Un jour de 61

Mon ami Loudstart, fidèle contributeur à mon blog, m’a envoyé une petite histoire qui va tout à fait dans le cadre de son excellent récit « Buick et bas coutures ». Encore une histoire de bagnole et de bas coutures?  Oui, mais en se rappelant que sa mère avait l’habitude de ne point trop tenir secret ce qui se cachait sous ses robes. Elle nous emmène une fois de plus dans ce merveilleux voyage fait de dentelles, de nylons et de cette foutue bagnole qui a une forte tendance à singer sa propriétaire, c’est à dire n’en faire qu’à sa tête. En voiture et merci à l’auteur.

En 1961, pendant que nous étions en vacances à Auch, une amie d’enfance de ma mère qui habitait Toulouse est venue passer un week-end à la maison. Arrivée en fin d’après-midi le samedi dans sa petite quatre chevaux, nous nous retrouvons après le déjeuner du dimanche midi.

En 1961, pendant que nous étions en vacances à Auch, une amie d’enfance de ma mère qui habitait Toulouse est venue passer un week-end à la maison. Arrivée en fin d’après-midi le samedi dans sa petite quatre chevaux, nous nous retrouvons après le déjeuner du dimanche midi.

Ma mère propose d’aller faire un tour sur le mail, Arlette, c’est le prénom de l’amie, n’est pas particulièrement enthousiaste, elle préfèrerait rester à bavarder tranquillement. Mais ma mère insiste.

– Tu vas voir, il y a beaucoup de monde, c’est très  agréable d’arriver en Buick décapotable et d’en descendre devant tous ces gens impressionés. Et sans attendre la réponse d’Arlette, elle demande à mon père de sortir la voiture.

En attendant, les deux amies restent à discuter assises sur le canapé.

Ma mère s’est très bien habillée en perspective de cette sortie du dimanche sur la promenade.

Elle porte une robe de skaï noir avec de long gants assortis et des escarpins découverts à lanières de cuir noir.

Mon père est descendu, on entend le démarreur de la Buick par la fenêtre ouverte.

Démarrage 1 son mp3

Arlette demande.

– Qu’est-ce que c’est ce bruit ? Ma mère lui répond.

– C’est la Buick qui démarre, on va y aller. Pendant ce court échange, mon père continue à tirer sur le démarreur.

– Tu es sure, elle n’a pas l’air de vouloir partir. Je sens que ma quatre chevaux va servir. Ce n’est sûrement pas aussi bien que ta Buick, mais elle démarre, elle.

-Tu plaisantes ! Tu nous vois arriver en quatre chevaux. Tu ne peux pas savoir le succès que j’ai en Buick.

– Aujourd’hui elle n’a pas l’air de vouloir t’emmener ! Le démarreur continue à se faire très présent.

– Ecoute, elle va démarrer, le moteur commence déjà à tousser.

Démarrage 2 son mp3

– Ah, déjà ! C’est au moins le dixième coup de démarreur !

– Peut-être, je n’ai pas écouté, répond ma mère. Arlette change de sujet.

– Tu n’as pas chaud avec cette robe en skaï et des bas en plein mois d’Août ?

– Pas du tout, et je porte des bas tous les jours, je me sens nue sinon.

– De toute façon, si tu retrousses toujours autant tes jupes tu ne dois pas avoir bien chaud.

– Voilà, c’est ça ! Coupe ma mère qui commence à s’agacer d’entendre le démarreur qui ralentit sans que le moteur parte.

– Oui, eh bien moi je suis sûre qu’elle ne va pas partir ta belle Buick. Ecoute la batterie est morte. Ma mère lui répond.

Et alors, il y a la manivelle dans ces cas là. Effectivement on entend mon père descendre et le bruit de la manivelle.

– La manivelle ? Interroge Arlette.

-Eh bien oui, comment tu fais avec ta 4cv quand elle ne démarre pas.

-Je n’ai jamais eu besoin de me servir de ce truc ! D’ailleurs je ne me rappelle pas avoir vu quelqu’un s’en servir. C’était sur les voitures d’avant guerre ça.

-Nous on s’en sert, et c’est très pratique. Coupe ma mère.

