En passant

Voyage début de siècle (32)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Découverte du Japon, suite

Même si le Japon est un pays qui peut paraître lointain pour un Occidental, en fait pour un Européen il doit aller vers l’est, un Américain vers l’ouest, la distance est à peu près égale. Au 19ème siècle le Japon s’ouvre peu à peu vers l’extérieur, sous entendu l’occident. Tout en gardant sa propre culture, le Japon relaie aussi de sa technologie, ses apports deviennent des faits réels où l’occident a sa part de présence. Au début du siècle suivant, les villes peuvent ressembler à celles d’ailleurs, même au niveau politique on peut parler de pays civilisé. Malgré tout, le Japon tient à rester le Japon, il veut bien un coup de main, mais on est chez nous et on veut le rester. Plus tard au niveau de la technologie, il arriva même que les Japonais battent l’Occident avec ses propres armes. J’ai roulé pendant 25 ans avec des voitures japonaises, je ne suis jamais tombé une seule fois en panne. La voyageuse nous parle de ses impressions.

En 1869 et 1870, des traités de commerce furent conclus, et plusieurs ports ouverts aux étrangers. En même temps, on persuada aux daimios de vendre à l’Etat leurs fiefs et de renoncer à leurs privilèges. Une armée de 60,000 hommes, formée par des instructeurs européens, se créa. Enfin, l’Etat confisqua les immenses biens du clergé bouddhique qui dès lors vécut d’aumônes. Ingénieurs, professeurs, appelés dans le pays, accoururent de tous côtés. Les mœurs, les habitudes, les institutions américaines et européennes ne tardèrent pas à dominer. La manie des nouveautés et de la civilisation étrangères est telle dans les îles du soleil levant, que les amis et les admirateurs de son antique et originale culture déplorent, non sans raison, une folie qui menace de faire du Japon une contrefaçon de la culture occidentale.
Depuis 1880, le Japon a une constitution et une Diète copiées sur celles de la Prusse. En 1890, il fut admis dans l’Union des Etats civilisés de l’Orient. Le pays du soleil levant ou plutôt du soleil levé, ainsi qu’il lui plaît d’être nommé, a pris, depuis trente ans, un développement sans exemple dans l’histoire. Les chemins de fer, les postes, le télégraphe, les applications multiples de l’électricité, les tramways, ainsi qu’une marine excellente et une armée bien disciplinée le rangent définitivement parmi les nations civilisées. Les recettes et les dépenses du budget s’équilibrent.

L’Europe, fière d’avoir fourni au jeune Etat des mentors, commence à trouver que l’enfant adoptif s’émancipe. Coutumière de l’erreur, elle voudrait continuer à tenir en lisière l’élève qui, ayant appris ce qu’il voulait, peut se passer de maîtres. « Le More a fait son devoir, il n’a qu’à s’en aller.» On n’est plus tributaire de l’étranger, on produit et fabrique à peu près tout dans le pays.
Cela indispose les initiateurs. Bien à tort, car chacun agirait de même; les Japonais font preuve d’intelligence et d’un esprit d’initiative dignes d’admiration. Pourquoi ne s’affranchiraient-ils pas de la tutelle de l’Europe, ayant tout ce qu’il faut pour être indépendants: moyens de transport sur terre et sur mer, écoulement facile des produits, une main-d’œuvre exceptionnellement réduite et une quantité de denrées et de matières précieuses: riz, sucre, thé, camphre, soie, coton, bambou, pétrole, houille, cuivre, pour ne citer que les principales.
Le Japon, y compris l’île de Formose, a une population de 45,000,000 d’habitants. On compte 108 habitants par kilomètre carré, moyenne que peu d’Etats atteignent.

