Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.
A
Tombeau des Shoguns
Nous pénétrons petit à petit dans le Japon moderne. Certains signes laissent penser que l’Occident a mis un pied dans le pays, contrebalancé par le respect des traditions. C’est toujours un empereur qui gouverne, on est encore loin des de quelque chose qui pourrait ressembler à une élection présidentielle ou celle d’un premier ministre. Il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que le régime change. Le dernier empereur Hirohito est un nouveau né en 1901.
Quelques mois plus tard, le souverain portait un uniforme militaire de coupe française et ordonnait à la Cour de suivre la mode européenne, défendant à l’impératrice aussi bien qu’à la plus humble servante du palais de se présenter dans le gracieux et seyant costume du pays.
Voici comment on dépeint le mikado: grand et élancé, il se tient très droit; son attitude est pleine de noblesse et de dignité; type très pur de la race japonaise, il a des yeux foncés et perçants qui donnent à la face d’un jaune terne une expression intelligente et énergique; il porte ses cheveux noirs en brosse; la moustache et les favoris sont clairsemés.
L’impératrice Harouko — ce mot signifie printemps — mérite encore, quoique pour elle le printemps de la vie ait fui depuis longtemps, son nom poétique. Le fin ovale du visage qu’éclairent deux yeux très noirs, une bouche vermeille et mignonne, des traits délicats sur lesquels se répand une adorable expression, en font à 52 ans une apparition exquise et attirante. Quel dommage que le costume ne cadre pas avec la personne, et que les atours parisiens, le petit chapeau à la mode posé sur les cheveux frisés, détruisent l’harmonie du chef-d’œuvre!
Il n’y a pas longtempsque le mikado se montre en public avec son épouse. Autrefois, c’eût été une chose d’autant plus inouïe que Harouko n’a pas donné d’héritier au trône; la maternité est indispensable pour que la femme du souverain soit considérée comme impératrice. Harouko partage l’appartement de son mari. On lui rend les mêmes honneurs qu’au mikado.
Le couple impérial ne parle que le japonais. La patience avec laquelle l’impératrice Harouko assiste aux examens des écoles, où l’enseignement se donne en français et en anglais, est vraiment touchante. La souveraine a fondé plusieurs établissements de bienfaisance dont elle s’occupe beaucoup et qu’elle visite; citons, en particulier, l’hôpital de la Croix-Rouge et l’école pour les enfants nobles.
Parc Ueno – Cerisiers en fleurs
L’empereur se couche vers minuit, et se lève entre six et sept heures. Il reçoit de bon matin ses ministres, signe les décrets qu’on lui soumet et consacre le reste de son temps à toutes sortes de sports: tir, équitation, etc. Il prend ses repas avec l’impératrice. L’étude du français et de l’anglais commencée il y a une vingtaine d’années a été mise de côté depuis longtemps.
L’impératrice Harouko, écuyère passionnée, aime beaucoup les chevaux et honore de sa protection une école d’équitation pour dames fondée sous ses auspices. Son plus grand sacrifice — l’abandon du costume japonais — une fois consommé, elle s’est laissée entraîner, plus rapidement encore que le mikado, par le courant qui emporte le Japon vers les nouveautés. S’appropriant avec une facilité toute féminine les usages et les mœurs européens, elle a métamorphosé la Cour. Les filles des daimios qui, orgueilleuses de leur rang, végétaient encore il y a peu de temps loin du monde, dans leurs châteaux, ignorantes de tout, sauf des formules d’une étiquette poussée à l’extrême et de l’art de se parer et de s’ajuster, portent aujourd’hui des toilettes parisiennes, parlent l’anglais, le français et l’allemand, dansent, vont à cheval, jouent au tennis, pédalent et flirtent aussi bien que leurs charmantes sœurs d’Europe ou d’Amérique. A ces changements extérieurs s’en ajoutent d’autres, plus essentiels, opérés dans la vie de famille. Les rapports entre époux s’égalisent peu à peu, les droits et les devoirs tendent à devenir les mêmes des deux côtés. Il va sans dire que dans la classe moyenne et dans le peuple, l’évolution n’est pas près d’être accomplie. Comme leurs palais de Tokio, les kuge et les daimios de l’ancien Japon ont disparu. Les nouveaux dignitaires de l’empire se font appeler princes, marquis, comtes, vicomtes ou barons. Le mikado a également accordé des titres aux soldats de carrière, les samourais, mesure accueillie avec beaucoup de mépris par les kuge. La manie des honneurs, du rang, des titres, est une des passions principales des Japonais.
,Les décorations, copiées sur le modèle de l’Europe, réjouissent également les cœurs des fils deNippon; la plus importante est celle de l’ordre du Chrysanthème qui, comme celle du Soleil, ne peut être accordée qu’aux membres de familles régnantes; l’ordre du Soleil Levant, divisé en huit classes, est accessible aux simples mortels. Par contre l’insigne de la royauté, la couronne, n’a pas encore pénétré au Japon. Sur l’armoirie de l’Etat figure le chrysanthème d’or à seize pétales, sur celle du mikado, trois fleurs et trois feuilles du Paulowina imperialis.
A suivre
Sources : Wikipédia, B.N.F, DP




Juste un détail : Hirohito (Shōwa) est le dernier empereur ayant exercé un réel pouvoir, qu’il a dû abandonner formellement en 1945, mais le pays est toujours aujourd’hui une monarchie constitutionnelle, son petit fils occupe depuis 2019 le trône de Chrysanthème.
Notre visiteuse a vu le Japon de l’ère Meiji, qui est le nom du règne du grand-père de Hirohito.
Hello Anagrys,
Merci pour votre éclairage bienvenu.
Excellent week-end