Démarrage 3 son mp3

– C’est peut-être pratique mais ça n’a pas l’air d’être plus efficace qu’avec le démarreur, elle est en panne ta Buick, on dirait.

– Ce que tu peux être défaitiste, soit un peu patiente, fait comme moi, fume une cigarette.

– Merci je ne fume pas. Pendant ce temps le bruit de la manivelle continue d’arriver par la fenêtre, et enfin le vieux moteur démarre.

– Tu vois, ça n’a pas été bien long, allons-y, dit ma mère en se levant et en lissant sa jupe.

– J’èspère qu’on démarrera mieux en quittant le mail tout à l’heure, dit Arlette.

– Tu sais, ce n’est pas bien loin , la batterie ne sera pas assez rechargée, on partira à la manivelle.

– A la manivelle devant tout le monde ? On va être ridicules.

-Au contraire, on aura le temps de bien se faire admirer.

– N’importe quoi, se faire admirer dans une voiture en panne, on va prendre ma voiture ! Ma mère sourit.

– Tu sais, on est souvent obligé de démarrer avec la manivelle. C’est plutôt agréable de voir les gens qui regardent, je suis fière d’être dans une grosse américaine décapotable, même si elle a du mal à démarrer. Allez, viens, tu verras.

– Allons-y soupire Arlette.

– Elle va mieux démarrer j’éspère ?

Ma mère se contente de hausser les épaules en retroussant sa robe avant de monter.

Nous partons pour la promenade, ma mère s’installe au milieu de la banquette avant, en retroussant sa robe au-dessus de ses fesses et fait asseoir Arlette à coté d’elle. On reste près de deux heures à se promener, et à boire un café en terrasse, puis vient l’heure de rentrer. Le mail est plein de badauds, qui jettent un œil au passage sur la Buick garée au beau milieu. Arlette demande à ma mère.

– Tu te rends compte que tu as montré ta culotte à tout le monde ? Lui dit Arlette.

– Et alors, elle n’est pas jolie ? Pendant ce temps mon père essaye d’utiliser le démarreur.

– Mais la batterie n’est pas assez rechargée, ma mère attrape la manivelle devant les pieds d’Arlette et la donne à mon père pendant qu’il descend.

– Et voilà, tout le monde nous regarde, on a l’air malines ! Râle Arlette.

– Tu n’as pas fini de rouspetter, prend plutôt du plaisir à te faire regarder. Arlette ne dit plus rien pendant un long moment.

Mon père tourne la manivelle sans résultat. Ma mère allume une cigarette. Arlette reprend.

– On voit ta culotte jusqu’au nombril !

– Et alors ?

– En plus on sent le siège qui bouge avec la manivelle, ça te plait d’avoir les genoux en l’air avec tes talons aiguilles qui te remontent les genoux sous le menton ?

– J’adore ces sensations.

Pendant ce temps, mon père abandonne et va demander à des passants de nous pousser. Quelques personnes viennent se mettre à l’arrière de la Buick. Arlette demande.

– On ne descend pas les aider ?

– Descends si tu veux, moi j’ai des talons trop hauts. Arlette descend pour aider à pousser tandis que ma mère reste assise au milieu de la banquette. Enfin la Buick démarre et nous rentrons. Arlette a repris son souffle.

– Je ne suis pas prête de l’oublier ta ballade.

– J’y ai pris un grand plaisir ! Répond ma mère en rajustant ses jarretelles.

– Eh bien dans ce cas évite d’emmener tes amies, dis toi qu’elles n’ont pas le même genre de plaisirs que toi!

 

Promenade à la lisière des bas avec Achille Talon

Achille Talon vous connaissez? Mais oui, c’est ce héros de BD au verbe fleuri et au vocabulaire exhaustif, créé par le regretté Greg dans les années 60. Cas unique dans l’histoire du genre, l’auteur est autant un écrivain qu’un dessinateur, le texte presque plus important que l’image. Entouré de son irascible voisin Lefuneste, des ses parents, autre cas unique pour un héros dessiné, il va vers le verbe.  Son papa, Alambic,  grand consommateur de houblon mis en canettes, est le pendant modérateur du lyrisme filial.  Le grand penseur se devait d’avoir une dame dans ses pensées. Virgule de Guillemets remplit ce rôle, tantôt conquise, tantôt capricieuse. Au contraire des histoires qui finissent bien, il ne se marient pas et n’auront pas beaucoup d’enfants. Alors, essayant de me plonger dans l’Achille Talon dixit, après myself, San-Antonio, j’ai imaginé une nouvelle promenade à la lisière des bas en imaginant comment il aurait contemplé la chose.

