En passant

Exploration en terre musique inconnue (46)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1975 – Betty Davis / Shut Off The Kight. Elle fut brièvement la femme de Miles Davis. Elle se lança au cours des seventies dans une carrière de chanteuse plutôt funk. Mais c’est d’une cuvée supérieure. Disque rare.

1968 – Donovan / Wear Your Love Like Heaven. Dans les publication française de Donovan, il n’y a rien de vraiment rare. Cela se partage entre le courant et le moins courant. Dans cette seconde catégorie, on peut assez facilement ranger ce disque qui n’est pas son titre le plus connu. Mais ce n’est absolument pas un disque coté.

1959 – Annette (Funicello) / First Name Initial. Bien qu’elle soit une vedette aux USA, sa discographie française se résume à presque rien du tout. Cette première publication de 1959 annonce un peu le style surf à venir. mais les Beach Boys ne sont pas encore dans la course pour le populariser. Disque néanmoins assez rare.

1963 – The Essex / Easier Said Than Done. Un no 1 aux USA, pourtant cette chanson n’a laissé que peu de traces dans la mémoire collective, ce n’est pas trop la chanson que l’on fredonne sous la douche. Publié en France surtout sous la réputation que les Surfs en avaient fait une adaptation française (Pas Si Simple Que Ca). C’est une rareté assez évidente, d’un intérêt surtout pour les collectionneurs qui connaissent.

1963 – Anita Humes – I’m Making It Over. C’est la chanteuse du groupe précédent qui s’empressa d’enregistrer en solo sans trop de résultats. C’est à classer dans le même tiroir que le précédent, c’est rare, mais il y a quelques amateurs dont le rêve est surtout d’en trouver une copie sans trop dépenser.

1967 – Dyke & The Blazers / Funky Walk. C’est à n’en plus pouvoir le type même du disque que l’on pouvait entendre en 1967 dans la mouvance James Brown. La seule différence, c’est que celui-ci, seule publication française en 45 tours est assez difficile à trouver, il faut quand même quelques billets et pièces en euros pour une copie. C’est tellement ciblé que leur enregistrement de 1966 « Funky Broadway », fournit une hit à Wilson Pickett.

1970 – Exuma – Exuma, the Obeah Man. Chanteur venu des Bahamas, ses disques sont recherchés aujourd’hui parce qu’ils avaient un peu cette saveur de musique exotique mélangée à une sauce électrique. Ses disques ne sont pas parmi les raretés du siècle, mais ils sont assez bien cotés. Peut-être même parfois un peu trop.

1965 – The Manchester Playboys – And I Do Just What I Want. Groupe anglais de r’n’b erratique qui enregistra une petite poignée de disques et tourna un peu partout. Sous la houlette de Bobby Graham, un requin et batteur de studio, connu chez nous pour s’être occupé de pas mal des sessions d’Eddy Mitchell à Londres, ils enregistrèrent ce titre extrait d’un EP publié par Barclay. C’est une reprise de James Brown. Barclay avait plus ou moins un arrangement avec Graham pour publier en France du matériel en exclusivité. C’est ainsi que d’autres publications collectors proviennent de la même source, Il y a les Hairy Ones, In-Betweens (futurs Slade), London All Stars (dans lequel Jimmy Page tient la guitare), et ici les Manchester Playboys avec cet EP plutôt coté. Vocalement c’est assez bien torché.

1972 – Fela ( Ransome) Kuti – Egbe Mi O. Chanteur venu du Niger, il fit une belle carrière par la suite et devint une référence pour son style de musique africaine avec un mélange de jazz et de funk. Comme c’est souvent le cas, les débuts sont assez modestes, une fois connu les collectionneurs recherchent les vieilles éditions plus ou moins rares. C’est un peu le cas ici, et il faudra quand même mettre quelques bons euros pour éventuellement en dénicher une copie et la mettre en collection. Le fait que le fameux Ginger Baker participe à l’enregistrement pousse un peu les enchères. Le titre de la chanson est en version abrégée sur le 45 tours, car il dure plus de 12 minutes.

1967 – Benny Latimore / There She Is. En 1966-67 il y a eu une nombre assez conséquent de disques édités sous étiquette r’n’b. Bien sûr les James Brown, Otis Redding , Wilson Pickett, se partagent le succès, les autres rament un peu. C’est le cas pour Benny Latimore dont ce premier 45 tours français ne parvient pas au succès. D’une cotation moyenne, cette pièce relativement rare intéresse quelques inconditionnels du style.

1966 – Plinio Maggi / Io Ti Amo. Rien de tel pour participer à la grande soupe du festival de San Remo que d’avoir le nom d’une marque de potages. Sa carrière de chanteur est assez courte et sa participation au festival ne lui amena rien, il ne fut même pas retenu pour la finale. Le problème avec ce genre de chansons,  c’est que dans le cadre d’un festival, il y en a des dizaines comme celle-là.  Par la suite il retourna exercer son vrai métier, pharmacien, tout en menant en parallèle une carrière de compositeur. C’est plutôt cette dernière que l’histoire a retenu. Festival, une marque de circonstance, tenta quand même une publication française dont je n’ai jamais vu la moindre copie.

