Exploration en terre musicale inconnue (33)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1965 – Bo Diddley – Hey Good Lookin’. Bien qu’étant musicalement aussi important que son collègue d’écurie Chuck Berry, Bo Diddley est beaucoup moins présent dans les éditions françaises des sixties. Ce premier EP peu courant avait pourtant bénéficié de quelques passages pour « Hey Good Lookin' » dans l’émission « Salut Les Copains », je me souviens de l’avoir entendu. Comme j’aimais bien, j’ai cherché le disque, mais j’ai eu bien du mal à le trouver. A noter que c’est une composition de Chuck Berry, ceci explique peut-être cela pour l’avoir publié, les Lionceaux en firent une adaptation « Hey Bo Diddley ».

1959 – The Kalin Twins / Clickety Clack . Ces jumeaux connurent un sacré succès international avec leur hit « When », même la France ne resta pas en arrière avec une flopée d’adaptations en « Viens », notamment par Dario Moreno, Gabriel Dalar, Danyel Gérard, Claude Piron (futur Danny Boy). La publication française des jumeaux est assez courante, par contre insuccès oblige, les suivants sont bien plus rarissimes, comme ce titre figurant sur le troisième EP « Clickety Clack « .

1960 – Jane Morgan / Tête De Bois. Une Américaine qui chante en français sans aucun accent, c’est rare. Même si sa discographie française est minuscule, elle a séjourné longtemps en France et a chanté surtout dans les cabarets. Elle a même chanté devant « Le Général ». Retournée aux USA, elle se fit petit à petit une réputation grandissante en interprétant des standards aussi bien issus du jazz que de la variété et de la chanson française, tout en se produisant devant tous les présidents américains de Kennedy à Bush. Elle vit toujours âgée de 96 ans. De ses rares publications françaises écoutons la célèbre chanson sur la jeunesse de Bécaud. Et c’est sans accent !

1966 -Keith Relf / Mr Zero. Keith Relf, c’est bien sûr le chanteur des Yardbirds. Pris par quelques envies de faire un peu de solo, il profita pour enregistre quelques titres en collaboration avec le reste du groupe. Sur ce single très difficile à localiser, beaucoup plus que le EP où il figure à côté du hit « Over Under Sideways Down », il reprend une chanson de Bob Lind.

1970 – Linda Hoyle & Affinity / Eli’s Comin.  Au tournant des années 1970, sonne l’heure de la musique progressive anglaise. De très intéressants labels comme Vertigo, publient de la musique où l’exploration de l’âme et des recherches musicales vont bon train. Un simple d’une chanteuse peu connue avec un groupe qui l’est un peu plus, Philips pensa que c’était une bonne idée de le publier en France, même s’ils surévaluèrent la possibilité qu’il devienne un hit.

1964 – Jack Nitzsche – The Lonely Surfer. Homme aux nombreuses facettes, bras-droit de Phil Spector, musicien, compositeur, producteur, arrangeur, il est partout. Comme chef d’orchestre et musicien, il sort en 1964 un album de surf selon ses visions de cette musique. Un rare EP est publié en France par Vogue qui présente son assez modeste succès dans les charts américains.

1965 – Buck Owens / Act naturally. Grosse vedette de country aux USA, mais passablement ignoré en France avec seulement un EP publié. Et cette publication réside surtout dans le fait qu’il est un des quelques privilégiés qui eurent la chance de voir les Beatles enregistrer une de ses chansons, par ailleurs bien mise en évidence sur cette rare publication française.

1966 – Sopwith Camel / Postcard From Jamaica. La label Kama Sutra émergea au milieu des sixties grâce à la réussite des Lovin’ Spoonful. Distribués par Polydor en France, le label essaya d’imposer d’autres artistes venant du même creuset. Ce fut le cas pour ce EP consacré à Sopwith Camel, musicalement pas très différents de leurs rivaux, mais au succès bien moindre. Il n’obtint guère plus de succès en France.