Dans les superlatifs de la féminité en nylon, le regard acéré du connaisseur contemple de son oeil ruisselant, le bas qui charme le citoyen horripilé par l’horloge qui avance à l’heure du collant. Le contemplateur dans un soupir jouissif, s’attarde au croisement des fils allant sur les autoroutes de la futilité attirante des deniers sans demi-mesure. Issu des machines à tisser le joug de son acharnement béat, il part en exploration joyeuse aux confins de sa soyeuse obsession vestimentaire. Du pas assuré de l’explorateur qui méprise l’inconnu de son savoir glané dans les meilleures écoles du savoir inné, il jauge la lisère sereine comme l’obstacle ultime à conquérir. Tel le cosmonaute errant sur la planète lointaine cherchant un magasin de lingerie pour offrir un cadeau à sa maîtresse lors  son retour, il guette la félicité qui d’un revers de regard balaiera la poussière de ses préjugés. Il accueillera la jarretelle qui tient sa libido fixée sur la jambe de ses errements contemplatifs, comme la rédemption de sa soif après la traversée de son désert imaginatif. De l’hameçon accroché au fil de nylon, il ferrera les images qui iront frétiller dans l’épuisette de sa quête avide de plaisirs sensuels.

Lettre à l’amant fétichiste

Mon Amour,

Depuis ton départ les jours se traînent,  ruisselants d’ennui. La grisaille des heures défile au tic tac lent de cette pendule qui retient le temps. Mon seul sourire est mon âme, qui je sais, va vers toi par delà les montagnes, obstacles ou s’étirent les distances cruelles. Je t’écris comme tes fantasmes me l’ont demandé. J’imagine tes mains remontant le long de mes jambes, ces jambes que tu trouves si belles et qui ne sont pas nues. Ta bouche parsèmera de baisers  le voile qui les recouvre. Je vais t’avouer pour te faire regretter d’être parti, que tu n’as pas encore vu les trésors que je te destine quand tu reviendras. Mon corps s’enflamme de l’ imagination des désirs,  il me semble sentir la chaleur de tes mains sur ces  petites marques discrètes  qui soulèvent un peu le tissu de ma jupe. Je sais que tu les aimes tant, que tes sens se plaisent à imaginer le secret encore caché. Surprise en est la couleur, j’aurais voulu en inventer une qui n’existe pas sur la palette des désirs du peintre un peu fou. Quand tu les découvriras, tu seras comme le poète qui a trouvé les rimes en mille carats.

J’ai toujours en moi cette douce sensation  qui se répandit dans mon corps sur le quai de la gare des au-revoir. Tes doigts qui se glissaient entre le manteau et la robe cherchant l’endroit ou le bas se fait lisière, là ou se cache l’objet de tes désirs qui garde  la frontière de ma peau nue. J’étais folle de tous mes sens, folle de ne pouvoir jeter au loin la robe et la manteau, folle de te sentir en moi. J’aurais voulu crier à la foule anonyme que les éclats  de mon bonheur, briseraient les icebergs de leurs regards qui vont  à la rencontre des bateaux qui filent dans la nuit. Le souvenir des visages de l’ombre s’est effacé des limbes de ma mémoire. Ton visage, seul, reste présent sur l’écran où je visionne ce qu’il m’appartient de toi. Je sais qu’il en est un autre  où mes jambes défilent devant tes yeux avides. Les reflets de ton regard , en se posant sur la couture de mes bas illuminent la route qui conduit là-haut, vers la félicité des douces soieries.

