Sioux, icône du punk, enregistre une version dézinguée aux paroles retravaillées,  un duo sous le nom de Creatures, 1981

Version d’Amanda Lear, avec qui cous reconnaîtrez, sexy! 1987

Par les Divinyls, groupe australin, 1993

Une version « sportive »

Une version en live des Troggs, sans Reg Presley décédé en 2013, mais avec Brian May (Queen), 2014

Bas nylons et des Orléans

 

L’histoire est pour moi une chose passionnante. A l’instar de la musique, une de mes autres passions, il y a des personnages historiques qui figurent dans une sorte de hit parade de mes préférés de l’histoire. N’y entre pas qui veut, j’aime assez les personnages un peu décalés, ceux qui ne font pas tout à fait comme les autres. Je citerais principalement ceux qui ont fait plus ou moins quelque chose pour l’art ou la culture en général. Il y certes Louis XIV qui a beaucoup marqué par sa grandiloquence et aussi un peu sa mégalomanie, le monde de l’art. C’est sans doute un des rois dont on retrouve le plus de traces encore aujourd’hui. Difficile de se promener dans certains coins du Paris qui existait durant son règne, sans y retrouver quelque fait ou monument dont il n’est pas implkiqué. N’oublions surtout pas qu’il fut aussi responsable de choses moins reluisantes dont le peuple eut à souffrir. La fin de son règne trouva la France dans un triste état, au bord de la ruine. L’apport à l’art ne se mesure pas seulement aux rois, il y a aussi des princes, des ducs, des favoris, des favorites, qui eurent leur mot à dire et ils le firent. On peut se rappeler de Charles 1er d’Orléans (1394-1465), heureusement plus connu aujourd’hui par ses poèmes que par ses faits d’armes. Voici par exemple le célèbre Rondeau de printemps.

Charles 1er d’Orléans

Le temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie,

Et s’est vêtu de broderie,

De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête ni oiseau

Qu’en son jargon ne chante ou crie :

Le temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie.

Rivière, fontaine et ruisseau

Portent en livrée jolie

Gouttes d’argent, d’orfèvrerie;

Chacun s’habille de nouveau:

Le temps a laissé son manteau.

Marie Leszczynska

Si la gastronomie est un art, et je crois qu’il en est un, je ne peux que remercier que Marie Leszczynska, la femme de Louis XV, qui semble être à l’origine de la bouchée à la reine, l’un de mes plats préférés.

Philippe d’Orléans dit le Régent

Un personnage qui peut entrer dans mes favoris, je ne suis pas à la cour, mais je parle comme si j’y étais, est Philippe d’Orléans dit le Régent. Petit fils de Louis XIII, neveu de Louis XIV, fils de Philippe d’Orléans, dit Monsieur et frère de Louis XIV, mari en secondes noces de Elisabeth-Charlotte de Bavière dite la Palatine ou Madame. Le titre de Madame ou Monsieur revenait de droit aux personnes les plus importantes à la cour après le roi et la reine. Pour les nuls en histoire, rappelons que le frère de Louis XIV était homosexuel, ce qui ne l’empêcha pas, par devoir, de lui faire trois enfants dont un mourut en bas âge. C’est le second, Philippe, qui devint le Régent. Qu’il soit un personnage haut en couleur n’est sans doute pas tout à fait le fruit du hasard. Son père, malgré les revers de ses préférences sexuelles, est un peu jalousé par son frère qui semblait avoir des dons artistiques assez prononcés, des goûts très sûrs en la matière. Sa mère, femme d’un intelligence vive, est une des personnes parmi celles qui traversèrent les cours royales, dont le passage fait le joie des historiens. Un peu garçon manqué, pétillante, indépendante, se faisant royalement ch… à la cour, elle s’occupa à se cultiver. Elle écrivit plus de 60000 lettres dont certaines ne manquent pas d’humour, ni de franc parler,  mais pas toujours un sommet d’élégance.

Elisabeth-Charlotte de Bavière dite la Palatine

Voici une des plus célèbres qui fait allusions à certaines fonctions naturelles, envoyée à une de ses correspondantes, Sophie de Hanovre.

