Calendrier juillet 2013

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Léo coeur de nylon

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Le bistrot n’avait rien d’exceptionnel, un lieu où quelques habitués avaient l’habitude d’avoir des habitudes. Le patron appuyé sur son comptoir ne se mettait en position verticale que pour servir un client. Chaque fois qu’il avait envie d’allumer une cigarette, il l’a prenait dans sa boîte spéciale, ou ce qui en tenait lieu, le coin de son oreille. Certains ont l’habitude de mettre là, un crayon entre deux utilisations. Lui, c’était sa cigarette, il était ainsi certain d’en trouver toujours une en cas de besoin urgent. Aussitôt la place vide, en tirant les premières bouffées, il coinçait  la suivante, prête à subir l’épreuve du feu. Quand il avait un peu trop forcé et accepté les généreuses tournées qui étaient parfois plus nombreuses que les clients, il lui arrivait d’oublier de prévoir la suivante. Le moment de sa dose venue, cherchant la prochaine victime, il regardait autour de lui pour voir si elle n’était pas tombée sans qu’il s’en aperçoive. Quand son brouillard alcoolisé se dissipait un instant, il se ravisait et allait puiser à même le paquet, pestant comme toujours sur sa distraction. Une fois le bout de la clope devenu incandescent, il pouvait retourner à ses affaires.

– Remets-nous ça Léo, c’est ma tournée!

C’était le signal que les plus démunis financièrement attendaient. Il n’y avait pas de profiteurs, le roue de la fortune tournait selon ses envies, s’arrêtant un jour vers un et le lendemain vers l’autre. Aucune comptabilité n’était tenue, on savait que les dépenses d’un jour seraient compensées par la non dépense d’un autre jour. La seule chose qui avait un peu l’apparence d’une certitude, c’est que l’on ne mourrait pas de soif tout au long de la semaine. Chez Léo, c’était comme ça, on ne cherchait pas tellement à savoir si les roses avaient beaucoup de temps à vivre, le vin avait le parfum de l’amitié sans épines.