Viens, je t’attends,  je t’attends comme on attend la folie quand on l’imagine merveilleuse. Les lampes falotes du quai qui nous sépara, se transformeront en soleil qui annonce l’ aube triomphale des retrouvailles. Je serai là avec les secrets que je te destine, que ta main aventureuse essayera de deviner dès que nos corps se toucheront. Que le route sera longue jusque à  l’instant ou je pourrai abandonner toute pudeur, quand ma jupe glissera à mes pieds. Toi, à genoux dans une prière païenne, tu désireras  éteindre le feu qui brûle en toi. Mais comment l’apaiser? Je ne suis que la bûche résineuse qui l’alimente pour mieux le rendre chaud sur l’autel des passions infinies.

Oui mon Amour, cet enfer que l’on dit pétri de flammes, nous le transformerons  en paradis. Peut-on mourir de plaisir au paradis?

Ton Amour  qui brûle de Ta fièvre

Cinébas

Avant l’irruption de la Toile dans notre vie, le cinéma a toujours été un moyen idéal pour explorer la sensualité. Longtemps bannies  par la censure, certaines scènes croustillantes sont depuis les points forts de quelques films. Le phénomène va si loin que des films qui auraient fait pousser des hauts cris il y a 50 ans, sont presque projetés dans les écoles maternelles. A l’avènement du cinéma porno dans les années 70, avec une majorité de films réalisés n’importe comment,  le but fut surtout de montrer des relations sexuelles. Les Américains furent les plus prolifiques et aussi les pires. En Europe, même si le cinéma libertin existe, on est plus attentif à présenter le contenu en l »enrobant d’un scénario plus ou moins minimaliste, mais qui a le mérite d’exister. Quelques maisons de production ont aussi la prétention de présenter des réalisations d’une certaine qualité avec des femmes plutôt jolies et qui ne mâchent pas du « chouingome » tout au long du film ou qui ne parlent pas comme des charretiers. Même si les costumes ne sont pas de Donald Cardwell, ils viennent de très bonnes maisons de lingerie. et souvent le porte-jarretelles ou la guêpière sont à l’honneur. Mon but n’est pas de vous faire partager une grande fresque sur le porno, mais plutôt de mettre en évidence quelques films qui contiennent une ou deux belles scènes avec bas à l’appui.  Même si certains ne sont pas des sommets de réalisation, ils ont l’avantage de proposer de quoi se rincer l’oeil.  Avec bien sûr  ces petits secrets qui se cachent sous les jupes, mais qui nous sont révélés pour notre plus grand plaisir fétichiste. J’ai dû faire avec ce qui est à disposition sur les sites vidéos, les extraits survolent quelquefois le meilleur en raccourci, mais vous pouvez toujours aller voir de plus près en vous procurant le film. Cet article est une première esquisse, il y en aura d’autres, la matière est vaste.

Extrait sonore d’un film

Dialogue sensuel

Humour

Au cinéma un homme dit à son voisin:

– Je crois que j’ai une touche avec la femme à côté de moi, elle réajuste ses bas!

– Oh tu sais cela ne veut rien dire, les femmes le font souvent.

– Oui, mais c’est avec ma main!-

Hot Spot – USA 1990 – Réalisé par Dennis Hooper –  Avec: Don Johnson – Virginia Madsen – Jennifer Connelly

En plus d’être un bon acteur, Dennis Hooper est aussi un bon cinéaste. Avec ce film, il nous replonge dans la tradition du film noir. C’est le genre d’histoire qui ne semble être possible que dans un coin des Etats-Unis, avec ses personnages très typés, des gueules caractéristiques de leur personnage. Et dans tout cela un homme aux prises avec un nymphomane et une histoire de meurtre. La belle Virgina Madsen en femme légère est splendide. C’est un film assez chaud, le titre l’indique, mais tout cela est suggéré sauf que l’on sait avec certitude que la nymphomane porte des bas, c’est visible. Un excellent film avec une vraie histoire pour nous faire patienter entre deux exhibitions. De plus ce film a une excellente bande sonore avec  des duos Miles Davis, John Lee Hooker et également Taj Mahal, Roy Rogers, Earl Palmer.