Vous êtes bien heureuse d’aller chier quand vous voulez ; chiez donc tout votre chien de soûl. Nous n’en sommes pas de même ici, où je suis obligée de garder mon étron pour le soir ; il n’y a point de frottoir aux maisons du côté de la forêt. J’ai le malheur d’en habiter une, et par conséquent le chagrin d’aller chier dehors, ce qui me fâche, parce que j’aime chier à mon aise, et je ne chie pas à mon aise quand mon cul ne porte sur rien. Item, tout le monde nous voit chier ; il y passe des hommes, des femmes, des filles, des garçons, des abbés et des Suisses. Vous voyez par là que nul plaisir sans peine, et que, si on ne chiait point, je serais à Fontainebleau comme le poisson dans l’eau.

Il est très chagrinant que mes plaisirs soient traversés par des étrons. Je voudrais que celui qui a le premier inventé de chier ne pût chier, lui et toute sa race, qu’à coups de bâton! Comment, mordi ! qu’il faille qu’on ne puisse vivre sans chier ? Soyez à table avec la meilleure compagnie du monde ; qu’il vous prenne envie de chier, il faut aller chier. Soyez avec une jolie fille ou femme qui vous plaise ; qu’il vous prenne envie de chier, il faut aller chier ou crever. Ah ! maudit chier ! Je ne sache point de plus vilaine chose que de chier. Voyez passer une jolie personne, bien mignonne, bien propre ; vous vous récriez : « Ah ! que cela serait joli si cela ne chiait pas ! »

Je le pardonne à des crocheteurs, à des soldats aux gardes, à des porteurs de chaise et à des gens de ce calibre-là. Mais les empereurs chient, les impératrices chient, les rois chient, les reines chient, le pape chie, les cardinaux chient, les princes chient, les archevêques et les évêques chient, les généraux d’ordre chient, les curés et les vicaires chient. Avouez donc que le monde est rempli de vilaines gens ! Car enfin, on chie en l’air, on chie sur la terre, on chie dans la mer. Tout l’univers est rempli de chieurs, et les rues de Fontainebleau de merde, principalement de la merde de Suisse, car ils font des étrons gros comme vous, Madame.

Si vous croyez baiser une belle petite bouche avec des dents bien blanches, vous baisez un moulin à merde. Tous les mets les plus délicieux, les biscuits, les pâtés, les tourtes, les farcis, les jambons, les perdrix, les faisans, etc., le tout n’est que pour faire de la merde mâchée, etc.

Lettre manuscrite de la princesse Palatine de 1711, écrite bien sûr en vieux français, cela nous donne une idée de la manière dont le français se parlait au 18ème siècle

Son art d’envoyer des piques et sa franchise n’épargnait personne. Madame de Maintenon et bien d’autres personnages de la cour reçurent des surnoms et des qualificatifs sans doute rigoureusement choisis tels que : vieille conne, chiure de souris, ma belle-fille ressemble à un cul comme deux gouttes d’eau. Elle ne respectait guère que le roi, dont elle fut possiblement un peu amoureuse. Ce dernier, sans doute pas tout à fait en désaccord avec ses jugements, l’appréciait énormément. Il prit parfois sa défense. Il admirait aussi cette femme qui allait parfois à la chasse avec lui, cavalière émérite, faisant tout comme ses meilleurs rabatteurs de gibier. A la mort de son mari en 1701, Louis XIV fit en sorte qu’elle conserve toutes ses prérogatives à la cour, lui versant une rente confortable. Elle lui survécut et mourut en 1721.

Philiipe d’Orléans naît en 1674. Il a d’abord été initié vers les armes et les fonctions militaires, c’est la règle pour les futurs nobles de haute volée. Mais il ne semble pas trop apprécier, il monte et se tient à cheval  à peine mieux qu’un cul-de-jatte, il a plutôt un esprit de futur intellectuel. Avant de devenir le Régent, il sera assurément un plutôt brillant militaire et diplomate. La culture l’attire, la géographie, l’histoire, la philosophie, font partie des ses intérêts. Il est réputé pour avoir une mémoire sans faille, passe pour intelligent et travailleur. Il ne se préoccupa pas trop de monter sur le trône, chose possible vu son ascendant, mais il n’est pas aux premières loges dans le suite logique de la succession. Une fois l’âge adulte atteint, il est de bon ton dans l’entourage du roi de se marier. Quand je dis de bon ton, cela ressemble plus à un ordre venant de Louis XIV. Le mariage prit les allures d’une comédie de Molière. Le roi lui suggère d’épouser Françoise-Marie de Bourbon, Mademoiselle de Blois (1677-1749), personne tout à fait charmante, mais bâtarde légitimée des amours de Louis XVI avec Madame de Montespan, une cousine en quelque sorte. Devant le roi Philippe dit d’abord : « euhhh… », mais sous l’influence du célèbre abbé Dubois, il accepte. Par contre sa mère est furax, jugeant indigne un tel mariage. Quand elle apprit la nouvelle, elle le gifla devant toute la cour, c’est une des rares fois où elle tenta de s’opposer au roi, mais le roi c’est le roi, alors. Bon l’affaire se passa aux pertes et profits de la raison d’état, et le mariage eut lieu en 1792, la mariée allant sur ses 15 ans.  Il paraît que le mariage ne fut pas des plus heureux, son mari la surnomma « Madame Lucifer ». L’histoire retient d’elle une femme paresseuse, hautaine du fait de son rang de fille royale, aimant s’entourer de dames de compagnie plutôt laides, afin d’être le centre d’attraction. Ils trouvèrent quand même le moyen de faire huit enfants.

