Un vinyle plein de souvenirs

Dans mes vendredis en vrac, j’ai abordé le côté fantastique, le côté surnaturel que peuvent parfois prendre les choses. Je ne sais pas si les morts parlent aux vivants, si parfois ils ne se manifestent pas à leur manière pour se rappeler à leur bon souvenir. Bien que l’histoire personnelle que je vais vous conter ci-dessous n’a rien de surnaturel, il n’y a pas de fantômes, ni d’apparitions. Pas d’apparitions? Enfin pas tout à fait…

Une brocante, quelques disques à regarder, à trier, tout en espérant la belle pièce qui manque à la collection ou qui vaut son pesant d’or. Dans le tas, un vieux 45 tours de Michèle Torr, presque à ses débuts, quand elle représenta le Luxembourg à l’Eurovision en 1966. Sur la pochette un prénom et un nom sont calligraphiés, un nom qui me dit quelque chose, presque une certitude. Un prénom courant, un nom de famille beaucoup plus rare. Un et un font deux, ici avec certitude un et un font une.

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Un bond de 45 ans en arrière, voilà 1970 qui resurgit dans les millésimes de ma vie. J’avais 18 ans ou presque, elle en avait 20. Une de ces rencontres qui conjuguent plusieurs hasards pour devenir certitudes. Une parente qui connait une dame, qui travaille avec une autre. Cette autre, nous l’appellerons Francine, ce n’est pas son vrai prénom, mais qu’importe elle n’en deviendra pas laide pour autant. Laide elle ne l’est pas, blonde, jolie, elle a tout pour séduire, me séduire. Elle entre dans ma vie par la porte sur laquelle on ne heurte pas avant de l’ouvrir.

 Nous faisons connaissance, elle vient faire la pause de midi dans le restaurant où je vais parfois en famille. On se revoit souvent 2 ou 3 fois par semaine, pendant plusieurs semaines. Je crois que j’ai du charme, du moins on me l’a dit souvent. Ce n’est pas un charme tellement physique, mais le charme qui peut émaner de mes passions, de mon humour, de mon humeur plutôt joyeuse et égale. Je comprends assez vite que je ne la laisse pas complètement indifférente. Les petites remarques, les petits mots gentils que l’on ne dit pas à n’importe qui, le sentiment que l’on est bien l’un en face de l’autre. Je sais qu’elle parle de mariage, pas avec moi, mais avec un autre que je ne connais pas, que je ne connaîtrai jamais. Je crois comprendre entre les mots qu’il est sans trop de relief, qu’il aime bien les bagnoles, peut-être plus qu’elle, elle l’imagine sans trop en être certaine.

18 ans c’est l’âge ingrat de l’amour, une de perdue dix de retrouvées, c’est un peu ce que je pense alors. Pas trop envie de venir avec mon cheval, mes armoiries flottant au vent, l’enlever comme dans les contes de fées, me battre en duel. Imagine-t-elle, espère-t-elle un geste de ma part? C’est possible, je le crois encore tant d’années après. Ce geste, je ne le ferai pas, bien que mon coeur battait plus fort quand elle arrivait.

La date de son mariage fut décidée, pour moi il était temps de chercher une autre étoile dans le ciel. Elle quittait son emploi et ne reviendrait plus au restaurant. Elle fit ses adieux en emportant tous mes voeux de bonheur. Je m’en souviens très bien, étonnant comme on garde en mémoire des bouts de films quand nos yeux servent de caméra, elle est partie, s’est retournée, m’a fait un sourire, rien que pour moi, les yeux dans les yeux. Je l’ai suivie d’un ultime regard avant qu’elle disparaisse au loin. Je ne l’ai jamais revue.

Une brocante, un disque, son nom, 45 ans sont passés. J’ai pensé à elle peut-être cinq fois pendant tout ce temps, sans jamais chercher à savoir ce qu’elle était devenue, chacun vit sa vie, la mienne ne fut pas malheureuse, loin de là. Et elle, a-t-elle une fois imaginé ce que je suis devenu? Bizarrement, j’ai pensé à elle le jour précédent la découverte du disque, Un signe du destin? Un appel mystérieux? Juste un hasard? Il fallait que j’en sache plus…

Partir de rien pour reconstituer un bout de vie, c’est possible grâce aux archives sur la Toile, je m’y suis attelé et j’ai trouvé pas mal de choses.

Mariage, deux enfants, divorce, décès du second enfant dans un accident, concubinage avec un nouveau compagnon également divorcé, décès du premier mari, mariage avec le concubin.

Francine est décédée d’un cancer à 58 ans en 2008.

La présence du disque dans la brocante s’explique par le fait que le second mari est décédé en 2014, la famille aura sans doute liquidé définitivement les affaires du couple, dont quelques disques plus anonymes.

Etrange appel, comme le main du capitaine Achab emporté par Moby Dick dans les profondeurs océanes, c’est ainsi que je veux interpréter les choses. Il y a bien longtemps, je suis resté dans mon coin à tort ou à raison, je l’ai regardé partir vers son destin qu’elle imaginait sans doute radieux. Je n’ose croire qu’il aurait pu être meilleur si j’avais dit un mot, fait un signe. Mais qui sait ce qui se passe réellement ailleurs? Fallait-il que je sache ce qu’elle était devenue, si oui qui et quoi en a décidé ainsi?