BOF

Une belle fille comme moi – France 1972 – Réalisé par François Truffaut – Avec: Bernadette Lafont- Philippe Léotard – Charles Denner – Guy Marchand – Claude Brasseur – André Dussollier

Truffaut semble avoir toujours eu une passion pour les bas. Plusieurs de ses films peuvent le suggérer.  Dans cette comédie très immorale, les scènes sont nombreuses. En plus d’être mené par d’excellents comédiens, du moins ils le sont tous pour ce film, on ne s’ennuie pas un instant et on rigole bien. J’ai toujours aimé le cinéaste et pour moi ce film, pas toujours acclamé, reste un détour indispensable dans sa carrière.

La Sirène du Mississipi – France 1969 –  Réalisé par François Truffaut – Avec: Jean-Paul Belmondo – Catherine Deneuve – Michel Bouquet

Antérieur au précédent, c’est une histoire  moins légère, sérieuse pourrait-on dire. On explore la relation d’un couple étrange, un peu l’amour maudit. Catherine Deneuve, encore jeune, était en train de devenir une grande star. Belmondo a presque un rôle sérieux, pas tellement le gouailleur que l’on connaît habituellement. Belles scènes de bas, c’est presque une habitude chez Deneuve.

8 femmes – France 2002 – Réalisé par François Ozon – Avec: Catherine Deneuve  – Isabelle Huppert –   Emmanuelle Béart –  Fanny Ardent –  Danielle Darrieux – Virginie Ledoyen – Ludivine Sagnier –  Firmine Richard

Que des femmes  dans ce film et un homme mort.  Un rêve pour les féministes. L’histoire n’est pas sans rappeler l’ambiance des Agatha Christie. Un meurtre et 8 coupables possibles, chacune avec ses raisons de le commettre ou pas.  Comme les événements sont censés se passer dans les années 50, il est bien évident que les bas sont la parure des jambes obligatoire, surtout qu’on est en hiver. Une mention spéciale à Isabelle Huppert dans son rôle de femme refoulée. A noter aussi l’apparition de la grande Danielle Darrieux, une future centenaire qui a traversé  toute l’histoire du cinéma parlant et qui tourne encore. Si les costumes et habillages sont assez le reflet de l’époque, on ne peut pas en dire autant de certaines chansons qui figurent dans la bande sonore. Elles sont  postérieures aux années 50 et je ne comprends pas très bien si c’est un mauvais travail de documentation  ou délibérément voulu. Difficile d’imaginer un remake de « L’ange Bleu » avec le sosie de Marlène Dietrich chantant « Strangers In The Night ». Je cite celle-là, car l’origine de la chanson est allemande.

A suivre

A vos méninges musicales

Dans les années 60 en France, le manque de créations locales locales et devant la pléiade de chanteurs qu’on voulait lancer, il fallait aller puiser dans le répertoire anglais ou américain. Le principe était simple on collait des paroles françaises sur les originaux. Il est évident que les grands succès étaient accaparés en premier, puisque ça marchait ailleurs, pas de raisons que cela ne marche pas ici. Mais le marché dans lequel on puisait était tellement vaste, que l’on allait parfois chercher des chansons qui étaient de petits succès, des titres secondaires dans la discographie d’un artiste, ou sans aucun succès. On poussait même le bouchon en transformant des instrumentaux en chansons. Ils offraient quand même une chance de devenir un tube ici. Il y eut avec ce principe quelques belles réussites, bon ou grand succès ici, mais obscurité ou négligeable ailleurs. Cela incitait parfois les maisons de disques de publier ces titres avec la mention « version originale de… ».
Le principe de ce jeu est de vous faire découvrir les chansons originales, à charge pour vous de retrouver le titre français et l’interprète. Si vous connaissez bien les sixties, ce sera assez facile, même très facile dans certains cas. Pour les autres, essayez quand même, car certaines sont quand même encore connues aujourd’hui. Toutes ces chansons passaient sur les radios de l’époque. Dans la mesure du possible, j’ai mis la version originale du créateur.
Vous pouvez bien sûr mettre les titres que vous avez découverts dans un commentaire, mais ce n’est pas une obligation.
Je donnerai les réponses un peu plus tard.
Alors à vos oreilles et partez!

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Francesca et Elle

Nous avons vu dans un épisode précédent comment Francesca est entrée dans ma vie, ou plutôt comment je suis entré dans la sienne. Quelques années plus tard, elle fut à nouveau la complice involontaire d’une séance d’observation qui ne me laissa pas de marbre. Je suis allé chez elle un peu par obligation. J’ai grandi depuis l’anecdote précédente et je conduis ma voiture  pour amener ma mère en visite chez elle. C’était pas vraiment une corvée, car je savais que j’aurais l’occasion de boire un de ces bons cafés à l’italienne, trois cuillères de café pour un dé à coudre d’eau. En rien je ne devais regretter ma visite. Tout commença par un séjour au petit coin, où  je vis quelques paires de bas soigneusement alignées sur un séchoir. Cela m’indiqua qu’elle n’avait pas passé aux collants comme la presque totalité des femmes converties à cette détestable mode, avec le consentement, plus que l’approbation, du copain ou du mari. Il y avait au moins deux irréductibles résistants, San-Antonio et moi. Lui, dans ses romans il voyait des bas partout, moi beaucoup moins car je ne suis pas un romancier. Mais la suite de l’histoire, la voici…

Au milieu des années soixante-dix, c’était presque le désert pour les amateurs de bas.  Rien à se mettre sous la dent, bien que je n’ai jamais essayé d’en manger. Même bien cuit, ça doit être très indigeste. En tournant le regard ici ou là, pas la moindre petite satisfaction visuelle d’une jarretelle égarée sur la jambe d’une dame.  La mode avait aussi ses bizarreries. On était dans l’ère du maxi manteau qui brossait le trottoir avec en dessous une jupe tellement mini que nos strings actuels semblent un gaspillage de tissus. Et bien sûr des collants, pour compenser les frimas de la saison hiver. Pourtant arriva sous la forme d’un coup de sonnette, une jeune fille qui avait quelques habitudes chez Francesca. Cette demoiselle, au visage assez agréable,  était certainement en proie aux doutes existentiels qui tourmentent les adolescentes qui lisent des magazines où le prince charmant viendra les délivrer de l’acné  juvénile par un doux baiser. D’après ce que j’ai pu comprendre, sa vie à la maison n’était pas malheureuse, mais ses parents pas trop démonstratifs côté cœur. Alors, elle s’était fait une copine en unissant sa solitude avec celle de la couturière. Sans doute cette dernière lui avait aussi donné quelques conseils sur la manière de se vêtir, de se maquiller, bref d’entrer dans la vie. Elle était assise en face de moi, je revois la scène quand je veux. Elle portait un pull beige et une jupe ample dans les tons brun-olive, qui allait à  hauteur du genou. Une horrible paire de souliers d’hiver faisaient un tache dans sa tenue, mais passons, dehors il neigeait. Mon regard s’était bien sûr attardé sur ses jambes, entourées de nylon, couleur chair. Nous avons engagé une conversation sur tout et sur rien. De temps en temps une œillade de ma part glissait sur ses genoux, soigneusement serrés l’un contre l’autre. Pourtant au cours de notre discussion il lui arrivait, disons d’oublier, ce rituel pudique quand on porte une jupe et que l’on est assise. Je commençais d’avoir quelques doutes sur la présence d’un collant comme sous-vêtement. Il m’avait semblé apercevoir des reflets plus clairs au fond de mon champ de vision, indice d’une possible paire de bas, là ou je ne pensais pas la trouver. J’ai essayé d’en savoir plus, redoutant la présence d’une de ces culottes à longues manches, encore assez communes chez les dames d’un certain âge à cette époque. J’avais quand même un peu le baromètre qui s’affolait et je redoutais l’avis de tempête. Pensez donc, dans ce désert aux dunes en forme de collants, avoir en face de soi une authentique jeune fille qui portait des bas, quel rêve! J’étais presque certain de mon intuition, mais je n’avais pas de confirmation, ni de certitude. Et puis ce n’était pas tellement l’endroit pour la baratiner, je suis assez bon dans l’art de prêcher le faux pour savoir le vrai, mais de la tenue avant tout.  Finalement la fille s’est levée pour partir à mon grand regret. La maîtresse de maison l’a accompagnée à la porte, en la priant d’attendre une minute. Elle est revenue en lui donnant quelque chose, dont la jeune fille l’a remerciée. Ce quelque chose, c’était une paire de bas dans son emballage. Je connaissais bien la marque, c’était une des rares encore en vente pour les vieilles dames qui n’avaient pas adopté le collant. J’ai quand même eu ma certitude.