Les premières informations qui parvinrent en Europe sur le Japon furent apportées par le Vénitien Marco Polo en 1295, au retour de son grand voyage en Asie. Il parle d’un pays à l’est de la Chine qu’il n’a pas vu lui-même, mais où les Chinois vont chercher des épices, des perles et de l’or. Il raconte qu’une quantité de petites îles entoure l’île principale, Zipangou; que les richesses du pays sont immenses, que l’empereur réside dans un palais revêtu de plaques d’or. Les récits de Marco Polo séduisirent, paraît-il, l’imagination de ses compatriotes; car la tradition s’en conserva pendant deux siècles. Lorsque, vers la fin du quinzième siècle, le Nurembergeois Martin Behaim construisit le premier globe terrestre — qui se trouve encore dans sa famille — il n’omit pas l’île Zipangou qu’il plaça à 13 degrés de longitude de Kanghou (Hang-tocheu-fou) en Chine.
C’est dans l’espoir d’arriver par l’ouest à ce pays légendaire, à l’archipel des 7456 îles aux épices, que Christophe Colomb partit de Palas, le 3 août 1492. Il ne devait pas rencontrer Zipangou. En 1543, 37 ans après la mort du grand explorateur, les premiers Européens abordèrent au Japon, jetés par des vents contraires sur l’île de Kiousou. Le navire était portugais. Cet événement extraordinaire et l’aspect des étrangers frappèrent à un tel point les insulaires, qu’ils immortalisèrent le fait par un récit: écrit et illustré, dont on a retrouvé des fragments. Les images ont disparu; mais on peut encore en lire l’explication dans l’annuaire de l’époque avec les noms légèrement estropiés des Portugais.
J’aurai l’occasion de parler encore des tentatives des Européens pour s’établir au Japon. Pour le moment, je reviens à Nikko et à ses curiosités.
Un voile de nuages gris s’étend au-dessus de ma tête lorsque, arrivée à la gare, je grimpe dans la jinrikisha qui doit m’amener à l’hôtel de Nikko. Le chemin est long, très raide à certains endroits. Mon équipage suit de belles allées ombragées, puis enfile une rue de village bordée de boutiques, traverse la rivière mugissante, le Dayagava, et me voici au pied de la montagne des temples. Deux ponts sont jetés sur le beau fleuve: l’un pour le commun des mortels, l’autre, le Mi-Haschi, construit autrefois pour les shogouns, est accessible au mikado seulement; peint en rouge éclatant, richement décoré, il se détache admirablement sur le vert foncé du paysage.
Tout ici me rappelle la patrie: le Dayagava, torrent impétueux aux flots écumants, les cimes audacieuses des montagnes, les sombres forêts. Sans les jinrikishas, l’illusion serait complète!
Comme il n’y avait plus aucune chambre libre dans l’hôtel de Nikko, je me vis obligée de passer la première nuit dans une maison voisine. Le vieux qui m’y reçut se jeta à plat ventre devant moi. Il faut avoir vu le cérémonial d’un salut japonais pour y croire; toute description qu’on en pourrait faire paraîtrait invraisemblable. Il exige une souplesse de membres et une agilité peu communes; i’eus plus d’une fois l’occasion de m’en convaincre et d’admirer ces qualités chez les Japonais. Hommes et femmes se reposent souvent des heures entières, accroupis, penchés en avant, tout le poids du corps reposant sur la pointe des pieds.

A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP

En passant

Voyage début de siècle (31)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Découverte du Japon, suite

La voyageuse continue de nous expliquer les fondements et les croyances du Japon. Il est vrai que par rapport aux religions monothéistes, c’est un peu plus compliqué, ils auraient même une certaine tendance à avoir des dieux vivants. Pour un oriental, voyager au Japon est assez déroutant, beaucoup de choses ne se font pas comme ici. On ne serre pas les mains, une inclinaison du buste remplace le bonjour, en pénétrant chez quelqu’un on enlève systématiquement ses chaussures, si vous mangez des nouilles avec des baguettes n’hésitez pas à les aspirer bruyamment, c’est un compliment envers le cuisinier. Et une chose qui va ravir les radins, on ne donne jamais de pourboire. Même si vous ne faites pas tout correctement, les Japonais sont d’une extrême gentillesse, ils vous pardonneront bien des choses en votre qualité d’étranger. Pas besoin de leur dire ils le savent, physiquement vous paraissez assez différent d’eux. Mais voyons la suite de l’histoire japonaise.