Il y a ce disque que je regarde, il est vrai qu’elle ressemblait un peu à Michèle Torr. Je lui pose des questions mais il garde le silence. Je n’ai jamais beaucoup aimé cette chanson, si je l’entends encore, je vais l’écouter d’une autre manière.

Francine, je ne sais plus si je t’ai aimée plus qu’un matin couvert de la rosée que tu étais séchant aux rayons de soleil. Depuis, tant de nuages ont passé dans ton ciel que j’ignore la couleur qu’ils avaient. Je les ai peut-être contemplés sans savoir que tu te cachais derrière. Pour moi la vie continue, avec une poussière de regret…

Le Brésil sans foot

De par le football on parle beaucoup du Brésil, mais sans doute plus intéressant culturellement, on est facilement séduit la musique brésilienne d’une richesse absolue. C’est aussi le pays d’Amérique du Sud qui est capable d’exporter sa musique pour en faire des hits mondiaux. On a tous dans l’oreille l’un ou l’autre une chanson venue de là-bas dans les oreilles, même sans en connaître la source. De par ses origines diverses, elle est un équivalent latin du magma qui a donné naissance au folklore et à la musique américaine. La différence la plus visible est la langue, c’est du portugais, langue nationale. Pour le reste, les tendances viennent de plusieurs horizons, Europe, Afrique, sans oublier les habitants d’avant la colonisation, Indiens locaux. Le Brésil, c’est aussi le pays qui a mis à la mode deux mouvements typiques, la samba  et la bossa nova en 1957, la seconde étant une version plus légère de la première. C’est aussi surtout à partir de ce moment-là que la musique s’est exportée internationalement, via ces fameux microsillons qui franchissent allégrement les frontières. Voici quelques unes de ces chansons qui vous connaissez pratiquement à coup sûr, même si vous êtes bien incapables d’en donner le titre.

Antonio Carlos Jobim, l’un des plus célèbres compositeurs brésiliens et un de ses titre bien nommés « Brazil »

La chanson qui a vraiment mis sur orbite la bossa nova « Desafinado »

La musique du film « Orfeo Negro » de Marcel Camus est une des musiques brésiliennes les plus célèbres, sinon la plus célèbre. Elle ravagea le monde entier et n’est sans doute pas étrangère à la Palme d’Or que le film remporta au Festival de Cannes en 1959. Le thème principal « Manha De Carnival » est talonné par « Felicidade », autre chanson extraite de la bande sonore. Camus fit appel à Antonio Carlos Jobim et Luiz Bonfa comme compositeurs, leur assurant aussi une renommée internationale.

Fin 1961, un certain Jorge Veiga enregistre une chanson dédiée à Brigitte Bardot, pendant le carnaval de Rio de cette même année. Chanson facile à retenir, elle fut un hit tout spécialement en France, tout en engendrant de multiples versions.

Une autre chanson hyper connue venue du Brésil est « The Girl Fron Ipanema », un hit international anglicisé via Astrud Gilberto et Stan Getz en 1964. Mais la version originale, en portugais,  revient à Pery Ribeiro en 1963. C’est une autre composition de Carlos Jobim.

Une chanson que tout le monde a entendu au moins une fois, c’est le fameux « Mas Que Nada » de Sergio Mendes. Elle fit le tour du monde en 1966 et n’est jamais retombée dans l’oubli. C’est un bel exemple d’appel à la musique brésilienne, une chanson que l’on peut ne pas aimer, mais jamais détester.

Le Brésil peut s’endormir pendant un temps au niveau international et se réveiller de plus belle. En 1972, c’est le tour de Jorge Ben qui met tout le monde d’accord avec « Fio Maravilha », elle fera aussi une belle carrière. Déjé rien en annonçant le titre, elle trotte dans votre tête.

Une chanson moins connue, que l’on a malgré tout eu l’occasion d’entendre pas mal en France par le jeu des licences phonographiques, Baiano & Os Novos Caetanos et « Vo Bate Pa Tu ». C’est un trio, un peu les paysans du coin, qui exploite une musique déviationniste, une sorte de free samba, et des paroles parfois satiriques. Il n’en reste pas moins que même si l’on ne comprend pas les paroles, on se laisse entraîner par la musique. Tout à fait le genre de truc que l’on oublie jamais après l’avoir entendu une seule fois. A mon avis c’est un groupe qui aurait mérite d’être plus connu. Le titre principal et autre plus genre pop du terroir vous sont proposés.

Dans ce bref aperçu de la musique brésilienne, j’aurais pu encore y inclure Morris Albert et son « Feelings ». Il est natif du pays, mais sa musique l’est beaucoup moins, plagiat involontaire ou non d’une vieille chanson de Line Renaud. Pour terminer, même s’il n’a jamais connu de hit, il est l’un des virtuoses de la guitare à la mode de là-bas et très connu. Mélangeant samba, jazz et musique classique, Baden Powell est géant dans son genre. Le voici!