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Léo était un ancien chanteur reconverti dans la bouteille que l’on écluse au ballon. Jadis, il avait brillé comme une étoile un peu perdue au milieu du ciel, mais il avait brillé. Certains fans se souvenaient encore de son nom. Accrochées au mur derrière le comptoir, des photos témoignaient de sa rencontre avec de plus grandes vedettes que lui. Un instant, on aurait pu l’imaginer comme un rival. Un tragique accident de voiture, l’avait rendu dans l’incapacité de continuer sa carrière de chanteur de charme. Un modeste semblant de fortune lui avait permis de s’acheter son petit bistrot. Au fil des ans, la clientèle nombreuse des débuts, avait fait place à quelques visages du quartier qui étaient devenus son bas de laine. L’un des plus réguliers était Marly. On ne savait pas trop si c’était son nom ou un surnom, on s’en foutait, il était juste lui. Contrairement aux autres, il faisait un peu bande à part. Il s’asseyait toujours à une table, le plus souvent la même, quand elle était libre. Ses yeux allaient de gauche à droite sur les pages du livre qu’il avait toujours comme compagnon fidèle. On savait qu’il avait des lettres comme on dit chez les gens cultivés. Nul n’en savait plus, mais on le traitait avec un certain respect, sans savoir pourquoi exactement. Une émanation invisible qui devait titiller l’inconscient des autres clients.
Ce soir là, pourtant, un fait inhabituel se produisit. Un belle dame, élégamment vêtue, perchée sur des talons que l’on pouvait qualifier de haut, entra dans le bistrot. Léo, qui ne la quitta pas du regard depuis son entrée, laissait errer un oeil connaisseur sur la dame. Il s’arrêta longuement sur ses jambes. De merveilleuse jambes au galbe parfait, couvertes d’un voile noir qu’une couture séparait sur l’arrière. Léo avait plus de connaissances en la matière que l’on ne pouvait soupçonner. Dans son petit jardin secret, il était un fou absolu de bas. Il regrettait bien l’apparition de ce foutu collant qui avait relégué dans son esprit les jambes des dames au rang de saucisses enveloppés dans un quelconque boyau. Il regrettait d’autant plus, que le coquin en avait bien profité au temps de sa célébrité. Les jours fastes, quand la foule des concerts l’attendait à la sortie, il acceptait bien volontiers à chaque fois qu’on le lui demandait, de poser pour une photo.  Il suffisait d’une première demande, pour que tout le monde en fasse autant. Les dames et demoiselles n’étaient pas en reste. C’est vrai qu’il était plutôt beau gosse dans ses années de vedettariat, alors poser en plus avec une célébrité, quoi de mieux. Mais en fin renard, Léo ne faisait pas tout à fait cela pour la beauté du geste. Quand une belle s’invitait pour la photo, il regardait discrètement les jambes de la dame pour voir si elles étaient nues. Si ce n’était pas le cas, il savait que la dame portait des bas, le collant n’avait pas encore suscité l’approbation féminine. D’un geste qui se voulait amical et pour donner un semblant de moment d’intimité à l’heureuse élue, il baladait discrètement  sa main sur les cuisses de sa partenaire d’un instant, avant de d’immobiliser sa main sur la hanche ou sur l’épaule. Ah, il en avait tâté des jarretelles qui se cachaient sous ces robes et jupes qui s’offraient à lui. Des fines, des moins fines, des grosses, il aurait presque pu dire à quel genre de sous-vêtement elles appartenaient, gaines, porte-jarretelles, corsets. Etaient-elles toutes dupes? Tellement sous son charme pour ne pas  sentir ces explorations un peu dirigées? Il n’aurait su le dire, un chose était sûre, aucune n’avait manifesté un mouvement d’humeur. Certaines, un peu plus imaginatives, avaient ressenti cela comme une invitation. Il n’était pas rare que la nuit s’achève pour elles d’une manière dont elles avaient peut être rêvé, sans doubler le rêve pour qu’il devienne réalité. La chambre d’hôtel, réservée par sa secrétaire, les attendait. Il se souvenait avec plaisir de ces déshabillages, tantôt comme meneur, tantôt comme contemplateur. En la matière, il avait ses préférences, il jouait parfois un futur strip poker. Il misait sur le genre qu’il aimait, tout en espérant le découvrir quand tout deviendrait visible. En réalité, il se trompait rarement, mais ne criait jamais victoire quand il gagnait. Sa réussite était une victoire qui offrait un podium à sa libido. C’est alors qu’il se mettait derrière l’objectif, immortalisant pour son éternité, la belle en petite tenue. Il avait toujours son album, qu’il gardait précieusement, bien plus que celui où il posait avec des vedettes. De temps en temps, comme on consulte les photos de famille, il se rappelait les circonstances qui l’avaient transformé en photographe pour capturer l’ambiance d’une chambre d’hôtel dont il ne payait jamais la note. Sa femme, car il était marié, n’ignorait rien de son passé discrètement rangé sur les rayons d’une bibliothèque. Elle figurait dans l’album parmi les autres conquêtes, et c’était la photo qu’il préférait. Elle était devenue sa femme, car c’est bien la seule alors qu’il était en morceaux sur un lit d’hôpital, qui ne lui avait pas tourné le dos. Bien au contraire, elle s’était occupé de lui comme une lionne protège ses petits, rugissant comme le lion de la Metro Goldwyn Mayer quand on s’approchait de lui avec des intentions peu claires. Un soir à la lumière de la lampe de chevet, dans le silence de sa chambre de convalescence, il lui avait demandé sa main de sa voix abîmée qui ne chanterait plus jamais de sérénades Clara avait dit oui, simplement, les larmes aux yeux. Ils s’étaient mariés, ils avaient choisi ensemble le bistrot dont la soif des clients servirait à étancher celle de leurs amours. Les pages du calendrier avaient tourné avec les aiguilles de la montre. Ils étaient devenus une sorte de couple modèle, se partageant les tâches du commerce à parts égales. Le charme de la patronne, n’égalant que l’humour et la bonne humeur du patron. Certes, il lui arrivait parfois de boire un peu trop, mais il restait toujours dans les limites de l’acceptable, d’une correction parfaite avec chacun. Clara lui pardonnait bien volontiers, car elle n’avait jamais à s’en plaindre. Elle savait aussi que son corps rafistolé, lui rappelait à sa manière, les souvenirs d’une bagnole en mille morceaux par l’idiotie d’un chauffard qui voulait jouer aux autos tamponneuses. Douleurs plus physiques que morales, l’alcool les enveloppait de son petit nuage qui traverse un ciel plus paisible.

Le visage de Marly, levant les yeux de son livre, s’éclaira d’un sourire illuminé que la dame lui rendit au centuple. Visiblement, il savait qu’elle allait venir.

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Non, non, non, je n’irai plus au Virgin Megastore

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Je voudrais revenir un instant sur la fermeture de Virgin.

Bien que je n’y ai jamais acheté la moindre paire de bas nylons, j’allais de temps en temps au Virgin Megastore des Champs, lors de me passages à Paris. Sans être un inconditionnel, je prévoyais toujours au moins un passage dans les lieux, en complémentarité à mes autres vadrouilles de consommateur branché. Je consomme beaucoup de musique alternative et de cinéma dans le genre des vieux classiques, parfois assez obscurs pour le cinéphile élémentaire. Je ne consomme presque que cela et je dois reconnaître que je trouvais bien des trucs que je ne trouvais pas chez les spécialistes. Je complétais un peu ce que je ne trouvais ailleurs. Mon temps de présence dans la capitale a toujours été un peu minuté. C’est merveilleux Paris, on a trois achats à faire et résultat des courses, on y passe la journée. J’ai connu les débuts du magasin, une époque ou tout était encore simple et souriant dans les lieux. A l’époque, pour beaucoup, c’était une mise à mal du petit commerce branché. Je suis entièrement d’accord avec ça, mais mon but était surtout de trouver ce qui me faisait envie d’acheter avec des idées bien précises. Et je dois admettre que j’y remplissais bien mon panier. Tout ça, c’était au début, l’intention de mettre sous un même toit un panachage de la culture générale sans négliger les marginaux comme moi. Les vendeurs y étaient sympathiques et plutôt compétents dans des domaines très alternatifs, on pouvait leur soumettre un truc pas évident, tout en ayant une réponse de personne qui avait l’air de savoir de quoi on parlait. Je me souviens du commentaire de l’un d’entre eux qui me dit « Ah on aime les belles choses! ». Ca fait quand même plaisir d’entendre cela quand on ne vient pas d’acheter une compilation de Mireille Mathieu.

J’imagine que cela tournait bien, tout le monde y trouvait sa part de bonheur. Seulement voilà, les vautours de la finance sont arrivés et on a tout foutu parterre. Pour ces m’sieurs dames, la culture est un produit qui doit rapporter un maximum, le pétrole et Victor Hugo, c’est pareil. Au fil de mes visites, j’ai pu le constater, on misait tout sur ce qui avait un appel commercial évident, fini la beauté cachée des choses, il n’en restait que quelques cendres.  Les vendeurs ne sont que des pions, jamais on fait appel à leur savoir, il sont pourtant ceux qui sentent le vent venir. Et ce vent tourne, plus vite que les bénéfices qui doivent chaque année afficher une nette progression, comme si la course au  profit était infinie. Résultat des courses, on ferme!

La dernière fois que j’y suis allé, c’était l’automne dernier, sans penser que c’était la dernière fois. J’y ai mangé ma première et dernière omelette aux girolles accompagnée d’un fameux blanc. Tout compte fait je crois que l’omelette était ailleurs.