Pour mettre fin à cet état de choses, le mikado éleva un membre de l’ancienne et puissante famille des Minamotos, du nom de Yoritomo, au rang de shogoun, ou général de la couronne. Ce titre lui donnait plein pouvoir sur tout l’empire. Yoritomo sut exercer pour son profit personnel la puissance dont il avait été investi. Son autorité sans cesse croissante devint si grande, que le shogoun, premier vassal de l’empereur, était en réalité le maître. Il réussit en outre à faire décréter que sa dignité resterait à titre héréditaire dans sa famille.
Yoritomo mourut à Kamakoura, en 1199, après avoir consacré les dix dernières années de sa vie au rétablissement de la paix et de l’ordre dans le pays. Désormais, Nippon eut deux souverains. Tandis que le successeur des shogouns gouvernait de son palais de Kamakoura, le mikado, dispensé des affaires et réduit au rôle de souverain spirituel, résidait à Kioto. Trop saint pour entrer en contact avec les humains, trop pur pour toucher la terre de ses pieds, il donnait ses rares audiences caché derrière un rideau; il ne se mouvait que porté sur les épaules de ses serviteurs. Ses ministres et ses femmes exceptés, jamais un sujet n’entrevoyait sa personne sacrée.
Le Dr Kaempfer, médecin allemand au service de la Hollande, qui vint au Japon au dix-septième siècle, raconte ce qui suit: «On attribue à toutes les parties du corps de l’empereur une telle vertu, qu’il ne se hasarde jamais à en retrancher la moindre parcelle. Aussi, pour que ses ongles, ses cheveux, sa barbe, n’atteignent pas une longueur démesurée, est-on obligé de les lui couper la nuit pendant son sommeil; car les Japonais admettent que ce qu’on lui prend de cette façon est un larcin qui ne peut nuire ni à sa sainteté, ni à sa dignité.»
Cependant la puissance des shogouns tomba à son tour en décadence et les guerres civiles ravagèrent de nouveau le pays.

Alors s’éleva l’homme que le Japon vénère comme son plus grand héros, Jyeyasou, général habile autant que puissant souverain. A Nikko où se trouve son tombeau, nous verrons le culte presque divin qui lui est voué encore aujourd’hui.
Jyeyasou (1542-1616), rejeton de l’ancienne famille Tokougava, fut le chef d’une dynastie de shogouns qui pendant trois siècles (1542-1868) détint le pouvoir attaché à ce titre. Jyeyasou et ses successeurs procurèrent au pays une longue série d’années de paix. Sous leur règne, le régime féodal atteignit son apogée. Les relations avec l’étranger qui étaient devenues très actives furent rompues, sauf avec les quelques Hollandais et les Chinois établis à Nagasaki. En même temps, les missionnaires catholiques subissaient les persécutions les plus cruelles. Les revenus et le pouvoir du mikado étaient réduits à la portion congrue; de même les prétentions des Kouge noblesse desang impérial, d’un rang plus élevé que
le shogoun lui-même, qui avait le privilège de donner au mikado son épouse et ses 12 concubines choisies dans leurs familles. Les Kouge habitaient le voisinage du palais impérial à Kioto.
Au même rang de noblesse se plaçaient les daimios avec leur escorte de samourai (soldats héréditaires); le shogoun était leur suzerain. Chaque daimio possédait son fief peuplé de soldats et de ministres. Mais le shogoun pouvait disposer à son gré de la vie et des biens des 255 daimios. On pourra lire plus loin comment ils allèrent à Yeddo pour prêter le serment de fidélité au shogoun; car Jyeyasou, aussitôt parvenu à cette dignité, transféra sa résidence de Hamakoura à Yeddo.
En 1605, Jyeyasou abdiquant en faveur de son fils, se retira à Shizmika, pour s’adonner aux arts et aux sciences. C’est l’époque de la renaissance japonaise. Tel fut, jusqu’en 1854, l’état d’un pays vivant dans un isolement complet, laissant s’écouler des siècles sans tenter un rapprochement avec les nations voisines.
A l’énergique Jyeyasou et à ses descendants avaient succédé des shogouns faibles et incapables contre lesquels les Kouge ne tardèrent pas à se soulever. Espérant à l’aide du mikado conquérir une position plus élevée, ils cherchaient à relever la puissance de celui-ci et à en faire de nouveau le maître des destinées du Japon.
En 1854, une flotte américaine, sous le commandement du commodore Perry, abordait à Yokohama. C’est à la conduite mesurée et habile de ce chef, que l’on doit d’avoir vu tomber les barrières élevées autour d’un pays merveilleux à peine entrevu jusqu’alors par les autres nations.
L’arrivée des Américains fut le coup de grâce porté au shogoun. Sa chute entraîna la ruine des institutions surannées qui depuis des siècles tenaient le Japon dans les ténèbres et l’esclavage. Le mikado rentra en possession de tous les droits de ses ancêtres. Il y a perdu de son prestige et de sa sainteté: le peuple est admis à voir son visage.

A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP