Exploration en terre musicale inconnue (24)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1962 – The Dellwoods / She Got A Nose Job. Après avoir été distribué en France par London, le label américain Big Top est repris par Barclay. A ce moment là deux grands noms enregistrent pour lui, Del Shannon et Johnny & Hurricanes. Barclay profite pour publier en France un fond de tiroir du label sur un EP qui couple Mike Russo et les Dellwoods. C’est extrait d’un album un peu parodique qui fait la part belle au célèbre magazine Mad. Sur la pochette de l’édition française on peut lire : « Les disques Barclay déclinent toute responsabilité quant aux accidents survenus à la suite de l’exécution de la danse contenue dans ce disque ». A ma connaissance, il n’y a pas eu beaucoup d’accidents.

1972 – The Dramatics / Whatcha See Is Whatcha Get. Le funk et la soul sont en passe de devenir une musique de premier plan au tournant des années 1970. En Europe cela démarre assez gentiment, toutes les publications des hits américains sont loin de connaître le même succès sur le vieux continent. En voici un exemple qui n’a pas cartonné en France.

1963 – The Earls / Remember Then. En 1962, le style doo wop et les ballades années 50 sont en perte de vitesse. Pourtant ici et là, quelques artistes arrivent encore à faire des tubes dans ce style. Il y a les Duprees avec « You Belong To Me » et ici les Earls et « Remember THen ». Edité en France sur un EP partagé avec un certain Larry Finnegan, le disque passe très inaperçu, mais le titre est remarqué par les Missiles qui l’adaptent en français pour leur premier EP. Remarquez que le titre faisait un peu double emploi avec la version anglaise de Jimmy Powell, également publiée en France par Decca, lui aussi couplé sur un EP avec les Chucks qui reprennent le hit de Johnny Thunder (pas le chanteur des New York Dolls) « Loo-Be-Loop », dont notamment Dalida fera un adaptation française. Comme ce disque est aussi rare que l’autre, je vous le mets à la suite.

The Earls

The Chucks

1966 – Cher / Mama. Cher est ce que l’on peut considérer comme étant une grande star. Parallèlement à son duo avec Sonny, elle a une carrière de soliste assez prolifique, d’ailleurs sous la houlette de Sonny qui lui compose des titres assez marquants. Le duo Sonny & Cher a bien cartonné en France, enregistrant même dans notre langue. Par contre sa discographie française solo est nettement boudée et les disques d’époque, sans être des raretés très cotées, sont bien plus difficiles à trouver. Qui se souvent de cette charmante « Mama » sur cet EP de 1966 ?

1967 – The Mamas And The Papas / Dancing Bear. Ce titre est l’illustration parfaite du manque d’intérêt pour un artiste quand il n’est pas programmée à la radio. Quand on écoute leurs hits, il est évident que c’est une groupe qui manie parfaitement les harmonies vocales et que les compositions de John Philips sont de premier ordre. Et pourtant cette petite merveille sortie en 1967 n’a de loin pas eu le succès qu’elle méritait. Si cette chanson était maintenant reprise pour une publicité, sûr que l’on en vendrait un million.

1965 – Les Astronautes (Astronauts) – I Still Remember. La discographie française des Astronautes, orthographié en français sur les publications, est assez rare. Les connaisseurs savent que c’est un groupe plus spécialisé dans la surf music et originaires du Colorado, état qui n’est pas spécialement attirant pour la pratique du surf. Le surf passant de mode, il s’orientent vers les dérivés de la Beatlemania. Un rarissime et dernier EP illustrant ce virage est publié en France en 1965.

1978 – Chorale / Riu Riu. Je me souviens très bien d’avoir acheté ce disque dans un magasin qui s’appelait Champs Disques à Paris. J’avais pris la peine de l’écouter, car je connaissais une chanson du même titre enregistrée par le Kingston Trio. C’était bien la même et j’ai été charmé par l’arrangement pop de cette chanson d’origine sud-américaine. A part ça, le groupe est d’origina anglaise et je ne crois pas que les ventes ont atteint le million d’exemplaires.

1960 – Los Dandies / Dracula Cha Cha Cha.  Malgré le « los », il s’agit bien d’un orchestre italien. En 1958, la firme cinématographique anglaise Hammer relance avec un certain succès le personnage de Dracula, via l’interprétation sanguinolente et en couleurs de Christopher Lee . L’apparition du personnage dans le titre d’un disque uniquement dédié à la danse est presque une suite logique. La France n’ayant rien sous la main dans le genre, on fait appel à une production italienne que Vogue publie via son sous-label Pop. La plupart des initiatives de ce genre se contentent de ventes modérées et de ce fait sont assez rares, elles n’ont souvent qu’un intérêt mineur pour les collectionneurs.

1968 – Owl / Run To The Sun. Du psychédélique anglais qui passa complètement inaperçu lors de sa sortie. Le groupe avait dans ses membres un certain J. Vincent Edwards qui aura une certaine notoriété deux ans plus tard avec « Thanks ». C’est une bonne petite pièce de collection.

1965 – The Paramounts / Draw Me Closer. Une grosse pièce de collection. Il y a une bonne raison à cela, les Paramounts sont les célèbres Procol Harum sous un premier nom. Autant ils vendirent des millions de disques sous leur second nom, autant ils n’en vendirent que quelques centaines en étant les Paramounts. La France se décide quand même à mettre en route un EP en 1965. La chanteuse Doris Troy ayant porté bonheur aux Hollies avec « Just One Look », ils vont puiser à la même source et les mêmes compositeurs et empruntent « Draw Me Closer ».  Leur reprise est plutôt bonne, s’inscrivant dans une veine r’n’b assez présente chez le Paramounts. Pour ceux qui connaissent Procol Harum et surtout leur immortel hit « A Whiter Shade Of Pale », la voix de Gary Brooker est aisément reconnaissable. Même emballé dans une splendide pochette, cette édition française unique ne se vendit que très peu.

1969 – People / I Love You. Plusieurs artistes portent ce nom. Ici il s’agit d’un groupe californien dont deux singles parurent en France sans provoquer de marées. Sur le premier on trouve une splendide reprise de « I Love You » des Zombies.

1959 – Jack Scott – The Way I Walk. Jack Scott, alors qu’il était plutôt un rocker dans l’âme, a créé un slow immortel qui fit le tour du monde en 1958 « My True Love ». Même la France s’y colla et continua de publier ses disques les années suivante. Si son succès est assez facile à dénicher dans une vieille édition, les suivants sont très nettement plus rares et peuvent atteindre des sommes rondelettes, comme cet EP de 1959, le troisième publié. Comme extrait une chanson plutôt rock et bien roulée.

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