Exploration en terre musique inconnue (44)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1960 – Ann Henry / Waltzing Mathilda. Chanteuse américaine qui a laissé peu de traces. Sur cet unique publication française, elle interprète une chanson de folk australien, que l’on peut entendre dans le très bon film de Stanley Kramer « Le Dernier Rivage » une histoire de fin du monde qui se passe en Australie. La version de Ann Henry a quelques couplets en français. Elle figura auparavant dans le répertoire d’Yves Montand et Jean Sablon. C’est un collector de peu d’intérêt.

1959 – The Ink Pots / Into Each Life Some Rain Must Fall. Bien que publié en 1959, il s’agit plutôt d’une réédition de cette chanson enregistrée en 1944. Ce groupe noir fut dans son genre un précurseur des Platters et connut une véritable gloire dans la musique sentimentale publiée en 78 tours. Dans ce titre on note la présence d’Ella Fitzgerald, grande vedette en devenir. C’est un truc rare, et le but de cet EP était de présenter cette musique en microsillon et pour la première fois en publication Française.

1959 – Jimmy McCracklin – Georgia Slop. Relativement peu connu en France, il est par contre très populaire aux USA avec une carrière de plus de 70 ans. A classer entre le blues, le r’n’b et parfois une touche de rock. Aussi connu comme compositeur par exemple « Tramp » pour Otis Redding et Carla Thomas ou encore Julie Driscoll. Peu de publications en France dont voici la première, un collector assez moyen mais rare.

1958 – Nilla Pizzi / L’Edera. Alors là, nous allons faire dans le kitsch et aussi en profiter pour faire un petit concours. Ce disque publié en France, est une sélection du Festival de San Remo en 1958. Cette chanson interprétée par Nilla Pizzi, ne se classa pas à la première place, mais termina à la seconde. La première place fut enlevée par Domenico Modugno avec un titre qui devait faire le tour du monde « Volare ». Il n’en reste pas moins que cet air très kitsch arrivé juste derrière eut lui aussi une belle carrière internationale, repris par quelqu’un de très connu. Je vous laisse essayer de deviner par qui en l’écoutant, deux réponses possibles. Vous trouverez la solution tout en bas de l’article. A part cela, ce disque est une réelle rareté, mais ne vaut pas plus qu’une poignée de clous. La chanteuse fut une véritable gloire en Italie dans les fifties, mais reste peu connue en France.

1969 – Neil Mac Arthur / She’s Not There. Nous retrouvons sous ce pseudo Colin Blunstone, le chanteur des Zombies. Dans une tentative en solo, il reprend son hymne de 1964 dans une version pop assez charmante. Sans être un gros collector, il est passablement recherché par les fans des Zombies. Il en a aussi enregistré une version en italien, reprise de celle des Kings et de Noël Deschamps « Ma Non E Giusto ». Cette version est un bien plus gros collector et très rare.

1964 – The Zombies / Kind Of Girl. Restons avec les Zombies et une autre publication française très rare, le troisième EP. Il reprend  le EP anglais avec les mêmes titres et une pochette un peu différente. On peut également le trouver en Allemagne dans la série « Teenbeat ». Ces publications avaient surtout pour but d’offrir du matériel inédit ou particulier aux fans, on peut les considérer comme des mini albums.

1959 – Dalida / Tschau tschau Bambina. S’il y a une discographie ou le très rare voisine le très courant, c’est bien celle de Dalida. Entre ses enregistrements en langues étrangères, les publications dans un très grand nombre de pays, sans compter les éditions nationales pas très courantes, il y de quoi faire. Un des plus kiffés est celui où elle chante « Ciao Ciao Bambina » en allemand. Il fut édité en France, mais uniquement pour le marché germanophone. Ce qui fit bien rire quelques vendeurs allemands qui trouvaient le disque assez facilement aux puces et qui arrivaient à en tirer des sommes rondelettes auprès des fans. A noter que ce disque contient aussi une reprise du « Scoubidou » de Sacha Distel.

1965 – Jewel Akens / The Birds And The Bees. Cette chanson est très connue en France via l’adaptation de Donald Lautrec « Tu Dis Des Betises ». La version originale éditée en EP est beaucoup moins populaire et le disque plutôt rare. Il fait partie des disque peu collectionnés, d’autant plus qu’il faut encore en trouver une copie. C’est le seul titre de gloire international de ce chanteur assez vite retourné dans l’obscurité, sauf aux USA où sa discographie est assez courante. On peut le considérer comme un interprète pionnier du ska et de reggae.

The Sorrows / Let Me In. Second EP français de ce légendaire groupe anglais, toujours très prisé des collectionneurs. Une copie impeccable avec la languette s’est vendue aux enchères pour presque 350 euros. C’est encore peu comparé au single allemand chanté en allemand qui frise les 600 euros. Et la fête continue…

1964 – THe Bootles / I’ll Let Hold My Hand. Comme profiter du succès des autres sans trop en avoir l’air. C’est ce que les producteurs de ce disque et ce groupe féminin blanc essayèrent de faire. Référence à un groupe très connu et un de leurs titres tout aussi connu, on prend un peu ici et là et le tour est joué. La réponse féminine et américaine aux Beatles disait la promo, mais je doute que les intéressés aient posé la question. Un assez beau collector quand même, édité dans quelques pays en single, France y compris.

1965 – Patrick Samson / Gloria. Eh bien oui, il existe une adaptation française du célèbre « Gloria » des Them. Le disque passa bien inaperçu lors de sa sortie, on préférait plus s’intéresser à l’original, mais il a surtout manqué de promotion à la radio. C’est malgré tout une assez bonne reprise, mais ne chante pas comme Van Morrison qui veut.

1959 – Errol Parker / Les Gitans. Jazzman français qui a joué avec de grands musiciens du genre. Il commença sa carrière en tournant en jazz des airs de variétés. C’est assez sympa d’entendre cette chanson qui cartonna à la fin des années 50 dans une version jazz. Ses disques sont assez bien cotés.

*****

Réponse en anglais et en français

 

2 réflexions sur “Exploration en terre musique inconnue (44)

  1. Bonjour M. Boss
    Je ne savais pas que Patrick SAMSON avait repris « Gloria « des Them en français ,
    Dans ma collection en revanche j’ai son EP où il reprend en français un titre chanté par les Beatles : « Some other Guy » qui devient  » Pour un autre gars  »
    Bonne semaine
    cooldan

    • Hello Cooldan,
      Chez moi, c’est plutôt le contraire, je ne savais pas que Patrick Samson avait repris « Some Other Guy », je connais bien sûr par les Lionceaux. Pour « Gloria » j’ai longtemps ignoré que la version de Samson existait. C’est un copain qui m’avait juré en avoir entendu une version en français qui m’a mis la puce à l’oreille. Il m’a bien fallu encore une vingtaine d’années pour en trouver une copie. Patrick Samson a par la suite fait une assez belle carrière en Italie sur une vingtaine d’années. Il a pris la nationalité italienne.
      Bonne semaine

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