Adieu les employés de Virgin, je pense à vous car vous êtes les seuls qui méritent de la considération dans cette histoire.

La première fois que j’y suis entré, on diffusait cela dans le magasin, un titre prophétique…

Five fucking greats garage records

Les Anglophones quand ils veulent souligner leur enthousiasme pour quelque chose emploient souvent l’expression « fucking » qui n’est pas spécialement révérencieuse, mais qui exprime bien les sentiments et les souligne avec force. Le garage punk américain est pour moi l’un des grands mouvements musicaux né des sixties. L’expression est venue plus tard, mais elle résume bien l’intention musicale de ceux qui l’ont menée. Trouver un local pour répéter se résumait souvent à l’emploi du garage familial, on y était au moins à l’abri les jours de pluie. Le lieu a eu une incidence particulière sur le son, le confinement des lieux leur donne une sonorité particulière. Voilà pour la première partie du terme. Le seconde est liée à la musique punk, pas tellement que cela ressemble au Sex Pistols ou autres Damned, mais dans l’état d’esprit comparable à un style plutôt basique. Il s’agissait le plus souvent de groupes amateurs avec un bagage musical limité, on faisait de la musique pour le plaisir. Ils étaient des milliers à travers les USA qui rêvaient de devenir un nom écrit en grosses lettres. Pour la plupart, il ne se passa rien. Pour les plus chanceux, ils purent enregistrer un ou deux 45 tours pour des petits labels locaux, souvent en le payant de leur poche. Ce simple geste permit à ces disques de passer à la postérité et de garder intact ces petites merveilles. A partir des années 70 dans leur seconde moitié, certains chasseurs parcoururent les States afin de mettre la main sur ces pépites afin de les compiler et de leur donner une diffusion plus visible et parfois fabriquer des légendes de toutes pièces. La plus importante de ces compilations, « Pebbles » est devenue elle-même une légende en publiant avec sa consoeur,  « High In Mid Sixties » plus de 800 titres, essentiellement d’obédience américaine.  Elles furent imités par d’autres, des dizaines, si bien que l’on en arrive à des milliers de ces obscurités redécouvertes qui fleurent bon le style garage. Je dois bien en posséder 200 dans ma collection, achetés sur une dizaine d’années. On est souvent extasié devant les trouvailles que l’on y fait. Ces groupes qui ne parvinrent jamais à se hisser au niveau du vedettariat, surent pour un morceau ou l’autre composer un titre original sans aucune contrainte artistique, c’est frais et pur. Quelques dizaines puisés dans tout ce fatras sont maintenant des classiques regardés avec autant de respect que le « Help » des Beatles ou le « My Generation » des Who. Dans une première livraison, voici 5 de ces « fucking greats » perles probablement nées dans un garage et mise en forme dans un obscur studio d’un coin perdu sur la route du paradis.

Les trésors de la collection du Boss

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Dans ma collection de disques, j’ai des trucs souvent pas très ou pratiquement inconnus, issus le plus souvent de disques obscurs. Seul un spécialiste pourra vous dire de qui il s’agit. Pour une fois, vous pourrez écouter de la musique en vous laissant simplement entrainer par la musique. Vous ne saurez ni le titre ni l’interprète, vous entendrez juste une chanson ou une mélodie…

Oui je sais, il y a Shazam et autres logiciels qui vous dévoilent le titre et l’interprète et l’âge du capitaine. Pas la peine d’essayer, il n’y figurent pas et on les trouve pas sur YouTube ou si peu

Un bel exemple de folk américain avec tout ce que cette musique peut avoir de beau, tout en restant d’une sobriété exemplaire.

Dans la plus pure tradition d’une inspiration à la Beatles, une chanson qui fait mouche.