1966 – Lucio Dalla / Paff… Bum. Toujours à San Remo en 1966, le précédent ne fut pas le seul à se planter, des noms plus prestigieux sont écartés. Comme c’est l’habitude à ce festival, les chansons sont interprétées par deux artistes, l’un italien, l’autre étranger. Suite à l’idée très farfelue de leur producteur, les Yardbirds sont en compétition, et même deux fois. Une fois avec Bobby Solo pour « Questa Volta » et l’autre avec Lucio Dalla pour « Paff… Bum ». Ni l’un ni l’autre ne seront en finale. Les Yardbirds honnirent pour toujours « Questa Volta », même que Jeff Beck refusa de participer à l’enregistrement. Par contre, il gardèrent l’autre, à peine plus présentable dans leur discographie, en enregistrèrent une version anglaise sur des paroles concoctées par le bassiste d’alors, Paul Samwell-Smith. On retrouve notammant cet enregistrement sur la face B de l’édition allemande originale en 45 tours de « Shapes Of Things. La France publia la version en italien de Lucio Dalla sur un très rare EP.

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En passant

Bas nylons et garage à louer

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Il y a de nombreux noms génériques pour désigner la musique en général, on peut parler de classique, de rock and roll, de psychédélique, de beat, de punk, de hip hop etc… Certains noms furent inventés pour la bonne cause quand on redécouvrit certains styles de musiques qui n’avaient pas vraiment un nom, mais qui désignaient de manière générale une manière de produire de la musique. C’est le cas du garage punk qui apparut dans les années 1970, pour mettre en évidence un style qui était en fait une musique des sixties crée dans un contexte précis. Pour comprendre cette appellation, il faut un peu explorer l’univers musical américain vers 1964 – 1965. La géographie américaine n’est pas étrangère à l’apparition de ce style. Quand on sort des grandes villes, on est souvent vite confronté à des distances énormes qui peuvent séparer deux endroits d’une certaine importance. Ce sont tous ces grand villages et ces petites villes qui furent plantés sur la carte au hasard de la conquête de l’Ouest. On retrouve un peu les ambiances des westerns où quelques bons ou méchants règnent sur un endroit pour en faire un enfer ou un paradis. On vit en autarcie et il n’est pas trop question d’aller faire ses courses dans le bled voisin qui peut se trouver à des dizaines ou des centaines de kilomètres plus loin. Alors on s’arrange au mieux pour que l’on puisse trouver sur place tout ce dont on a besoin. Tout ce dont on a besoin peut aussi inclure un studio d’enregistrement ou une échoppe capable de presser et produire des vinyles. Dans les sixties, il a existé des centaines de labels discographiques à travers les USA, presque un pour chaque petite ville. Alors on produisit des artistes locaux sur des labels locaux, et souvent le local de répétition avant d’entrer en studio pouvait être le garage familial qui même parfois servait de studio d’enregistrement, les bandes étaient alors portées au disquaire local qui se chargeait de presser tant de disques au prix de tant, de l’autoproduction quoi. On connait un exemple célèbre, les Kingsmen et leur fameux « Louie Louie » qui fit le tour du monde, mais qui a l’origine fut publié sur un label local en Oregon. Les grands labels avaient des rabatteurs qui sillonnaient les USA pour dénicher ce qui pouvait devenir un hit national, parfois publié sans aucune retouche. Quelques artistes eurent cette chance et purent décrocher un hit national par cette méthode. Mais il ne faut pas rêver, il y avait des requins de studios au sens propre comme au figuré, les contrats étaient parfois peu avantageux pour l’artiste et très lucratif pour les autres. Maintenant, nous savons pourquoi la moitié de ce style a été nommé garage. Pour le punk, il faut juste savoir que parfois ce style étaient interprété par des musiciens qui se contentaient juste d’aligner quelques accords, le tout mélangé au son du garage, on obtient l’appellation finale. En fait, il est très voisin de la musique psychédélique et se mélange parfois avec. Il n’empêche que cette musique a produit de véritables perles, souvent produites en toute liberté artistique, peuvent faire pâlir de rage les galettes en vinyle issues des meilleures maisons de disques. Il n’est pas rare que ces petites publications originales, qui ont survécu au temps, sont achetées des milliers de dollars par les fêlés du genre.
Il a fallu que des passionnés partent à la recherche de ces pépites et en fasse profiter le reste du monde. Un premier signal fut donné en 1972 par le double album « Nuggets » sur l’initiative de Lenny Kaye, le futur guitariste de Patti Smith. Il ne concerne que le haut du panier, quelques artistes que l’on peut classer à la frontière de ce style, mais qui furent quand même relativement connus de leur vivant comme les Seeds ou les Amboy Dukes de Ted Nugent. Il fallut attendre la publication à partir de 1978 de la série « Pebbles » véritable bible du genre. Elle finira par voir vingt-huit albums publiés, ce qui représente environ 400 chansons. Les derniers volumes débordent les frontières américaines et vont explorer des pays comme la Hollande, l’Allemagne, la Suède, la Suisse, qui sans le vouloir tout à fait enregistrèrent localement et un peu dans les mêmes conditions, des pépites assez semblables. Beaucoup d’autres initiatives virent le jour un peu partout, elles s’approchent ou s’éloignent des « Pebbles », mais leur point commun reste la résurrection des obscurités. Moi-même je dois avoir au moins 200 albums de ce genre, c’est dire si je me passionne pour ce type de musique, devenu une sorte de bible et à coup sûr, un testament. Je vous ai exhumé une quinzaine de titres qui figurent dans les trois premiers volumes de la série « Pebbles ». Ce sont des artistes qui viennent du sérail, pratiquement inconnus de leur vivant, certains ont gagné un peu de gloire posthume. Les titres sont des originaux pour la plupart et question reprises on peut noter une savoureuse reprise de « Like A Rolling Stone » de Bob Dylan. Comme aurait pu dire Fox Mulder en écoutant Justin Bieber : « La vérité est ailleurs ».