Je n’ai jamais revu, ni l’une, ni l’autre. La jeune fille a continué son chemin. Elle est sans doute mariée et peut-être déjà grand-mère. Peut-être qu’elle porte toujours des bas. Francesca est décédée deux ou trois ans après, subitement, sans faire de bruit. Parfois, il m’arrive de me souvenir d’elle, un peu comme on aime une séquence d’un bon film. Et puis si vous avez lu attentivement l’histoire, vous savez que c’est un peu grâce à elle que je suis venu au monde. Je suis sûr que de là-haut, elle doit bien se marrer…

Jeter une bouteille musicale à la mer (9)

La Suède des sixties fut très active sur le plan musical. De nombreux groupes hantaient les scènes du coin. Pour la plupart ils chantaient en anglais ce qui leur permit de connaître des succès ailleurs en Europe.

Les Spotnicks

Le premier groupe qui franchit  allégrement les frontières du pays. Populaires dans l’Europe entière, ils s’inspiraient à leur manière de la voie tracée par les fameux Shadows. Ils furent très populaires en France avec une discographie pléthorique publiée par les disques President et Polydor. Aucun autre groupe suédois ne parvint à un tel succès hors de ses frontières durant les sixties.

De la belle virtuosité à la guitare dans cette version d’un titre country américain.

Un titre écrit pour eux par le célèbre présentateur télé Albert Raisner, décédé récemment.

The Hep Stars

La Suède est surtout connue pour nous avoir donné Abba. Ca tombe bien car dans les Hep Stars , il y a justement Benny Anderson (il s’occupe de l’orgue), l’un des deux mâles de Abba. Gros succès pour ce groupe dans les sixties suédoises.

Une version complètement déjantée du fameux « Surfin’ Bird, la seule qui peut éventuellement surclasser l’original.

The Shanes

Bien connus là bas, quelques hits dont le très efficace « Can I Trust You ».

Un titre qui n’est pas sans rappeler « Almost There » des célèbres Turtles, volontaire ou pas, c’est un excellent titre très garage sixties.

The Tages

L’un des groupes phares du beat en Suède, dont la popularité permit a quelques uns de leurs titres d’être publiés en France.

Un titre qui sonne très Liverpool Sound, les spécialistes apprécieront

The Deejays

Les anglais s’exportent aussi en Suède. Témoin ce groupe qui connut quelques succès retentissants dans ce pays d’adoption. Le meilleur et fabuleux « Blackeyed Woman ». Un must!

The Shamrocks

Un des nombreux groupes tournant sous cette appellation dont un en Suède. Ils eurent quelques succès dans d’autres pays, notamment la France, avec leur version du fameux « Cadillac » emprunté aux Renegades. Pour une fois je commencerai par mon titre préféré aussi emprunté aux Renegades « Things Will Turn Out Right Tomorrow ». Très beat!


Un petit montage réalisé à Paris en 1966. qui présente un extrait de plusieurs de leurs titres

Ola & Janglers

La scène suédoise fut assez riche en talents locaux. Un autre exemple, ce groupe qui réussit quelques bons disques, souvent et peut-être trop avec des reprises. Intéressants quand même.

Downliners Sect

Ce groupe anglais légendaire et de haut vol avait l’habitude de jouer devant des audiences de cent personnes dans les petits clubs londonniens. Soudain un de leurs titres « Little Egypt », repris aux Coasters se retrouve no 1 en Suède. Ils deviennent des stars et jouent devant des milliers de personnes. Si cela reste leur plus grand goût de succès, aujourd’hui tous leurs disques sont de belles pièces de collection. Ce sont de véritables légendes qui tournent encore aujourd’hui et recueillent les fruits de leur splendide discographie originale, inventive et attachante. Un de mes groupes préférés depuis toujours.