C’est à la mort de Louis XIV en 1715 que Philippe d’Orléans accède au premier plan  en devenant le Régent. Cette fonction royale est prévue afin d’assurer la gouvernance en attendant la majorité  du dauphin. Mais il faillit ne jamais le devenir. Le testament de Louis XIV, prévoyant de faire passer avant lui d’autres personnages royaux proches de sa branche familiale directe, sera cassé à la suite de quelques arrangements et c’est ainsi qu’il obtient la fonction. Assez étonnant comme on peut faire assez peu de cas des ultimes volontés d’un roi et de son testament, d’autant plus qu’il est le recordman absolu de la durée de règne d’un roi de France. Cependant, les intrigues entre puissants sont choses courantes dans l’entourage d’un roi, surtout quand il n’est plus là, c’est presque un lieu commun de l’affirmer. Malgré tout, le choix ne sera pas si mauvais, l’histoire le dira. Lorsqu’il prend les commandes, la France est dans un mauvais état. Si Versailles brille de toute sa splendeur, les finances le sont nettement moins. Il entame une politique de redressement en touchant un peu à tout, politique, fiscalité, rétablissement de la paix, et surtout il allège la gouvernance absolue voulue par son prédécesseur, il prend un peu l’avis de tout le monde, il consulte tout en restant le maître. Il délaisse aussi Versailles et recentre le pouvoir au Palais Royal. Dans un premier temps, les résultats sont plutôt bons, la machine est timidement relancée. Le coup de maître du Régent, qui finit en déconfiture, est l’utilisation du papier monnaie. Cette histoire est bien connue, et presque tout le monde sait que son principal investigateur est l’Ecossais John Law. Sans entrer trop dans les détails et vous faire un cours de finances, voici l’histoire en bref résumé. Au départ, avec la bénédiction du Régent, l’idée est de remplacer l’argent en cours à cet époque, essentiellement sous forme de pièces, par des billets de banque plus faciles à transporter et manipuler. Alléchés par des promesses de gains reposant sur ces fameux billets de banque couverts par des avoirs en or, beaucoup de monde vida sa tirelire pour en acheter: On spécula, acheta des actions, avec en toile de fond un paradis chargé de promesses, la Louisiane, alors possession française. Les fameux billets de banque servent de titres d’échange. Pendant trois ans, des fortunes sur papier et monnaie de singe firent saliver les plus hardis, on ouvre de nouvelles banques, on fusionne, c’est l’euphorie totale. Mais en 1720, la roue tourne, on fait mousser les titres qui atteignent des sommes folles. Les riches actionnaires voulurent se faire échanger leur paperasse contre de l’or, or que la banque n’avait plus. ce fut la ruine pour pas mal de monde. On estime que 10% de la population française en subit les conséquences. Mais pour une fois, ce sont les plus nantis qui en souffrirent, les riches qui avaient acheté tant et plus de pièges à gogos. Paradoxalement, les finances de l’Etat s’en trouvèrent nettement améliorées en faisant supporter une partie de cette dette aux dindons de la farce. On s’accorde à dire que le résultat final profita aux plus démunis et à ceux qui eurent la sagesse de ne pas succomber aux tentations de l’argent facile.