The Wilde Knights  – Beaver Patrol

The Jujus – You Treat Me Bad

THe Squires – Going All The Way

The Outcasts – I’m in Pittsburgh

The Soup Greens – Like A Rolling Stone

The Elastic Band – Spazz

The Dovers – She’s Gone

The Satans – Makin’ Deals

The Choir – It’s Cold Outside

Satan & The D Men – She’ll Lie

Jefferson  Handkerchief – I’m allergic to flowers

The Calico Wall – I’m A Living Sickness

The Hogs – Loose Lip Sync Ship

The Third Bardo – I’m Five Years Of Ahead Of My Time

T.C. Atlantic – Faces

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En passant

Bas nylons et bêtes affiches

Merci de prendre note que la période des vacances approchant, les futurs articles risquent de rompre un peu la routine habituelle. Je vais faire selon mes envies entre deux occupations balnéaires. Mais rassurez-vous, il y a aura quand même de quoi vous divertir, d’autant plus que je n’ai pas l’intention d’aller faire une expédition dans le désert. Excellentes vacances si vous en prenez et rien n’empêche alors de passer dire un petit bonjour, vous risquez plus de voir des bas nylons ici que sur la plage de Saint-Trop !

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Poursuivons dans la thématique des affiches. Cette fois-ci voyons celles qui concernent quelque chose qui nous touche directement d’une manière ou d’une autre, les animaux. Notre principal rapport avec l’animal est celui dit de compagnie, pas le plus courant, mais il y a quand même un nombre impressionnant de personnes qui en possèdent un. Encore plus nombreux sont ceux qui les fréquentent de manière plus indirecte dans l’assiette. Nous sommes des carnivores, et ce n’est pas toujours ce que l’on fait de mieux. Personnellement, je ne suis pas végétarien, mais j’ai toujours eu un rapport un peu distant avec la bidoche. Je fais même assez souvent des repas sans viande. Pas plus tard qu’aujourd’hui en écrivant ces lignes, je n’ai pas mangé un seul bout de viande, il est 22 h 51 et je vais très bien. Mais il y a bien d’autres domaines où nous pouvons croiser un animal au propre comme au figuré. On peut aller au zoo, au cirque, jouer au tiercé, ou se prendre pour un coq, les animaux ne sont pas loin. Un conseil si vous voulez en voir, allez dans une forêt, planquez-vous dans un coin en restant peinard, et vous verrez qu’il y a de la vie. Dès que les affiches apparurent, l’animal se trouva bien entendu invité à y figurer pour diverses raisons. Voici une quinzaine d’affiches qui nous montrent, souvent de belle manière, que l’animal est assez « affigénique ». Toutes furent publiés un peu avant ou après 1900. On peut cliquer pour un meilleur aperçu.

Une affiche m’a surtout fait tiquer, celle sur le raticide, par ailleurs superbement illustrée. Depuis la mise à l’honneur de la bestiole par les punks, elle a perdu un peu le côté souffre que l’on voulait toujours lui coller. Il est vrai que le rat a transmis la peste et d’autres maladies dans les siècles passés, d’où ce côté un peu malfaisant. Pourtant, le rat est un animal très sociable s’il est apprivoisé par l’homme, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, très propre. Doué d’une intelligence certaine, il est capable d’apprendre des tours et de résoudre des énigmes. Il peut se montrer très affectueux envers ses propriétaires et rechercher leur contact pour des caresses, même de vous apporter un mouchoir en papier quand vous éternuez ou de dénouer vos lacets. Il a des expressions corporelles assez visibles pour chaque humeur, la plus spectaculaire étant ses yeux qui sortent presque des orbites quand il est content. Quelques vidéos tournée par des gens conquis, je les comprends.

Un vrai cirque

Les rats sont des pantouflards

Une vidéo où il « sort ses yeux », là il plane

Source Gallica, BNP, DP