Un bel exemple de musique planante, toute la magie de l’électronique quand elle est employée dans un sens créatif

Des riffs de rock and roll, un son caverneux, tout le charme d’un enregistrement à la vieille méthode avec du matériel élémentaire

Un instrumental, oui mais pas dans le style Shadows

Nylon paparazzi (21)

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On sait tous que l’invention du nylon  remonte aux années 30 et que le brevet est américain. Si on peut considérer aujourd’hui que sa naissance est un événement digne d’être fêté par certains, il ne faut pas oublier que d’un autre côté il s’agit déjà d’un coup de commerce comme les Américains en ont le secret, ou du moins en avaient le secret, car ils ne sont plus les seuls. Chaque pays qui a un potentiel économique peut maintenant se lancer avec plus ou moins de bonheur dans le lancement d’un produit et surtout de créer la demande. On connaît tous la réussite d’un label comme Swatch qui a réussi à créer tout un monde avec un objet de consommation somme toute assez banal. Qui ne possède pas une montre?  Son fondateur, Nicolas Hayek a réussi a faire passer dans l’imagerie populaire une montre qui abandonnait sa présentation classique pour aborder un style beaucoup plus fantaisiste fait de couleurs et de formes.  Au fait, savez-vous qu’il existe un modèle Swatch Porte-Jarretelles?

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Le succès d’un buzz commercial dépend aussi des circonstances. On peut lancer un produit à un moment donné et se planter complètement, le même fera l’inverse à un autre moment. Deux exemples, le fameux thé froid dont on boit aujourd’hui des rivières entières, a été lancé chez nous sous sa forme industrielle au début des années 70, mais ce n’est qu’une quinzaine d’années plus tard qu’il a fait un boum, sa mise en brique l’a certainement aidé. La fantaisie dans la montre n’est pas une invention originale de Swatch. Rappelons-nous des fameuses montres Kelton qui visait la clientèle jeune. Elle introduisait la notion de jeunesse consommatrice, on changeait d’habits donc on changeait de Kelton. On faisait appel aux vedettes connues pour la publicité, pour faire comme. La marque avait aussi un groupe de rock édulcoré qui était sponsorisé et qui s’appelait bien sûr les Kelton. La marque n’a pas résisté à l’épreuve du temps, mais l’idée était belle.

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Les fameux Kelton dans une version française de « You’re No Good » de Betty Everett via les Swinging Blue Jeans