Le cardinal Dubois

Son principal ministre est l’abbé Dubois devenu cardinal, Dubois, le même qui lui conseilla son mariage. C’est un homme intelligent, fin diplomate, mais comme beaucoup d’ecclésiastiques se pavanant des les cours, c’est un coureur de jupons invétéré. La célèbre chanson « il court, il court le furet » est transformée en son honneur en  » Il fourre, il fourre, le curé Dubois joli, mesdames ». En cela, il est plutôt parfaite harmonie avec le Régent. Ce dernier est connu pour son libertinage, il fit même un enfant à l’âge de 14 ans, avec une de ses concierges. Au cours de soupers qui rassemblent ses proches, cela tourne volontiers à l’orgie dans toutes les acceptations du terme, on parle même d’inceste avec un de ses filles, la duchesse de Berry. Il ne faut pas négliger qu’il fallait un peu oublier l’austérité des dernières années du règne de Louis XIV, mais là ils engagèrent la vitesse supérieure.

L’aspect le plus intéressant du personnage reste malgré tout sa contribution aux arts. Il a beaucoup collaboré à la composition musicale, notamment avec Marc-Antoine Carpentier, dont l’intro du « Te Deum » sert d’indicatif à l’Eurovision. Il est lui-même multi instrumentiste, et reste le seul régnant de l’histoire de France à avoir composé des opéras. L’un d’entre eux est parvenu jusqu’à nous, « Penthée », dont le livret a été écrit par le marquis de La Fare, un compagnon de libertinage, mais aussi capitaine de sa garde personnelle. Des extraits de cet opéra ont servi de bande sonore au film de Bertrand Tavernier « Que La Fête Commence », savoureuse chronique qui retrace le temps de la Régence, et les démêlées avec le marquis de Pontcallec.  Le film fait apparaître sous un jour nouveau le Régent (Philippe Noiret), sans doute un portrait plus proche de la vérité historique que les images plutôt négatives que l’histoire lui colle volontiers. Il peut aussi ajouter à ses talents certains, celui de peintre et de graveur. La première collection des tableaux du Palais-Royal, qui comprend  500 pièces, est aussi due à son initiative. Aujourd’hui ces objets se retrouvent dans tous les grands musées du monde.

Un extrait de Penthée, opéra baroque

Louis XV enfant

Le 25 octobre 1722, Louis XV montre sur le trône, mais ce n’est pas tout à fait fini pour le Régent, car le nouveau roi confirme le cardinal Dubois comme son principal ministre. Mais à sa mort le 10 août 1723, autre cas unique dans l’histoire de France, il nomme à sa place le Régent pour qui il a de l’affection . Il ne profite pas longtemps de sa position, car il meurt le 2 décembre 1723, dans les bras de l’une de ses favorites,

Philippe d’Orléans fut un personnage décalé dans l’histoire de France. Même s’il n’aimait pas Voltaire, qu’il fit emprisonner quelques temps à la Bastille pour avoir eu la langue un peu trop acérée envers sa fille la duchesse de Berry, il fut celui qui parvint à redonner un élan à la France politiquement et économiquement. On lui accorde aussi d’être aussi pour un temps, comme nous l’apprend l’histoire, le sauveur de la royauté, visiblement mise à mal par l’état de la France à la fin du règne de Louis XIV.  Il éloigna les risques de guerre en signant des traités de paix avec un peu tous les voisins agressifs, et sûrement permit à Louis XV de débuter son règne sans trop s’énerver. Bourreau de travail quand il le fallait, amateur de plaisirs pas toujours recommandables quand il en avait envie, véritable amateur éclairé d’art et de culture, si son fantôme vient me chatouiller les pieds la nuit, c’est que je n’ai rien compris au personnage.

Un cuvée dans le garage

Un voyage dans les obscurités garage punk sixties. Les Américains furent les rois dans ce domaine. Tout bled perdu au fin fond d’un état et qui avait au moins 500 habitants, avait son studio d’enregistrement. Très souvent, de petits groupes du coin acquirent une certaine dextérité musicale et surtout n’avaient guère d’autres distractions pour passer le temps. Le deal, c’était de se faire remarquer par un label de plus grande envergure et signer un contra. Pour cela, des directeurs artistiques sillonnaient les campagnes à la recherches de ces perles rares. Quelquefois ils en trouvaient, et beaucoup plus rarement ils parvenaient à en faire des plus ou moins grosses vedettes. Rien ne s’est vraiment perdu, car ces disques furent compilés dans des centaines de galettes vinyles dans les années 70 et 80. Moi-même, j’en possède une belle collection, certaines depuis 40 ans. Je les considère vraiment comme le testament de la part obscure des sixties. Voici une sélection dans n’importe quel ordre, le seul pont commun c’est que ce sont des groupes américains d’époque entre garage et début du psychédélique.