1966 – The Sherry Sisters / Refléchis. Un duo noir américain qui enregistra dans une multitude de langues dont le français, mais qui ne rencontra que le succès au Japon. Cet EP, leur seule publication française à ranger dans les obscurités, comprend les adaptations de quatre de leurs plus ou moins bides aux USA. Pas facile à trouver, mais assez intéressant pour les amateurs de r’n’b.

1966 – I Setti Latini / Il Jerk. Le label Vogue publia sous licence bon nombre de disques enregistrés en Italie. A ma connaissance, il n’y en a pas eu beaucoup qui cartonnèrent en France, s’il y en a eu. On peut parfois se demander ce qu’espéraient les producteurs en les publiant. Ce titre, vaguement inspiré du « Cool Jerk » des Capitols, avait un goût sans doute trop italien pour le public français. Le EP sur lequel il figure contient les deux singles parus en Italie. Il est quand même recherché par les collectionneurs.

1964 –  Nancy Sinatra. Cuff Links And Tie A Clip. Si la discographie du père peut sembler indigeste à certains, celle de la fille l’est nettement moins. Le succès ne vint pas immédiatement, il fallut attendre sa fameuse histoire de bottes pour démarrer vraiment sa carrière. La France ne s’emballa pas pour publier sa discographie. C’est seulement en 1964, soit près de trois ans après ses débuts, qu’un premier EP fut publié reprenant, entre autres, son premier enregistrement. Ce n’était pas encore le bon moment, car il est passé assez inaperçu, et compte par les rares de sa discographie française.

1958 – Tommy Sands / Maybeline. Nous venons de parler de la femme, alors parlons du mari. En effet, Tommy Sands fut marié avec Nancy Sinatra de 1960 à 1965. Il entama une carrière de chanteur en 1957, mais se cantonna plutôt dans un style pour teenager soft. Sa discographie française est assez abondante et contient 9 EP’s plus ou moins courants et plus ou moins recherchés. Il aborda épisodiquement le rock and roll, comme cette plutôt bonne version de « Maybeline » de Chuck Berry, publiée sur son 5ème EP.

*****

4 réflexions sur “Exploration en terre musicale inconnue (33)

  1. Bonjour M. Boss,
    « Act Naturally » La chanson connaît une deuxième vie en 1965 lorsque les Beatles décident de la reprendre. Chantée par Ringo Starr, elle apparaît sur l’album Help!. Avec Dizzy Miss Lizzy, il s’agit des dernières reprises enregistrées par le groupe. Elle paraît également, aux États-Unis seulement, en face B du single Yesterday.
    Bonne semaine
    cooldan

    • Hello Cooldan,
      Au chapitre des reprises à la Beatles, « Act Naturally » fait partie de celles que j’ai très peu écoutées. Pour moi la meilleure est « Long Tall Sally » de Little Richard, le vocal de Paul est époustouflant. Mais dans l’ensemble les Beatles étaient de très bons adaptateurs. Je pense que c’était plutôt des hommages qu’ils rendaient plus qu’un manque de matériel original, ils savaient faire tout aussi bien sinon mieux.
      Bonne fin de semaine

  2. Hello M. Boss,
    Tout à fait d’accord avec vous …Les Beatles aimaient aussi ajouter leur grain de sel à certaines chansons, pour rendre hommage à l’artiste, et voir aussi pour faire redécouvrir un titre sous une autre façon, du reste ils n’ont jamais caché avoir été marqué par des artistes qui ont composé avant eux.
    Bonne fin de semaine
    cooldan

    • Hello Cooldan,
      Je crois que tout ceux qui ont eu ce privilège peuvent leur être très reconnaissants, il n’ont pas perdu au change ! Je me souviens lors d’un concert avec un orchestre très local, quand ils ont entamé « Roll Over Beethoven », un spectateur a dit  » Ah voila les Beatles »…
      Bonne fin de semaine.

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