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Le bas nylon en lui-même n’est pas une révolution. Le bas existe depuis des siècles, c’est le nylon qui lui donne son envol. L’étymologie du mot a une origine incertaine, mais les initiales des cinq épouses qui ont mis au point l’invention semble la plus probable.  Il est présenté comme un article qui va révolutionner l’apparence de la jambe. En réalité, l’invention sera employée pour bien d’autres choses, le parachute par exemple, nettement moins sexy. Sa mise en vedette définitive sur la jambe, on l’a d’abord  utilisé pour la brosse à dents, a l’énorme avantage de concerner à peu près la moitié de la clientèle potentielle des USA, la femme. Le besoin de matière première entre une brosse à dents très peu sexy et une paire de bas est bien évident quand il s’agit de produire et de vendre. Passer d’un nouveau produit pour en faire une révolution doit aussi au hasard et au contexte historique prédominant lors de sa création. C’est le cas pour le bas nylon. La soie qui sert à la fabrication des bas jusque là vient principalement du Japon, mais pour des raisons politiques le gouvernement américain en a interdit l’importation. Cela profitera incontestablement à l’avènement du nylon.  Si tout est déjà empreint de gigantisme aux USA à la fin des années 30, l’industrialisation possède les moyens d’alors, en aucun cas comparables à ceux de maintenant. Le succès du bas nylon officiellement commercialisé en 1940 est tel, que la demande supplante de loin l’offre. Il devient un produit qui se vend parfois dans les marchés parallèles à des prix exorbitants. Chaque dame en veut une paire, on produit, on produit, mais c’est insuffisant. Ce n’est pas tellement le potentiel de main d’oeuvre qui manque, mais les endroits où on peut le fabriquer. Les inventeurs possèdent un droit de licence et n’importe qui ne peut pas se mettre à produire ces fameux bas. Et là-bas c’est sacré, le patriotisme se marie au fric quand c’est possible, mais ne saurait s’effacer devant lui. Pendant qu’on discute le temps passe. Le patriotisme, justement, il va être mis à l’épreuve. N’oublions pas que l’Europe est en guerre et que l’Amérique va entrer en guerre après Pearl Harbour, fin 1941. Au début le patriotisme va se mesurer d’une manière assez particulière en faisant appel aux dames, l’industrie de l’armement a justement besoin de nylon, pour fabriquer des parachutes et divers trucs pour l’armée. Alors, dans un ultime geste patriotique les dames vont détacher leurs bas pour alimenter l’effort de guerre. L’Europe, qui subit des temps difficiles, n’est quand même pas trop à la traine pour les nouvelles et il y a encore au moins un ou deux pays qui sont libres d’opinion en ce qui concerne l’actualité internationale. Tout ceci va un peu alimenter la légende de ces fameux bas qui finiront par arriver avec les troupes libératrices quelques années plus tard. Les dames n’attendent que cela, un moment d’intimité contre une ou deux paires de bas, ne fait pas partie des choses qui ne sont que légendes. On a tous en souvenir pour ceux qui l’on vu, le film « La Bataille Des Ardennes ». Telly Savalas (alias Kojak) tient le rôle du sergent Guffy, un commerçant improvisé qui profite de la guerre pour faire ses petites affaires, il fourgue bien évidemment des bas nylons à qui le demande. Ou encore cette anecdote authentique racontée par un soldat suisse. Entre la France en guerre et la Suisse neutre, la frontière n’était pas complètement hermétique, les frontières avec douaniers existaient toujours. Quelques personnes avaient des autorisations pour passer de l’autre côté. Un curé français en faisait justement partie et souvent se rendait en Suisse. Un jour alors qu’on douanier soupçonneux lui demanda s’il avait quelque chose à déclarer, le curé répondit: « Oui mon fils, j’ai quelque chose sous ma soutane qui d’habitude fait plaisir aux dames ». En rigolant, le douanier laisse passer le curé. En réalité, il n’avait pas menti, il avait planqué sous sa soutane des paires de bas nylons qu’il ramenait en France.

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Non ce n’est pas la sortie du nouvel IPhone, du nylon, juste du nylon

Mais voyons par quelques articles dans les journaux d’alors comment le nylon est traité par la presse. Vous pouvez cliquer sur les images pour une meilleure visibilité.

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Deux articles de 1941 qui présentent le nylon, alors encore une chose encore assez mystérieuse pour les Européens. Présentation et commentaire sur les problèmes que peut rencontrer la fabrication américaine.

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Une utilisation du nylon qui va devenir usuelle, le fil qui tire le poisson hors de l’eau sera en nylon. En 1942, on se préoccupe plus de la pêche que des effets du nylon sur les jambes des dames.

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En 1945, à peine sorti de la guerre, on pointe déjà les nouvelles tendances de la mode. Le nylon sert aussi à la confection des robes.

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Sa Majesté qui fête cette année ses 60 ans de règne, fête en 1945 ses 20 ans. Elle n’est pas encore reine mais se soigne. On apprend dans cet article qu’elle reçoit la première paire de bas nylons fabriquée en Angleterre.

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Extrait d’une chronique sur le Trieste d’immédiate après guerre. Devinez ce qu’on y trouve…

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Les commentaires d’une touriste anglaise de passage en Suisse, tout ce que vous voyez en vitrine…

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Trois publicités parues en Suisse en 1946 vantant les mérites du bas nylon dont un de fabrication française, eh oui la fabrication a démarré sur sol français.

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27 060813-1Intéressant article sur la situation de l’industrie française après la guerre. On y parle de bas nylons, mais aussi de toutes les difficultés de relancer une économie mise à terre par la guerre. A l’évidence, la situation du monde ouvrier n’est pas des plus enviable.

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